Chapitre 4 : Tu n'es pas seul (tu ne l'es plus).

Lancel Lannister ouvrit les yeux, tout d'abord profondément désorienté.

Il avait hurlé, c'était certain, il le sentait dans sa gorge enrouée qui semblait ne pas avoir prononcé de mots depuis des semaines (et c'était le cas, son corps également n'avait pas bougé depuis une éternité, vu comment il était endolori. Combien de temps était-il resté inconscient par les Sept ?), alors ça devait bien signifier qu'il était vivant, pas vrai ?

Et la vérité le frappa alors avec une violence presque indescriptible.

Il avait failli mourir.

Non, correction, il aurait mourir.

Et pire encore…

Oh seigneur, Cersei… Cersei avait essayer de le faire tuer.

Sa propre cousine, elle lui avait littéralement mis un coup de couteau dans le dos, par l'intermédiaire d'un enfant qu'il avait eu à la fois la bonne et la mauvaise idée de suivre, si les circonstances avaient été différentes, il aurait perdu la vie, il en était certain, et tous les autres, ils…

Oh…

En parlant de ça…

Son tout dernier souvenir remontait à sa perte de conscience dans les égouts sous le Septuaire, quand il s'était effondré en ayant la certitude d'avoir accompli son devoir, d'avoir réussi à faire quelque chose de bien, ce qui était juste.

Était-ce le cas, avait-il réellement réussi à les sauver, avait-il seulement réussi à sauver qui que ce soit tout court au bout du compte ?

Son hurlement avait résonné dans toute l'infirmerie, réveillant brusquement Loras Tyrell qui somnolait à moitié, assis sur une chaise non loin du lit dans lequel l'ancien moineau était allongé.

Désormais, l'autre noble s'était enfin réveillé, après ce qui avait semblé un temps interminable, et le chevalier ne put s'empêcher de sourire en le voyant ouvrir pour de bon les yeux.

Sourire qui s'effaça immédiatement alors qu'il croisait son regard perdu et désorienté, et il ne put s'empêcher de grimacer et de regretter que Ser Kevan ne soit pas là (il s'occupait avec Jaime des préparatifs pour le procès à venir de Cersei), ce dernier aurait probablement été plus indiqué pour rassurer son fils.

Alors que Loras, lui, risquait de se retrouver face à un mur si jamais il tentait de discuter avec l'ancien moineau (et il n'était même pas au courant de ça… Le chevalier n'avait aucune pitié ou considération pour eux, mais par les Sept, ça allait lui briser le cœur et il le savait), vu comment leur dernière interaction s'était déroulée avant qu'il ne soit jeté au cachot.

C'est-à-dire pas bien du tout…

Et si Loras avait su mettre de côté sa rancune quant aux actes de Lancel à son égard, il avait le léger sentiment que le jeune homme ne le voyait pas vraiment d'un très bon œil, lui qui avait appris à haïr tout ce qu'il était et représentait.

Mais pourtant, il n'eut pas le cœur de le laisser seul, pas alors qu'il avait perdu connaissance pendant un temps bien trop long, et qu'il venait tout juste de se réveiller avec des questions plein la tête, aucune réponse ou explication quant aux derniers événements, et sans doute également une peur panique qui devait actuellement l'agiter.

Alors il décida de prendre sur lui et de tout faire pour rassurer le lion juste devant lui.

« Lancel… Comment vous sentez-vous ?

- Je… Balbutia Lancel, ne sachant même plus quoi dire, tant il était perdu, et à vrai dire il ne savait même pas où il était, ça faisait si longtemps qu'il n'avait pas été conscient. Où est-ce que je suis ? Eut-il au moins la présence d'esprit de demander.

- Vous êtes à l'infirmerie, depuis déjà au moins deux semaines environ, lui indiqua Loras, et le noble sursauta.

Deux semaines…

Il était resté inconscient pendant deux semaines ?

Il blêmit instantanément, qui sait ce qui avait pu se passer durant ce laps de temps, et le septuaire, et son père, et les moineaux ?

Que leur était-il arrivé à eux, est-ce qu'ils allaient bien ?

Cersei aussi, avait-elle échappé à son procès, comme elle semblait avoir tenté de le faire avec cette ruse qu'il avait semble-t-il évité au dernier moment ?

