Aria est enragée. Ces derniers jours, elle a découvert plusieurs choses. La première, que le Courtier de l'ombre ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Toutes ses opérations sont légèrement ralenties, bloquées, sabotées par ses agents. C'est agaçant, mais ce n'est pas le pire. La deuxième chose, c'est que le Courtier, cette petite sang-pur, a lancé les mêmes recherche qu'elle, sur Cerberus, sur l'Homme Trouble, son vaisseau et l'endoctrinement. Et cela a commencé à déclencher sa colère. Car Aria a compris, enfin, qui a enlevé Elie. La mercenaire n'est pas morte, n'est pas prisonnière de Cerberus. Elle est avec cette petite idiote et son équipe de héros vertueux. Et Aria abhorre absolument cette idée. Elle est en train d'élaborer un plan pour récupérer ce qui est sienne. Ce qui amène à la troisième chose qui cause la rage qu'elle ressent maintenant. Elle a envoyé une équipe de mercenaires et deux techniciens à la Citadelle, pour chercher tout ce qu'ils peuvent sur Cerberus et l'Homme Trouble. Et l'un des rapports a dit, déclenchant l'une des colères les plus mémorables d'Aria, qu'une navette inconnue et un vaisseau humain avaient réussi à s'extraire des ruines de la station avant que son équipe ne parvienne à les stopper. Et Aria sait qui a obtenu cela. Et ce savoir la rend aussi dangereuse que violente.

Jack erre dans le Romulus depuis plusieurs minutes. Elle s'est réveillée en sursaut, d'un de ces cauchemars qui l'assaillent depuis la fin de la guerre. Depuis que Prangley s'est fait arraché la tête par une Furie, à Londres, lors des derniers moments de la guerre, alors qu'il n'existait plus ni front, ni arrière, que tout n'était plus que désespoir et défaite assurée… C'est le seul étudiant qu'elle a perdu, mais sa perte a été une tragédie pour toute l'équipe. Jack avait fait de lui son apprenti. Elle voulait qu'il devienne son collègue. Il est mort comme un héros. Son nom est au côté de celui d'Anderson, de Shepard et de tous les autres, là-bas, à Londres. Depuis son réveil, elle hésite. Elle et Liara se sont endormies dans la salle de communication, aucune d'entre elles ne souhaitant dormir dans la cabine du chef de Cerberus. Jack a visité le cockpit, trouvé sous le siège du pilote un vieux rhum cubain, et en boit régulièrement quelques gorgées tout en faisant les cent pas. Elle hésite à réveiller l'asari. Liara semble vraiment épuisée. Les signes de sa grossesse sont de plus en plus visibles et Jack se dit qu'elle devrait lui laisser encore un peu de repos. Mais elle a envie d'aller fouiner. Elle cède à son envie, se dit qu'il vaut mieux demander pardon que demander la permission…

Elle appuie sur le bouton indiquant l'étage où se trouve la cabine mais l'ascenseur ne bouge pas. Au lieu de ça, un panel de sécurité, Jack dirait que c'est un scanner d'empreinte ou rétinien, s'ouvre près du bouton. Évidemment que ce connard de suprématiste ne laisserait personne entrer dans sa cabine. Il va falloir lui arracher un doigt ou un œil. L'idée la fait sourire. Mais aussi soupirer. Il va falloir qu'elle attende que la future maman se réveille. Jack aurait aimé qu'on le lui dise. Elle n'est certes pas proche de l'asari, mais Shepard était comme sa seule famille. Est, se dit Jack, même si pour l'instant elle est coincée dans un délire chelou d'endoctrinement et de personnalités psychotiques. Alors si un bébé Shepard va arriver dans ce monde, elle veut l'aider à grandir. Lui apprendre des trucs. Avec les parents qu'elle a, la petite aura certainement des biotiques surpuissants. Elle ressent une pointe de tristesse, teintée d'amertume quand elle pense à l'avenir. Elle a parlé avec Garrus, régulièrement, depuis son passage à Oméga, et se dispute quasiment à chaque appel sur un sujet : ce que les autres comptent faire d'Elie si personne ne trouve de solution à l'endoctrinement. Le turien, et Jack pense qu'il n'est pas le seul, veut mettre une balle dans la tête de la mercenaire. L'idée révolte la biotique. Même si cette femme n'est pas Shepard, pas vraiment, elle est quelqu'un. Elle a le droit de vivre. Surtout que la tuer ne changera rien pour Shepard. Jack ne l'a pas encore dit à Liara, mais elle va à Thessia aussi. Elle protégera Elie, si ils ne sont pas capables de ramener Shepard. Jack pense que c'est ce que sa première véritable amie en ce monde aurait voulu. Et compte bien tout faire pour respecter ça.

