Disclaimer : les personnages et les lieux d'Harry Potter ne m'appartiennent pas.

Bonjour, désolée pour le délai de ce chapitre. Pour être franche j'ai eu BEAUCOUP de mal à l'écrire. Je tiens à préciser avant toute chose que ce chapitre fait office de transition entre la deuxième partie de cette fanfiction et la partie finale. Je voulais surtout expliciter la fin du chapitre précédent. J'espère que ça ne vous décevra pas (promis, la confrontation et les emmerdes arrivent au chapitre prochain haha).

Ce chapitre contient des thèmes assez sombres (viol, suicide) et il me semble que c'est bien que je prévienne dans le cas où ce serait des sujets sensibles pour certains d'entre vous. Ce chapitre n'est pas nécessaire à la compréhension de l'intrigue, donc si ces thèmes vous dérangent, vous pouvez sans autre attendre le prochain chapitre.

merci à tous ceux qui ont pris la peine de me laisser un commentaire au chapitre précédent, vous n'avez pas idée à quel point ça me fait plaisir ! Je vous aime ! (réponse aux commentaires anonyme à la fin du chapitre)

Finalement et TRES important, je tiens à remercier Skaelds d'avoir bien voulu corriger et commenter ce chapitre ! MERCI (et c'est grâce à toi que je me suis décidée à le poster!) ! (je vous recommande par ailleurs tout ce qu'elle écrit !)


Voldemort.


Il était Tom Riddle. Un individu brillant quoiqu'au passé un peu douteux puisqu'il ne se souvenait de rien avant ses dix-sept ans.

L'instant d'après, il était Tom Marvolo Riddle, plus connu sous le nom de Lord Voldemort.

Tous ses souvenirs le transpercèrent sans étape et sans chronologie. Un instant il était innocent, celui d'après coupable. Un assassin, un tyran, un dément.

Et il avait enlacé contre lui le fils de deux sorciers qu'il avait assassiné sans que leur meurtre ne provoque en lui la moindre émotion.

Non. C'était faux. Il avait été content, ravi, au moment de ces meurtres. Il avait eu l'impression d'accomplir son destin. Certes, il l'avait fait froidement mais même si Lily et James Potter s'étaient dressés contre lui, même s'ils avaient été des membres actifs de l'ordre du phénix, leur meurtre n'avait rien eu de personnel. En revanche… il ne pouvait pas en dire autant de la personne qu'il avait en ce moment même dans les bras. Il avait pourchassé Harry, l'avait haï et aurait fait n'importe quoi pour le tuer.

Il se redressa, confus. L'impossibilité de cette situation, cette absurdité sans nom fit naître en lui le début d'un rire hystérique. Il tourna la tête – au fond de lui, il espérait voir le même genre d'hilarité dans le regard de son amant. À la place de cette vision, ce fut le poing d'Harry qui l'accueillit. La douleur du choc lui coupa le souffle. Mais elle était incomparable à celle infiniment plus aiguë lorsqu'il vit l'expression que l'autre garçon avait sur le visage. Les yeux d'Harry n'exprimaient qu'un infâme dégoût et une stupéfaction horrifiée. Son rire mourut dans sa gorge.

Tom - Voldemort ? Il ne savait plus qui il était - sût instantanément qu'il devait se retirer de cette situation et aussi vite que possible.

Il comprenait la réaction de Potter – Harry. Il ne pouvait qu'imaginer l'horreur que le garçon devait ressentir. Il serait injuste de lui imposer sa présence. Et pourtant, au vu de l'attitude de l'autre, il était prêt à se battre. Ce qui était assez caractéristique d'Harry Potter – pensa-t-il avec ironie. Il n'y avait donc qu'une seule chose à faire. Son esprit, son cœur, tout en lui se rebellait quant à l'acte qu'il allait commettre. Et pourtant, il ferma lui aussi son poing et l'écrasa contre le visage du garçon.

Le plus petit retomba en arrière sous la force du choc. Sans hésiter mais avec répulsion, il saisit son cou de ses deux mains. Il savait qu'il pouvait faire perdre connaissance au garçon sans le blesser. Il fallait juste qu'il le mette hors d'état de nuire pour qu'il puisse prendre la fuite.

Il était toujours le même. Il était toujours lâche. S'il avait changé ne serait-ce qu'un peu, il aurait accepté qu'Harry le traîne au Ministère (s'il y avait un Ministère) pour qu'il soit jugé.

S'il avait su, quelques minutes … minutes ! Plus tôt que c'était la dernière fois qu'il tenait Harry Potter entre ses bras, qu'il sentait la présence rassurante de l'autre garçon contre lui, qu'il pouvait embrasser la peau de son cou, il aurait tout entrepris pour enregistrer plus exhaustivement ce moment dans sa mémoire.

Il avait l'impression de ne pas avoir assez profité de ces moments. Pourquoi avait-il vécu comme si la vie allait être facile ? Comme si chaque instant passé avec Harry n'était pas d'une rareté et d'une impossibilité catégorique ? Harry se détendit entre ses mains –

Tom n'avait même pas osé le regarder dans les yeux alors qu'il l'étranglait. Il se rendit compte que c'était parce qu'il voulait se rappeler du dernier regard qu'Harry lui avait envoyé, quelques minutes plus tôt, alors qu'il se penchait au-dessus de lui pour éteindre la lumière.

Il savait que c'était le dernier regard qu'il n'aurait jamais de lui.

Dire qu'il était enfin en mesure de tuer Harry Potter. Il lui suffirait de serrer ses mains à nouveau, de raffermir sa prise et, dans moins de trois minutes, Potter serait mort. Il avait tellement souhaité en arriver là, il l'avait désiré avec la monomanie d'un fou. Et pourtant cet accomplissement n'éveillait en lui aucune euphorie. Il se revoyait encore dans le cimetière, contemplant le garçon pris au piège par la tombe de son père. Il avait été aussi vulnérable à ce moment-là que maintenant, inconscient dans son lit. Quel imbécile il avait été. Son arrogance l'avait mené à sa perte.

Rien ne se dressait plus entre lui et le futur qu'il s'était imaginé. S'il tuait Harry Potter, alors plus personne ne pourrait arrêter Lord Voldemort.

Sauf qu'il se dressait tout de même quelque chose entre lui et son destin. La plus grande force, comme disait Albus Dumbledore, qui régnait sur la planète.

L'idée lui vint d'aller se rendre directement. Elle quitta aussitôt son esprit. Se rendre où ? Et à qui ? Les sorciers devaient tous être en train de vivre une crise existentielle d'une ampleur incommensurable. Il se doutait bien que personne ne serait en mesure de faire quoique ce soit de lui avant… Des mois.

Bien entendu, un sorcier pourrait peut-être décider de l'exécuter sans jugement mais, et Tom s'en rendit compte avec un certain dégoût, l'idée de mourir lui inspirait la même crainte qu'auparavant. Insidieuse, elle s'était reformée en lui comme si elle ne l'avait jamais quitté. Comme si cette angoisse s'était sagement endormie, attendant le moment propice pour se réveiller. Avait-il éprouvé cette anxiété ces dernières années ? Avait-il eu des insomnies alors qu'il contemplait la brièveté de son existence ? De son inexorable fin ?

Non. La réponse était limpide. Oh, il avait craint la mort, comme tout le monde. Mais elle ne l'avait pas paralysé comme elle le faisait maintenant, alors qu'il s'imaginait se faire sommairement assassiner par un sorcier quelconque.

Il se dégoûtait. Cette constatation était suffisante pour qu'il arrive à la conclusion suivante : il n'avait pas changé. Il était toujours l'homme avide de pouvoir et de domination qu'il avait toujours été. Ses sombres pulsions avaient juste été mises à l'écart parce qu'il -

Une nouvelle pensée interrompit la précédente.

Mais…il avait été capable de bonté, non ? Oui, il le savait, au fond de lui il savait qu'il avait pu être altruiste. Et le chemin professionnel qu'il avait choisi… ça aussi, ça avait été par égo, évidemment, mais… Aussi parce qu'il voulait apporter une pierre à l'édifice de l'humanité. Qu'il voulait être utile.

C'était le même sentiment qui l'avait poussé, bien plus tôt dans sa vie, à postuler à Poudlard pour le poste de professeur contre les forces du mal.