Seigneur dieu, par tous les sept, comment se faisait-il qu'il ne se soit pas réveillé plus tôt ?

Puis, en s'asseyant finalement sur son lit, en grimaçant de douleur (il avait mal, moins qu'après la bataille de la Néra, certes, mais son corps restait douloureux et le lui faisait bien sentir.), il releva la tête et croisa pour la première fois le regard de Loras Tyrell.

Et il le trouva définitivement changé, bien loin de l'être misérable et diminué qu'il était encore lors du procès de Cersei qui n'avait jamais eu lieu, le chevalier des fleurs avait retrouvé presque toute sa superbe d'autrefois. Ses cheveux avaient repoussé, la marque sur son front était bien moins visible qu'auparavant (et était de toute façon cachée), et finirait par disparaître un jour, et il avait repris ses habits de noble d'autrefois.

Ser Loras Tyrell n'était plus un moineau (enfin, l'avait-il jamais réellement et sincèrement été un seul jour en vérité ?), et ce constat envoya un pic glacé tout au fond du cœur de l'ancien chevalier.

Qu'était-il donc arrivé à son ordre exactement, si il n'en faisait désormais plus parti ?

- Si longtemps ? S'écria-t-il, ne pouvant dissimuler son choc. Et… Et vous, que faites-vous ici ?

- Je suis là parce qu'en éteignant la bougie du septuaire, vous nous avez sauvé la vie, à moi, à ma sœur, et à… beaucoup de monde. Et je voulais juste m'assurer que vous allez bien, et j'attendais votre réveil.

Une lueur d'espoir apparut alors dans les yeux du cousin de la reine déchue.

- Est-ce que… est-ce que tout le monde va bien ? Mon père, il…

Il aurait peut-être dû penser aux moineaux en premier, mais là tout de suite, alors qu'il avait frôlé la mort de si près qu'il avait pu sentir son étreinte et avait cru qu'il ne se réveillerait jamais, il avait le furieux besoin de savoir si son père était toujours en vie ou non.

Le chevalier hocha la tête.

- Oui, ne vous en faites pas Lancel, votre père est en vie et se porte bien… Grâce à vous. Merci infiniment de ce que vous avez fait, vous nous avez sauvé la vie.

- Je… je n'ai fais que mon devoir, mais… Et les moineaux, que leur est-il arrivé ?

Le visage de l'autre s'assombrit, et le jeune homme sut alors ce qu'il avait déjà compris, mais que son cœur refusait d'entendre et d'accepter.

- Je… Je suis sincèrement navré, mais aucun d'eux n'a survécu à part vous… Cersei les a tous fait assassiner peu de temps avant d'être arrêtée, et… l'ordre a été dissous depuis, vous êtes le dernier qui reste…

Lancel sentit les larmes lui monter aux yeux, ils étaient morts, ils étaient tous morts à cause de sa cousine, et il n'avait pas pu les sauver.

Et pourquoi dans ce cas-là ?

Pourquoi avait-il survécu alors qu'eux étaient morts ?

C'était la deuxième fois qu'il manquait de perdre la vie, mais lui était encore et toujours vivant, et il n'arrivait pas à savoir pourquoi.

Peut-être les dieux voulaient le garder en vie après tout ?

Ou peut-être que ça n'avait rien à voir, que ce n'était que de la chance, que du hasard, qu'il avait été au bon endroit au bon moment, et que les dieux n'avaient rien à voir là-dedans, c'était aussi une possibilité, pourquoi auraient-ils voulu préserver un être aussi insignifiant que lui ?

Peut-être même que les dieux n'existaient pas, ou du moins qu'ils n'en avaient rien à faire d'eux, lui chuchota la partie sombre et désespérée de lui qui se réveillait face à l'injustice de la situation, ils étaient morts, ils étaient morts, et les dieux n'avaient rien fait pour les sauver !

Les dieux sont cruels, c'est pour ça qu'ils sont des dieux.

Peut-être que Cersei n'avait pas totalement eu tort sur ce coup-là…

- Vous n'êtes pas désolé, répliqua alors Lancel, bien conscient que Loras ne pensait pas un mot de ce qu'il disait.

Et, alors qu'il s'attendait à ce que l'autre joue les hypocrites, il n'en fut pourtant rien, à sa plus grande surprise, et Loras soupira.

