Chapitre 27
Ils étaient tous réunis autour d'un feu, à l'intérieur de la demeure de Pétrole. La fumée disparaissait mystérieusement lorsqu'elle atteignait le plafond. Leur hôte avait tenu à s'installer le plus loin possible de Kiara et Horatio. Ce dernier lui avait d'ailleurs expliqué ce qui leur était arrivé, en éludant certains points pour ne pas donner trop d'information d'un coup. Assez rapidement, ils en vinrent à interroger Retour, la dragonne qui fut à moitié morte devant l'apogée. Comment connaissait-elle cet endroit étrange ? Comment connaissait-elle ses nouveaux amis ? Elle ne devrait pas. Tous avaient envie de savoir pourquoi, sauf Pétrole, qui guettait d'un oeil inquiet les deux humains, l'air de penser « vous ne vous approchez pas de moi et je ne m'approche pas de vous. »
La dragonne soupira.
-Il semblerait que j'ai été volontaire pour venir vous accueillir, commença-t-elle.
« Elle n'en est pas sûre ? A quoi cela rime-t-il...? »
-Nous accueillir ? Mais où donc ? Questionna Kaalas.
-Vous allez certainement me prendre pour une folle, annonça-t-elle, mais je devais vous guider jusqu'à mon clan. Nous vous attendions en grandes pompes. Moi-même, je dois avouer que je ne sais pas vraiment pourquoi. On m'a énoncé que vous deviez arrêter un dieu, et que vous passeriez chez nous pour pouvoir réaliser votre tâche. J'avoue que ça paraissait un peu tiré par les cornes lorsqu'on me l'a annoncé, mais vous voilà... hé hé hé.
« Comment pouvaient-ils savoir qu'ils allaient passer par là ? »
-Attendez une minute, comment pouvais-tu savoir autant de choses sur nous ?... Et qui nous étions ?... Et tout ce qui va avec ?! Demanda Amétrine.
La mystérieuse dragonne baissa la tête. Elle semblait déçue ?
-Alors c'est vrai, vous n'avez jamais entendu parler des Ailes de la Providence ? Interrogea-t-elle.
« Il existent vraiment ?!... Ce ne sont pas que des mythes ?! Trop bien !… Ah… Je le savais déjà... »
Ils firent tous non de la tête, tous sauf sa sœurette et Pétrole.
-Eh... mais tu leur ressembles vraiment ! S'étonna cette dernière. Tu en es une ?
-Exact, acquiesça l'intéressée.
-Est-ce que cela signifie que tu es actuellement renversée ? Questionna Pétrole.
Le renversement des Ailes de la Providence, il en avait entendu parler dans les contes. Ils ne s'en serviraient généralement que pour interagir avec des étrangers.
-Oui, et je ne comprends pas comment je peux me trouver ici ! On m'avait dit que mon renversement n'avait duré que trois jours. Cela fait plus de trois jours et je suis toujours là !
-C'est vrai que ça n'a aucun sens... marmonna Pétrole.
-Et sinon, c'est quoi un renversement ? Interrogea Kiara.
Pétrole sursauta et grimaça en l'entendant parler.
-Oh... Un renversement... C'est un concept assez dur à assimiler, alors accrochez-vous.
Au sol, à côté du feu, elle traça un trait bien, bien droit, et y fit trois encoches. Au-dessus de ces encoches, elle écrivit "Futur" "Présent" "Passé", avant de réaliser qu'elle avait interverti deux éléments. Elle les remit dans le bon ordre.
Elle dessina ensuite une flèche, partant du présent vers le futur.
-Vous voyez ? Ça, c'est le temps qui s'écoule.
-Je vois où tu veux en venir, intervint Horatio.
Retour dessina une autre flèche, mais inversée.
-Nous, les Ailes de la Providence, nous vivons dans ce sens l...
-OOOoooooooohhh ! Fit Rouxroue. Alors comme ça, tu faisais semblant d'ignorer que j'ai réussi à aller dans le soleil ! C'est pas gentil !
-Tu n'étais même pas censé être là ! Rétorqua-t-elle.
« Zoglentia... s'il te plaît... libère moi ! Je te promets que je ne révélerai pas tes plans si tu le fais ! Je t'en supplie ! »
Pas de réponse, comme toujours... Ca ne faisait même pas une seule semaine qu'Epidote était pétrifié, et il était déjà à bout. Que deviendrait-il s'il restait comme cela à jamais ?
-Pourtant, à ce que je vois, nous avançons tous dans le même sens temporel, remarqua Kaalas.
-Justement, poursuivit Retour. En temps normal, non, mais il arrive qu'en de rares occasions, l'un de nous décide de se renverser : on se met à parcourir le temps dans l'autre sens. Concrètement, on n'a pas l'impression de décider de son renversement...
