Chapitre 15 – El Ladrón

Les jours et semaines qui suivirent, l'atmosphère ne changea guère chez les de la Vega. Entre le père et le fils, quelque chose était brisé. Le secret autour d'Inez était à ajouter à la longue liste de désaccords entre eux. La déception qu'était Diego pour son père, depuis son retour d'Espagne, était toujours là. Les dernières révélations avaient accentué la distance qui les séparait déjà. Alejandro était profondément blessé, plus que son fils n'avait pu l'anticiper. Il n'était pas en colère mais terriblement amer et les remarques vis-à-vis de Diego étaient extrêmement blessantes.

Diego avait conscience que son père ne voulait pas sciemment lui faire du mal. Il était malheureux. Il avait trop à accepter. Sans la présence d'Almudena, la situation aurait pu virer au cauchemar. La señora Cortez était présente et parlait beaucoup avec son fiancé. Elle l'aidait plus que quiconque a prendre du recul. Peu à peu, il commençait à s'apaiser. Bientôt, il pourrait pardonner à Diego pour le secret, à lui-même pour son ignorance et aux Salinas pour ce qu'ils avaient causé.

Doña Beatriz était enfin sortie de son mutisme. Confrontée à Inez et à ses actes, elle quittait la folie au lieu de s'y enfoncer. Le padre et Alma étaient d'un grand secours pour l'y aider. Don Olivio, passées la colère et la sidération, avait pris le chemin du pardon. Sur les indications de don Diego, il était allé trouvé Ounia. Là, il lui avait présenté ses excuses. Il avait obtenu son autorisation de l'accompagner sur les terres indiennes pour s'expliquer de vive voix avec la tribu. Il avait raconté les événements du passé et demandé leur pardon. Calamienja, le père adoptif d'Inez, et Téopuati, le chef, lui avaient donné mais demandé à ce qu'il continue à rester à l'écart des leurs. Olivio Salinas avait accepté sans peine. Il n'avait pas envie non plus de nouer davantage de lien avec la tribu. Des relations apaisées étaient la seule chose qu'il était venu chercher.

Sa fille, Soledad, assistait aux changements un peu inquiète. Elle avait craint de perdre l'amour de son père suite aux révélations. Don Olivio s'était montré plus aimant que jamais. Elle était sa fille, rien ne pouvait changer cela. Quant à Beatriz, pour la première fois, elle prêtait attention à elle. Soledad découvrait que sa mère pourrait véritablement le devenir et non ne l'être que de nom. Elle s'en était ouverte à Alfonso, qui lui écrivait de longues lettres pour la rassurer et lui témoigner son amour. Il avait officiellement demandé le droit de lui faire la cour et don Olivio avait accepté.

Ruben et Alicia Cortez demeuraient chez les Cuellar. Chaque jour les voyait plus proches et plus complices. L'amitié était là et ne demandait qu'à se transformer en amour. Il suffisait de laisser passer le temps.

Isabel, la sœur de Ruben, continuait pour sa part à habiter chez les de la Vega. Elle aidait don Alejandro qui avait repris sa gestion du domaine. Elle s'épanouissait dans la vie de ranchero et veillait d'un œil sur sa mère. Le point noir au tableau était son amour pour Diego de la Vega. Depuis la fête, ils n'avaient pas reparlé et s'évitaient autant que possible.

Le cœur lourd, Diego regardait ce matin-là le corral sans vraiment le voir. Il ne manqua pas l'arrivée de Bernardo qui avait nettoyé la stalle de Tornado. Le domestique s'inquiétait sincèrement pour lui, cela se voyait à son visage. Diego n'avait pu dormir une nuit complète depuis plusieurs semaines. Il y avait d'abord eu les voleurs de bétail, puis la soirée et ses conséquences. Il avait pensé que tout était terminé quelques jours plus tard, il venait alors d'arrêter les derniers voleurs. La moue ennuyée du sergent Garcia quand il lui avait remis ses prisonniers avait laissé supposer tout autre chose.

Lopez, le chef de la petite bande s'était échappé de la prison de San Jose. Il avait été recruté par El Ladrón, Le Voleur, un bandit de sinistre réputation qui ne reculait devant rien pour obtenir ce qu'il voulait. Il tuait quiconque se dressait sur son chemin. Ses vols étaient de toutes natures, tant qu'ils pouvaient lui ramener de l'argent. Apprenant d'où venait Lopez, il avait ciblé Los Angeles et ses environs. Zorro devait patrouiller toutes les nuits pour empêcher leurs méfaits. Il avait pu empêcher les morts et la plupart des vols, mais pas les blessés. Le nombre de patients du docteur Avila avait explosé depuis son retour de Capistrano. Il comptait d'ailleurs les jours jusqu'à l'arrivée de son remplaçant et avait dû faire appel à Ounia à plusieurs reprises pour l'aider.

El Ladrón était pour l'heure insaisissable. Diego n'avait d'autre choix que d'enfiler le masque et parcourir la région pour aider les lanciers. Les patrouilles dissuadaient la bande de voleurs d'entreprises risquées. Il le savait, même si elle ne les empêchaient pas. Zorro les avait affronté à six reprises, dont quatre violentes où il avait dû user de tous ses talents pour s'en sortir et sauver les personnes ciblées. El Ladrón avait compris qu'il ne serait jamais tranquille. Depuis deux jours, il faisait savoir à toute la Californie que Zorro et lui ne pouvaient pas cohabiter. Léun d'eux devait mourir.

– L'heure sera bientôt au duel, mon ami, soupira Diego à l'adresse de Bernardo.

Le domestique ne le savait que trop bien.

Vous n'êtes pas en état, signa-t-il, vous devez vous reposer. C'est trop dangereux.

– J'en ai conscience. J'ai d'ailleurs averti mon père ce matin que je souhaitais me rendre chez les Indiens quelques jours pour passer du temps avec Inez. Il n'y a que là-bas que je pourrais prendre du repos. Si je dois affronter El Ladrón, c'est nécessaire.

Bonne nouvelle ! Quand partons-nous ?

– Cet après-midi.

En espérant qu'un imprévu ne surgisse pas comme ça avait pu être le cas cette semaine. El Ladrón n'agissait pas seulement la nuit mais aussi la journée. Il menait une guère d'usure contre Zorro et, à ce rythme, il risquait bien de la gagner.