Je ferais bien de changer mon pseudo pour « Victoria_Frankenstein » haha. Voilà un nouveau Monstre de pratiquement 30'000 mots. Je suis sincèrement désolée pour la qualité générale de ce chapitre. J'aurais certainement dû le couper en deux mais je trouvais tellement médiocre que je me suis dit que c'était mieux d'en finir une bonne fois pour toute. (il reste encore bcp de fautes je pense mais je n'arrive plus à lire ce chapitre. sorry)
J'ai mis comme séparation les chapitres de l'Art de La Guerre – je me suis dit que c'était plus simple si certains d'entre vous n'ont pas le temps de tout lire d'un coup haha (sans blague)
Dire qu'il ne reste plus qu'un chapitre pour cette histoire… C'est dingue !
Merci à tout ceux qui ont pris la peine de me laisser un commentaire pour le chapitre précédent 😊 ça me fait toujours TELLEMENT plaisir ❤️❤️❤️❤️ !
XI
I. De l'évaluation
Le plus humiliant, c'était que ce n'était pas la première fois. En fait, Harry devait bien l'admettre, c'était arrivé pratiquement chaque année à Poudlard. Quelqu'un prétendait être une personne quelconque alors même qu'ils conspiraient pour (voir étaient littéralement) Voldemort. Harry vit successivement défiler dans son esprit les visages de Quirrel, Queudver et Barty Croupton jr. Et, à chaque fois, à chaque fois sans aucune exception, il était tombé dans le panneau.
Et il se demandait toujours après coup comment il avait pu être aussi stupide et naïf. Pourquoi ne s'était-il jamais méfié du journal avant que l'horcruxe ne lui épelle qui il était réellement ? Pourquoi avait-il suivi « Fol'œil » alors qu'il revenait, traumatisé, de la renaissance de Voldemort et de la mort de Cédric ?
Pourquoi avait-il accepté qu'Olivia (si c'était réellement son nom) soit présente dans un village complètement reculé puis, quelques heures plus tard, de retour à Londres ? Il aurait dû s'en rendre compte. Il aurait dû réaliser qu'il y avait définitivement quelque chose d'horriblement louche dans son comportement. Pourquoi des policiers avaient-ils engagé un « spécialiste des serpents » ?
Olivia avait dû découvrir la réelle identité de Tom. Ou du moins la suspecter. Ou alors elle imaginait tout simplement qu'il était son propre fils ? Ou un cousin ?
Il réalisa que c'était sans doute le point la question la plus pressante :
-Tom, est-ce qu'elle sait qui tu es ?
Harry et Tom ne s'étaient pas quittés du regard alors qu'Harry – mortifié – réalisait qu'on s'était encore joué de lui. Ce qui aurait pu être une consolation mais qui était en réalité encore plus horrible, c'était qu'il n'avait pas été la seule victime. Tom aussi s'était fait berner de A à Z. L'expression de son visage était terrifiante. Harry supposait que tous les autres occupants de la pièce étaient très heureux de le savoir derrière un mur magique.
Manifestement, Harry n'était pas le seul à se sentir humilié.
-Je suppose que oui.
Donc il n'en était pas sûr non plus. En tout cas, Olivia devait avoir une arrogance folle pour oser un plan pareil. À moins, évidemment, qu'elle n'ait été qu'un pion dans un plan plus vaste. C'était tout à fait possible qu'elle soit la fanatique d'un quelconque mage noir, prête à obéir à son maître quelque soient ses ordres. Barty n'avait pas hésité une seconde – Harry l'imaginait – avant d'accepter de s'infiltrer dans Poudlard et de travailler aux côtés d'Albus Dumbledore.
Harry avait la sensation qu'ils en auraient bientôt le cœur net.
-Qui est Olivia ? demanda Hermione.
Comment répondre à cette question. Admettre que Tom et lui avaient eu un contact plus ou moins étroit et plus ou moins suspect avec une policière moldue ? Il avait l'impression que ses amis les trouveraient complètement idiots. Voire pire, qu'ils concluraient que c'était un piège de Tom, une manière de s'innocenter alors qu'il venait tout juste d'être appréhendé.
-C'est la policière qu'on a croisé dans le cimetière, répondit Harry : je l'ai vue plusieurs fois ces derniers temps mais je ne m'étais jamais dit –
Il secoua la tête il n'avait pas le temps de se lancer dans des explications fumeuses – parce qu'elle avait lancé un message très clair. Si elle avait osé se dévoiler au grand jour, cela ne pouvait dire qu'une chose : la phase finale de son plan était lancée. Ils n'allaient sans doute pas tarder à découvrir ce pour quoi les inferis avaient été créés.
Il ne voyait pas d'autre alternative car elle aurait agi plus discrètement. Non, c'était une ultime provocation avant le déclanchement des hostilités.
-Il faut qu'on y aille maintenant. Et je vous conseille de vous préparer à devoir défendre la ville contre une armée de morts –
Personne ne bougea. Harry voyait qu'ils étaient réticents à l'idée de l'écouter, de faire ce qu'il leur demandait, précisément à cause de la seule autre personne qui semblait tout à fait d'accord avec son plan.
-Tu dramatises –
-Je ne dramatise pas du tout ! s'exclama-t-il, manquant de prendre Drago par sa robe : rendez-moi ma baguette et allons-y maintenant-
Il lança un regard suppliant à Hermione. Elle allait forcément comprendre – se rendre compte qu'ils ne pouvaient pas perdre la moindre seconde, qu'ils en avaient déjà perdu trop en se concertant sur sa situation.
-Bordel ! s'exclama-t-il rageusement : vous pensez que c'est un hasard si c'est précisément maintenant que ça arrive ? Si vous enfermez Tom et moi, vous ferez exactement ce qu'elle espère –
-Mais ça paraît trop évident, non ? répondit Drago qui, définitivement, ne lui faisait pas (ou plus) confiance : On découvre le pot au rose et c'est précisément au même moment que tu deviens nécessaire pour – quoi. Sauver Londres ? Tu n'as pas l'impression que c'est un peu trop arrangeant ?
Harry avait définitivement envie d'hurler. Ils étaient tous en train de tomber dans le piège, tous en train de faire précisément ce qui était attendu d'eux. Bon dieu, évidemment que le « faux Voldemort » aurait comme priorité numéro un de se débarrasser du vrai. C'était sournois et horrible mais… Il ou elle avait réussi. Et personne ne lui donnait de crédit.
-J'y crois pas. Harry se tourna vers Hermione et Ron : après tout ce – comment pouvez-vous penser que je pourrais vous trahir comme ça ? Honnêtement c'est tellement abject.
Essayant désespérément de trouver la moindre parcelle de réconfort il se tourna vers Tom. Toujours debout dans sa cellule, il avait une expression compatissante. Mais qui témoignait parfaitement qu'il ne s'attendait pas à ce qu'Harry réussisse à convaincre ses amis de leur innocence.
-On ne peut pas prendre ce risque, déclara finalement Hermione d'un ton triste.