Les mains tremblantes - il ne réalisait pas que c'était son corps entier qui tressaillait - il se redressa lentement. Il avait toujours des mains de jeune homme, il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé. Que leurs étaient-ils arrivé ? Certaines choses étaient des faits irréfragables : il s'était réveillé à Poudlard - sans souvenirs - au milieu de tous les sorciers contre qui il se battait quelques instants plus tôt. Et par un coup du sort complètement aberrant, il avait récupéré un corps d'adolescent. Le corps qu'il avait au moment où il avait créé son premier horcruxe.

Un son plaintif sortit de sa gorge. Il lui était impossible de le retenir. Une goutte s'écrasa contre le visage d'Harry Potter. Il pleurait.

Il réalisa que le tumulte d'émotions qu'il ressentait ne pouvait avoir qu'une explication : il avait - d'une manière ou d'une autre - une âme. Complète, intouchée, intacte. Comment cela pouvait-il être possible ? Potter… Non HARRY, se força-t-il à penser, avait détruit tous ses horcruxes... et il avait vu Nagini se faire décapiter quelques secondes avant de perdre la mémoire.

Nagini. Une lame de culpabilité transperça son cœur. De tous les êtres qu'il avait trompés… C'était sûrement elle dont il avait abusé le plus. Il lui avait promis, lorsqu'ils s'étaient rencontrés, que si elle l'aidait, il l'aiderait à lever la malédiction qui pesait sur elle.

Parce qu'avant d'être un serpent, Nagini avait été une femme. Une femme qui, coincée dans un corps de serpent, avait presque perdu son identité. Lorsqu'elle s'était rendu compte que – pour la première fois depuis des décennies – quelqu'un était capable de la comprendre, elle lui avait voué sa vie avec la ferveur du désespoir. Et lui, qu'avait-il fait pour elle ? Il lui avait promis monts et merveilles : il était Lord Voldemort, il parviendrait à lever sa malédiction et elle pourrait rejoindre ceux qui avaient été ses semblables. Mais, d'abord… D'abord elle devait l'aider à retrouver un corps et à tuer Harry Potter.

Elle n'avait même pas été mauvaise. Sa solitude, son désespoir avaient été d'une telle taille qu'il n'avait eu qu'à tendre la main pour qu'elle lui soit d'une loyauté sans faille. Le pire, c'était qu'elle l'avait cru. Il était devenu son héros. Et elle aurait tout fait pour l'aider. Alors que lui, il savait qu'il ne lèverait jamais cette malédiction. Il l'appréciait en tant que serpent et l'aurait méprisée en tant qu'être humain. Et elle était morte pour lui – mais pour rien. Décapitée par un adolescent. Tout ça parce qu'elle avait accepté de protéger une partie de son âme.

Comment avait-il pu se comporter avec si peu d'humanité ? Et pourquoi cela lui paraissait-il si monstrueux maintenant ?

Son âme s'était-elle reformée à mesure qu'Harry et ses amis détruisaient les artefacts qui la contenaient ? Cela lui paraissait très peu plausible, il n'avait rien ressenti, depuis qu'il avait émergé du cimetière - à aucun moment il ne s'était rendu compte de ce qu'il se passait. À aucun moment il… Qu'était-il arrivé à son âme ? Que se passait-il lorsque quelqu'un détruisait un horcruxe ? Est-ce que l'âme mourrait ? Avait-il été à moitié mort ? La majeure partie de lui déjà dans l'au-delà, l'autre dans une apparence à peine humaine et à la conscience complètement ravagée ?

Il n'avait aucun doute quant au fait que son âme s'était reconstruite. Il était en train de sangloter, agenouillé au-dessus d'un homme qu'il aimait. Un homme… tellement jeune, par rapport à lui, lui qui était en fait un vieillard. Combien de vies avait-il vécues avant de perdre la mémoire ? étudiant, vendeur, voyageur, mage noir… Combien d'expériences, d'horreur avait-il été témoin ? En avait-il été la cause ? Combien de meurtres, de torture, combien d'atrocités avait-il commises dans sa vie ?

Elles étaient innombrables.

Il le réalisait avec horreur, il ne savait même plus exactement qui étaient ses victimes. Certaines, bien sûr, il s'en souviendrait jusqu'à la fin de ses jours. Ses grands-parents ainsi que son père, les parents d'Harry ; Rogue qu'il avait assassiné peu de temps avant que cette catastrophe n'arrive.

Rogue. Rogue, il le réalisait maintenant, n'avait jamais été de son côté. Comment l'aurait-il pu ? Il avait assassiné froidement la femme qu'il aimait. Rogue l'avait supplié de ne pas commettre ce meurtre. Il avait eu, avant de se retrouver dans cette chambre, l'intention d'honorer sa promesse. Il était un homme de parole, l'avait toujours été et Lily Potter n'avait jamais été sa cible.

Et pourtant, parce qu'elle avait refusé de s'écarter, alors même qu'elle n'était pas armée… Bon sang, comme ça aurait été facile de faire en sorte qu'elle se pousse…. se débarrasser d'elle sans la tuer lui aurait demandé à peine trois secondes de plus. Et pourtant, il était tellement obnubilé par l'être qui s'était trouvé à ce moment-là derrière elle ;

Et qui se trouvait maintenant inconscient, sous lui, la marque de ses mains, bleuies, apparaissant petit à petit contre son cou…

S'il n'avait pas tué Lily Potter, il aurait pu tuer Harry Potter.

Et il ne serait pas, détruit, à sangloter comme un… comme une créature pathétique et faible au-dessus de lui.

Qu'était-il supposé faire ?

Sa vie lui était toujours apparue comme une ligne droite, jonchée d'étapes qu'il lui suffisait de franchir. Il avait toujours eu un but, un objectif et avait toujours tout fait pour l'atteindre. Mais que lui restait-il maintenant ?

Sa colère.

Et elle était… toute puissante. Que donnerait-il pour retourner quelques minutes plus tôt ? Pourquoi ressentait-il une rage pareille ? à cause de l'injustice de la situation ? Elle n'était pas injuste, c'était une punition méritée, c'était là la juste récompense à son hubris. Et ses sanglots secouaient toujours sa poitrine. Il se tenait les bras, assis en travers du lit, le corps inconscient d'Harry allongé sous lui. Il ne pouvait pas croire que c'était fini, qu'il ne reverrait jamais l'autre garçon. Comment pouvait-il prétendre exister sans Harry ?

Il voulait s'excuser, que les mots sortent de sa bouche mais il en était incapable. Il n'était même pas sûr de réussir à articuler quoique ce soit, en fait. Je suis tellement désolé pensa-t-il quand même. Du bout des doigts il effleura la joue du garçon.

Il vacillait dans un torrent de douleur. Harry ne pourrait jamais lui pardonner. Rester plus longtemps dans cette chambre ne servirait à rien ; Il avait tué ses parents. C'était le genre de crime qu'on ne pardonnait jamais.

Pouvait-il lui effacer la mémoire ? Il savait pertinemment qu'il en était capable. Il avait maîtrisé les sorts relatifs à l'esprit depuis toujours et avec une facilité déconcertante. Il pouvait très bien effacer à jamais les souvenirs de la vie de sorcier d'Harry et tout serait comme avant. Harry se réveillerait et il aurait le même regard et les mêmes sentiments qu'en allant au lit. Il n'aurait pas à exister sans lui. Ce serait si facile, qu'est-ce qui retenait son geste ?

Le fait que lui saurait pertinemment qui il était et ce qu'il avait fait. C'était drôle. Il ne se croyait sincèrement pas capable d'infliger ça à l'autre garçon. Après toutes les atrocités qu'il avait commises - mais serait-ce vraiment une atrocité ? Ne serait-ce pas, pour Harry, un acte charitable ? Après tout, il allait se réveiller et réaliser qu'il venait de passer des années, des années, à vivre une relation avec l'homme qui avait assassiné ses parents et qui n'avait eu d'autre but, pendant seize ans, que de le tuer. Ne serait-ce pas juste, de lui effacer la mémoire ? Ils pourraient quitter le pays, il était sûr qu'il pourrait trouver un prétexte et ils vivraient une vie tranquille et heureuse… au Canada ? Aux États-Unis ? Les possibilités étaient infinies.

