Chapitre 2 : Atmosphère trouble.
L'après procès avait été compliqué à gérer.
Tout d'abord, il avait fallu gérer la panique provoquée par le comportement et les actions de Cersei Lannister (qui était désormais emprisonnée, et attendait d'être jugée), et la situation ne s'était calmée que lorsque Margaery avait assuré à tout le monde qu'ils ne risquaient plus rien, que tout était sous contrôle, et qu'ils n'avaient plus rien à craindre.
Puis, c'était un Kevan Lannister paniqué qu'il avait fallu calmer, qui avait déambulé sans but dans le Donjon Rouge, avant de s'adresser à une Cersei déjà enchaînée, en lui hurlant au visage :
« Qu'est-ce que tu as fait à mon fils ? Avait-il demandé, ne trouvant ce dernier nulle part. Et où est-il ?
L'ancienne reine s'était alors fendue d'un sourire amusé.
- Rien qu'il n'ait mérité, mon oncle, avait-elle sifflé, avant d'être emmenée vers les cachots. »
Le noble avait alors fermé les yeux, désemparé.
Il avait vu le Grand Moineau envoyer son fils chercher Cersei, quand il était devenu évident que celle-ci ne viendrait pas d'elle jusqu'au Septuaire, et depuis, plus rien.
Il ne l'avait plus revu.
Et il n'avait absolument plus aucune idée d'où il pouvait bien être, toutes les personnes qu'il avait interrogées lui avaient répondu qu'elles n'avaient elles non plus aucune idée de l'endroit où Lancel
Lannister pouvait bien se trouver.
Cette incertitude le terrifiait.
Jamais il ne s'était senti aussi impuissant, à part peut-être quand il avait compris que son fils s'était défait de son nom et de ses titres pour entrer dans la secte de ces foutus Moineaux, tous plus fanatiques les uns que les autres.
Maintenant, c'était une autre sorte de peur qui l'agitait.
Celle de perdre son fils, cette fois-ci pour toujours...
Il avait déjà perdu deux de ses enfants, il ne pouvait pas se permettre d'en perdre un troisième.
Comment pourrait-il donc rentrer à Port-Lannis et regarder Dorna dans les yeux en lui disant que leur dernier fils était mort et que Janei n'avait désormais plus un seul frère ?
Non, il ne pourrait pas, il n'en aurait pas la force.
Il devait retrouver Lancel, et vite, avant qu'il ne soit déjà trop tard.
En comprenant qu'elle avait perdu, et juste avant qu'on ne l'arrête, Cersei avait fait assassiner tout les Moineaux, mais le corps de Lancel n'avait pas été retrouvé parmi leurs cadavres.
Où était-il dans ce cas ?
En train de se vider de son sang dans quelque endroit sordide, ou pire, au sein du Donjon Rouge même, assassiné par Cersei quand il était parti la chercher pour l'emmener à son procès ?
La réponse de sa nièce à ce sujet lui faisait craindre le pire, et il aurait continué à se ronger les sangs si la reine Margaery n'avait pas fini par intervenir.
« Ser Kevan ? Qu'y a-t-il ? »
Elle revenait à peine du Donjon Rouge, ayant plus ou moins fini de réconforter Tommen, qui n'était bien évidemment pas encore remis des derniers évènements, mais qui tentait de rester fort malgré tout.
La jeune femme avait également parlé rapidement avec son frère, elle s'était assurée qu'il allait bien, et il lui avait parlé brièvement de ce qu'il s'était passé dans les égouts.
Kevan aimait bien Lady Margaery.
Elle avait semble-t-il une bonne influence sur Tommen, elle avait la tête sur les épaules, elle était intelligente, et forte.
Elle promettait de faire une bonne reine, de toute évidence.
La digne héritière de sa grand-mère, en somme.
Quand Cersei les avait écartés du pouvoir, elle et son frère, son estime pour sa nièce avait commencé à drastiquement baisser.
Il était heureux qu'elle soit libre désormais, elle le méritait.
Kevan voulut la saluer en s'inclinant, mais elle l'en empêcha d'un geste de la main.
« Ne vous donnez pas cette peine ser, je vois que vous êtes bouleversé. Que vous arrive-t-il donc ?
- Votre majesté... C'est mon fils... Il a disparu.
Oh oui, bien sûr, se dit-elle, comment avait-elle pu ne pas y penser plus tôt ?
