Chapitre 25

(Dix minutes plus tôt)

-J'EN AI MARRE ! Hurla pour la énième fois Kiara. On ne peut même pas être tranquille seulement cinq petites secondes ?!

-Pourquoi est-ce que vous avez décidé de l'abandonner ? Interrogea Amétrine. C'était cruel de la laisser toute seule dans cet état.

-Je sais que c'est dur, mais on l'a perdue, assura Horatio, pour l'instant tout du moins.

Amétrine jeta un coup d'oeuil à Epidote, ligoté à son dos. Il se sentait oppressé, dans cette dispute. Et si ces gens décidaient de l'abandonner, que deviendrait-il ? En tant que statue, personne ne se douterait qu'il était là. Il serait seul pour l'éternité, ou jusqu'à ce qu'il soit le repas d'un quelconque dragon.

« S'il te plaît, grande soeur, ne me laisse pas tout seul ! »

Elle ne pouvait pas l'entendre. Personne ne le pouvait. Il aurait voulu pleurer, mais il ne pouvait pas. Il n'avait pas dormi de la nuit, ni mangé. Qu'avait-il fait pour mériter pareille malédiction ?

« Détrompe-toi mon petit, c'est un cadeau ! Murmura la voix de Zoglentia.

-Je vous en supplie, laissez-moi partir ! Cria-t-il intérieurement.

-Mon chéri, regarde le bon côté des choses : tu es une statue. Connais-tu beaucoup d'autres dragons qui ont eu cette chance ?

-Il est complètement taré... S'il vous plaît, laissez-moi partir ! Je ferai tout ce que vous voudrez !

-Je te laisse profiter de ta nouvelle nature, je reviens bientôt pour assister à l'inversion forcée de polarité de l'apogée, dans sept minutes cinquante-huit secondes. Tu risques de ne plus ressembler à grand-chose cependant. »

Epidote sombra une fois de plus dans le désespoir. Il ne savait pas comment redevenir lui-même. Il ne pouvait même pas mettre fin à ses jours !

-Euh... quelque chose ne va pas avec la tablette, déclara Kaalas.

-Quoi encore ?! Vociféra Kiara.

Ils arrêtèrent de marcher. Amétrine s'approcha de Kaalas. De là, il n'apercevait que difficilement la tablette. Kiara donna un coup de pied dans le sol.

-Que sont... des oscillations gravitationnelles ? Questionna sa sœur.

Zoglentia lui avait dévoilé la réponse. Il lui avait aussi expliqué ce qui pouvait en produire ; quelles en seraient les conséquences désastreuses.

Et cela allait se produire ici.

« Je dois essayer de l'en dissuader... mais comment ? Il ne m'écoute jamais... »

-Tu avais raison, lança Kiara. On aurait dû la garder avec nous. Ça ne peut pas être une coïncidence si la tablette a décidé de se verrouiller à cause de ces choses.

« Zoglentia ! Pourquoi laisser faire ça ? Vous allez tuer énormément de vos enfants !

-Mes enfants ? Quels enfants ? Demanda-t-il.

-... Nous ? Et plein d'autres êtres vivants !

-Je crois que tu confonds les créations et la descendance mon petit.

-Mais même... vous n'êtes pas obligé de faire ça pour parvenir à vos fins...

-C'est exact... j'aurais aimé les laisser vivre. Aucun d'entre eux ne m'a porté préjudice... J'en ai marre. Vivement que ça en finisse. Mais je dois paraître crédible, comme méchant impulsif... »

Amétrine se mit à courir le plus vite possible. Kaalas avait grandi et portait ses compagnons. Ils essayaient d'arriver à temps, pour stopper l'inévitable, pour stopper ce qui était déjà écrit.

« Et si j'accepte de rester dans cet état, est-ce que vous renonceriez à toutes ces morts ? Tenta Epidote.

-Ca ne changerait rien, rétorqua-t-il. Tous ces gens devront mourir... Ils sont condamnés.

-Et si on les ramenait à la vie après que vous ayez accompli vos desseins ? Proposa l'Aile de Grotte.

-... Euh... Eh bien, ce serait un peu... Au point où l'on en sera... je pourrai même faire pleuvoir des pastèques.

-Je l'ai fait changer d'avis !