Harry sourit. Une courbe pleine d'amertume et d'horreur :
-Pourquoi vous n'utilisez pas un Veritaserum ?
-On est assez sûr que tu parviendrais à en ignorer les effets.
-Je ne sais pas pour qui vous me prenez –
-Pour quelqu'un qui parvient très bien à résister aux Imperium.
Il y avait effectivement une corrélation entre les deux. Mais même si le Veritaserum n'était pas fiable à cent-pour-cent il pourrait tout de même… Les faire douter.
-Je vous en supplie, essaya-t-il en désespoir de cause : ne faites pas ce que vous allez –
La porte s'ouvrit brusquement. Aussi essoufflé que la première fois, le visage cramoisi, Neville pénétra dans la pièce. Il s'arrêta net en sentant la couche de tension étouffante dans laquelle il venait de s'introduire.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il. Évidement il n'était au courant de rien. Il avait fait ce qu'Harry lui avait demandé… Parce qu'il n'avait absolument pas compris la situation. Son regard, timide (les années d'oubli avaient arrêté la croissance prometteuse de son estime), passait d'Harry à Hermione. Il était à nouveau un homme discret pour qui s'affirmer était un exercice difficile.
Un silence très inconfortable s'installa.
Bien sûr. Neville avait appris une partie des informations mais pas suffisamment pour comprendre exactement ce qu'il s'était passé. Ce qu'Harry avait fait.
Comment expliquer à Neville qu'ils venaient de découvrir qu'Harry fréquentait – pire qu'il était un couple banal, un couple apprécié que tout le monde trouvait bien assorti, qui était tout à fait accepté dans le Ministère ? Harry Potter sort avec un moldu, très charmant d'ailleurs, je les ai croisés l'autre jour, c'est fou ce qu'ils vont bien ensemble ! Et que ce couple était constitué du Survivant et de Lord Voldemort ?
Harry décida qu'il n'allait pas laisser l'opportunité à ses amis de qualifier son acte de trahison, de mensonge ou d'aucune autre façon péjorative.
Il pointa son bras en direction de Tom qui sourit d'un air tout à fait inoffensif :
-C'est Voldemort.
Neville fronça des sourcils et sourit d'une façon circonspecte.
-Ce n'est pas une blague, ajouta Harry dans un soupir : on s'est rencontré…enfin re-rencontrés quand on avait perdu la mémoire.
Neville avait toujours cette expression d'intérêt amusé – mais Harry sentait qu'il était, en réalité, en train d'étouffer la partie de lui qui ne pouvait expliquer la situation qu'en acceptant comme réel ce que lui disait Harry.
Neville se tourna vers Ron, espérant probablement voir chez le roux la preuve que c'était une bonne blague qu'on faisait à ses dépens. Mais son air sombre ne laissait planer aucun doute.
-Vous rigolez ? essaya-t-il
-Non, répondit Tom dans un sourire passablement déplacé.
Neville fit un pas en arrière. Il regardait Harry comme s'il ne l'avait jamais vu de sa vie, comme s'il venait d'apprendre qu'il n'était – en réalité – pas humain mais un extraterrestre dont la seule mission aurait été d'anéantir l'espèce humaine.
Hermione s'approcha de lui et posa une main rassurante sur son épaule. Peut-être que son geste aurait été plus crédible si elle avait trouvé quelque chose à lui dire. Mais le silence, encore plus inconfortable que le précédent, étranglait assez vigoureusement leurs cordes vocales.
Harry sentit que son sort était sur le point d'être scellé. La panique allait leur faire prendre une décision totalement stupide : laisser Tom en prison et l'emprisonner, lui, chez lui.
Dans un appartement dans lequel Olivia était déjà allée. S'il se faisait abandonner là… Eh bien, le faux Voldemort aurait un trophée prestigieux à exhiber. Et Harry n'avait … vraiment pas du tout envie de mourir. Et surtout pas sans défense, piégé dans son appartement alors que ses amis se faisaient potentiellement étriper par une horde conséquente d'inferis. Il fallait qu'il essaye à nouveau de plaider sa cause. C'était sa seule option.
-Ecoutez, reprit-il : je sais que vous vous sentez trahis et que vous êtes choqués. J'ai pensé chaque pensée que vous avez, j'ai ressenti toutes les horribles émotions qui vous submergent, je sais très bien ce que vous êtes en train de vous dire. C'est juste… que vous avez tort ! termina-t-il en essayant d'être convainquant.
Drago était déjà en train de secouer la tête :
-J'aime bien ta petite histoire. C'est vrai que l'ironie y est délicieuse. Harry rencontre un charmant jeune homme et il s'avère –
-Mais putain c'est exactement ce qu'il s'est passé ! hurla Harry qui s'était pourtant promis qu'il resterait calme : Pourquoi tu penses que j'étais une épave quand on a retrouvé nos souvenirs ? Parce que je regrettais de ne pas être un simple moldu ? Evidemment que non, c'était parce que quand j'ai retrouvé mes souvenirs, Voldemort était à côté de moi dans mon lit !
-Et la première chose qu'il a fait c'est de me frapper, ajouta Tom avec obligeance : il n'y a ni conspiration ni trahison –
-Et ensuite tu t'es dit que ce n'était pas si grave et que tu ferais bien de te remettre avec lui c'est ça ? répondit Drago en ignorant totalement Tom. Il était blême de rage. Honnêtement, Harry se disait que le blond devait avoir extrêmement envie de le frapper.
-Je n'ai jamais dit que ce n'était pas si grave !
-Alors comment peux-tu – est-ce que tu es seulement conscient de ce qu'il a fait ?
-Putain de merde – Harry inspira, essaya de contrôler la colère qui menaçait de l'étouffer. Il expira lentement, fixant obstinément un point sur le plafond.
-Je suis réellement désolé que tu me considères comme un traitre ou que tu imagines que je cautionne ce qui a pu arriver dans le passé. Évidemment que ce n'est pas le cas !
-Et pourtant, Malfoy avait fait un pas dans sa direction : et pourtant même si tu ne « cautionnes pas » comme tu dis, tu viens de passer quoi – trois ans ? Plus ? à roucouler avec l'assassin de tes parents !
-Ce qui ne fait pas de moi un criminel, non ? demanda aussitôt Harry.
Très bien, il n'arriverait jamais à convaincre Malfoy qu'il n'avait pas fait quelque chose d'horrible. Et, au final, il n'en était pas réellement persuadé non plus. C'était ça le plus frustrant, Harry comprenait parfaitement la position de ses amis –
Pourquoi ne pouvaient-ils pas en faire de même pour lui ? Il fallait donc qu'il change de stratégie au plus vite.
-Arrête de prétendre que tu n'es pas derrière tous ces meurtres –
C'est Hermione qui interrompit son mari :
-Stop. La colère ne sert à rien actuellement.
Harry hocha vivement de la tête. Il était soulagé de voir que sa meilleure amie avait l'intention d'être raisonnable. Si seulement ils pouvaient comprendre qu'ils étaient les deux innocents ! pensa-t-il pour la dixième fois en moins de trois minutes.
