Chapitre 22 – Zorro
– Zorro ! Tenez bon ! l'invectiva don Alejandro.
Le Renard était au bord de l'inconscience. Sa chemise noire était trempée. Une main sur son front malgré le masque confirma ses craintes à Inez.
– De la fièvre... Je dois vérifier ses blessures.
– La chambre est toute proche. Bernardo et moi allons l'amener jusqu'au lit et…
– Non, je m'en occupe avec Bernardo. Vous, empêchez vos domestiques d'approcher. Le coup de feu aura réveiller les plus proches.
– Je…
– Patron !
Donnant raison à Inez, une première voix se faisait entendre dans le patio. À regret, Alejandro laissa Zorro être emmené par les autres jusqu'à la chambre. Il craignait de ne pas les voir à son retour mais il devait gérer ses gens.
Les minutes filèrent tandis qu'il envoyait quelqu'un quérir les lanciers. Il condamna ensuite l'accès au salon et la majorité du rez-de-chaussée. Personne d'autre que lui ne devait pouvoir s'y rendre pour l'instant. Il expliqua brièvement qu'un homme d'El Ladrón avait échappé aux soldats et avait cherché à se venger. Sans entrer dans les détails, il leur montra Lopez mort puis donna ses ordres.
Il faudrait du temps avant l'arrivée des lanciers. Comme il l'avait précisé au vaquero, rien ne pressait désormais. Inutile de se dépêcher pour aller chercher les soldats du roi.
Enfin il put rejoindre la chambre.
La porte était fermée.
– Inez ? appela-t-il en toquant contre le bois. Ounia ?
Pas de réponse. Pourtant il entendait la voix de la jeune femme dans la pièce. Il ne distinguait pas ses mots mais elle paraissait en colère.
– Inez ! dit-il plus fort.
Un bruit de pas cette fois et la porte s'ouvrit sur le visage de Bernardo.
Alejandro ne prit pas le temps de noter ses traits inquiets. Il ouvrit et referma en vitesse au cas où quelqu'un l'aurait suivi malgré ses injonctions, forçant le domestique à reculer.
– Comment va-t-il ? demanda-t-il à Inez qui lui cachait la vue du malade.
– Mal.
– Vous voulez dire…
– Qu'il s'en sortira s'il ne quitte pas ce lit durant les cinq prochains jours au moins.
– Il peut rester. Je… je vais donner des ordres en ce sens.
– Don Alejandro.
– Oui.
– Ce que je vais faire est contre ses volontés, mais il en va de sa vie.
– De quoi…
– Si je ne le fais pas il pourrait bien tenter de fuir et son corps lâcherait à coup sûr.
– Inez, non...
La voix presque inaudible le fit frémir. La guérisseuse fit un écart pour libérer la vue. Le cœur d'Alejandro fit une embardée.
– Diego !
Là, sur le lit, pâle comme la mort malgré ses vêtements noirs, se trouvait son fils.
Le choc était immense. Sans s'en rendre compte, Alejandro combla les quelques mètres qui les séparaient en un instant. Ses yeux allèrent de sa tête à ses pieds, incrédule.
– Diego, tu… toi…
– Père… tenta le jeune homme à bout de forces.
Alejandro de la Vega était perdu en cet instant. Le fils contre qui il était furieux d'avoir tu le secret sur sa sœur, celui auquel il reprochait son indolence… ce fils lui avait caché autre chose dont il aurait pu, dû, être fier. Sa fierté et son orgueil en prenaient un coup. Toutefois, ce n'était rien face à la réalité des faits. Son fils était gravement blessé.
Il leva les yeux vers Inez, puis vers Bernardo. Il les reposa sur son fils.
– Pardon, murmura Diego.
Alejandro n'eut pas le temps de lui demander pour quoi il s'excusait, Diego perdit connaissance.
Inez se précipita pour vérifier son état. Le soulagement perceptible ne rassura qu'à moitié Alejandro.
– Comment va-t-il ?
– Mal, répéta la jeune femme. Il a été bien au-delà de ce que son corps pouvait endurer. La fatigue cumulée des dernières semaines, les blessures, puis encore cet effort pour venir vous sauver… Diego est fort mais son état est incertain. S'il se lève encore, qu'il tente de puiser dans des réserves qui n'existent plus, il ne s'en remettra pas.
.
Alejandro resta près de son fils jusqu'à l'arrivée des lanciers. Il repassait en boucle dans sa tête les événements des derniers jours, cherchant où il avait pu rater que Zorro et Diego étaient la même personne. Il remonta ensuite plus loin, remontant le passé des semaines puis des mois en arrière. Il arriva jusqu'au retour d'Espagne de son fils pour enfin comprendre. Ou à peu près.
Tout était trop incroyable.
Bernardo et lui avaient ôté ses vêtements sales et humides. Ils l'avaient nettoyé avant de le couvrir d'un drap et de couvertures depuis que sa fièvre était tombée. Le regard d'Alejandro s'égarait régulièrement sur le tas de vêtements noirs dans l'angle de la pièce. Bernardo finit par les récupérer et quitter la chambre. Le don ne chercha pas à savoir où il se rendait. Quelque chose lui disait que les histoires qu'il avait entendu il y a longtemps sur les passages secrets de la maison étaient bien réelles.
Il quitta le chevet de son fils à regret quand les lanciers entrèrent dans le patio. Il était temps de remettre le corps de Lopez aux autorités et de clore cette affaire. C'en était fini d'El Ladrón lorsque Garcia et Reyes quittèrent l'hacienda un peu plus tard. Il restait maintenant à panser leurs plaies et avancer.
