Chapitre 19 – Calamienja
Calamienja vit arriver le cheval noir et son cavalier sans surprise. Pour les Indiens qui avaient pu rencontrer à la fois le Renard et don Diego, il était évident que l'un était l'autre. Ils voyaient au-delà des apparences, à l'inverse des Blancs qui ne voyaient que ce qu'ils voulaient voir.
Le père adoptif d'Inez se demandait ce qu'il venait faire là. Ounia avait prévenu se rendre chez un don pour soigner des blessés. Zorro le savait, il aurait dû se trouver avec elle ou bien encore avec les bandits qu'il était parti arrêter. L'hypothèse la plus probable était qu'il tentait d'échapper aux soldats.
Quoi qu'il en soit, Calamienja ne s'inquiétait pas de son arrivée impromptue. En tout cas pas jusqu'au moment où il distingua l'affaissement du cavalier, du sang sur sa tunique et le reflet d'un couteau enfoncé dans son dos. Il interpella aussitôt quelqu'un afin qu'on aille chercher l'Ancien. Il réceptionna le hors-la-loi alors qu'il chutait de cheval. Il évita habilement les plaies et la lame. La gravité de la blessure l'inquiéta mais il n'en dit rien et amena le jeune homme sous sa tente. Sa femme vint aussitôt l'aider pour l'allonger et le déshabiller.
Enlever son masque et révéler son visage n'était rien pour eux. Ils savaient déjà et Zorro le savait parfaitement. Il n'avait jamais eu à révéler la vérité à sa sœur d'ailleurs. Elle l'avait compris seule dès le premier exploit du Renard.
Calamienja accueillit l'Ancien avec respect. Si Ounia avait pris la suite du guérisseur, il œuvrait encore. Lui seul serait en mesure de lui sauver la vie aujourd'hui.
Il confia le frère de sa fille aux soins de sa femme et de l'Ancien. Il rejoignit ensuite Téopuati dehors. Après un court échange avec le chef de la tribu, il fut convenu de prévenir Ounia chez les Salinas. Calamienja sauta en selle.
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Ounia avait réussi à sauver chaque vaquero blessé. Il était en revanche trop tard pour Araceli. Elle le remit entre les mains du padre.
Sitôt les vaqueros hors de danger et Avila arrivant à l'hacienda, elle se permit une pause. Son regard se coula vers Bernardo qui l'avait assistée. Leurs visages reflétaient la même inquiétude. Qu'en était-il de Zorro ?
Ce fut à ce moment que Calamienja fut annoncé par un domestique.
Inez retrouva son père dehors. Il lui annonça dans leur langue qu'ils avaient besoin d'elle. Il prit soin de choisir ses mots, ce qui ne lui ressemblait pas. Cela alerta la guérisseuse. Calamienja expliqua l'état de Zorro en cherchant à ne pas l'inquiéter. Elle comprit malgré tout.
– Il est gravement blessé !
– Qui ? demanda don Olivio qui l'avait suivi avec Bernardo.
L'hidalgo venait à la rencontre de l'Indien, inquiet de cette soudaine arrivée qui ne pouvait augurer rien de bon.
– Zorro, se reprit Ounia. Je dois aller l'aider. Mon frère est auprès de lui mais il ne sait pas quoi faire. C'est trop grave. Avec votre permission…
– Oui, bien sûr, allez-y. Le docteur Avila est arrivé. Il saura s'occuper des blessés. Grâce à vos soins, ils ne risquent plus rien.
Elle ne s'attarda pas. Sa sacoche en bandoulière, elle reprit la route pour les terres indiennes, suivie de Bernardo.
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Calamienja observa attentivement sa fille et l'Ancien soigner le Renard. Les gestes étaient précis, sûrs. Le sang ne coulait plus quand ils se tournèrent vers lui. Ounia avait un air soulagé qu'il ne lui connaissait pas.
Elle rassura d'un sourire le domestique qui se tenait à côté de lui avant d'expliquer.
– L'Ancien a contenu la blessure jusqu'à mon arrivée. Ensemble nous avons pu enlever le couteau et réparer les chairs rapidement. Les potions aideront à la cicatrisation. Pour le reste, Diego est un homme robuste. Sa condition physique lui permettra de s'en remettre.
– Est-il sauvé ? signa Bernardo.
– Oui.
– Quand se réveillera-t-il ?
– Pas avant plusieurs jours.
Il eut un air effaré.
– Diego est arrivé au bout de ses forces, expliqua Inez. Un autre que lui n'aurait pas été capable de tenir debout, encore moins d'affronter El Ladrón. Résister à tout cela et plus encore à une blessure mortelle…
Elle pinça les lèvres pour contenir l'émotion qui l'avait saisie à la vue de son frère aux portes de la mort.
– Il vivra, assura-t-elle d'une voix qu'elle maîtrisait de justesse. Néanmoins il ne sera pas capable de se réveiller ou de bouger avant un moment.
Bernardo signa avec fébrilité. Elle approuva.
– Diego devait rester quelques jours avec nous, inutile de l'inquiéter, tu as raison. Je ferai parvenir un mot à don Alejandro pour dire que nous veillons sur Zorro et qu'il ne s'inquiète pas.
– Alejandro de la Vega a le droit de savoir, objecta Calamienja.
– Père…
Calamienja empêcha sa fille de poursuivre.
– Il doit savoir.
Ce n'était pas l'homme qui parlait mais le parent. Il avait confiance en ses talents de guérisseuse mais le risque était là. Il le lisait dans les yeux de l'Ancien, moins optimiste qu'Ounia.
Père et fille débattirent jusqu'à un accord. Si à la nuit tombée l'état du blessé était bon, ils enverraient un message à don Alejandro pour dire que Zorro était aux soins des Indiens et que Diego restait avec Inez le veiller. Sinon, Calamienja irait en personne chercher l'hidalgo. Il l'amènerait jusqu'au campement afin qu'il soit auprès de son fils.
