Chapitre 31

Ils fonçaient, de toutes leurs forces, droit sur le... comment l'avait-il appelé déjà ?... le palais des Ailes du Soleil. D'ici quelques minutes, ils l'atteindraient.

-Chrysope... ralentis s'il te plaît !

Il était essoufflé, et pourtant, ils n'avaient volé que deux heures sans faire de pause. Néanmoins, elle s'exécuta.

Alors qu'ils approchaient, ils perçurent des cris, puis purent constater des combats. Il y avait des soldats grièvement blessés, d'autres se battant encore. Il y en eut même un qui bouscula en un éclair tous les autres, peu importe leur camp, pour se rendre à l'intérieur du palais. Il explosa même le mur !

-Je ne pensais pas qu'ils maintiendraient l'assaut avec la mort de Beluga, avoua Noyau.

Où pouvait bien se trouver Blizzarde dans toute cette pagaille ? Une dragonne déboussolée, qui ne sait pas où elle est... Il y avait de fortes chances qu'elle soit actuellement découpée en rondelles.

Mais au moins, elle ne bougerait pas dans un tel état.

-Va tu prendre part au conflit ? Questionna-t-il.

-Non, j'en n'ai plus rien à faire. Tout ce que je veux, c'est retrouver les miens.

-Bien, dans ce cas, je t'aiderai, et puis, ce n'est pas comme si mes camarades de guerre me prendraient pour un ennemi sans mon uniforme, ou encore moins comme si le sol me repoussait par ta faute...

D'ailleurs, en parlant des siens, avaient-ils changé pendant cette éternité ? Elle-même ne saurait dire si son physique avait été modifié. Est-ce qu'elle les reconnaîtrait seulement ?

La dragonne se rappela que son nouvel ami l'avait tout de suite reconnue, lorsqu'elle eut quitté son apparence imbibée par la magie.

-Nous devrions nous mettre à l'abri le temps que la guerre-éclair se termine, conseilla Noyau.

Attendre... ils allaient à nouveau devoir attendre...

-C'est eux ? Questionna une voix lointaine.

Chrysope se retourna, absolument non inquiète. Deux Ailes de Glace s'approchaient d'eux. Ils n'étaient pas armés.

Ils s'arrêtèrent devant eux, et Noyau laissa échapper une légère crainte.

-Bien sûr que c'est eux ! S'exclama la femelle. Un dragon à l'envers et une Aile de Guêpe dépressive et joyeuse ; ça ne peut être qu'eux !

-Qu'est-ce que vous me... demanda Chrysope.

-Nous savons où se trouve Blizzarde, coupa l'inconnu.

-...voulez ?...

« Il a bien dit... qu'il savait... »

-...Où était Blizzarde, termina une troisième voix. C'est exact. Nous savons où elle est. Nous sommes en mesure de te conduire à elle.

-Vous feriez cela ?! Implora-t-elle, tout excitée.

-Bien évidemment ! S'écrièrent-ils tous avec de grands sourires pleins d'attention.

Ce miracle tombait à point nommé ! Après des milliers de milliards d'années d'attente, elles allaient enfin être réunies ! De quoi allaient-elles parler ? Quelle serait leur réaction en se retrouvant ? Serait-elle encore plus brisée qu'elle ? Ou bien aurait-elle beaucoup mieux supporté le voyage ? Blizzarde pouvait se révéler très tenace sur la durée... mais personne n'avait jamais été exposée à une durée si... inappréhendable. Elle-même ne se rendait pas réellement compte, tant elle n'avait eu aucun repère là-bas.

-Tu verras bien, répondit la troisième voix. Si tu n'y vois pas d'inconvénients, partons maintenant. Elle trépigne d'impatience à l'idée de te revoir. Ce serait cruel de la faire attendre plus longtemps...

-Ce serait cruel, confirma Chrysope. Je vous suis !

Ils commencèrent à s'en aller en direction du palais, lorsque Noyau l'arrêta.

-Chrysope, comment pouvaient-ils savoir que... ... savoir que... SAVOIR QUE...

-Bon, savoir que quoi à la fin ? S'impatienta Chrysope.

-Que... ... ... moi... toi... nous... ... que...

On aurait dit qu'il ne parvenait à prononcer certains mots.

-Tu avais dit que tu m'aiderais ! S'énerva-t-elle. Pourquoi m'empêches-tu de la rejoindre !?

-C'est un... c'est un... MAIS CA SE VOIT QU'ILS TE... ... qu'ils... un... p... p... Non, tu as raison. Je n'aurais pas dû faire cela. C'était ignoble de ma part.

On aurait dit qu'il avait l'impression que les lunes allaient lui tomber sur la tête alors qu'il reconnaissait sa stupidité.

-Oui, allons-y... lâcha-t-il.

Ils filèrent vers le palais et se posèrent sur un... balcon où il n'y avait personne.

« Ces dragons sont si gentils d'être venus me chercher... »

Ils avancèrent dans un couloir. Toujours personne.

-Chrysope... nous devrions nous en... ... réjouir...

Pourquoi faisait-il une tête toute triste tout à coup ?

Les couloirs étaient encore vides par ici.

-Faisons demi... dans deux minutes... tu la retrouveras.

Il parlait de plus en plus bizarrement. N'aurait-il pas pris un coup sur la tête ?

