Chapitre 4 – Inez
Aujourd'hui.
La matinée du lendemain trouva Diego chevauchant sur les terres indiennes. Après la nouvelle de la veille, il avait besoin de réfléchir au calme.
Il mit pied à terre près d'une prairie. Une silhouette qu'il connaissait bien se penchait au milieu des herbes un couteau à la main. D'un geste sûr, elle coupait la partie haute d'une plante médicinale qu'il ne distinguait pas.
– Diego ! se réjouit-elle en se redressant. Cela fait des jours que tu n'es pas venu me voir !
Le don distingua le reproche dans sa voix, ton qu'elle chassa aussitôt qu'elle l'eut rejoint. Elle était trop heureuse de sa visite pour s'appesantir sur sa récente absence, d'autant qu'elle voyait à sa tête que quelque chose n'allait pas.
Vêtue comme tous les indiens de sa tribu, Inez faisait partie de ceux qui étaient restés plus longtemps que nécessaire auprès du padre pour apprendre la langue des Espagnols et leurs coutumes. Elle avait choisi d'en apprendre le plus possible sur les deux civilisations pour se forger un avis sur le monde. Elle avait ensuite rejoint l'Ancien pour apprendre son art et devenir guérisseuse.
Diego la connaissait depuis qu'il était enfant, presque depuis toujours. Il l'avait rencontrée à la mission puis avait eu la permission de son peuple pour se rendre sur ses terres. Il y avait passé de longs moments en compagnie des indiens et était devenu familier de leurs us et coutumes. Sans être un des leurs, il était respecté comme tel par la tribu.
– Ne fais pas cette tête, dit-elle quand il lui raconta les événement de la veille, c'est une très bonne nouvelle !
Diego soupira à la phrase.
– Inez…
– Ne m'appelle pas comme ça. Ici, je suis Ounia.
Elle mettait un point d'honneur à se faire appeler par son prénom indien lorsqu'elle œuvrait en tant que guérisseuse, y compris lorsqu'elle était en train de ramasser des herbes médicinales ou de préparer des potions. Le reste du temps, tout le monde l'appelait Inez, y compris sa tribu.
– Je n'ai pas besoin d'Ounia aujourd'hui, lui dit Diego, j'ai besoin d'Inez.
La jeune femme tiqua à la façon dont il le dit.
– Je te l'ai déjà dit…
– Inez, s'il te plaît.
– Il n'y a aucune preuve !
– Y en a-t-il vraiment besoin ? Nous savons. Tous les deux. Ainsi que la tribu.
La jeune femme détourna la tête.
– Va-t-en.
Diego regretta instantanément son emportement. Ce n'était pas l'heure de débattre du sujet. Il y avait plus important.
– Excuse-moi.
– …
– Ounia, excuse-moi. Je t'en prie, je ne voulais pas te blesser.
La jeune femme était encore plus têtue que lui.
– Je te promets que je ne le ferai plus.
C'était peu probable, ils le savaient tous les deux.
– Je ne laisserai plus autant de jours s'écouler sans venir te voir.
Cela, il s'y tiendrait. Elle le savait aussi :
– Je te pardonne.
Un sourire illumina le visage de Diego.
– Bien, reprit Inez, dis-moi. Qu'est-ce qui te gêne autant dans ce mariage ?
– Père se marie. Je pense légitime de trouver cela étrange.
– T'attendais-tu à ce qu'il reste célibataire le reste de sa vie ?
– Je le pensais, effectivement.
– C'est triste. Tu devrais te réjouir pour lui.
– Je suis heureux pour lui ! se récria Diego.
– Tu n'en as pas l'air.
Elle se pencha en avant. Ses yeux allèrent d'un endroit à l'autre pour détailler son visage.
– Ce n'est pas le mariage qui te gêne.
– Pardon ?
– Ce qui te dérange, c'est plutôt ce qu'implique ce mariage.
Il fronça les sourcils sans comprendre où elle voulait en venir. Elle poursuivit.
– Ne m'as-tu pas parlé d'une certaine señorita ? Isabel, je crois.
– Isabel ?
Inez le pointa du doigt.
– Tu rougis !
– Je… non ! Que vas-tu imaginer ?
– Je n'imagine rien, je constate. Je te connais assez pour savoir quand tu es amoureux. Je me demande même si cette señorita Isabel ne serait pas la bonne.
– Inez !
– Si les parents se marient, ça ne vous empêchera pas d'être ensemble, tu sais. C'est vrai que cela fera jaser. Enfin, je ne crois pas que le padre refusera de vous unir parce que vos parents ont fait de même. Vous n'avez pas le même sang.
– Inez ! Veux-tu cesser de dire de telles inepties !
– J'ai raison. L'avenir le prouvera.
– Inez ! explosa-t-il. Assez !
– Eh bien, mon frère, ne voulais-tu pas que je me comporte comme la sœur que je suis ?
Cette fois, Diego ne répondit pas.
D'aussi loin qu'ils se souvenaient, Inez avait vécu chez les Indiens. C'était sa famille de cœur, à défaut d'être sa famille biologique. On ne le lui avait jamais caché, elle avait été prise aux Blancs qui menaçaient sa vie. Malgré des années de recherches, il en manquait la preuve. Elle n'avait qu'une certitude, la même que Diego depuis qu'ils s'étaient rencontrés, elle était une de la Vega.
NdA : La suite arrivera dès qu'elle sera corrigée. J'espère que ça vous plaît !
