Chapitre 7 – Javier
Aujourd'hui.
Diego rentra chez lui tourmenté. Les paroles de sa sœur résonnaient encore dans sa tête. Était-ce vraiment le mariage de son père qui le dérangeait ou, comme le prétendait Inez, était-ce en réalité Isabel Cortez ?
Il secoua la tête et assura à Bernardo en entrant dans sa chambre que tout allait bien. Le serviteur signa un Z dans les airs interrogatifs.
– Oui, acquiesça-t-il, Zorro montera ce soir. Ces voleurs doivent être attrapés.
Une sortie du Renard lui permettrait peut-être au passage de se vider la tête. Outre le mariage et l'imbroglio de sentiments qu'ils devaient démêler à propos d'Isabel, la vexation d'Inez ramenait à sa mémoire un sujet qu'il n'avait pas clos encore, la preuve de leur filiation.
Diego avait compris par les Indiens qui avait enlevé sa sœur et qui avait été enterré à sa place. L'histoire tragique des Salinas était intiment liée à la leur. Depuis toujours, on était convaincu dans la région que Beatriz Salinas avait perdu l'esprit en voyant mourir son amie et son bébé, puis en étant agressée par les Indiens. Son serviteur et ami était mort à cette occasion, cela n'était-il pas assez pour expliquer sa folie ?
Il lui avait fallu du temps et délier les langues de quelques anciens du pueblo pour cela, mais Diego avait fini par apprendre que le patriarche Javier Salinas, aujourd'hui décédé, avait empêché la situation de s'envenimer. Bien qu'il n'ait aucune preuve, tout semblait indiquer qu'à l'époque don Javier avait compris l'enlèvement de l'enfant indien par sa belle-fille.
Suivant le raisonnement de Javier, suite à la situation chez les de la Vega, Vicente avait dû conduire Beatriz à la mission dans l'espoir que le padre saurait l'apaiser. En découvrant le bébé indien mort lui aussi, elle avait eu un coup de folie et pris l'enfant. Les Indiens avaient voulu le récupérer. Dans l'altercation tragique, le serviteur et le père de l'enfant étaient décédés.
Cette histoire était acquise par tous et tue pour étouffer tout scandale. Personne n'avait été chercher plus loin. Pourquoi l'aurait-on fait ?
Diego l'avait fait. L'explication de don Javier n'était correcte que jusqu'à un certain point. Précisément jusqu'au moment où l'on ajoutait Inez dans l'équation.
Le frère et la sœur avait reconstitué les événements de ce jour tragique. Tout n'était que conjectures malgré leurs certitudes. Il leur manquait la preuve qui faussait l'explication de Javier Salinas. Sans elle, Inez n'était qu'une indienne comme les autres et personne ne croirait leur parole. Une enfant volée héritière de la plus grande fortune de Californie ? Allons donc !
Diego savait tout cela et désespérait de prouver un jour que Inez était bien sa sœur, d'autant qu'il devait tout faire dans le secret. Sa cadette n'en démordait pas, dès qu'il abordait le sujet, elle devenait Ounia.
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Il se changea et se lança sur Tornado hors de la grotte. Il avait établi une liste de lieux possibles où trouver les voleurs et comptait les vérifier un par un. Lopez, le chef de la bande, était plus intelligent qu'il n'en avait l'air, il avait bien appris l'art de disparaître à ses hommes. Il lui faudrait l'attraper avant qu'il se rallie à un autre groupe. Son expérience lui soufflait qu'il pourrait devenir de plus en plus dangereux tant qu'il serait dans la nature.
Malgré sa mission, ses pensées ne quittaient pas l'affaire Salinas. Il pensait et repensait encore à l'histoire de don Javier. Comment la compléter ? Que faire pour prouver l'existence d'Inez ?
Il imaginait le passé, quand le patriarche avait dévoilé certains faits pour cacher la triste histoire. Son fils avait dû avoir bien du mal à l'accepter. La situation familiale de don Olivio était bien connue. Perdre successivement son enfant, son meilleur ami et voir basculer sa femme dans la folie avait dû être terrible.
Don Javier avait réussi à le convaincre peu avant sa mort d'adopter un enfant et remettre ainsi de la vie dans son foyer. Olivio avait hésité puis accepté. Soledad était venue agrandir la famille. La petite fille, abandonnée par ses parents, avait ramené un peu de joie chez les Salinas. Olivio l'avait vite considéré comme la sienne. Qu'importe qu'elle ne puisse pas marcher, elle rayonnait de vie et ne demandait qu'à être aimée.
Soledad Salinas était devenue la joie de son père et de son grand-père. Seule Beatriz ne l'avait jamais considérée comme sa fille. Si don Javier espérait qu'elle sauverait sa bru de la folie, il n'en avait été rien. C'était là son seul échec, avait-il avoué.
Diego chassa ses pensées et se concentra sur sa mission. Ce n'était pas ce soir qu'il trouverait une solution à tout ça, pas plus que les autres. Il lui manquait un coup de pouce du destin pour réussir et, sincèrement, il n'y croyait plus.
