Chapitre 1 : Peur panique.
ND'A : Hey, I'm back ! Désolée que ce chapitre ait mis aussi longtemps à arriver, mais maintenant que je suis en vacance, normalement, je devrai reprendre l'écriture de mes commandes.
Loras Tyrell n'avait probablement jamais eu aussi peur de sa vie.
Même au cours de la bataille de la Néra, il n'avait pas été aussi effrayé. D'un autre côté, les circonstances étaient différentes à l'époque, la mort de Renly était beaucoup trop récente pour qu'il puisse ressentir autre chose que de la tristesse, et rien si ce n'est la vengeance ne pouvait réussir à le faire avancer.
Il était le seul de sa famille sur le champ de bataille à ce moment-là, et il se moquait bien à l'époque de risquer de perdre la vie en bravant la mort à tout bout de champ, et alors qu'il se battait, pour une cause en laquelle il ne croyait même pas, pour un roi à qui il n'avait jamais juré allégeance, tout ce qu'il voyait, c'était le visage de Renly, mort, encore et encore, et encore.
Il avait voulu mourir.
Mais maintenant ?
Il n'était pas le seul à être impliqué, sa sœur et son père étaient là eux aussi, et l'incertitude complète de la situation actuelle était ce qui lui faisait le plus peur.
Il grimaça de douleur, sentant quelques gouttes de sang couler de sa plaie au front, toute fraîche, là où les Moineaux avaient gravé le signe de leur foutue secte, à laquelle il n'adhérait pas le moins du monde dans le fond de son cœur, tout comme Margaery elle-même d'ailleurs.
Et il se demanda brièvement si, pour les Sept, il valait mieux être un hypocrite feignant de croire en leurs préceptes, ou un impie ne respectant rien, mais étant au moins cohérent avec lui-même.
Si ils existaient réellement, que préféraient les dieux ?
Qu'on ne croit pas en eux, mais sans tricher, ou qu'on les prie sans même plus y croire, et en se cachant derrière une croyance faussement sincère ?
Il n'eut pas le temps de réellement se pencher plus longtemps sur la question, alors que sa sœur lui tendait un mouchoir afin qu'il puisse essuyer du mieux possible le sang qui commençait déjà à sécher.
La marque des Moineaux, si la blessure était bien refermée, pouvait disparaître en quelques semaines, mais il se doutait bien que les autres membres de la secte ne laisseraient pas cela se produire.
En réalité, il était même surpris (et un peu soulagé également) que la marque en question n'ait pas été carrément gravée au fer ronge sur son front en fait.
Il les regarda alors, ces moineaux, qui, pour la plupart d'entre eux, semblaient se gargariser de ce sentiment de puissance lié au fait de presque entièrement contrôler Port-Réal, sans oublier cette impression d'auto-satisfaction qui se dégageait d'eux, et le fait qu'il avaient l'air de se croire mieux que tout le monde, le Grand Moineau en tête.
Ce qui lui donnait envie de vomir.
Il essuya sa plaie et la remercia rapidement, sans qu'elle ne lui réponde.
Rien que l'air terriblement sérieux qu'affichait sa sœur le terrifiait tout bonnement.
Sans compter le fait que la mécanique bien huilée du « spectacle » organisé par les moineaux était en train de se gripper, enraillée par un (ou plutôt deux) retard inattendu.
Cela faisait quoi... déjà deux, trois heures, qu'ils attendaient l'arrivée du roi, et surtout celle de Cersei, qui avait semble-t-il décidé de ne pas assister à son propre procès !
Et toute cette attente mettait de plus en plus les nerfs de Loras à vif !
Alors quoi, alors que lui-même n'avait pas pu y échapper, elle, elle comptait s'en tirer en restant enfermée dans le Donjon Rouge ?
Et puis quoi encore ?
Un duel judiciaire ?
Reine-mère ou pas, elle devait répondre de ses actes, payer pour ce qu'elle avait fait (et considérant ce qu'elle leur avait fait, c'était un retour de bâton plutôt agréable), et rien ne lui permettrait d'échapper plus longtemps à son juste châtiment.
Margaery, quant à elle, était blême de terreur.