Liara se réveille en tapant la tête contre la paroi glacée du vaisseau. Il lui faut un moment pour se rappeler où elle se trouve. Elle ouvre les yeux pour voir ce qui faisait ce bruit étrange quand elle était entre l'éveil et le sommeil, ce bruit irrégulier d'un objet métallique contre le pont d'un vaisseau. C'est Jack, qui fait des allers-retours devant l'ascenseur, une bouteille à la main, en train de marmonner et l'air à mille lieues d'ici. Elle sourit, se rend compte une nouvelle fois à quel point Shepard et cette femme se ressemblaient. Incapables de rester immobiles, toujours enclines à boire un verre contre l'ennui ou l'inaction, et à toujours marmonner quand elles font les cent pas… Elle rit en se souvenant les challenges stupides, ridicules, dangereux, et parfois les trois en même temps, que ces deux-là s'étaient donnés pendant une soirée qu'elles avaient passées toutes les trois à la Citadelle, une soirée où Liara avait fini par quasiment porter une Shepard ivre morte jusqu'à la chambre… C'était avant le coup d'état, Eléanor riait encore un peu. Le rire de Liara a attiré l'attention de Jack, qui semble un instant sur le point de rougir avant de réagir, se redresser, boire un coup et approcher de Liara, une main tendue pour l'aider à se relever. Alors que Jack tire l'asari vers elle, en grognant exagérément dans l'effort, elle dit :

« Quand est-ce que j'étais sensée apprendre pour la crevette, T'Soni ?

- La crevette ? Il y a des crustacés dans le vaisseau, j'ignorais...répond Liara, un peu inquiète.

- Hahaha non ! Ne t'inquiète pas ! Je parle du bébé Shepard, là ! Haha !

- Ho bon sang, Jack ! Pourquoi tu appelles mon enfant une crevette ?

- C'est mignon ! C'est un surnom. Shepard adorerait… C'est comme ça qu'elle avait surnommé Alia...

- Eléanor a donné un surnom à la jeune fille ?

- Ouais… La gamine m'a dit que le peu de fois où elle a parlé à Shep, cette dingue l'appelait toujours crevette. Je trouve ça cool pour un bébé… Alors, pour me prévenir ?

- Pour ce qui est d'en parler, Jack, j'évite d'en faire la publicité. Shepard a des ennemis, malgré tout. Et j'en ai aussi. C'est bien pour cette raison que je ne pouvais pas laisser Aria m'approcher. Après avoir découvert mon activité, nul ne sait ce qu'elle pourrait faire à mon enfant si elle apprenait ça aussi.

- Ho, oui je comprends mieux. Ok. Viens, faut qu'on aille découper le vieux taré ! Dit Jack en tirant Liara vers l'ascenseur.

- Pardon ? Tu veux découper qui ? J'ai dormi si longtemps que ça, que je ne comprends plus rien de ce que tu dis, Jack ?

- Ha oui… T'es pas au courant. Pardon, ça fait deux heures que je bois en tournant en rond. Le rhum est délicieux. Tu en veux ? Ou alors c'est pas bon pour la crevette ? Nan, ça doit pas être bon pour la crevette…

- Jack, lâche mon bras. Pourquoi est-ce qu'on va à la soute ?

- Besoin d'empreintes ou d'un œil pour accéder à la cabine du connard. Je voulais pas faire de conneries alors je t'ai attendue avant d'aller le découper.

- Ok, Jack, laisse-moi regarder avant qu'on découpe quoique ce soit.