Après un certain temps à déambuler, Noyau marchant sur le plafond, ils arrivèrent devant une grande porte, close. L'Aile de Glace l'ouvrit. Il y avait un véritable champ de bataille dans une imposante salle, sans doute le coeur du palais. Une couleur attira son attention sur le côté. Cette nuance... elle la reconnaîtrait entre mille. C'était Blizzarde !

La pauvre dragonne restait immobile le long d'un mur, à proximité de Tourbes et d'autres membres de leur équipe.

Ils la remarquèrent. Chrysope courut jusqu'à eux, en longeant les extrémités de la pièce.

-C'est bien toi ? S'étonna Blizzarde. C'est vraiment toi ?

-Chrysope ? Hésita Tourbes.

-Les amis ! Interpella-t-elle alors qu'elle arrivait à leur niveau.

Ils s'étreignirent tous les trois. Waouh ! Chrysope avait oublié à quel point un câlin faisait du bien.

Lorsqu'ils eurent terminé, la dragonne se rangea au bord, comme les autres. Du sang commençait à gicler au centre.

-Ils ne nous attaquent pas ? S'étonna-t-elle.

-Nous sommes là depuis... six heures ? Et personne n'a essayé, avoua Tourbes.

-Six heures ? Mais ça fait au moins deux jours ! Protesta Blizzarde.

-Tu as vu les lunes fusionner ?

-... ... Mince, lâcha-t-elle.

-Il ne manque pas quelqu'un ? Remarqua Chrysope.

Tous se regardèrent pendant trois longues secondes.

-Litchi ! S'exclamèrent-ils.

Où pouvait-il bien être ? Ce serait bien que d'autres personnes viennent gentiment les guider jusqu'à lui.

-Mais... Chrysope... commença Tourbes, tu l'avais écarté de l'eau... Il doit être mort aujourd'hui...

-Non, ça veut simplement dire qu'il est toujours au quartier général de la Marée.

-Qu'est-ce que tu racontes ? Interrogea Blizzarde.

Chrysope leur dévoila ce que Noyau lui avait appris sur cet enfer. Ils furent à la fois rassurés et inquiétés. Litchi était peut-être vivant, mais comment allaient-ils le rejoindre ? Est-ce que prendre le portail qui flottait dans les cieux en sens inverse suffirait ? Non, il fallait le fameux sérum, dont ils ne connaissaient que l'existence. Hors de question de revivre l'enfer !

-En tout cas, heureusement que vous avez envoyé ces deux Ailes de Glace pour venir me chercher ! Je pense que j'aurais mis pas mal de temps à vous retrouver sans leur aide.

Blizzarde sembla perplexe.

-J'ai envoyé quelqu'un à ta recherche moi ? S'étonna-t-elle.

-Non, tu n'as missionné personne, intervint 6x, qui était juste à côté.

-Mais si ! Rétorqua Chrysope. Ces deux Ailes de Glace qui sont...

Elle les chercha du regarda. Ils étaient à l'autre bout de la cour, et l'un d'eux les salua.

-On ne les a jamais rencontrés auparavant, assura 6x.

Chrysope ne comprenait pas. L'Aile de Puce devait nécessairement se tromper. Les deux inconnus lui avaient affirmé venir de la part de Blizzarde. Ils étaient bien trop généreux pour être de tels menteurs ! C'était ridicule ! Qui goberait une ânerie pareille ?

-Chrysope... qui sont ces gens ? Pourquoi t-ont-ils attirée vers moi ? S'inquiéta Blizzarde.

Pourquoi ? Pourquoi auraient-ils menti ? Cela ne leur apporterait rien. S'ils auraient voulu la tuer, pourquoi ne pas simplement l'assommer pour la projeter au milieu du champ de bataille ?

-Est-ce bien un tronc d'arbre qui dépasse de ton ventre ? Remarqua Tourbes.

ETAIT-CE RÉELLEMENT UN... ah... mais ça, elle en était déjà certaine ! Pas besoin de paniquer !

-C'est un piège ! Un piège ! Chrysope ! Embuscade ! Alerta finalement Noyau, au-dessus d'elle.

Un piège ? Mais qui voudrait tendre un piège à des personnes traumatisées ? C'était bête. Noyau devait certainement avoir un gros problème de confiance en lui pour faire l'intéressant aussi souvent.

-Chrysope, nous devons... commença Blizzarde.

Une patte se posa sur l'épaule de L'Aile de Guêpe.

-Coucou les copains ! Lança un des Ailes de Glace en souriant.

-Que nous veux-tu ?! S'emporta Blizzarde.

Le dragon parut dans l'incompréhension.

-Mais enfin ! S'exclama-t-il, nous sommes tous camarades par ici !

-Tu sais que tu peux arrêter de jouer la comédie, là, informa l'autre Aile de Glace.

Ce dernier lui jeta un regard noir.

-Tu as brisé mon effet ! Râla-t-il.

-Tout le monde s'en fiche de tes effets, lâcha une troisième voix, invisible.

-Ah oui ? Et pourquoi toi t'aurais le droit d'en avoir ?

-J'aime ça.

-Mais moi aussi j'aime les miens !

« C'est censé être une embuscade ? On dirait plutôt une dispute de gosses. »

-Partons discrètement, murmura tout doucement Blizzarde.

