Petit mot de l'auteure : Cet OS a été écrit dans le cadre du Secret Santa organisé par le FoF (qui se trouve dans mes auteurs favoris, allez-y jeter un coup d'œil). J'ai donc du écrire pour Maneeya !

Maneeya, j'espère sincèrement que ce texte te plaira. J'ai longuement, mais alors très longuement hésité pour le fandom (j'adore Sansa aussi, pareil pour The good place), mais rien ne me satisfaisait. Je me suis donc retrouvée ce 24 décembre matin à me dire qu'il fallait quand même que je tranche pour quelque chose, j'ai commencé à écrire et voilà le résultat.


Merci à Marina, Angelica, Destrange, CyrilCE, Wizzette, Misty et Plume pour leurs reviews sur l'OS précédent !


Noël 1998

Une guirlande de Noël pendait mollement sur le dossier d'une chaise en bois. Elle avait été sortie du carton de décorations quelques minutes plus tôt par une femme, mais elle n'avait pas eu le courage de l'installer sur le sapin pour lequel elle était destinée. Au lieu de cela, la femme s'était assise, chancelante, et l'avait regardé en tremblant.

Puis la femme s'était levée et avait couru dans la cuisine.

- Je vais vérifier que la tourte ne brûle pas, avait-elle prétexté.

Tous savaient qu'elle n'avait fait qu'énoncer un mensonge – elle n'avait rien mis à cuire, l'heure du repas étant bien loin d'arriver. Mais tous firent semblant de la croire et tous retinrent eux aussi des larmes, avant d'aller errer dans quelques endroits de la maison pour pleurer.

Noël aurait une saveur particulière cette année. Et pour cause : Fred n'était plus là pour le fêter.

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Personne n'eut le courage d'installer la guirlande. Chaque matin de décembre, les Weasley passaient devant ce petit fil rouge étiolé et brûlé qui aurait été mis à la poubelle si elle appartenait à quelqu'un d'autre – mais ce petit fil rouge avait été celui de Fred, et personne ne pouvait se résoudre à s'en séparer, tout comme personne ne pouvait se résoudre à le retirer de la chaise pour lui donner sa place sur le sapin.

Alors celle-ci resta sur le dossier de la chaise chacun des vingt-quatre jours qui séparaient Noël et lorsque celui-ci arriva finalement, un accord tacite avait été passé de la laisser ici, sur la chaise qu'aurait dû occuper son propriétaire.

Noël eut définitivement une saveur particulière cette année-là, ce qui n'étonna personne. La dernière fois qu'ils s'étaient tous retrouvés réunis autour de cette table avait été lors du mariage de Bill et Fleur – autrement dit, lorsque la guerre avait officiellement commencé. De nombreuses choses avaient changé depuis : de nombreux cauchemars qui venaient les réveiller durant la nuit, des cicatrices qui meurtrissaient leurs cœur et chaires, des pertes qui ne seraient jamais remplacées.

Mais parmi tous les mots que personne n'avait la force de prononcer, raisonnait dans le silence de la salle à manger le gazouillis innocent et curieux d'un petit Teddy Lupin découvrant avec un plaisir naïf les emballages chatoyants au pied du sapin.

- Quelqu'un semble impatient d'ouvrir ses cadeaux, commenta Ginny d'une voix faussement enjouée.

Si faussement enjouée qu'elle partait dans des notes aiguës destinées à empêcher ses pleurs de couler. Faussement enjouée, mais à la remarque suffisamment vraie pour que chacun arrête de fixer tristement son assiette pour rejoindre le petit garçon de neuf mois au pied du sapin.

Faussement enjouée, comme les autres voix qui la rejoignirent bientôt, mais dont quelques sourires sincères se faisaient voir de ci de là à la découverte d'un présent, une exclamation de surprise ravie à la découverte du cadeau tant désiré, à quelques rires attendris devant la vision d'un Teddy complètement enveloppé sous du papier cadeau.

Noël avait été cette année-là faussement enjoué, et tous en avaient été conscients. Mais derrière les larmes qu'ils se retenaient de pleurer, se glissaient des étincelles d'un bonheur qui demandait déjà à éclore de nouveau.

oOoOo

Noël 1999

La guirlande pend une nouvelle fois sur le dossier de la chaise.

Une nouvelle fois, chacun des enfants Weasley a cherché sa guirlande dans le carton de décoration, et une nouvelle fois, celle de Fred est restée derrière – ce qui était terriblement logique. Il n'était plus là pour la prendre.