-Profite du spectacle en attendant. Je dois te dire que très peu de mortels ont pu voir d'aussi près une telle chose se produire, et parmi ceux-là, une infime fraction a eu la chance de s'en échapper. Il reste quatre minutes. »

Le temps passa, chaque seconde plus lourde que la précédente. Le jeune dragon voyait bien qu'il irritait les écailles de sa soeur, mais il était impuissant.

-On y est presque ! Indiqua Horatio.

Zoglentia lui avait dit qu'ils arriveraient une minute avant la fin. Cela fut vrai. Horatio leur avait tous jeté un sort pour les empêcher de flamber sur place. Il drainait ses forces. Epidote se sentit minuscule lorsqu'il vit enfin l'apogée.

-...Cela détruirait tout autour ! Cria une voix.

Aussitôt, le sol visqueux s'agita, la température baissa significativement. Le plafond coula jusqu'à se solidifier en stalagmite, et les pas du groupe s'imprimèrent au sol.

La lumière faiblit jusqu'à disparaître, et une dragonne très étrange roula le long du mur jusqu'à venir s'écraser au centre. Elle était en piteux état.

-C'est... tout ? S'étonna Horatio.

« Évidemment que non ! Désespéra Epidote »

Ils approchèrent de la dragonne. Elle peinait à rester éveillée.

-Vous... Vous êtes finalement parvenu... Murmura-t-elle.

« Fuyez au lieu de parler ! »

Ils s'échangèrent tous des regards perplexes.

-Emma... elle... Il l'a effacée. Elle est rentrée dans l'apogée... Continua l'inconnue.

-Comment savez-vous qui nous sommes ? Questionna Kaalas.

« Hélas, nous mourrons avant que tu aies pu leur dire que tu es une Aile de Providence. »

-Mon clan... on va vous aider... Zoglentia... Il...

Tout à coup, la grotte fut plongée dans les ténèbres absolues. Tous se sentirent très violemment attirés vers le haut. En un instant, ils furent rayés de la réalité. Horatio avait à peine eu le temps de créer un champ de protection magique, par réflexe, que celui-ci se brisa. Tout disparut. Il n'y avait absolument rien désormais.

« Je ne suis pas mort... comme l'avait prédit Zoglentia. Je suis foutu. »

Personne ne pouvait l'aider à sortir de cet enfer… même pas lui-même. Mais quelque chose l'intrigua, devant lui venait d'apparaître Horatio, qui scruta les environs, sans le remarquer.

« Je ne suis pas seul ? »

Zoglentia ne répondit pas à sa demande. Il refuse de le sortir de là avant que l'inévitable soit accomplie, mais… le fera-t-il vraiment ?

-Intéressant, lança une voix venant de partout.

« S'il te plaît ! Sors-moi de là ! »

-Tu nous as bien eu, avoua Horatio.

-C'est vrai, mais ce n'est pas ça que je trouvais intéressant.

« Horatio ! Zoglentia ! Pitié ! »

-C'est ta dixième existence consécutive que tu nais dans une famille royale.

-Peu de chance que cela se produise, effectivement.

-Arrête de me porter tant de haine, je t'en prie.

-De toutes manière, tu as gagné. Emma est hors-jeu, et tu as berné les dragons du futur.

-Ah là là, vous n'avez pas obtenu une vie facile cette fois. Tu as dû sacrifier douze ans pour tenter quelque chose de vain... Quel courage faut-il avoir pour accepter de faire cela !

« Moi non plus… ma vie… snif... »

-Dis-moi, sincèrement, si je te jetais une malédiction éternelle, non amnésique, garderais-tu espoir que, un jour peut-être, elle se lève ? Aurais-tu assez de force pour espérer ? Ou au contraire, laisserais-tu la folie de te ronger, s'emparer de toi, et te détruire toi ainsi que tout ?

« Je suis déjà brisé… fou… je vais finir par devenir une vraie statue à force... »

-Réponds, honnêtement, s'il te plaît, Horatio.

-Tu sais déjà ce que je pense, affirma-t-il.

-Je veux une parole, pas une idée éparse.

-Non, je n'aurais pas la force de tenir, déclara Horatio.

« Aidez-moi ! »

-Mais je tiendrais le coup. Il le faut, sinon... il le faut. Devenir fou... ça me soulagerait sûrement... un temps, mais... non, il faudrait que je résiste.

