Chapitre 10

(7012 av. G.I.)

Elle devait faire vite. Il allait bientôt être trop tard. Emma avait ordonné au premier dragon qu'elle eut croisé de la conduire à Ethernalia.

« Aryonnos ?

-...

-Kaltaro ?

-…

-Vilyano ?!

-... »

La princesse n'arrivait à contacter aucun des douze, ni personne d'autre en fait. Avec un peu de chance, Zoglentia l'empêchait seulement de communiquer par télépathie, et il n'était pas encore trop tard.

-Arrive-t-on bientôt ? Demanda-t-elle.

-Quelques... minutes… votre altesse... lui répondit le dragon, à bout de souffle.

Peu de temps après, Emma aperçut sa destination. Le dragon piqua, et atterrit maladroitement, avant de s'étaler sur le sol. Elle glissa le long de son aile, le remercia, et partit en courant vers le campement. C'était la panique. Elle pouvait sentir l'atmosphère tendue qui régnait ici, comme au centre de commandement en fait. Personne ne s'était attendu à cela, et maintenant, tous étaient terrorisés.

Elle parcourut le camp jusqu'à trouver Kiara. Celle-ci allait bien, heureusement, et lui expliqua la situation. Il était bel et bien arrivé la même chose à Jungula qu'à Zoglentia.

-Qu'est-ce qu'on peut faire ?! S'inquiéta Kiara.

-… Je ne sais pas… répondit Emma.

Elle réfléchit un instant, puis serra les poings.

-Nous devons aller tuer Zoglentia... maintenant... sans plus tarder.

-Mais comment ? Questionna la capitaine. Sans eux, comment pouvons-nous ouvrir une brèche vers le futur ?

-Aryonnos... il y a peu, il m'a montré comment faire, comment contourner les précautions de Zoglentia… qui ont pu changer depuis ; il m'a aussi montré comment amplifier ma puissance.

-On pourrait remonter le temps, et aller demander de l'aide aux douze du passé, proposa Kiara.

-J'y ai songé… mais… j'ai un mauvais pressentiment.

Elle regarda autour d'elle : le ciel, les arbres, les humains, les dragons… Zoglentia comptait-il détruire le monde une nouvelle fois ?

-Vois-tu, les dragons venus du futur, ils sont arrivés à notre époque car ils manquaient de temps pour arrêter Zoglentia, même si cela s'est produit involontairement. Si l'on refait la même chose qu'eux… je crains que la situation empire au lieu de s'améliorer. On sera en fuite permanente pendant que Zoglentia gagnera en puissance, jusqu'à ce qu'il soit pratiquement inarrêtable.

-Que suggères-tu dans ce cas ? Interrogea Kiara.

-Kiara, trouve-nous des sacs et remplis les de provisions. Nous nous retrouverons ici. De mon côté, j'ai quelque chose à faire.

Kiara hocha la tête, puis s'éloigna en reculant, avant de courir. Emma quant à elle, se dirigea vers l'endroit où était retenu l'Aile du Ciel qui avait franchi Ethernalia. Elle entra, et demanda aux gardes qui le surveillaient de s'éloigner. Une de ses pattes était enchaînée au sol, et elle pouvait voir qu'il avait essayé de faire fondre la chaîne.

-Hé ! C'est quoi cette histoire ?! Où est-ce que je suis ?! Et vous êtes qui ?! Cria-t-il.

-Je n'ai pas le temps de te raconter, répondit Emma. Dis-moi, as-tu déjà entendu parler d'un certain Zoglentia ?

-Je ne dirai rien tant que vous ne m'expliquerez pas où je suis, qui vous êtes, et pourquoi je suis prisonnier !

-Et tu n'auras aucune explication tant que tu ne répondras pas à mes questions, renchérit-elle.

-Très bien, j'en ai marre demi-portion. Non je ne le connais pas ton Zoglentia.

-As-tu remarqué quelque chose d'étrange ces derniers temps ?

-Il faudrait être aveugle pour ne pas avoir remarqué l'explosion géante qui a brouillé toutes transmissions jusqu'à peu avant que je ne m'évanouisse. C'est vous qui l'avez provoqué ?!

« Peut-être que Zoglentia se trouvait à proximité de cet endroit. Soit il y est toujours, soit ça fait toujours un début de piste... »

-Où a-t-elle eu lieu ? Demanda Emma.

-C'était vous ! Vous allez payer pour avoir fait cela !

