Petit mot de l'auteure : pour la roulette, il fallait écrire un texte autour de Cedric Diggory et Ted Tonks.
Depuis trois ans qu'il était mort, Cédric avait le temps de voir arriver de nombreux fantômes.
Au début, la plupart était de vieilles personnes, mortes naturellement. Certains autres avaient eu un accident de Poudre de Cheminettes, certains avaient succombé à la maladie. Des choses qui, si elles étaient tristes, demeuraient assez banales.
Puis le fantôme de Sirius Black était arrivé et rien n'avait été pareil. « Voldemort est revenu pour de bon » avait-il expliqué, et Cedric avait bien été obligé de le croire puisque la pile de nouvelles arrivées grandissait inlassablement. À chaque fois, il était dévasté. Tant de vies fauchées...
Le jour où il vit arriver Ted Tonks fut le pire.
Il n'avait jamais vraiment fréquenté l'homme, mais connaissait sa fille, qui avait quelques années de plus que lui à Poudlard. Dans la salle commune, elle avait l'habitude de parler de son père et de tous les bons souvenirs qu'ils partageaient. Comme lui aussi était très proche de son père, il ne s'était jamais moqué d'elle, contrairement à d'autres. À la place, il allait la questionner sur les activités qu'elle pensait faire avec son père durant les vacances, partageait les siennes. À la rentrée, ils se racontaient leurs aventures familiales.
Alors voir que le père de son amie le dévasta.
Il pensa à Tonks, qui ne pourrait jamais plus faire de partie de pêche avec son père. Qui n'aurait plus personne pour lui cacher des petites surprises partout dans la maison. Qui n'aurait plus jamais l'occasion de lever les yeux au ciel parce que « papa, tu me fais honte ! ».
Tout ça venait de s'envoler.
À cause de lui.
Car c'était bien ce qu'il ressentait, à chaque fois qu'un fantôme arrivait ici à cause de la folie de Voldemort. Il se revoyait toucher la coupe, regarder cette inquiétante forme encapuchonnée. Il revoyait l'éclair vert se diriger vers lui, avant qu'il n'ait eu le temps de faire quoi que ce soit. Or, il aurait dû. C'était lui le majeur, lui qui aurait dû protéger Harry, lui qui aurait dû tenir tête au mage noir. Si il c'était montré à la hauteur de son rôle de champion, des tas de gens seraient encore vivants.
Et Tonks aurait encore son père.
Peut-être était-ce pour cela que, contrairement à bien d'autres fantômes, il ne s'était pas encore dissous dans le néant. Il savait qu'il ne trouverait pas le repos tant qu'il n'aurait pas accueillit le Seigneur des Ténèbres. Car un jour viendrait où ce dernier le rejoindrait ; il devait y croire. Et s'il devait attendre plusieurs siècles dans la tourmente, alors soit. Il le ferait.
Ce qu'il ignorait, c'est que Ted Tonks comptait faire exactement la même chose.
Rester là et attendre.
Mais pas pour le Seigneur des Ténèbres.
Même pas pour sa femme ou sa fille ; il savait qu'elles iraient bien.
Non, il attendrait là pour tenir compagnie à Cedric Diggory.
Son cœur de père ne pouvait laisser ce petit gamin qui s'était retrouvé complètement seul du jour au lendemain.
Alors il vint s'asseoir à côté du garçon et, côtes à côtes, ils attendirent.