Hermione se pinça l'arête du nez :
-Harry j'ai envie de te croire, vraiment, j'aimerais tellement avoir la certitude que tu dis la vérité mais –
Et voilà. En une phrase, tous ses espoirs venaient de partir en fumée. Aucun d'entre eux n'avaient confiance en lui. Ni Ron, ni Hermione et certainement pas Drago. Il se tourna vers Neville. Ses yeux avaient un éclat horrifié. Très bien, ce n'était pas vers lui non plus qu'il risquait de trouver du soutien. En désespoir de cause, il supplia du regard McGonagall qui était restée en retrait (comme Matthew et Ethel), les bras croisés. Son regard doux était devenu acier.
-S'il vous plaît, essaya-t-il une dernière fois
Mais Hermione s'avançait déjà vers lui, sa baguette à ma main.
-Alors laissez-moi ici ! reprit Harry : Je suis mort si vous me laissez chez moi – je serai une proie bien trop facile !
-Il a raison, déclara posément Tom qui observait la scène, son long corps positionné avec impertinence.
-Toi, ta gueule ! aboya Drago en le fusillant du regard.
-Regardons les faits, proposa Tom qui apparemment s'inquiétait assez peu de l'opinion que Drago avait de lui. Ou, d'ailleurs, d'écouter ses ordres : il y a trois possibilités : la première, nous sommes effectivement derrière tout ça et on essaye désespérément de vous manipuler pour prendre le contrôle du Ministère. Deuxième possibilité : Harry pense sincèrement que nous sommes les deux absolument innocents mais je le manipule depuis le début. Troisième possibilité : on dit les deux la vérité et on est les deux innocents. Ah, il y en a une quatrième, en fait : c'est Harry qui prétend être innocent alors qu'il nous manipule tous.
-Merci de l'avoir incluse, marmonna Harry
-Je n'ai pas envie de sous-estimer ta capacité à prétendre être irréprochable alors qu'on sait tous ce que tu es en réalité l'antéchrist.
Harry ne put retenir un sourire. Il savait ce à quoi Tom faisait référence (Harry avait une fois mangé la dernière tranche d'un gâteau – crise internationale) et le voir plaisanter lui remonta légèrement le moral.
-Bref, reprit Tom : il y a quand même un certain nombre de possibilités dans lesquelles Harry est totalement innocent. Dans quel cas, vous seriez responsable de sa mort si vous le ramenez chez lui. Olivia y est allée – elle sait parfaitement où il habite.
-On aurait dû le bâillonner, déclara platement Ron.
-Non, il a raison, avança Neville : on ne peut pas faire ça. Je peux le prendre chez moi si vous voul-
-Tu nous prends pour des cons ? s'insurgea Drago : Tout ça pour le libérer dès qu'on aura le dos tourné !
Neville eut un air blessé. Harry s'en sentit infiniment désolé. Surtout que ça devait lui rappeler ses années à Poudlard quand Malfoy s'en prenait systématiquement à lui parce qu'il était timide et maladroit.
-Wow, il essaye juste de rendre servi –
Drago avait pointé sa baguette sur lui. Il avait à peu près la même expression que lorsqu'Harry l'avait surpris dans les toilettes. Il était terrifié, Harry réalisa. Sa main tremblait et ses yeux étaient incapable de le fixer, ils se dirigeaient à droite et à gauche, comme s'il s'attendait à chaque instant que des Mangemorts fassent irruption.
Ce qui n'était pas aussi impossible qu'il l'aurait voulu, toute chose considérée.
Oui. Une partie d'Harry n'arrivait pas à lui en vouloir. Ce qui était en train de se passer était probablement son pire cauchemar.
Hermione posa une main douce mais ferme sur son bras. Il le baissa lentement et lança un regard mi-perdu mi-paniqué à sa femme.
-ça va aller, Drago. Je pense qu'on peut le laisser ici. Professeur McGonagall pourra les surveiller. Et si on lance un sort de mutisme à Voldemort (elle dit son nom avec force, comme si par cette défiance, elle essayait de se donner du courage), ils ne pourront rien tenter.
-C'est la seule chose à faire, trancha Ron : et il faut absolument qu'on aille voir ce qu'il s'est passé dans ce foyer –
Neville s'était approché et avait fermement pris Harry par une épaule. Il le guida dans un autre coin de la pièce – le plus loin possible de Tom, Harry réalisa.
Il n'arrivait pas à croire que le pire était en train d'arriver et qu'il serait coincé dans une cellule pendant que ses amis allaient se battre – Mais ça ne servait à rien, il avait épuisé tout son argumentaire. Rien ne parviendrait à faire change d'avis ses amis. Il espérait juste que ce n'était pas la dernière conversation qu'ils auraient.
Neville le lâcha subitement et fit quelques pas à reculons. Défait, Harry se laissa glisser contre l'un des deux murs physiques qui constituaient sa cellule. Les deux autres murs seraient magiques et transparents, comme ceux qui délimitaient celle de Tom. Au moins, ils pourraient se voir à défaut de parler.
-Bon, maintenant que c'est réglé, déclara Ron en étudiant les sorciers qui se trouvaient autour de lui : il faut impérativement qu'on aille dans ce foyer. Si Harry dit la vérité, peut-être que…, il réfléchit un court instant : cette fille aura laissé un message ? une provocation ?
-Je ne pense pas, répondit Hermione, pensive : mais tu as raison, il faut qu'on y aille.
-Qui vient avec moi ? demanda Ron en se tournant en direction de ses amis.
Matthew s'avança directement. Ron hocha brièvement de la tête :
-Ok, les autres vous patrouillez discrètement dans Londres ? avec toutes les équipes ?
-Comme si c'était fait, déclara fermement Hermione.
Avec une efficacité qui dénotait de leurs formations– même si elle avait eu lieu sur le tard, ils transplanèrent, chacun se rendant là où il était attendu. Harry était tellement frustré de ne pas pouvoir se joindre à eux, frustré de ne pas pouvoir aller lui-même voir l'étendue des dégâts dans le foyer.
Quoique, en fait, il n'y avait probablement aucun cadavre – si comme il le soupçonnait la grande attaque était pour le soir même, Olivia avait sûrement dû prendre les cadavres pour en faire des inferis. C'était le plus logique, après tout. À moins qu'elle n'ait voulu leur laisser un message.
Tom était toujours debout dans sa cellule. Ils ne pouvaient pas communiquer, évidemment, ses amis avaient pensé à tout. Enfin, pouvait-il encore les considérer comme tels ? Harry savait qu'il pourrait leur pardonner – après tout même si cela l'horrifiait, il pouvait… comprendre leur réaction.
La question était donc plutôt dans l'autre sens. Pourraient-ils lui pardonner à lui ?