Alors qu'est-ce qui le retenait d'aller chercher sa baguette (ses baguettes, la baguette de sureau était aussi dans le placard) et de manipuler l'esprit de son amant ?

Harry sentirait, il en était persuadé, que quelque chose était arrivé. Parce qu'il n'était plus le même. Harry connaissait une partie de lui qui était morte. Ou plutôt pensa-t-il alors qu'il essuyait de son poignet des larmes qui coulaient encore le long de ses joues, qui faisait maintenant partie d'un tout assez peu reluisant. Il renifla, ses yeux lui faisaient mal. Il ne serait plus jamais l'homme que Potter - Harry avait aimé.

Parce qu'il n'était pas tombé amoureux d'un assassin.

Il se redressa et s'arracha du lit. Il fit un pas et s'écroula. Comment était-il censé vivre ? Comment était-il censé se lever, marcher et quitter cet appartement ? Une plainte sortit une nouvelle fois de sa gorge. L'idée de se rendre s'imposa une nouvelle fois. Il pouvait attendre le réveil d'Harry et le laisser faire de lui ce dont il avait envie. C'était la seule chose honorable qu'il pouvait faire. Agir avec honneur. Voilà quelque chose qu'il n'avait jamais fait de sa vie.

Il imagina Harry se redresser, le contempler avec haine, lui parler comme s'il n'était qu'un moins que rien et l'idée lui parût si insupportable qu'il y puisa la force de se redresser et de se relever. Il ne pouvait que disparaître de sa vie et … finir la sienne quelque part, loin de tout. Peut-être qu'un jour, il serait assez courageux pour se rendre et assumer les conséquences de ses actes. Oui, il en était convaincu, un jour il pourrait faire face à Harry et il le laisserait faire de lui ce dont il avait envie.

Mécaniquement, il se dirigea vers la penderie dans laquelle étaient entreposées leurs baguettes respectives. Il ouvrit la boite à chaussure qui contenait ses affaires. Il n'y avait que sa robe, la robe qu'il avait portée lorsqu'il avait attaqué Poudlard. Combien d'adolescents étaient morts par sa faute ? Il pensa à leurs corps qui devaient s'être décomposés dans le château, corps que personne n'était allés récupérer parce qu'ils n'étaient plus capables de voir Poudlard.

Il hésita. L'idée de toucher cette robe lui était insupportable mais - et il réalisa qu'il faisait preuve de compassion peut être pour la première fois de sa vie (si on excluait les quelques années où il n'avait été "que" Tom) - ce serait sans doute mille fois pire pour Potter.

Potter qui allait se réveiller dans leur appartement. Entouré des affaires de son pire ennemi. Il savait qu'il n'arriverait pas à débarrasser l'appartement de toutes ses possessions dans le temps qui lui était désormais imparti pour quitter les lieux. Et paradoxalement, il avait envie qu'Harry, lorsqu'il se réveillerait, voie dans l'appartement ce qu'il avait été. Peut-être se souviendrait-il qu'il n'avait pas été qu'un monstre. Il prit la boite à chaussure et se tint un instant, figé, devant la penderie. La porte était à côté de lui. Il pouvait partir maintenant ; Il était en caleçon. Rien ne l'empêchait de remettre cette robe et de s'en aller.

Rien du tout.

Il posa la boîte par terre et, à grand pas, désespéré, retourna auprès d'Harry. Des bleus terribles étaient apparus sur son cou. Il les toucha du bout des doigts. Puis, il se pencha au-dessus de l'autre garçon. Il avait l'intention de l'embrasser une dernière fois, que leur dernier baiser ne soit pas celui qu'ils avaient partagés avant de se mettre au lit. Ça avait été le baiser d'un couple certes amoureux, mais confiant et confortable. Le genre de baiser automatique que l'on donne à la personne que l'on aime sans même y réfléchir. Pourquoi le dernier devait-il être un baiser de ce genre ? Pourquoi ne pouvait-il pas être un baiser mémorable, le genre de ceux qui finissaient invariablement par leurs corps nus dans le lit (ou ailleurs dans l'appartement) ? Son visage était à quelques centimètres de celui du garçon endormi.

Il recula brusquement. Au moins, leur dernier baiser avait été consentant. Harry lui avait souri, l'avait brièvement enlacé et était allé se coucher. Il l'avait suivi trois minutes plus tard et, si ce terrible évènement n'était pas arrivé, ils seraient soit en train de discuter de choses et d'autres ou alors seraient dans une étreinte passionnée. Il regrettait amèrement que ça ne soit pas le cas. Que n'était-il pas dans un univers alternatif où il pouvait passer des jours heureux à jamais ?

Il passa un doigt sur la cicatrice qui l'avait toujours fasciné, caressa doucement la joue d'Harry, le cœur en miettes, et se détourna.

Du coin de l'œil, il aperçu leur serpent qui s'avançait dans sa direction, curieux. Il ne pouvait pas le laisser là. Harry ne saurait pas quoi en faire. Il s'accroupit, tendit le bras et l'anaconda – encore bien loin de la taille qu'il aurait à la fin de sa croissance – se serra contre lui.

L'instant d'après Voldemort quittait, comme un lâche, l'appartement qu'il avait partagé avec Harry Potter.


L'air frais de la nuit soulagea momentanément sa douleur et leva la brume de son esprit. Les sorciers devaient être dans une panique considérable. Mais dès qu'ils reprendraient leurs esprits, il serait leur cible principale et prioritaire. Il fallait qu'il règle ses affaires le plus vite possible sinon ils seraient capables de le retrouver facilement.

Il leva les yeux vers la fenêtre de leur appartement qu'il pouvait voir dans la pénombre. Il y avait un petit pot d'herbe aromatique qu'il avait acheté et qu'il s'était obstiné à essayer de maintenir en vie. Ça n'avait jamais eu un grand succès. Sa respiration s'arrêta une nouvelle fois dans sa gorge. Il voulait qu'Harry le trouve, mais … C'était trop tôt. Harry aurait besoin de temps et d'espace. Peut-être qu'ensuite… Il reprit le fil de ses pensées, interrompant celles qui avaient jaillies dans son cerveau.

Il avait la baguette de sureau ; il n'en était pas le maître, Harry le lui avait bien expliqué pendant la bataille mais elle restait la baguette la plus puissante de la terre. Avec elle il pouvait accomplir des choses extraordinaires. Il tendit la main, serrant délicatement le bout de bois, et contempla cette image.

La dernière fois qu'il l'avait eu entre les doigts - ceux-ci n'avaient pas ressemblés à des doigts de jeune homme. Il pouvait sentir la puissance de la baguette. Qu'allait-il bien pouvoir en faire ? Il songea un instant à la briser. Étrangement, une partie de lui se révolta à cette idée. Qui était-il pour briser l'un des objets magiques les plus puissants de la terre ? Si ce n'était le plus puissant de la terre ? Cette pensée le réconforta. Jadis, il était persuadé qu'il l'aurait brisée avec plaisir, se réjouissant de son influence sur des choses historiques.

Peut-être aurait-il dû la laisser à Harry, il en était le maître après tout, elle lui revenait de droit. Il fit un pas dans la direction de l'appartement. Son cœur battait la chamade, il se rendit compte qu'il se cherchait des prétextes pour y retourner ; peut-être qu'Harry aurait l'esprit plus clair lorsqu'il reprendrait connaissance ? Peut-être pourraient-ils parler ? Il se figea sur place. Une voiture passa derrière lui, le volume de la radio au maximum. Qu'aurait-il donné pour être insouciant ? Pour faire des trajets en voiture avec Harry, une quelconque musique les assourdissant ?

S'il remontait, il ne parviendrait pas à repartir. S'il remontait, il serait incapable de s'arracher à l'autre garçon. La baguette n'était qu'un prétexte. Au fond de lui, il savait pertinemment où il devait aller et ce qu'il devait en faire. Harry, pensa-t-il, HARRY.