Liara ne parvient pas à cacher son sourire alors qu'elle appuie sur le bouton engageant l'ascenseur vers la cabine. Quand le panel de sécurité s'ouvre, elle l'observe un moment, puis se tourne vers l'humaine et poursuit :

- Tu as raison, il va nous falloir un œil. Mais je n'ai jamais fait ça, Jack. On devrait attendre d'être à Thessia. Miranda saura s'y prendre.

- Non, non pas la peine. En plus, Thessia, c'est dans trente-six putains d'heures à cette vitesse. Non, j'ai déjà fait ça ! Je suis étonnée qu'une courtière en information l'ai jamais fait. C'est une torture plutôt efficace ! Répond Jack en rigolant et en se dirigeant vers la navette.

- Est-ce que j'ai envie de savoir les circonstances…

- Non, Liara. Mais sache que j'ai été pardonnée pour ça grâce à mes actes de bravoure pendant la guerre… Tu savais que Shepard a fait un courrier pour l'Alliance et le Conseil, à propos de moi. Qui disait que j'étais cool, tout ça. J'ai même eu une promotion à une putain de cérémonie du souvenir… Ha mais t'étais là… Ha et puis tu sais tout... »

Liara rit franchement de voir Jack déblatérer de la sorte. Elle l'arrête avant que l'humaine puisse entrer dans la navette, la force à s'asseoir, lui dit qu'elles ont besoin de matériel et part en direction de la petite infirmerie qui se trouve à l'arrière de la soute. Là, elle récupère un scalpel, un récipient, des gants, tout ce qu'elle pense être nécessaire à l'extraction d'un œil. Elle se rend compte, un peu inquiète, que l'idée de faire ça la dérange très peu, voire même pas du tout. Elle ignore si c'est à cause de l'identité du cadavre, ou de l'idée de ce qu'elle pourra découvrir grâce à ça. Elle retourne vers Jack, qui a fixé son regard sur le sac mortuaire placé à l'intérieur de la navette. Les deux femmes entrent, ferment le véhicule, mettent un respirateur et lancent la dépressurisation, afin de manipuler le corps sans accélérer la décomposition après le changement d'environnement. Après un long moment, le temps que la température ait baissé suffisamment, Liara ouvre le sac et Jack se penche sur le corps. L'Homme Trouble a toujours ses deux yeux, malgré le fait qu'il ait perdu une grande partie de son visage. L'humaine, délicatement, retire l'œil gelé de son orbite et, à sa grande déception, n'en retire pas une si grande satisfaction. Une fois l'œil à l'abri, elles recommencent la procédure, sortent de la navette et vont enfin vers l'ascenseur.

L'ascenseur les mène finalement à l'étage de la cabine. Les portes s'ouvrent sur un grand bureau/laboratoire. Elles y entrent. Découvrent un mélange de technologie moissonneur, inactive, et des appareils inconnus branchés un peu partout dans la pièce. Un bruit de fond, comme un vrombissement permanent, un tout petit peu plus fort que celui du vaisseau, est audible. Sur le bureau, des documents sur l'endoctrinement, un manifeste sur « le contrôle et l'avènement des Nouveaux Hommes », écrit apparemment par l'Homme Trouble, des pages et des pages sur les artefacts prothéens, les monolithes et artefacts moissonneurs, et des rapports étonnamment précis sur Shepard, qui couvrent toute la période suivant Bahak jusqu'à la fin de la guerre… Elles lisent, en silence, pendant quelques heures, puis Jack recommence à s'ennuyer, alors elle se dirige vers la console, en bout de table. Là, elle trouve des images de ce qui semble être les dernières expériences de l'Homme Trouble et son équipe scientifique. Il semblait capable de contrôler un nombre réduit de créatures moissonneurs et un groupe un peu plus conséquent d'êtres humains. Quand elle voit ce qu'il fait faire aux choses sous son contrôle, Jack s'écarte de l'écran et vomit. Cet homme était devenu abominable et fou. Liara, en voyant la réaction de Jack, la rejoint, regarde, retient difficilement sa nausée face au déferlement de violence que la vidéo leur montre, une violence orchestrée par l'Homme Trouble, qui reste debout au milieu du chaos qu'il engendre, un sourire maniaque aux lèvres. Ce sourire, tremble Liara, qui ressemble tant à celui d'Elie parfois. Elle arrête la vidéo au moment où le mégalomane ordonne à deux humains de se dévorer entre eux. Elle sait, sans même regarder, qu'ils l'ont probablement fait.