-On se balade tranquillement, coupa Pétrole, et brutalement, on se retrouve ailleurs. Tout le monde marche et parle à reculons. On se sent seul et on parvient difficilement à communiquer avec ses proches. Certaines choses sont apparues, alors que d'autres ont disparues. Au bout d'un moment, on se rend compte qu'on se retrouve presque dans les mêmes conditions qu'avant la coupure, et à ce moment précis, on se retrouve à nouveau là où on était un peu plus tôt, et le temps s'écoule normalement.
Retour en resta gueule bée, un peu comme les autres. Elle était encore inconsciente lorsque Pétrole avait révélé avoir vécu en tant que membre de son clan.
-Tu as expliqué comme si tu avais vécu des renversements... marmonna l'Aile de la Providence.
« C'est ce que je viens de dire ! »
-Oh, mais c'est le cas. J'ai eu une vie intermédiaire parmi les tiens. Je me souviens quand je suis née... Cette immense chaleur mortelle lorsque je suis née... la douleur diminuait et je sentais mes membres se former pour la première fois... et pourtant, je me suis envolée... Je suis sortie du magma... et j'ai volé pour la première fois... Super bizarre comme expérience...
-Vous voulez essayer ? Demanda un dragon dont la tête surgit de Pétrole.
Cette dernière poussa un cri d'effroi en voyant cette chose sur elle.
« Zoglentia ! Libère-moi ! Je garderai le silence, je le jure !
-Mon petit... Ah... Je suis désolé, mais non. Tu devras encore attendre.
-S'il te plaît... Je ne tiens plus... »
-ENLEVEZ-MOI ÇA ! Hurla Pétrole de terreur.
Tout le monde dans la pièce put se contempler devenir lentement Retour, tout le monde sauf Epidote, qui n'avait pas eu cette chance...
-Oh non... Zoglentia... Vous les avez tous changé en moi ? Demandèrent-elles à l'unisson.
« Je vous en prie... je ne dirai rien de rien...
-Tu n'as pas encore compris ? C'est non, point final. Je veux bien parler, mais si c'est pour que tu me harcèles, non merci. »
-Et merde... laissèrent échapper les Retour.
-Je suppose que nous avons échoué, reconnut l'une des dragonnes.
-Non, enfin oui... ou bien non... hésita Zoglentia. A vous de voir.
-Que me réserves-tu ? Questionnèrent les Ailes de la Providence.
-Rien, rien de particulier, sauf pour toi, dit-il en désignant l'une d'entre elles. Epidote avait deviné de qui il parlait avant même qu'il ne l'indique.
-Et quoi donc ? Demanda la concernée.
Epidote crût distinguer des bruits de pas provenant de l'extérieur.
-Ce sera rapide, tu ne réaliseras même pas ce qui...
D'un coup, tous reprirent leur forme originelle, et Zoglentia s'était volatilisé.
Une imposante dragonne pénétra dans leur abri, accompagnée d'un autre dragon plus jeune qui ne lui ressemblait pas du tout. Ses écailles marrons étaient en désaccord complet avec quelques-unes qui étaient blanches, selon Epidote. Elle portait une étrange invention sur son museau, devant ses yeux. C'était rond et ça ne tenait à rien, et pourtant, cela restait bien en place quoi que furent ses mouvements. Ca tournait sur soi-même en variant de couleur en plus, et son intérieur était si transparent qu'on aurait presque crut à des lettres flottant dans le vide. Une fleur était accrochée à l'une de ses cornes.
Quant à son compagnon, il était noir, sombre, et ses ailes étaient tapissées de points blancs... qui ressemblaient horriblement aux choses du plafond extérieur. Lorsqu'Epidote l'observa un peu plus, il lui donna l'impression de contenir une rage immense. Quel sale coup avait-on pu lui faire pour le mettre dans cet état ?
« Son amour a été irréversiblement réécrit.
-Je ne suis pas sûr de comprendre...
-Oh... eh bien elle a juste été changée en une autre personne. Imagine que j'ai remplacé tous tes souvenirs par ceux de ta soeur ? Tu serais elle.
-...Vous ne vous arrêterez donc jamais... snif...
-Roh ! Ca va aller, c'est gentil comparé à ce que je réserve.
-C'est sûr... »
Pétrole se leva brusquement et s'inclina.
-Veuillez m'excuser reine Coco ! Sortit-elle maladroitement. Je ne m'attendais pas à votre visite... surtout aussi loin du Royaume de Pluie...
-Vous savez, la frontière n'est qu'à soixante kilomètres, répondit la dragonne.
Coco les observa longuement, tout comme son acolyte. Ils...