II. De l'engagement
Harry constata que la notion du temps disparaissait à la seconde où on avait plus de quoi lire l'heure. Était-il dans la cellule depuis une heure ? Quinze minutes ? Il n'en savait rien et cela relevait de la torture. Minerva, qui était chargée de les surveiller avait arpenté la pièce pendant quelques interminables minutes (ou plus ?) avant de s'arrêter. Elle évitait sciemment de regarder en direction de Tom. Ça devait être tellement bizarre pour elle, remarqua Harry. Se trouver face à ce type qui avait été son camarade d'école avant de disparaître brusquement.
Et d'apprendre dans la même journée que non seulement il s'agissait de Voldemort mais qu'en plus il avait une relation avec Harry Potter… Oui, Harry n'enviait pas du tout sa situation.
Elle s'était arrêtée devant sa cellule et Harry avait ouvert la bouche, désespéré. Il avait essayé de trouver les bons mots, de tenter vainement de lui fournir une explication qui tiendrait peut-être un peu mieux la route que : « je ne savais pas ! » ou « je suis innocent ! ». Mais rien en lui était venu.
Et la déception dans le regard d'un de seuls professeurs de Poudlard qui l'avait toujours soutenu était difficile à supporter.
Honteusement, il réalisa que son premier réflexe, sa première envie, c'était de s'excuser.
Finalement, elle s'était assise sur une chaise, les gardant tous les deux dans son champ de vision sans pour autant leur accorder la moindre attention. Elle avait ensuite produit un journal de son sac qu'elle avait entreprit de lire. Harry devinait que c'était la gazette du sorcier.
Il pouvait entendre le bruit des pages à chaque fois qu'elle en tournait une. Mais lui était désormais prostré, les bras sur ses genoux qu'il avait relevé. La tête pendant entre ses épaules. Il n'y avait rien d'autre à faire qu'attendre.
C'est Ron qui interrompit le silence. Il arriva brusquement, ouvrant la porte – Matthew sur ses talons – et sembla étonné de ne trouver personne d'autre que Minerva (et leurs deux prisonniers.)
Par réflexe, il lança un regard interrogateur à Harry avant de se détourner, les joues passablement rouges.
-Personne n'est revenu, déclara quand même Harry s'il pouvait se rendre utile d'une manière ou d'une autre, il avait bien l'intention d'en faire profiter ses amis. En fait, il ne pouvait tout simplement pas s'empêcher de donner les maigres informations qu'il avait à disposition. En l'occurrence, que ni Hermione ni Drago n'étaient de retour. Une vaine tentative pour prouver sa bonne foi.
-C'est vrai, déclara Minerva en se relevant : Qu'est-ce que vous avez trouvé ?
À l'autre bout de la pièce, Tom s'était levé brusquement. Jusqu'à présent, il était resté assis contre le mur. Une impression de nonchalance émanait de lui, au premier abord. Mais Harry avait remarqué qu'il tapait un rythme de ses doigts contre sa cuisse : preuve physique de la tension qu'il ressentait.
-C'était vide. Aucune trace de lutte mais aucune trace des occupants non plus.
À nouveau malgré lui, Ron échangea un regard significatif avec Harry. Il avait bien deviné ce qui était advenu des corps.
-Ron, est-ce qu'il se passe quelque chose en ville ? demanda précipitamment Harry, priant pour qu'il lui réponde.
Le roux sembla hésiter quelques instants. Lui et McGonagall se concertèrent une seconde du regard. Si Harry avait quoique ce soit à voir avec la situation, lui donner des informations était une mauvaise idée mais – pouvaient-ils réellement imaginer qu'Harry avait décidé de cracher sur tous les principes qui l'avaient animé jusqu'à présent ? Et pour quoi ? Par… « amour » ? Harry espérait que Ron se rendrait compte, qu'il réaliserait que c'était impossible, et forcément qu'il lui ferait confiance et –
Ron sembla capituler :
-Apparemment, rien pour l'instant.
Son meilleur ami dû reconnaître l'air absolument reconnaissant d'Harry car il rougit à nouveau et fixa intensément le sol.
-Ron, je ne vous ai pas trahi, je t'en prie dis-moi que tu le réalises –
-Je ne sais pas Harry.
Il releva brusquement son visage, fit un signe à Matthew et tous deux quittèrent la pièce. L'américain lança un regard réellement curieux à Harry. Il ne devait pas comprendre quels étaient les enjeux et la raison pour laquelle ils avaient décidé de le séquestrer. Après tout, pour lui, Voldemort était juste un type un peu barjo – un petit dictateur qui n'avait jamais dépassé la frontière britannique.
Harry lui adressa un petit sourire auquel le blond répondit.
Plus que l'attente en tant que telle, c'était son sentiment d'impuissance qui était réellement insupportable. Pourquoi Tom et lui étaient-ils les seul à avoir compris que toutes les pièces étaient placées ? Ah, il essayait une nouvelle fois de trouver des excuses à ses amis. Parce qu'en réalité, ils l'avaient tous bien compris. Le problème, c'était qu'ils ne voulaient pas d'Harry.
La pensée qu'ils allaient affronter … - ce qu'ils devraient affronter, en étant seuls lui retournait l'estomac. Ils allaient se battre sans lui. Imaginer qu'il risquait de perdre encore des amis, qu'il était tout à fait possible que Ron ou Hermione se fasse brutalement démembrer – ou Malfoy, ou Mathew ou Ethel, alors que lui était sagement assis dans une cellule – C'était insupportable.
Il essayait désespérément de capter le regard de McGonagall. Mais elle évitait le sien depuis qu'il avait failli à lui donner la moindre information. Elle avait repris la lecture du journal, jetant parfois des regards inquiets vers la porte.
Tom s'était finalement relevé. Il se tenait debout à quelques centimètres du mur invisible. Il était toujours en jogging – son air négligé contrastait terriblement avec l'expression de son visage qui était on ne peut plus sérieuse. Il en imposait malgré ses habits de sportif du dimanche.
Périodiquement, il lançait un regard à Harry, comme pour s'assurer qu'il était toujours là. Mais son regard était sinon concentré sur McGonagall. Elle devait fatalement l'avoir remarqué et Harry la plaignait. Être la cible d'un tel regard courroucé… Il n'aurait pas pu le soutenir de cette manière. Il pouvait au moins donner ce mérite-là à son ancien professeur.
Consciemment, il essayait d'imiter l'attitude de son petit-ami. S'il avait écouté ses envies, il se serait mis à faire les cent pas, à taper contre le mur invisible et à supplier son ancien professeur. Mais Harry était bien assez malin pour savoir que dans ce genre de situation, Tom avait sans doute plus d'expérience. Et qu'il valait mieux l'imiter lui plutôt que de suivre ses propres instincts.
Mais Tom avait toujours été armé de patience, non ? Son immobilité – Harry regrettait presque de le penser – lui rappelait celle d'un serpent qui attend le moment propice pour frapper sa proie. Oui – c'était indéniable, son expression neutre (quoiqu'évidemment irritée) mais fixe et surtout –
Le fait que Tom ne clignait pratiquement pas des yeux Harry secoua de la tête. Ça ne l'avait jamais frappé chez son petit ami et ce n'était probablement qu'une tentative d'intimidation. Après tout, quel meilleur moyen pour effrayer Minerva McGonagall que de se comporter exactement comme elle imaginait que Voldemort se comporterait ?