- Pardonnez moi mon indélicatesse, ça m'était sorti de la tête. Votre fils va bien.
Une lueur d'espoir apparut dans le regard de Kevan.
- Ainsi donc, vous savez où il se trouve ?
Margaery se mit à sourire.
- Vous ne savez pas ? Votre fils nous a sauvés... Il a éteint la bougie dans les égouts du Septuaire, et a empêché ce dernier d'exploser à cause du feu grégeois qui s'y trouve. C'est Cersei qui a manigancé tout ça.
Kevan sursauta soudainement.
- Attendez... Vous pensez que Cersei en serait capable ?
Le regard de Margaery était de glace désormais.
- Ça vous étonne ? Elle a installé les Moineaux à Port-Réal pour nous faire chuter mon frère et moi parce que nous devenions dangereux pour elle... Je pense que votre nièce est capable de tout.
La Main du roi hocha gravement la tête.
- Et mon fils, où est-il ?
- Mon frère est allé dans les égouts voir ce qu'il se passait et il l'y a trouvé. Il s'est fait poignarder par un des oiseaux de Qyburn (celui-ci avait été arrêté en même temps que Cersei). Mon frère l'a amené à un mestre, il est à l'infirmerie maintenant. Il est encore inconscient, mais je pense que vous pouvez aller le voir.
- Merci votre majesté... Répondit Kevan, les yeux brillants. Si vous me permettez de me retirer...
- Faites donc ser, faites... Je vais être occupée moi-même de toute façon, à rassurer les habitants de Port-Réal quant à ce qu'il vient de se passer. Et commencer à organiser le procès de Cersei pour ce qu'elle vient de tenter de faire.
- Vous avez bien raison ma reine, murmura sombrement Kevan. En espérant que cette fois, elle n'échappera pas à la justice. »
Et, alors qu'il se préparait à partir, Kevan aperçut son neveu Jaime qui se dirigeait vers lui, accompagné par Bronn.
« Mon oncle ? Demanda Jaime, paniqué. Que se passe-t-il ? Les gens ont l'air d'être paniqués, qu'est-il arrivé ?
- Tu devrais le demander à ta sœur... Répondit Kevan d'un ton sec. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je dois aller voir mon fils et m'occuper de lui. Et prier les Sept pour qu'il survive.
Il les salua rapidement tout les trois, avant de rapidement prendre la poudre d'escampette.
Jaime cligna des yeux à plusieurs reprises, abasourdi.
« Il est arrivé quelque chose à Lancel ?
- Il s'est fait poignarder. Probablement sur l'ordre de votre sœur.
Le Régicide se figea et blêmit.
- Quoi ?
- Et elle a également tenté de faire exploser le Septuaire pour échapper à son procès et se débarrasser de ses ennemis, les Moineaux, comme les membres de ma famille. Et de votre oncle, tout comme votre cousin également... Elle a fait assassiner la plupart des Moineaux. »
Le chevalier était désormais pâle comme la mort.
Bronn, quant à lui, était déjà parti, les dieux seuls savaient où...
« Je vois...
- Où étiez-vous donc ?
- J'étais à Vivesaigues pour... Peu importe. J'imagine que Cersei sera bientôt jugée.
- Je le pense oui. Et je l'espère. Avez-vous quelque chose à dire contre ça ?
- Honnêtement ? Non. »
Et c'était vrai.
Il n'était même pas surpris par ce qu'elle avait fait, pour dire la vérité.
Il avait été comme elle, à une époque.
N'avait-il pas balancé un gosse du haut d'une tour sans hésiter ?
Alors qu'il repensait à tout ce temps passé loin de Cersei et aux raisons qui l'avaient fait changer, son esprit fut assailli par des images de Brienne, et il secoua la tête.
Mieux valait ne pas penser à elle, elle était loin de lui désormais, très probablement à Winterfell, et il ne la reverrait sûrement plus jamais.
Quelle raison aurait-elle pu avoir de revenir à la capitale ?
« Bien... Je vais aller voir comment va mon... mon neveu. »
Il avait faillit dire mon fils, mais s'était repris à temps.
Margaery leva immédiatement les yeux au ciel.
« Arrêtez de faire semblant, lui dit-elle.
- Pardon ?
- Tout le monde le sait désormais à Port-Réal, et sans doute aussi partout ailleurs. Surtout depuis que Cersei a avoué la vérité devant les dieux et les hommes. Vous êtes le véritable père de Tommen, plus la peine de mentir à ce sujet.
