Chapitre 5 : Une justice à rendre.

Winterfell.

Lorsque Sansa Stark apprit la nouvelle, elle ne put empêcher un sourire de se dessiner sur son visage.

Enfin pas tout de suite en tout cas, lorsqu'elle avait lu le début de la lettre, c'était bien l'horreur qui l'avait envahie en découvrant ce que la reine-mère avait tenté de faire.

Elle avait voulu faire exploser le Septuaire de Baelor, elle avait failli tuer Margaery, la seule amie sincère qu'elle avait jamais eu à Port-Réal, mais par chance, sa tentative avait échoué.

Non, c'est lorsqu'elle comprit que la lionne avait été arrêtée, emprisonnée, et que son procès aurait lieu d'ici quelques semaines qu'elle s'autorisa à sourire.

Pas seulement parce que, peut-être, maintenant qu'ils avaient récupéré Winterfell et le Nord, et que Margaery était bel et bien la reine des Sept Couronnes de manière définitive, la guerre des Cinq Rois (qui n'étaient plus vraiment cinq maintenant, mais passons) allait prendre une toute autre tournure, mais pour des raisons bien plus personnelles.

Cersei Lannister allait enfin payer pour ce qu'elle lui avait fait.

Certes, c'était bien Joffrey qui avait ordonné l'exécution de son père, mais lorsque son ancien fiancé avait décidé de la malmener par la suite, la blonde ne l'avait jamais aidée à aucun moment, et le fait que est son éducation avait très largement contribué à celui que le Lannister était devenu.

Elle n'avait pas vraiment pu suivre les derniers événements à Port-Réal, pas avant la bataille des bâtards en tout cas, mais maintenant qu'elle était au courant de tout, l'ascension des moineaux orchestrée par la fille de Tywin Lannister, la déchéances des Tyrell, puis celle de Cersei elle-même, elle ne pouvait que savourer sa victoire.

Avec un peu de chance, celle qui était en partie responsable de bon nombre de ses blessures n'allait pas s'échapper cette fois.

Elle espérait juste que maintenant, avec Tommen et Margaery à la tête du royaume, les choses allaient s'améliorer.

Elle avait envie de croire que les choses ne pouvaient pas être pires de toute façon.

Enfin, d'un autre côté, en rentrant à Winterfell, la première fois, elle avait connu bien pire dans sa propre maison qu'à la capitale, mais cette fois-ci, c'était différent.

Cette fois, elle était la louve de Winterfell, elle était rentrée à la maison, et elle ne laisserait plus jamais personne lui faire le moindre mal.

Pas encore.

Pas à nouveau.

Plus jamais.

Alors elle souriait, parce qu'elle avait la sensation, pour la première fois depuis le jour où elle avait assassiné son époux, qu'elle avait gagné.

La colombe était devenue une louve et avait triomphé de la lionne.

Aussi, puisqu'elle devait envoyer un représentant à Port-Réal, pour représenter le Nord (ce qui permettrait également aux Stark d'asseoir de nouveau leur emprise sur Winterfell et le reste), elle prit rapidement sa décision.

« Brienne ?

- Oui ma dame ?

- Avez-vous entendu les nouvelles venant de Port-Réal ?

- Au sujet de la reine Cersei ?

- Oui. Enfin, elle n'est plus vraiment reine désormais, ou alors elle n'est plus qu'une reine déchue.

- Certes… Oui, je suis au courant, la mort des Moineaux, la quasi-explosion du Septuaire, son arrestation, son futur procès…

Elle ne ressentait aucune peine quant au sort de l'ancienne reine des Sept Couronnes, elle avait joué au jeu des trônes, elle avait gagné pendant un temps, puis elle avait fini par perdre.

La chevaleresse ne ressentait pas de joie non plus, à vrai dire, elle se faisait surtout de la peine pour Jaime, celui-ci devait être en route pour Port-Réal lorsque c'était arrivé, lorsqu'ils étaient tous passés à deux doigts de la catastrophe.

Lui, le Régicide, le membre de la garde royale, l'homme sans honneur, celui qui avait autrefois assassiné son roi pour que le feu grégeois ne soit pas utilisé pour détruire la capitale de Westeros, il avait vu sa sœur jumelle et la femme qu'il aimait essayer de faire exactement la même chose que le roi fou.

Pour des raisons différentes, dans des circonstances tout aussi différentes, et dans un autre lieu, certes, mais ça n'enlevait rien à l'horreur de son geste, et elle ne pouvait qu'imaginer la souffrance qui devait être la sienne.

- Brienne ? Répéta Sansa avec un air amusé en la voyant se perdre dans ses pensées.

La guerrière sursauta.

- Pardon madame, j'ai juste… j'étais perdue dans mes pensées.

- Je vois ça.

- Pourquoi vouliez-vous me voir ?

- Je voulais justement vous parler de la situation à Port-Réal. Le procès de Cersei Lannister aura bientôt lieu, et le Nord doit envoyer un émissaire pour y assister, comme la plupart des autres régions. Je souhaiterais vous y envoyer.

- Pourquoi moi ?