« Je ne suis pas capable de résister ! C'est… c'est tout bonnement impossible ! Je vais rester comme ça pour toujours… toujours… toujours… non, ce n'est pas possible ! »

-Selon toi, il faudrait que j'essaye de tenir le coup ?! Mais comment faire ?! C'est insupportable ! J'en ai plus que marre ! Cela fait tellement longtemps que j'ai beau tout essayer, mais rien n'a jamais changé ! Comment garder espoir ? Comment ?! Pourquoi est-ce moi qui ait à le subir ?! C'est plus qu'injuste ! Comment crois-tu que quelque chose puisse changer maintenant ?!

-De... de quoi parles-tu...? S'inquiéta Horatio.

-Tu le sauras bien assez tôt. Je vais vous laisser vivre, pour que vous assistiez au spectacle. Enfin, toi, je vais bien sûr te maudire, juste pour m'assurer que tu sauras mettre en pratique ce que tu as dit, mais merci de tes conseils.


Epidote ouvrit les yeux, enfin, c'était une façon de parler. Il s'était endormi, et se retrouvait à nouveau pétrifié. Il ne voyait presque rien. Il y avait une quantité si importante de lumière… presque autant que l'apogée. Heureusement qu'elle ne lui faisait pas mal !

« Zoglentia ! Libère-moi ! »

Mais son appel resta sans réponse. Il lui semblait être « allongé » sur le côté droit, et que quelque chose lui donnait de petits coups. Après de longues minutes, ses yeux réussirent miraculeusement à s'accommoder à toute cette lumière. Il se trouvait dans une sorte de hutte faite d'un matériau très étrange. Quelqu'un était en train d'effleurer la surface de ses ailes !

-Tant de détails… murmura-t-elle.

Elle le redressa, puis contempla sa tête.

« Hé ! Je suis pas un meuble ! »

-Je me demande ce qui vous est arrivé pour tous vous retrouver aussi mal.

« Vous m'entendez ?! »

C'est alors que son museau repoussa, tout seul, comme par magie.

« Zo… Zoglentia ? »

L'étrange dragonne se tourna et s'assit par terre. Il ne pouvait pas voir ce qu'elle regardait.

« Je sais que vous m'entendez ! Ne m'ignorez pas ! »

La dragonne ne bougea pas d'une griffe.

-Je ne sais pas qui sont ces gens. Il n'y avait que cette méchante qui ne voulait pas que j'entre dans le soleil ! lança une autre voix, venant de plus loin.

-Mais oui, c'est ça, ignora la dragonne. Ce qui m'inquiète, c'est que les reines ne nous ont pas donné d'autres nouvelles… Enfin… c'est pas comme si j'étais morte et que j'avais vécu tout une vie en tant qu'Aile de la Providence… C'était vraiment bizarre cela étant dit.

-Qu'est-ce que c'est ? Demanda l'autre voix.

-Un clan vraiment étrange. Ils remontent le temps. Parfois, j'avais une écaille qui s'enfonçait dans mon corps, jusqu'à disparaître comme si je m'étais blessée, puis une blessure la faisait réapparaître.

-Waouh !

« J'en ai rien à faire de ton conte ! Entends-moi ! »

-Et toi ? Qui étais-tu devenu ? Questionna la dragonne.

-Hein ? Qui je suis devenue

? S'étonna l'autre voix.

-Bah, tu sais… quand cet animus a… détruit le monde… l'espace d'un instant, tout le monde s'est retrouvé en quelqu'un d'autre.

-Un animus ? C'est quoi ?

-Attends… tu ne sais pas ce que c'est ?! S'écria-t-elle.

-Euh… est-c'est grave ?

-Non, mais je pensais que tout le monde était au courant…

-C'est quoi ?

-Un dragon ayant la capacité de se servir de magie, expliqua-t-elle, enfin, ce n'est pas la même que les...

-Ca veut dire quoi, magie ?

« Quel idiot ! SORS-MOI DE LA ! »

-…

Epidote força le plus possible sur son cou, ne serait-ce que pour bouger d'une seule minuscule griffe... Evidemment, il n'y parvint pas. Il n'avait rien ressenti. Il commençait d'ailleurs à ne plus sentir son propre corps.

-J'ai dit quelque chose qui n'allait pas ?