Alors comme le Noël précédent, Molly avait fini par s'en saisir de ses mains tremblantes, l'entortillant machinalement entre ses doigts aux ongles rongés. Et comme le Noël précédent, personne n'avait eu le courage de finaliser l'action commencée, et le petit fil rouge était resté sur la chaise.

Mais contrairement au Noël dernier, il avait fini par gagner sa juste place.

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- Faites attention à vos affaires, prévint Harry d'une voix fatiguée. Maintenant qu'il a compris que le monde ne se résume pas à la maison et à ses affaires, il gambade partout.

- C'est l'âge qui veut ça. On a aussi connu ce moment infernal où ils touchent à tout, répondit Arthur d'une voix remplie de la compréhension d'un parent qui avait aussi été confronté à l'exploration infernale des enfants de presque deux ans.

Comme pour confirmer les dires de celui qui était devenu un grand-père de cœur, le garçon aux cheveux bleus se dégagea des bras de son parrain pour s'avancer joyeusement dans la salle où la table de Noël avait été dressée. S'il déambulait tout d'abord sans but précis, son attention enfantine fut rapidement attirée par un long objet qui dépassait d'une chaise. Son vocabulaire babillant ne s'était pas encore enrichit du nom de l'objet mais son intérêt avait déjà repéré que c'était quelque chose de drôle. Il marcha alors d'un pas décidé vers l'objet de ses désirs d'amusement, conduisant les adultes à faire un sourire attendrit en se demandant qu'elle serait la chose victime de son enthousiasme.

Avant que les cheveux de Teddy ne deviennent d'un rouge vif et qu'ils comprennent ainsi que celui-ci était intéressé par rien d'autre que la guirlande de Fred.

Ce fut Bill, qui était le plus proche de la relique, qui sauva la guirlande des mains destructivement baladeuses de l'enfant. L'aîné se retrouve ainsi avec le petit fil rouge, toujours aussi étiolé et abîmé par de trop nombreuses farces dans les mains, tandis que les bras d'Harry étaient occupés par son filleul pleurant la perte de son amusement.

Les deux hommes restèrent ainsi quelques secondes, figés, ne sachant que faire de leur paquet respectif, lorsqu'Hermione suggéra à Teddy pour calmer ses pleurs :

- Et si on installait la guirlande sur le sapin ? Elle sera très belle avec les autres, tu ne crois pas ?

Cela sembla enthousiasmer le petit enfant qui cessa aussitôt de pleurer.

- Mais attention, le prévint Hermione. C'est très fragile. Tu dois faire attention, d'accord ?

Avec une concentration presque religieuse, le bambin prit un bout de la guirlande, l'autre extrémité du fil tenu par Molly. Les deux installèrent alors le petit fil rouge sur une branche basse du sapin, et reculèrent de quelques pas pour admirer le résultat.

Celui-ci était loin d'être parfait – la guirlande était bancale, inégalement disposée, s'entortillait maladroitement autour d'une même branche et masquait quelques boules précédemment installées. Et pourtant, il leur semblaient à tous qu'elle n'avait jamais été aussi mieux placée.

Ce n'était pas Fred qui avait accroché sa guirlande. Après des mois de dénis, chacun avait dû accepter le fait qu'il ne pourrait jamais le refaire, ou jamais partager ce moment. Mais grâce à un intermédiaire tout aussi malicieux et curieux, sa guirlande trônait une nouvelle fois sur le sapin familiale, rejoignant celles de ses frères et sœurs.

Molly n'avait jamais voulu croire que la vie continuait, en dépit de leurs pertes – comment aurait-elle pu, lorsqu'on lui avait arraché son enfant ? Mais alors qu'elle voyait un autre petit garçon répéter les gestes que Fred avait lui-même fait, avec ce même émerveillement joyeux, elle pensa qu'il était plus juste de dire que la vie continuait avec leurs pertes. Elle ne pourrait jamais faire comme si rien ne s'était passé, tout simplement tirer une croix sur le passé, mais elle pourrait laisser une place pour le présent et le futur à venir. La guerre leur avait appris qu'une famille n'était jamais figée – elle subissait des pertes, accueillait de nouveaux membres, disait au revoir à certains. Dans quelques Noël qu'elle espérait très nombreux, elle-même ne serait plus là, tandis que d'autres auraient fait leur apparition dans cette grande famille.

Oui, au final, tout ce qui demeurerait toujours inchangé dans cette grande course mouvante de la vie serait au final l'amour qui les unissaient les uns aux autres.

