! AVERTISSEMENT !
En relisant le chapitre qui aurait dû être le 26, je me suis rendu compte qu'un chapitre avait disparu du fichier sur lequel j'écrit. Le chapitre ci-dessous n'est autre que l'ancien 25. Le chapitre qui manquait est le nouveau 25. C'est celui là que je viens de publier. Néanmoins, cette perturbation ne devrait pas nuir à la lecture de l'histoire. Je supprimerai cet avertissement dans une semaine.
Chapitre 26
Chrysope coulait dans les profondeurs abyssales, depuis une heure, au minimum. Elle ne distinguait plus depuis bien longtemps la lumière de la surface. Le néant s'étendait de tous côtés : en haut, en bas ; à droite, à gauche...
Elle avait bien compris qu'elle pouvait respirer sous cette eau sombre. Malgré l'absence d'éclairage, elle pouvait toujours se voir, et même très bien. L'Aile de Guêpe avait essayé de voler, mais cela ne modifiait absolument pas sa chute.
« Pourquoi ?! POURQUOI ?! Ce n'est pas de ma faute si elle est morte ! J'étais possédée ! Il disait avoir perdu sa divinité ; COMMENT AS-T-IL PU ME CONDAMNER ?! »
Chrysope avait déjà disjoncté. Elle ne comprenait même pas pourquoi elle comptait le temps qui passe, alors qu'elle serait là pour l'éternité !
Elle avait songé à se suicider. Elle pourrait s'éventrer et se vider de son sang. Elle pourrait arrêter de respirer. Elle pourrait tout aussi bien se mordre et attendre que suffisamment de venin entre dans son sang pour vaincre son immunité à son propre poison.
Il restait aussi la fameuse arme. Fonctionnerait-t-elle sur elle-même ? Ou en était-elle aussi protégée ?
Hélas, elle n'était pas passé à l'acte. Elle avait peur, peur de ce qui se passerait quand elle s'endormirait pour l'éternité. Mais elle craignait également de rester en vie pour l'éternité.
« Et qu'est-ce que t'en penses, moi-même ? Est-ce que t'existes au moins, ou il a encore menti ? »
Bien évidemment. Son alter-ego ne répondit rien. Zoglentia lui avait-il tendu un piège dès le départ ? De combien de dragons s'est-il déjà joué ? Combien avaient connu un sort similaire au sien ?
-ZOGLENTIA ! VIENS ICI SI T'ES SI PUISSANT QUE CA ! Provoqua Chrysope.
Il ne vint pas. Bien sûr, la seule chose qui l'intéressait était de la voire torturée.
Chrysope leva ses griffes et les appuya contre les écailles de son cou. Elle allait s'égorger quand elle se ravisa et martela sa cuisse.
« Aller ! Sois courageuse Chrysope ! Fonce d'abord et réfléchis seulement après avoir fait ta bêtise ! »
Elle ouvrit grand la gueule et croqua le plus fort possible sa queue. Cela lui fit très mal sur le coup, mais la douleur s'estompa en quelques secondes. Le venin coulait-il ? Oui, elle sentait sa mâchoire picoter.
L'Aile de Guêpe se mordit un moment... un moment... un moment... Elle ne se sentait même pas affaiblie. Si seulement elle avait un partenaire... Il pourrait lui briser les cervicales en une seconde... Pourquoi le destin s'acharnait-il contre elle ?!
« Parce qu'il aime la souffrance »
Chrysope reposa ses griffes sur son cou.
« J'aurais aimé pouvoir vivre avec toi Blizzarde... »
Elle inspira un grand coup et tira d'un coup sec, se créant une large entaille. Une hémorragie laissa une minuscule traînée au-dessus d'elle, signe qu'elle s'enfonçait encore et encore. Elle se creva également les yeux. Qu'est-ce que ça faisait mal de se blesser autant...
Comme elle ne se sentait pas mourir assez vite, elle agrandit son entaille, jusqu'au bas de son ventre. Ca faisait un mal de requin... Il lui sembla même toucher ses entrailles á un moment. Elle essaya de les détruire du mieux qu'elle put. Et son coeur ! Elle pourrait essayer de le percer ! Chrysope chercha l'endroit où le poum poum était le plus intense, puis y enfourcha ses griffes. Elle tenta de transpercer sa chair et ses écailles. C'était douloureux... Elle allait devenir masochiste si elle ne crevait pas rapidement.
