Chapitre 23 – Diego
Diego mit une semaine à se réveiller. Entre temps, c'est à peine s'il émergea de l'inconscience pour s'alimenter. Inez et Bernardo se relayaient pour s'occuper de lui, le nourrir, le nettoyer, le soigner… don Alejandro observait ça de loin et ne pouvait qu'à quelques moments se rendre à son chevet.
Passés les trois premiers jours, il n'avait plus eu besoin de surveillance constante et cela les soulagea tous, autant moralement que physiquement. Ounia pouvait retourner dans sa tribu et Bernardo s'occuper de Tornado.
À la demande de don Alejandro, Almudena était restée avec sa fille chez les Cuellar. L'hidalgo avait prétexté un besoin de se retrouver seul après les événements. Son fils était officiellement toujours chez les Indiens et Zorro, guéri, reparti on ne sait où. Il profitait de ce temps pour faire le point.
Personne ne remit en cause sa décision. Il avait eu beaucoup à encaisser ces derniers temps. Il était normal qu'il souhaite quelques jours pour lui.
Seul Avila lui rendit visite. Il lui donna des nouvelles de ses vaqueros, ainsi que des Salinas. Il en profita pour parler de la vie du pueblo. Alejandro lui fut reconnaissant de ne pas insister sur le sujet d'Inez. Il n'était pas prêt à en parler. Pour l'heure, il profitait des moments où elle était là clandestinement pour s'occuper de son frère. Ils parlaient peu d'eux, se contentant d'évoquer plus souvent les habitants et les terres californiennes pour lesquels ils avaient l'un comme l'autre un fort attachement.
Alejandro découvrait qui était sa fille. Inez faisait connaissance avec l'homme derrière le don. D'un accord tacite, ils ne parlaient plus des événements qui les avaient séparés. Ils prenaient le temps d'apprendre à se connaître et nouer, sans vraiment s'en rendre compte, un lien amical. Plus tard peut-être, le temps faisant son œuvre, ils verraient l'autre autrement. Ils n'étaient pas père et fille pour le moment mais cela leur convenait bien.
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Quand Diego se réveilla enfin, Inez le mit au courant de toute la situation. Malgré la fatigue, le jeune homme insista pour quitter l'hacienda.
– Je dois rentrer comme Diego de la Vega. Rester plus longtemps chez les Indiens éveilleraient les soupçons.
– Comment justifier que tu ailles mal ?
– Une mauvaise chute de cheval.
Sa sœur le dévisagea.
– Personne n'y croira !
– Cela s'est déjà produit.
Ses proches devant convenir qu'il ne pouvait rester aliter secrètement plus longtemps, il n'y avait que cette solution. Ainsi fut fait.
Bernardo et Inez soutinrent Diego pour l'emmener jusqu'à Tornado. Là, frère et sœur montèrent en selle pour gagner un endroit à l'écart de l'hacienda. Ounia gagna ensuite la demeure en se faisant voir par le maximum de domestiques. Elle annonça devant don Alejandro et eux que Diego était tombé de cheval, distrait par le vol d'un oiseau rare. Il fallait une voiture pour le ramener chez lui afin qu'il se repose.
L'hidalgo et la guérisseuse partirent ensemble et retrouvèrent Bernardo et le blessé. Ils l'installèrent, attendirent suffisamment, puis firent le trajet retour. Là, les domestiques purent constater la mauvaise mine de Diego. Lequel retrouva sa chambre et son lit pour aussitôt s'endormir.
La nouvelle fit rapidement le tour des environs. Le lendemain du retour de Diego, Almudena et Isabel Cortez revenaient à l'hacienda.
– Ma chère ! se réjouit Alejandro à retrouver sa fiancée. Je suis heureux de te retrouver.
– J'ai eu peur que tu m'en veuilles de revenir sans t'avertir, avoua Almudena.
– Au contraire, tu as bien fait. Si tu n'étais pas venue aujourd'hui, je serais moi-même allé te chercher.
– Comment va Diego ?
– Il a besoin de repos. Lui qui passe le plus clair de son temps à lire et jouer de la guitare, ces jours au grand air ont suffi à le fatiguer. Sa mauvaise chute n'a rien arrangé.
– Alors ce n'est rien de grave.
– Sí, confirma Alejandro avec un pincement au cœur. Il sera sur ses pieds d'ici peu.
Cette idée l'effrayait mais Diego devrait apparaître debout dans quelques jours où les gens se poseraient des questions. Qu'il passe son temps dans sa chambre ou dans le fauteuil du salon à lire était commun, mais on devait le voir aller de l'un à l'autre, c'était essentiel. Connaissant l'état réel de son fils, l'idée qu'il fasse un effort, alors qu'il était à ce jour seulement capable de quelques phrases, avait de quoi lui faire peur. Il devrait veiller avec Bernardo à ce qu'il fasse le minimum. Il ne devait en aucun cas aggraver son état.
Avec inquiétude, il observa le décompte des jours jusqu'au lever de Diego. Son fils sut donner le change quand Almudena et Isabel passèrent le voir. Cela ne le rassura pas. Depuis qu'il savait qu'il était Zorro, il connaissait ses compétences de comédien. Il ne pouvait plus le croire quand il disait se sentir bien. Comment vérifier ses dires ? Ounia et Bernardo semblaient être les seuls à voir au-delà des apparences.
Alejandro se demandait s'il connaîtrait son fils un jour. La révélation des secrets de Diego n'avait que confirmé qu'il le connaissait mal. Pour un père c'était difficile à accepter.