-Je ne vois pas comment t'expliquer cela. Ca me paraît si évident…

-Ah bon ?… AHHHHH !

-Du calme !

-Qu'est-ce qui vient de se passer ! J'ai bougé tout seul !

-Voici un exemple de ce que peut faire un animus. Je peux aussi savoir que tu t'appelles Rouxroue sans te le demander.

-OOOOOHHHHH !

-Ce n'est pas si exceptionnel que cela…

-MAIS SI ! C'EST PRODIGIEUX !

-… C'est vrai que je ne m'imagine pas sans.

« Remarque-moi ! Remarque-moi ! »

Personne ne se préoccupa de lui. Personne ne le ferait plus jamais. Personne ne se souviendrait de lui. Tel était sa destinée.

Le dragonnet perdit le fil de la conversation. Il était terrorisé par tous les malheurs qu'il connaîtrait. Il s'était déjà écoulé un long moment, mais Epidote ne saurait dire combien exactement. Il avait déjà perdu la notion du temps.

Il aperçut soudain une forme se ruer sur lui, l'étreindre, puis pleurer. Il reconnaîtrait cette voix entre mille.

« Grande soeur ! »

-Epidote ! Cria-t-elle. Est-ce que ça va ?! Tu es blessé ?! Je suis tellement désolée de t'avoir laissé un instant !

« Non, ça ne va pas du tout ! Mais je vais mieux maintenant que tu es là ! »

Elle s'excusa de nombreuses fois, trop peut-être, mais c'était toujours mieux que la solitude.

-J'ai réparé votre sculpture, lança l'autre dragonne. Je ne pensais pas qu'elle était aussi pré...

-Ce n'est pas une sculpture ! Protesta sa soeur. C'est mon frère !

« Paf ! »

-Oh ! Moi aussi je me suis fabriqué une statuette animusée de compagnie ! En bois, et miniature par contre...

-Arrête ! Ordonna Amétrine.

-Pas la peine de me crier dessus ! S'énerva-t-elle.

-Arrête de te moquer de lui ! Il va déjà assez mal comme ça !

-Je ne savais pas que tu la considérais comme une vraie personne ! Se défendit la dragonne sur un ton humoristique pour la faire rire.

Amétrine resta sévère et la toisa.

-Tu ne vas pas me faire croire que c'est une vraie personne ? Questionna la dragonne.

Amétrine se retourna et serra Epidote.

-C'est une vraie personne ?! S'alerta-t-elle.

-Oui... marmonna sa soeur.

La dragonne eut presque l'air aussi choquée que lui lorsque Amétrine lui avait appris que l'oxémiolithe était toxique. C'était pourtant une pierre si rare... si succulente... si seulement il avait pu en avoir plus...

-Qui lui a fait ça ? Interrogea la dragonne.

-Zoglentia.

-Qui est-ce ?

-Un monstre...

« Mais ! Un monstre, c'est bien trop gentil pour le décrire ! »

-Je vais tout de suite lui redonner son état normal ! Lança la dragonne.

« Ca va échouer... encore... et encore... »

Elle le regarda dans les yeux, se concentrant, puis plissa les siens après une demi-minute.

-Je... ... Je n'y arrive pas ! Hurla la dragonne, terrorisée.

-Tu n'aurais pas entendu parler... de dragons du futur par hasard ? Demanda Amétrine.

-Non... redouta-t-elle.

-Dommage... ils disaient que seuls eux pourraient sauver Epidote...

« Si seulement je pouvais empêcher l'inévitable... Ils ne savent rien... »

-Qui, « ils » ? Questionna la dragonne.

Le dragonnet sentit sa soeur pointer une direction.

-Je vais faire parvenir un message à la reine... annonça la dragonne.

Elle sortit du champ de vision d'Epidote, tandis que sa soeur resta à ses côtés. Ils se parlèrent tous les deux pendant un moment. Ah, si seulement elle pouvait l'entendre ! Si seulement elle pouvait le comprendre... Il aimerait tant la remercier...

La journée passa, l'aveuglante lumière tarit progressivement, laissant place à quelque chose qui, en temps normal, ne lui aurait plus fait mal aux yeux. Désormais, plein de petits points brillaient dans ce qui paraissait être du vide. Epidote avait peur. On aurait cru qu'il n'y avait pas de plafond.