A force de se poignarder, les battements finirent par devenir étranges, puis s'arrêtèrent.
« Enfin... »
Elle allait bientôt être libre, même si le temps semblait très long. Elle en avait perdu la notion. C'était sûrement pour ça qu'elle ne ressentait pas encore les effets de son massacre.
« Meurs s'il te plaît ! »
La dragonne avait peut-être perdu ses repères, mais elle était prête à parier que au moins six minutes se seraient écoulées.
« Je dois être morte là. C'est normal que je sois en mesure de bouger mes membres ? »
Chrysope attendit, attendit, décida de maintenir sa gueule fermée et de bloquer ses naseaux après avoir préalablement expiré, attendit à nouveau, et rien ne se passa. Après une très longue durée (un jour ? Ou peut-être quatre ?), elle retrouva la vue. D'abord, elle ne voyait que du rouge très sombre, puis sa vision s'affina pour redevenir normal. En baissant la tête, elle put remarquer... ses entrailles... à l'air libre.
-HYYYYYAAAAAAARRRRRR ! Hurla-t-elle horrifiée.
Non non non non non... Zoglentia n'aurait pas osé la rendre immortelle ?! C'était si cruel de sa part...
Chrysope fondit en larmes. Elle avait tout perdu. Absolument tout. Blizzarde, savait-elle ce qui lui arrivait ? Elle devait aussi péter les plombs à cet instant. Tourbes, elle le voyait déjà en train d'essayer de réconforter tout le monde, sans savoir s'il y croyait lui-même. Litchi... il se renfermerait sur lui-même.
-Laisse-moi partir ! Implora-t-elle dans le vide.
Et c'est ainsi que le temps s'écoula, secondes après secondes, mois après mois, années après années. Elle était toujours bloquée. Aucune de ses tentatives de suicide ne marcha ; c'était même l'inverse : elle guérissait de plus en plus vite, sans aucune cicatrice de ses tourments. Même une décapitation n'avait pas marché ! Elle s'était retrouvée sans tête, d'autres fois que la tête. Tout finissait par repousser, et Chrysope était désormais entourée de nombreux corps.
Depuis quand était-elle ici ? Un siècle en prenant le minimum de toutes les possibilités ? Et maintenant, quoi, sept millénaires ? Pourquoi comptait-elle encore ? Elle ne savait même pas comment s'appelait un nombre avec autant de zéros !... Ah si, le million.
En réalité, elle ne savait plus compter le temps. Il pourrait très bien s'être écoulé infiniment plus aussi bien qu'infiniment moins. Dans tous les cas, c'était insupportable.
Parfois, son arme intérieure la rongeait. Les premières fois, elle lutta pour ne pas être entièrement consumée. Mais presque tout le temps, elle l'était. Quand cela arrivait, elle se sentait plus tranquille. L'Aile de Guêpe ne souffrait pas. Elle était même apaisée : la peur, l'angoisse, le désespoir... elle ne connaissait plus cela sous cette forme. Elle chercha à comprendre comment la déclencher à sa volonté, comment faire durer la possession un maximum de temps, jusqu'à se rendre compte qu'elle pouvait rester dans cet état par sa simple volonté.
Dès lors, elle prit son courage à deux mains et tenta d'éradiquer l'essence même de sa vie. Il ne se passa strictement rien, pas même une sensation d'inconfort, rien. Aucun autre essai ne changea quoi que ce soit. Après maintes tentatives supplémentaires, elle fut contrainte de se résilier. Elle allait devoir affronter l'éternité. Mais à présent, tant que Zoglentia lui laissait son arme, elle pouvait l'affronter !
"..."
-...
"..."
-...
"..."
Cela faisait longtemps que les pensées de Chrysope étaient vides. Elle observait juste les flots et l'eau devant elle, presque en position de sieste. Tout était si calme, si tranquille... la routine.
Soudain, elle eut l'idée de s'étirer. Elle prit tout son temps pour le faire. Cela lui fit remarquer que la tête au-dessus d'elle ne crachait plus son souffle destructeur. Elle se servait de sa lumière pour mesurer le temps.