« Je ne vois pas Tommen, murmura-t-elle, formulant enfin sa peur à voix haute. Je ne comprends pas, il n'est toujours pas arrivé, et ça n'a pas de sens. Que Cersei veuille à tout prix retarder son procès pour essayer d'y échapper, je peux le comprendre, mais lui... Enfin, il n'a aucun raison d'être absent, ou en retard, il est le roi !
- A moins qu'on ne l'empêche de sortir de sa chambre, proposa alors Loras, son inquiétude grandissant de plus en plus au fur et à mesure que l'attente devenait de plus en plus longue, tout comme l'exaspération de ceux se trouvant dans le septuaire augmentait elle aussi.
La lueur qui apparut dans les yeux de Margaery était désormais pleine d'appréhension, et le jeune chevalier aurait presque voir les rouages de son cerveau s'activer devant lui.
- Cersei prépare quelque chose, fit-elle en serrant les dents. Je ne sais pas quoi, je ne sais pas non plus comment ça va se produire, mais quelque chose va arriver.
- Elle ne veut pas venir ici, et elle ne veut pas non plus que Tommen s'y rende... Pourquoi ?
La jeune reine hocha la tête.
- Je vois ce que tu veux dire... »
Au milieu des murmures divers et variés, provenant soit des personnes venues assister au procès, ou venant des moineaux eux-même, les deux jeunes Tyrell aperçurent un des serviteurs encore fidèle à leur famille se diriger vers eux.
Il avait réussi, par miracle, à sortir du septuaire environ une heure plus tôt, afin d'essayer de comprendre pourquoi le roi n'était toujours pas arrivé.
« Ma reine, Ser... fit-il en les saluant tout deux. Je suis allé voir le roi, comme vous me l'avez demandé... Ou du moins, j'ai essayé.
- Hé bien ?
- Impossible d'entrer dans sa chambre, expliqua-t-il. Il y a... un grand soldat qui garde sa porte et qui empêche quiconque tente de le faire d'entrer dans la pièce. Il s'agit du même garde qui accompagnait en permanence Cersei Lannister il y a encore quelques jours.
- La Montagne, soupçonna immédiatement Margaery, qui se doutait qu'il ne pouvait pas s'agir de quelqu'un d'autre. Puis, elle sourit au soldat. Merci Ser, vous pouvez disposer. »
Il s'inclina, avant de les laisser seuls, elle et son frère.
La jeune femme regarda autour d'elle, tentant de donner un sens aux paroles du chevalier, ainsi qu'à l'étrange comportement de Cersei.
Puis, elle fronça les sourcils, remarquant un détail auquel elle n'avait pas prêté attention juste avant.
Tout les Moineaux, à l'exception de frère Lancel (qui, elle le savait, avait été dépêché par le Grand Moineau pour aller chercher la reine-mère), étaient présents dans le septuaire.
Ici, si l'on oubliait bien sûr ceux venus assister au procès, comme son oncle, étaient réunis absolument tout les ennemis de Cersei Lannister (ceux habitant à Port-Réal du moins).
Oui, ils étaient là, tous ceux qui auraient pu vouloir essayer de s'attaquer à elle, tous ensemble, dans la même pièce, et au même moment, comme par hasard.
Et, à l'inverse, l'ancienne reine faisait tout pour ne pas s'y rendre.
Ça cachait forcément quelque chose de louche.
« Si il ne s'agit pas d'un traquenard, alors je ne sais pas ce que c'est.
- Tu penses qu'elle compte faire quoi ? Faire annuler son procès ? »
Loras ricana, tellement l'idée lui semblait invraisemblable.
Et c'était normal, après tout, il n'avait pas côtoyé Cersei autant qu'elle, il ne savait pas encore de quoi elle était capable pour arriver à ses fins.
« Elle en serait bien capable, lui souffla sa sœur avec inquiétude.
- Le seul moyen pour elle d'y arriver serait de tuer ou de faire tuer le Grand Moineau. Et encore, même si elle y parvenait, je suis certain que ses sbires seraient plus qu'enclin à prendre sa place et à tout faire pour le venger.
Et soudain, d'un seul coup, pour Margaery, tout s'éclaira, et elle comprit enfin ce qui se tramait.
Elle blêmit, et agrippa brutalement le bras de son grand frère.