Tout en lui appelait l'autre garçon, le suppliait de se réveiller et de venir le trouver. Il ne pourrait jamais vivre sans lui, il ne pourrait jamais -

Il allait forcément lui pardonner. Cette pensée coupa toutes les autres. Harry avait toujours été bon, Harry croyait aux secondes chances, Harry l'avait aimé il le savait, même si son amour avait toujours été dérisoire par rapport à celui qu'il éprouvait lui, pour l'autre garçon. Le savait-il ? Harry avait-il réalisé à quel point son existence avait été nécessaire à sa survie ? à son fonctionnement ?

Il soupira et transplana.

Le village de Pré-au-Lard était silencieux. Les maisons étaient délabrées. C'était fou ce que pouvaient faire huit ans à des bâtiments qui lui avaient toujours paru indestructibles. Pré-au-Lard avait été la même quand il avait treize, vingt, trente, et même septante ans. Peu de choses avaient changées. Quelques magasins laissaient leur place à de nouvelles enseignes. Il regarda l'enseigne de la tête de sanglier, abandonnée par terre. Ce bar avait toujours existé. C'était d'ailleurs son repère préféré. Il n'avait pas le temps de rester là. Il ne doutait pas que d'ici quelques jours, les anciens habitants auraient retrouvés leurs habitudes.

Il constata avec intérêt qu'il était toujours impossible de transplaner dans l'enceinte de Poudlard. Ça n'avait pas beaucoup d'importance, marcher lui ferait du bien. Il se mit en route, ses pieds nus foulant rapidement le petit chemin en terre. Il pénétra l'enceinte du château et -

Poudlard. Le premier endroit où il s'était senti chez lui. Le seul endroit où il s'était senti chez lui. Avant qu'il ne perde la mémoire et qu'il ne rencontre Harry. Le château était détruit. Les tours, disloquées, ne semblaient tenir que par quelques briques. Il s'arrêta devant cette vision cauchemardesque, conscient que tout était de son fait. Il était sûr n'avoir jamais voulu attaquer l'école. Quel dommage que leur affrontement final ait eu lieu à cet endroit. Il détourna la tête et continua sa marche. Arrivé devant le lac, il se demanda si les sirènes étaient toujours en vie. Le calamar géant s'opposerait-il à son dessein ?

Sans même s'arrêter, se souvenant des sorts comme s'il les avait faits pour la dernière fois la veille, il s'élança sur la sombre étendue d'eau. Ses pieds tapaient l'eau avec délicatesse elle se glaçait à son contact. Quelques minutes plus tard, il était devant la tombe blanche.

Une sensation de malaise le saisit à l'idée de ce qu'il allait faire. Il allait à nouveau profaner la tombe de son ancien professeur. Et, étrangement, il ressentait une certaine culpabilité.

Il sortit sa baguette, celle qui contenait une plume de phénix, et leva le bras. C'était curieux, comme tout lui semblait facile.

Il voyait la dalle de marbre se soulever, avec quelle aisance il reproduisait des mouvements qu'il n'avait pas fait pendant presque dix ans. Et le pouvoir - ce sentiment de toute puissance qui l'avait habité pendant toute sa vie… était là. Il réalisait à quel point il serait facile de se laisser aller, d'accueillir cette partie de lui qui savait qu'il était meilleur que personne… surtout maintenant qu'Albus Dumbledore était mort. Aucun sorcier ne lui arrivait à la cheville ;

Mais il ne pouvait pas ; quelle ironie. Toute sa vie, maintenant qu'il avait le recul nécessaire, ne découlait que d'un seul et unique événement. Si quelqu'un lui demandait à quel moment Tom Marvolo Riddle était mort pour laisser place à Lord Voldemort…

Il lui serait terriblement facile de répondre. C'était lorsqu'il avait tué (et par accident, en plus) cette fille de Serdaigle. Il ne se souvenait même plus de son nom. Pourtant il avait eu affaire à elle bien des fois, en tant que préfet. Elle pleurait tout le temps dans ces toilettes et il s'était fait la réflexion, à l'époque, que ça allait sûrement lui coûter la vie, vu que l'entrée de la chambre était juste à côté. Mais il n'avait… Il savait qu'il n'aurait jamais pu l'assassiner de sang-froid. Ce n'était qu'une fois le journal créé qu'il s'était perdu. Il le sentait maintenant - les sentiments qu'il éprouvait… Il les avait, pour la plupart, perdus à seize ans. Qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Pourquoi ne s'était-il pas méfié de l'acte qu'il allait commettre ? Évidemment que l'immortalité venait avec un prix. En l'occurrence, le prix de son humanité qu'il avait anéantie - et de plus en plus à chaque fois qu'il fragmentait une nouvelle fois son âme.

Il ne ferait plus jamais de magie noire. Il se fit cette promesse en contemplant froidement ce qui restait de la dépouille d'Albus Dumbledore. Cela lui semblait être une punition appropriée. Lui qui avait tout donné (son esprit, sa vie, son âme) pour devenir le sorcier le plus puissant de tous les temps, lui qui avait repoussé les limites de la magie noire, il n'en ferait plus jamais.

Il replaça la baguette de sureau là où il l'avait prise, bien des années plus tôt. Il grimaça en la faisant passer entre les phalanges squelettiques de son ancien ennemi. Les os, au contact du bout de bois, roulèrent et il vit avec une terrible révulsion la main se disloquer complètement. Certains os avaient roulé le long du suaire et tapissaient désormais le fond de la tombe. Il leva sa propre baguette, horrifié, mais l'idée de recomposer le corps de Dumbledore lui parût être un sacrilège que même lui n'était capable de commettre.

Honteux, il s'écarta, replaça la tombe de marbre et s'éloigna. Une figure solitaire dans un lieu qui grouillait jadis de vie.


Le jour commençait à poindre. Il attendait devant la banque dans laquelle il avait placé toutes ses maigres économies. Il allait fermer son compte, repartir avec tout son argent et …

Qu'allait-il bien pouvoir faire ?


Les journées s'enchaînèrent. Le poids de ses actes lui paraissait plus lourd chaque jour. Il avait l'impression de suffoquer et il ne voyait qu'un seul remède.

Harry.

Harry, qu'il n'avait pas revu. Parfois, il n'arrivait pas à s'empêcher d'aller devant leur ancien appartement. Il n'arrivait jamais à le revoir. Peut-être avait-il déménagé ?

Il n'avait jamais autant bu de sa vie. Ses journées fondaient les unes dans les autres. Le moins lucide il était, le mieux.

Son serpent semblait avoir compris sa détresse et il le laissait tranquille. Souvent, il oubliait même qu'il existait. Comment se nourrissait-il ? Il n'en avait pas la moindre idée.


Dans sa poubelle, des lettres - parfois rédigées en entier, parfois des brouillons de trois lignes. Elles commençaient toutes de la même manière.

Harry.

Harry, je suis désolé - Harry, pardonne-moi, Harry, Harry, Harry.


Mais il se disait, lorsqu'il était au plus mal, lorsqu'il lui semblait qu'Harry ne lui pardonnerait jamais que forcément Harry allait finir par lui pardonner. Ils étaient faits l'un pour l'autre. Il l'avait marqué comme son égal, ils étaient destinés à être ensemble, alors il attendait.


Un jour, il crut avoir une bonne idée. Elle lui apparût alors qu'il était allongé dans son lit, essayant de se remémorer avec le plus de précision possible les moments heureux qu'il avait partagés avec Harry. Il réalisa qu'il existait quelque chose, un objet, qui lui permettrait de revivre ces souvenirs.

Une pensine. Il en possédait une, en plus. Elle était dans une maison qu'il avait utilisé comme lieu sûr. Une cachette où se réfugier dans le cas où l'Ordre du Phénix serait parvenu à localiser l'endroit où lui et ses Mangemorts se terraient. Il y en avait une dizaine, disséminées dans le Royaume-Unis. Il y en avait aussi une en Allemagne et en France.

Comment la pensine s'était retrouvée là ? Il ne s'en souvenait plus. Il se redressa vivement, posa les pieds sur le carrelage de son studio et remarqua que les lignes des dalles tanguaient sous ses yeux. Il ne savait plus de quand datait son dernier repas.

Chancelant, il se redressa. Ferma des yeux avec force, se concentrant pour ne pas tomber. Une fois qu'il eut la certitude qu'il n'allait pas s'écrouler par terre, il chercha sa baguette des yeux. Évidemment, elle était à ses pieds. Grimaçant, il se pencha pour la ramasser. Il se redressa lentement, faisant attention à ne pas brusquer sa pression artérielle.

