A Thessia, Aethyta est depuis plusieurs minutes debout devant la porte de la cellule d'Elie. Liara l'a empêchée de parler à la mercenaire, sachant que leur caractère extrêmement volatile amènerait une discussion entre elles deux vers un risque de combat violent. La Matriarche n'a aucune envie de frapper quelqu'un qui porte un collier butarien. Aucun panache. Et elle n'a pas non plus envie de frapper la compagne de sa fille. Pas trop. Non, ça c'est faux. Si elle s'écoutait, elle aurait réduit en bouilli ce qui reste du corps de cette maudite humaine pour ce qu'elle fait vivre à sa fille depuis qu'elles se connaissent. Mais elle sait que Liara est adulte, et intelligente. Les choix qu'elle fait sont plutôt rationnels. Habituellement. Mais Aethyta veut parler à cette mercenaire, alors elle entre, trouve Elie en position de méditation sur le lit, et dit :
« On se réveille, la bouchère. Il est temps qu'on ait une discussion.
- Matriarche, que me vaut ce plaisir ? Répond Elie, sans ouvrir les yeux, la mâchoire serrée.
- Aucun plaisir. Je viens constater de mes propres yeux si il y a encore quelque chose à sauver de la sinistre excuse d'être vivant que vous êtes.
- Ho. Tant de violence. Votre fille ne semble pas d'accord avec vous. Ni Lawson. Au contraire, je dirai que ces deux-là se démènent pour une cause qui est perdue.
- Vous dites que vous êtes une cause perdue ?
- Moi ? Pas du tout. Shepard est une cause perdue. Quand les deux amantes l'auront enfin compris, peut-être qu'elles me libéreront. Ou me tireront une balle. Je ne sais pas encore ce qu'elles ont décidé.
- Et vous vous résignez à ce sort ? Rien ne vous ennuie dans tout ça ?
- Qu'est-ce qui devrait m'ennuyer, Aethyta ? Le fait que l'on veuille nier le principe même de mon existence ? Que plusieurs personnes dans cette galaxie veulent ma disparition pour des raisons que je trouve tout aussi égoïstes que mes raisons de vouloir survivre ?
- Vous n'êtes définitivement pas Shepard… J'ai pas beaucoup connu la gosse, mais elle avait ce feu en elle. Elle aurait trouvé une solution pour sortir d'ici. Elle se battrait mieux que ça.
- Pourquoi voulez-vous que je me batte, Matriarche ? Je suis coincée dans cette cellule. Trop faible, je le sais, pour tenter une sortie. Ce putain de collier me grillerait le cerveau. J'ai trop tiré sur cette corde, la dernière fois qu'on m'en a mis un. Et si vous n'êtes pas là, il y a Miranda. Et autour de ce bâtiment, j'ai entendu au moins trois gardes, commandos. Je ne peux pas m'enfuir. Et de toute manière, j'en suis venue à me dire que je ne voulais pas vous faire souffrir si je peux l'éviter. Méfiez-vous, en revanche, du jour où vous décidez de ma mort. Agissez vite, car ce jour-là, je ne partirai pas sans laisser derrière moi un cratère de sang et de feu. Je vous en fais la promesse, asari.
- C'est entendu, humaine. Je suis étonnée de la civilité de notre conversation. Je m'attendais aux cris, aux insultes que j'entends parfois.
- Vous arrivez au bon moment. La méditation est encore efficace. Et vous n'abordez pas de sujets qui fâchent.
- Comme quoi ? Le fait que Miranda et ma fille s'envoient en l'air ?
- Non. Ça, c'est un sujet qui les fâche elles. Au contraire, l'idée apporte son lot de distraction dans la solitude de ma cellule.
- Alors quoi ? Shepard n'est pas en colère que sa faiblesse l'empêche d'être là pour sa femme ? Pour sa fille ? Ça ne lui fait rien de savoir que sa propre fille sera peut-être élevée par l'humaine qui l'a ressuscitée des morts, qui a fait d'elle un monstre ?
Aethyta voit la colère s'intensifier sur les traits de la mercenaire. Les yeux s'ouvrent et l'œil rouge est si brillant, un instant, qu'il aveugle l'asari. Elle voit une chose surprenante alors qu'Elie sert la mâchoire, tente de contenir sa rage, une larme unique qui coule sur la joue droite de l'humaine tout doucement. Puis la Matriarche entend la femme devant elle murmurer tout doucement, d'une voix faible et cassée :
- Pas de colère, non… C'est bien. Un enfant a besoin de monde autour. Ma fille aura une grande famille. C'est tout ce qui compte…
- Shepard ? Shepard !? » s'exclame Aethyta en comprenant qui vient de parler devant elle.
Mais c'est trop tard. La forme humaine devant elle se tord d'un seul coup, hurle sa douleur, d'une voix si brisée que l'âme de la Matriarche en est déchirée. Et Shepard disparaît dans ce monde de souffrance qui est devenu totalement le sien. Et puis les muscles se tendent dans des crampes violentes, se tordent, le corps s'effondre. Et plus rien ne reste qu'un corps terrifié, enfermé dans la prison de ses chairs et de son esprit brisé. Et Aethyta observe, horrifiée.