-NON ! CE N'ETAIT PAS MOI ! S'emporta-t-elle. Où a eu lieu l'explosion ?

-Grr… Je peux toujours vous passer ses coordonnées…

Le dragon se retourna quelques instants, puis lui dicta des chiffres et des lettres qu'elle mémorisa.

-Merci, répondit Emma.

« Je pourrai voir si elles correspondent à l'endroit où Vase avait localisé Zoglentia... »

-Je te libère à une condition, ajouta-t-elle, que tu acceptes de me suivre sans broncher.

-Rrrrrrrhhhhaaaaa, c'est pas comme si j'avais le choix...

-Je vais chercher la clé de la chaîne.

La princesse Emma sortit de la pièce et alla voir les gardes. Ils lui passèrent la clé. Elle retourna voir l'Aile du Ciel. Mais quand elle arriva, il y avait un deuxième dragon dans la pièce. Il se précipita sur elle.

-Emma ! Mes frères sont en train de mourir ! Hurla-t-il.

C'était Zoglentia.

-D'où il sort celui là ?! Cria l'Aile du Ciel

-Zoglentia, il faut qu'on parte, maintenant ! déclara Emma.

Elle s'approcha de l'Aile du Ciel et inséra la clé dans le verrou de sa chaîne.

-Partir ? Mais où ? Demanda-t-il.

-C'est ce type que vous recherchez ? S'étonna l'Aile du Ciel.

-Pas exactement, lança-t-elle.

La chaîne tomba et le dragon se leva.

-Nous allons dans le futur pour arrêter nous-mêmes ton alter ego, continua-t-elle.

-Personne ne va aller nulle part, rétorqua Zoglentia.

Emma se retourna, le dragon n'avait plus du tout l'air effrayé.

-Pardon ? Laissa-t-elle échapper.

-Ah... Emma Emma Emma... Je ne me lasserai jamais de voir cette peur sur ton visage, peur que tu tentes tant bien que mal à cacher derrière de la détermination et de la colère.

« Non... »

-Pourquoi dis-tu cela ?... Questionna-t-elle.

-Oh, mais pourquoi demandes-tu cela ? Tu l'as déjà compris. Je suis de mèche avec moi-même !

Il ricana. Emma en fut abasourdie.

-Et même plus que cela, je suis à la fois ici et dans le futur en même temps !

-Alors... commença Emma.

-... Oui, coupa-t-il, l'arme que je t'ai passée était piégée ! C'est toi qui as tué toute ma famille ! Ha ! Ha ! Ha !

-Et toi là, le prétentieux, tu te crois meilleur que les autres avec ton air supérieur ? Lança l'Aile du Ciel.

-Mais bien sûr que oui ! Et puis, toi, tu n'es rien.

-Ah oui, j'avais oublié. Qu'est-ce que je peux être bête parfois !... Hé ! Mais c'est archivrai ! Qu'est-ce qui m'arrive ?!

Emma se rua vers Zoglentia, saisissant la dague qu'elle emmenait partout où elle allait. Elle concentra toute son énergie dans sa lame, et poignarda le ventre de Zoglentia. La dague vola en éclats.

-Fais attention avec ça ma petite, tu pourrais te blesser. C'est dangereux de jouer avec des couteaux.

La princesse fit apparaître un cercle magique sous le dieu, auquel elle ajouta sa force divine. Zoglentia fut traversé par une énergie colossale, qui pourrait certainement tuer n'importe quoi sur le coup. Le plafond en fut largement ébranlé.

Mais lorsque le sort se dissipa, Zoglentia était toujours là, sans la moindre blessure.

-Ca aussi c'est dangereux, tu aurais pu tuer quelqu'un avec tu sais. Mais tu me déçois pour le coup. Tu copies la technique de ton frère. Tu aurais pu être un peu plus imaginative.

-JE NE TE LAISSERAI PAS FILER ESPECE DE DRAGON ADMIRABLE !

« Que quoi ? »

-Tu n'es pas assez forte pour me résister, plus maintenant. Vase l'était aussi au début, mais à l'heure actuelle, elle est morte, tout comme ses amis.

-Non… tu mens ! Rétorqua-t-elle.

-Il serait plus exact de dire que « tu » mens. Tu sais pertinemment que j'ai raison. Cela te met hors de toi.

-J'ai confiance en eux… Je sais qu'ils arriveront à t'arrêter.