Et transplana.

Son arrivée soudaine dans le petit appartement souleva une couche de poussière qui lui brûla simultanément les yeux et la gorge. Ça n'avait strictement aucune importance. Car, malgré l'inconfort, il parvenait à la distinguer. Elle était posée devant lui. Toute la décoration datait des années cinquante – décennie où il avait « acheté » la maison. C'était très spartiate, comme tous ses abris. Au fond, il avait pressenti qu'il n'en aurait jamais besoin; que l'ordre du phénix ne parviendrait jamais à le faire battre en retraite.

Il porta immédiatement sa baguette à sa tempe. Il choisit un jour quelconque. Harry et lui, en caleçon, en train de discuter dans leur ancien lit. Ce souvenir n'avait strictement rien d'intéressant et de significatif, mais il était à ce point affamé d'affection qu'il ressentait le désir frénétique de voir une scène banale dans laquelle il avait été aimé.

Le mince filament argenté fut bien vite placé dans la pensine. Et, avec une précipitation folle, il se pencha au-dessus de la bassine.

Harry

Harry était là. Il était allongé sur leur ancien lit, en caleçon. Il souriait d'un air faussement ennuyé et Tom fit un premier pas dans sa direction, par réflexe, avant de s'arrêter net. Une horreur sans faille le saisit lorsqu'il remarqua qui était à côté de lui.

Couché à côté d'Harry, caressant avec espièglerie ses côtes – ce qui était sciemment fait pour chatouiller l'autre garçon – était couché… Tom. Voldemort. Dans son apparence sinistre à peine humaine. Les longs doigts cadavériques étaient sales. Ses ongles trop longs, étaient noir. Le contraste avec le corps parfait d'Harry était grotesque. Comme l'était son propre corps en sous-vêtement. Une figure monstrueuse et émaciée à l'extrême. Quant à son visage, difforme, il ne méritait pas la manière dont Harry le regardait. Un crâne chauve, des veines apparentes sur toute sa surface, il était immonde. Figé sur place, contemplant ce souvenir perverti, il sentit une nausée le saisir avec la soudaineté d'un accident.

NON. Pensa-t-il avec horreur en voyant l'air malveillant de son double se pencher sur Harry, non non nonnonnon.

Il sortit du souvenir. Paniqué, il en sélectionna un autre, au hasard, et baissa une nouvelle fois la tête.

Harry marchait joyeusement dans la rue, il tenait la main de Tom. La même main exsangue, les mêmes ongles jaunâtres. Le monstre à côté de lui sourit à son amant. Tom recula, sortit du souvenir et s'écroula par terre.

Il n'avait aucun doute que ce qui venait d'arriver arriverait aussi pour tous ses autres souvenirs. Pas un ne serait épargné. Un premier sanglot secoua son corps. Il eut du mal à expirer avant que le second ne surgisse. Il comprenait évidemment ce qu'il se passait. Son inconscient, incapable de le considérer comme autre chose que le monstre qu'il avait été (qu'il était), le faisait figurer dans tous ses souvenirs. Comme si Tom Riddle n'avait jamais réellement existé.

Mais Tom Riddle avait-il existé ?

L'entrée de l'oasis lui était refusée. Il ne pouvait même pas s'oublier dans ses propres souvenirs en revivant les années où il avait été heureux. Même ça, même ce petit havre lui était inaccessible. C'était peut-être pour le mieux. Peut-être serait-il mort de faim, de soif, penché sur la pensine. Et personne n'aurait retrouvé son corps : la maison était trop bien protégée.

Il se laissa complètement tomber contre le sol. La poussière profita de son inspiration suivante pour prendre d'assaut sa gorge. Il toussa, sans force. Son corps, devenu maigre, était secoué de spasmes comme si un marionnettiste essayait de le redresser par les épaules et les hanches.

Il ressentait pour la première fois de sa vie la cruelle blessure de n'être aimé par personne. Il n'avait ni famille, ni amis, ni amant. Et si à l'époque cela ne lui avait posé aucun problème, c'était parce qu'il s'était sauvagement aimé lui-même. Ce n'était plus le cas. Peut-être même plus que ses ennemis, vraisemblablement plus qu'Harry...

il se haïssait.


Il préférait boire seul, voir du monde lui paraissait souvent insupportable. Cela dit, une fois par mois peut-être, sa solitude et ses pensées devenaient trop lourdes. Il sortait alors, trouvait le bar le plus miteux des villages les plus reculés d'Angleterre, s'asseyait à une table et buvait plus que de raison.

C'est lors d'un de ces moments que ça arriva. Il était habitué à être la cible d'intentions plus ou moins avouables. Ça avait déjà été le cas dans sa jeunesse. Un orphelinat Londonien des années vingt n'était réellement pas un endroit propice à un quelconque épanouissement. Surtout que, contrairement aux orphelins de la guerre, il était un orphelin minable. Ses parents ainsi que ceux de ses camarades n'étaient pas des héros morts au combat. Non, ils étaient tous des… bâtards. Et il n'y avait que peu d'avenir pour les enfants comme lui. C'était une leçon qu'ils apprenaient vite. Leur seule valeur était de ne pas en avoir.

Il avait été chanceux d'être un sorcier. La magie l'avait tiré plusieurs fois de situations dont ses camarades sortaient traumatisés à vie.

Non, les passants dans la rue leur promettant un toit ne le faisaient pas par bonté.

Non, le prêtre de l'orphelinat qui tenait absolument à voir les orphelins en tête-à-tête n'avait pas pour seule intention de les confesser.

Si une dame t'arrête dans la rue pour t'offrir à manger, ne la suis pas. Les hommes qui te proposent quelque chose à manger, alors que tu meurs de faim, ne le font pas par pitié. Ne fais confiance à aucun adulte, ils ne voient en toi qu'un être pitoyable prêt à tout pour survivre. Si les gens sont gentils, ils veulent te toucher. Si les gens sont agressifs, ils veulent te toucher, si les gens te parlent, ils veulent te toucher.

La litanie des orphelins.

Les garçons qui survivaient aux diverses maladies devenaient tous des criminels et ne dépassaient jamais les vingt-cinq ans. Les filles, elles, finissaient sur le trottoir. Il n'y avait pas de travail pour les citoyens britanniques de « première zone ». Pour eux, résident à vie de la seconde, il n'y avait tout simplement pas d'espoir.

Sauf pour Tom qui avait dans ses gênes un passe-droit pour une école de Magie. Le choc de côtoyer des enfants qui n'avaient jamais été confrontés aux mêmes problèmes que lui avait été gigantesque. Il avait été horrifié de voir certains camarades se toucher sans arrière-pensée. Le moindre contact le crispait, lui donnait envie de s'enfuir ou d'attaquer. Et pourtant, ses camarades à Serpentard se passaient volontiers les bras par-dessus les épaules.

Les filles s'enlaçaient.

Pour eux, le contact humain ne se monnayait pas. Il avait été impressionné, dérouté, de voir que c'était possible. Les êtres humains étaient capables de se fréquenter sans arrière-pensée.

Jusqu'à la puberté. Il remarqua soudain que les gens se retournaient sur son passage. Que, s'il n'avait eu aucun problème à discuter avec n'importe qui jusqu'à présent, la majorité des filles et quelques garçons se mettaient soudain à rougir dès qu'il leur adressait la parole.

Il détestait l'idée d'être séduisant, d'attiser encore et encore et encore la concupiscence des autres.

Ce qui ne l'avait pas empêché, plus tard, de mettre son physique à profit. Il détestait l'idée, avait souvent eu l'impression que ça le rendait… bas de gamme. Il aurait préféré naître hideux, comme la famille de sa mère. Sa vie aurait été bien différente - nul doute qu'il aurait eu bien plus de mal à s'intégrer à Poudlard et à se construire une image d'élève modèle.

A seize ans, alors qu'une autre fille essayait désespérément de le séduire, il s'était promis que Lord Voldemort aurait une apparence monstrueuse. Peut-être se sentirait-il moins sale.