La dragonne s'apprêta à la renouveler. Elle concentra son énergie dans sa gueule, puis cracha un rayon. Rapidement, elle usa de son pouvoir pour se trancher la tête. Il lui conférait la capacité de d'annihiler absolument n'importe quoi : tissus, êtres vivants, fondements mêmes de la matière (En tâtonnant sur ce sujet, elle eut accidentellement provoqué une explosion si colossale que son corps avait tout simplement disparu. Il s'est réformé en peu de temps à partir de rien.), les âmes des autres... Et la coupure était toujours indolore ; seules les éventuelles conséquences blessaient, mais dans cet état, c'était totalement indolore.
Chrysope fit ensuite disparaître la tête usée. Puis se tourna la nouvelle dans le bon sens. Quand ce fut le cas, elle attendit que la sienne se reforme. Ensuite, elle vérifia visuellement, et tout était bon.
« Et un crachat de plus, deux cent cinq mille trois cent quarante-deux... ce qui fait deux cent cinq mille trois cent quarante-trois crachats maintenant. »
Elle déploya ses ailes et fit semblant de voler, ses pensées à nouveau vides. Les flots coulèrent, encore, encore, et encore... mais un élément vint perturber sa tranquillité : une grosse tâche noire était apparue en bas, et elle grossissait.
« C'est nouveau. »
La chose grossissait à vue d'oeil. Chrysope ne se prépara même pas à l'impact. La chose s'écrasa sur elle à toute vitesse, lui coupant le souffle sans lui faire peur. L'impact fut même si violent que la chose et elle furent réduites en bouillie. Quand le choc du coup s'envola, elle fut très surprise de ne plus ressentir de chute ! Elle ne coulait plus ! C'était comme si la chose était un sol ! Comment étais-ce possible ?! Et encore plus surprenant : la chose qui s'était écrasée sur elle était un dragon ! Il dormait profondément, mais elle avait enfin trouvé une autre victime de Zoglentia !
« Cool. »
Quand il se réveillerait, elle pourrait lui demander ce qu'il avait fait pour être condamné. Il était un peu plus jeune qu'elle, visuellement. Ses écailles marron sombre contrastaient avec une ligne de vaguelettes qui le parcouraient de la queue jusqu'au bout du museau, en se propageant également sur ses ailes. Il n'avait qu'une paire d'ailes, et ses cornes se rencontraient en leur extrémité.
Après avoir étudié cet individu, Chrysope patienta ; un crachat, deux... toujours endormi.
Pour vérifier quelque chose, elle dissocia sa patte du reste de son corps. Celle-ci s'envola vers les cieux. Ce dragon la faisait stagner, et quand elle lui amputait une patte, celle-ci s'envolait vers la surface, si elle existait. Il venait des profondeurs... peut-être y avait-il quelque chose tout en bas finalement... ou était-ce elle dont le pouvoir faiblissait ? Elle ne voulait pas redevenir hystérique.
-Réveille toi. Je veux te parler, lança-t-elle sur un ton froid.
Pourquoi avait-il le droit d'être inconscient et pas elle ? C'était vraiment salaud de la part de Zoglentia. Puisque c'était ça, elle allait le réveiller de force.
-Il me faut connaître ce qui l'endors.
Un sort, c'était le plus probable. Elle devait détruire un sort. Cela allait être compliqué. Elle n'avait pas pu s'entraîner à détruire de sorts. Ce serait une première.
« Rayon annihilateur ou venin ? »
-...
« Essayons le venin pour changer »
Chrysope allait devoir être très prudente. Son propre corps supportait plutôt bien ce poison, mais ce n'était pas sûr que ce soit le cas pour son nouvel ami. Si elle ne faisait pas attention, elle risquerait de le tuer.
« Seulement le maléfice. »
C'était parti. Elle mordilla son ventre jusqu'à arracher deux trois écailles, puis jusqu'à ce que le sang coula. Son poison le pénétra. Quand elle estima que ce fut suffisant, elle s'arrêta, puis s'étonna de ne pas avoir à nettoyer de nuage de sang : il s'était déjà littéralement envolé.
Chrysope patienta un petit instant ; un ou deux jours. Alors que le dragon ne s'éveillait pas, elle commençait s'inquiéter. L'avait-elle tué ? Etait-t-il déjà mort ?
« Zut. »
Dans le doute, elle patienta encore un peu. L'Aile de Guêpe eut raison, car son nouvel ami bougea. Il se tordit un petit peu, puis ouvrit péniblement les yeux, avant de la voir, elle.
