Chapitre 30

Ils s'étaient tous retrouvés dans une immense grotte blanche sans plafond d'un coup. C'était terrifiant, et en plus, une insupportable lumière bleue provenait de ce vide. La reine leur avait ordonné de rester ici, et Epidote n'en pouvait plus. La journée était passée, et il ne s'était rien passé, à part une crise de nerfs de Rouxroue qui aurait pu tous les tuer si Amétrine ne l'avait pas calmé.

« Ne t'inquiète pas, Kaalas a bientôt fini. »

Il n'en avait que faire de Kaalas. Tout ce qu'il voulait, c'était se dégourdir les pattes !

« Ne t'inquiète pas pour ça non plus. »

C'était plus facile à dire qu'à faire.

« Tu sais, il y a vraiment pas longtemps, j'ai plongé quelqu'un dans une situation similaire à la tienne, mais cette personne y est restée un temps que tu ne peux même pas t'imaginer, au point qu'elle croit avoir vécu seulement le septième de cette durée. Estime-toi chanceux de ne rester dans cet état que quelques jours. »

Soudain, une forme commença à se matérialiser dans le vide. C'était la wyvern. Il était déboussolé, regardant à droite à gauche.

Au même moment, la reine entra dans la salle, suivie d'autres dragonnes, la plupart richement décorée. Ce ne serait quand même pas toutes des reines ?! Certaines étaient accompagnées par d'autres personnes, aux allures moins imposantes.

-Alors ? Est-ce prêt ? Questionna Coco.

-Oui, répondit Kaalas en même temps que la tablette s'échappait de ses griffes.

Elle lévita jusqu'à la reine, puis se stabilisa devant elle. Elle la saisit,

-Je suis… censée appuyer ici ? Questionna-t-elle en les regardant.

Epidote ne put pas observer la réponse d'Horatio, trop sur son côté.

La reine sembla peu confiante, mais elle posa à plat sa patte sur la tablette. Elle se redressa subitement le regard vide.

-Reine Coco ? Appela l'une des autres dragonnes.

-…

-Que lui avez-vous fait ?! S'excita une autre.

-Patience, râla Kiara, assise contre Epidote.

Tout à coup, Coco laissa la tablette tomber à terre, complètement troublée, les larmes aux yeux.

-Nous sommes fichus… déclara-t-elle.

-Comment ça ? Demanda une autre reine. Pourquoi serions-nous fichus ?

« Oui pourquoi ? Est-ce que tous les mortels sont idiots pour ne pas avoir compris qu'ils étaient tout sauf fichus ? »

-Vous n'avez qu'à toutes regarder… et vous comprendrez… lâcha-t-elle en faisant glisser la tablette vers le tas de reines.

Elle se regardèrent toutes entre elles, intriguées, puis l'une d'elle finit par la saisir et se figer comme Coco.

En parlant de cette dernière, celle-ci s'approchait d'Epidote… et elle venait droit vers lui.

-Mon pauvre… ce doit être horrible de… en fait je n'imagine pas la souffrance que tu dois éprouver…

« Enfin, horrible, n'exagérons rien. Tu n'as eu strictement aucune douleur dans cet état, et c'était court.

-Vous… vous m'entendez ?! »

-…Hélas, à toi aussi, je ne peux pas rompre le sortilège qui pèse sur toi, remarqua Coco.

Epidote avait eu un faux espoir. En même temps, pourquoi avait-il espéré que ce serait différent avec elle ?

-Néanmoins, peut-être pourrais-je le contourner… lança-t-elle.

« Le contourner ? »

Soudain, Epidote entendit un bruit étrange, fort, comme de la pierre qui craquait, il ne sentait plus son corps. Sa vision fut chaotique l'espace d'un instant, mais il voyait toujours.

« Elle… elle m'a brisée ?! »

-EPIDOTE ! Hurla sa sœur.

Il lui sembla entendre les vibrations de ses pas. Elle accourut vers lui, puis se jeta sur la reine, avant de s'immobiliser dans les airs.

-C'est à votre tour de patienter maintenant, lâcha Coco.

