AHHHHHH ce chapitre a été vraiment... une vraie bitch à écrire haha. D'ailleurs je pense que la majorité d'entre vous se demanderont ce qui se passe dans ma tête (pas grand chose, si ça intéresse quelqu'un hehe). C'est marrant quand j'ai rien à faire pour l'université on peut être sûr que je n'arrive pas à me mettre devant un chapitre, mais dès le moment où j'ai quinze trucs à rendre et un mémoire à rédiger: c'est parti! hahaha (Vous l'avez compris ce chapitre risque de me coûter ma carrière académique!hahaha)

Bref, tout ça pour dire que je suis désolée pour le retard et que j'espère que ce chapitre ne vous décevra pas!

Je tiens également à vous remercier TOUS/TOUTES pour l'accueil du chapitre IV! Je ne m'attendais pas du tout à ce que vous soyez encore intéressés par cette histoire et franchement je vous remercierai jamais assez!Donc merci à tous ceux qui ont pris la peine de me laisser un mot vous n'avez pas idée de ce que ça représente pour moi! Et probablement désolée de vous décevoir avec ce chapitre un peu minable mais il fait office de ...plaque tournante... hum.

Merci d'ailleurs à ceux qui prendront la peine de me laisser un mot pour ce chapitre. Je suis consciente qu'il risque de vous décevoir x1000 :(

ps: Réponse aux Review anonymes à la fin du chapitre!

Disclaimer: Les personnages et les lieux de l'Univers d'Harry Potter ne m'appartiennent pas.


Il y avait des sacs de courses remplis de nourriture pourrie dans l'entrée. Ce simple fait lui faisait bien plus de mal que la poussière et les sacs poubelles entassés dans la cuisine. Ces sacs putrides étaient témoin de la volonté de Tom Riddle d'aller mieux, de se bouger, de faire quelque chose. Au point qu'il avait à plusieurs reprises mis les pieds dans le supermarché de la ville, fait ses courses en choisissant avec soin les produits qu'il allait utiliser, les acheter et les ramener chez lui. Mais sa volonté Dsparaissait apparemment à la seconde où il se retrouvait chez lui (confronté à sa solitude) et il abandonnait les sacs dans l'entrée sans plus y toucher. Harry remercia le ciel d'être un sorcier : la tâche était mentalement pesante et franchement très désagréable. Mais au moins il n'avait pas à nettoyer le sol à quatre pattes ou à toucher les ordures. D'un autre côté, il se demandait s'il ne ferait pas mieux de tout faire à la main, ce serait un peu comme une pénitence, quelque chose qu'il devait expier.

Et ce qui devenait douloureusement évident, alors que la saleté disparaissait petit à petit et que l'étage inférieur reprenait sa forme initiale, c'était que Tom n'avait rien de personnel. En faisant abstraction des déchets, la maison était quasiment vide. Bien sûr, il y avait les quelques meubles nécessaires au déroulement de la vie : une table, des chaises, un canapé, une télévision, mais c'était tout. Même les romans de gare qu'Harry avait vu en décembre avaient disparus. Ce qui n'était vraiment pas quelque chose de rassurant. Ça donnait l'impression que Tom s'était complètement coupé de la vie et qu'il n'existait plus que physiquement et pas matériellement. Il était invisible même dans sa propre maison. Harry fit un mouvement de baguette et tous les sacs poubelles qu'il avait rempli à distance rapetissèrent d'un coup. Son plan était extrêmement simple. Réunir tous les déchets dans un seul sac, transplaner dans une déchetterie et les y déposer (après leur avoir rendu leur taille originelle). Ensuite, il se rendrait dans la première épicerie ouverte toute la nuit qu'il trouverait, achèterait de quoi faire un petit-déjeuner digne de ce nom, et forcerait Tom à le manger à la seconde où il se réveillerait. Le problème, dans son plan, c'était qu'il n'avait aucune idée de l'heure à laquelle Tom réémergerait de son sommeil. Vu les cernes qu'il avait, il pouvait émettre l'hypothèse qu'il n'allait pas faire une grasse matinée. Et en sachant qu'il était allé directement au lit en arrivant (c'est-à-dire dans les environs de vingt-deux heures) Harry devait être rapide s'il voulait que son plan porte ses fruits. Il ne pouvait rien imaginer de pire que Tom se réveillant et trouvant sa maison propre mais vide et sans personne pour expliquer ce qu'il venait de se passer. Oui, s'il y avait bien une chose qu'il voulait éviter, maintenant, après avoir réalisé l'ampleur de son erreur c'était de laisser Tom seul. Ce qui impliquait qu'il allait probablement devoir le traîner manu militari dans son propre appartement à Londres, ce qui par conséquent voulait dire qu'il devrait sans doute héberger un énorme serpent chez lui –

D'ailleurs, il n'avait pas vu le serpent, où était-il ?

Harry baissa sa baguette et regarda frénétiquement autour de lui, ce qui, réflexion faite, était peut-être un peu idiot. S'il ne s'était pas manifesté jusqu'à présent c'était soit qu'il était avec Tom dans la chambre, soit qu'il n'était pas dans la maison. Il pinça l'arrête de son nez : il espérait vraiment que le serpent soit en haut et non pas en train de valdinguer dans la campagne avoisinante. Il ne savait pas exactement quels genres de dégâts un anaconda pouvait faire mais c'était sans doute pour le mieux s'il n'apprenait pas ça en direct (ou par des articles de journaux). D'un autre côté, il ne pouvait pas taire complètement son inquiétude, il avait comme l'impression que les serpents étaient capables de détecter les intrus et… Bon en réalité il n'en savait strictement rien. Il se redressa, bailla pour la bonne forme (il commençait à être fatigué) et se remit au travail. Il avait envie que tout soit parfait pour quand Tom se réveillerait et ce n'était pas en s'arrêtant sur chaque petit détail qu'il parviendrait à atteindre son objectif. Il retroussa ses manches, saisit le sac d'habits sales qu'il avait rassemblé et se dirigea vers ce qu'il imaginait être la porte menant à la buanderie. Il ouvrit la porte et s'arrêta net. La buanderie était bien là, et, comme pour toutes les autres pièces de la maison, il allait devoir la nettoyer intégralement. Heureusement, ce n'était pas complètement sale mais l'odeur était explicite : les habits qui n'avaient pas été étendus et qui avaient trainés mouillés pendant des jours avaient pourris. Il était en train de devenir un spécialiste du nettoyage, à ce train-là, mais Harry n'était tout de même pas un expert. Et il n'avait aucune idée de si les habits qui avaient pourris étaient sauvables avec l'aide de la magie. Il hésita un instant à appeler Mme. Weasley, elle devait avoir l'habitude de ce genre de questions vu qu'elle avait quand même élevé une famille de sept enfants. Il repoussa cette idée en voyant l'heure. Elle allait penser qu'il était finalement devenu fou s'il l'appelait à deux heures du matin pour savoir s'il devait jeter des habits pourris ou s'il y avait un sort permettant de les récupérer.

Mais cette idée de téléphone lui rappela un détail qui lui était complètement sorti de l'esprit. Hermione.

Paniqué il sortit son téléphone de la poche et composa son numéro. Il craignait qu'ils soient tous à sa recherche, persuadés de le trouver mort au fond d'une rivière. Ou écrasé sous un pont. Il réalisa soudain qu'il était deux heures du matin pour elle aussi et que si elle n'avait pas essayé de l'appeler soixante fois alors qu'il leur avait posé un lapin c'est qu'elle ne s'inquiétait finalement pas tant que ça, et était donc sur le point de raccrocher en lui envoyant simplement un message, quand elle répondit brusquement :

-Harry ? » sa voix était clairement affolée. Ce qui était un comble : s'il lui avait fait peur à ce point pourquoi elle n'avait pas essayé de le joindre ?

-Je suis désolé ! » s'exclama-t-il en essayant de prendre un ton jovial et rassurant « je voulais aller chercher des affaires chez… » il ne pouvait décemment pas l'appeler Extra Guénial, c'était clairement un alias, et il allait pas inventer un nom maintenant parce que ça voudrait dire que Tom serait obligé de jouer le jeu au moment où il rencontrerait réellement ses amis et il ne pouvait pas faire ça sans le consulter. Il décida donc de ne pas prendre de risque : « de chercher mes dernières affaires chez le médecin, tu vois de qui je parle. Et enfin voilà on a discuté un moment et une chose en entraînant une autre… euh… je suis toujours chez lui. »

Il s'attendait à ce qu'Hermione soit soulagée ou fasse un commentaire quelconque mais sa voix était encore plus paniquée et elle répondit avec d'un ton suraigu :

-Je suis contente si tu as passé une bonne soirée ! Il faut qu'on se voie le plus vite possible ! à bientôt Harry ! »

Et elle avait raccroché avant même qu'Harry puisse ajouter autre chose. Il n'était pas idiot, il y avait clairement un problème. Le fait qu'elle n'ait fait absolument aucun commentaire quant au fait qu'il soit chez son ex était déjà passablement révélateur : il s'était attendu à un interrogatoire téléphonique. Ensuite, qu'elle soit encore debout à cette heure-là et pire, qu'elle n'ait même pas paru soulagée de l'entendre… Il y avait définitivement anguille sous roche. Mais Harry ne pouvait strictement rien faire maintenant, sa conscience amicale et professionnelle (il n'écartait pas le risque qu'il y ait eu une urgence au ministère) était certes très aiguisée et en temps normal il n'aurait pas hésité mais là, là, sa priorité était claire et elle ne concernait qu'une seule personne. Tom. Il sortit les habits du sèche-linge, qui dégageaient réellement une odeur insoutenable, fit la même chose avec la machine à laver, avant d'y fourrer des habits qui – au moins – n'avaient pas pourris, et de lancer le programme. Peut-être que Tom était plus au courant que lui, après tout il avait fatalement plus d'expérience que lui en matière de ménage puisqu'il était plus âgé. Harry n'avait jamais du vivre jusqu'au rétablissement de sa mémoire en tant que sorcier indépendant et s'était du coup acclimaté à un certain nombre d'appareils ménagers moldus. Constatant qu'il ne pouvait rien faire de plus dans la pièce, étant donné qu'il n'y avait qu'une seule machine et que le tas d'habits à laver était nettement supérieur à sa capacité de volume, il referma la porte.

C'était officiel, il était deux heures quinze et il avait terminé de ranger. Le nettoyage à fond pouvait commencer. Ça, au moins, il maîtrisait.

Une heure plus tard, la partie inférieure de la maison était comme neuve (ce qui était inversement proportionnel à l'état d'Harry qui lui était de plus en plus sale). Mais la première partie de son plan était accomplie. Il ne restait plus qu'à apporter les sacs poubelles dans une déchetterie et faire des courses.

