Ce texte a été écrit en une heure pour la 120e nuit du FoF sur le thème "ésotérique", dans le sens premier du terme à savoir "enseignements secrets réservés à des initiés".
Bon, ce texte est sur Bellatrix, donc elle est son propre warning.
Personnage : Bellatrix
Contexte : pré Livre
Merci à Angelica, Maneeya, Wizzette et Turand (x2) pour leurs reviews sur les chapitres précédents !
L'homme à ses pieds crie, mais elle n'y prête pas attention. Ce n'est qu'un homme parmi tant d'autres – inutile. Elle ne le torture pas pour obtenir un quelconque renseignement ou parce qu'elle a une dent contre lui. Elle le torture parce qu'elle a envie de passer ses nerfs sur quelqu'un, et qu'il était au mauvais endroit au mauvais moment. Ni plus, ni moins.
Elle le regarde distraitement, alors qu'il gémit quelque chose à propos de ses enfants – ou bien est-ce de sa femme ? Elle s'en fiche complètement. Sa vie ne l'intéresse pas le moins du monde. Sûrement parce que celle-ci est inintéressante. Elle évalue d'un coup d'œil son costume désormais en pièce, à la chemise blanche maintenant déchirée et rougie par son sang qui ne cesse de couler, et elle rit. Cet homme est si pitoyable – avec son petit costume d'employé de bureau, sa petite famille, sa petite vie bien rangée sans aucun sens...
Il va mourir comme il a vécu – anonymement, et inutilement. S'il n'était pas en train de gémir de douleur, il se rendrait compte que ces vingt dernières minutes passées en sa compagnie sont le moment le plus intéressant de son existence. Une histoire qu'il aurait pu raconter à ses enfants, comme une anecdote, une preuve que quelque chose sortant de l'ordinaire lui soit arrivé.
Bien sûr, comme comme elle va le tuer, il ne pourra rien raconter à ses enfants.
De tout manière, en faisant exploser leur maison ainsi, ceux-ci sont certainement déjà morts.
Elle agite encore sa baguette, nonchalamment, facilement – comme si elle lançait un sortilège de première année et non l'un des trois sorts interdits. Elle lance le sort, encore et encore, et l'autre crie de plus en plus fort, en écho aux Doloris qu'elle prononce.
Elle s'enivre de ses hurlements qui résonnent en elle comme une symphonie dont elle seule comprendrait les accords. Ici les cordes délicates d'une harpe – des sanglots qui s'échappent – là des tambours frappés avec virulence – le bruit de ses os qui se brisent – là les frémissements affolés des vents – les cris agonisants de ce qui n'est plus un homme mais maintenant une forme sanguinolente.
Et enfin, après l'acmé de l'orchestre, le silence.
Il ne produit plus aucun son – comme le violoniste maniant trop fortement son archer, les cordes se sont brisées.
Alors elle le tue, et l'homme s'éteint sans un bruit. Elle, elle rigole, elle rigole de joie et de satisfaction, elle rigole comme une enfant heureuse – sauf qu'ici, le rire est fou.
Elle regarde sa baguette, si belle et si puissante – à son image. Sa robe blanche est tâchée de sang dans un contraste qui l'enivre presque autant que l'odeur de peur et de fer qui s'en dégage. Elle tourne alors sur elle-même sous le ciel étoilée, tourbillon de blanc et de rouge, et elle rit de sa liberté. Elle ne sera pas comme les autres de son milieu, coincées dans un mariage qu'elles ne veulent pas, à élever leurs enfants en reprenant de vieux rideaux, en n'osant jamais élever la voix. Elle, elle ne se taira pas.
Elle, elle ne portera pas une robe de mariée pour l'enlever pour le plaisir lubrique d'un homme qu'elle n'a pas choisi – sa robe nuptiale, elle en fera le linceul des vies qu'elle prendra.
Ce soir, elle passe sa nuit de noce dans les bras d'un autre homme que son époux, à donner la mort plutôt que l'amour.
Et tout cela, grâce à la marque qu'elle porte sur son bras – la marque qui fait d'elle une mangemort, une membre à part entière de cette élite. Grâce à sa force, son talent et sa puissance, elle est parvenue à entrer dans ce cercle fermé. Ses dispositions dans l'art de la magie noire sont telles que la maître lui-même lui a appris les subtilités de cette magie ésotérique.
Et grâce à cela, plus personne ne peut lui résister.
Le monde lui appartient.