- Que...
- Je ne vous juge pas. Mon frère a été jugé et condamné parce qu'il aime les hommes, qu'il a aimé Renly... On ne choisit pas qui l'on aime après tout... Je ne pense pas être la mieux placée pour vous juger. Vous avez certes créé Joffrey, qui était abominable, mais... Je vais être franche avec vous ser, je ne vous aime pas vraiment, et j'exècre votre sœur. Mais à vous deux, vous avez donné naissance à Myrcella, qui était une bonne personne d'après ce que je sais et ce que j'ai entendu.
Et surtout, vous avez créé Tommen... Un des garçons les plus adorables, doux et gentils que je connaisse. Bien loin de son grand frère. S'il est bien entouré, il sera un bon roi, j'en suis sure. Et je l'aime... Vraiment. Ce n'était qu'un mariage arrangé, au début, mais j'en suis vraiment amoureuse désormais. Et je suis heureuse que cette histoire soit terminée...
- Je suis désolé de ce que ma sœur... De ce qu'elle a fait. Ce qu'elle vous a fait. Enfin, de ce qu'elle a faillit faire.
- Vous ne pouviez pas savoir, fit Margaery en lui offrant un sourire. Et ce n'est pas de votre faute.
- Merci Lady Margaery... Je vais aller le voir maintenant, si vous voulez bien m'excuser. »
§§§§
Loras était revenu voir le mestre quelques heures plus tard, histoire de vérifier si Lancel allait un peu mieux.
Il avait pris le temps de se laver et de se changer entre temps, et, même s'il n'avait encore retrouvé son lustre d'antan, il avait bien meilleure mine que quelques heures plus tôt.
Le chevalier ne savait même pas vraiment pourquoi il était là en réalité.
Après tout, lui et Lancel se connaissaient à peine, et ils étaient loin d'être des alliés.
Et pourtant, il était là.
Pourquoi ?
Sans doute parce que c'était lui qui avait sorti Lancel des égouts.
Il se sentait responsable de lui, en un sens.
Le noble entra dans l'infirmerie, et son cœur se serra.
Lancel faisait vraiment peine à voir, et, en le voyant ainsi, aussi pâle, chétif, et immobile, semblant presque sans vie, il eut l'impression de revoir Renly le jour de sa mort, et il sentit les larmes lui monter aux yeux.
Mais Lancel, lui, était vivant, à la différence de son ancien amant et amour.
Pour l'instant en tout cas.
« Heureusement que vous l'avez retrouvé à temps ser Loras, commenta le mestre, qui avait fini par réussir à stabiliser l'état de son patient. Encore quelques minutes de plus à être allongé comme ça, dans cet état, et le pauvre garçon serait mort. »
Cela ne s'était joué qu'à quelque minutes...
Peut-être que la survie de Renly s'était elle aussi jouée à quelque minutes, et qu'il n'était mort que parce qu'ils n'étaient pas arrivés à temps.
« Bonne nouvelle, marmonna-t-il d'une voix atone, avec un sourire forcé sur le visage. »
C'était la troisième ou quatrième fois de la journée au moins qu'il repensait à Renly, et c'était atrocement douloureux, bien plus que prévu.
Renly était mort, et il ne reviendrait pas, il devait l'accepter pour de bon...
Il avait commencé à le faire par ailleurs, vraiment, après la bataille de la Néra, quand la paix était revenue à Port-Réal, et qu'il ne pouvait plus déverser sa colère dans la fureur des combats.
Le jeune homme avait essayé de faire son deuil, bien évidemment, et il y était plutôt bien parvenu, avec le temps, même s'il savait qu'il n'oublierait jamais complètement Renly.
Celui-ci avait été son premier amour, il aurait toujours une grande place dans son cœur.
Loras avait réussi à être heureux dans la capitale, à nouveau, pendant un temps du moins.
Ça n'avait pas duré longtemps.
Et puis, d'un seul coup, sans qu'il s'y attende, tout s'était écroulé.
Il s'était fait arrêter par les Moineaux, avait été enfermé pendant une trop longue période, et pour réussir à tenir, il avait dû se raccrocher à ses souvenirs heureux, venant du passé, en lien avec sa sœur, sa grand-mère, sa famille, Hautjardin, et bien évidemment, ses souvenirs avec Renly lui-même.