L'étape déchetterie se passa sans encombre. Il avait transplané dans celle qu'il connaissait près du 4 privet drive, s'y était introduit illégalement, avait balancé les sacs à l'endroit prévu et avait transplané dans Londres. Restait maintenant les courses à faire. Harry n'était malheureusement pas médecin. Il ne savait du coup absolument pas quel genre de repas était recommandé pour une personne qui, de toute évidence, n'avait pas mangé correctement depuis des mois. Instinctivement, il se disait que cuisiner un petit-déjeuner impliquant des œufs, du jambon, du fromage et du pain était bien sur le papier, mais qu'il risquait juste de faire vomir Tom. Ce qui était l'opposé du but de sa démarche. Il regarda son téléphone pour vérifier l'heure et constata qu'il était trois heures trente-quatre. Cette constatation l'inquiéta légèrement : il fallait qu'il fasse vite. Oscillant entre littéralement tous les rayons il décida finalement de faire simple et de choisir ce que Tom aimait (plutôt que d'essayer de calculer quels aliments seraient les plus caloriques pour qu'il reprenne du poids). Et c'était simple, il savait précisément quel était le petit-déjeuner préféré de Tom parce qu'à l'époque il en faisait régulièrement (c'est-à-dire un dimanche sur trois). L'avantage des pancakes, c'est qu'il pouvait rajouter de la matière grasse sans que cela ne change fondamentalement le goût. Il pouvait même décider d'être créatif et mettre du chocolat. Réalisant qu'il n'aurait pas de meilleure idée à cette heure-là et avec le taux de stress qu'il avait, il saisit les ingrédients, se dirigea vers le caissier à moitié endormi qui devait probablement se demander ce qu'il foutait à acheter de la farine du lait et des œufs à trois heures du matin, sortit de l'épicerie et transplana à la seconde où il fut certain qu'il était à l'abri des regards.

Son soulagement fut à la hauteur de son inquiétude quand il réalisa que Tom ne s'était pas réveillé entre temps. Sans perdre la moindre seconde il enleva ses chaussures et commença à préparer le petit-déjeuner. C'était dingue, il avait carrément le trac. Et maintenant qu'il était sûr que la fin de son plan se déroulerait… comme il l'avait prévue… peut-être, il pouvait penser à ce qu'il allait dire à Tom. « Salut » ? Ses mains se crispèrent sur le bol. Il n'avait même pas vraiment pensé à ça ! Il avait pensé à tout sauf à ça. Surtout qu'il réalisait maintenant qu'il y avait un risque pour que Tom l'envoie paître, ce qui était presque ironique. C'est vrai qu'il l'avait repoussé un mois plus tôt. Peut-être que Tom n'avait plus envie de le voir. Il soupira, ça ressemblerait bien à sa chance légendaire, ça. Maintenant qu'il réalisait la portée de son erreur, c'était Tom qui allait le repousser et ça se passerait comme ça jusqu'à la fin des temps où ils se repousseraient mutuellement en changeant chacun d'avis tout à tour. Il secoua la tête. Non, c'était très peu probable que ça se passe comme ça. Et de toute manière, même si Tom n'avait plus envie d'être…romantiquement impliqué avec lui – Harry lui devait d'être là. Tom n'avait personne à qui parler à part lui et franchement c'était évident qu'il avait besoin de parler à quelqu'un. Enfin bon, il verrait sur le moment. Il imaginait que l'expression de Tom serait assez révélatrice quant à ses émotions : s'il avait l'air en colère ou content ou déçu ou dieu savait quoi. Il alluma la plaque et versa la première ration de pâte. Il avait évidemment rajouté plus de beurre qu'il n'en fallait mais à la guerre comme à la guerre Tom avait bien… quinze kilogrammes à prendre. Et c'est alors qu'il lançait un sort sur les pancakes pour qu'ils restent chauds jusqu'au réveil de leur futur propriétaire qu'un bruit mit fin au suspense d'Harry.

Il venait d'entendre le bruit d'une porte à l'étage supérieur. Il sentit son taux d'anxiété monter d'une manière exponentielle. Il savait qu'il avait raison d'avoir fait ça évidemment, mais ça n'empêchait pas qu'il appréhendait terriblement la réaction de Tom. Il inspira et expira profondément. Surtout quoiqu'il arrive, il devait rester calme. Il ne se souvenait que trop bien du « portrait psychologique » dressé par Dumbledore et son ancien professeur lui avait dit maintes et maintes fois que Voldemort ne supportait pas qu'on puisse ne serait-ce que lui proposer de l'aide. Et c'était encore pire avec le concept de pitié. En d'autres termes, il ne pouvait pas avoir l'air trop compatissant et il fallait qu'il laisse une distance raisonnable entre Tom et lui pour que celui-ci ne se sente ni « agressé » par son « altruisme » ni trop pris en pitié. Il pouvait entendre distinctement les pas de l'autre garçon à l'étage supérieur. Des pas qui s'arrêtèrent d'un coup sec. Pas besoin d'avoir un esprit de déduction particulièrement aiguisé pour se rendre compte que Tom venait selon toute vraisemblance de se rendre compte que quelque chose n'était pas tout à fait normal. L'odeur des pancakes avait dû arriver jusqu'à lui. À moins que ça ne soit celle des produits de nettoyage. Harry respira une nouvelle fois. Il pouvait déjà imaginer ce qui allait se passer : Tom se remettrait à marcher – mais cette fois avec une allure nettement supérieure à celle qu'il avait eue avant, descendrait les escaliers précipitamment et ferait irruption dans la cuisine, sa baguette levée, prêt à massacrer l'imbécile qui se serait introduit chez lui pendant son sommeil. Effectivement, des pas rapides brisèrent le silence qui s'était brièvement installé et Harry entendit distinctement Tom jurer alors qu'il descendait les escaliers d'un air tout ce qu'il y avait de plus furibond. Il n'était pas encore dans la cuisine, mais Harry pouvait l'entendre s'approcher :

-Lucy, je te jure que tu as meilleur temps de te tirer de chez moi si tu tiens à pouvoir exercer ton - … »

Et il était à nouveau devant lui. La première pensée qui se forma dans l'esprit d'Harry fut : Il porte toujours les vêtements de hier soir. Il n'avait même pas pris la peine de se déshabiller avant d'aller se coucher. Il sentit une bouffée de compassion emplir sa poitrine mais se rappela vite que c'était la dernière chose à faire s'il voulait que leur interaction se passe bien. Tom avait l'air aussi mal que la veille, les quelques heures de sommeil ne lui avaient de toute évidence pas fait particulièrement de bien. Mais à en croire son apparence, il lui faudrait des jours de sommeil pour rattraper celui qu'il avait en retard plutôt que trois ou quatre misérables heures.

Il semblait vraiment estomaqué. En même temps, Harry pouvait le comprendre. Il lui avait quand même clairement fait comprendre qu'il ne voulait plus le voir, tout ça pour réapparaître un mois plus tard à quatre heures du matin en train de lui préparer le petit déjeuner. Normal.

Et il ne parlait toujours pas. Franchement Harry aurait préféré qu'il lui hurle dessus ou qu'il ait une de ses fameuses réactions disproportionnées plutôt que de le voir complètement perdu sur le pas de la porte de sa propre cuisine.

-Je t'ai fait des pancakes. » déclara-t-il maladroitement en se maudissant de ne pas avoir réfléchi à quelque chose de plus concret. Il s'était dit – plus tôt dans la soirée – que la meilleure stratégie serait de l'attirer contre lui, de l'enlacer, d'en profiter pour l'attacher et le nourrir par un entonnoir pendant trois semaines. Mais une telle stratégie risquait de créer… de la rancune de la part de Tom et c'était bien la dernière chose qu'il voulait. Sinon il aurait bien entendu pu se déshabiller entièrement à l'exception d'un tablier et inventer un truc sexuel, mais … ça paraissait déplacé.

Il vit clairement Tom regarder la cuisine dans son ensemble avant de tourner la tête et de lancer un regard vide sur le couloir. De toute évidence, il était en train de mesurer la tâche qu'Harry avait accomplie. Il se sentit presque pris de remords, ce qui était absurde, il venait de lui rendre un monstrueux service, mais en même temps, il aurait été mortifié que quelqu'un vienne toucher à ses affaires à l'époque où il était au plus mal - quand il venait de retrouver sa mémoire. Il n'avait pas pensé à ça. Il n'avait clairement pas pensé à ça. Peut-être que l'autre prendrait ça comme une humiliation et pas comme un service.

Merde merde merde. Paniqua Harry en voyant que Tom ne réagissait toujours pas – ou du moins ne réagissait pas d'une manière normale. (En même temps c'était naïf de sa part de penser que Tom Riddle pouvait réagir d'une manière normale à une situation comme celle-là.)

Finalement, alors qu'Harry était sur le point de dire quelque chose (il ne savait pas encore quoi mais il comptait sur son cerveau reptilien pour lui fournir une phrase toute-faite intelligente et pertinente) Tom croisa son regard et Harry vit distinctement un certain degré d'horreur surgir dans les yeux jusque-là vides de l'autre et il déclara la voix chancelante :

-Non. »

Et il sortit de la pièce presque aussi précipitamment qu'il y était (quasiment) entré. Harry eu à peine le temps d'emmagasiner ce qu'il venait de se passer avant qu'exactement la même pensée se forme : « non ». Il n'allait pas le laisser se tirer. Ça, c'était l'ingrédient parfait pour que la recette « catastrophe intersidérale irrattrapable » soit exécutée à la perfection. Il lança donc la spatule qu'il avait encore dans les mains sur le plan de travail, sortit rapidement de la pièce et s'exclama en voyant que Tom était en train de remonter à l'étage supérieur :

-Tom ! Attends ! »

Evidemment à la seconde où ces mots sortirent de sa bouche il entendit la porte de la chambre claquer. Merde quel con pensa-t-il en arrivant au deuxième étage. Heureusement, il n'y avait qu'une seule pièce fermée donc ce n'était pas difficile de déduire laquelle était la chambre.

Il se plaça devant et frappa contre la porte avec son poing.

-Tom, bordel, ouvre cette putain de porte où je te garantis que je la fais exploser ! » Il avait certes imaginé réussir à le faire sortir en lui promettant monts et merveilles mais face à la porte fermée il était un peu sorti de ses gonds. Sort que la porte allait aussi subir si elle ne s'ouvrait pas dans les cinq secon –

Harry avait le bras levé, toujours en train de tambouriner contre la porte quand celle-ci s'ouvrit brusquement et que Tom, l'air menaçant, apparut devant lui.

-Sors. D'ici. »

C'était presque drôle parce que pour la première fois depuis qu'ils avaient retrouvé la mémoire, Tom, là, ressemblait à l'homme qu'il avait été quelques années auparavant quand il lui manquait un nez, une conscience et une âme.