C'est donc ainsi que Shepard a été endoctrinée. Il s'agit plus d'un contrôle total du corps et des actions de sa victime que d'un endoctrinement à proprement parler. Apparemment, grâce à une injection de nanites, un nombre même infime de ces nano-robots peut atteindre le cortex cérébral, essentiellement le cervelet, le tronc cérébral et les cortex préfrontal, pré-moteur et moteur. Leur but, à ces nanites, induire un contrôle par une base de mots-clés sur la personne victime. Une fois les mots-clés prononcés, la personne sera dans l'incapacité de gérer ses mouvements, de parler, mais sera toujours témoin de ce qu'il se passe autour d'elle. Liara doit lutter en permanence contre la nausée, à la lecture de toutes les expériences, de tous les jeux tordus auxquels se sont livrés l'équipe de l'Homme Trouble. Elle comprend que les yeux bleus sont probablement une interprétation, par l'esprit de cette forme prostrée devant eux, des nanites qui ont gardé le contrôle du corps de Shepard. Et que faute d'ordres, de maître, la victime se retrouve paralysée, bloquée dans une prison biotechnologique et psychique insensée. Mais il y a de l'espoir, si c'est ça. Elles ont les marqueurs des nanites, leurs emplacements théoriques. Avec un peu de chance, et beaucoup de talent, peut-être que Miranda parviendra à les retirer, ou à les rendre inactifs, les désactiver… Peut-être… Et Liara, plus terrifiée que jamais, se met à espérer. Terrifiée que ça ne marche pas. Terrifiée par la force de cet espoir. Terrifiée par ce qu'elle retrouvera, une fois que ces horreurs auront abandonné leur contrôle sur sa compagne… C'est ainsi qu'elle s'assoit dans un coin de cet horrible bureau, terrassée pour la première par un espoir effrayant, un futur si incertain et pourtant plein de possibles qui n'existaient pas la veille. Les mains sur son ventre, elle ferme les yeux, cherche doucement cette présence qu'elle commence à sentir en elle, comme un tout petit feu, une étoile naissante au fond de son être, un être juste lumineux, le fruit de l'amour et de la fin des mondes.

Sur une partie des écrans de la salle de surveillance d'Aria se dessine la silhouette d'un manoir partiellement en ruine, entouré de jardins encore sauvages, de préfabriqués installés à la va-vite, et de commandos qui patrouillent jours et nuits. Et Aria, avec ses analystes, observe, apprend, analyse, organise. Bientôt, ses meilleurs hommes, ceux d'Elie, ceux qui lui sont toujours loyaux malgré sa disparition, mettront le feu à cet endroit, et reviendront vers Oméga, triomphants. Aria a décidé de modifier un peu ses plans. Anéantir ou asservir le réseau du Courtier de l'ombre viendra plus tard. Sa priorité est d'anéantir la petite sang-pur insolente qui a osé croire que l'on pouvait s'en prendre à ce que la reine d'Oméga chérissait. Et tant pis pour le réseau. Elle va apprendre, la jeunesse, ce que le courroux d'une Matriarche provoque.