L'inconnu prit peur en la voyant. Il tenta instinctivement de la pousser pour la faire tomber de lui, mais Chrysope s'agrippait. Elle n'était pas prête à laisser filer la seule vie qu'elle ait croisée depuis des éternités, oh que non !
Il finit par arrêter de se débattre. Chrysope sentait bien qu'il avait juste paniqué. Cela devait être un choc pour lui aussi de croiser quelque chose.
-Salut, lança Chrysope sur un ton indifférent.
Il était légèrement intimidé par sa parfaite impassibilité.
-Depuis quand es-tu ici ? Questionna-t-elle.
-Je viens juste d'arriver, assura-t-il comme si tout était normal.
-Non.
-Quoi « non » ?
-Tu dors depuis longtemps, résuma Chrysope.
-Qui êtes-vous ? Demanda le dragon.
-Qu'as-tu fait pour te mettre Dieu à dos ? Interrogea Chrysope.
L'inconnu la regarda bizarrement.
-Qui êtes-vous et comment avez-vous pénétré cet endroit ?
Qu'est-ce qu'il était exaspérant !
-Je suis Chrysope et j'ai tué quelqu'un.
L'autre pouffa.
-Chrysope ? Et pourquoi pas mon arrière-grand-père tant qu'on y est !
-Vous me connaissez ? S'étonna Chrysope.
-Non, mais qui ne connaît pas Chrysope ? Cette saleté est quand même ennemi publique numéro alpha !
Chrysope laissa son pouvoir la quitter, dévoilant sa véritable apparence. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas revu ces couleurs… Elle avait presque oublié à quoi elle ressemblait.
-Vous… lâcha-t-il, partagé entre de la stupéfaction et de la haine.
-Moi, répondit-elle.
-...
-Sérieusement, sous quel prétexte vous a-t-il foutu ici ? Demanda-t-elle. Moi, je suis là parce que j'ai accidentellement tué quelqu'un.
-Mais si vous êtes là… s'inquiéta l'inconnu, est-ce que Beluga va bien ?!
-C'est elle que j'ai tuée, déclara Chrysope.
-C'est… c'est du bluff, n'est-ce pas ?
-Au fait, comment vous savez qui c'est ? S'étonna Chrysope. Vous étiez pas là avant moi ?
La première âme qu'elle croisait en ces lieux… En plus, elle la connaissait. Chrysope était envahie par une multitude d'interrogations, mais elle devait se retenir. Une seule à la fois, sinon, elle n'aurait jamais de réponse. Après tous, plusieurs minutes, ce n'est rien dans l'éternité.
-Qu'avez-vous fait pour contrarier Zoglentia ? Demanda-t-elle.
-Qui ?
Attendez… cette sensation bizarre qui parcourait tout à coup l'entièreté de ses membres… cette chose horrible… qui lui faisait mal… son coeur qui battait la chamade… c'était donc ça ce qu'elle eut appelé le stress, la peur ?
-Zoglentia ? Le dieu qui nous a tous les deux enfermés pour l'éternité dans cet océan de vide.
Le dragon l'observa comme si elle lui avait annoncé que le soleil allait tomber du ciel et transformer tout l'univers en eau pétillante.
-De quoi ?… Un dieu ? Qu'est-ce que tu racontes ? Personne ne m'a enfermé ici. Je suis venu moi-même, avec la bénédiction de Beluga.
« Il a craqué ? »
-Tu veux dire que tu es rentré tout seul en enfer ? Mais comment as-tu fait ? Beluga, qu'est-ce qu'elle a à voir avec tout ça ? Est-ce que c'est sa complice ? Est-elle lui ? Est-il elle ? Elle est contrôlée ?!
-Vous avez perdu la tête… Attendez… Vous avez traversé le miroir ?!
Il semblait effrayé tout à coup.
« Depuis tout ce temps... »
-Vous avez vraiment traversé le miroir ?! Répéta-t-il, paniqué.
-Zoglentia a ouvert un trou à la surface du lac, et c'est depuis que je coule, expliqua-t-elle.
-Par les trois lunes…
« Zoglentia n'y était donc pour rien ?! »
-Sacrée Beluga… si elle avait eu un peu plus de temps… elle serait toujours là… Elle a donc déclenché le miroir sur le site du prochain débarquement pour essayer de se débarrasser de vous.