Il avait été étonné (un étonnement teinté de dégoût), après sa résurrection, de constater que ses fidèles cherchaient toujours à obtenir ses faveurs. Cela l'avait conforté dans son opinion : le pouvoir était aussi attirant que la beauté. C'était la seule explication qu'il avait trouvée pour justifier les avances (discrètes, évidemment, ses fidèles n'avaient pas été suffisamment idiots pour tenter ouvertement quoique ce soit) des quelques Mangemorts. S'il avait été prêt à renoncer à sa beauté, ce n'était pas le cas du pouvoir. Il avait donc décidé d'accepter son sort. Tom Riddle / Voldemort serait à jamais un objet de désir.

Quant à sa courte de vie de « juste » Tom Riddle, il avait évidemment été la cible de bien des gens. C'était amusant, ça l'avait moins dérangé que dans sa véritable jeunesse. Peut-être parce qu'il avait eu Harry à ses côtés et qu'il avait été heureux de lui plaire. Et pour la première fois de sa vie, il avait lui-même ressenti du désir. Il avait compris l'intérêt de toucher le corps de quelqu'un d'autre, d'en tirer du plaisir.

Enfin. Il était donc habitué à se faire aborder.

D'autant plus maintenant qu'il avait une apparence plus négligée et qu'il devait émaner un désespoir intense. Il n'avait donc pas été étonné lorsqu'une femme s'était assise à côté de lui. Elle semblait avoir la quarantaine mais cette impression était peut-être simplement dû aux ravages de la drogue quelle consommait vraisemblablement. Ses dents noirâtres étaient une preuve suffisante pour inférer qu'elle n'avait pas un mode de vie sain.

Elle avait discuté avec lui et, pendant un instant, il avait accueilli cette présence avec plaisir. Elle semblait au moins aussi perdue que lui et il n'avait pas l'impression qu'elle lui voulait quoique ce soit. En fait, il avait eu l'impression qu'elle avait besoin de compagnie comme lui - ce soir là - en avait besoin. Ils avaient partagé des verres tantôt discutant de choses fades, tantôt plongés dans un silence assez agréable. Il avait bu bien plus de whisky qu'il n'en avait l'habitude.

Et c'était à ce moment-là qu'il avait fait une erreur. Assis depuis bientôt deux heures, il avait ressenti le besoin naturel d'aller aux toilettes. Et il avait laissé son verre - encore plein, sur la table. Pour être franc, l'idée que quelqu'un puisse décider de le trafiquer ne lui avait absolument pas traversé l'esprit. Il était Voldemort personne n'oserait faire une chose pareille.

Il était donc revenu, s'était rassis et avait continué à boire. Le goût de sa boisson ne lui avait pas paru suspect. Peut-être que c'était parce qu'il était déjà si alcoolisé que ses papilles gustatives étaient anesthésiées. Peut-être aurait-il pu le sentir en étant sobre. Ça n'avait pas beaucoup d'importance une heure plus tard et sa mémoire à court terme l'avait définitivement lâché.

Il ne saurait jamais ce qu'il s'était passé ensuite. Enfin, des années plus tard, alors qu'il entrerait dans un foyer pour enfants, il aurait une idée assez précise de ce qu'il s'était passé. Le garçon était une preuve assez tangible des événements de la soirée.

C'était ironique, comme l'histoire se répétait. Lui qui avait secrètement méprisé son père de s'être fait avoir aussi sommairement par une vulgaire cracmol, il lui était arrivé pire. Il s'était fait avoir par une simple moldue.

Le lendemain il s'était réveillé effaré. Son absence de souvenirs - assez peu caractéristique - l'avait glacé. Il s'était ensuite rendu compte qu'il était nu et que la femme ; cette repoussante créature, dormait à côté de lui. Il s'était rhabillé à la hâte mais avait brusquement interrompu la rapidité de ses actes au moment de passer la porte.

Après tout… Il pouvait laver son honneur d'une manière assez facile. Il lui suffisait de sortir sa baguette et, en moins d'une seconde, elle ne pourrait plus jamais s'attaquer à qui que ce soit. En fait, ne serait-ce pas un geste noble que de débarrasser la planète d'un être pareil ?

Il avait senti sa baguette entre ses doigts ; elle s'était matérialisée comme par magie.

Deux mots. Deux mots qu'il avait prononcé bien des fois sans même y penser, sans que leur portée ne l'affecte d'aucune manière. Cette femme lui avait fait bien plus de mal que toutes ses victimes réunies. Et pourtant, alors qu'il contemplait cette figure pathétique, dans ce taudis qui ne pouvait être qu'un squat, il se sentit pris d'une pitié qui égalait presque sa honte.

Il pensa à Harry. (il pensait tout le temps à Harry, évidemment), mais il pensa à lui. Il se demanda ce que ferait l'autre garçon si c'était lui qui s'était réveillé un matin dans le lit d'une inconnue après s'être fait droguer (Violer). Et il n'eut qu'une seule certitude : à aucun moment Harry ne considérerait l'idée de la tuer. Et s'il commettait cet acte, il… donnerait raison aux pires parties de son être. Celles qui lui murmuraient continuellement qu'il ne valait pas mieux que Voldemort, qu'il était Voldemort et qu'il ne suffisait que d'un événement, que d'une petite secousse, pour qu'il redevienne qui il était. Et il savait intimement que s'il tuait cette femme, même si c'était le dernier meurtre de sa vie, il pourrait tirer une croix définitive sur Harry et leur relation.

C'était une chose que de prétendre (et espérer… au combien il espérait) avoir changé, c'en était une autre de le prouver par des actes.

Il rangea sa baguette et le cœur lourd de honte, quitta l'appartement.


Il prétendrait pendant des jours que cet événement ne l'avait pas affecté. Que ce n'était rien, pas grave et que de toute manière il ne s'en souvenait pas - alors pourquoi se torturer sur quelque chose qui était fait ?

Il prétendrait cela alors même qu'il se douchait trois fois par jour, à l'eau brûlante, que sa peau, malmenée à force d'être frottée par une brosse qui n'était pas prévue pour la peau humaine laisse des marques rouges le long de ses bras, de son corps, de ses jambes. Il le prétendrait encore alors qu'il essayait désespérément de respirer, le torse écrasé par un poids invisible, les mains tremblantes ; lorsqu'une fine pellicule de sueur semblait germer sur tout son corps et qu'il sanglotait, sentant que chaque inspiration était plus difficile à prendre que la précédente.

Il passa des mois dans cet assourdissant déni. Il ne sortait plus du miteux studio qu'il louait, ne nettoyait plus rien et passait ses journées à attendre que la suivante arrive. Il lui semblait que la mort devenait plus attirante de jour en jour. Parfois il en venait même à douter qu'Harry le trouverait. Mais c'était impossible - ils étaient faits pour être ensemble. Harry le retrouverait et lui pardonnerait. Il suffisait qu'il survive à la minute qui allait suivre. Puis à la suivante.

Il attendait qu'Harry vienne le trouver. Persuadé qu'il y parviendrait.


Les jours passèrent. Finalement, poussé par la faim, il sortit de son studio. Fit quelques pas dans la rue. Il n'avait pas senti l'air frais sur son visage depuis des mois, lui semblait-il.

Il ne se souvenait pas qu'il était sorti la semaine précédente pour les mêmes raisons.

Il observa les passants. Il lui semblait tout simplement effarant que d'autres personnes puissent vivre comme si de rien était comme si sa vie, son essence même, n'avait pas été réduite en miette.

Il croisa le regard d'une jeune femme qui avait un bébé dans les bras. Elle le contempla avec horreur et eu un mouvement de recul absolument grotesque. Il n'avait plus vu ce genre d'expression depuis qu'il avait retrouvé un corps. En rentrant chez lui, le soir, il se contempla devant un miroir. En effet, il était effrayant. Harry ne voudrait pas de lui s'il ressemblait à un cadavre. Il s'en persuada. Et, comme un naufragé qui s'accroche désespérément au moindre bout de bois, il s'accrochait à l'idée qu'Harry lui pardonnerait. Qu'ils pourraient se retrouver.

Il alla même jusqu'à se présenter devant l'un de ses anciens professeurs de médecine, qui l'avait toujours apprécié, dans un petit hôpital de campagne. Son professeur le jaugea avec horreur comme s'il ne le reconnaissait pas. Il se fit la réflexion qu'effectivement, la différence devait être choquante. Il était passé d'un étudiant radieux et brillant à une créature pathétique. Son ancien professeur avait eu l'air terriblement embarrassé par sa demande, évidemment. Qui pourrait avoir envie de l'embaucher ? Il n'inspirait pas confiance.