-Pourquoi l'avez-vous tué ?! Beugla Amétrine.

-J'ai besoin de concentration, alors la ferme, s'il te plaît, expliqua-t-elle.

« Je… je ne comprends pas… pourquoi m'a-t-elle démoli ? Je... »

Epidote repartit dans une nouvelle crise dépressive. Sous cette nouvelle forme de petits cailloux, la torture serait encore plus grande. Plus personne ne remarquerait sa présence désormais.

Mais… son champ de vision tourna dans tous les sens, il… volait ? Il s'arrêta de tourniller à une hauteur à peu près normale, et dans le bon sens. Il sentit à nouveau ses membres !

Puis tout s'arrêta, il fut à nouveau immobile… et pourtant, sa vue vacillait très légèrement, comme s'il tremblait. Il lui sembla même avoir bougé la patte… …

« J'ai bougé la patte ? »

Il essaya de l'agiter dans tous les sens. Il était à nouveau capable de se déplacer ! Ses griffes, sa gueule, ses ailes, même sa queue ! Il pouvait BOUGER !

« Tu vois que tout finit par s'arranger. »

Cependant, quelque chose attira son attention. Ses griffes… ses pattes… elles… elles étaient fragmentées ! Entre chacune de ses articulations, il y avait de l'air… Tous ces fragments flottaient…

-Essaie de faire quelques pas, histoire de voir si tout fonctionne, ordonna la reine.

Il leva une patte… puis la posa. Il leva l'autre, et la posa. Il déploya ses ailes… et put même s'envoler ! Il pouvait revivre !

-… ! …

Il ne pouvait pas parler, ni fermer les yeux d'ailleurs.

-C'est parfait ! Enfin… non, mais disons que c'est le mieux que je puisse faire pour t'aider, dans l'immédiat, affirma Coco.

« Merci beaucoup !

-Je te rappelle quand même, que si tu parviens à les informer de mes plans avant leur achèvement, j'annulerai ceci. »

Epidote n'eut même pas le temps de bouger que sa sœur se jeta sur lui, mais maintenant, lui aussi pouvait se jeter sur elle !

Il s'écoula un certain temps, pendant lequel les reines débattirent sur ce qu'elles venaient de voir. Toutes se sentaient impuissantes face à leur ennemi, et elles avaient raisons. Elles étaient totalement impuissantes. A présent que les choses s'étaient calmées, la meilleure solution paraissait être de laisser tranquille Zoglentia.

« Et c'est le cas. »

Mais en même temps, certaines ne se sentaient pas d'abandonner de l'autre côté les gens qu'elles avaient envoyé en mission. Mais en même temps, elles ne pouvaient tout bonnement pas faire courir un risque à des milliers de personnes pour n'en sauver que quelques-unes.

C'est alors qu'un… garde… entra dans la pièce et leur cria qu'un visiteur désirait les voir en urgence.

Elles laissèrent le visiteur entrer. Il portait une sorte de capuche qui masquait son visage. Il ne l'enleva qu'après avoir rejoint le centre de la pièce. C'était Zoglentia.

-N'essayez pas de m'arrêter. Vous ne pouvez pas bouger, annonça-t-il, ni parler.

Tout le monde resta parfaitement à l'arrêt, sauf Zoglentia, qui commença à faire le tour de la pièce.

-Que l'on soit bien clair, oui, j'ai détruit le monde. Oui, j'ai annulé sa destruction. Oui, je vous ai manipulé. Oui, je vous laisserai tranquille si vous me laissez tranquille.

Il regarda l'« assemblée » dans son ensemble.

-Oui, Tornade, ta protégée va bien, dit-il lorsqu'il passa devant elle. Oui, Obsidienne, ton sujet va bien, même si je me suis bien amusé avec lui. Oui, Emma, tes descendants sont encore là.

Il poursuivit son tour de pièce.

-Oui, Esterre, ton sujet se porte bien. Oui, Scorpion, ton sujet va bien. Et oui, Algue, votre petit sujet qui s'amuse à imiter un tueur en série va bien.