Chrysope ne savait plus quoi dire. Beluga… ses gardes qui étaient restés en retraits ; c'était très certainement eux qui l'avaient plongée dans l'éternité. La cheffe de la Marée leur avait avoué que ce miroir leur servait à voyager. Depuis le début, elle déplaçait ses troupes de cette manière ? Quel âge a-t-elle ? Ces déplacements étaient si longs… Comment ses soldats avaient-ils encore une santé mentale en arrivant sur les champs de bataille ?
-Je vous plains, continua l'inconnu. Voyager là-dedans sans sérum… Moi-même je ne sais pas comment j'aurais tenu.
-Sans sérum ?
-Vous l'avez sûrement compris, et… je ne devrais pas en dire plus… … oh et puis merde ! Beluga n'est plus, snif…
Il amena sa patte jusqu'à ses yeux et les frotta avec.
-C'est grâce à ce miroir que toutes nos troupes se déplacent. Beluga règle le lieu du débarquement. Elle nous donne un temps imparti pour conquérir le territoire, et ensuite, nous cherchons dans le ciel le portail qu'elle nous ouvre afin de rentrer au bercail.
-Elle vous donne un sérum pour tenir le coup ? Interrogea Chrysope.
-Oui, plus nous étendons son empire, plus les temps de trajet ce rallonge. Au début, ils n'étaient que de quelques années, genre, sept ans, pour… disons… trois horizons lointains. A présent, j'en ai aucune idée mais ça doit être beaucoup plus.
« Toutes ses troupes… celles-qui sont aux frontières de son empire, elles ont donc été envoyées en mission il y a très... »
Mais ça n'avait aucun sens ! Cela voulait dire que Beluga était… très très vieille dans le meilleur des cas… Quelque chose devait lui échapper.
-Quand on voyage dans ce lieu étrange, le temps s'écoule différemment. Quand un siècle passe ici, ce n'est qu'un instant dans la réalité. Quant au sérum, il fait mal quand on l'injecte, mais grâce à lui, le voyage a à peine commencé qu'on aperçoit la sortie. Je n'en reviens pas que vous n'ayez pas mis fin à vos jours... Waouh, vous m'impressionnez, franchement, même si je vous hais. Personne ne mérite de vivre ça.
Chrysope ria, et son nouvel ami aussi.
-Je me suis suicidée plus d'une fois, déclara-t-elle, mais je n'ai pas réussi à mourir. C'est super énervant...
-C'est... vrai ? S'inquiéta-t-il.
-Absolument. Et puis, quand on s'est percuté l'un l'autre, nous allions tellement vite que nous avons explosé.
-J'ai... explosé ?... Waouh... Il y avait des rumeurs concernant ces sérums, comme quoi ils tuaient en fait, qu'ils nous maintenaient morts le temps du voyage. On dirait que c'était vrai.
Un sérum qui permettrait de mourir ici... C'était le rêve pour Chrysope. Si seulement elle en avait...
-Mais au fait, je ne me suis pas présenté, remarqua le Maréen. Je suis le sergent-chef Noyau. Ma mission est de repérer les prochaines cibles à conquérir. Je récolte le plus de renseignements possibles pour planifier les attaques.
-Pourquoi me révélez-vous tous les secrets de la Marée ? Demanda-t-elle.
Il la regarda gravement.
-Vous avez tué Beluga. J'espère que son empire ne va pas s'effondrer, mais il y a de fortes chances malheureusement.
Une larme coula de l'œil de Noyau, et se dilua dans l'océan.
-S'il vous plaît, dites-moi pourquoi vous avez tué Beluga. Elle ne méritait pas ça...
-Elle méritait cela ! Avec toutes les horreurs qu'elle, a osé commettre, elle n'a plus le droit de vivre ! Même si je l'ai exécutée contre l'avis de tous sous un accès de rage, je suis bien contente qu'elle ait trépassé.
-Vous ne la connaissiez même pas ! Reprocha-t-il. Comment pouvez-vous oser dire une chose pareille ?!
« Il est bien endoctriné celui-là... »
-Elle a exécuté la moitié de mes amis… tous ou la moitié ? Je ne sais plus, c'était il y a si longtemps… déclara Chrysope
-Elle n'étais pas aussi cruelle que vous le dites.