-Ne partez pas maintenant ! S'offusqua l'Aile de Glace. La fête n'a même pas commencé ! Nous avons déployé de gros moyens pour t'attirer ici.

-Vous avez juste usé de trois phrases, ria Chrysope.

-Très drôle, Mallunné ? Tu te charges de la musique ?

-Affirmatif, répondit la voix.

-Oh, Extrême, est-ce que tu pourrais faire tu sais, ces ballons qui s'envolent très haut tout seuls... lança L'Aile de Glace.

-Ceux à l'hélium ? Demanda-t-il.

-C'est ça !

« Des ballons à l'hélium ? De la musique ? Seraient-ce des armes de guerre ? Qu'est-ce que ça viendrait faire dans une fête ? Mais pourquoi une fête ? Ça n'a aucun sens ! »

-N'oublie pas la boule à facette, et le gaz qui va avec ! Précisa-t-il.

-Fuyons, chuchota Chrysope.

Soudain, au milieu de la pièce, en l'air, se forma une masse de lumière. Elle projetait des rayons colorés dans toutes les directions et tournait. C'était plutôt joli.

Les combats venaient de cesser, mais ceux-ci reprirent très rapidement.

Juste après cela, des sons vraiment bizarres s'enchaînèrent. Ils étaient forts et venaient de partout. Chrysope sentait ses entrailles vibrer à chaque pulsation. Ces sons ne faisaient pas peur, mais lui donnaient plutôt envie de... bouger, de s'agiter, de se démener.

En parlant de bouger, Chrysope ne le pouvait pas ; ses membres ne réagissaient pas à ses ordres.

« Qu'est-ce qu'ils nous veulent ? Pourquoi une fête ? Qu'ont-ils préparé ? Que... »

-Relax, lança L'Aile de Glace. Nous célébrons seulement la victoire de notre maître. Il tenait personnellement à ce que tu sois là.

-Votre maître ?

Il la regarda comme s'il s'était retenu de lui dire ça toute la soirée.

-On l'adore vraiment tous les trois. Il est si génial... S'il lui arrivait quelque chose, je ne saurais plus quoi faire de ma vie. Il s'appelle Zoglentia !

-Encore un autre imbécile, soupira-t-elle.

-Pense ce que tu veux, mais le fait est que je l'aime.

-Eh bien tu ferais mieux de te barrer avant qu'il n'arrive, parce que je le tuerai si je le revoie un jour.

-Comment oserais-tu porter la patte sur sa personne ?! Il t'a chérie ! Il t'a manipulée ! Il t'a littéralement changée en une autre personne ! Tu as eu beaucoup plus de traitements de faveurs que nous qui lui sommes fidèles ! Comment peux-tu lui en vouloir ?

-Chut ! Lança-t-elle.

Tout à coup, deux combattants qui s'affrontaient près d'un couloir furent éjectés à une vitesse hallucinante à travers les vitraux surélevés de la cour.

Tout le monde s'interrompit pour en observer la cause : une jeune dragonne se tenait à leur place, affolée, en panique totale. Elle fixa une direction, puis se rua sur un corps inanimé de victime.

-Hornixa ! NOOOOONNNNN !

Son cri de désespoir lui fit saigner les oreilles. D'autres dragons bizarres entrèrent dans la pièce, et eux aussi avaient l'air furieux.

-Qui ? Qui a osé s'en prendre à Hornixa ?! Gronda-t-il.

Personne ne répondit. Visiblement, tout le monde semblait terrifié par cette dragonne hystérique. Cette dernière fixa d'un regard tueur un des soldats de la Marée.

-Toi ! Comment as-tu osé t'en prendre à elle ?!

Le soldat était pétrifié par la peur.

-Tu l'as tuée parce qu'elle était ton ennemie ?! Crève enfoiré ! Crève !

-Non Zoglentia ! Vociférèrent plusieurs des dragons qui venaient d'arriver.

« Ils ont dit Zoglentia ? »

Le soldat tomba à terre en un éclair, et il ne respirait plus.

-ZOGLENTIA ! Tonna la voix d'un des nouveaux venus.

Le monstre l'ignora. Il s'approcha du corps du soldat et y enfonça ses griffes. Il se mit à le lacérer et à le mutiler de toutes parts.

-C'en est trop Zoglentia, nous ne pouvons pas tolérer cela ! Cria l'un d'entre eux.

Il continua de s'en prendre au corps, lorsque celui qui s'appelait Extrême vint vers lui.

-Mais, maître, pourquoi tabassez-vous ce dragon alors que vous pouvez ressusciter votre amour ?

-La vengeance, tu connais ?

Et le dieu poursuivit la sienne.

« Il s'est bien foutu de ma gueule... Il n'a jamais perdu ses pouvoirs. Fais gaffe, j'arrive mon petit Zoglentia »

Chrysope commença à perforer le sortilège, qui n'était pas très dur à outrepasser d'ailleurs. C'est alors que le dieu mit fin à son propre élan.

-Attends un peu... tu m'as appelé maître ? Interrogea-t-il.

-Oui maître ! Répondit tout excité Extrême.

Les dragons qui accompagnaient Zoglentia semblaient de plus en plus furieux. Ne serait-ce pas les dragons qu'il lui avait fait croire vouloir retrouver ?