Imperceptiblement, sa main droite se mit à trembler, et elle serra le poing, elle-même horrifiée par l'ampleur de l'horreur de sa découverte.
- C'est ça ! S'exclama-t-elle, la voix chargée d'une terreur à peine contenue. C'est ce qu'elle compte faire !
- Quoi ? Lui demanda son frère en fronçant les sourcils. De quoi est-ce que tu parles ?
- Pour elle, il ne s'agit pas seulement de retarder son procès, non, c'est autre chose... C'est bien pire. Elle a tout fait pour que les Moineaux soient tous réunis dans la même pièce... Une pièce dont personne ou presque ne peut sortir, à cause d'eux. Cersei veut évincer le grand Moineau, elle veut regagner le pouvoir à nouveau. Elle refusera d'accepter le moindre obstacle se dressant sur son chemin. Elle va tous nous faire tuer, prophétisa-t-elle sombrement.
- Tu la penses réellement capable d'aller jusqu'à cette extrémité là ? »
Le regard de terreur pur que lui envoya sa sœur était plus qu'éloquent à ce sujet.
« Elle est la fille de Tywin Lannister, l'un de ceux qui a organisé les Noces Pourpres, et elle a bien appris de lui. Elle a installé le Grand Moineau et ses fidèles afin de pouvoir nous évincer tout deux et maintenant que ça se retourne contre elle, elle veut reverser la balance une nouvelle fois et reprendre le contrôle. Si je pense qu'elle peut aller jusque là ? Je pense qu'elle peut faire bien pire.
- Mais... comment le pourrait-elle ? Objecta Loras. Elle n'est plus rien désormais, ses gardes ont été remplacés par d'autres, ou bien ils sont tous acquis à la cause du Grand Moineau. Comment pourrait-elle faire pour provoquer la mort de tellement de personnes en un instant ?
- Je n'en sais rien, et je m'en moque. »
L'un comme l'autre ne pensa à aucun moment à l'hypothèse du feu grégeois, pour la simple et bonne raison qu'ils ignoraient complètement sa présence, comme tout les habitants de la ville, et ce contrairement à Cersei, qui comptait bien s'en servir.
Ignorant encore que son cousin allait être le grain de sable qui allait tout mettre par terre, et l'empêcher de tout détruire.
Elle n'aurait jamais dû le sous-estimer.
« Et quant bien même j'aurais tort, ajouta-t-elle, tu ne peux pas nier que Cersei prépare quelque chose, et peu importe de quoi il s'agit, elle doit être arrêtée.
- Je suis bien d'accord, répondit-il. »
Autour d'eux, les gens continuaient à parler et à commérer, se demandant sûrement pourquoi la reine-mère mettait tellement de temps à se rendre à son propre procès (à croire qu'elle n'avait même pas l'intention de se défendre ! Enfin, pour ce que ça apporterait de toute façon...), mais personne ne semblait encore avoir peur.
Son regard s'illumina d'une lueur calculatrice.
« Il faut que les gens paniquent.
- Pour les pousser à essayer de sortir et pour qu'on puisse nous aussi s'échapper discrètement et comprendre ce que Cersei mijote ? Ça me paraît être un bon plan. »
Se dirigeant vers le fond du septuaire, ils allèrent directement voir leur père, observés de loin par Ser Kevan Lannister, qui commençait également à se rendre compte que quelque chose clochait.
Mace Tyrell les regarda arriver vers lui en fronçant les sourcils.
« Margaery, Loras ? Qu'y-a-t-il ?
- Cersei Lannister prévoit de massacrer l'intégralité des Moineaux afin d'échapper à son procès, s'exclama son fils, tandis que sa sœur hochait la tête à côté de lui afin de l'approuver.
- Et elle a également l'intention de tous nous tuer afin de se débarrasser de tout ses opposants, ajouta Margaery. »
C'était du bluff, très clairement, ils n'avaient en réalité aucune idée de ce que Cersei comptait faire, ils ne pouvaient que faire des suppositions.
Leur seule certitude, à vrai dire, c'était que leur vie et celle de tout les occupants du septuaire était en danger.
Le visage de Mace se ferma brusquement.
« C'est une accusation très grave, fit-il avec gravité. Avez-vous des preuves de ce que vous avancez ?