L'Aile de Guêpe sentit monter en elle d'étranges sensations… de la joie ? Il lui semblait que la joie faisait du bien. Elle se sentait oppressée. Elle avait une envie folle d'égorger son interlocuteur… Ah oui ! C'était de la colère ! Chrysope était furieuse qu'il puisse lui sortir ce mensonge. Son pouvoir risquait de la dévorait s'il continuait sur sa lancée. Après tout, ce ne serait pas si grave. Elle sait à présent qu'elle aura une porte de sortie. Il lui était totalement inutile désormais.
-Elle préparait elle-même les doses de sérums pour chacun de ses soldats. Quand elle nous les donnait, elle ne faisait pas que les donner pour les donner ; elle en profitait pour prendre de nos nouvelles. J'ai l'impression qu'elle a retenu le nom de chacun de ses soldats… ceux qu'elle a rencontré, en personne ou en distanciel.
-Pff… N'importe quel dirigeant peut faire semblant de faire ça, commenta Chrysope.
-Elle voulait unifier le monde, poursuivit le sergent-chef, sous un seul royaume. De ce fait, il n'y aurait plus de guerres, la paix pour tous. Il n'y aurait plus de stupides querelles entre reines. Les dragons ne resteraient plus groupés en clans. Tout le monde vivrait heureux une fois les rébellions comme la tienne écrasées…
« Il se fiche de moi ?! »
-Elle vous manipule tous avec de fausses promesses ! Elle a même avoué que la plupart de ses soldats ne l'aiment pas et sont contre elle !
-Ca ? Ce n'est un secret pour personne, affirma-t-il.
-Pourquoi es-tu trop bête pour voir qu'elle t'a endoctriné ?! Râla Chrysope.
Il la regarda avec de grands yeux ronds.
-Je viens de te dire que tout le monde le savait ! Répliqua Noyau.
-Pourquoi restes-tu alors ?! Ne comprit-elle pas.
-Parce qu'elle est une bonne leader, que ses idéaux sont bons, et que son combat en vaut la peine
« Son combat en vaut la peine... son combat en vaut la peine... mon combat ne vaut rien... »
Chrysope gérait très mal ses émotions. Elle les avait enfouies pendant tant de millénaires... La dragonne sentait déjà son pouvoir se répandre à travers ses veines. Elle le massacrerait lui aussi s'il en rajoutait une couche.
-Pourquoi vos écailles noircissent-elles... s'inquiéta-t-il en la fixant.
-J'essaie d'empêcher ton meurtre, et tu ne t'aides pas, lui confia-t-elle.
-Moi aussi j'essaie d'empêcher ton meurtre, doublement depuis que je sais que tu l'as tuée ! Rétorqua le Maréen.
Là, c'était beaucoup trop. Elle devait évacuer sa rage en urgence où elle se retrouverait seule. Elle pouvait déjà sentir la noirceur à travers elle.
Chrysope se jeta sur son nouvel ami. Noyau avait essayé d'esquiver, mais il n'a pas pu : l'Aile de Guêpe avait désintégré ses nerfs. Le corps du sergent-chef tourna rapidement à la poussière, avant de disparaître. Il ne resta que sa patte avant droite, entre les dents de Chrysope. Elle avait l'impression de mordre le rebord d'une falaise. Son poids faisait qu'il était très difficile de continuer à le tenir par la gueule, mais elle le tiendrait. Si elle le lâchait, elle serait seule, à nouveau.
« Quel crétin, vraiment ! »
Les griffes de Noyau remuaient dans tous les sens, et son poignet avec. Elle ne l'avait pas annihilé ; c'était une excellente nouvelle ! Elle s'était arrêtée juste à temps.
Chrysope put contempler son membre se reformer, doucement, puis le reste de son corps. Quand il fut suffisamment recréé, elle commença à se balancer d'avant en arrière, afin de pouvoir monter sur son ventre. Elle s'assit dessus et patienta tranquillement. L'Aile de Guêpe avait si hâte de parler avec lui...
Lorsqu'il fut enfin complètement régénéré, il la regarda, paniqué.
-Que… que m'avez-vous… fait ?! Balbutia-t-il.
-J'ai empêché ton meurtre, déclara l'Aile de Guêpe.