« Et Thulite ?

-Ne t'inquiètes pas pour elle. Elle s'éclate comme une folle à nous épier. Je suis sûre qu'elle ne résistera pas à l'envie de se joindre à nous. »

Lorsque Zoglentia passa à côté d'Epidote, il lui tapota la tête. Après lui, il se dirigea vers le dragon tout noir qui était tout le temps en fureur.

-Oui, Lassassin, si tu insistes tant, éventuellement, et je dis bien éventuellement, je ramènerai ta Gloria. Mais sache que, si tu l'aimais vraiment, tu accepterais sa nouvelle personnalité... Bien sûr que je sais que c'est la colère qui te pousse à la rejeter, mais quand tu verras plus clair, tu te rendras compte qu'elle est toujours la même. Traitez-la normalement au lieu de la regarder comme un bébé, et tout s'arrangera... Pour Tsunami ? Un marché sera possible... Parce que... C'est comme ça !

Zoglentia continua à tourner en rond, lorsque...

-Vous êtes pas gentil ! Lança Rouxroue.

« Mais quel crétin celui-là...

-A qui le dis-tu... »

Zoglentia s'arrêta brusquement, puis il s'approcha de Rouxroue.

-Oh ? Vraiment ? Fit-il de manière tout sauf convaincue. Et pourquoi donc mon petit Rouxroue ?

-Parce que vous avez l'air... méchant ! Ouais ! C'est ça ; vous êtes méchant !

-Mais enfin, pas du tout ! S'offusqua-t-il.

-Prends ça ! Cria Rouxroue presque en riant.

Il sauta sur lui et mordilla sa patte.

-Oh non ! Je souffre ! Au secours ! Venez m'aider s'il vous plaît ! Se moqua-t-il.

Le dragonnet continua de le mordre, puis tout à coup, Zoglentia leva brutalement la patte vers le haut. On entendit comme une immense explosion, et des... morceaux de plafond invisibles tombèrent ?!

-Ah là là... Celui-là dis donc, il se tuera rapidement tout seul si je le laisse dans cet état... J'ai pitié de lui. Je devrais sûrement lui rendre sa vraie forme... il ne se suicidera pas en trois jours ainsi.

Rouxroue réapparut subitement devant le dieu, tout perturbé parce qu'il venait de subir. Il rétrécit subitement, jusqu'à redevenir humain, furax.

Mais quelque chose n'allait pas. Zoglentia, qui était si assuré depuis le début, parut inquiet. Il se jeta à plat ventre sur le côté et esquiva une immense décharge magique ! Et ce n'était pas tout : Epidote pouvait à nouveau se mouvoir.

-ZOOGLENTIA ! Vociféra Emma.

Elle chargea vers lui, une lumière transcendante s'échappant d'elle. Elle générait une aura incroyable ! Epidote avait presque envie de fuire, tellement elle l'intimidait.

« Tu fais semblant d'être en difficulté ?

-Exactement ! Même si, je dois l'admettre, j'en souffrirait si elle venait à... »

Emma asséna un coup de poing sur la tête de Zoglentia, qui fut propulsé contre le mur. Il retomba au sol en détruisant les sortes de gradins au-dessus desquels il était.

-C'est le moment ! Lâcha la reine qui semblait s'appeler Tornade.

« Suis-moi si tu désires assister au final. »

Zoglentia s'enveloppa d'un halo noir qui l'engloutit entièrement. L'humaine fonça dedans sans réfléchir.

Epidote hésitait à les suivre. Ce final, il en avait tant parlé avec Zoglentia, mais voulait-il vraiment le voir se réaliser ?

La masse de ténèbres disparaissait rapidement. Il n'avait pas le temps de réfléchir, alors, il s'élança à leur poursuite. L'obscurité le consuma, détruisant sa pierre, et le petit dragonnet se demandait comment les choses allaient changer, une fois que tout serait rentré dans l'ordre. Retournerait-il chez-lui ? Reprendrait-il sa vraie forme ? Le cas échéant, ses amis le confondraient-il avec de la nourriture vivante ?