« Surtout depuis qu'ils l'ont... »

Zoglentia éclata de rire.

-C'est le pire bluff de tous les temps ! Bon, tu es moins effrayée que tout à l'heure, il est temps de te faire peur. A ton avis, pourquoi est-ce que je te raconte tout cela ?

« Parce que tu adores faire souffrir »

-Là, ce n'est pas la raison principale.

Zoglentia la regarda droit dans les yeux, en souriant.

-Je vais t'éliminer ! Puis je détruirai ce corps, et je serai enfin le seul et unique dieu pour l'éternité ! Plus personne ne sera en mesure de m'arrêter ! Ah, et accessoirement, vous êtes au courant de certaines choses et dans mes projets, je dois me faire discret, donc, je supprime aussi les témoins, et par la même occasion, je fais croire à tout le monde que ma version du passé était gentille. Oh, j'ai oublié de te dire, plus personne ne se souviendra de ton existence, humaine.

Emma essaya de bouger, mais elle n'y arriva pas.

« Non… ils ne m'oublieront pas… Et je refuse de croire que nos seuls espoirs soient morts… Ce n'est pas possible... »

Zoglentia approcha une de ses griffes de la princesse, et lui entailla très légèrement le cou. Une vive douleur s'empara d'elle un instant.

-Ma foi… tu mérites autre chose qu'une mort courte et douloureuse. Je vais te laisser le temps de contempler ta défaite, enfin, pas trop non plus. Il ne faut pas exagérer.

Emma sentit une faible fatigue. L'Aile du Ciel vint se placer à côté d'elle, et s'assit. Il avait vraiment très peur.

-Quant à toi… Hmm… voyons voir, tu t'appelles Vallon… que dirais-tu d'être mon hôte ?

-Ce serait génial ! Cria-t-il avec enthousiasme.

Elle pouvait bien voir qu'il ne pensait absolument pas cela.

-Tu vas voir, on va bien s'amuser tous les deux ! Tu ne seras plus jamais libre de tes mouvements, tu verras mes pensées, et la nuit, tu seras mon jouet. N'est-ce pas excitant ?

L'Aile du Ciel lui jeta plein de regards du coin de l'oeil en essayant de faire non de la tête.

-Bien, commençons !

Zoglentia se changea en poussière. Vallon adopta soudain une expression joyeuse. Il vint se placer pile en face d'Emma.

-Plutôt pas mal ce corps ! C'est dommage que tu ne puisses pas l'essayer...

-Arrête de te foutre de moi, ordonna-t-elle.

-Je ne le fais qu'à moitié.

Zoglentia commença à disparaître, d'abord la queue, puis les ailes…

-Adieu petite mortelle.

Il disparut complètement, mais avant cela, Emma aurait juré avoir aperçu une larme couler de son œil. Elle put enfin bouger. La princesse commença à courir, mais elle fut prise d'un vertige. Elle tomba à terre.

Emma sentit le poison se répandre dans son sang. Une substance peu rassurante sortait de l'entaille à son cou. Une douleur commença à monter en elle. Elle pensa à Horatio, et à tous ses proches. C'était terminé. Ils avaient perdu ; Zoglentia avait vaincu.

Soudain, quelqu'un entra dans la pièce.

-Kiara… murmura-t-elle.

La capitaine accourut vers elle. Deux autres personnes entrèrent à leur tour : Horatio et Kaalas.

Elle n'entendait pas ce qu'ils disaient, et elle ne pouvait plus parler. Elle n'avait plus la force de bouger. Horatio la secoua. Kaalas s'apprêta à lui planter sa queue.

« Ne fais pas ça… Tu y passeras toi aussi sinon... »

Il l'enfonça dans sa blessure. La souffrance devint atroce.

« Kaalas... »

Emma essaya de résister, de tenir bon. Elle força de toutes ses forces, de toutes celles qui lui restaient.

« N'abandonne pas maintenant ! Si tu abandonnes, ce sera la fin pour tout le monde ! »

Elle lutta malgré la souffrance indescriptible, mais tout à coup, un grand choc lui fit perdre connaissance.

(Quelque part)

Cette lumière blanche qui emplissait la vue de Zéroutilité n'avait pas l'air inquiétante. Elle semblait la bercer. Néanmoins, l'Aile de Sable espérait que ce phénomène ne durerait pas plusieurs heures, comme lorsque Kiara les retenait prisonniers.