Noyau était encore sous le choc de ce qu'il venait de subir. Il resta silencieux, l'air d'à peine réaliser ce qu'il venait de vivre. Puis, tout à coup, il palpa son corps comme s'il recherchait une poche.
-Non non non... murmura-t-il avec désespoir, sentiment qui se lisait aussi dans ses yeux.
-Hmm ? Fit Chrysope.
-Je n'ai plus de sérum ! S'écria-t-il. JE N'AI PLUS MES DOSES DE SECOURS !
« Et merde... je vais devoir attendre la sortie... Il avait des doses sur lui ?! »
-Tu... tu avais du sérum sur toi ?! Demanda-t-elle
-Il me restait les deux doses de secours... dans l'éventualité où elles auraient été nécessaires... Combien de temps as-tu patienté dans le miroir, depuis que tu es rentrée dedans ? Questionna-t-il.
-J'en sais strictement rien, répondit-elle. Au grand minimum un billion d'années... après le million, c'est bien le billion, non ?
Elle n'avait jamais vu un visage aussi désespéré. C'était donc cette tête qu'elle eut fait après avoir pénétré le miroir ? Cela lui donnait presque envie de rire. Elle comprenait pourquoi Zoglentia avait adoré l'enfermer dans l'éternité !… Ah mais non, ce n'était pas de sa faute en fait…
-Pourquoi… pourquoi souriez-vous ? Interrogea Noyau.
-Ironique, répondit l'Aile de Guêpe. Tu comprendras avec le temps.
Chrysope devinait très bien les sentiments qui envahissaient son nouvel ami. Toute cette peur lui faisait presque pitié. Peut-être pourrait-elle lui rendre le service dont elle ne bénéficierait jamais, en tout cas, en cet endroit ?
-Si tu ne te sens pas capable d'affronter quelques petits millions de millénaires, je peux toujours réaliser ton meurtre.
Le dragon la regarda en larmoyant.
-Comment pourriez-vous me tuer ? Vous m'avez déjà arraché tout le corps, et j'ai quand même survécu. Vous-même avez dit que vous n'aviez pas réussi en… en tout ça…
-Je ne peux peut-être pas m'éliminer moi, mais je peux toujours éliminer les autres.
Chrysope commença à concentrer tout son énergie dans sa griffe. Elle savait qu'il allait la supplier de le sauver, alors elle commençait déjà à préparer son heure.
-Alors ? Veux-tu que j'abrège tes souffrances ? Questionna-t-elle.
Sa griffe brillait déjà d'un éclat violacé. Noyau la guettait d'un œil effrayé.
« Il me faudra faire très attention… bien viser et jauger ma puissance : pas assez et il sera juste démembré pendant pas longtemps ; trop et son âme s'évapore. Il me faut bien jauger pour juste extirper son âme de son corps… Suis-je… »
-Non, merci, mais non, je ne veux pas, déclara-t-il. Je… patienterAIIIIII !
Chrysope avait lancé ses griffes droit sur lui, maintenant qu'il avait accepté sa proposition, c'était à elle de jouer. Noyau lui attrapa la patte avant qu'elle n'ait pu atteindre ses écailles. Pourquoi se défendait-il ? Avait-il changé d'avis ? Non, c'était juste de la peur, un réflexe de survie.
Chrysope lui mordit la patte qui la bloquait. Il lâcha prise sous l'effet du venin. Celui-ci était ordinaire pour le coup. La dragonne profita de l'ouverture pour relever sa patte, et déployer toute sa force en l'abattant vers Noyau !
Sa griffe libéra une immense lumière qui les aveugla. Néanmoins, Chrysope pouvait sentir qu'elle avait enfoncé sa griffe dans son nouvel ami. Elle allait la retirer lorsqu'elle s'aperçut que ses écailles s'étaient déjà ressoudées, enfin… elle s'en doutait. L'Aile de Guêpe tira d'un coup sec, ouvrant probablement une large entaille dans son ami, mais la lumière s'intensifia, lui brûlait les yeux. Elle se sentait broyée, ses membres disparaissaient. Elle avait de plus en plus de mal à rester consciente. Avait-elle réussi à s'emporter dans la mort de son ami ? Ce serait si merveilleux si c'était le cas…
« Faites que je sois morte ! Faites que je sois…