-Non ! » s'exclama Harry en profitant pour mettre son pied dans le cadran de la porte dans le cas où Tom déciderait de la refermer. Idée pas spécialement intelligente puisque cela pouvait non seulement impliquer un pied cassé et qu'en plus il ne pourrait pas le soigner d'un coup de baguette puisque Harry l'avait laissée en bas. « Tom, je suis tellement déso- »

Tom l'attrapa par le col de son pull et le plaqua violemment contre le mur le plus proche. Ça ne prenait pas exactement la tournure qu'Harry avait escompté.

-Est-ce que tu es satisfait Potter ? » Harry grimaça et pas seulement parce qu'il avait du mal à respirer « Tu as fait ta bonne action, tu as vu ce que tu voulais voir ? » Le ton était infiniment cruel, mais en regardant Tom dans les yeux Harry vit distinctement qu'il ne s'était pas trompé.

Comme il l'avait toujours fait (enfin…il le supposait, il n'avait pas été à l'orphelinat ou à Poudlard pour pouvoir le constater) Tom agressait démesurément pour se protéger. Et, il y a quelques semaines, Harry serait peut-être tombé dans le panneau : peut-être qu'il l'aurait repoussé, peut-être bien qu'il l'aurait ensuite insulté voire l'aurait frappé et qu'ils se seraient quittés en se vouant réciproquement une rancune extrêmement violente : Harry parce que Tom l'avait insulté et plaqué contre un mur en l'étranglant à moitié et Tom parce qu'Harry s'était introduit chez lui alors qu'il lui avait fait comprendre qu'ils ne se verraient plus jamais.

Franchement, Harry était bien forcé d'admettre qu'ils faisaient les deux n'importe quoi. Et d'imaginer que lui devait faire le mec mature alors qu'il était quand même carrément plus jeune que l'autre c'était frustrant mais bon, si Tom avait été quelqu'un de mature il n'aurait probablement jamais imaginé que morceler son âme pouvait être une bonne idée.

-T'es vraiment con » répondit-il donc difficilement (puisque le poing de Tom était encore appuyé contre sa trachée). Et, alors que l'autre ne baissait définitivement pas l'intensité de sa prise, il se contenta de prendre le poignet de l'autre dans sa main, sans essayer particulièrement de le repousser. Et déclara : « Lâche-moi. »

Tom lui lança un regard résolument haineux mais baissa son poignet. Harry prit une grande goulée d'air en se faisant la réflexion que pour un type à moitié affamé et épuisé il avait quand même une sacrée poigne et serra instinctivement les doigts qui tenaient toujours Tom quand celui-ci essaya de s'en débarrasser.

-Tom. Je suis désolé. »

-Fous le camp, Potter. »

Et pourtant il pouvait vraiment voir à quel point Tom devait faire un effort surhumain pour se tenir debout et lui tenir tête.

-La seule manière dont je foutrai le camp c'est dans un sac poubelle. »

Tom inspira brusquement et Harry ajouta : « dans le sens que la seule manière pour que je me tire c'est que tu me tues et que tu te débarrasses de mon corps en le mettant dans un sac poubelle pas - »

-J'avais compris. »

Sa voix était beaucoup moins assurée.

-Tom, je suis désolé. Je sais que j'ai fait n'importe quoi, mais j'entends … en même temps… je pense que tu peux concevoir pourquoi j'ai fait n'importe quoi, mais enfin bref – Tom, s'il te plaît, fais pas ça !» sa voix sonnait clairement désespérée même à ses propres oreilles et il se rendait parfaitement compte que sa phrase n'était pas très claire.

Tom recula d'un pas et Harry ne réussit pas à maintenir sa prise sur son poignet.

-Je ne peux pas, Harry. » il sembla se replier sur lui-même, sa colère lui avait donné une poussée d'énergie mais elle était retombée et ses épaules s'affaissaient. Il plaça instinctivement sa main devant ses yeux et Harry se rappela avec douleur de ce qu'il s'était passé dans la chambre d'hôpital. « Je ne peux pas être ton » Harry vit distinctement Tom faire une grimace « ami, je ne peux pas être vers toi. Je comprends que tu puisses » il inspira profondément mais Harry entendit que sa respiration était hésitante, qu'elle tressaillait « avoir envie de m'aider ou je ne sais pas quelle est ta lubie actuelle, et crois-moi je réalise que c'est très noble mais… »

C'était comme voir un château de carte s'écrouler au ralenti. Il ne faisait pas vraiment sens en plus, c'était quoi cette histoire d'être ami. Bordel il était à côté de la plaque mais en même temps ça faisait tellement sens qu'il se dise qu'Harry ne soit là qu'à cause de sa conscience (ce qui était, d'accord, un peu le cas) et pas parce qu'il en avait réellement envie.

Merde, pensa Harry pour la dixième fois de la soirée, ce n'était pas en parlant qu'il allait régler cette horrible situation. Tom était clairement dans un délire de dégoût de lui-même, et de toute manière il ne voyait pas très bien ce qu'il pouvait lui dire : « je suis là pour toi ! » c'était complètement nul « je t'aime ! » ENCORE PLUS (et c'était beaucoup beaucoup trop tôt) et le pire ce qu'il continuait son monologue et Harry se dit que comme il n'arriverait pas à franchir l'immense obstacle psychologique qui était « la dépression apparente et le dégoût et la haine que Tom arborait pour lui-même », qu'il serait plus simple de franchir l'obstacle physique.

Il ne laissa pas le temps à Tom de réagir. Il s'approcha vivement, attrapa Tom d'une main par la nuque, de l'autre par la taille et le pressa contre lui.

C'était ironique la symétrie entre eux. Parce que c'était une nouvelle fois gênant, sauf que cette fois c'était lui qui tenait Tom et pas l'inverse comme ça avait été le cas chez lui. Et Tom réagissait de la même manière que lui : il sentit son corps se crisper entièrement sous l'étreinte. Mais malgré son état de tension, il sentait qu'il tremblait. Bon sang, Tom, pensa Harry en raffermissant sa prise. Les secondes parurent interminables mais, alors qu'Harry se demandait s'ils allaient passer le restant de leur vie dans cette position plus que gênante, il sentit que Tom levait lentement les bras, les enroulait autour de sa taille et le serrait contre lui. Harry relâcha un soupir qu'il n'avait même pas remarqué retenir. C'était bête comme ce simple geste pouvait signifier mille mots. Il passa maladroitement une main dans le dos du plus grand (il pouvait littéralement compter les vertèbres) et sentit sous ses doigts les épaules de Tom commencer à sursauter. Simultanément ses bras le serrèrent beaucoup plus fort et moins de cinq secondes plus tard Tom Riddle alias Voldemort était en train de sangloter dans ses bras. Harry lui rendit son étreinte au centuple en essayant de ne pas se mettre à pleurer lui aussi. Il avait eu tout le temps du monde, bon sang il avait des amis sur qui s'appuyer dans ce genre de moment (même si c'était vrai qu'il les avait majoritairement évités) alors que Tom n'avait, comme à son habitude, personne.

Il ne pouvait pas estimer le temps qu'ils avaient passé ensemble, debout dans le couloir, à se serrer l'un l'autre. Mais Harry se rendit vite compte que ce n'était pas une crise passagère et que Tom avait vraiment besoin d'être … réconforté. Et même si Harry était plutôt en bonne forme physique, soutenir l'autre – qui était vraiment plus grand que lui - était fatigant. Et il se voyait mal lui dire « arrête de pleurer, allons manger des pancakes. » C'était absolument tout sauf délicat. Mais il était quatre heures du matin et logiquement Tom ne devrait pas se rendre au travail avant quelques heures. Voire pas du tout de la journée s'il respectait ce que lui avait intimé l'autre docteur.

Il s'écarta donc et, tout en faisant très attention à ne pas rompre le contact physique, poussa lentement Tom dans la direction de la pièce qu'il venait de quitter. L'autre n'avait pas parlé depuis sa dernière insulte et Harry se rendait bien compte qu'il n'aurait probablement pas envie de parler avant qu'il ne se sente mieux. Il poussa la porte de la chambre, constata avec soulagement que la pièce était relativement propre et appuya sur les épaules de Tom jusqu'à ce qu'il s'asseye sur son lit. Il s'assit à ses côtés, et regarda d'un air dubitatif la manière dont le plus âgé (le nettement plus âgé) était habillé. Il était toujours en chemise et pantalon ce qui clairement n'était pas une tenue appropriée pour la détente. Il n'avait évidemment pas du tout l'intention de tenter quoique ce soit d'inapproprié, loin de là, Tom n'était clairement pas en état de penser à ce genre de choses, mais il ne pouvait décemment pas le remettre au lit habillé. Il alluma la lampe de chevet, constata que la chambre paraissait plus propre dans le noir –il y avait de la poussière partout - et regarda autour de lui dans l'espoir de trouver un jogging ou n'importe quoi qui serait plus confortable qu'un pantalon. Malheureusement, il n'y avait rien ressemblant de près ou de loin à un pyjama et Harry soupira en se relevant et en se dirigeant vers l'armoire. Et Tom avait enfoui son visage dans ses mains et ne semblait pas réussir à se calmer. Harry savait qu'il n'avait pas à se sentir coupable… Du moins entièrement – il aurait été plus bizarre qu'il accepte la situation comme si de rien était. Mais … voir Tom dans cet état… lui brisait le cœur. Il ouvrit l'armoire, constata qu'elle était entièrement vide, referma la porte, et retourna auprès de Tom. En essayant d'être le plus neutre possible, il n'avait pas du tout envie que le plus grand interprète mal son geste, il le poussa sur le lit jusqu'à ce qu'il soit couché et déboutonna son pantalon. Le pire c'était que Tom ne réagissait tout simplement pas. Comme s'il était prêt à le laisser faire absolument n'importe quoi. Harry ravala les larmes qui lui montaient aux yeux. Il n'avait pas le droit de se comporter comme une victime mainteant. Il n'avait pas le droit de se mettre à pleurer. Il tira sur l'habit au niveau des jambes et remarqua que Tom levait instinctivement le bassin. C'était horrible il avait l'impression d'être un espèce de pervers qui venait d'acheter une victime tout sauf consentante. Tom avait cette fois placé son bras sur son visage et il ne pouvait pas voir son expression. Bon sang. Il balança le pantalon par terre, se releva, et enleva le sien le plus rapidement possible avant de se coucher aussi sur le lit. Il attrapa le duvet qui traînait, coincé contre le mur et Tom (en essayant de ne pas penser à quand Tom l'avait changé pour la dernière fois) et l'utilisa pour les couvrir les deux. Il attrapa ensuite Tom par le bras et l'attira contre lui. L'autre se laissa entièrement faire comme s'il n'était qu'un corps sans vie. Mais, quelques secondes plus tard, il se repositionna pour être parfaitement contre Harry et passa une jambe sur celles du survivant. Il était toujours en train de pleurer : Harry pouvait le déduire grâce à sa respiration, au fait qu'il sentait que son visage – qui était pressé contre son cou – était trempé et que son dos était toujours parcouru de tressaillement. Et Harry savait qu'il ne pouvait rien faire – du moins qu'il ne pouvait rien faire d'autre qu'enfin être là. Il se contenta donc de lui caresser lentement le dos et, petit à petit, les mouvements saccadés s'espacèrent jusqu'à disparaître complètement. Et la dernière pensée qu'Harry fut capable de former fut : « il s'est endormi » avant de sombrer lui aussi dans le sommeil.

