Aria est furieuse. Le pilote galarien l'a contactée il y a plusieurs heures. Quand il n'a pas reçu de nouvelles de l'équipe au sol, il est descendu et a trouvé sur place les cadavres de Kesanta et Sasvan, et aucune trace d'Elie. Le pilote n'a trouvé aucun indice et est reparti. Aria savait que c'était un piège. Elle est furieuse, envers elle-même, envers Elie, envers les personnes qui ont osé enlever Shepard. Son équipe de surveillance et de renseignement est concentrée sur la recherche de la mercenaire. Aria sait qu'elle ne devrait pas utiliser toutes ses ressources dans cette seule tâche, mais elle ne peut se résoudre à traiter ce problème comme n'importe quel autre. Son humaine a disparu, et elle va mettre à feu et à sang, s'il le faut, toute la galaxie pour la retrouver.
A une dizaine d'années-lumières d'Oméga, une navette est pourchassée par un vaisseau de manufacture asari. Se plaçant en trajectoire d'interception, le vaisseau parvient à aborder la navette. Garrus, un fusil-mitrailleur en main, entre et trouve son ancienne amie sur le sol, en train de gémir et de pleurer de douleur. Cette vision provoque une telle tristesse chez Garrus qu'il doit se tenir à la paroi du vaisseau un moment. Il place son arme dans son dos, s'agenouille près de son Commandant, puis la prend dans ses bras, doucement, lui murmurant une vieille prière turienne que sa mère lui disait quand il était malade et souffrait.
Il dépose la mercenaire dans l'infirmerie. La pièce est petite, bien plus que celle du Normandy, et il y a foule désormais. Au fond, au sein d'une bulle la coupant du reste du vaisseau, Tali se repose, son corps luttant vaillamment contre l'infection. A côté du lit où repose désormais Elie, Liara est allongée, encore inconsciente, un hématome énorme témoin de la violence qu'elle a subi. Garrus resserre les menottes autour des poignets de l'humaine et l'attache au lit, si serré qu'il voit le métal pénétrer dans les chairs. Ce qu'il fait le révulse, mais il sait qu'ils ne peuvent plus prendre aucun risque. L'opération a failli tourner au fiasco, et si Liara, dans sa paranoïa de Courtier de l'ombre, n'avait pas fait poser un traqueur sur la navette, tout ce qu'ils ont fait, tout le sang versé aujourd'hui, aurait été vain.
Il reste un moment près de la mercenaire, une main sur son lit, près de son visage tordu de douleur. C'est Miranda qui le sort de sa torpeur. Elle doit lui administrer quelque chose, Garrus ne comprend pas très bien quoi, alors il s'écarte un peu et regarde l'humaine s'affairer. Il voit bien que Miranda est aussi perturbée que lui à la vision de cette femme incroyable en train de gémir de douleur. Il jette un regard vers le fond de la salle, là où la femme qu'il aime se rétablit lentement des coups portés par son ancienne amie. Le turien se demande si cette femme qu'il voit là, tordue de douleur, perdue en elle, arrivera un jour à s'en sortir. A avoir un peu de cette paix qu'elle a amené au monde, si chèrement payée.