Il était sorti de l'entretien défait. Comment pouvait-il faire pour tenter d'aller mieux ? Quelles étaient ses options ?

Il allait sortir du service de pédiatrie quand il entendit de grands bruits. Apparemment, une femme était en train d'accoucher - trop tôt, bien trop tôt, et les pédiatres semblaient tous empruntés par la situation. Automatiquement, sentant en lui un feu qu'il n'avait pas ressenti depuis des mois, Il s'était précipité dans la salle.

Il reconnut aussitôt la jeune femme. Il l'avait capturée pour faire chanter son père, à l'époque. Et elle avait moisi des semaines dans les cachots du Manoir Malfoy. Évidemment, il avait vu là un signe.

Il ne s'était pas trompé. Luna Lovegood, comme bien des années plus tôt lorsque son père avait trahi Harry, le mènerait à lui.


Lorsqu'il s'était retrouvé face à Harry, ce 31 décembre, il avait ressenti pour la première fois depuis des années de l'espoir. Harry Potter ne l'avait pas traîné au Ministère. Il ne l'avait pas arrêté, n'avait pas essayé de le tuer.

C'était bien la preuve qu'il avait eu raison. Harry lui pardonnerait et ils pourraient reprendre leur vie. Pas de la même manière qu'auparavant, bien sûr. Mais… Au moins, ils seraient ensemble.

Il recommença à se nourrir correctement. Aperçu qu'Harry le suivait – semblait tiraillé par les sentiments contraires qui l'habitait. C'était normal. C'était encourageant. Tom comprenait très bien. Il lui suffisait d'un peu de patience et tout irait pour le mieux.

N'est-ce pas ?

Tout n'alla pas pour le mieux.

Il était tellement heureux, tellement désespéré à l'idée de retrouver Harry Potter qu'il commit plusieurs impairs. Il avait l'impression d'être face à un inconnu et lui d'être un imbécile incapable de se comporter correctement.

Harry n'était plus le garçon qu'il avait aimé… Il était infiniment plus. Il n'avait plus ce regard timide d'un étudiant peu sûr de lui. Non il était Harry Potter.

Il y avait dans ses yeux une flamme qui s'était éteinte au moment où il avait perdu la mémoire. Et bon Dieu, Tom ne pensait pas qu'il pouvait l'aimer plus que ça n'avait été le cas. Mais il était parfait, extraordinaire, infiniment supérieur à lui et –

Et il ne voulait pas de lui.

La phrase « Tu peux garder tes chaussures » et le ton fatigué – froid – qu'il avait employé seraient gravés en lui à jamais. Lui qui n'avait jamais accepté l'aide ou la pitié de qui que ce soit pendant toute sa vie, aurait été prêt à supplier pour qu'Harry lui accorde une chance.

Je t'en prie, je t'en prie, pitié, je t'en supplie pitié – avaient été les seules pensées de son esprit pendant leur bref entretien.

Il avait eu raison sur un point, au final. Harry lui avait pardonné. Harry lui donnait une seconde chance. Il n'allait pas le traîner au Ministère. Mais il n'avait aucune intention de faire partie de sa vie – de quelque manière que ce soit. Tom se disait qu'il se serait même satisfait d'être son ami. Ça aurait été d'une torture effroyable mais au moins – au moins il aurait eu l'occasion de le voir.

En rentrant chez lui, ce soir-là, il se rendit dans le petit supermarché de la ville où il habitait. On n'y vendait pas de corde. Il trouva la rallonge d'une prise et se dit que ça ferait parfaitement l'affaire.

Il rentra chez lui, prit le serpent qu'il avait adopté avec Harry et, sans un regard pour lui - pauvre être qui lui avait été fidèle pendant des années -, fabriqua un portoloin parfaitement illégal.

De retour chez lui, il réalisa qu'il ne lui restait plus grand-chose à faire. Il posa sa baguette – il n'allait rien laisser derrière lui. Il n'avait aucune envie qu'on utilise sa note de suicide pour l'inclure dans les livres d'histoire. Lord Voldemort, plus grand mage noir de tous les temps, suicidé pour des raisons obscures.

Pourquoi le regard des autres l'obsédait-il toujours ? Il était ridicule.

Pas de note, donc. Il regarda sa baguette.

Il réalisa qu'il ne voulait pas qu'elle finisse dans un musée. « Baguette de Tom Riddle (Voldemort), if et plume de phénix ». Il pouvait très bien la casser et la jeter à la poubelle. Sa main gauche vint rejoindre sa main droite qui la tenait déjà. Il commença à appuyer. Dire que lui et Harry Potter avaient des baguettes sœurs. Briser la sienne était un acte symbolique. Il rompait définitivement les liens qui les avaient unis.

Il s'arrêta et se maudit d'être aussi faible. Il le savait, il avait bien compris. C'était définitivement et irrémédiablement terminé entre Harry et lui. Mais renoncer à leur lien, renoncer à leur histoire lui était insupportable. Il tourna la tête en contemplant le jardin de la maison qu'il louait.

Une idée germa dans son esprit. Il avait lu, bien plus tôt dans sa vie, qu'un arbre se tenait à l'entrée de l'école d'Ilvermorny. Selon la légende, il était né de la baguette de Salazar Serpentard que sa descendante avait enterré là.

Cette idée lui plût. Peut-être n'avait-il pas complètement abandonné ses fantasmes d'immortalité et qu'il voulait que quelque chose survive à sa mort imminente.

Il se rendit dans son garage et saisit la pelle qu'il avait utilisé jusque-là pour déblayer la neige. À pas vif, déterminé, il se rendit dans le jardin. Trouva un endroit qui lui paraissait adéquat. Les ifs avaient une longévité remarquable. En plus d'être extrêmement toxique.

C'était drôle comme sa baguette reflétait la personne qu'il était. Sauf qu'il n'était pas parvenu à un âge particulièrement avancé pour un sorcier. Quelle ironie. Lui qui avait voulu devenir immortel allait mourir plus tôt que la grande majorité de ses pairs. Il aurait pu utiliser la magie pour l'ensevelissement de sa baguette. Mais l'idée de creuser lui-même cette tombe lui plaisait.

Il se mit donc à l'ouvrage.

Trois heures plus tard, épuisé, sale et transpirant, les mains couvertes de terre, il tapait une dernière fois la terre.

Il ne lui restait plus qu'à mourir.

Il retourna chez lui, accrocha la prise à une poutre à l'étage. Trouva une chaise, monta dessus. Il réfléchit ensuite aux personnes qui allaient regretter son départ. Quelques collègues, sans doute, avec qui il avait été en bon termes.

Charles.

Charles était un de ses patients. Atteint d'une forme de cancer extrêmement agressive. Ses parents l'avaient plus ou moins abandonnés à l'hôpital. Tom comprenait que c'était leur manière de réagir à ce deuil imminent. Bien sûr, ils le regretteraient plus tard. Quand ils réaliseraient que leur fils était bel et bien mort et qu'ils n'avaient pas du tout profité de ses derniers instants. C'était tristement courant, ce genre de réactions.

Enfin quoiqu'il en fût, Charles s'était désespérément accroché à son médecin. Tom. Qui prenait soin de lui comme il l'aurait fait pour… un frère. Non, un fils. Il lui lisait des histoires, passait la plus grande partie de ses journées avec lui, était là quand le petit garçon essayait désespérément de manger. Lui tenait le front quand – invariablement – il vomissait tout ce qui avait ingéré.

S'il mourrait maintenant…

Il ne pouvait pas faire ça à ce gosse.

Tom méritait de mourir complètement seul. Mais Charles, lui, méritait mieux.

Survivre jusqu'à sa mort ne devrait pas être trop difficile. Il avait six mois à tenir tout au plus.


Il prenait un cocktail d'anti-dépresseurs qu'il s'était lui-même prescrit. Il voulait juste tenir le temps que le petit garçon meure. Il aurait donné sa vie pour que la sienne soit plus longue. Quelle injustice, tout de même. Lui qui avait côtoyé la mort de sa naissance à ses onze ans, il était surpris de voir à quel point elle l'affectait toujours de la même manière.