-Merde ! »

Harry se réveilla en sursaut. Une chose était sûre il était encore complètement épuisé. Il se redressa néanmoins rapidement en constatant que Tom regardait quelque chose d'un air plus que catastrophé. Harry tourna la tête pour voir quel était l'objet en question et eut tout le loisir de voir affiché électroniquement l'heure suivante : « 11 : 53 ». Oh. Pensa-t-il. Ils avaient dormi quelque chose comme …sept heures. Tom lui lança un regard alarmé comme s'il ne savait pas exactement comme il devait réagir. Ce qui, vraisemblablement était le cas.

-Je suis censé être à l'hôpital. » déclara-t-il platement.

Harry se redressa et regarda Tom d'un air critique. Il avait l'air d'aller mieux… Psychologiquement. Bon, en même temps, le simple fait qu'il ne soit pas en train de pleurer pouvait être considéré comme un progrès flagrant.

-Appelle-les pour leur dire que tu ne te sens pas bien et que tu prends congé. » répondit Harry d'un ton autoritaire. Il était hors de question que Tom ne mette ne serait-ce qu'un seul pied dehors.

-Je ne peux pas. » Mais, et Harry décida de prendre ça comme une victoire flagrante, il semblait hésiter.

-Tom, honnêtement… » il laissa le reste de sa phrase en suspens mais son ton était très évocateur. Voyant que ça n'avait pas convaincu l'autre il ajouta : « je n'ai pas besoin d'être médecin pour remarquer que tu as besoin de repos. Et accessoirement de manger. » il posa sa main sur l'épaule du plus grand et reprit : « j'ai fait des pancakes cette nuit, recouche-toi et je te les amène. »

-Je dois y aller. » Il se leva et Harry vit avec une certaine dose d'alarme qu'il chancelait. Et qu'il évitait de croiser son regard.

-Tom » il se leva aussi et se plaça stratégiquement devant le plus grand : « S'il te plaît, pense à toi, tu tiens à peine debout bordel ! »

Leurs regards se croisèrent enfin et Harry put mesurer à quel point l'autre semblait atrocement tiraillé entre ce qu'il pensait devoir faire et ce qu'il voulait faire (enfin Harry espérait vraiment qu'il ait envie de rester auprès de lui).

-Je ne peux pas. » il baissa une nouvelle fois les yeux « un de mes patients » il prit brusquement une gorgée d'air et Harry se maudit en voyant les mains de Tom être prises de tressaillements. « Est sur le point de mourir, je ne peux pas l'abandonner maintenant. »

-Oh. » répondit Harry avec éloquence. Il avait complètement oublié cette information. D'une manière presque agressive il attrapa Tom et le serra contre lui. Tom lui rendit son étreinte immédiatement et Harry fut soulagé qu'au moins il n'y avait plus de tension entre eux à ce niveau-là.

-Je suis désolé, Tom. » Dit-il doucement. Il sentit l'autre hocher faiblement de la tête. « Tu as raison. » il s'écarta. « Il faut que tu y ailles. » Bizarrement le regard de l'autre prit une expression proprement déchirée. Comme si une partie de lui n'avait vraiment pas envie d'y aller.

Toutefois, il s'écarta après une seconde de plus, soupira et passa une main tremblante dans ses cheveux.

« J'ai un bon compromis » Déclara Harry en sentant que lui aussi avait terriblement envie de retenir l'autre, de le remettre dans le lit et de pas le laisser quitter son regard même pour quelques minutes. « Tu vas voir ton patient, mais uniquement lui et tu reviens après, d'accord ? » Tom lui sourit faiblement.

-ça risque d'être un peu compliqué. Je suis censé le voir le matin et le soir. Et le trajet en vélo me prend Une heure et quart allé retour. »

Harry le regarda avec surprise. Il ne comprenait pas pourquoi Tom ne se contentait pas de transplaner. Après, c'était vrai que l'autre était probablement encore complètement sous le joug d'un épuisement total et peut-être qu'il avait du mal à faire preuve de logique. Ce qui, en sachant de qui on parlait, était bizarre, inquiétant et du jamais vu.

-Tu peux …transplaner ? » suggéra-t-il en se demandant s'il ne ferait pas mieux d'amener directement Tom à Sainte Mangouste en inventant une histoire rocambolesque pour y justifier sa présence.

Le plus grand lui lança un regard absolument vide, pinça des lèvres en se redressant d'un millimètre (et Harry aperçu pour la première fois depuis la veille Tom tel qu'il pouvait être) et déclara d'un ton morne :

-Je n'ai plus ma baguette. »

Si Harry ne s'était pas préparé psychologiquement à être l'incarnation terrestre du calme au moment de faire face à Tom, il aurait probablement eu une réaction disproportionnée (tel que crier : « QUOI ?!» ou le secouer par les épaules ou appeler un exorciste ou s'évanouir.) Mais comme il s'attendait à devoir être le roc dans la tempête, il se contenta de dire avec un sourire seulement un peu tendu :

-Pardon ? »

Une nouvelle fois, Tom sembla se ressaisir. C'était drôle, apparemment le fait de devoir se justifier réussissait à le faire se comporter naturellement.

-Je l'ai enterrée dans le jardin. »

C'était dit avec assurance, comme si enterrer sa baguette – le symbole physique de sa qualité de sorcier – dans son jardin était quelque chose de parfaitement normal, quelque chose qui – au final – devrait être considéré comme un hobby possible par l'ensemble de la communauté sorcière.

Le sourire d'Harry s'élargit - d'une manière crispée. Il pouvait se douter du raisonnement qui sous-tendait cette action. Tom avait apparemment décidé de ne se comporter plus que comme un moldu. Ce qui était évidemment inquiétant en tant que tel mais qui laissait s'installer un très grand nombre de questions :

-D'accord. » Il fit une pause, toisa Tom qui semblait toujours parfaitement calme, et reprit : « Et la baguette de sureau, tu en as fait quoi ? »

Tom grimaça, se redressa encore un peu, regarda Harry absolument droit dans les yeux et répondit :

-Je les remise là où je l'avais trouvée. »

Donc non seulement Tom s'était introduit dans la propriété de Poudlard, ce qui théoriquement aurait dû être impossible à cause des enchantements, mais en plus il avait ouvert (ou plutôt réouvert) la tombe de Dumbledore, y avait laissé la baguette et s'était tiré comme si de rien était. C'était inquiétant. Pas tant que Tom ait fait ça, Harry voyait la logique dans ce cas précis, mais plutôt dans le fait que… Poudlard n'était probablement pas assez bien protégée actuellement.

-Et tout ça date de quand ? Je parle de la profanation et de l'enterrement… de ta baguette dans ton jardin. »

Tom haussa des épaules, regarda ses ongles distraitement et répondit :

-Je dirais environ un mois. »

Ce qui était complètement fou. Il avait beaucoup de mal à imaginer Tom, Tom Riddle, décider de se passer entièrement de magie. Cela avait probablement dû faire partie de ses pires cauchemars. Il était probablement dans une espèce de dynamique d'expiation où il se punissait de ses actes en se privant de la seule chose qui l'avait rendu un tant soit peu heureux. Il y avait un certain honneur dans ce fait, une certaine noblesse, mais c'était aussi complètement idiot.

-Ok. » déclara Harry avec un sourire. « Allons récupérer ta baguette. »

Il s'était vraiment attendu à ce que Tom pleure, le regarde avec gratitude, lui lance un sourire éclatant, n'importe quoi qui les enverraient ensuite aller chercher sa baguette, mais, contre toute attente, le brun répondit simplement :

-Non. »

-Tom, je crois que je comprends pourquoi tu as fait ça, mais vraiment, ce n'est pas nécessaire. »

Son vis-à-vis plissa des yeux :

-Harry. Mets-toi bien ça dans la tête. Je ne toucherai plus jamais à une baguette. Crois-mois sur parole, ça n'arrivera plus. »

L'expression faussement enjouée d'Harry se figea sur son visage. Parce que Tom était grave et son regard étincelait d'une résolution catégorique. Et que pouvait-il répondre à ça ? Comment pouvait-il convaincre Tom qu'il n'était pas obligé de faire ça ? Mais en fin de compte ce n'était pas à lui de décider, il n'avait même pas vraiment le droit d'argumenter. Si Tom ne se faisait pas ou plus confiance c'était son rôle de respecter son choix.

-Ok » déclara-t-il en soupirant. « Deux choses : premièrement, je peux venir te chercher en transplanant moi. Tu peux m'envoyer un message quand tu as terminé. » Tom haussa des sourcils comme si l'éventualité qu'il allait vraiment revoir Harry une fois qu'il aurait quitté la maison n'avait pas été une possibilité qu'il avait réellement considérée comme probable. « Deuxièmement, c'est ton droit de ne plus vouloir utiliser ta baguette, mais je te garantis que je serai pas le seul à être corvée de vaisselle parce que c'est (Harry leva les deux mains et fit le geste universel pour indiquer « guillemets » avec ses index et ses majeurs) « soi-disant plus vite fait avec la magie. »

Tom le regarda avec surprise, il eut un mouvement – un réflexe – qu'Harry remarqua en voyant son bras bouger dans sa direction avant qu'il ne se ravise et qu'il le ramène contre lui.

Et Harry sût instinctivement que s'ils avaient été un tant soi peut plus confortables l'un avec l'autre, Tom l'aurait embrassé à ce moment-là.

Ils transplanèrent – enfin, Harry transplana – dans la même ruelle que la veille, quand Harry avait encore été persuadé que Tom avait recommencé à faire des horcruxes. Elle avait le mérite d'être proche de l'hôpital, mais suffisamment lointaine pour que Tom ne donne pas l'impression d'arriver de nulle part.