Miranda administre une grande dose de ce qui constitue les pilules noires à son ancienne amante. La voyant se calmer un peu, elle en profite pour vérifier qu'elle n'a aucune blessure qu'ils auraient pu manquer. Lorsqu'elle soulève le t-shirt et voit l'état de l'abdomen de la mercenaire, elle tremble, retient un cri. Les médecins qui ont soigné Shepard après la guerre étaient de véritables bouchers, selon Miranda. Ce qu'elle voit lui brise le cœur. Pas étonnant qu'elle se torde de douleurs. Les tissus cicatriciels sont une toile d'araignée, parsemée ça et là par les larges cicatrices oranges, là où les implants cybernétiques sont lentement rejetés. Elle remet le tissu sur le champ de bataille qu'est l'abdomen d'Elie puis continue son inspection. La jambe gauche de la mercenaire provoque les mêmes réactions chez Miranda qu'à la vision de son torse. Un instant, elle se demande si il ne serait pas juste plus clément, pour Eléanor, de seulement mettre fin à ses souffrances. Car en voyant l'étendue des blessures, Miranda sait que vivre dans ce corps doit être une véritable torture. L'ancienne responsable du projet Lazare sent une larme couler sur sa joue, alors qu'elle se tient immobile, une main posée sur le bras d'un soldat qui a beaucoup trop souffert et ne semble plus savoir ce qu'est la vie sans douleur, si il l'a même jamais su…
Liara s'est réveillée avec une telle douleur qu'elle en a la nausée. Elle comprend au bruit des machines autour d'elle qu'elle est dans l'infirmerie d'un vaisseau. Elle respire calmement, puis parvient enfin à ouvrir les yeux. Son vaisseau. Elle est un peu rassurée, puis son regard tombe sur la forme qui occupe le lit voisin. Son souffle se coupe un instant. Elle se lève, luttant encore contre la nausée, et approche du corps inconscient. Shepard semble si paisible, si jeune, allongée là, inanimée. Liara caresse doucement la joue de sa compagne, se délectant de la chaleur de cette peau qui lui manque tant.
A l'extérieur de l'infirmerie, Miranda et Garrus observent Liara dispenser un peu de tendresse à leur ancien Commandant. Ils regardent en silence. Miranda a parlé avec Garrus des blessures de la spectre et le turien, sans mâcher ses mots, a verbalisé l'idée que Miranda a eu. Que, peut-être, le mieux pour Shepard maintenant serait juste de mettre fin à ses souffrances. Mais ils savent tout deux que ce n'est pas à eux de prendre cette décision. C'est à la femme qui se perd dans la contemplation du visage de son amour, là, debout dans cette infirmerie, un triste sourire aux lèvres et les doigts qui caressent une joue scarifiée.
Au bout d'un moment, Liara se rend compte qu'elle est observée. Quand elle lève les yeux, elle voit ses deux coéquipiers qui la regardent intensément. Elle leur sourit et vient vers eux. Une fois sortie de l'infirmerie, Garrus lui demande :
« Ça va aller, la tête, Liara ? Tu t'es pris un sacré coup…
- Oui, Garrus, merci. Comment avez-vous fait pour nous retrouver moi et Shepard ?
- On vous a suivies de loin. Quand on t'a récupérée, on a vu que sa navette était en vol automatique, lent, vers le relais. Et apparemment quelqu'un de très prévoyant, ou paranoïaque, y avait installé un traqueur…Alors...
- Ho… J'avais oublié le traqueur. Merci. Où se dirige-t-on ?
- Aethyta a décidé qu'on devait se faire discret. Nous avons dépassé Oméga et nous nous dirigeons vers la Nébuleuse du Croissant. Tu vas nous dire ce qu'il s'est passé avec Shepard, ou on doit deviner ? Dit Garrus.
- Avant qu'elle ne me prenne en otage, Elie m'a dit qu'elle était là à cause de l'endoctrinement.
- Comment ça ? Il va falloir détailler un peu, Liara, je ne comprend pas tout…
- Garrus, ce que je dis, c'est qu'Elie, cette personnalité, se définit comme une solution à un problème. Elle a dit que c'est comme ça depuis l'enfance, mais je ne sais pas ce que ça implique. Elle dit, Elie, qu'elle est la seule à résister aux yeux bleus. Que si Shepard est là, les yeux gagnent.
- Elie serait une réponse à l'endoctrinement ? La personnification de l'instinct de survie de Shepard ? C'est fascinant, dit doucement Miranda en fixant son regard sur la forme inerte dans l'infirmerie.
- C'est ça. La seule façon de retrouver Shepard, c'est de détruire, ou de faire disparaître l'endoctrinement. Et je ne sais pas si c'est seulement possible… » conclut Liara, la voix tremblante.
Les trois amis, vétérans d'une guerre sans merci, observent avec douleur et pitié leur ancien Commandant qui ne se doute pas un seul instant des forces qui gravitent autour d'elle, pour elle, pour Elie, pour l'image qu'elle représente et la puissance qu'elle incarne.