Margaery avait le sentiment qu'elle était sur le point d'exploser, tant la lenteur de la situation ne rendait celle-ci que d'autant plus terrifiante.
Elle était la reine, et pourtant, elle avait l'impression de ne rien pouvoir faire pour empêcher la catastrophe à venir.
- Père, lui dit-elle avec de la panique dans la voix. Nous n'avons plus le temps ! Si nous n'agissons pas très vite, si nous ne sortons pas du septuaire, nous allons tous mourir ! Alors je vous en supplie père, ordonnez à tout ceux présents dans le septuaire de sortir tout de suite !
Un air de terrible hésitation apparut alors sur le visage de leur père.
- Elle va mettre le feu au septuaire, mentit Loras, comprenant également qu'ils n'avaient plus le temps de transiger. Et si nous restons tous ici, enfermés, nous allons brûler vifs. »
Livide, leur père se décida finalement à se lever, et commença à donner des ordres aux alentours, et s'il fut tout d'abord stoppé par les Moineaux, tout changea quand les rumeurs d'incendie commencèrent à se propager, et, malgré l'interdiction des Moineaux, la quasi-totalité des occupants du septuaire commença à fuir.
Les deux jeunes gens sortirent à leur tour, terriblement soulagés de voir tout le monde fuir loin du septuaire, excepté les moineaux eux-même.
Sauf que ça ne réglait en aucun cas la situation.
Tout d'un coup, tout changea lorsque les rumeurs concernant le feu grégeois commencèrent à se répandre.
Et l'entièreté de Port-Réal avait sombré dans le chaos, Cersei voyant son plan se désagréger peu à peu sous ses yeux, puisque même si le septuaire explosait, les pertes ne seraient pas suffisantes pour lui permettre de s'en sortir.
Elle n'avait plus rien à perdre, et elle envoya ses derniers soldats qui lui étaient encore fidèles se battre contre les Moineaux, envoyant aussi la Montagne (sans oublier les « petits oiseaux » de Qyburn/Varys qui assassinèrent sans remords mestre Pycelle), ce qui amena à un combat sanglant et meurtrier entre ceux-ci, qui se termina par la mort de presque tout les participants, Gregor Clegane étant bien évidemment le dernier à mourir (même si en un sens il était déjà mort depuis longtemps...).
Alors qu'il entendait parler du potentiel projet de Cersei Lannister de faire exploser le septuaire grâce aux caisses de feu grégeois entreposées dans les égouts, Loras sut immédiatement ce qu'il devait faire.
« Je dois y aller, expliqua-t-il à Margaery.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Cersei a probablement installé un système à retardement pour enflammer tout ça sans être obligée de le faire elle-même, ou quelque chose comme ça, il faut que j'aille empêcher cela, si cela peut l'être, ou au moins vérifier que nous ne sommes plus en danger.
- Et si jamais le tout explose pendant que tu es sur place ? Lui demanda sa sœur avec inquiétude. Tu mourras.
Loras se força à sourire, avant de prendre le visage de sa petite sœur entre ses mains.
- Écoute-moi sœurette... Une bonne partie des Moineaux sont morts, et Cersei va être arrêtée d'un moment à l'autre. Tu es de nouveau libre, et moi aussi, mais il n'y a plus rien qui me rattache à la vie, fit-il avec une honnêteté glaçante. Et ce, depuis bien longtemps... Renly est mort, Olyvar m'a trahi, même si je me doute bien qu'il n'avait pas réellement le choix... Il ne me reste plus rien ici, je n'ai plus de rôle à jouer. Mais toi, tu es la reine. Tu peux changer les choses, faire le bien. Améliorer la situation du royaume, et aussi celle du peuple. Et tu feras une reine formidable, j'en suis sûr.
Margaery lui sourit maladroitement.
- Sois prudent, d'accord ? Et évite de mourir, lui murmura-t-elle, les larmes aux yeux.
Il l'embrassa tendrement sur le front, avant de la serrer dans ses bras.
- Je te promets de faire de mon mieux. Quant à toi, tu devrais aller retrouver ton époux, il doit s'inquiéter de ton absence. »
Puis, il fila le plus vite possible, le cœur battant, priant de toutes ses forces pour réussir à empêcher les choses de véritablement mal tourner, tandis que sa sœur, elle, priait pour sa survie.