Ce qui voulait dire, Harry supposait, que luiferait mieux de se comporter comme Harry Potter le ferait. Peut-être avait-il totalement mal interprété le comportement de Tom ? Qu'était-il censé faire ?
Qu'est-ce qui était le moins suspect : un Harry essayant d'argumenter avec son ancien professeur ou un Harry totalement silencieux qui accepte sa punition avec passivité.
Il n'eut pas à réfléchir bien longtemps.
-Professeur, essaya-t-il en se relevant.
McGonagall baissa son journal et releva légèrement la tête. Mais elle ne tourna pas son regard dans sa direction, se contentant de fixer ce qui se trouvait devant elle.
-Professeur, essaya une nouvelle fois Harry : Je sais que c'est un choc, je sais que je vous ai déçu et peut-être qu'effectivement je vous ai trahi mais –
-Silence, Potter, répondit-elle sèchement.
-Non ! s'exclama Harry qui n'en revint pas – pendant un instant- de son audace : que vous puissiez m'en vouloir je le conçois mais que vous puissiez croire que j'y suis pour quelque chose !
Si seulement il y avait un moyen de l'innocenter – mais puisqu'il ne faisait pas confiance au Veritaserum-… Olivia. Il y avait forcément quelque chose qui pourrait – Le visage de la jeune femme lui traversa l'esprit.
Bien sûr. Le problème principal était qu'il s'agissait peut-être d'un sorcier sous polynectar. Peut-être qu'il existait réellement une Olivia policière et innocente. Il n'y avait même pas encore pensé. Ce qui voulait dire que cela pouvait être n'importe qui ou que cette personne avait peut-être changé d'apparence trois fois. Ils seraient incapables de la (ou le) retrouver avant l'attaque. Qui pouvait très bien arriver dans trois mois quand Tom aurait été jugé et –
Et Harry serait probablement jugé aussi, réflexion faite.
Mais bon. Il y avait un fait incontestable : c'était qu'ils n'avaient pas pu mettre en œuvre un plan pareil alors qu'ils n'avaient plus aucun de leur souvenir. Si seulement « Olivia » avait pu mettre son plan en action avant qu'ils ne récupèrent leurs souvenirs, ils pourraient s'innocenter facilement.
D'ailleurs pourquoi avoir attendu si longtemps ? Le Royaume-Uni leur avait été offert sur un plateau d'argent pendant des années. Il n'y avait plus eu de Ministère, plus d'école - n'importe qui aurait pu s'y infiltrer et prendre le contrôle alors que tous les sorciers britanniques étaient hors d'état de nuire. Pourquoi ne s'étaient-ils pas « réveillées » dans un pays occupé ? Est-ce que c'était parce que le coupable était britannique ?
Harry avait du mal à le croire. Pour la simple et bonne raison qu'ils avaient tous fini par s'acclimater à leur nouvelle vie de moldu.
Bon sang, si même Voldemort ne pouvait pas reprendre son rôle, qu'en était-ils de tous ceux qui avaient été légèrement moins convaincu par sa cause ? Oui : les faits étaient là. Il ne pouvait pas imaginer les Nott ou les Rosier reprendre leur manteau de Mangemort à la seconde où un Voldemort les appelait. Quant aux autres Mangemorts…Si ce séjour dans le monde moldu n'avait pas guéris leur préjugés…Ils n'étaient certainement pas assez malins pour imaginer quelque chose d'une telle envergure.
-Professeur ? essaya une nouvelle fois Harry : Est-ce qu'il y avait des protections pour le Ministère ? et Poudlard ?
Elle tourna la tête dans sa direction et fronça des sourcils. Harry reprit :
-Je veux dire, pendant qu'on était tous amnésique, est-ce que le Ministère aurait pu être pillé ? Ou il y avait des protections qui auraient empêché – je sais pas, un russe au hasard de s'introduire ?
Minerva considéra sa question un instant. Probablement pas pour trouver une réponse elle la connaissait sans doute déjà, mais pour établir si cette information pouvait servir à Harry d'une manière ou d'une autre. Son manque de confiance était une nouvelle fois apparent.
Finalement, après avoir lâché un long soupir elle répondit :
-Il y a des protections.
Harry se redressa instinctivement. Il avait espéré cette réponse : pas de sorciers anglais, pas d'accès, en somme. Ce qui pouvait expliquer le fait que le faux Voldemort n'ait pas profité de leur amnésie pour prendre le contrôle sous leur nez. Sans doute qu'Olivia (Harry avait décidé d'arrêter de se casser la tête et d'utiliser son nom comme celui du coupable même si elle n'était probablement qu'une marionnette) avait attendu son heure et avait décidé de s'y remettre peu de temps après avoir appris que les sorciers anglais avaient retrouvés leurs souvenirs.
Mais s'il lui avait été impossible de rallier des fidèles à sa cause et s'immiscer dans les bâtiments sorciers, elle avait très bien pu… faire autre chose. Ils n'avaient jamais pensé à regarder si des cimetières avaient été profanés dans le passé. Ni, d'ailleurs, si ce même problème avait été répertorié dans les pays les plus proches de l'Angleterre.
Voilà qui était une pensée rassurante.
Harry vit un quart de secondes les inferis attendre dans la grotte. Immobiles sous l'eau. Evidemment, cela ne posait pas de problème – bon sang – ils pouvaient traverser la manche sans aucun problème – ils pouvaient même être « stockés » dans l'océan en attendant le moment propice pour en sortir…
Et la tamise menait directement de l'océan au cœur de Londres.
-Professeur, il faut absolument que vous alliez chercher Hermione –
Comment avaient-ils pu ne pas y penser ?
C'était impardonnable, surtout que lui avait utilisé Tom pour en savoir plus – Tom qui avait lui-même entreposé des inferis dans l'eau. Ils auraient dû le deviner immédiatement.
Mais peut-être était-il en train de délirer totalement. Peut-être n'y avait-il pas eu de profanation de cimetière dans les départements maritimes français. Et peut-être qu'il n'y avait pas des milliers d'inferis attendant au fond de l'océan.
Mais c'était trop tard : maintenant qu'il avait émis l'hypothèse, il était étouffé par la certitude qu'il avait visé juste. Il aurait aimé pouvoir tester son idée auprès de Tom – qui d'ailleurs le regardait d'un air curieux – il avait envie de lui expliquer pourquoi il était soudainement si affolé. Mais commencer à lui parler éveillerait encore plus les soupçons de McGonagall. Il décida de se taire offrant tout de même un sourire pincé à son petit-ami.
-Et pourquoi faire ? Hermione est occupée –
-J'ai une idée qui est loin d'être réjouissante- professeur laissez-moi au moins la lui expliquer ! Elle saura si c'est complètement idiot et –
Minerva sortit sa baguette et Harry se demanda un instant, effaré, si c'était pour lui nouer la gorge à lui aussi. Mais un chat translucide : un patronus, en sortit aussitôt et il s'élança gracieusement à travers le mur en pierre.