Zoglentia parut déconcerté.

-Comment t'es au courant pour moi ? Et pourquoi t'es pas figé comme les autres ? Je ne t'ai jamais hypnotisé, lança-t-il.

Tous deux furent inquiétés par ce malentendu.

-Mais enfin ! Cher maître ! Vous nous avez ouvert les yeux lorsque nous nous apprêtâmes à traverser Ethernalia pour venir vous... ... arrêter... Oh ! J'ai compris ! Vous jouez l'ignorant devant les dragons du futur pour ne pas qu'ils commettent une grosse erreur ! Que c'est intelligent ! Je devrais peut-être me taire du coup.

-Qu'est-ce que tu me sors ? Nous ne nous sommes jamais...

Zoglentia s'arrêta de parler. Chrysope avait réellement l'impression que la situation échappait complètement au dieu. Il semblait saisi d'effroi. Mais elle savait aussi à quel point celui-ci était fourbe ; la sincérité, il ne la connaît point.

Chrysope s'avança alors vers lui.

-Est-ce que mon visage te dit quelque chose ? Lança-t-elle en essayant de prendre un air supérieur.

-Bien sûr qu'il me dit quelque chose, répondit-il angoissé. Je connais chacun des habitants de ce monde. Cependant, nous ne nous sommes jamais croisés.

-Ah oui ? Vraiment ? Mais alors, qui m'a traité de « jouet » et de « parasite » ? Hmmmmmm... je me le demande... s'amusa Chrysope.

Zoglentia se tourna vers les autres dragons.

-JE N'Y SUIS POUR RIEN ! Hurla-t-il.

-Tu avais promis ! S'offusqua une dragonne jaune presque blanc.

-ET JE L'AI TENUE ! FRANCHEMENT, VOUS DEVRIEZ AVOIR HONTE DE PROVOQUER CES ANOMALIES POUR VOUS EN SERVIR COMME PRÉTEXTE POUR... ... ... ... Quoi ?! Ce n'est pas vous ?...

« Tu ne nous intimideras plus en faisant l'innocent.

-Mais JE suis innocent !

-C'est ça ! Profite bien de tes dernières secondes, car je te tuerai aussitôt que nos comptes seront réglés.

-Ecoute, je vois bien que tu étais Selena et que quelqu'un t'a agressé en se faisant... Selena ? Mais Selena n'a pas changé... »

Subitement, le sol se mit à trembler, comme s'il y avait un petit séisme. Ce phénomène coïncidait avec l'arrivée d'une étrange créature, dont Chrysope n'avait jamais ni vu ni entendu parler, dans la pièce. Elle se tenait sur deux pattes, et dégageait une telle aura que Chrysope se sentit oppressée. Cette petite chose lui faisait presque peur.

-Princesse Emma ?! S'étonna l'un des dragons.

-ZOO-GLENN-TIAAAA ! Brailla la créature.

Et sur ces mots, elle se rua sur lui, prête à le défoncer.

« On dirait que je ne suis pas la seule ennemie qui peut agir contre toi. Ce serait vraiment dommage que je ne sois pas celle qui t'arrachera le coeur !

-... Mais... ce n'est pas moi... »

Chrysope se rua à son tour vers Zoglentia. Laquelle des deux créatures parviendrait à le réduire en bouillie en premier ?

La créature lança un uppercut contre le dieu, qui avait disparu pour atterrir juste derrière. Chrysope en profita pour l'atteindre, chargeant au maximum son pouvoir.

-NON ! Braillèrent les trois écervelés.

Il semblerait que l'autre créature ait aussi eu le temps de charger une attaque. Son poing brillait énormément. Hélas, à vue d'oeuil, il semblerait que toutes les deux lui assèneraient un unique coup de grâce.

Chrysope jubilait intérieurement. Elle allait enfin pouvoir se venger ! Elle allait enfin !...

L'Aile de Guêpe se figea immédiatement sur place. Elle ne pouvait ni parler, ni bouger, ni penser. Elle ne pouvait qu'observer ce que discernaient ses yeux.

Zoglentia fermait les siens. Il les ouvrit, et sembla surpris de les voir toutes les deux dans cet état. Il tremblait comme une feuille désormais.

-Pourquoi vous... Pourquoi vous m'avez... Pourquoi m'avez-vous épargné ? Questionna-t-il.

Soudain, quelqu'un applaudit.

-Bravo ! Félicita-t-il.

Les applaudissements s'intensifiaient.

-Bravo bravo bravo !

Chrysope put en discerner la source. Il s'agissait de Zoglentia, ou du moins, de l'hôte avec lequel il l'avait accostée.

-Bravo bravo bravo ! Vous m'impressionnez !

Il arrêta enfin d'applaudir.

-Je n'étais pas sûr que vous ignoreriez jusqu'au bout.

-Qui êtes-vous ? Demanda une grosse dragonne marron.

-Cette musique... qui a eu l'idée de la mettre ?

L'ombre d'un dragon sauta sur place pour se manifester.

-Na nana nanannaaa aaaaaa !... Oui, je fredonne mal l'air de la mélodie. Que de bons souvenirs... Je les avais oubliés. Merci Malluné.

-Comment se fait-il... que je ne vous connaisse pas ? S'inquiéta Zoglentia.