-Je serai là dans une heure et demie » déclara Harry en lâchant le bras de Tom. Il regarda l'heure, nota qu'il était treize heures (il avait tout de même forcé Tom à manger avant de transplaner) et constata que Tom lui lançait un regard de biais avant d'hocher la tête et de s'éloigner d'un pas rapide. À nouveau seul, Harry soupira et fit quelques pas dans la direction inverse que celle que Tom venait d'emprunter. Toutes choses considérées, il devait admettre que ça ne s'était pas si mal passé. Bien sûr ils n'étaient pas là où ils avaient été auparavant mais il n'y avait aucun doute que pour la première fois depuis qu'ils avaient retrouvés la mémoire ils allaient quelque part. Maintenant, restait à savoir ce qu'il allait faire pendant une heure et quart. Il avait l'esprit beaucoup trop occupé par Tom pour pouvoir faire quoique ce soit de productif mais en même temps… soudain le téléphone d'Hermione lui revint brusquement à l'esprit. Quelque chose était arrivé. Aller au ministère pendant une heure paraissait donc une assez bonne idée, prendre des nouvelles, expliquer qu'il serait un peu occupé ces prochaines semaines et expliquer vaguement qu'il … fréquentait plus ou moins à nouveau le médecin ce qui rassurerait probablement ses amis.

Il transplana et arriva au milieu du chaos le plus total.

Dire que le ministère (encore dans un stade de reconstruction quoique de plus en plus efficace) avait été une entité plus ou moins somnolente n'aurait pas été complètement faux. Certes ils travaillaient tous avec entrain à reconstruire une structure acceptable à la société sorcière mais en même temps… à part s'entraîner, signer des documents et essayer de recruter d'autres aurors, Harry ne faisait pas grand-chose. Dans le sens qu'il n'y avait eu aucune menace sur la communauté sorcière depuis qu'ils avaient retrouvés la mémoire. Et… du coup, voir tous ses collègues s'affairer comme si une catastrophe était arrivée le laissa interdit pendant quelques instants. Il se ressaisit et attrapa par l'épaule le premier sorcier avec un visage relativement familier. Sorcier qui parût infiniment soulagé – dans sa panique – de voir Harry.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda Harry en devant se retenir de ne pas secouer le fonctionnaire. Qui d'ailleurs sembla surpris de voir que le survivant n'était pas au courant.

-La marque des ténèbres ! Elle est… Elle est apparue dans… - »

Harry ne lui laissa pas le temps de finir, il se précipita vers les ascenseurs en maudissant l'impossibilité de transplaner dans le ministère hors de l'entrée. Heureusement un ascenseur arrivait précisément au moment où il s'arrêtait devant les portes et il y entra en haletant avant d'appuyer avec force (et en tout cas quatre fois) sur le bouton menant à l'étage des aurors, et à son bureau. Ses amis et collègues auraient forcément plus d'informations qu'un type quelconque.

La montée était effroyablement longue et Harry ne réussit pas à s'empêcher de penser. La marque des ténèbres. Évidemment le seul coupable envisageable était Voldemort. Qui était supposément en ce moment même dans un hôpital en train de voir un patient de 10 ans. Harry laissa échapper un grognement : il avait vraiment envie de se taper la tête contre un mur. Est-ce que Tom était capable de le manipuler comme ça ? Capable dans le sens émotionnel et stratégique ? Est-ce qu'il pouvait faire ça à Harry et est-ce qu'il pouvait échafauder un plan aussi tordu ? La réalité c'est qu'Harry était sûr que Tom était parfaitement capable de mettre en place des plans machiavéliques se déroulant en plusieurs temps. Il était même plus que sûr puisqu'il l'avait déjà vu à l'œuvre mais à l'époque cela consistait plutôt à faire en sorte qu'un collègue incompétent donne sa démission plutôt que d'asservir un pays entier. N'empêche, d'un point de vue purement théorique, cette situation pouvait parfaitement venir de Tom. Mais – Non. Harry s'était promis de lui faire confiance, d'arrêter de sauter tout de suite aux conclusions surtout si elles incriminaient son … … son « ami ». Il fallait qu'il entende de la bouche de ses amis ce qu'il s'était passé.

Les portes finirent par s'ouvrir à l'étage de son bureau et Harry sortit en trombe de l'ascenseur et se précipita dans son bureau – où il n'y avait bien évidemment personne. Pourquoi personne n'avait-il essayé de le contacter ? Il avait son téléphone sur lui, pourquoi n'avaient-ils pas essayé de l'appeler ?

Secouant la tête il décida d'aller dans le bureau de Ron qui était à côté du sien, et – bingo, il se trouva face aux traits extrêmement tirés de ses deux – trois meilleurs amis. Ils étaient debout et faisaient face à un tableau sur lequel était affiché des photos. Toutes étaient macabres mais pas pour les mêmes raisons. Trois d'entre elles montraient la marque des ténèbres – sous trois angles différent - qui se mouvait lentement dans le ciel au-dessus d'une maison banale. Et les photos restantes, une quinzaine à vue d'œil - montraient des corps sans vie. Deux adultes et un enfant.

-Harry ! » s'exclama Ron en le voyant entrer.

-C'est quoi ce bordel ? » répondit Harry avec colère en constatant que la situation était pire qu'il ne l'avait imaginée. La marque des ténèbres était un problème en soi, mais la marque et un triple homicide en était un autre « pourquoi vous ne m'avez rien dit ?! »

Ron lui lança un regard désolé :

-On ne voulait pas t'affoler avant qu'on … qu'on ait une piste ou au moins quelque chose. »

Harry secoua la tête en essayant de ravaler sa colère. Mais c'était très difficile. En même temps s'ils l'avaient prévenu aurait-il abandonné Tom pour se rendre au ministère ? ll n'en avait aucune idée mais le fait qu'on ne lui ai pas laissé la possibilité de faire ce choix le rendait hors de lui.

-Harry tu as déjà bien assez souffert de toute cette situation on s'est dit que - » essaya Hermione avec un air désolé.

-C'est bon. Résumez-moi les faits. »

Drago soupira et déclara d'un air fatigué dans lequel Harry pouvait tout de même discerner une certaine pointe d'angoisse :

-Très simple, la marque des ténèbres est apparue dans un village en Irlande, les occupants de la maison sont décédés. C'est tout ce qu'on sait. Ils sont morts dans leur lit- une personne s'est juste introduite, les a assassinés et s'est cassée en laissant la marque des ténèbres. »

Harry se plaça devant une photo. Les cadavres étaient effectivement dans leur lit. Ils n'avaient pas été torturés.

-On a aucun suspect. » déclara faiblement Ron d'une voix fatiguée. « On a établi une liste des Mangemorts qu'on sait être morts » il la tendit à Harry qui put lires les noms : Bellatrix Lestrange, Lucius Malfoy, et un certain nombre d'autres noms qui ne lui rappelaient rien, « et une liste des Mangemorts qui ont disparu dans la nature et qui n'ont pas réapparu quand on a retrouvé la mémoire. » Il tendit l'autre liste à Harry sur laquelle figurait à la première place : Voldemort / Tom Riddle. Son regard s'arrêta un instant sur le nom et son estomac se contracta involontairement.

-Vous êtes sûrs que c'est arrivé hier soir ? Vous avec une idée de l'heure ? »

-Entre 21.30 et 23.00 » répondit Ron avant de reprendre les deux listes.

Harry pinça des lèvres. À priori c'était les heures où il surveillait Tom. L'autre lui aurait difficilement filé entre les doigts. En fait, le fait est que si c'était lui, cela voulait dire qu'il lui avait menti de A à Z, notamment quant au fait qu'il ait enterré sa baguette. Tom mentait, c'était indéniable mais à ce point ? Non ce n'était probablement pas lui, Tom ne savait pas qu'Harry l'avait espionné, son petit « cinéma » n'aurait eu absolument aucun intérêt. Sauf s'il savait justement qu'Harry le suivait mais comment aurait-il pu s'en douter ?

-Il faut qu'on retrouve Voldemort. » déclara Drago faiblement. Il semblait terrifié par cette perspective et Harry pouvait parfaitement comprendre. Voldemort avait pris un certain plaisir à tourmenter la famille Malfoy et Drago devait en garder un souvenir amer.

-Et les autres Mangemorts. » déclara Harry en soupirant. « C'est possible qu'ils agissent seuls… »

-Harry. » déclara Ron d'un air mal à l'aise « C'est forcément Voldemort. Ça peut être un signe pour dire aux Mangemorts en vie qu'il est de retour et qu'ils doivent se rallier à lui. »

Harry ne pouvait pas le contredire.

Harry essaya de réfléchir à un plan. Mais il ne voyait pas ce qu'ils pouvaient faire. Ils n'étaient pas assez d'aurors et ils ne pouvaient pas surveiller toutes les villes et villages du Royaume-Uni en espérant choper le taré qui avait décidé qu'assassiner une famille était un passe-temps adéquat.

-ça pourrait être un incident isolé » dit-il faiblement en regardant les photos. Il se rendit compte trop tard qu'il avait exactement les réactions opposées à celles que ses amis attendaient de lui. Évidemment s'il n'y avait pas toute cette histoire avec Tom il aurait été catastrophé aurait accusé Voldemort et pensé à un plan. Parce que Voldemort avait toujours essayé de le tuer. Ce qui, de toute évidence, n'était plus une priorité pour lui.

Son regard s'arrêta sur l'horloge accrochée au mur. Son visage se figea. Une heure et quart, ça passait beaucoup trop vite, il allait être en retard.

-Je suis désolé il faut que j'y aille. »

Ses trois amis lui lancèrent des regards estomaqués. Bien sûr : ça ne lui ressemblait pas de les laisser dans une situation pareille pour aller faire dieu savait quoi. Il se sentit rougir et ajouta rapidement : « j'ai rendez-vous avec le médecin. »

Il vit distinctement trois paires de sourcils se lever avec une synchronisation presque comique mais n'attendit pas leur réaction. Il sortit de la pièce, entra dans un ascenseur en pestant, pesta encore en constatant qu'il aurait vraisemblablement deux minutes de retard, se plaça dans l'un des endroits de départ et d'arrivée du Ministère et transplana.

Il eut à peine le temps de voir Tom tourner hors de la ruelle. Il se maudit et appela l'autre garçon en se précipitant à sa suite. Tom s'arrêta et se retourna l'air incrédule. Il semblait réellement étonné de voir qu'Harry était vraiment venu le chercher. Comme si au fond, il s'était attendu à ce que la ruelle soit vide au moment où il s'y rendrait. Harry se sentit une nouvelle fois infiniment triste.

-J'ai une minute de retard et tu te tires déjà ? » finit-il par s'exclamer en croisant des bras. Mieux valait éviter de mentionner le fait que Tom paraisse sincèrement bouleversé et qu'apparemment il n'avait rien à répondre à la question d'Harry. Ce qui rendait la situation un peu gênante. « J'ai de quoi faire des pâtes dans mon appartement à Londres » déclara-t-il ensuite. Tom lui lança un regard qu'il pouvait qualifier d'assez blasé.

-On a mangé de pancakes il y a moins de deux heures. » répondit-il comme si cela avait un quelconque rapport avec le fait de manger des pâtes. Hum.