Rouxroue, lui, était en extase devant ces choses. Il sautillait en les regardant, dessinait des choses en l'air... Il n'était absolument pas conscient de sa malédiction.

Amétrine leva la tête intriguée par quelque chose, puis le tourna et le poussa. Leurs compagnons se réveillaient. Pourquoi ne s'étaient-ils pas tous réveillés en même temps ? Encore un coup de Zoglentia pour les empêcher de contrecarrer son grand plan ? Ou aurait-il fait exprès pour que sa soeur et lui puissent passer un peu de temps seuls à seuls ?

Ils se relevèrent doucement, puis inspectèrent rapidement les lieux.

-On n'est... on n'est pas... marmonna Kaalas.

Il remarqua la lumière provenant de l'extérieur, et leur hôtesse.

-Où sommes-nous ? Demanda-t-il.

-Vous vous trouvez chez moi, Pétrole, expliqua-t-elle, dans le Royaume de Roc, au sud-est de Dalem. J'ai entendu du bruit dehors, et je vous ai trouvés, inconscients. D'après ce que j'ai compris, vous avez croisé une personne... fort peu sympathique...

-Dalem ? Ca n'a aucun sens... murmura la dragonne qu'ils avaient trouvé à l'agonie devant l'apogée.

-Vous venez d'un autre continent ?

-Un continent ? S'étonna Amétrine.

-Oui et non, répondit Kaalas. C'est une histoire très délicate à raconter.

-Vraiment ? Demanda-t-elle. Je ne suis pas sûre que cela puisse l'être plus que ce qui s'est passé récemment…

« Mais où sommes-nous ? C'est quoi cet endroit ? »

Horatio se leva et s'approcha de Pétrole. Il allait lui parler lorsque cette dernière poussa un cri d'effroi. La dragonne se changea instantanément en feuilles qui s'étalèrent sur le sol.

« ... »

-Que vient-il de se passer ? S'inquiéta Amétrine.

-Dites-moi que je rêve, lâcha Kiara. Elle a eu peur de toi ?!

Les trois pyrrhiens s'échangèrent des regards. On voyait nettement qu'ils s'efforçaient de ne pas rire.

-D'habitude, c'est de moi que les gens ont peur, ajouta Kiara.

Un mystérieux courant d'air parcourut la pièce et vint rassembler les feuilles à divers endroits, d'où le corps de Pétrole se recomposa. Une fois qu'elle fut réapparue, elle baissa la tête.

-J'ai honte de l'avouer... mais j'ai la phobie des charognards, déclara-t-elle.

-Bah... pourquoi ? Demanda Kaalas.

-Je déteste ces bestioles. Avec leurs petites pattes, on dirait qu'ils vont ramper le long de ton corps et t'éventrer et... regardez juste l'apparence de ces choses ! En plus, ils passent leur temps à chaparder ce qu'ils voient et poussent de petits cris stressants. Je les ai juste ramenés chez moi parce qu'ils semblaient être vos animaux de compagnie ; alors s'il vous plaît, gardez-les à bonne distance de moi.

-C'est vexant, lâcha Kiara, mais je vais accepter cela puisque tu nous accueilles chez toi.

Pétrole la toisa avec crainte. Epidote pouvait presque deviner sa terreur, mais il ne la comprenait pas.

-Il... Il parle ?! Paniqua-t-elle.

-C'est vraiment ça que sont devenus les puissants dragons ? S'interrogea-t-elle.

-Kiara, laisse tomber, ordonna Horatio.

-Pourquoi vous leur avez appris à parler ?! Questionna la dragonne. Juste pourquoi ?!

-C'est notre langue natale, répondit Horatio. Bon, écoute, je m'excuse de t'avoir fait peur. Je ne savais pas que tu détestais les charognards et... Oh, mais il se fait tard ! Et si tu allais dormir ? Tu te sentiras mieux demain, une fois bien reposée.

-Obéir à un monstre... Je ne me sens pas bien. Je crois que je fais une crise... J'exige que tu t'évanouisses.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Pétrole s'écroula sur le côté, dormant paisiblement. Un long moment d'incompréhension suivit cette réaction peu anodine.

« Elle s'est assommée toute seule ? Mais elle aurait pu essayer de m'aider ! »

Epidote se remit à déprimer, déprimer, déprimer.