Pour oublier sa solitude, sa peine, l'horreur de l'enfermement, sa peur et son inquiétude quant à son propre sort et celui de Margaery, il s'était réfugié dans le passé, dans ce temps heureux à Port-Réal, quand il n'y avait que Renly et lui qui comptaient, et rien d'autre.
Un temps où certes, les choses n'étaient pas faciles tout les jours, où les intrigues politiques étaient déjà bien présentes autour d'eux, mais où au moins, ils étaient vivants tout les deux, et où ils étaient heureux, et ensemble.
Mais désormais, il n'avait plus rien, pas même sa liberté.
Alors il avait essayé de penser à autre chose, au sourire de Renly, à son rire, sa voix, ses yeux, ses cheveux, son corps, ses paroles, ses plaisanteries, la manière dont il lui souriait, lui parlait, la façon dont ils faisaient l'amour, n'importe quoi qui aurait pu lui faire penser à autre chose et le faire s'évader de cette horrible prison.
Ça avait marché, presque trop bien.
Il voyait Renly partout maintenant, depuis qu'il était libre, et, s'il n'y faisait pas suffisamment attention, il aurait presque pu croire que c'était bien Renly, et non Lancel Lannister, qui se trouvait sur ce lit, endormi.
Il aurait presque voulu y croire.
Il se pinça violemment le bras.
C'était stupide.
Renly et Lancel n'avaient rien à voir, et les comparer n'avait pas de sens, ils risquaient certes d'avoir un destin tragique semblables, ils étaient tout deux beaux garçons, chevaliers (ou l'avaient été), proches de la famille royale, mais en dehors de cela, Loras ne leur trouvait aucun point commun.
Lancel méritait autant de vivre que Renly autrefois, mais cela ne voulait pas dire que Loras était supposé le voir comme un double de l'ancien prétendant au trône de fer.
Ça n'avait aucun sens.
Il se rassit et se prit la tête dans les mains, regardant d'un air absent le mestre s'occuper de Lancel.
Alors qu'il contemplait le visage grimaçant de douleur du jeune moineau, l'image de Renly s'effaça temporairement de son esprit.
§§§§
Kevan Lannister ne savait pas si il devait être soulagé ou terriblement effrayé.
Il venait à peine de retrouver son fils, mais d'après le mestre qui le soignait, son état était encore critique.
Certes, ses jours n'étaient plus en danger désormais, mais il risquait de mettre plusieurs jours avant de se réveiller, sans oublier les risques d'infection et de fièvre...
« Comme après la bataille de la Néra... marmonna-t-il pour lui-même. »
Cela ne pouvait pas recommencer, pas encore, pas comme ça, pas de nouveau, non, c'était injuste !
Et encore une fois, c'était la faute de Cersei, et la Main sentit sa haine à son égard augmenter de plus belle.
Il soupira.
Laissant le mestre retourner à ses occupations, son regard tomba soudainement sur Loras Tyrell, qui se leva prestement.
« Ser Kevan... Le salua-t-il rapidement, et le regard du noble se radoucit alors qu'il reconnaissait le grand frère de la reine.
Celui qui avait sauvé la vie de son petit garçon.
- Ser Loras, fit le père de Lancel avec chaleur, je voudrais vous remercier d'avoir sauvé la vie de Lancel. Vous avez sauvé mon fils, et je vous en serai éternellement reconnaissant pour ça.
Loras se contenta de hausser les épaules avec modestie.
- J'ai uniquement fait ce que je devais faire. Ce que je pensais être juste. Votre fils nous a tous sauvés, je n'ai fait que lui rendre la pareille, rien de plus.
- Merci à vous malgré tout... Il le regarda alors plus attentivement. Vous devriez aller vous reposer, vous avez l'air épuisé.
Loras éclata immédiatement de rire.
- Dites plutôt que j'ai une mine épouvantable, fit-il avec un sourire amusé, le regard brillant.
- Tout ces mois d'emprisonnement ne vous ont pas fait de bien, de toute évidence... Je suis bien content que ce soit finit en tout cas...
- Moi de même, marmonna Loras. »
Il salua Kevan une dernière fois, et jeta un dernier regard sur Lancel, qui gémissait désormais de douleur dans son sommeil, et son père se rendit immédiatement à son chevet en entendant cela.
Le chevalier des fleurs sourit face à cette scène, avant de sortir.
Il partit voir sa sœur, qui s'affairait toujours à rassurer les gens, avec succès, et il sentit un sentiment de fierté l'envahir en la voyant ainsi, aussi forte, combative, royale, tout simplement.