-Et alors ? » Répondit Harry en essayant de ne pas quitter des yeux Tom. Il était sûr que s'il se mettait à détailler la maigreur maladive de son corps l'autre ne serait pas tout à fait heureux.

-Je n'ai pas faim. »

-Et alors ? »

Tom lui lança un regard très évocateur mais finit par soupirer et répondre : « très bien ».

Harry noua son bras dans le sien et ils transplanèrent dans son appartement.

C'était très étrange d'être avec Tom chez lui, parce qu'il n'avait jamais envisagé ça comme étant possible durant tout le temps où il y avait habité. Il l'avait imaginé bien sûr – mais jamais considéré comme étant quelque chose de concrètement réalisable. Tom semblait aussi mal à l'aise que lui, probablement à cause de la dernière conversation qu'ils y avaient eue.

Harry enleva son manteau, prit celui de Tom sans y réfléchir et les accrocha sur le porte-manteau avant d'enlever ses chaussures. Il remarqua du coin de l'œil l'autre faire de même avant qu'ils n'entrent de concert dans le salon. Qui était dans un état lamentable. Harry vit très distinctement Tom ouvrir la bouche probablement pour faire un commentaire mais il vit tout aussi distinctement la main de Tom tressailler, une certaine rougeur apparaître sur son visage (ce qu'Harry ne l'avait presque jamais vu faire) et sa mâchoire se crisper dans la même seconde. Il se rendit compte que Tom venait probablement de se souvenir de l'état de sa propre maison et que mentionner l'état du salon d'Harry les mènerait à une conversation sur la manière dont il avait vécu pendant plusieurs mois. Harry nota qu'apparemment c'était un sujet que Tom ne voulait pas aborder.

-Tu veux quelque chose à boire ? » demanda-t-il en désignant d'un geste distrait le canapé, signifiant à Tom qu'il pouvait s'y asseoir. Le plus grand haussa des épaules et, au lieu de s'asseoir, suivit Harry dans la cuisine.

Harry soupira, appuya sur le bouton du chauffe-eau et ouvrit son frigo. Ok, c'était loin d'être un paradis culinaire, il n'y avait pour ainsi dire, pas grand-chose, mais effectivement, il y avait des tomates, du fromage et il savait qu'il avait dans ses placards des sauces toutes faites.

Il allait se tourner vers le placard où il rangeait ses casseroles quand il remarqua que Tom était déjà en train d'en remplir une d'eau. Qu'il avait probablement trouvé à l'endroit où il les laissait sécher à côté du lavabo.

C'était bizarre de refaire des tâches domestiques à côté de Tom. Il ne réussit pas à retenir un semblant de rire – il avait imaginé une seconde Tom dans son apparence post-cimetière en train de faire la cuisine – et le plus grand se tourna vers lui un air interrogateur sur le visage.

-C'est juste que » Harry pouffa une nouvelle fois et chercha ses mots : « Je t'imagine en train de faire des trucs mondains… avant qu'on perde la mémoire. »

Tom leva très clairement les yeux au ciel.

-Je ne faisais pas la cuisine, si c'est ce que t'es en train d'imaginer. » Harry lui lança un regard amusé :

-Bien sûr que non, Lord Voldemort était bien trop occupé à être obsédé par un jeune de seize ans. »

Tom tressaillit et se tourna vers Harry, un air de panique sur le visage qui prit une teinte soulagée quand il vit que le plus petit souriait. « Mais je comprends » répondit Harry alors que son sourire devenait sensiblement plus large « comment résister à… » il fit un geste de la main en se désignant « ça. »

Tom sourit faiblement – la première occurrence – et répondit :

-Je suis content qu'on soit du même avis. »

Harry haussa des sourcils et s'appuya contre le comptoir de sa cuisine son sourire toujours en place :

-Sérieux ? Tu me trouvais…séduisant ? »

Tom se pinça les lèvres et déclara : « je ne sais pas si je suis censé mentir pour te faire plaisir ou si tu préfères la vérité. »

-La vérité » répondit Harry qui avait sincèrement l'air curieux.

-Ce genre de considérations ne traversaient pas mon esprit. »

L'air curieux d'Harry devint distinctement choqué :

-Comment ça « ce genre de considérations » ?! Je comprends que tu n'aies pas particulièrement été séduit par un gamin de quinze ans mais … » il fit une pause, se concentra et déclara en pointant du doigt le plus grand : « Lucius Malfoy ? Gilderoy Lockhart ? » Lockhart avait été le professeur le plus incompétent du monde, et un enfoiré complet, mais Harry ne pouvait pas nier, avec le recul, qu'il était plus beau que le commun des mortels.

Tom prit sincèrement un air dégouté.

-Oh mon dieu. Non. Non. » son air dégouté prit une teinte encore plus dégoutée – il était probablement en train de revoir le visage des deux hommes en question : « Non. » il frissonna : « non. »

-J'ai compris ! » rigola Harry en levant ses mains. « Mais je suis vraiment curieux, c'était quoi tes goûts ? »

Tom sembla réfléchir un instant mais il finit par répondre : « je n'avais pas de goût. Je n'étais pas très intéressé par les autres. »

Les sourcils d'Harry étaient à deux doigts de rejoindre ses cheveux.

-C'est un peu… triste. »

Le plus grand parut soudain scandalisé :

-Personnellement, j'appelle plutôt ça atteindre le stade supérieur de l'espèce humaine, je ne me suis jamais laissé guidé par des instincts triviaux comme le reste de mes congénères. »

-Bien sûr, Tom. Tu as parfaitement raison » répondit Harry d'un ton condescendant quoiqu'amusé. Il versa les pâtes dans l'eau qui était devenu bouillante en essayant d'ignorer l'air proprement contrarié de Tom.

-Et toi ? » finit par presser le plus grand en croisant les bras « quels sont les sorciers qui avaient attiré ton attention avant que tu ne perdes la mémoire ? »

Harry sentit qu'il rougissait. Parce qu'il savait très bien quel était le seul garçon qui avait… attiré son attention. Il essaya de se retourner pour cacher sa gêne mais Tom était déjà penché vers lui un air presque inquiet sur le visage :

-Par pitié ne me dis pas Drago Malfoy. »

-Non ! » s'exclama Harry en grimaçant. « Non… » sa grimace devint plus prononcée. Il inspira, regarda Tom dans les yeux et déclara : « Toi. » avant de sentir que son visage faisait une nouvelle grimace.

-Quoi. » Tom semblait parfaitement horrifié par cette perspective. « Tu trouvais… sexy… » il frissonna de dégout et sembla chercher comment finir sa phrase.

-Non ! » s'exclama vivement Harry en secouant les bras devant lui – il ne parlait pas de l'apparence plus serpente qu'humaine. « Le journal ».

Ce n'était pas de sa faute, il avait douze ans, et surtout il n'avait pas été au courant que le préfet, Tom Riddle si aimable et séduisant et grand et - enfin que ça avait été Voldemort.

La compréhension s'afficha sur le visage de Tom et il sourit d'un air triomphant.

-Ne t'en veux pas Harry, à l'époque le monde entier me trouvait incroyable. »

Harry fit un bruit indiquant clairement qu'il était au courant que Tom avait été, et était toujours par ailleurs, complètement irrésistible. Bien qu'il ait eu une petite incursion dans le monde du « monstrueux ». Difficile d'oublier que Tom avait un jour ressemblé à un serpent.

Un serpent.

-Tom, où est le serpent ? » demanda Harry avec curiosité. Il n'avait pas vu l'anaconda depuis le fameux 31 décembre où il avait débarqué chez Tom pour lui demander des comptes.

-Je l'ai relâché. » Voyant l'air absolument horrifié d'Harry il s'empressa d'ajouter : « En Floride ! Je l'ai relâché en Floride ! » devant l'air cette fois dubitatif du plus jeune il déclara : « Je ne voulais pas qu'il finisse dans un zoo ou pire euthanasié si je … s'il devait m'arriver quelque chose. »

Si Harry n'avait pas été absolument persuadé que Tom se laissait mourir avant, il en avait maintenant la preuve formelle ce qui était terriblement triste. L'envie de le serrer dans ses bras était extrême mais il se retint et se remit à couper la tomate qu'il avait devant lui.

Ils ne parlèrent plus pendant qu'ils préparaient à manger mais Harry sentait clairement que Tom le regardait avec un air victorieux (il devait se repasser en boucle la révélation qu'Harry avait eu un « crush » sur lui à 12 ans). Ce qui était une très nette amélioration par rapport à l'état qu'il avait eu avant. Ils mangèrent en silence (Harry incroyablement soulagé de voir que la bonne humeur de Tom le rendait tout à fait prêt à ingérer une quantité honorable de nourriture même s'il restait tiraillé par la pensée de ce qu'il se passait au ministère) et il faisait la vaisselle en essayant de ne pas penser au fait que trois moldus étaient morts et qu'il n'y avait rien qu'il pouvait faire et –

Il inspira et se tourna vers Tom qui essuyait la vaisselle à côté de lui :

-il faut que je te dise quelque chose. »

C'était le moment d'être audacieux et malin et d'étudier attentivement la réaction qu'aurait Tom. Qui s'était aussi tourné vers lui et qui le regardait calmement prêt à entendre ce qu'Harry avait à lui dire.

-La nuit passée quelqu'un a tué trois moldus en Irlande et a laissé la marque des ténèbres au-dessus de leur maison.

Harry s'était vraiment attendu à ce que Tom ait une réaction mesurée et calculée mais il vit très clairement une colère proprement hideuse s'infiltrer sur son visage et tordre ses traits. C'était la première fois qu'il ressemblait à ce point à Tom tel que Dumbledore le lui avait dépeint. Ceci dit, il inspira profondément, regarda fixement le plafond pendant quelques secondes et au moment où il croisa à nouveau les yeux d'Harry, son visage avait pris une expression complètement neutre.

-Je ne t'accuse pas » dit tranquillement Harry en lui passant l'assiette qu'il venait de laver.

-Merci. » Son ton était absolument contrôlé mais Harry voyait parfaitement qu'il devait vraiment prendre sur lui. « Je ne sais pas qui est l'idiot qui s'est permis de… sans rien entendre de ma part » l'assiette se cassa entre ses mains.

Tom la contempla un instant, la posa sans dire un mot sur le plan de travail et quitta la pièce laissant Harry complètement abasourdi. Il avait senti la colère pratiquement irradier de Tom et jamais il ne l'avait vu dans un état pareil. Mais son esprit lui rappela douloureusement qu'il avait déjà senti Tom dans un état pareil… ou plutôt Voldemort pendant sa cinquième année. Il soupira en réparant l'assiette d'un coup de baguette et se décida à suivre Tom qui s'était assis sur le canapé la tête entre les mains.