-Vous avez même décoré la pièce ! Je me sens coupable.

-Mais qui êtes-vous ?! S'écria Zoglentia.

-Salut Epidote ! Content de te revoir. Encore une fois, je suis désolé de t'avoir fait souffrir ces derniers jours. Tiens, tu peux parler maintenant. Mais si j'étais toi, je resterais encore une statue quelques temps. S'appeler Epidote et être constitué d'épidote, tu pourras crâner devant tes amis.

-C'EST FINI CE CIRQUE ?! Tonna la grosse dragonne marron.

-Tout de même, je ne serais pas aussi pressé à ta place Vase. Je voudrais prolonger mes derniers instants. Inutile d'essayer de m'atomiser, je vous tiens dans mes griffes.

-Mes derniers...

-Enfin, trêve de bavardage. Nous pourrions peut-être faire revenir nos deux boulets.

Et Chrysope asséna le coup de grâce... au sol ? Merde. Zoglentia avait réussi a se téléport... ah non, il était juste devant. L'Aile de Guêpe se rua... et ne bougea pas d'un poil. Elle essaya de briser le sortilège, mais cette fois, cela ne voulut pas fonctionner. Zoglentia, quant à lui, était terrorisé par... lui-même ? C'était le dragon qu'il avait parasité ? D'où sortait-il ?

Elle voulut les interpeller, mais aucun son ne sortait de sa gueule. Pourquoi tout à coup son pouvoir ne marchait plus ?!

-Qui... qui...? Balbutia Zoglentia.

L'autre Zoglentia le regarda tout joyeusement.

-Mais enfin fiston ! Je suis ton papounet !

« Quelle blague ! »

-Mon père ? Répéta l'intéressé. Je n'ai pas de père ! C'est toi Aryonnos ?

Le nouvel arrivant ria à cette suggestion.

-Allons, fiston, ne te voile pas la face ; tu as compris que j'existais ce dernier jour ! Tu ne voulais pas l'admettre, mais tu le savais.

Serait-ce des larmes qui se formaient sur les yeux de Zoglentia ?

-Papa... pourquoi ne te montres-tu que maintenant ?

-Oh, et bien je me suis décidé, lâcha Blizzarde, surprise.

« Laisse-la en dehors de ça ! »

-Papa... murmura Zoglentia.

-Tu ne voudrais pas ramener ta petite copine avant de poursuivre cette discussion ? Questionna Chrysope.

« JE TE HAIS ! »

Zoglentia acquiesça, puis, il se tourna vers le cadavre de L'Aile de Pluie qu'il aimait. Ses plaies se refermèrent, et elle rouvrit les yeux. Il en fut de même pour son meurtrier.

« Ils sont ensemble ? La pauvre ! »

-Zo... Zoglentia ? Balbutia-t-elle. Que s'est-il passé ? Je... ne me dis pas que...

-Tout va bien maintenant, assura-t-il. Tout va bien Ibis.

-Mais j'y pense, lâcha une dragonne étant probablement la reine de ce royaume, moi aussi je dois ramener quelqu'un…

C'est alors qu'un autre corps du champ de bataille se redressa… C'était Beluga ! Non… elle ne l'avait pas éradiquée ! Beluga était encore en vie… Beluga était encore en vie… Beluga allait souffrir.

La pauvre Aile de Mer était totalement terrorisée. Elle tremblait presque, et on aurait cru, même si c'était vraiment le cas, qu'elle avait vu sa vie défiler devant ses yeux.

Elle fixait le père de Zoglentia, affolée.

-Tu sais, Chrysope, tu m'as donné du bon fil à retordre ! Déclara-t-elle. J'ai dû m'investir à fond pour empêcher l'annihilation de son âme.

« Elle doit crever ! Elle doit payer pour ses abominations ! »

-Tu n'as pas besoin de t'inquiéter pour cela, rassura Noyau. Elle a expérimenté une situation très analogue à la tienne, mais beaucoup plus douloureuse que ce que tu as subi, car il ne sera jamais possible de simuler ce qu'elle aurait dû vivre. Lis la détresse de son regard.

-Bon, vous avez été assez mignons comme cela, affirma l'Aile de Mer qui se tenait à côté de la grosse dragonne marron. Désormais, il est l'instant de passer aux choses sérieuses.

Tout à coup, tout le monde se mit à reculer, s'éloignant du centre de la pièce. Même Zoglentia suivait ce mouvement. Cependant, Chrysope, au contraire, s'avançait vers le père.

-Es-tu prête ? Questionna-t-il.

-Prête à tuer votre fils ? Répondit-elle.

-Non, moi, corrigea-t-il.

-…

-Oh, mais où ai-je la tête ! S'écria un soldat maréen. J'ai sauté une étape ! Donc, j'étais censé t'expliquer que j'en avais marre de mon rôle. Cela fait une éternité que je cherche à me vaincre, mais sans succès. J'ai beau tout essayer, rien n'y fait. Je suis condamné à être votre dieu. Tu vois ce que tu as vécu ? Eh bien c'est rien du tout en comparaison avec le calvaire dans lequel je me trouve. Tue-moi, où à la limite, dédivinise-moi, et tu pourras rester avec ta Blizzarde. Ou sinon, comme je ne suis pas un monstre, je devrai libérer la vraie Chrysope. La pauvre… j'ai gâché sa vie juste pour me faire passer pour mon fils…. Enfin bref, tu as eu le temps de t'entraîner à maîtriser ton pouvoir, alors je t'en prie, sers-t'en.