Il se rendit jusqu'à sa propre chambre, dans laquelle il n'avait pas dormi depuis des mois, et c'était très étrange d'y revenir après tout ce temps.
En allant se coucher, juste avant de s'endormir, il se demanda brusquement à quoi pouvait bien ressembler le sourire de Lancel (il ne l'avait jamais vu après tout, il ne fréquentait pas le noble avant que celui-ci ne devienne un moineau, et en tant que moineau, il était bien trop austère pour avoir envie de sourire), avant d'éclater de rire une nouvelle fois.
Oui, c'était vrai, il était définitivement bien trop fatigué pour réussir à réfléchir correctement...
Il s'endormit, et, pour la première fois depuis des mois, il ne rêva pas de Renly Baratheon.
Il ne rêva de rien, à vrai dire.
§§§§
Jaime regardait Cersei, et il n'arrivait pas à ressentir autre chose que de la colère, du dégoût et de la haine.
Rien d'autre.
Pas d'amour, en tout cas.
Il n'en avait plus pour elle, pas le moindre.
Oh que oui, ils avaient bien changé tout deux, Cersei était devenue plus cruelle, plus perfide, plus froide, plus machiavélique aussi.
Et lui, il était devenu meilleur, du moins, il l'espérait.
Elle avait voulu faire exploser le Septuaire.
Elle avait voulu faire l'exacte même chose que Jaime avait à tout pris tenté d'empêcher plus de vingt ans plus tôt, et qui était la raison qui l'avait poussé à assassiner le roi fou.
Il avait envie de vomir et de hurler.
Il avait l'impression que l'histoire se répétait.
Et à nouveau, par chance, le pire avait été évité.
Mais pas grâce à lui.
Lancel était celui qui les avait sauvés, et il était entre la vie et la mort maintenant, à cause de Cersei, et oui vraiment, alors qu'il regardait sa jumelle, Jaime ne ressentait absolument plus rien.
Mis à part du soulagement.
Il n'aurait pas à tuer une nouvelle fois un souverain qui avait décidé de tout détruire.
Brûlez les tous !
Cersei n'était pas Aerys, c'est vrai.
Ce n'était pas la folie qui l'avait poussée à faire exploser le Septuaire, mais en un sens, c'était presque pire.
Parce qu'elle savait ce qu'elle faisait.
Elle lui faisait presque peur.
Et en la regardant, il avait le sentiment de revoir Tywin, de revoir son père, qui avait organisé les Noces Pourpres sans aucun remords, tout comme elle avait failli tuer tellement de gens en ce jour et ce sans même le regretter.
Tel père telle fille...
« Qu'est-ce que tu fais là Jaime ? Tu es venus pour me délivrer ?
- Certainement pas, répondit-il d'un ton sec. »
Avant, peut-être aurait-il pensé à cette possibilité.
Non, en réalité, il en était certain, il aurait tout fait pour la sortir de là, pour la faire s'évader, pour pouvoir être avec elle.
Plus maintenant.
Désormais, tout était différent, trop de choses avaient changé, ils avaient beaucoup trop changé, l'un comme l'autre, et s'étaient définitivement éloignés.
Il ne la sauverait pas.
Pas cette fois.
« Alors pourquoi es-tu venu me voir ? Pour contempler au mieux ma déchéance ? Te délecter de ma chute ?
- Rien de tout cela... Je suis venu te dire au revoir.
Elle le regarda alors pour la première fois depuis son arrivée.
Elle était toujours aussi belle, même enfermée, reine déchue sans aucune couronne à porter, et cela ne lui faisait définitivement plus rien.
Son amour pour elle était bel et bien mort.
Quand il la regardait, qu'il se remémorait à quel point il l'avait aimée autrefois, il se souvenait d'une autre chevelure blonde et d'une paire d'yeux bleus, et sa peine s'apaisait, un peu.
- Oh, vraiment ? Tu penses donc que je mérite mon sort ?
- Tu as installé les Moineaux à Port-Réal. Tu as fait injustement emprisonner Loras et Margaery à cause d'une prophétie stupide. Tu as voulu faire exploser le Septuaire pour échapper à ton procès, tu aurais laisser mourir des centaines d'innocents pour réussir à échapper à tes responsabilités, tu as failli tuer notre oncle, tu as essayé d'assassiner notre cousin, d'assassiner Lancel.
