Dans la navette, Jack et Liara installent le sac mortuaire qui abrite désormais le corps de l'Homme Trouble. Il leur est impossible de fouiller le cadavre sans risquer de briser ce qu'elles pourraient y trouver. Liara devra envoyer le corps dans un des laboratoires gérés par le Courtier de l'ombre. La salle où elles ont trouvé le corps n'avait aucun intérêt supplémentaire alors elles se dirigent désormais vers les docks privés près de la C-Sec, où les témoins ont dit avoir vu arriver les troupes de Cerberus, en même temps que les Moissonneurs, lors de l'invasion finale. La circulation est difficile, dans le vide de la station flottent une multitude d'épaves, de débris, de corps, abandonnés là pour une éternité de solitude, dans une obscurité totale.
Après plus d'une heure de vol, à éviter les obstacles, elles y parviennent enfin. Sur les docks, de loin, elles voient la silhouette de plusieurs vaisseaux. Plusieurs sont recouverts d'énormes débris, des morceaux de la paroi de la station qui se sont détachés dans l'explosion. Elles ne peuvent s'arrêter qu'à près d'un kilomètre de leur cible. Dans la navette, elles mangent, boivent, rechargent leurs biotiques avec des aliments chargés en ézo, soupirent, puis repartent à la conquête du grand cimetière. Leur marche est rendue difficile par d'immenses morceaux de parois venus s'écraser sur le chemin des docks, bien trop imposants pour pouvoir être bougés par leurs biotiques. Elles sont alors obligées d'évoluer sur les murs eux-mêmes, d'escalader, ce qui rend leur évolution épuisante, équipées comme elles le sont de leurs bottes à charge magnétique. Pour rompre le silence et rendre le décor un peu moins anxiogène, Liara raconte à Jack la fois où Shepard, Garrus et elle ont du grimper jusqu'au sommet de la tour du Conseil de cette façon, entourés de Geths, de krogans et de vaisseaux ennemis. Lorsqu'elles arrivent au premier vaisseau plus ou moins accessible, trois heures et demi se sont écoulées. Et elles n'ont parcouru que sept-cent-cinquante mètres.
Le vaisseau qu'elles approchent semble turien de design. Ce n'est pas leur cible. Il n'y a aucun détail ou plan connu du SC Romulus mais le réseau du Courtier suppose qu'il serait de manufacture essentiellement humaine, plus petit qu'une frégate mais élaboré pour de longs voyages, donc plus gros qu'une navette. Elles prennent le temps d'observer la frégate turienne qu'elles sont en train de dépasser. Le sas du vaisseau est ouvert et elles voient à l'intérieur de la technologie moissonneur. Il s'agissait probablement d'un vaisseau piloté par des troupes endoctrinées venues de Palaven ou d'une colonie turienne. Jack ne peut s'empêcher de frémir à l'idée de l'horreur que ce devait être, d'être endoctriné, de voir son corps trahir les siens, faire des horreurs innommables, de voyager avec ces monstres, de tuer sans distinction… Elles continuent, très lentement, leur chemin, cherchent à ignorer les traces de combat, les corps qui flottent et qu'elles croisent de temps en temps, figés pour l'éternité dans leur dernier moment de souffrance. Le second vaisseau qu'elle croise est un vaisseau C-Sec, une frégate, elle aussi turienne, complètement écrasée par un morceau de paroi gigantesque.
Au bout de cinq heures de marche, épuisées, elles tombent enfin devant un vaisseau qui pourrait être celui de l'Homme Trouble. Design humain, mais à la forme étrangement proche du Normandy-SR2, en plus petit, plus nerveux. Le côté gauche du vaisseau est caché par un morceau de paroi de près d'un kilomètre de long, encastré dans le sol des docks mais la coque semble relativement intacte. Elles approchent, lancent un programme pour déverrouiller le sas, et observent l'extérieur du vaisseau en attendant. Aucun signe de Cerberus, la peinture est d'un bleu sombre et d'un blanc désormais sale. Quand le sas s'ouvre, elles entrent et tombent sur un petit centre de communication, apparemment pièce centrale du vaisseau. Au bout de la salle, elles peuvent voir l'accès au pont et au cockpit. A l'opposé, un ascenseur, dont les écriteaux indiquent qu'il mène à la cabine et au pont d'ingénierie et à la soute. Alors qu'elles décident de se diriger vers le pont d'ingénierie, pour voir si le courant peut être rétabli dans le vaisseau et ainsi avoir accès aux consoles, Liara reçoit une notification lancée automatiquement par leur navette et dit :
« On a un problème, Jack. Les systèmes de sécurité de la navette signalent que nous avons de la compagnie. Plus d'une douzaine de personnes, qui se dirigent vers le véhicule. Et nous.
- On ne pourra jamais revenir à temps pour sortir la navette de là. Et une douzaine, Li, c'est beaucoup dans un environnement sans gravité. J'ai jamais vraiment combattu comme ça.
- Moi non plus, Jack. Je vais envoyer un ordre de pilotage automatique à la navette, en espérant qu'elle parvienne à sortir des ruines de la Station…
- Mais, et nous alors ? s'exclame Jack, effrayée soudainement à l'idée de rester à jamais bloquée dans cette fosse commune.
- On va tout faire pour que ce vaisseau vole à nouveau. Sinon, on trouvera un endroit où se cacher et on avisera. On pourra toujours faire revenir la navette…
- Ça fait beaucoup de choses basées sur des hypothèses… Tu es bien pire que Shepard, quand il s'agit des plans, tu sais ça ? Je pensais pas que ça existait !
- Ils en ont pour des heures avant d'arriver, et on ne sait pas si ils sont hostiles. Même si, je l'avoue, le timing est étrange. Ce vaisseau semble en bon état. On rejoint le pont d'ingénierie, on remet le courant, s'il le faut, on contacte Tali, et on sera parti sans même qu'ils sachent qu'on était là.
- Tali ? Elle est magique à ce point, la quarienne ?
- Tu n'imagines pas à quel point, Jack. Elle m'a aidée à faire voler une épave vieille de soixante ans grâce à des pièces d'épaves deux fois plus vieilles encore.
- Ok, j'ai rien dit, ça a l'air d'être un excellent plan. »
Après plusieurs heures, elles parviennent à mettre en marche les moteurs du vaisseau, qui est bien celui qu'elles recherchaient d'après les logs des consoles trouvées en ingénierie, et s'éloignent doucement des docks. Quelque part en orbite de la Terre les attend leur navette, avec, à l'intérieur, le cadavre du chef de Cerberus. Le vaisseau a été légèrement endommagé et leur vitesse de croisière reste très lente. Les intrus sont encore très loin d'elles quand elles sortent enfin de la carcasse de la station. Elles récupèrent avec souplesse la navette dans la soute du vaisseau, Jack faisant preuve, à la surprise de Liara, d'une grande expertise dans le pilotage de petits vaisseaux. La surprise de l'asari disparaît quand Jack lui rappelle qu'une de ses activités préférées avant de finir en prison, c'était la piraterie. La biotique lance le pilote automatique en direction du relais Charon et les deux femmes décident de se reposer, avant d'enfin fouiller l'endroit, à la recherche d'une solution pour sauver leur Commandant.
