Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit en 30 minutes pour la 131e nuit du FoF sur le thème "Chouette". Bien évidement, j'ai aussitôt pensé à Hedwige.

Merci à Angelica, Marina, Lassa, Misty, Ava, Wizzette, Destrange et Oohfemmeluxieuse pour leurs reviews sur le drabble précédent !


Tout autour de lui, les sorts fusent.

Hagrid essaie tant bien que mal de les éviter ; il continue sa course en avant, sans jamais jeter un regard en arrière, laissant à Harry le soin de neutraliser leurs poursuivants. L'Elu peine ; ces dernières années l'ont obligé à développer un certain talent pour le combat et il doit reconnaître qu'il ne se débrouille pas trop mal, mais quand même. Tout sauveur du monde sorcier qu'il soit, il ne peut lutter indéfiniment contre des Mangemorts surentraînés. Il sait ainsi que bientôt, il devra tirer sa révérence. Il prépare déjà son discours, lorsque les membres de l'Ordre viendront se pencher en pleurant devant son cadavre – désolé les gars, j'ai fait du mieux que j'ai pu, mais ça n'a pas suffit.

Je n'ai pas suffit, pourrait-il même rajouter, et c'est une chose à laquelle il pense souvent. Pourquoi lui ? Qu'a-t-il de plus ou de moins que les autres ? Les questions tournent dans son esprits, sans réponse – ce n'est pas comme s'il avait le temps d'y réfléchir. Là, tout de suite, il doit surtout s'occuper des éclairs verts qui retentissent à ses oreilles – littéralement. Ils passent si près d'eux qu'il ne sait pas comment il parvient à les éviter.

Et puis, comme il l'avait prévu, arrive le moment où il en rate un.

Il voit ce sortilège de la mort foncer vers lui et il sait qu'il devrait se décaler, tente même un petit mouvement histoire de dire « j'aurai tout tenté » mais il sait aussi qu'il n'y arrivera pas – le sort arrive trop vite et son corps, affaibli par les minutes de combat intenses, est trop lent. Il ne lui reste que quelques secondes pour décider : mourir les yeux ouverts ou fermés ?

Mais alors qu'il a pris sa décision – ça sera ouvert – le vert est remplacé par le blanc.

Harry se demande un instant ce qui se passe – se met-il à neiger ? – lorsqu'il comprend : c'est Hedwige. Il est heureux de la voir ; du moins un instant, car après, la terreur monte en lui. Mais que fait-elle ici ? Il veut lui crier de s'en aller, qu'il n'y a rien d'autre que du danger ici, mais trop tard. Les ailes de la chouette cessent de battre, et Harry comprend pourquoi son champ de vision a chassé le vert : Hedwige s'est interposée entre lui et le sort.

Et là, tout s'écroule.

Heureusement que le Mangemort s'enfuit après l'odieux crime, car là, Harry n'aurait pas été en état de le combattre. À vrai dire, il n'aurait même pas cherché à le faire. Toutes ses pensées sont tournées vers cette unique vision : Hedwige, qui tombe toujours plus bas, toujours plus loin de lui, ne lui laissant à portée de main que quelques plumes flottantes dans le vent. Harry essaie de les attraper, comme pour se prouver que le drame qui vient de se produire s'est réellement passé, mais seul l'air rencontre sa paume tendue – il doit alors se fier aux larmes qui creusent des sillons dans ses joues pour intégrer la terrible réalité.

Hedwige est morte.

Ce n'est qu'un oiseau de malheur, rouspète la voix d'oncle Vernom. Mais Harry sait qu'Hedwige est bien plus ; c'était sa première amie, celle qui lui a fait réellement comprendre que oui, il était un sorcier, et qu'un sorcier avait une chouette, c'était sa compagne de toujours, celle qui avait fait le lien avec ses autres amis, celle qui avait abrité ses doutes et confidences. Celle qui l'avait vu grandir, tout simplement.

Et surtout, elle n'était pas morte de vieillesse. Elle était morte car elle s'était sacrifiée pour qu'il ait la vie sauve, c'était interposée entre lui et ce sort pour le protéger.

Alors non, Hedwige n'était pas un simple oiseau. C'était une amie qu'Harry pleurerait comme telle.