- J'ai tout fait pour reprendre le pouvoir, et détruire nos ennemis. C'est ce que Père aurait voulu que je fasse.
- Tu as voulu utiliser le feu grégeois, rugit alors son frère, désemparé. Comme le roi fou. Ne vois-tu donc pas ce que le pouvoir a fait de toi ? À quel point ça t'as changée ?
Elle le regarda, d'un regard de glace, et il sut alors qu'il l'avait définitivement perdue.
Ou bien au contraire, c'était elle qui l'avait perdu, qui sait...
- Et dis-moi, reprit-il, alors qu'elle ne lui répondait toujours pas, est-ce que tu as seulement pensé à Tommen ? Tu te souviens, notre fils ? Que tu ais fait tuer le Grand Moineau m'indiffère complètement, peu importe, il était dangereux, un danger que tu as créé par ailleurs... Mais Margaery... Comment as-tu pu décidé d'assassiner la femme de ton fils et penser que c'était une bonne idée ? Comment crois-tu qu'il aurait réagi si ton plan avait fonctionné ?
Elle ne disait toujours rien.
Regrettait-elle ?
Ou bien au contraire, regrettait-elle seulement d'avoir échoué ?
Jaime n'en savait rien.
- CERSEI ! Hurla-t-il finalement, la faisant sursauter du même coup. Répond-moi par les Sept Enfers !
- Que veux-tu donc que je te dise ? Répondit-elle, acide. J'ai joué au jeu des trônes, j'ai gagné un temps, et maintenant, j'ai perdu, fit-elle avec amertume, comme Ned Stark et tant d'autres autrefois. Et maintenant, je vais mourir. Tommen faisant condamner sa propre mère à mort, c'est presque drôle, tu ne trouves pas ? Ajouta-t-elle avec un sourire ironique et cynique. »
Jaime la fusilla du regard, le visage mortellement sérieux.
« Non, ça ne l'est pas. Tu seras sûrement déclarée coupable et condamnée à mort pour haute trahison envers la Couronne, et tentative de meurtre contre la reine (Cersei faillit s'esclaffer en entendant ces mots. C'était elle la reine, non ? Ou du moins, elle l'avait été.), sans oublier les Moineaux morts, ce qui est de ton fait, bien évidemment...
Cersei renifla avec mépris et aucune délicatesse ou grâce.
- Et les moineaux, qui les jugera pour ce qu'ils m'ont fait ?
Jaime leva les yeux au ciel.
- Ils sont morts maintenant Cersei. Je pense qu'ils ont déjà suffisamment payé pour leurs actes... Sans compter, ma chère sœur, que c'est toi qui les a amenés ici, ne l'oublie pas. Tu as uniquement reçut la monnaie de ta pièce.
- Tu les laisserais m'exécuter ?
- Tu aurais laissé mourir la femme de ton fils pour pouvoir récupérer une quelconque influence sur lui et le pouvoir ?
Elle ne répondit pas, et en la regardant, il lut toute la vérité dans ses yeux.
Oui, bien sûr qu'elle l'aurait fait.
Sans hésiter.
Tout comme il avait balancé Bran Stark par la fenêtre de la tour, tout comme il avait étranglé son cousin, sans aucune putain d'hésitation.
Sauf qu'il avait changé.
Pas elle.
Et maintenant, il voyait son vrai visage, celui d'un monstre, d'une meurtrière.
- Oui, je les laisserai faire. Parce que je ne vois pas pourquoi je continuerai à battre pour une personne qui a pris la suite du roi fou, qui a tenté de faire ce que j'ai toujours voulu empêcher, la raison pour laquelle j'ai perdu mon honneur... Nous avons toujours agit l'un pour l'autre, pour servir nos propres intérêts et notre famille, c'est vrai, mais... Ça, c'est ignoble. Ce n'est pas toi.
- Tu disais toujours que c'était juste toi et moi... Que rien d'autre ne comptait.
- C'était le cas oui, avant... Mais désormais... Tout a changé, nous avons changé. Et je ne te reconnais plus. Adieu Cersei finit-il par dire, avant de s'éloigner d'elle. »
Elle ne lui répondit même pas.
En sortant des cachots, il finit par se rendre compte qu'il pleurait, et il essuya ses larmes avec rage.
Voulant se changer les idées, c'est d'un pas décidé qu'il se dirigea vers l'infirmerie.
A suivre...