La mort était horrible, indigne et déloyale.

Et il avait terriblement hâte de pouvoir enfin en faire l'expérience.


Allait-il réussir à survivre jusqu'à la mort de Charles ?

Il en doutait. Il faisait des chutes de tension plusieurs fois par jour. Il ne se nourrissait pas, buvait de l'alcool. Prenait ses médicaments. Dormait. Sa supérieure, Lucy, voyait parfaitement qu'il était sur le point de mourir. Elle venait l'engueuler quotidiennement. Elle réussissait parfois à lui faire avaler quelque chose.

La seule chose qui le poussait à se relever de son lit était les visites – deux fois par jour – du malade. Charles lui donnait toute son affection, toute son attention. Et pendant ces quelques heures, Tom se sentait presque serein. Au moins, il aurait servi à une chose dans sa vie.

Jusqu'à ce qu'Harry Potter le retrouve.

Pendant plusieurs jours, il se demanda s'il était en train de vivre une hallucination particulièrement réaliste. Il lui était impossible de concevoir qu'Harry soit revenu sur sa décision. Il avait honte de s'être fait surprendre dans un tel état.

Était-il mort ? était-il en fait en train de vivre ses derniers instants et son cerveau lui faisait le cadeau de lui faire croire que des semaines passaient en compagnie d'Harry ?

Harry qui lui souriait, lui parlait comme s'il était précieux, comme s'il avait la moindre valeur.

Sentir les mains de l'autre garçon sur sa peau. Sentir Harry l'enlacer. Il n'y avait pas de mots pour exprimer le déluge de sensation que cela provoquait. Il avait l'impression que son cœur se gonflait, qu'il remplissait tout son corps. Comme s'il n'était plus que cet organe.

Il avait l'impression qu'Harry ne réalisait pas à quel point, à quel point¸ il l'aimait et à quel point il lui était reconnaissant. Tom gardait une certaine pudeur dont il n'arrivait pas à se débarrasser. Certaines nuits, lorsque le dos d'Harry était collé contre son torse et qu'il avait le visage enfoui dans ses cheveux, il articulait le mot merci silencieusement contre son crâne.

Il n'utiliserait plus jamais de magie mais qu'était-ce la magie quand il pouvait se réveiller tous les matins aux côtés d'Harry ?

Quand Harry se moquait de lui et le traitait de « vieillard » quand il était fatigué et voulait se coucher tôt ?
Quand Harry lui donnait tant de plaisir qu'il avait l'impression qu'il allait en mourir ?

Tom, pour la première fois de son existence, était totalement – follement – intégralement heureux.


Jusqu'à ce qu'il apprenne qu'un enfant s'était apparemment enfermé dans sa chambre avec un serpent.


Il contemplait toujours l'enfant, abasourdi. Ses pieds ne faisaient plus qu'un avec le sol. Les lever était impossible. Bon Dieu, les gênes Riddle étaient décidément dominants. Ils avaient pratiquement le même visage, même si son fils (SON FILS) avait des yeux marrons. Les siens étaient gris.

Harry le poussa pour s'approcher de l'enfant. Il s'assit à côté de lui alors que le serpent crachait agressivement (Ressssste où tu es). Faites qu'il ne se fasse pas mordre, pensa Tom alors même qu'il était incapable d'esquisser le moindre geste.

Harry lui lança un regard – comme s'il essayait de lui intimer de faire quelque chose. Il semblait aussi bouleversé que lui mais, au moins, il était toujours capable de fonctionner. Rassemblant son courage, Riddle avança, attrapa le mamba noir qui se débattit entre ses doigts et le fourra sans ménagement dans la poche de son manteau.

Il était censé faire quelque chose, non ? C'était son fils après tout. Il n'était plus l'héritier de Serpentard parce qu'un autre était né. Un autre être qui aurait aussi sa place à Poudlard, qui avait commencé sa vie dans un foyer pour enfant et qui, il ne se l'imaginait que trop bien, considérerait l'école comme sa première maison.

L'attention du petit garçon était focalisée sur lui. Probablement parce qu'il lui avait pris son serpent. Il semblait terrorisé.

Comme lui l'avait été quand Dumbledore avait mis le feu à son armoire.

Il était encore une fois en train de répéter ce qu'il avait vécu.

L'histoire, décidément, n'était que la succession des mêmes événements.

Et il voyait Harry essayer de réconforter Tom - lui dire qu'il n'avait rien fait de mal, que personne n'allait le gronder et que tout irait bien -

Il fit volte-face et sortit de la chambre. Son père à lui, Tom Riddle Senior (à moins que ce titre ne lui revint à lui, maintenant ?) n'avait pas eu conscience de son existence avant qu'il ne débarque pour l'assassiner. Quelle excuse avait-il ?

Ce pauvre gosse, fils du plus grand mage noir de tous les temps. Serait-il accepté à Poudlard ? Peut-être que les enseignants refuseraient de lui inculquer quoique ce soit. Peut-être que ses péchés étaient tellement lourds qu'ils débordaient de sa simple personne pour salir aussi son fils.

Il ignora Simon Angels qui essaya de lui adresser la parole. Il avait tellement honte. Il allait laisser Harry s'en charger, lancer les sorts nécessaires. Il poussa les éducateurs qui lui barraient le passage et sortit dans la rue.

Lui qui pensait avoir leur vie en main ; lui qui pensait que le futur ne leur poserait plus de problème maintenant qu'il était enfin avec Harry… Le destin avait trouvé une nouvelle manière d'anéantir son bonheur.

Il entendit des bruits de pas derrière lui. Des bras l'enlacèrent avec force. Il regarda les mains d'Harry qui se rejoignaient au niveau de son nombril. je ne dois pas dire de mensonges, pouvait-il lire sur le dos de sa main.

Se détestant pour ses paroles, il prononça :

-Je ne peux pas.

L'étreinte se resserra autour de lui. Harry ne l'abandonnerait pas - apparemment. Le plus jeune transplana ensuite, l'entraînant avec lui.

Ils étaient de retour dans leur appartement. Harry entraîna Tom vers le canapé, le fit s'asseoir et fit chauffer de l'eau. Il sortit une barre de chocolat d'un placard, versa l'eau dans la tasse et amena à Tom son thé.

-Un vieil ami m'avait dit que le chocolat aidait dans ce genre de situations.

Tom ne répondit rien, le visage résolument tourné vers le sol. Harry s'agenouilla devant lui et posa une main sur sa joue :

-Je dois y retourner. Je suis de retour dans quinze minutes.

Tom lui lança un regard alarmé. Une bouffée d'angoisse le saisit brusquement. Allait-il faire une crise de panique ? ça faisait des années que ça ne lui était plus arrivé.

-Tom, ça va aller. Je comprends. Je reviens.

Harry l'embrassa et Tom l'écrasa contre lui. Il n'arrivait même pas à parler. Ses pensées se succédaient sans logique. L'horreur de la situation l'étranglait, il essaya de retenir l'autre garçon auprès de lui mais Harry, avec douceur, recula.

-Tom, regarde-moi.

Il leva lentement des yeux. Harry lui sourit :

-Je reviens. Tu m'as compris ?

Il hocha de la tête. Le regard de son petit-ami était terriblement inquiet. Il transplana.

Tom, resté seul, s'écroula.


Réponse aux commentaires Anonymes :

Lily Luna: Merci beaucoup pour ton commentaire ! Je suis contente si le chapitre précédent t'a plu, j'espère que ce sera aussi le cas de celui-là ! Encore mille fois merci de m'avoir laissé un mot :)

Rose: merci d'avoir pris le temps de me laisser un commentaire ! Tant mieux si tu apprécies leur couple un peu cinglé haha Je suis navrée que tu n'aies pas toutes les réponses à tes questions dans ce chapitre ! Mais promis tu auras les réactions d'Hermione et Drago dans le chapitre prochain :)

Dia: Merci beaucoup pour ton commentaire et désolée pour l'attente ! J'espère que tu n'es pas déçue.


Merci à tous ceux qui prendront (s'il y en a hahaha) la peine de laisser un commentaire ! Je serais ravie de connaitre vos impressions ! Je vous aime et à tout bientôt ;)