Tout à coup, la lumière devint brutalement grise, puis noire, et à nouveau grise. Elle n'arrêtait pas de prendre ces couleurs, et cela faisait mal aux yeux. Zéroutilité entendit tout un tas de bruits étranges, et particulièrement désagréables.

« Est-ce que c'est normal ?!

-…

-ZOGLENTIA ! Tu nous téléportes de force, et en plus tu refuses de me rendre mon nom, mais répond au moins à cette question ! »

Elle ne reçut aucune réponse, à part une vive douleur.

« A L'AIDE ! A L'AIDE ! FOCAL ! »

Toujours rien, et la douleur continua de s'accroître.

« C'était un piège… Comment ai-je pu être assez stupide pour penser que Zoglentia pourrait être gentil… »

Soudain, Zéroutilité sentit du vide sous ses pattes. Elle se matérialisa d'un coup, propulsée vers le sol. Tout en chutant, elle se transforma en humaine. Elle remarqua que son bracelet avait disparu.

Zéroutilité s'écrasa contre une vitre, sur le toit d'un bâtiment. Elle la brisa et poursuivit sa chute. Celle-ci fut ralentie par de la végétation. Elle atterrit dans une petite marre, suffisamment profonde pour qu'elle n'en fût pas blessée. La jeune fille nagea jusqu'au rebord, et se hissa hors de l'eau. Elle était persuadée que quelque chose avait perturbé la téléportation. Elle était seule.

-Eh oh ! Il y a quelqu'un ?! Appela-t-elle.

Zéroutilité entendit l'écho de sa voix se perdre au loin.

« Où sont les autres ? »

Elle attendit un petit peu, puis sentit une douleur lui prendre le bras en plus des courbatures qu'elle avait partout. Un morceau de verre c'était logé dans celui-ci. Elle le retira, non sans gémir, puis commença à chercher autour de l'étang. Il n'y avait pas beaucoup de relief au sol dans cette forêt miniature. Malgré tout, elle ne trouva pas un signe de vie. Il fallait qu'elle découvre ce qu'il s'était passé, et où étaient les autres.

La pièce dans laquelle elle était ressemblait fortement à une cour intérieure, ou tout du moins, à un petit jardin. Il y avait un couloir à chaque extrémité de la pièce. Zéroutilité brandit son arc et chargea une flèche, prête à la décocher si un danger se présentait sur son chemin. Elle s'engagea dans le couloir le plus proche.

Les murs et le sol étaient faits d'un matériau qu'elle n'avait encore jamais vu. Ils étaient lisses, moins froids que de la pierre, mais plus solide que du bois. Elle distingua une lueur à son bout. Lorsqu'elle l'eut atteint, elle remarqua qu'il s'agissait en fait d'un mur lumineux, violet. On pouvait voir au travers. Ce qui était étrange, c'était que des motifs se déplaçaient sur ce mur. Ce n'était pas une illusion, car Zéroutilité ne put pas le traverser. Il était aussi solide qu'un mur ordinaire.

De l'autre côté, elle put distinguer une ville, avec une architecture bien inhabituelle. Enfin, vraiment inhabituelle pour le coup. Il était cependant difficile d'observer les détails ; on ne voyait pas si bien que ça au travers de ce mur. Zéroutilité put cependant noter que la ville semblait surmontée par un dôme, ou un autre genre de structure dont le sommet clignotait d'un violet intense, et, bien sûr, la ville était trop grande pour des humains.

Elle essaya de percer le mur, mais celui-ci résista, et il n'eut pas la moindre égratignure. Elle rebroussa le chemin et prit un autre couloir. Au fur et à mesure qu'elle avançait, elle croisa d'autres murs similaires. A force d'en voir, elle commença de plus en plus à penser qu'il s'agissait de portes, de portes bien singulières. Elle s'approcha de l'une d'entre elles. Zéroutilité l'observa, à la recherche d'un quelconque mécanisme d'ouverture.

Il n'y avait absolument rien.

« Comment les dragons qui vivent ici font pour les ouvrir ? Ils n'ont pas construit des pièces, puis meublé celles-ci juste pour faire joli, non ? Mais en parlant des habitants, je n'ai toujours croisé personne… et tout est si... silencieux… »

Zéroutilité continua de parcourir le bâtiment, n'entendant que le bruit de ses propres pas. L'atmosphère devint vraiment pesante. Elle avait l'impression qu'un monstre pourrait surgir de nulle part à n'importe quel moment.