-Merci, déclara Harry infiniment soulagé.
Si son ancien professeur était d'accord de lui accorder une telle faveur alors peut-être – peut-être que tout n'était pas perdu et que ses amis parviendraient à lui faire à nouveau confiance.
Hermione apparut moins de trois minutes plus tard.
Elle lança un regard affolé à Tom puis à McGonagall, s'attendant peut-être à ce que le « mage noir » ait réussi à s'échapper pendant son absence. Mais Tom avait la même posture, le même air poliment intéressé et les yeux toujours immuablement fixés sur son ancienne camarade (Harry avait l'impression qu'ils étaient plus ou moins de la même génération – même si au vu de leur apparences respectives… il aurait été impossible de le deviner).
-Harry aurait apparemment quelque chose à te dire, déclara Minerva avec bienveillance.
Et sans un mot de plus, elle retourna à son journal.
-Hermione, commença Harry : tu ne trouves pas bizarre qu'ils ou elles aient attendus tout ce temps pour faire quelque chose ? Enfin, le Royaume-Unis leur était servi sur un plateau d'argent et –
Elle soupira. De toute évidence, elle avait d'autres chats à fouetter que d'écouter ses théories :
-C'est peut-être parce que la personne était amnésique ? Elle coula un regard très significatif en direction de Tom. Qui fixait toujours McGonagall avec insistance.
-Puisque je te dis que – Harry inspira, il ne devait surtout pas se laisser emporter. C'était peut-être sa seule chance de faire part de ses inquiétudes à quelqu'un : Hermione, est-ce que tu pourrais aller vérifier s'il n'y a pas eu des profanations avant qu'on retrouve la mémoire ? Et est-ce que quelqu'un a vérifié s'il y en avait eu en France ?
-C'est du délire Harry, pourquoi est-ce que la personne aurait –
-Parce que c'était impossible de faire quoique ce soit au Royaume Unis sans avoir de sorcier britannique ! Hermione si une partie de toi a envie de croire qu'on est innocents, il faut aller vérifier si –
Elle secoua la tête, un air impossiblement triste sur le visage. Elle se détourna et quitta la pièce. Harry, qui avait les mains appuyées contre le mur invisible qui le séparait de son amie, ne trouva rien à ajouter pour l'arrêter.
-C'est de la folie Hermione !
-Je sais, Drago ! répondit-elle, agacée, en mettant l'emphase sur son prénom.
Oui, elle savait parfaitement qu'elle était totalement idiote. Ils ne trouveraient rien, Harry essayait désespérément de s'accrocher à n'importe quelle théorie qui pourrait potentiellement innocenter Voldemort.
Rien que de formuler cette pensée la noyait de ridicule. Mais après tout ce qu'Harry avait fait pour eux – même si ça remontait à dix ans – elle ne pouvait pas ignorer ses suppositions. Si elle ne faisait rien et que miraculeusement il s'avérait qu'il avait eu raison, elle ne pourrait jamais se le pardonner. Et c'était ça être amis, non ? Se donner le bénéfice du doute même dans les situations les plus désespérées ? alors que tout semble être contre nous ? Elle l'avait cru, quand il avait affirmé ne pas avoir mis son nom dans la coupe de feu. Elle avait été bien la seule, même Ron avait été persuadé de sa duplicité. Et pourtant, au final, Harry leur avait dit la vérité à tous – il était innocent.
Et une partie d'elle n'arrivait pas à écarter totalement la possibilité que ce soit aussi le cas.
Et Voldemort l'avait clairement dit, il y avait une assez large possibilité qu'il ait complètement manipulé Harry – qu'Harry soit cent-pour-cent sincère alors que Voldemort tirait discrètement les ficelles dans l'ombre.
Malgré elle, elle repensa à toutes les fois où elle les avait vus ensemble. Tom et Harry se couple si parfait et si synchrone – c'était du délire. Tout était absolument absurde et Harry avait su. Harry avait -d'une manière ou d'une autre- pardonné.
En même temps, comment aurait-il pu faire autrement ? C'était d'Harry qu'il s'agissait. Il était aussi incapable de rancune qu'Hagrid. Il avait accueilli Drago dans leur groupe comme si c'était tout naturel, comme s'ils n'avaient pas été des ennemis pendant des années.
Bien sûr qu'il parviendrait à pardonner à Lord Voldemort.
-On le doit à Harry, trancha-t-elle : Ethel, est-ce que tu peux t'en occuper ?
Elle fronça des sourcils et reprit :
-En fait, non, je vais le faire moi. Je suis assez à l'aise avec les technologies moldues et internet me paraît être la meilleure façon d'en avoir le cœur net.
-C'est vrai qu'il suffirait d'un seul article… remarqua Ron pensivement : mais si c'est le cas on fait quoi ?
-Si c'est le cas, on libère Harry et on s'excuse de l'avoir soupçonné.
Drago lui lança un regard outré :
-Je n'ai pas parlé de Voldemort, cracha-t-elle : il en faudra plus pour l'innocenter…sans parler du jugement pour les crimes qu'on sait qu'il a commis.
Drago sembla légèrement soulagé :
-D'accord.
Ron hocha vigoureusement de la tête :
-C'est horrible à dire, Hermione, mais j'espère sincèrement que tu trouveras quelque chose.
Hermione eut un petit sourire :
-moi aussi.
Harry n'avait plus d'espoir que ses amis le libèrent avant que… quoiqu'il doive se passer n'arrive. Il imaginait qu'ils viendraient dès qu'ils se rendraient compte qu'ils avaient besoin de lui. Ce qui ne le dérangeait pas en tant que tel – il serait heureux d'aller les aider même si les hostilités étaient déjà engagées. Mais si sa présence pouvait empêcher ne serait-ce qu'un mort, il préférerait pouvoir être là avant.
Mais il devait se rendre à l'évidence. Tant qu'ils n'avaient pas de preuve tangible qu'il était dans leur camps, il resterait coincé.
Harry essaya de capter le regard de Tom. Mais il n'avait pas bougé depuis qu'Hermione était partie. Ce qui était assez inquiétant en soi. Mais si l'effet qu'il comptait créer était de mettre McGonagall mal à l'aise, il y réussissait admirablement bien. Si au début elle avait réussi à faire abstraction de son regard, Harry avait remarqué qu'elle lançait de temps en temps un regard affolé dans sa direction. Ce n'était qu'une fraction de seconde, bien sûr, un léger soubresaut à peine perceptif. Mais Harry n'avait rien d'autre à faire que de l'observer. Il avait définitivement joué toutes ses cartes. Il essayait d'avoir une nouvelle idée de génie, une nouvelle façon de prouver son innocence. Mais rien ne lui venait.
