Chapitre 18 – Guillermo
Pendant que les balles fusaient, Guillermo Cruz se hissait sur la paroi rocheuse. Habile grimpeur, il longea la roche par le haut sans être vu de Zorro quand il abattit son compagnon. Silencieux, agile, endurant, il eut tôt fait de s'approcher du Renard. Il ne resta à El Ladrón que de capter son attention pour qu'il ne prête pas garde aux effleurements des bottines sur la roche.
– Vous êtes intelligent, señor Zorro, dit sournoisement son chef.
C'était le signal. Guillermo, en place, se jeta couteau en avant sur l'homme en noir.
– Mais pas assez, ajouta El Ladrón avec un rire.
La lame trouva sa cible, mais pas à l'endroit voulu. Seulement blessé, Zorro réussit le repousser. Guillermo s'ébroua pour reprendre ses esprits. En même temps, sa main attrapait une nouvelle lame. Il se redressa mais ne fit pas un pas. La balle le cueillit en plein ventre. Sa main échappa le couteau, il s'effondra.
– Guillermo ! hurla El Ladrón.
Un cri de rage suivit alors qu'il se précipitait sur Zorro. Le Renard se relevait en titubant, l'épaule gauche transpercée. Il lâcha le pistolet et s'empara du fouet à sa taille. La lanière de cuir claqua dans les airs au nez du bandit. El Ladrón s'arrêta net.
– Rendez-vous, señor Ladrón ! commanda Zorro.
– Jamais ! siffla l'homme en fureur.
Tout aussi en colère, mais bien plus maître de ses émotions, Zorro se fit glacial.
– Ce n'était pas une question, señor.
Il amena son fouet pour le faire claquer une seconde fois. La lanière fendit l'air avant d'être arrêtée dans sa course par le bras du bandit. Stupéfait, le Renard vit le fouet s'enrouler autour et El Ladrón faire un geste vif pour lui ôter des mains. Il ne perdit pas de temps ensuite pour le dénouer et le balancer sur le sol, une entaille luisante sur la peau.
Pas plus que Zorro le bandit ne semblait sentir sa blessure. Le sang qui s'écoulait de la plaie était comme anecdotique. La douleur devait pourtant être vive, pour l'un comme pour l'autre.
Chacun dégaina son arme.
– C'est un combat à mort, prévint El Ladrón comme si Zorro ne le savait pas.
Le Renard ne répondit pas. L'adrénaline qui le maintenait debout aurait tôt fait de disparaître et ce n'était pas son endurance qui l'aiderait à tenir cette fois. Il était épuisé et la blessure n'aidait pas, même s'il donnait parfaitement le change.
Les hommes se jaugèrent. Ils s'éloignèrent d'un commun accord de la paroi rocheuse. Leurs pas les menèrent sur l'espace le plus large. Ils tournaient en cercle sans lancer l'assaut. Bretteurs exceptionnels, ils joueraient en quelques passes le destin de leur vie.
Ils s'immobilisèrent au bruit de chevaux. D'un côté arrivaient des hommes d'El Ladrón suivis de quelques lanciers, de l'autre don Alejandro, don Nacho et leurs hommes. Dès qu'ils virent le duo, tous s'immobilisèrent. Sans que quiconque ait à le dire, chaque camp se mit loin des autres dans l'attente du duel.
Zorro et El Ladrón se tournèrent autour encore un peu, le temps de juger où étaient les amis et les ennemis. Puis ils engagèrent le combat.
Personne ne réussit à comprendre qui avait l'ascendant sur l'autre les premiers temps. Les gestes étaient rapides, le niveau égal. Rien ne semblait pouvoir les départager.
C'est alors qu'ils virent passer une ombre.
– Non ! cria quelqu'un en comprenant.
Il était déjà trop tard. Alors que Zorro transperçait la poitrine d'El Ladrón, la lame de Guillermo se fichait dans son dos. Les deux hommes s'effondrèrent. Ce fut la débandade.
Les hommes d'El Ladrón se précipitèrent hors du canyon, abandonnant leur compagnon au courroux de don Nacho. Garcia et Reyes se lancèrent sur leurs traces après un regard désespéré pour le Renard. Les vaqueros se divisèrent en deux groupes, l'un pour aider les lanciers, l'autre pour aider don Nacho, s'occuper des autres bandits et des chevaux volés. Resta don Alejandro qui s'avança jusqu'au Renard. Il était le seul autorisé à approcher, un regard de l'homme en noir accroupi sur le sol l'avait signifié.
– Zorro ! Vous êtes gravement blessé, laissez-moi vous aider.
La plaie de son épaule n'était rien en comparaison au couteau fiché dans son dos. La lame n'avait pas complètement pénétrée dans la chair et c'était bien ce qui lui avait évité la mort. Néanmoins elle adviendrait sans soins immédiats.
Malgré cela, Zorro ne voulait pas s'en remettre à don Alejandro. Pas maintenant. Pas dans ces circonstances. Il y avait trop de monde autour d'eux.
Comme pour lui donner une solution, le bruit de sabots se fit entendre.
– Tornado... se réjouit tout bas le Renard.
Le cheval fonça vers lui. Il écarta de force Alejandro de la Vega, prêt à ruer pour cela.
– Je ne veux pas de mal à ton maître ! assura l'hidalgo.
Rien n'y fit. Seul Zorro réussit à lui faire entendre raison. Il se jeta en selle avec les forces qui lui restaient encore et lança son cheval au galop. Don Alejandro le vit partir sans pouvoir rien faire.