« Focal ! Vase ! Profondeur ! Ou même Zoglentia, m'entendez-vous ?!

-…

-Quelque chose cloche ici… Nous sommes bien chez les Ailes de Puce, non ? Si Zoglentia était derrière tout ça, Vase aurait trouvé un moyen de contourner son sort et de tous nous contacter… enfin je crois… Mais il est tellement imprévisible… Rah ! J'en ai marre de ne plus arriver à discerner le vrai du faux ! »

Zéroutilité finit par trouver un escalier, mais lui aussi était protégé par une porte bizarre. Elle continua de déambuler dans les couloirs, sans croiser personne. Elle finit tout de même par trouver une porte qui était désactivée. D'ailleurs, ces portes lui faisaient beaucoup penser à des champs de force.

La jeune fille se positionna juste à côté et jeta un coup d'oeil à l'intérieur. Il y avait au moins une dizaine de dragons, à peine plus grands qu'elle, et… cette pièce ressemblait drôlement à une salle de classe. Aurait-elle atterri dans une école pour dragonnets ?

Quelque chose ne tournait pas rond avec ceux-ci… Ils étaient parfaitement immobiles, et allongés sur le sol comme s'ils étaient tombés précipitamment. De plus, elle n'entendait aucune respiration.

« Sont-ils tous morts ? »

Si quelque chose capable de tuer un dragon sans qu'il n'ait le temps de réagir a décimé le clan tout entier des Ailes de Puce, elle n'avait aucune chance de partir vivante de cet endroit.

Zéroutilité pénétra dans la pièce. Elle s'approcha à pas de loups d'un dragon. Elle le toucha, et celui-ci ne réagit pas.

« Leurs écailles sont très froides… moins que celles d'un Aile de Glace… mais… … … ... »

Elle observa plus attentivement tous les dragons de la pièce.

« Ils sont faits de métal ?! »

La jeune fille donna un petit coup contre les écailles du dragon, et ce fut bel et bien un bruit métallique qui retentit. Elle s'approcha d'un autre. Leurs yeux… … ils étaient entièrement noirs ! Ils n'avaient ni d'iris, ni de pupilles !

« Ou alors, c'est ce qu'il se passe quand ils meurent… Va savoir… En tout cas, ils ne ressemblent en rien à des puces. »

Zéroutilité entendit un rugissement provenant du fond de la classe. Elle aurait dû partir en courant afin de ne pas être tuée, mais ce cri était faible, et elle eut l'impression d'y déceler une note de tristesse. Zéroutilité banda son arc au maximum et s'approcha tout doucement de la source du rugissement.

Derrière les corps inanimés, tout à droite, au premier rang, se trouvait un dragonnet. Il était rouge, et sa tête ainsi que ses ailes semblaient faites de chaire contrairement au reste de son corps qui était de métal.

En l'apercevant, le dragonnet paniqua et agita sa tête dans tous les sens. Il hurla, et se mit à pleurer. Pour autant, il ne bougea aucune autre partie de son corps. On aurait dit qu'il était gravement paralysé. Zéroutilité eut un pincement de coeur. Après avoir passé un certain temps en compagnie de dragons, elle pouvait voir que celui-là en avait bavé ces derniers temps. Il semblait même affamé.

« Le problème des Ailes de Puces a commencé bien avant qu'ils ne signalent leur mal... On dirait que cela fait plusieurs jours qu'il est coincé ici. »

Elle rangea son arc et s'approcha les mains en l'air du dragonnet, calmement. Celui-ci ferma les yeux quand elle fut assez proche de lui. Il tremblait. Zéroutilité s'arrêta juste devant lui.

Quelques secondes plus tard, il rouvrit un œil. Elle lui sourit. Il ouvrit alors les deux yeux, et l'observa.

-Bonjour toi, lança-t-elle affectueusement. Que s'est-il passé ici ?

-Ouuoor ? Répondit-il.

« Si seulement je pouvais comprendre ce qu'il disait... »

Zéroutilité fouilla ses poches. Elle avait quelques cookies, et une gourde remplie d'eau. Elle espéra d'abord qu'ils n'avaient pas périmé, puis en passa un peu au dragonnet. Il hésita, soit par crainte, soit parce qu'il n'avait pas compris qu'elle lui offrait de la nourriture, mais il finit par prendre quelques cookies. Elle lui versa aussi un peu d'eau dans la gueule.

