Chapitre 17 – Tornado

Zorro lança Tornado vers le canyon. C'était l'endroit le plus proche du corral. À la place d'El Ladrón, c'était l'endroit qu'il aurait choisi suite à un vol de chevaux. C'était encaissé, un dédale était creusé dans la roche. La rivière avait son niveau le plus bas à cette saison, aucun orage n'avait eu lieu ces derniers jours et aucun n'était annoncé avec la douceur du temps. La cachette était idéale.

Il faudrait peu de temps aux dons pour en avoir l'idée et s'y rendre. Il devait profiter de son absence pour confronter les voleurs.

Tornado prit le pas tandis qu'ils s'enfonçaient dans le labyrinthe de pierre. Zorro le connaissait par cœur. Il y avait souvent joué étant enfant. C'était un peu plus loin, quand on restait en surface, qu'on trouvait le gouffre du diable, inaccessible depuis ce côté.

Il ne fallut pas longtemps pour que l'écho lui porte le hennissement de chevaux. Puis ce furent des éclats de voix. Zorro hésita à mettre pied à terre. La fatigue pesait sur ses épaules et l'enjoignit à rester en selle un peu plus. Il arma un de ses pistolets – il en avait deux – et garda les rênes de l'autre main. Il s'approcha au plus près avant de se cacher pour éviter une sentinelle. En selle, il n'irait pas plus loin. Il lui fallait se débarrasser de l'homme.

Il mit pied à terre et rangea son arme. Il attrapa un caillou et le lança. Les rebonds eurent raison de la curiosité du garde. Il s'avança jusque à lui. Malgré sa prudence, il ne vit pas apparaître Zorro. Le Renard l'assomma d'un geste et s'empressa de le bâillonner avant de l'attacher. Il fit ensuite signe à Tornado de le suivre et s'approcha du campement.

Zorro compta treize hommes, soit toute la bande qu'il avait déjà pu affronter. C'était plus qu'il ne pouvait en gérer aujourd'hui.

Il attrapa les affaires dont il pourrait avoir besoin sur le dos de Tornado. Son fidèle compagnon allait devoir faire des miracles s'il voulait s'en sortir.

– Va chercher les lanciers, commanda-t-il, va chercher Garcia.

Suite à quoi il donna une tape sur sa croupe pour le lancer au galop dans la gorge.

Tornado hennit et fit claquer ses sabots contre la pierre, attirant l'attention du groupe comme son maître le souhaitait. Il fonça ensuite droit devant vers la sortie qu'il connaissait dans ce labyrinthe. Même si Zorro pouvait parfois douter que son cheval comprenne tout, il avait en revanche pleinement confiance en ce qu'il pouvait faire. Le cavalier qu'il était savait que le cheval noir sortirait du canyon et se dirigerait logiquement vers l'entrée par laquelle ils étaient arrivés. Même s'il n'allait pas chercher Garcia (et Zorro était persuadé qu'il le ferait car rapporter était un de ses jeux favoris avec le cache-cache), il attirerait son attention. Pour lui échapper, il le mènerait ensuite directement jusque ici. La vue des lanciers n'était donc qu'une question de minutes. Une bonne dizaine au mieux, une trentaine au pire. Il devrait tenir jusque là.

Zorro banda son arc et profita de l'agitation du groupe d'El Ladrón. Ses flèches touchèrent juste à trois reprises. Trois hommes s'effondrèrent dans la confusion avant que son nom se répande.

– Zorro !

– C'est Zorro !

Il ne s'était toujours pas montré quand il réussit à en abattre deux de plus qui venaient vers lui.

– À couvert !

La panique avait déjà disparu avant même l'ordre d'El Ladrón.

– À cheval ! ordonna-t-il encore. Emmenez les chevaux ! Vous, là, avec moi !

Zorro laissa le gros du groupe partir, blessés compris. Il ne resta que quatre hommes sur les quatorze initiaux dont six se trouvaient hors d'état de nuire.

La cavalcade résonna dans les gorges avant de s'atténuer de disparaître. El Ladrón indiquait des positions aux bandits en silence. Se dissimulant derrière des rochers, ils progressaient doucement vers lui.

Zorro prit ses pistolets en main. Il devinait quelqu'un approcher en longeant la paroi du côté où il se trouvait dissimulé. Il n'aurait pas la possibilité de recharger. Il devait faire mouche dès qu'il serait à découvert.

Il compta quelques secondes puis se lança. Il visa à peine avant de tirer et un homme s'effondra. Il n'en restait que trois, en comptant El Ladrón. Le scénario était de bon augure, en espérant que les autres ne reviennent pas.

Aucun des bandits ne se risquerait à nouveau à venir jusqu'à lui de la sorte. Il allait devoir se montrer pour les pousser à la faute. Ce qu'il fit d'un mouvement rapide. Il avança l'épaule et la tête pour les reculer tout aussi vite quand un tir se fit entendre. Il avait eu la présence d'esprit de s'abaisser et cela lui permit d'éviter la balle.

Il savait d'où provenait le tir. Il prépara son bras armé pour viser sa cible. Les sens en éveil, il guetta un bruit puis fit feu. Les balles qu'il reçut en échange rencontrèrent le vide. Il fut satisfait d'entendre un grognement de douleur qu'il savait non feint. Plus que deux.

Il était maintenant peu probable que ses adversaires aient encore des armes chargées, à moins que la chance les ait mis près d'un pistolet. Zorro ne voulait pas courir le risque mais il devait le faire avant qu'ils aient temps de mettre un plan en place.

– El Ladrón ! cria-t-il. C'est Zorro ! Rendez-vous !

– Zorro, je ne peux pas dire que c'est un plaisir.

– Rendez-vous ! le somma le Renard qui savait que rentrer dans le jeu du dialogue était dangereux avec le personnage.

– C'est vous qui devriez vous rendre. Vous n'avez plus de balle.

– Le croyez-vous ?

Ses pistolets étaient déchargés effectivement et il ne pouvait pas prendre le risque de les charger. Toutefois, il avait en sa possession une autre arme, celle de la sentinelle qui, elle, était prête à tirer.

– N'est-ce pas plutôt vous qui n'avez plus de balles, señor ?

Un tir non loin de sa tête lui prouva le contraire. S'ils en avait à gaspiller, ce n'était pas bon signe. À moins qu'il s'agisse d'un leurre mais Zorro n'y croyait pas.

– Affrontons-nous, Zorro ! demanda El Ladrón. Je n'attends que ça depuis des jours !

– Je ne me bats pas à la déloyale, avertit le Renard.

– Vous parlez de mes amis ? Vous les avez tous mis à terre, Zorro.

– À terre je l'ignore, blessé certainement. À l'exception d'un.

– Ah, Guillermo. Bien sûr. Je devais savoir que vous le sauriez. Vous êtes intelligent, señor Zorro.

L'intéressé ne goûta pas le ton mielleux de la remarque. Son instinct lui souffla de se méfier. Il recula d'un pas et leva les yeux.

Guillermo se jetait déjà sur lui.