« T'entraîner… t'entraîner… t'entraîner... »

Ces mots résonnaient dans sa tête comme si on la criblait de flèches. Cette éternité… ce n'était qu'un entraînement ?! C'était le seul but de cette torture ?! L'entraîner à exécuter un idiot ?!

-Bien sûr ! Assura Tourbes. Pourquoi t'aurais-je laissée dans une telle détresse que j'ai volontairement précipitée sinon ? A présent, peut-être que tu pourras mettre fin à mes jours ! Enfin… je me fais un peu d'illusion quand même… Pourquoi cela marcherait-il ? Néanmoins, qui ne tente rien n'a rien, comme vous dites souvent.

-Il n'y a pas besoin d'en arriver là papa, intervint Zoglentia. Si tu t'étais joint à moi, tu te serais moins ennuyé !

Il s'était foutu d'elle depuis le début… Un entraînement… Un simple entraînement… Et elle devait le rendre heureux maintenant ?

-N'as-tu pas entendu ? Demanda celui-ci. Si tu y parviens, tu resteras avec ton amour, alors que si tu n'y parviens pas, tu ne resteras pas. Je n'aimerais pas devoir commencer à te faire chanter pour que tu te bouges, alors grouille-toi s'il te plaît.

L'Aile du Ciel lui tendit sa patte. Elle ne voulait pas le satisfaire, mais si c'était le prix à payer pour être libre, il était dérisoire. Alors, elle allait le satisfaire, mais elle prendrait un malin plaisir à le torturer.

-Et Maman ? Questionna Zoglentia. Où est-elle ?

-Je suis ton seul parent, répliqua l'étrange créature. Au-dessus de moi, il n'y rien, à part le plafond si tu veux rire.

Chrysope laissa la haine résonner en elle, s'engouffrer dans la moindre petite écaille, et avant qu'elle ne s'en rendre compte, elle était noire de la tête aux pattes.

-Le plus concentré possible, s'il te plaît.

-Papa ! Je viens à peine de te rencontrer ! S'écria Zoglentia. Tu ne peux partir maintenant !

-Si, je le pEEEUUUUUUX ! Rétorqua-t-il alors que Chrysope mordit férocement sa patte.

Il poussa un cri d'une telle violence que les soldats les plus proches d'eux furent désintégrés. Les cris suivants furent moins forts, mais exprimaient tout autant la souffrance. En quelques secondes, il ne tenait plus debout. Il ne pouvait que rester allongé, ayant un mal infini à respirer. Avec la dose qu'il avait reçue, un peuple tout entier aurait pu être exterminé. Chrysope poursuivit sa séance de torture, et le père de Zoglentia continua d'être une victime. Il s'écoula de longues minutes, pendant lesquelles il ne bougeait plus du tout. Elle pourrait arrêter, mais au cas où il ne serait pas parti, elle voulait prolonger sa souffrance. Pendant une longue heure, elle se donna à fond. Cet enfoiré ne ressortirait jamais de cette pièce.

-Pl... plus... fort... finit-il par murmurer vraiment bas.

« Il est toujours vivant... il est toujours vivant... CRÈVE ! CRÈVE CRÈVE CRÈVE ! »

Chrysope s'enragea encore d'avantage, au point qu'elle s'embrasa de flammes noires. Le sol se mit à disparaître sous elle, telle la cire d'un cierge. Autour d'elle, tout le monde était épouvanté, même Blizzarde, qui pleurait.

-Mi... ... ... eux... ... p... ... eux... ... Marmonna-t-il.

-CRÈÈÈÈÈVVVEEE ! CRÈVE CRÈVE CRÈVE !

Pourquoi ne parvenait-elle pas à le trucider ?! Elle y mettait toute sa volonté !... Non en fait. Elle fatiguait, et cette fatigue l'empêchait d'investir plus d'énergie. Elle devait surmonter cette barrière psychologique. Et pourquoi ne pas la détruire ?

-D'accord papa ! Je ferai ton champ de confinement ! Cria Zoglentia.

Chrysope se sentit soudainement investie d'une puissance inimaginable. Sa noirceur brillait de plus en plus et ses bruits devinrent inquiétants. Le sol avait entièrement disparu ; les deux dragons flottaient, et Chrysope ne respirait plus. Il n'y avait plus d'air autour d'elle.

« Adieu, connard.

-Merci, ma vieille amie. »

C'est alors que L'Aile de Guêpe sentit une incommensurable déflagration partir d'elle. La détonation fut si fulgurante, que Chrysope ne vit que du blanc pendant plusieurs minutes. Ce n'est qu'après ce temps-là qu'elle put discerner les conséquences de son triomphe.

La pièce était désormais à ciel ouvert. Il semblerait qu'elle ait brisé le bouclier que Zoglentia avait dressé pour protéger les « civils ». Mais eux étaient tous en un seul morceau, sauf les pauvres qui avaient péri sous le cri de détresse du dieu. D'ailleurs, le corps de ce dernier avait disparu.

-Je... je ne te sens plus... réalisa Zoglentia.