Et elle en eut la confirmation lorsque Bill prit la main de Fleur pour annoncer :

- Nous pensions attendre le dessert pour vous l'apprendre, mais puisque tout le monde est arrivé et que nous avons votre attention... Nous avons la joie de vo...

- Je suis enceinte, le coupa Fleur qui semblait de plus pouvoir attendre que Bill ait terminé sa mise en bouche.

À cela, chacun poussa des félicitations surprises – et cette fois-ci, l'enthousiasme de chacun n'était faussement feint.

oOoOo

Noël 2000

Cinq guirlandes de Noël pendaient mollement sur le dossier d'une chaise en bois. Elles avaient été sorties du carton de décorations quelques minutes plus tôt par une femme qui s'adresse maintenant à un enfant de presque trois ans :

- Choisi laquelle tu préfères, Teddy.

- La violette ! s'exclama avec l'autorité joyeuse propre des enfants de son âge.

- Elle est à toi, dans ce cas. On va l'accrocher.

Molly prend alors la main de Teddy et l'amène vers le sapin qui trône dans un coin de la salle à manger. Le petit garçon s'avance et dépose délicatement la guirlande à un endroit accessible pour sa petite taille.

La matriarche Weasley se tourne ensuite vers Fleur, Hermione et Harry, pour leur remettre trois des quatre guirlandes restantes exposées sur la chaise, et ceux-ci vont également accrocher leur nouveau bien sur les feuillages du sapin. La dernière est quand à elle présentée à une petite tête blonde, présentement plus intéressée par ses propres pieds que par l'objet que lui tend sa grand-mère. Mais celle-ci ne s'en formalise pas – elle sait que dans quelques années, Victoire sera aussi heureuse que ses oncles, tantes ou autres cousins d'installer sa guirlande auprès de celles de toutes les personnes qu'elle aime.

Pour le moment, c'est Fleur et Bill qui s'approchent du sapin une deuxième fois pour déposer la guirlande à la place de leur fille.

La famille reste quelques instants à observer le résultat, puis chacun s'en détourne pour aller mettre la table et installer les divers éléments du repas de Noël. Seule Molly reste quelques instants supplémentaires devant le conifère lumineux. Celui-ci scintille d'une quinzaine de guirlandes, aussi multicolores que sont variés les caractères de leurs propriétaires respectifs. Au milieu du sapin se trouve la guirlande rouge de Fred, que Arthur et elle ont installé ensembles cette année. Cette vision lui procure un serrement de cœur – et elle sait que ce sentiment ne pourra jamais disparaître. Mais lorsqu'elle voit les branches nues qui attendent de recevoir un jour leur guirlande comme autant de personnes à accueillir dans son cœur, elle se dit qu'elle pourra vivre de nombreux autres Noël remplis de rires et d'amour.


Petit mot de fin : Maneeya, je t'avoue que je suis très incertaine sur si tu vas aimer. Tu as mis dans tes indications que tu n'aimais pas "Les textes "feel bad" : un peu bizarre à expliquer parce que je n'ai rien contre l'utilisation de la tristesse, de la colère, de la violence sous n'importe quelle forme etc... mais je n'apprécierais pas qu'elle soit justifiée, légitimée ou qu'elle se contente d'enclencher un cercle vicieux de surenchère. En fait, je vous demande de me laisser un peu d'espoir pour Noël."

J'espère que ce n'est pas trop triste pour toi (je suis d'humeur trèèèès mélancolique en ce moment, et ce qui me paraitrait comme le top de la joie pourrait en fait s'avérer triste pour d'autres). En tout cas je me suis attachée à laisser une note plus positive à la fin et des touches d'espoir tout de même, parce que c'est Noël quoi, et que ça me paraissait un peu extrême que tout le monde broie du noir (et contrairement à ça, ça aurait été extrême qu'il y ait que des paillettes).

Bref. J'espère que tu aimeras. Et si ce n'est pas le cas, fait le moi savoir, j'écrirais un petit truc bien déjanté sur The good place pour me rattraper ! Dans tous les cas, de bonne fêtes à toi.
Et de bonnes fêtes à tout le monde !

Sinon ce texte répond à plusieurs défis de la Gazette : collectionner les Pop (Pop Ymir : écrire sur les Weasley), pick a card (Ten of Clubs : écrire sur Teddy Lupin), les citations HG (20 : la vie continue, en dépit de nos pertes), si tu l'oses (392 : Matriarche), le défi fou (358 : mot – chatoyant), la collection restreinte (34 : aucun sort jeté/mentionné).