Chapitre 11 – Alma
Ounia fit à peine attention à la réaction qu'elle suscita auprès de Beatriz Salinas. Un blessé plus urgent l'attendait. Elle laissa à Diego le soin de relever la señora, prise de malaise, et s'élança à l'intérieur. Elle évita la fratrie Cortez qui venait dans l'autre sens et don Alejandro et se précipita vers Alfonso Bonito.
Ses parents lui cédèrent la place inquiets. Ounia vérifia l'état de son patient et ouvrit son sac.
– Nous devons le réveiller, leur dit-elle. S'il reprend conscience, il sera sauvé.
– Et dans le cas contraire ?
– Nous ferons ce qui faut pour le sauver.
Elle n'ajouta pas que ce serait plus compliqué, ils étaient à même de le comprendre.
Dehors, Soledad regardait choquée sa mère au sol. Diego la redressait, aidé de Francisco. Beatriz se réveillait agitée. Elle brassait l'air de ses bras, la bouche ouverte dans un cri silencieux.
– Mère ! Mère ! appelait Soledad.
– Doña Beatriz, reprenez-vous ! l'encourageait Diego en tapotant ses joues.
– Señora !
Elle semblait maintenant prise de furie. La poigne conjuguée des deux hommes parvenait à grande peine à la contenir.
– Doña Beatriz !
– Señora !
– Mère !
Personne ne savait que faire lorsque Olivio et Raul revinrent. Ils étaient accompagnés d'Alma. L'ancienne aide du docteur Avila était une dame âgée dorénavant. Ils avaient pensé à prendre la voiture pour aller la chercher mais l'agitation du trajet l'avait secouée. Ils étaient inquiets quand ils l'aidèrent à descendre. Elle fit les quelques pas qui la séparaient de l'entrée de la maison en prenant de grandes goulées d'air. La porte passée, tout semblait oublié. Elle était prête à aider.
Il fallait bien ça quand elle découvrit Beatriz Salinas en furie sur le sol, Diego et Francisco cherchant à l'empêcher de bouger et de se faire du mal. À plusieurs reprises, elle parvint à leur faire lâcher prise. Les coups qu'ils reçurent ne manqueraient pas de leur causer des hématomes.
– Beatriz ! s'alarma don Olivio en découvrant sa femme.
– Papa ! pleurait sa fille.
Alma ne se laissa pas distraire par les cris et les discussions autour d'elle. Elle avisa une cruche d'eau encore pleine sur une table. Ni une ni deux, elle s'en empara et vida son contenu sur la doña.
– ¡ Basta ! ordonna-t-elle. Ça suffit !
Sans lui laisser le temps de comprendre ce qui lui arrivait, elle lui asséna ensuite deux claques bien senties qui l'immobilisèrent.
Choqués pour la plupart, aucun des spectateurs n'osa émettre une remarque.
Reprenant ses habitudes de soignante, Alma ordonna qu'on asseye la doña sur un siège et qu'on lui donne à boire. Ensuite, elle essuya son visage et épongea ses vêtements.
Seul son mari auprès d'elle parvenait à entendre les mots de réconfort de la soignante. Dans un débit apaisant et continu, Alma lui disait en espagnol que tout était fini et qu'il n'y avait rien à craindre. C'était à sa langue maternelle qu'elle était la plus réceptive.
Beatriz finit par s'apaiser et retourner à l'état mutique qu'elle avait la majorité du temps.
– Où est le blessé ? s'enquit ensuite Alma.
– Dans une chambre, répondit Diego le premier, Ounia est auprès de lui. Je vais vous y conduire.
Ils traversèrent le salon pour gagner la pièce.
– Vous avez besoin de repos, nota Alma d'un regard.
– Cette soirée ne l'a pas permis, rit doucement Diego.
– Ne soyez pas si léger, je suis sérieuse.
– Je ne manquerai pas de dormir quand tout cela sera terminé.
Cela sonnait comme une promesse. Alma approuva puis entra dans la chambre.
Ils notèrent tout de suite le soulagement chez les Bonito. Ounia était penchée sur Alfonso et lui faisait avaler une mixture qui n'avait rien d'agréable, si on jugeait par sa grimace.
Alma nota le réveil du blessé avec un hochement de tête satisfait. Comme la guérisseuse, elle était sereine à le voir réveillé.
– Puis-je vous être utile ? demanda-t-elle après les salutations d'usage.
– Un autre avis n'est jamais de trop pour ce type de blessure. Qu'en pensez-vous ?
Alma fit son examen. Elle parvint à la même conclusion qu'elle.
– Il peut se reposer mais il faudra le réveiller toutes les deux heures pour s'assurer que le choc n'a causé aucun dommage.
Elle fit une pause, puis assura aux parents la même chose qu'Ounia :
– Il s'en remettra.
Diego les laissa pour avertir les autres de la bonne nouvelle. Le reste de la famille Bonito se rendit au chevet d'Alfonso. Ils se retireraient ensuite. Seuls les parents resteraient sur place, Alejandro avait déjà demandé à ce qu'on prépare une chambre, pour la forme puisqu'ils allaient certainement veiller leur fils toute la nuit.
Soledad posa une main sur son cœur soulagée. Son amour était sauf.
– Beatriz ?
À côté d'elle, Don Olivio essayait d'attirer l'attention de sa femme. Il voulait comprendre ce qui avait pu la mettre dans cet état.
Elle ne réagit pas. Les Bonito partirent, Alma revint dans le patio sans qu'il y ait de changement. Puis arriva Ounia. Beatriz se mit à hurler.
Cette fois, tous purent comprendre ce qu'elle disait :
– ESPERANZA !