« Plus que les deux autres monstres à anéantir et je serai tranquille. »

Chrysope commença à marcher en direction de Zoglentia. Elle prit un air vilain. Elle avait presque envie de ricaner pour lui faire encore plus peur.

-Mais... tu as bien vu que je n'y étais pour rien ! S'offusqua-t-il.

-Tu as quand même fabriqué ce lieu de damnation, avança-t-elle. Je ne te le pardonnerai jamais, JAMAIS !

-Tu étais censé utiliser le sérum ! Rétorqua-t-il. Les indications de fonctionnement sont très clairement gravées dans la stèle de contrôle, qui est incassable !

-Va-tu arrêter de te chercher des excuses à tout bout de champs ? Meurs !

Elle s'apprêta à le griffer au sang lorsque quelqu'un lui retint la patte.

« C'EST PAS POSSIBLE ?! »

Le père de Zoglentia, il la retenait ! Comment ? Elle l'avait anéanti ! Il ne pouvait pas être encore...

-Tu as échoué Adérantine, encore... encore une fois de plus... lâcha Zoglentia, surpris.

-En même temps, poursuivit 6x, je m'y attendais. Pourquoi aurait-ce été différent aujourd'hui ?

Chrysope ne désirait que se jeter sur lui et le lacérer de toutes parts. Il n'avait pas le droit d'avoir survécu ! Il n'avait pas le droit !

-Vous ne vous êtes même pas aperçu que votre prophétie à deux balles était rédigée dans une langue inconnue, déclara Chrysope.

-Habituellement, mes héros s'en apercevaient, avoua un dragon rouge sombre. Vous étiez très loin des meilleures tentatives.

-En plus de cela, un de mes enfants a affublé trois mortels d'un très lourd fardeau à porter, assura un Aile du Ciel.

Le palais fut alors reconstruit en un instant. Il n'y avait plus aucun dégât, pas même un corps sans vie, mais la boule à facette et la musique continuaient de ne pas correspondre à la situation.

-Mais... papa... ce n'est pas si mal d'être un dieu... tenta Zoglentia

-Je commence à en avoir ras le bol de toujours entendre les mêmes choses à chaque fois. Ça marche peut-être pour vous, mais pas pour moi ! S'énerva Blizzarde.

-Oh, mais j'oubliais, s'écria Ibis. Ton espace-temps n'est pas joli joli à voir. C'est vraiment le gros bordel aujourd'hui. Toutes ces temporalités qui coexistent... Il m'a fallu quelques minutes pour comprendre laquelle était la principale. J'ai dû d'ailleurs en créer une en éliminant ta fratrie. Et une de plus, une !

-Mes... frères ? S'étonna Zoglentia.

-Ne fais pas le surpris mon petit ! S'écria un autochtone.

-Quand tu as appris à travers Emma ce qui leur est arrivé...

-Tu savais que cela ne pouvait être que moi...

-Tu fermais les yeux...

-Mais tu le savais au fond de toi.

-J'ai dû t'épargner, hélas.

-Si je t'avais réellement éliminé...

-Tu ne serais pas là à l'heure qu'il est.

-Tu aurais cessé dans tout le continuum.

-Depuis que tu es né...

-Avant les récents évènements...

-Pas une fois tu ne soupçonnas mon existence...

-Et maintenant...

-Prépare-toi à rejoindre toute ta famille dans le néant ! Annonça fièrement Ibis.

-Nnon ! Attends papa ! Supplia le dieu.

-Et pourquoi donc ? Demanda L'Aile de Pluie. Tu n'as rien à dire.

-Pourquoi... pourquoi veux-tu que je disparaisse ?

-Disons qu'il est temps de passer le relais, répondit-elle. Non... s'il vous plaît... ne le tuez pas...

-Je suis ton fils ! Tu ne peux pas m'annihiler comme ça ! Cria Zoglentia désespéré.

-Il a... Et bien si !... Non non non non !

Zoglentia, alors qu'il allait parler, lâcha une dernière larme à l'attention de L'Aile de Pluie, puis disparut subitement.

-ZZZOOOOOOOGGGGLLLLEEEEEEENNNNTTTTIIIIIIIAAAAAA !

-SSSOOOLLLAAARRRIIISSS !

« Et bim ! Bien fait pour toi ! »

La jeune dragonne se précipita en sanglot à la dernière position du dieu. Elle fut rapidement rejointe par la reine, tout aussi affectée qu'elle.

-POURQUOI ?! POURQUOI ?! C'ÉTAIT VOTRE FILS ! VOUS N'AVIEZ PAS LE DROIT DE LUI FAIRE ÇA !

-Bien sûr que je peux lui faire ça, répondit impassiblement en larmes la reine. Tu crois que c'est le premier à qui j'ai fait cela ? Détrompe-toi ! A l'heure actuelle, il est le dernier d'une longue lignée d'enfants qui ont tous reçu le même traitement.

-Vous n'aviez... pas le droit... répéta-t-elle.

-Dois-je te rappeler que c'est moi qui commande ? Continua-t-elle, anéantie.

-Ça ne se fait pas... tuer ses propres enfants...

-Allons allons, tu te trouveras bien un autre simplet !

-!

« Suicide-toi maintenant s'il te plaît au lieu de parler pour nous impressionner. Ça nous fera des vacances.