Il s'assit à côté de lui ne sachant pas trop quoi lui dire. Heureusement pour lui, l'autre parla en premier :

-Je ne sais même pas pourquoi je suis en colère à ce point. »

Lentement Harry leva la main, et priant pour qu'il ne soit pas repoussé à la seconde, la posa sur l'épaule de Tom qui se tendit sous le contact. Mais il ne se dégagea pas. « Ce n'est pas comme si j'avais envie de reprendre ce rôle. » il inspira bruyamment et reprit la voix légèrement tremblante « j'aurais préféré ne jamais… » il laissa sa phrase en suspens et Harry sentit qu'il commençait à pleurer. Horrifié de la tournure des événements il fit glisser sa main de l'épaule jusqu'au dos du brun et se pressa contre lui. Il ne pouvait pas faire grand-chose d'autre.

Au bout de quelques secondes Tom reprit :

-Qu'est-ce que tu fais, Harry. » c'était une question mais le ton était tellement morne qu'il était difficile de réellement qualifier ça d'interrogation.

-Hm » répondit avec éloquence le survivant. « j'essaye de te… réconforter ? »

Tom eut un rire sans joie d'une seconde.

-Je ne parlais pas de maintenant, je parle d'aujourd'hui. »

Pour la deuxième fois en moins de vingt-quatre heures, Harry eut la sensation qu'ils étaient comme face à face et qu'une fissure s'était creusée entre leurs deux pieds et que s'ils pouvaient encore la franchir aisément pour se rejoindre, qu'une seule mauvaise réponse, qu'un seul malentendu transformerait la fissure en un gouffre et qu'ils seraient séparés à jamais.

-Je suis désolé, Tom. » Tom se dégagea de lui et Harry vit avec horreur la fissure métaphorique qu'il avait imaginé grandir démesurément « je t'ai… failli. » L'autre plissa des yeux, il pleurait toujours. Harry attrapa son bras pour essayer de lui faire comprendre « Je t'ai tourné le dos à chaque fois que tu avais besoin de moi et je - » Tom enleva son bras qu'Harry rattrapa immédiatement « je ne veux pas être ton ami, je suis pas là parce que j'ai pitié ou je ne sais quoi d'autre, je suis là parce que je suis égoïste ! » Tom écarquilla légèrement des yeux « Je suis désolé qu'il m'ait fallu six ans pour m'en rendre compte mais si tu veux encore de moi - »

-Harry » La voix de Tom tremblait… comme tout le reste de son corps, d'ailleurs. « Je ne suis plus le même. » Son regard était terrifié. « Je ne sais même pas qui je suis, je ne sais même pas de quoi je suis capable »

De son autre main, Harry attrapa l'autre épaule du garçon et le tourna brusquement vers lui.

-Tom. Tu es… tu es toi ! Tu es un peu taré personne ne contredira ce fait…tout comme le fait que tu sois complètement mégalomane, mais tu es aussi drôle et attentionné et courageux et on sait tous les deux que tu peux faire preuve de compassion ! Je ne peux pas imaginer ce que tu ressens et à quel point il doit être impossible de réconcilier toutes les facettes de ta personnalité, franchement ça me fout aussi les boules mais Tom, qui que tu aies l'impression d'être… Laisse-moi être à tes côtés ! »

Harry sentait que sa voix était plus hystérique qu'autre chose, et il se rendait compte que le plus taré des deux, en ce moment c'était plus que certainement lui, mais au moins Tom était toujours à côté de lui et même s'il paraissait sous le choc, il n'avait au moins pas essayé de le frapper ou de l'étrangler. Il le regardait d'ailleurs d'un air étrange comme s'il avait un peu du mal à croire ce qu'il était en train de voir. Voyant qu'il n'obtenait pas de réponse, Harry reprit : « je ne peux évidemment pas garantir que ça puisse marcher entre nous parce que personne ne peut garantir ce genre de trucs et je suis désolé pour cette tirade à deux balles mais, merde, je refuse de ne pas avoir essayé à 100% »

-Tout ce que Voldemort entreprend marche à 100% » répondit finalement Tom.

Harry prit une expression écœurée :

-Oh non. Pitié pas ce nom et pas de discours à la troisième personne. »

-Je plaisantais. » ajouta le plus grand avec une esquisse de sourire. De début de sourire. De début de début de sourire.

-Je sais » répondit Harry en levant les yeux au ciel. Il baissa les yeux et son regard croisa celui de Tom, c'était fou il avait l'apparence d'un jeune (drogué mal-nourri épuisé) entre 25 et 30 ans mais son regard exprimait bien plus l'âge qu'il avait réellement. « Je comprends que tu sois en colère, ça te correspond à 100%. » Harry prit une voix hautaine : « de quel droit ces imbéciles osent utiliser un sort que j'ai, moi génie incontesté et accessoirement le plus grand sorcier de tous les temps, créé et ce sans ma permission ? »

-Si seulement il y avait un moyen de communiquer avec les morts, je ferais en sorte que tu me qualifies une nouvelle fois de « plus grand sorcier de tous les temps » devant Dumbledore.

-Je disais ça ironiquement. En t'imitant. »

Tom lui lança un regard amusé mais qui était aussi clairement supérieur :

-Bien sûr Harry. » et de sa main libre il paracheva sa condescendance en tapotant l'épaule du survivant.

Harry attrapa sa main préparé à lui répondre quelque chose de cinglant quand son esprit s'arrêta un instant sur ce que venait de dire Tom. Un moyen de communiquer avec les morts. Il repensa à la forêt interdite, juste avant que - pour la deuxième fois de sa vie – Voldemort ne le frappe du sort de la mort. La pierre de résurrection. L'idée était à la fois terriblement effrayante mais elle lui procurait aussi une sorte de réconfort. S'il arrivait à la retrouver il pourrait parler à ses parents et s'excuser de l'horrible trahison qu'il leur avait faite… qu'il était en train de faire, qu'il allait faire. Tom le regardait curieusement, probablement parce qu'il tenait toujours sa main dans la sienne et qu'il devait avoir l'air d'un type qui vient d'avoir une révélation divine.

-Je me dis juste que le mec qui mérite le titre de « plus grand sorcier de tous les temps » n'est sans doute pas un type qui a enterré sa baguette dans son jardin. »

Tom leva sa main libre, celle qui n'était pas tenue par celle d'Harry, et présenta son majeur avec un air blasé.

Ils se surveillaient toujours, assis côtes à côtes sur le canapé, la main droite d'Harry dans la main gauche de Tom quand Harry détourna brusquement son regard.

-Je suis tellement nul pour ce genre de trucs. » maugréa Harry en regardant leurs deux mains.

-Tu parles de ta répartie ? Je peux te donner des cours privés si tu en as - »

-La ferme Tom » répondit Harry avant de l'attraper par la nuque et de l'embrasser.

Cette fois, Tom ne réagit pas comme Harry l'avait fait au moment où les rôles avaient été inversés. Il ne se raidit pas sous l'étreinte et ne garda pas sa bouche obstinément fermée (pendant les trois premières secondes). Au contraire, c'était comme s'il avait patiemment attendu qu'Harry fasse le premier pas – et Harry se doutait que c'était exactement ça qu'il s'était passé. Tom l'attira contre lui et Harry eut tout le loisir de constater qu'il connaissait encore par cœur le corps de l'autre, qu'il connaissait son parfum, merde il connaissait encore son goût comme s'il ne s'était pas passé de temps depuis la dernière fois qu'il avait eu l'occasion d'embrasser Tom comme il faut. Tom avait une main dans ses cheveux et avec l'autre appuyait contre le corps d'Harry pour le presser impossiblement contre le sien. Et Harry qui était plus ou moins à ce stade étalé contre le plus grand avait une main dans les cheveux du brun et de l'autre essayait plus ou moins désespérément de sortir la foutue chemise de Tom hors de son pantalon pour toucher son ventre – ce qu'il parvint finalement à faire. La chaleur de la peau de Tom n'avait pas changée il était toujours un peu … froid, mais ce qui avait changé c'est qu'avant s'il pouvait sentir l'os de sa hanche, là, il pouvait clairement l'agripper. Il était tellement maigre, mais décidant qu'ils avaient tout le temps de remédier à ça il glissa sa main plus haut avant que Tom ne rompe leur baiser et qu'il déclara la voix légèrement essoufflée.

-Attends, Harry, il faut que… » son visage pris une teinte coupable « je te dise quelque chose. »

Harry n'était pas complètement naïf et il s'était passé quoi… sept ans ? Depuis qu'ils avaient retrouvé la mémoire. D'accord lui n'avait revu personne, il avait eu deux ou trois rendez-vous catastrophiques mais ça n'avait jamais été plus loin qu'une poignée de main cordiale au moment de se dire au revoir. Mais la logique dictait qu'évidemment Tom avait fatalement dû voir d'autres personnes, ce qui était normal, mais ce qui ne voulait pas dire qu'Harry avait particulièrement envie d'entendre les détails.

-Je m'en fous ! » dit-il précipitamment avant de se repencher vers le brun qui l'arrêta de son bras.

-Harry. » Il avait l'air… honteux.

-Tom c'est normal je ne t'en veux pas. » Mais l'autre s'était déjà redressé et le regardait d'un air dubitatif. Harry s'écarta de lui, il ne voyait pas en quoi ça pouvait être une bonne idée de lui parler de ses conquêtes – au contraire, quel excellent moyen de gâcher l'ambiance, mais quelque chose dans l'attitude de Tom n'était pas exactement… normale.

-Je n'ai vraiment pas envie d'entendre les détails. »

Tom haussa lentement des épaules toujours avec un regard étrange, et, voyant qu'Harry n'allait pas changer d'avis, l'attira à nouveau contre lui.

Harry était contrarié. Oui, c'était absolument génial d'embrasser Tom sur son canapé, c'était incroyable de sentir ses mains sur son dos, dans ses cheveux, lui attraper la cuisse, oui c'était extraordinaire après sept ans d'abstinence totale d'être face à un corps aussi familier et une partie de lui n'avait qu'une envie : déshabiller entièrement le plus grand et parcourir littéralement tous les recoins de son anatomie mais il n'arrivait plus à être complètement . Parce qu'il imaginait tellement bien Tom avec d'autres personnes et c'était complètement idiot. Parce qu'évidemment que Tom n'allait pas vivre comme un moine alors qu'ils n'étaient plus ensemble mais combien de personnes avait-il vues ? Et … est-ce qu'il avait été en couple ? l'idée lui faisait bien plus de mal qu'il n'arrivait à l'exprimer et il sentait qu'il n'arriverait pas à profiter entièrement de ce qu'ils étaient en train de vivre s'il ne tirait pas ça au clair. Il se redressa complètement alors que Tom lui lançait un regard étonné se rassit complètement, croisa des bras et déclara :

-J'ai changé d'avis. Parle-moi de tes conquêtes. »

Il détestait son ton jaloux, il détestait que ça l'importe à ce point. Mais Tom en avait trop dit en mentionnant ça, cet abruti, il aurait mieux fait de se taire.