Dans le Romulus, Jack essaie de savoir ce qu'elle peut faire pour aider Liara. Elle a vu l'asari devenir de plus en plus pâle en regardant les logs sur la console. La biotique n'a pas fait un mouvement pour voir ce qu'il s'y passait. La scène qu'elle a vu lui a suffi pour toute une vie. Les abominations de Cerberus ont vraiment atteint un seuil de cruauté et de démence vers la fin de la guerre que même Jack imaginait impossible. Et maintenant la compagne enceinte de son Commandant est prostrée par terre, à murmurer des mots en asari que son omni ne parvient pas à traduire, et Jack ne sait pas du tout quoi faire. Elle n'est pas du genre à réconforter, toucher, faire des câlins. Mais elle sent que là, c'est peut-être nécessaire. Elle sourit en se rappelant d'une discussion très profonde qu'elle avait eu sous le pont d'ingénierie du Normandy avec Shepard, peu de temps avant de traverser le relais Oméga-4. Elles s'étaient retrouvées, toutes les deux, presque en larmes, toutes les deux gênées, bizarres, incapables de se regarder ou de se parler. C'est EDI qui les avaient sauvées… Je ne te l'ai jamais dit, au final, Shepard, mais t'étais pas seulement un outil que des connards utilisaient. T'es une femme que des gens incroyables ont décidé d'aimer et de suivre jusqu'en enfer. Décidée, elle se baisse, s'assoit près de l'asari, passe un bras par dessus ses épaules et l'attire doucement vers elle. Liara se laisse aller dans l'étreinte, doucement, enfouissant son visage dans l'épaule de l'humaine. Elles restent là, un long moment, et quand Jack sent qu'elle s'est un peu calmée, elle demande :

« Ça va aller, Liara ? Tu as eu du courage de regarder tous ces trucs…

- Ça va aller, Jack. Merci beaucoup. Tu m'aides beaucoup.

- De rien, tout ce qu'il faut, pour toi et la crevette, toujours. Tu le sais ça ? Que tu pourras toujours compter sur moi ?

- Oui, Jack, merci. Il y a de l'espoir, je crois.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu vas pouvoir sauver Shepard ?

- Sauver Shepard… Je ne sais pas. Mais on a peut-être trouver un moyen de stopper l'endoctrinement…

- Mais c'est génial, Liara, elle va être sauver !

- Pas forcément, Jack… Les dommages psychologiques et physiques chez Shepard sont immenses. Je ne sais pas si on pourra la sauver de ça.

- Ho. Ho merde, j'avais pas pensé à ça. Merde. Mais on parle de Shepard, c'est une putain de badass. Elle va défoncer les séquelles psychologiques et tout ce qui est sur son chemin comme si c'était des larves de Récolteurs.

- On parle de Shepard, qui prend sur elle la responsabilité de chaque vie qui n'a pu être sauvée, Jack.

- C'est vrai. C'est vrai qu'elle était déjà pas bien après son putain de retour du monde des morts. Encore et toujours la faute de ces tarés de Cerberus !

- Sans ces tarés de Cerberus, on ne serait pas là, en train de discuter, tu sais ?

- Ouais, la ramener à la vie est certainement la seule chose positive qu'ils ont fait. Mais elle détestait ça, tu le sais, non ? D'être juste un outil. Une arme. Elle m'avait dit une fois que si le Conseil, l'Alliance, Cerberus et tout ceux qui se servaient d'elle l'aimaient si peu c'est parce qu'ils n'avaient pas réussi à faire en sorte que leur arme cesse de penser…

- Je l'ai frappée, une fois, violemment. Elle me disait à peu près ce que tu viens de dire. Qu'elle n'était qu'un outil qui pense trop. Qu'elle devrait arrêter de réfléchir et juste tuer, puisque c'est ça qu'on demande d'elle…

- D'un côté, c'est ce que fait Elie. La mercenaire est une arme à l'état pur. Pas d'état d'âme, pas de questions.

- On pense qu'en supprimant l'endoctrinement, on retrouvera Shepard. Mais peut-être qu'Elie est la seule version d'Eléanor qui peut survivre à sa culpabilité, à son esprit brisé. J'ai peur, Jack. Peur que Shepard ne revienne pas. Qu'elle revienne mais qu'elle ne soit qu'un corps brisé. Qu'elle revienne et veuille encore une fois disparaître. J'ai peur qu'elle m'abandonne encore une fois…

- Je comprends, Liara. Je vais te dire, avoir peur, c'est normal, mais ça change rien. Focus sur ton bébé, sur l'avenir. Shepard, c'est une variable dans ton avenir et celui du bébé, ok ? Je t'accorde qu'elle est massive comme une supernova, comme variable, mais c'est qu'une variable. L'important, c'est toi et la crevette. »

Et les deux femmes restent assises dans le ventre du vaisseau de l'ennemi, à éviter de penser à l'esprit fragmenté de leur amie, encore perdue dans un océan de folie.