Chapitre 21 – Lopez

Alejandro de la Vega se démenait pour se libérer de ses liens. Il avait beau faire, il n'arrivait à rien. Lopez savait faire les nœuds.

Il voyait l'homme faire des allers retours sans cesse dans le salon et dans le patio. Il guettait l'arrivée du Renard. Alejandro aussi finit par se demander quand arriverait le hors-la-loi pour le sauver.

Le bruit d'un vase brisé répondit à ses questions quelques minutes plus tard. Il faisait encore nuit et rien n'était visible faute de lampes allumées. Seule la faible lueur d'une bougie éclairait la table du salon. Lopez avait laissé ses yeux s'habituer à la nuit comme le faisait Zorro. Ils seraient sur un même pied d'égalité.

Le bandit ne quitta pas le salon quand il entendit le vase heurter le sol dans un grand fracas. Au contraire, il s'approcha de son prisonnier. Il leva son arme, un sourire malsain sur les lèvres. Alejandro se fit la remarque qu'El Ladrón était sensé au moins. Lopez, lui, était aussi dangereux qu'imprévisible.

D'autres l'étaient aussi. Sans comprendre, Alejandro discerna soudain Lopez partir en arrière. Un bruit sourd indiqua que quelqu'un tentait de l'assommer. Il y eut un bruit d'échauffourée mais aucun tir. Puis se fut brusquement le calme et le silence. Le tout n'avait duré qu'une poignée de secondes.

L'essentiel de la scène s'était produit hors de sa vue. L'hidalgo ne distinguait rien ni personne. Quand la lueur d'une lampe éclaira la pièce, il dut fermer les yeux, ébloui.

– Don Alejandro !

Le timbre de la voix lui fit rouvrir les paupières.

– Inez ! s'exclama-t-il alors que son bâillon tombait.

– Êtes-vous blessé ?

Elle vérifiait son corps en disant cela.

– Je vais bien. Détachez-moi.

– Voilà.

– Gracias.

Le don se frotta les poignets, rougis par la friction de la corde sur sa peau.

– Laissez-moi voir.

Elle avait de la poigne, Alejandro ne put se dérober. Il attendit qu'elle ait fini de l'examiner tout en se tordant pour voir où se trouvait Lopez.

Bernardo tenait en joue le bandit avec sa propre arme. Un morceau de bois reposait au sol. Tout indiquait qu'Inez et lui étaient parvenus à assommer Lopez et à le maîtriser. Alejandro eut un sourire victorieux non moins teinté de fierté pour la jeune femme et le domestique. Inez relâcha ses mains.

– Je vous donnerai un onguent pour soigner cela.

Alejandro acquiesça distraitement. Il y avait plus important que sa peau abîmée.

– Comment avez-vous su ? Comment avez-vous fait ?

– Les Indiens sont doués pour la discrétion.

– Comment saviez-vous que Lopez me retenait en otage ?

– Simple déduction.

C'était loin d'être suffisant pour le don.

Il s'approcha de Lopez et s'accroupit. L'homme ne bougeait pas et respirait tranquillement. Il n'était pas mort, il pourrait donc répondre de ses actes devant la justice.

– Donne-moi cette arme, Bernardo, demanda-t-il en tendant la main pour que le domestique comprenne.

Celui-ci hésita. Le regard insistant d'Alejandro le convainquit. Il désarma le pistolet pour lui remettre.

L'arme ne parvint jamais dans les mains du don. Les prenant par surprise, Lopez se redressa d'un bond et s'en empara.

– Reculez ! ordonna-t-il. Reculez ou je tire !

Vu son passif, il n'hésiterait pas.

Bernardo fit deux pas en arrière. Alejandro se redressa pour faire de même, essayant par un réflexe tout paternel à se placer devant Inez.

– Vous croyez m'avoir comme ça !? se moqua Lopez. Il en faut plus ! J'ai le crâne dur !

Il avait fait semblant de perdre connaissance pour les contraindre à se montrer. Dorénavant, il n'avait plus un mais trois otages.

– Voilà, restez là, c'est bien.

Furieux, Alejandro esquissa un mouvement.

– Voulez-vous être le premier à mourir, de la Vega ?

Le don reprit sa position en le foudroyant du regard.

– C'est bien ce que je pensais. Allez donc vous installer sur les fauteuils. Nous allons attendre Zorro ensemble.

– Moi, señor ?

– Zorro !

Arrivant derrière lui par la porte ouverte sur la pièce adjacente, comme avaient pu le faire Inez et Bernardo, le Renard le pointait de sa lame.

– Lâchez votre arme.

Lopez ne bougea pas. L'acier de l'épée s'enfonça légèrement dans la chair. Le bandit grimaça sans pour autant bouger. Il n'était pas question de se rendre. C'était soit Zorro, soit lui. Le Renard devrait tenter de le transpercer avant qu'il use de son pistolet. Il n'avait même pas besoin de se retourner. Il lui suffisait de tourner sa main et…

– Voulez-vous vraiment mourir ? interrogea Zorro en arrêtant le mouvement.

Sa main gauche tenait l'épée, la droite le canon de l'arme de Lopez. Le bandit laissa un sourire éclairer son visage.

– Voyons voir qui va mourir.

D'un geste rapide, il attrapa la lame dans son dos et amorça un tour sur lui-même. Surpris par la démarche et incapable de lutter dans son état, Zorro laissa l'épée lui échapper. Lopez en profita pour le plaquer contre le mur tout proche. Ses deux mains encadrèrent l'arme pour la pointer sur le hors-la-loi qui fit de même pour l'en empêcher.

Don Alejandro, Inez et Bernardo se précipitaient déjà vers eux. Ils savaient que, tout aussi endurant qu'il fut, Zorro n'était pas capable de se battre. Le bruit du coup de feu coupa leur élan.

– NON !

– Zorro !

Le Renard s'affaissait. Ils craignirent le pire jusqu'à ce que Lopez s'effondre. La balle l'avait atteint à l'abdomen. Il roula sur le côté, ses yeux se fermèrent. Cette fois, il n'était plus en mesure de faire du mal.