Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit en 30 minutes pour la 131e nuit du FoF sur le thème "ronronner". Qui dit ronronner dit chat, et qui dit chat dit une dédicace à Luna, ma maman chat de discord !

Merci à LoupSpell, Marina, Lassa, Angelica et Destrange pour leurs reviews sur le drabble précédent !


Le soleil s'était couché depuis une heure maintenant. Sous l'effet du jour qui tombait, la petite pièce s'obscurcissait toujours d'avantage. Pourtant l'homme sur le canapé n'effectua aucun mouvement pour allumer la lumière, n'intenta aucun lumos qui aurait pu le sortir de l'obscurité environnante. L'on pouvait même dire qu'il n'effectua aucun geste du tout – il se contentait de rester assis sur le canapé, fixant un point dans le vide. Un observateur indiscret le regardant de dos aurait pu croire qu'il s'était assoupi là et prenait un repos bien mérité après une longue journée. Mais quiconque s'approchant de lui aurait constaté qu'il n'en était rien : ses grands yeux bleus étaient ouverts, figés, vides, mais bel et bien réveillés, à défaut d'être éveillés.

De toute manière, comme aucun observateur n'était dans le salon, l'état d'éveil de l'homme importait peu.

La scène resta ainsi figée encore de nombreuses minutes, jusqu'à ce qu'un bruit ne provienne de la cuisine jouxtant le salon. L'homme s'anima alors et, dans un vieux réflexe, pointa sa baguette en direction du bruit. Sous la lueur de celle-ci se révéla alors une forme féline.

- Ce n'est que toi... râla alors l'homme.

Le chat ne le regarda qu'un instant, avant de se désintéresser de lui pour le dépasser et gagner le couloir.

- Mais bien sûr, fait comme si j'étais pas là, abruti.

Il se mit donc à la poursuite du chat, tout en continuant de marmonner :

- De toute façon, qu'est-ce que tu fous là ? T'étais pas censé t'être barré, ou quelque chose du genre ? Bon débarras, je pensais. Sauf que non, tu te pointes comme une fleur, pour... mais t'es où connard ?

Une dizaine de surnoms fleuris plus tard, il avait retrouvé le chat, au pied d'une armoire qu'il avait réussi à ouvrir merlin il savait comment.

- Mais dégage d'ici, satané de chat ! Tu n'as pas le droit d'être ici !

Comme s'il comprenait ce que l'homme lui disait et qu'il avait envie d'être insolent, le chat s'engouffra dans l'armoire, et tira de celle-ci quelques vêtements.

- Mais... lâche ça immédiatement ! Ce n'est pas à toi ! Tu...

L'homme marqua un temps d'arrêt avant de réaliser ce que l'animal tenait dans sa gueule. Après quelques secondes de stupeur, ce fut la fureur qui s'empara de lui :

- Lâche ça ! Lâche ça de suite ! Tu vas l'abîmer ! Tu... tu... non ! Lâche ça ! LACHE CA TU M'ENTEND ! Tu n'as aucun droit de le prendre ! Tu crois quoi ? Que tu peux partir sans un mot et revenir une semaine après comme une fleur pour faire tes griffes n'importe où ? Mais tu te prends pour qui ? Un putain de privilégié avec des passe-droits ? Et bien non ! Tu n'es qu'un abruti ! Un ABRUTI DE CHAT, tu m'entends ! Un abruti de chat, qui n'a rien à faire ici ! Je ne veux pas de toi ici ! Dégage. T'as compris ? DEGAGE ? T'as rien à faire ici.

Le chat, s'il avait redressé son attention vers lui, n'esquissa toutefois aucun mouvement pour aller où que ce soit.

- T'as rien à faire ici, répéta l'homme. Je veux pas de toi. Je t'ai jamais aimé, tu le sais, non ? Bien sûr que tu le sais. Tu me détestes tout autant que je t'ai en horreur. Alors pourquoi tu restes ? Dégage. Casse-toi. CASSE TOI ! CASSE TOI DE SUITE ! T'as rien à foutre là ! Rien du tout ! Surtout pas... surtout pas quand elle n'est pas là. C'est toi... t'aurais dû crever. Pas elle.

Les deux yeux marrons de l'animal le regardaient fixement, droit dans les yeux.

- Ouais. J'imagine que tu te dis la même chose pour moi. Que j'aurais dû mourir et pas elle. Jte comprends. Elle était meilleure que moi. Et que de toi. De nous. Du monde entier. Le monde entier aurait dû crever.

L'homme baissa ses yeux vers le vêtement que tenait le chat. Bien qu'il attrapé étoffe avec brusquement, l'animal ne lui avait pas causé de dommages, contrairement aux nombreuses fois où il avait fait ses griffes sur les rideaux. Là, il s'était simplement contenté d'attraper le vêtement dans le paquet qu'il avait sorti en tas, et avait commencé à s'enrouler dans lui avant que l'homme ne l'interrompe.

- J'imagine qu'elle te manque à toi aussi, non ?

Il n'eut pas de réponse, ce qui n'était guère étonnant – c'était un chat, après tout. Mais quelque chose dans les yeux de celui-ci le convainquit que la réponse à sa question était oui. Oui, elle lui manquait aussi ; car tant de douleurs, même dans les yeux d'un animal, ne pouvait signifiait autre chose.

- Moi aussi elle me manque. Elle... commença-t-il à dire avant de changer brusquement de direction, sous peine de se mettre à pleurer. Bref. Tu peux garder ce pull, si tu veux.

Sur ce, il se releva. Avant de quitter la chambre, il dit au chat, qui était resté à sa place :

- Je sais pas si t'as faim. Mais au cas où... il reste des croquettes. Je vais t'en servir.

En plus des dites croquettes, l'homme servit un bol de lait, dans lequel l'animal vint lapper quelques gorgées quelques minutes après. Sa soif ayant été quelque peu étanchée, il regarda l'homme qui était assis à côté de la gamelle, n'ayant pas eu l'énergie de se redresser après avoir effectué ce geste dont elle se chargeait d'ordinairement.

Presque impulsivement, l'homme tendit la main vers le chat. Et celui-ci, au lieu de la mordre comme il le faisait d'ordinaire, accepta la caresse initiée.

Puis, il vint se poser sur ses genoux, lui posa sa main sur son pelage roux, et il restèrent ainsi de longs instants, sans un bruit.

Peut-être repensaient-ils tout deux à ce que leur avait dit celle qu'ils avaient tant aimé.

« Promettez-moi d'essayer de vous supporter, d'accord ? Quand je ne serai plus là... je ne veux pas que vous vous retrouviez tout seuls »

Comme si ce chat allait me tenir compagnie, avait-il pensé alors.

Mais maintenant qu'il était sur le carrelage de cette cuisine vide de sa présence, Ron se dit qu'Hermione Granger avait une fois de plus encore eu raison. Pattenrond ne pouvait la remplacer, tout comme lui-même ne pouvait être ce qu'elle avait été pour le chat, mais à deux, ils pouvaient partager ne serait-ce qu'un peu de leur peine respective.