Le dragonnet lui sourit en retour, et laissa échapper un petit cri joyeux. Il observa alors la pièce, puis Zéroutilité, à nouveau la pièce, puis à nouveau Zéroutilité, avant d'enfin crier quelque chose d'autre.

-Quelqu'un d'autre est là ? Demanda-t-elle.

L'archère chargea son arc et se dirigea vers l'entrée de la pièce. C'était dans cette direction qu'il avait regardé plusieurs fois. En avançant, elle buta contre quelque chose qui glissa sur le côté. Celui-ci émit de la lumière, et immédiatement, la porte se referma. Zéroutilité s'approcha de l'objet qu'elle avait percuté.

Cela ressemblait fortement à la tablette de glace de Flocon, sauf que c'était rouge, le même que celui du dragonnet, et ça avait la forme d'un pentagone. Cela faisait un peu plus de la moitié de la taille de la jeune fille. Quand elle la ramassa, elle fut surprise de sa légèreté, et la porte s'ouvrit à nouveau. Elle s'éloigna un peu et la porte se referma.

« D'accord ! C'est comme ça qu'ils font ! »

Elle étudia la tablette. Dessus, il y avait plein d'inscriptions en Dragon.

« J'ai l'impression d'avoir déjà vu cela... »

La disposition des écritures lui rappelait quelque chose… C'était ce que Flocon lui avait montré la nuit où il avait capté le signal de détresse. Elle reconnut la signature en bas. Le message disparut subitement.

« Peut-être voulait-il que je lui amène cela. »

Elle revint vers le dragonnet en tenant l'énorme tablette. Celui-ci émit de petits cris joyeux.

-Que vas-tu faire avec cela ? Oh je sais, tu vas appeler à l'aide c'est ça ? Mais tu sais, je suis venue là pour aider justement, même si c'était un peu contre mon gré.

Le dragonnet la regarda, puis regarda la tablette, et il répéta ce mouvement. Zéroutilité vint se placer devant le dragonnet, et tint la tablette devant elle, de façon à ce qu'il puisse appuyer sur celle-ci uniquement avec sa tête.

Elle resta comme ça pendant une bonne dizaine de minutes. Elle commençait à fatiguer. Evidemment, à chaque fois qu'elle demandait au dragonnet s'il avait fait ce qu'il avait à faire, il ne lui répondait rien.

Il finit par rugir plusieurs fois d'affilé. Zéroutilité déposa délicatement la tablette au sol et souffla un peu.

-Qu'as-tu fait ? Demanda-t-elle.

Le dragonnet la regarda, puis cria, avant de crier en direction de la tablette. La jeune fille se tourna vers celle-ci. Une longue inscription en Dragon occupait toute la largeur de l'appareil, et en-dessous, il y avait une sorte de rectangle tout aussi long.

-Groouuuww ! Groouuuww oaaar roooowww ! Lança le dragonnet.

-Ne me dis pas que tu as passé tout ce temps à écrire cela ! S'énerva Zéroutilité.

-Rooowwww ! Cria le dragonnet.

-Que veut-tu que je fasse avec cela ? Demanda-t-elle en essayant de se calmer.

Il continua de grogner la même chose. L'archère observa plus attentivement l'écriture. Il n'y avait qu'un seul mot, très long, anormalement long. Dans quelle langue un mot aussi long pourrait exister ?

Elle remarqua que toutes les lettres étaient différentes. Il n'y avait pas deux fois la même. Ah non, à un endroit il y avait… ah non, c'était une autre lettre. Le dragonnet se mit à crier quelque chose. Il émit un son, puis un autre, et encore un autre, avec le même intervalle de temps entre chaque… un peu comme s'il récitait une liste de choses...

Zéroutilité observa à nouveau l'inscription.

-Eh... mais ne serait-ce pas l'alphabet Dragon ? Je vois, tu veux que je le recopie dans le rectangle... mais ça n'a aucun intérêt... A moins que...

Elle s'agenouilla devant la tablette et commença à compléter la ligne avec son propre alphabet. Quelques secondes après qu'elle eut terminé, le texte disparut et un dessin d'arbre apparut, toujours accompagné d'un rectangle.

-Je commence à comprendre ! Fit-elle. D'une manière ou d'une autre, ce truc va pouvoir traduire le Dragon en Humain et inversement !