Ce qu'ils ignoraient tout deux, c'est que, quelques secondes plus tard, Lancel Lannister allait réussir à éteindre la bougie meurtrière, juste avant de perdre connaissance, peut-être de manière complètement définitive.
Ses chances de survie se comptaient en minutes désormais.
§§§§
Tommen Baratheon était proprement terrifié.
Plus rien n'avait de sens.
Ainsi, quand son épouse adorée apparut enfin devant lui, il n'hésita pas une seule seconde, et alla se réfugier dans ses bras.
Elle l'enlaça bien volontiers, et elle eut un sourire attristé en le sentant trembler contre elle.
« Margaery, que se passe-t-il ? J'ai entendu dire que la Montagne était mort, que c'était lui le garde mystérieux accompagnant ma mère et qui a gardé ma chambre toute la journée, m'empêchant de sortir ! Et, on m'a dit aussi que le Grand Moineau et tout les autres moineaux étaient morts, et que ma mère avait été enfermée pour avoir commandité leur meurtre... Est-ce vrai ?
Avec douceur, Margaery caressa les cheveux du jeune roi.
Si une part d'elle-même se réjouissait secrètement de la chute du Grand Moineau et de celle de Cersei Lannister, elle n'oubliait pas que cette dernière était la mère du jeune homme devant elle, et qu'il souffrait de ce qui était en train de se produire.
Elle le regarda avec compassion, décidant volontairement d'occulter pour l'instant le projet macabre de l'ancienne reine.
- Malheureusement oui, mon roi. C'est la vérité. »
Quand il commença à pleurer, elle le serra encore plus fort contre elle.
§§§§
Loras arriva assez rapidement à l'intérieur des égouts du septuaire, et, la première chose qu'il remarqua, fut qu'il n'y voyait absolument rien.
Devant lui, il n'y avait qu'obscurité, noirceur et ténèbres.
Et il en fut immédiatement soulagé.
Il apercevait bien, de loin, une sorte de mare verte qui devait correspondre au fameux feu grégeois utilisé durant la bataille de la Néra, mais rien ne semblait indiquer que ce dernier risquait de prendre feu à tout moment, aucune lumière, aucune torche, aucune bougie, n'éclairait le lieu, évitant ainsi à l'explosion de se produire.
Il lâcha alors un soupir de soulagement, qu'il retenait probablement depuis le moment-même où il avait compris ce qu'il risquait de se produire.
Par simple précaution, il s'aventura plus avant à l'intérieur des égouts, afin de vérifier que tout était bien sûr, ce qu'il put constater au bout de seulement quelques secondes.
Et ce fut à cet instant précis qu'il le vit.
Ce qui n'apparaissait tout d'abord à ses yeux que comme une simple forme inerte se révéla très rapidement être en réalité un corps humain, et, alors que son regard s'adaptait peu à peu à la quasi-obscurité du lieu, il finit par le reconnaître à ses habits.
C'était un Moineau, et il ne put empêcher un flot de haine monter en lui en le réalisant.
Le jeune homme était allongé sur le ventre, de ce fait, son visage restait dissimulé, mais Loras comprit assez rapidement qu'il ne pouvait sans doute s'agir que de Lancel Lannister (ou plutôt, de frère Lancel), envoyé par le Grand Moineau pour trouver Cersei et l'amener au septuaire, et qui avait probablement lui aussi compris ce que cette dernière comptait faire.
Se rapprochant encore plus de lui et du feu grégeois en lui-même, il s'aperçut alors avec stupéfaction qu'il y avait une bougie presque entièrement consumée posée là, juste devant lui, et il se rendit compte que la seule raison pour laquelle ils étaient encore tous vivants, était parce que l'ancien noble avait éteint la bougie en question.
Ce qui ne pouvait signifier qu'une seule chose.
Il les avait sauvés.
Il les avait tous sauvés.
Et il avait payé cet acte héroïque de sa vie.
Malgré son ressentiment envers les Moineaux et leur secte, Loras ne put s'empêcher de ressentir une certaine compassion ainsi que de la reconnaissance vis-à-vis de ce jeune homme qui avait donné sa vie pour qu'ils puissent tous survivre.
Encore que...