Il se demandait ce que ses amis faisaient. Avaient-ils prévenu tous les aurors qu'ils devaient se tenir prêts ? Serait-ce suffisant ? Le département était ridiculement petit : ils n'étaient plus que trente – Non. Vingt-neuf maintenant que lui était prisonnier. Alors certes, il restait la foule de tous les autres sorciers compétents (médico-mages, professeurs, les employés des autres départements du Ministère) mais viendraient-ils ?
Quant aux attaques…
Le monde avait changé depuis les dernières guerres. Maintenant, tous les moldus avaient dans leurs poches des appareils photos, tous directement reliés à internet. Si une attaque de ce qu'ils ne pourraient cataloguer que comme des zombies avait lieu…
Cela ne prendrait pas beaucoup de temps avant que ça ne soit diffusé sur le net. Et comme Harry le savait, ce qui était posté sur internet… Ne pouvait en être retiré.
Il n'avait même pas pensé à ça. Même pas pensé que le secret sorcier était terriblement mis à mal par les nouvelles technologies moldues et les réflexes extrêmement impressionnants de certains d'entre eux pour dégainer leurs téléphones.
Bon Dieu. S'ils survivaient à l'attaque…Ils auraient des milliers d'autres problèmes.
Ces funestes considérations occupèrent Harry pendant quelques minutes. Il retournait le problème et les possibilités dans sa tête mais – à moins que lui et Tom ne se soient complètement trompés et que rien était prévu pour la soirée… Ils allaient au-devant d'une catastrophe sans précédent. Il était sur le point d'exposer le problème à McGonagall, espérant qu'elle comprendrait l'urgence d'agir en premier, lorsque la porte s'ouvrit brusquement.
Hermione traversa la pièce. Elle était blême. La seule partie de son corps qui n'était pas livide était sa main, serrée autour de son téléphone. Elle sortit sa baguette et, l'instant d'après, Harry comprit que sa prison venait de tomber.
Il avait miraculeusement vu juste. Une petite partie de lui, plus rancunière qu'il aurait pu le croire, lui souffla de dire quelque chose à sa meilleure amie du style de «je te l'avais bien dit ». Mais ce n'était pas le moment pour les reproches. Ce moment viendrait plus tard – s'ils avaient la chance d'en avoir l'occasion.
-Il y a eu des profanations avant qu'on retrouve la mémoire ?
-Oui, répondit-elle le souffle court : oh Harry, c'est encore pire que ce qu'on aurait pu imaginer, il y a des articles à propos de village sur toute la côte française ! Je ne sais pas comment les moldus ne s'en sont pas aperçus –
-Probablement à cause de sorts anti-moldus, non ? proposa Harry dans un sourire.
Hermione ouvrit la bouche (sans doute pour lui expliquer que « ça ne fonctionne pas comme ça ») mais elle fondit en larme et se précipita contre lui. Maladroitement, sentant que les agissements de ses amis (et les siens, d'ailleurs – il ne pouvait décemment pas prétendre être innocent) avaient entaché leur relation. Mais Harry avait espoir que tout pourrait être pardonné – s'ils avaient pu pardonner la défection de Ron pendant qu'ils cherchaient désespérément les horcruxes, il était sûr que Ron et Hermione pourraient lui pardonner…son couple.
Drago… C'était une autre histoire. Et les autres sorciers, eux – en fait, Harry réalisa avec ironie : il s'en foutait royalement. La seule chose qui comptait pour lui -
Tom avait arrêté de fixer McGonagall pour le fixer, lui.
Harry fut tenté de demander à Hermione de le libérer aussi. Mais il se rappela le serment que Tom avait prêté : sa baguette était enterrée chez lui, dans cette triste maison dans laquelle ils ne se rendaient plus. Paradoxalement, libérer Tom ne ferait que le mettre en danger puisqu'il n'était pas capable de se défendre contre des inferis.
Mais Harry n'avait pas du tout envie non plus de le laisser enfermé.
-Non, Harry. déclara fermement Hermione, coupant sa réflexion : je suis désolée mais – il – il reste. elle lança un regard interrogateur à Minerva : professeur, est-ce que vous pouvez vous en charger ?
McGonagall ne semblait pas ravie du tout par cette mission :
-Bien sûr, répondit-elle néanmoins d'une voix ferme.
Ron et Drago entrèrent dans la pièce à ce moment. Ils pantelaient tous les deux : et au vu de leur expression en voyant qu'Harry avait été libéré… Ils ne devaient pas être au courant des découvertes d'Hermione.
Ce qui était, étrangement, très réconfortant... l'idée qu'Hermione, en se rendant compte que des profanations avaient eue lieu pendant qu'ils étaient amnésiques, ait immédiatement décidé de le libérer. Apparemment, à ce moment-là, sa priorité avait été de soustraire Harry à sa prison. Informer Ron et Drago était entièrement passé au second plan.
Elle se tourna vers eux, protégeant Harry de son corps :
-il y a eu des dizaines – voire des centaines- de profanations en France. Ce plan, quel qu'il soit, ne date pas du moment où on a repris nos souvenirs – les dates des articles sont antérieures –
-On parle de combien d'inferis ? demanda Ron qui était soudainement devenu aussi livide qu'Hermione lorsqu'elle était entrée dans la pièce.
-Des milliers.
Aucun d'entre eux ne réagirent. McGonagall leva une main à sa bouche. Ils étaient en sous-nombre, sous-entraînés –
-Il faut demander de l'aide, déclara soudainement Drago : on ne peut pas lutter contre autant d'inferis, il faut demander à Matthew ou Ethel de contacter la présidente des Etats-Unis. Je suis sûre qu'ils nous enverront des aurors.
-Bonne idée, déclara Harry : écoutez je pense qu'il est possible qu'ils arrivent par l'eau… si certains ont été créés en France…
-Et ils peuvent arriver en plein cœur de Londres directement par la Tamise, ajouta précipitamment Hermione qui était arrivée aux mêmes conclusions qu'Harry.
-Merde, ajouta sommairement Ron.
-Il faut placer des aurors le long du fleuve, reprit Harry : Je dirais… à tous les cinq kilomètres. Honnêtement, rien n'indique que l'attaque aura lieu ce soir mais je pense qu'il vaut mieux partir du principe que ça sera le cas – si on baisse notre garde-
-Drago, tu peux t'en charger ? demanda Hermione : Est-ce que tu prévenir les aurors et demander à Matthew ou Ethel de contacter -
Il hocha vigoureusement de la tête :
-J'y vais tout de suite.
Il lança un regard suspicieux à Harry mais quitta la pièce sans se retourner. Harry pouvait imaginer ses réflexions. Il devait se dire qu'Harry n'était pas à la base du plan mais qu'il l'avait rejoint en cours de route. Qu'on puisse le soupçonner à ce point lui brisait un peu le cœur. Il secoua de la tête :
-Je vais aller voir à l'embouchure de l'océan et de la Tamise – s'y j'y vois une activité quelconque ça nous donnera en tout cas quelques heures pour être prêts.
-Je viens avec toi, ajouta immédiatement Ron.
Et il n'y avait aucune marque de méfiance dans sa voix. Ce n'était pas pour le surveiller mais tout simplement pour faire leur travail – pour se soutenir l'un l'autre comme ils l'avaient toujours fait.
