Chapitre 20 – Indien
Personne ne pensait que Diego se réveillerait avant l'aube. Il n'aurait pas dû en être capable. Le jeune homme faisait preuve d'une endurance et d'une résistance qui surpassaient tout ce qu'ils pouvaient imaginer.
Inez et Bernardo dormaient sous la tente près de lui, Calamienja et sa femme un peu plus loin. Il se sentait épuisé, il avait mal, bien que pas autant qu'il le pensait grâce aux potions des Indiens, et il était en sécurité. Tout aurait dû le conduire à refermer les yeux et se laisser de nouveau aller au sommeil. Au lieu de ça, il se força à se redresser. L'effort lui demanda une énergie considérable.
– Où veux-tu aller ? l'arrêta sa sœur que ses mouvements avaient réveillé à l'instar de Bernardo.
Diego n'était pas encore en mesure de parler. Il cherchait son souffle, les poings serrés sous la douleur.
– Recouche-toi, ordonna Inez.
– Non.
Ce n'était qu'un murmure. Sa sœur put y lire toute sa détermination.
– Tu veux te rendre à l'hacienda, n'est-ce-pas ?
Son visage disait oui.
– Reste ici. Il était prévu que tu passes quelques jours chez nous, Alejandro ne sera pas inquiet. Nous l'avons prévenu que Zorro était bien soigné, il ne viendra pas vérifier. On s'est aussi occupé de Tornado, il se repose avec nos chevaux. Recouche-toi, Diego.
– Zorro…
– Est en sécurité chez les Indiens. El Ladrón a péri, ses hommes sont en prison. Araceli est mort mais les autres vaqueros sont vivants. Tout va bien. Tout est fini.
– Non, objecta-t-il.
Malgré son esprit brumeux, il avait conscience d'un oubli. Il l'avait noté dans le canyon sans y prêter attention à ce moment-là. L'information était revenue à sa conscience malgré son état, signe d'une urgence. Inez le comprit.
– Qu'y a-t-il ?
– Lopez… coassa Diego.
– Le voleur qui a rejoint El Ladrón ? Celui qui a amené sa bande ici ?
– Il n'était pas là…
– Si un seul bandit manque, ce n'est pas grave. Les lanciers l'attraperont plus tard.
– Non.
Inez se tourna vers Bernardo. Le domestique était particulièrement agité. Ou l'inquiétude de son maître avait déteint sur lui ou il comprenait ce qu'il voulait dire.
– Bernardo ? demanda-t-elle.
– Lopez est dangereux.
– À quel point ?
– El Ladrón l'a changé.
Il ne pouvait pas signer les détails, que Zorro avait dû l'affronter avec la bande d'El Ladrón et qu'il faisait partie des pires brutes. Il avait trouvé dans El Ladrón un maître qu'il s'était empressé de vouloir surpasser.
– Il se vengera, signa-t-il à la place et c'était bien la vérité.
– Sur qui ? interrogea Inez. Zorro ?
– Oui.
– Il ignore qu'il est ici.
– Il sait qui est avec lui, rappela Diego.
– Toi ?
Cela signifiait le fils de la Vega. Et puisqu'il ne pouvait pas l'atteindre, il essayerait de toucher les autres.
– Don Alejandro est en danger.
Et Diego était déterminé à aller le sauver.
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Diego, Inez et Bernardo quittèrent le campement sans réveiller personne. Calamienja et sa femme avaient bien ouvert un œil au départ du trio, sans les arrêter. Ils étaient libres de faire ce que bon leur semblait. Le blessé était avec la guérisseuse, le frère avec la sœur, tout indiquait qu'il retournait à l'hacienda de la Vega, il n'y avait pas de craintes à avoir.
Inez grimpa en selle derrière son frère. Elle le maintint contre elle pour éviter une chute et l'aggravation de ses blessures. Puisqu'il était trop têtu pour se reposer, elle l'accompagnerait. Dans sa tête, comme dans celle de Bernardo, Zorro resterait à la cachette une fois là-bas. Il perdrait vraisemblablement conscience sur le trajet, il ne serait pas difficile de le coucher dans la paille, quitte à l'attacher pour qu'il reste dans la grotte près de Tornado. Ensuite, ils iraient arrêter Lopez. Le bandit devait être seul. À eux deux, ils sauraient faire face.
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Lopez avait pénétré dans la maison sans peine. Pistolet dans une main, couteau dans l'autre, il cherchait Alejandro de la Vega de son regard fou.
L'haciendado le mènerait à Zorro. Son fils se trouvait avec le Renard, ce n'était qu'une question de temps avant qu'il apparaisse. Lopez n'avait pas besoin d'avertir qui que ce soit. Si Zorro était aussi intelligent qu'on le disait, il devait déjà savoir qu'il était chez les de la Vega. Comme il avait su pour l'attaque sur leurs terres. Il lui suffisait de trouver don Alejandro et d'attendre.
Ainsi fut fait. Si aucun des Cortez n'était dans la demeure, le patriarche de la Vega s'y trouvait. Lopez le cueillit dans son sommeil l'arme sur la tempe. Le réveil de don Alejandro fut aussi rapide que terrible. Il se retrouva malmené par le bandit qui ne tarda pas à l'attacher à une chaise du salon, bâillon sur la bouche.
Une heure fila dans le silence sans le moindre changement. Lopez se laissait jusqu'au lever du jour avant un coup d'éclat. Il pouvait emmener le don avec lui quelque part, mais il voulait une confrontation avec Zorro. Comme El Ladrón avait demandé le duel, Lopez l'espérait à son tour.