-Mes… conquêtes ? » Il eut un ricanement comme si l'idée était de l'ordre de la science-fiction. Harry le pressa en haussant des sourcils. Tom inspira lentement, expira tout aussi lentement et lui lança un regard blasé. « Je ne qualifierais pas ça de conquête mais bon, il y a six ans j'étais dans un bar en train de boire – ce qui par ailleurs était mon passe-temps préféré à ce moment-là de ma vie. »

Harry se souvenait que son passe-temps favori à ce moment là était de pleurer dans son lit donc il n'allait pas juger. Mais il croisa les bras plus fermement en voyant que Tom se préparait à continuer : « Et j'étais vraiment ivre quand une femme est venue m'aborder »

-Quoi ? » Si Harry avait une certitude quant à la sexualité de Tom Riddle c'était que celui-ci n'avait pas le moindre gramme de bisexualité en lui. Son histoire ne faisait donc pas sens… à moins qu'il ait décidé de lui donner littéralement tous les détails, ce qui au final lui ressemblait assez bien. Tom soupira et regarda fixement ses mains : « évidemment je lui ai dit que je n'étais pas intéressé, et sur le moment elle m'a dit qu'évidemment elle comprenait et m'a proposé à boire et – j'entends… c'est tellement absurde mais… »

-Oh putain. » déclara Harry en attrapant le bras de Tom.

-Et j'étais tellement ivre je n'ai pas fait attention à mon verre ou je ne sais quoi et… Et pour être concis : je me suis réveillé nu chez elle le lendemain en ayant absolument aucun souvenir. Donc voilà. »

-Je suis tellement désolé Tom, est-ce que… » sa question lui paraissait complètement stupide « est-ce que ça va ? »

Tom le regarda et haussa lentement des épaules en fronçant des sourcils :

-C'est difficile à dire, j'étais tellement dans une spirale d'autodestruction à ce moment-là » son regard prit une teinte presque affectueuse et Harry eut du mal à ne pas le secouer par les épaules. « Mais je ne me souviens de rien donc si ça se trouve …il ne s'est rien passé. » il haussa une nouvelle fois des épaules.

-Ok. » répondit Harry avec panique. « Et le reste ? »

-Quoi le reste ? » demanda Tom avec curiosité.

-de tes conquêtes… ces dernières années. »

Tom prit un air impossiblement hautain et déclara d'une voix arrogante :

-Personne n'est assez bien pour moi. » Harry lui lança un regard dubitatif et se désigna vaguement avec sa main. « Oh. » Tom leva lentement le bras et repoussa la mèche de cheveux qui cachait sa cicatrice en forme d'éclair avant de la parcourir lentement du doigt : « Harry…tu as toujours été l'exception » et Tom lui sourit complètement à ce moment-là et c'était dingue à quel point il avait oublié à quel point son sourire pouvait illuminer complètement son visage, à quel point il était impossible de se détourner de lui quand il souriait, à quel point être le destinataire de ce sourire lui donnait l'impression d'être spécial.

Le doigt de Tom quitta son front et Harry l'attira violemment contre lui. Et embrasser Tom, sentir ses mains sur lui, contre lui, était la meilleure sensation du monde à tel point qu'il se demandait comment ça avait été possible qu'il ait été impossible – il y a longtemps – pour Tom de toucher Harry sans qu'ils en souffrent les deux.

Ils passèrent la fin de l'après-midi ensemble ( à ne pas faire grand-chose d'autre que s'embrasser) avant qu'Harry ne les emmène une fois de plus à l'hôpital, qu'il rentre chez Tom pour lancer le repas, qu'il repasse le chercher, qu'ils mangent en silence alors que Tom avait l'air défait et qu'ils aillent se coucher après que Tom ait pris les médicaments qui lui étaient prescrits.

Et, alors qu'ils étaient chastement allongés l'un à côté de l'autre, qu'Harry était dans les bras de Tom et qu'il sombrait peu à peu dans le sommeil, Tom déclara lentement :

-Je pense que je vais devoir changer de métier. » Immédiatement réveillé Harry se tourna complètement vers lui. « Je pense que je n'arriverai pas à assumer. » Le survivant hocha de la tête :

-Je comprends. »

-Mais je ne peux pas l'abandonner maintenant. »

Harry le serra contre lui. Il savait que la mort de son patient serait un énorme coup dur – le voir était suffisamment difficile : il y avait un monde l'humeur de Tom avant qu'il n'aille à l'hôpital et l'humeur de Tom après en être sorti – et il ne faisait aucun doute que Tom aurait du mal à s'en relever.


Mort qui arriva deux semaines plus tard au milieu de la nuit. Ils avaient passé une « bonne » journée. Aussi bonne que possible en sachant que Tom savait pertinemment que le petit garçon n'en avait plus pour longtemps. Et lorsque son téléphone avait sonné au milieu de la nuit il avait su avant même de décrocher pourquoi on l'appelait à ce moment-là. Et, défait, il s'était littéralement écroulé après avoir raccroché.

Le lendemain Tom avait donné sa démission et passé la journée à contempler le vide en étant assis à divers endroits de la maison. Harry avait décidé qu'il avait probablement besoin d'être relativement seul mais il restait toujours plus ou moins dans les mêmes pièces afin de pouvoir intervenir rapidement si Tom faisait quelque chose d'irrationnel.

Le lendemain il était toujours dans un état second mais avait adressé la parole à Harry à quatre reprises et l'avait pris dans ses bras quelques secondes plusieurs fois et le survivant considérait que c'était un progrès incroyable compte tenu des circonstances.

Et finalement, jours après jours, semaines après semaines, Tom commença à reprendre pied. Au début les changements étaient insignifiants : Tom préparant le petit déjeuner en fredonnant une quelconque chanson, Tom achetant un pyjama pour enfant avec des serpents sur le bas, demandant à Harry de le lui agrandir, Tom reprenant sa lecture obsessionnelle de romans de gare, Tom coinçant Harry dans tout l'appartement incapable de garder ses mains ailleurs que sur le plus jeune.

Jusqu'à ce que, trois mois plus tard, alors qu'il avait passé trois mois sans « réelle » occupation (terme qui aurait scandalisé Tom puisqu'il jugeait que s'engueuler par message interposés avec des inconnus sur divers forum était une occupation à plein temps) Harry rentre du ministère et qu'il soit accueilli par Tom parfaitement coiffé et habillé – comme à son habitude – devant son ordinateur lui déclarant avec un sourire éclatant n'augurant rien de bon :

-J'ai eu une idée. » il tourna l'ordinateur vers Harry qui vit avec horreur affiché sur l'écran un site absolument immonde qui était intitulé : « Spécialiste des Serpents : communication animale, acquisition, pertes et adoptions. »


Quant au ministère, il n'y avait pas eu d'autres attaques, et tout le monde était forcé de se dire que cette attaque était… un incident isolé et qu'avec un peu de chance il n'y en aurait pas d'autres. Et ils vivaient tous dans ce demi-espoir de ne pas être face au retour du mage noir, et en même temps dans cette culpabilité de ne pas être capable d'attraper l'assassin, quand deux familles moldues furent brutalement assassinée en Ecosse et dans le nord de l'Angleterre. La nouvelle tomba alors qu'il n'y avait que Hermione et Drago dans les bureaux (Harry Ron et les autres aurors étaient chez eux). Hermione n'eut pas le cœur d'appeler ses amis. Ce n'était pas un secret que Harry était à nouveau en couple avec le médecin et la femme de Ron était enceinte…Elle n'avait donc pas du tout envie de les déranger, d'autant plus qu'ils ne pouvaient à nouveau littéralement rien faire.

Mais, alors qu'Hermione inspectait les documents qu'ils avaient à disposition, une idée s'imposa lentement dans son esprit.

-Drago » dit-elle soudainement en se tournant vers son mari : « tu ne penses pas que… La police aurait mentionné quelque chose si… au moment où ils nous ont tous retrouvés inconscients à Poudlard il y avait aussi un homme sans nez et aux yeux rouges ? »

Drago, qui était en train d'écrire un rapport, s'arrêta net :

-Si. »

Hermione sentit son cœur commencer à battre plus fort.

-Si ça se trouve… Voldemort ne ressemble pas du tout à ce à quoi on s'attend. Si ça se trouve il ressemble à n'importe qui. »

Drago hocha lentement de la tête :

-Harry sait à quoi il ressemblait. Il pourra faire une description. Professeur McGonagall aussi. Slughorn aussi. » il sembla réfléchir « c'est dommage que mon grand-père soit mort prématurément, il était à l'école avec lui. »

-Je contacte McGonagall, on va chez Harry ensuite.» déclara Hermione d'un air décidé. Comment avaient-ils pu être aussi idiots.


TADADAAAAA (musique dramatique en arrière fond) mais bon sang! Quand les péripéties s'arrêteront-elles!? haha.

au menu du prochain chapitre: Harry bat le record du nombre de fois où il dit: "la ferme, Tom"; des fleurs bleues par milliers; des serpents; des confrontations, du DRAME, etc. hahahaha (je dis presque n'importe quoi).

J'espère que ce chapitre ne vous aura pas trop déçus et je remercie UN MILLION DE FOIS les personnes qui prendront la peine de me laisser un commentaire. Vous n'avez pas idée à quel point ça me motive ! et me fait plaisir! etc! Même si c'est juste pour me dire de la fermer...ou que j'écris n'importe quoi (sachez que pour le coup je suis d'accord).


Réponse aux Reviews Anonymes:

Alexia17: Merci d'avoir pris le temps de me laisser un mot! Tu n'as pas idée à quel point ça me fait plaisir et ça m'encourage! je suis contente si tu as apprécié le chapitre précédent et j'espère que celui-là ne t'a pas trop déçue! (Ps: les attaques... alala tout un sujet...encore à développer haha!)

Penny: Merci pour le commentaire! Je suis super contente si tu as apprécié le chapitre IV! Pour les attaques... Les réponses viendront ...bien sûr... un jour. hahahah! Encore merci d'avoir pris la peine de me laisser un mot!

Wladslawa: Oh c'est tellement flatteur d'imaginer que tu aies pu lire les chapitres précédents plusieurs fois! Merci ! et merci de m'avoir laissé un commentaire c'est tellement motivant et encourageant! je suis d'accord qu'Harry a été relou mais en même temps... haha les circonstances ne l'ont pas beaucoup aidé. J'espère que tu auras apprécié ce chapitre!

évidemment merci à tous les autres...commentateurs ! Vous vous rendez pas compte à quel point je suis reconnaissante! :D