- Non… En effet. Je dois bien l'admettre, leur mort m'arrange plus qu'autre chose, et même si c'est mal de dire cela, je suis plutôt satisfait de leur sort, après la façon dont ils m'ont traité, je suppose que ce n'est qu'un juste retour des choses… En revanche, je suis réellement navré pour vous et votre perte, je sais à quel point c'était important pour vous.

- Pourquoi… pourquoi est-ce que vous vous en souciez ?

Loras se surprit à sourire.

- Parce que vous nous avez sauvé la vie, que même si vous ne m'appréciez pas, la réciproque n'est pas totalement vrai et aussi parce que… l'idée de vous savoir en vie alors que Cersei vous voulait mort me met particulièrement en joie, fit-il avec un sourire presque malicieux. »

Et le cœur de Lancel rata un battement.

Mais, avant qu'il ait pu s'interroger sur ce que cela pouvait signifier, il entendit la voix de son père résonner dans l'air, et se sentit soudainement pris dans une étreinte qui le fit presque étouffer, et, en voyant ces retrouvailles familiales qui n'avaient que trop attendu, Loras s'autorisa à sourire et s'éclipsa.

§§§§

Pour la première fois depuis longtemps, Kevan Lannister parvenait à respirer sereinement.

Son fils était en vie, se portait bien, enfin, bien comparé à son état après la bataille de la Néra, il vivrait et même si il lui faudrait sans doute encore quelques semaines de convalescence pour recouvrer toutes ses forces et sa santé (ce qui n'était pas aidé par le mode de vie des moineaux), il s'était enfin réveillé.

Et il n'aurait pas pu en être plus heureux, son fils lui avait été enfin rendu, et maintenant que les moineaux n'existaient plus, peut-être que son enfant serait enfin libéré de leur mentalité délétère et mortifère.

Il avait eu la surprise de voir notamment Amerei Frey, ancienne promise de son fils, et qui vivait désormais à la capitale, venir au chevet de son fils après le réveil de ce dernier. Elle était déjà venue avant, lorsqu'il dormait, et elle était revenue pour discuter avec lui, et il avait vu avec étonnement son fils esquisser quelques sourires en sa présence.

Il ne l'épouserait pas, et n'en tomberait probablement jamais amoureux, mais Kevan se réjouissait intérieurement de voir son fils se faire une amie, qui pourrait peut-être avoir une influence bénéfique sur lui.

Oui, vu la réputation de la demoiselle, jamais il n'aurait pensé se faire cette réflexion un jour, et pourtant, celle qui aurait pu être sa belle-fille lui semblait définitivement être une bonne personne.

Cela ne faisait que quelques heures que son fils aîné s'était réveillé, et pourtant, il ne lui avait jamais semblé être aussi vivant, malgré sa fatigue apparente.

Jaime était également venu s'excuser pour tout ce qu'il avait pu subir autrefois sous le règne de Robert, ayant sans doute enfin compris que c'était probablement leur attitude à tous qui avait provoqué l'éloignement de Lancel d'eux.

Lancel avait eu l'air sincèrement surpris en apprenant qu'entre tous, c'était Loras Tyrell qui lui avait sauvé la vie, lui qui était pourtant si hostile aux moineaux, et le blond avait fini par comprendre qu'il avait très probablement eu tort au sujet de beaucoup de choses.

Être un moineau était simple, facile, parce qu'il n'y avait aucunement besoin de se remettre en question, il était sûr et certain d'avoir raison, mais maintenant, il n'en était plus aussi sûr en vérité.

Il n'était plus sûr de rien tout court en fait, à part d'une chose.

Il voulait que Cersei paye pour ce qu'elle lui avait fait, et avait fait au reste du royaume.

Dans son cœur brûlaient maintenant une colère et une rage qu'il ne se souvenait pas avoir jamais ressenti, si ce n'est contre le roi Robert, et encore, sans doute parce que cette dernière était entièrement noyée sous la peur et la terreur que celui-ci lui faisait ressentir.

Il avait tout perdu par sa faute, et bientôt, elle allait finalement être punie pour ses crimes, ce qui était profondément satisfaisant.

Aussi, lorsqu'il trouva le sommeil ce soir-là, ce fut sous le regard apaisé de son père.

A suivre…