-J'aimerais bien prendre ces vacances... mais elles me sont beaucoup trop chères. »

-Maintenant arrive la partie la plus injuste de cette histoire, annonça un autochtone.

Le père soupira avant de reprendre son discours, comme s'il n'appréciait vraiment pas ce qu'il allait dire.

-Focal, Emma, Vase, c'est votre tour. Je vous donne une minute pour faire vos adieux.

« On s'en fiche d'eux ! C'est toi qu'on veut pas !

-Ah oui ? Et si je te disais que Focal était ton frère ? Va lui dire au revoir, sinon, tu le regretteras.

-Tu disparaîtras plus vite si je le fais ?

-...Ne te fous pas de moi. »

Donc, si elle entrait dans son jeu, elle pourrait le faire partir plus vite.

Sans savoir pourquoi, elle se dirigea vers l'Aile de Sable.

-Comment ça, nos adieux ? S'imposa la grosse dragonne marron.

-Hélas, Vase, intervint l'autre Aile de Sable, vous êtes bien malchanceux. Voyez-vous, au bout d'un certain temps, je provoque une tentative d'attentat à ma personne, sans vraiment croire que cela marchera. Comme cela échoue, j'essaye de repartir sur de nouvelles bases, espérant que, cette fois-ci, cela sera différent. Mais pour ce faire, il me faut éradiquer les traces du monde actuel.

« Pas touche à Blizzarde où tu auras affaire à moi. »

Je tue donc mes enfants, avant de patienter jusqu'à ce que le monde s'effondre de lui-même, pour enfin engendrer une nouvelle génération. D'ailleurs, n'auriez-vous pas des suggestions de noms pour mes prochains enfants ?

Chrysope était arrivé au niveau de L'Aile de Sable. Il était terrifié par la situation.

-Vous vous moquez de moi ! S'égosilla Vase.

-Bonjour, lança Chrysope. Il parait que je suis ta soeur donc je viens te dire adieu.

L'Aile de Sable la fixa dans l'incompréhension totale. Il se tourna alors vers une autre Aile de Sable.

-Oui, Focal, je suis une coquille vide depuis la nuit dernière, une marionnette si tu préfères. Tu peux vérifier, je n'ai pas d'âme.

Il paraissait encore plus perdu à présent.

-Je... mais... je... tu...

-Crois-tu vraiment que nous allons nous laisser faire ? Interrogea la créature.

-Bien sûr que non, avoua Blizzarde, mais vous n'y échapperez pas. Tic tac, l'horloge tourne.

Le Focal avait l'air d'être bloqué. Il la fixait, cherchant des mots qui ne venaient point.

-Pas encore... Pas encore... marmonna Vase.

-Ne t'inquiète pas, lâcha un Aile de Mer qui l'accompagnait. Cela ne se reproduira plus jamais.

Au moment même où il finit sa phrase, Vase, Focal et la créature disparurent. L'Aile de Mer avait l'air de chialer.

-Oups, je vois que j'ai oublié quelque chose, lâcha-t-il.

C'est alors qu'un anneau sortit de son corps, pour venir s'insérer autour de sa corne. Il arrêta soudainement de chialer.

-Je vous crois assez intelligent pour régler ce problème par vous-même, déclara-t-il. Quant à toi, Chrysope, tu vas enfin retrouver la liberté.

-Je l'ai déjà retrouvée ! S'exclama-t-elle.

-Je ne parlais pas à toi, lâcha le père de Zoglentia.

Il ne lui parlait pas ? Mais c'est qu'il devenait bê... ...te... Non ! L'autre Chrysope ! Il n'allait quand même pas la ramener ?! Non ! Elle allait la remplacer ! C'était inacceptable ! Après toutes ces souffrances, elle serait récompensée par un échec ?!

Chrysope regarda Blizzarde, qui avait peur d'elle.

-Blizzarde... lâcha-t-elle en versant une larme.

Et d'un coup, elle se retrouva dans les écailles d'un autre. Chrysope se souvint qu'elle était Selena, une jeune humaine. Elle se souvint de son frère... son frère qui n'était plus là désormais... ... ... ...

-Focal... ... lâcha-t-elle, frustrée.

Pour autant, elle n'avait pas oublié l'intensité sentimentale de Chrysope. Selena avait même encore une certaine attirance pour l'Aile de Glace. C'était pourtant absurde !

Elle n'avait pas non plus oublié les souvenirs antérieurs que lui avait restaurés le dieu. Mais elle préférait ne pas y penser pour l'heure. Elle se sentait bête d'avoir été manipulée de la sorte sans rien voir. Mais qu'aurait-elle pu y faire ?

Chrysope, après avoir réalisé qu'elle se contrôlait, s'approcha de Blizzarde et du reste de son groupe. Ils finirent par faire un câlin. Juste après, elle se dirigea vers le dieu, puis s'arrêta à son niveau.

Chrysope le giffla à la tête.

« ! »

-C'était bien mérité, reconnut-il.

-Bon, allez, lâcha Selena. Je crois que j'ai assez gâché votre fête comme ça. Profitez bien du reste de la soirée !

Le père de Zoglentia fit un salut, puis il disparut à son tour.

« Focal... je suis désolée ! Je suis désolée ! Je suis tellement désolée !… »