Loras se figea brutalement, entendant un souffle qui n'était pas le sien surgir dans le silence quasi-complet des égouts.
Il respirait encore.
Lancel Lannister était inconscient, et blessé (il pouvait voir le sang qui s'échappait de sa blessure dans le dos), mais il était encore vivant.
Le chevalier resta statufié pendant encore quelques secondes, incertain qu'il était de la démarche à suivre.
Lancel était un Moineau, et un Lannister, donc un ennemi, et assez tristement, maintenant que tout les autres Moineaux n'étaient plus, en dehors de sa famille (Cersei exceptée, puisqu'elle était sans doute celle qui avait tenté de le faire assassiner), personne ne le pleurerait, et ce simple constat rendit encore plus triste le jeune Tyrell.
Il aurait pu le laisser là, le laisser mourir, personne dans les Sept Couronnes ne le pleurerait ou ne regretterait sa mort, en dehors de quelques personnes isolées.
Seulement...
Comment pourrait-il sortir d'ici la tête haute, et regarder Kevan Lannister dans les yeux en sachant qu'il avait laissé son fils mourir ?
S'il faisait cela, il ne vaudrait pas mieux que ces Moineaux qu'il considérait si mal.
Ça aurait été plus simple en un sens, s'il n'avait rien su, réalisa-t-il.
S'il n'avait rien vu, s'il n'était pas venu ici, il aurait pu avoir la conscience tranquille, et cela n'aurait pas été de sa faute.
Lancel serait mort, seul, dans le silence, et oublié de tous, tué par sa propre cousine.
Sauf qu'il savait qu'il était en vie, et le jeune homme était sous sa responsabilité désormais, que ça lui plaise ou non.
Sauf que Lancel était là, à ses pieds, vivant, blessé, peut-être mourant, et qu'il avait le pouvoir de le sauver, comme lui les avait sauvés.
(En un sens, il était un peu son chevalier servant, son chevalier en armure, venu pour le sauver, et peut-être que cela aurait pu le faire sourire, avant, quand il était encore un chevalier, et non pas cette loque brisée par les Moineaux.)
Sans compter que, non seulement il les avait sauvés et avait contrecarré le plan de Cersei, mais celle-ci voulait apparemment le voir mort, et la simple idée de faire quelque chose qui déplairait à Cersei Lannister était une raison suffisante pour sauver Lancel Lannister de la mort.
Il soupira lourdement.
« Je sens que je vais le regretter, marmonna-t-il pour lui-même d'un air blasé, avant de le prendre délicatement dans ses bras. »
Dieux, que le jeune Moineau était maigre !
C'en était même alarmant.
De toute évidence, l'ascétisme était une pratique courante chez les membres de cette secte...
Il vérifia alors son pouls, et éprouva un grand soulagement en constatant que le cœur du jeune homme battait encore.
Loras appuya sa main contre la plaie, tentant d'endiguer le flot du sang qui continuait de s'en échapper du mieux possible, espérant sincèrement qu'il n'arrivait pas trop tard.
Se dirigeant vers la sortie, il regarda plus attentivement le visage de Lancel, qui semblait plutôt... apaisé, comme si il avait conscience d'avoir fait ce qu'il devait faire, et qu'il était en paix avec lui-même.
Et en plus il était mignon...
Vraiment, quel gâchis !
Quelques secondes après avoir fait cette réflexion, Loras vit apparaître dans son esprit le visage de Renly, joyeux et rieur, et surtout, encore en vie, et son cœur se serra.
Par les Sept, ça faisait toujours tellement mal...
Inconsciemment, il resserra le corps du Lannister contre lui dans une étreinte protectrice, réalisant avec tristesse que Lancel risquait de mourir de la même manière que son ancien amant, frappé d'un coup de poignard dans le dos (au sens propre comme au sens figuré) par un membre de sa propre famille.
Et, alors qu'il cherchait un mestre qu'il finit par trouver, à qui il confia Lancel, toujours inconscient, il se surprit à réellement souhaiter que le jeune homme survive à sa blessure, et pas uniquement en raison de son comportement héroïque.
Parce qu'il méritait de vivre.
Il n'avait pas réussi à sauver Renly de la mort.
Qui sait, peut-être qu'il pourrait le sauver lui ?
A suivre...