Le dragonnet émit un petit jappement approbateur. Zéroutilité continua alors d'écrire ce à quoi correspondaient les choses qui apparaissaient à l'écran. Après une cinquantaine d'objets nommés, elle commençait à en avoir marre. Est-ce que ça valait vraiment la peine de continuer cela ? Ne devrait-elle pas rechercher ses compagnons à la place ?

« Mais ce dragon… il sait probablement ce qu'il se passe ici… Et je ne peux pas l'abandonner dans cet état ! D'ailleurs, comment se fait-il qu'il n'arrive pas à bouger les parties métalliques de son corps ? Hum… … Ont-ils besoin de magie pour faire cela ? Ce doit être cela. Flocon avait parlé d'un lieu qui leur était indispensable… Ils doivent certainement en puiser la magie nécessaire pour vivre. Ce lieu a dû être attaqué… ou compromis d'une certaine façon… … … façon qui empêche Focal de me retrouver… … ce qui est très inquiétant… Et du coup, privés de leur magie, ils meurent, ou tout du moins, ils perdent connaissance. »

Cette théorie tenait la route. Zéroutilité termina de remplir le questionnaire. Un dernier message apparut, en Humain cette fois. Sous celui-ci était écrit « oui » et « non » :

-Ce fasme konnetre maximum château ?

« Pardon ? »

Elle appuya sur « non ».

-Ce frase tenir minimum glorifikasion ?

« Ne me dites pas que j'ai perdu mon temps pour rien ! »

-Non.

-Cete frèse estre peu sanz ?

« Quoique… j'ai peut-être parlé trop vite... »

-Non !

-Cette frase avoir un minnimum sens ? »

« Je vais accepter, malgré cette orthographe à faire saigner des yeux, ça passe »

Elle appuya sur « oui ». Le dragonnet eut l'air ravi. Il grogna quelque chose, et une voix sortit de la tablette.

-Merci de venir ! Je avoir seul depuis semaine. Je pèle Faucon.

-Moi c'est Zéroutilité !...

« Rah ! Maudit Zoglentia ! »

-Enchanté ! Répondit-il.

« Tant mieux s'il trouve ça normal. »

-Que s'est-il passé par ici ? Interrogea-t-elle.

-Il y avoir plus jours, une lumière éclairer le ciel. Soudain, je écrouler par terre, et tout le monde pareil. Je penser être toujours conscient parce que je être un hybride. Je avoir attendre ici, seul, dans le noir, longtemps. Je croire mourir bientôt !

Il pleura.

-Mais le courant revenir il y avoir pas longtemps, et tu sauver je ! Que tu faire ici ? Je jamais connaître tu espèce !

-Eh bien… comment dire… Pour faire simple, disons qu'un ami a reçu votre signal de détresse, et la reine des Ailes du Soleil nous a envoyé voir ce qu'il se passait. Et c'est grave. Pour venir, on s'est servi d'une amulette, ou quelque chose comme ça, mais j'ai comme l'impression que ça n'a pas très bien marché…

-Quoi ?! Ailes du Soleil recevoir signal de détresse ? Tu pouvoir montrer je la transmission ?

-Je ne l'ai plus.

-Normalement, je tablette avoir recevoir aussi message. Je tu dire comment retrouver.

Faucon lui demanda d'appuyer à certains endroits de la tablette. Zéroutilité remarqua que chaque inscription en dragon était accompagnée de sa traduction, et heureusement d'ailleurs. Assez rapidement, elle trouva le message qu'elle recherchait, et lui aussi était accompagnée d'une traduction approximative. Le dragonnet blêmit.

-Ce être terrible ! Je avoir devoir je douter, pas la lumière comme d'habitude, mais je être trop désespéré pour imaginer ce !

-Quoi ?! Qu'est-ce que ça veut dire ?!

Il la regarda dans les yeux.

-Le coeur, il être surchargé par quelque chose, beaucoup beaucoup beaucoup trop, et de plus vite plus vite ! Si ce continuer… pas je être sûr de ce que se produire, mais… … … tout être détruire et tout mourir bientôt !…

-C'est quoi ce coeur ?! Demanda-t-elle. Et où…

-Si tu plais, pas je abandonner ici ! Pas je laisser seul !

Il s'était remis à pleurer. Zéroutilité s'approcha de lui.

-Je ne te laisserai pas tomber. Je vais tout faire pour empêcher que la catastrophe ne se produise, je te le promets.

Faucon la regarda, puis il se frotta contre elle, comme pour lui faire un câlin.

-Merci.