-Hein ?! Vous êtes reine ? Percuta Rouxroue. OOOooooooh ! Est-ce que je peux avoir du sucre s'il vous plaît ?
Un silence de mort s'abattit dans la cabane. Tous étaient choqués de la bêtise qu'il venait de dire, Pétrole la première.
-Pourquoi vous me regardez encore comme ça ? Demanda-t-il. Il n'y a plus de fleur ?
Le malaise se poursuivit. Personne n'osait parler, sauf Epidote qui désirait hurler sa présence. La reine continua de les observer.
« Heureusement que tu n'es pas un arbre...
-Un arbre ?
-Flemme de te montrer ce dont il s'agit. »
-Ce ne sont pas eux, décréta-t-elle.
-On dirait pourtant le même charognard ! Protesta son acolyte.
-C'est bien le seul.
-Charognard... pft ! Marmonna Kiara.
-Votre majesté, avec tout le respect que je vous dois, que me vaut donc cette visite ? Interrogea Pétrole.
-Vous êtes venu nous offrir du sucre ! Sautilla Rouxroue.
-Tiens-toi tranquille, conseilla Retour.
-Mais !...
Horatio se redressa, ajustant sa veste puis il s'approcha de la reine.
-Du sucre... murmura Rouxroue.
-J'imagine que le Diamant souhaiterait bien recevoir des nouvelles de son escouade de la dernière chance, portée disparue.
La reine parut légèrement intimidée. Ce n'était rien face à ce que devait endurer Pétrole. Tiens, on aurait dit qu'elle s'était à nouveau ensorcelée pour perdre connaissance, mais elle avait toujours l'air éveillée.
-Que leur est-il arrivé ? Questionna-t-elle.
-Pour faire simple, ils se sont jetés dans la gueule du loup... enfin ils sont tombés dans le piège de Zoglentia et ne le remarquent pas.
-Pourquoi n'es-tu pas avec eux ? Interrogea l'autre dragon, sur ses gardes.
Horatio mis ses pattes dans ses poches.
-Votre majesté, vous êtes animus, n'est-ce pas ?
-Répond ! Ordonna le même.
-Je le suis, affirma-t-elle.
-Vous devriez donc être en mesure de télécharger la sauvegarde de la sauvegarde de la sauvegarde de tout ce qu'il s'est passé depuis le moment fatidique.
-Sérieusement... il n'avait pas besoin de le dire de manière ridicule... marmonna Kiara.
-Télécharger la sauve... ...
Coco en resta perplexe. Elle ne comprenait pas ces termes, tout comme Epidote. Que signifiaient-ils ?
« Voit ça comme des souvenirs du passé. Ceux-là rassemblent tout ce qui touche de près ou de loin à la fin du monde. Je pensais les avoir tous effacés... Mais c'est sans importance. Tout ce qui compte c'est qu'ils n'existent plus dans le passé... je me rends compte que je n'ai toujours pas effacé leur mémoire... c'est fait désormais. »
Horatio jeta un regard vers la wyvern.
-Kaalas, initialise le décryptage des données.
-Entendu, répondit-il.
Et, se remettant à tripoter sa tablette, après quelques secondes, il se figea le regard vide.
« Oh ! Un algorithme de Béton répété un trop grand nombre de fois avec assignation spirituelle invasive dont la sortie est divisée en fragments de tailles variables et stockés sans étiquetage d'ordre ! Utilisée de manière non invasive, elle a certes une grande latence, mais ce défaut est compensé par sa discrétion. Je vois que ma négligence n'est pas infaillible.
-Vous...
-NON ! Je n'ai pas recherché toutes les failles, seulement les importantes. Les autres ont s'en fiche, ou bien il les faut. »
-Est-ce que quelque chose est censé se produire ? Questionna la reine.
-Pas avant demain matin.
-Nous sommes demain matin ! Commenta Rouxroue.
-Emm... Non, l'autre demain, précisa Horatio.
-On n'a pas jusqu'à demain ! Signala l'acolyte.
-Pouvez-vous m'assurer que votre... témoignage... sera prêt dans un jour ?
-Je vous le confirme, assura Horatio.
-En attendant, vous allez vous rendre au Diamant et vous y resterez le temps de tirer tout cela au clair.
-Négatif, refusa-t-il. Kaalas ne doit pas bouger, ou les données seront perdues pour toujours.
-Bien, alors il nous rejoindra dès qu'il sera disponible, décréta Coco.
C'est alors que Epidote put voir les têtes de ses compagnons blanchir, avant de disparaître et se diffuser progressivement au reste de leur corps. Il sentit lui aussi ses cornes disparaître un cours instant...
« Que m'arrive-t-il ? »