- Parce que je vous fais confiance. Nous avons récupéré Winterfell, et le Nord avec, mais cela ne signifie pas que nous ne sommes plus en guerre avec Port-Réal. Nous allons devoir engager des négociations, et les choses seront peut-être plus simples maintenant que Margaery et Tommen ont repris les rênes du pouvoir. Mais ça ne signifie pas que ce sera facile non plus, je vais donc envoyer une délégation. Et je veux que vous en fassiez partie.

- Bien ma dame, comme vous voudrez. »

La blonde essaya de calmer les battements de son cœur alors qu'elle réalisait qu'elle allait probablement revoir Jaime Lannister en même temps.

§§§§

Port-Lannis.

À Port-Lannis, la nouvelle de la presque explosion du Septuaire avait mis un certain temps à arriver et Dorna Lannister avait bien cru hurler en apprenant ce qui était arrivé.

Son fils, son dernier fils encore en vie, son fils aîné, né après des années de stérilité, son petit garçon, son cher Lancel, qu'elle et Kevan avaient déjà cru perdre par deux fois, par la mort en premier après la bataille de la Néra, par le fanatisme la seconde, et maintenant…

Maintenant, voilà qu'il manquait mourir de nouveau, par la faute de Cersei, encore, poignardé après avoir réussi à sauver son père et une bonne partie des gens présents dans le Septuaire de Baelor.

Ce n'était pas juste.

Son fils n'était pas une personne irréprochable, c'est vrai, il avait fait des erreurs, mais il ne méritait pas de mourir comme ça, après avoir essayé de faire quelque chose de bien.

Ça ne pouvait pas se passer comme ça, non, cela ne devait pas se terminer ainsi, elle s'y refusait.

Son fils vivrait, il le fallait.

Elle avait déjà perdu deux de ses fils, elle ne perdrait pas le troisième, non, non, non, non.

Que les Sept eux-mêmes en soient damnés, elle s'y refusait, c'était peut-être absurde, futile, égoïste, mais elle s'en moquait bien.

N'avait-elle pas déjà assez souffert ?

Le royaume n'avait-il pas déjà assez souffert, tout cela n'allait-il donc jamais finir ?

Pourquoi ?

Pourquoi fallait-il que le sort s'acharne ainsi sur leur famille aussi cruellement ?

Repliant la lettre qu'elle venait de recevoir, dans laquelle son époux lui annonçait que leur fils n'avait toujours pas repris connaissance, elle essuya ses larmes.

Certes, la Main du roi lui parlait également du fait que leur fils n'était pas mourant, et que son état était stable, mais ce n'était pas suffisamment rassurant pour qu'elle arrête de s'inquiéter.

Son fils avait survécu à ses blessures et à l'infection la dernière fois, mais peut-être…

Peut-être n'aurait-il pas autant de chance cette fois-ci.

« Mère ? Lui lança une petite voix fluette qu'elle identifia immédiatement comme celle de Janei, sa petite fille de six ans. Pourquoi pleurez-vous ?

Dorna essaya bon gré mal gré de lui sourire, mais ses yeux rougis et ses mains tremblantes ne parvinrent pas à tromper la fillette.

- Ton père nous a écrit de Port-Réal, c'est au sujet… c'est au sujet de Lancel.

Les sourcils de la petite blonde se froncèrent alors.

- Est-ce que… est-ce qu'il va bien ?

Le cœur de mère de Dorna se serra.

Janei était bien trop jeune pour se souvenir précisément de la mort de Willem et Martyn lorsque c'était arrivé, mais elle savait qu'ils avaient perdu la vie, et la noble ne savait que trop bien qu'elle n'avait elle non plus pas la moindre envie de revivre ça une nouvelle fois.

Aucun d'eux ne le voulait à vrai dire.

Elle aurait pu lui mentir, mais elle décida d'être honnête.

- Je ne sais pas, lui avoua-t-elle. Ton frère… ton grand frère est plutôt mal en point, il ne s'est pas encore réveillé et on ne sait pas s'il va s'en sortir. »

Les yeux de l'enfant se mouillèrent immédiatement de larmes, et elle se précipita dans ses bras.

L'épouse de Kevan Lannister sut alors qu'elle ne devait pas rester sans rien faire cette fois-ci, elle irait à Port-Réal, avec Janei, pour assister au procès de sa nièce déjà, mais aussi pour voir son fils.

Soit pour le soutenir dans sa guérison, soit…

Soit pour lui dire adieu.

Mais elle priait les Sept pour que la seconde option ne se réalise pas.

§§§§

Quelques semaines plus tard.

Lancel Lannister ne savait pas exactement combien de temps le procès de sa cousine allait durer, mais ça n'avait pas d'importance.

Soutenu par son père puisqu'il avait encore des difficultés pour marcher, il entra dans le Septuaire de Baelor, dans lequel la blonde se trouvait déjà, et il prit place parmi l'assistance.

Alors qu'il croisait son regard vert émeraude si semblable au sien, il ne put s'empêcher de lui adresser un sourire triomphant.

Cette fois-ci, celle qui fut autrefois la reine des Sept Couronnes ne pourrait pas échapper à la justice.

A suivre…