-J'aimerais venir avec vous mais –
-On a besoin de quelqu'un au Ministère – quelqu'un qui puisse coordonner les aurors en cas d'attaque, répondit Ron avec un sourire.
-Je sais bien, soupira Hermione : tout est réglé ?
Harry se tourna vers Tom. Il s'était remis à fixer McGonagall mais il dut sentir – d'une manière ou d'une autre – le regard d'Harry car il tourna son visage dans sa direction.
Harry s'approcha à grand pas et s'arrêta devant le mur invisible. Qu'était-t-on supposé dire dans ce genre de moments ? Il n'avait jamais rien dit à Ginny avant de partir – en fait, il avait toujours fait en sorte de l'éviter. Mais comparer cette relation totalement immature à ce qu'il avait vécu avec Tom c'était – c'était limite irrespectueux de sa part.
La porte s'ouvrit une nouvelle fois : Drago était de retour. Comme quoi, donner des ordres efficacement faisait partie intégrante du bagage génétique des Malfoy. Harry se sentit soudainement gêné de parler à Tom devant lui alors qu'il savait pertinemment que le blond le jugeait défavorablement (pour utiliser un euphémisme).
Harry se racla la gorge et sourit légèrement :
-ça te dit qu'on se fasse ce voyage en Italie dès que c'est fini ?
Jamais Harry ne s'était senti si cliché de sa vie. Sa colonne vertébrale grinça presque de gêne. Tom lui sourit, un sourire parfaitement hypocrite. Harry se tourna vers Hermione : est-ce que tu peux lui rendre la parole, s'il te plaît ? Juste… deux minutes ?
Hermione hocha de la tête. Tom adressa un sourire reconnaissant discret à Harry avant de faire un pas de côté pour être directement en face de Ron et d'Hermione :
-Laissez-moi venir. Vous savez tous que mon aide vous serait inestimable.
Harry leva les yeux au ciel. Il aurait dû se douter que Tom saisirait l'occasion pour s'adresser à ses amis.
-Tu rêves, cracha Drago : plutôt mourir que de te libérer.
Tom lui adressa un petit sourire. Un sourire qui sous-entendait que tout se passait exactement comme il l'avait prévu et espéré. Harry savait bien (supposait) que c'était du bluff mais indétectable pour ceux qui n'avaient pas l'habitude de côtoyer son petit ami.
-La prochaine fois que tu sortiras de cette cellule, ce sera après avoir reçu le baiser du détraqueur, ajouta Drago, réitérant la menace qu'il lui avait déjà faite plus tôt dans la journée. Le sourire de Tom l'avait manifestement perturbé.
-C'est hors de question qu'il n'y ait pas de procès en bonne et due forme.
Le calme de la voix d'Harry ne reflétait pas ce qu'il ressentait. Il était terrifié à l'idée que quelqu'un ose imputer une sentence à Tom avant qu'il n'ait droit à un procès. Que quelqu'un profite de son absence pour le faire dans son dos.
-Hermione, gronda-t-il : je conçois qu'un procès soit nécessaire mais je veux une promesse que rien ne sera fait sans m'en aviser
Drago émit un rire moqueur :
-Comment penses-tu que les sorciers réagiront quand ils apprendront ça ?
Harry décida de ne pas répondre. Au fond de lui, il était sûr qu'il arriverait à convaincre les juges de ne pas infliger une punition aussi horrible et atroce à quelqu'un qui – qui n'était plus la même personne. Il en était sûr- parce qu'il ne pouvait pas concevoir l'autre éventualité.
III. Des propositions de la victoire et de la défaite
Le chaos qui régnait dans le ministère contrastait avec le calme moratoire de la pièce dans laquelle il avait été enfermé. Harry avait à peine passé la porte qu'il se trouva face à une foule grouillante de sorciers. Tels des insectes dont on aurait dérangé le nid, ils traversaient le couloir à pas précipités. Leurs visages étaient tordus dans une moue inquiète – qui se reflétait également sur le visage de ses amis.
Hermione lui tenait fermement le bras, comme pour s'assurer qu'il était bien là – à côté d'eux. À moins que ça ne soit pour l'empêcher de fuir.
Harry décida de considérer la première option comme étant la bonne.
-On a pas de temps à perdre, déclara-t-il à son amie qui le tenait toujours fermement.
-Je sais bien mais – elle lança sur lui un regard inquiet : je n'aime pas l'idée qu'on se sépare, je sais qu'il le faut mais …
Elle se mordit la lèvre inférieure. Un tic qu'Harry avait appris, avec le temps, à associer à son amie lorsqu'elle était particulièrement stressée.
-Ne t'inquiète pas pour Ron et moi, on va juste faire de la surveillance. On revient ici tout de suite si on voit la moindre chose.
Elle hocha de la tête, et lâcha son bras brusquement, comme si elle sentait que la moindre hésitation parviendrait à la dissuader de laisser Harry s'en aller.
Harry se retourna. Ron marchait derrière lui, à pas presqu'aussi précipité que les siens. Ses foulées étaient légèrement moins longues que les siennes pour sa caler à son allure. Harry avait… les jambes un peu moins longues :
-Tu es prêt ?
Ron hocha de la tête.
Hermione lui attrapa la main. Surpris, il se tourna vers elle :
-Harry, je suis vraiment désolée pour ce qu'il s'est passé.
Il lui sourit, un sourire qu'il espérait compréhensif plutôt qu'ironique :
-Je comprends pourquoi vous avez jugé que c'était nécessaire.
Ces phrases avaient une saveur d'adieu vraiment détestable. Il ajouta donc :
-Mais on en parle plus tard, d'accord ? Je pense que c'est bien si on s'assure tout de suite que tout est sous contrôle.
Mécaniquement, avec la vitesse d'un automate déréglé, elle hocha de la tête. Elle sortit ensuite sa baguette de sa robe et la fourra sans ménagement dans la main d'Harry. Qui se sentit instantanément soulagé. Il avait un peu moins l'impression d'être nu maintenant qu'il tenait son arme.
Il lança un hochement de tête définitif à Ron qui lui attrapa le bras. L'instant d'après, ils avaient quitté le ministère.
-On est où ? demanda Harry en contemplant la barre de conteneurs assez peu engageante : Lumos, ajoutsa-t-il en constatant qu'il ne voyait rien à part ces grosses briques de couleurs.
-Dans le port vers l'embouchure, répondit Ron qui sortit sa baguette et lança le même sort qu'Harry. Je me suis dit qu'on pourrait monter sur une de ces tours de contrôle et observer la Tamise.
-ça s'appelle pas des phares, quand c'est pour surveiller les bateau ? demanda Harry en souriant.
Ron lui rendit son sourire :
-Je crois qu'ils contrôlent juste le trafic… et je crois aussi que les bateaux n'ont plus besoin de lumière pour se guider.
Harry hocha vaguement de la tête. Il n'y avait aucun bruit. Le vent soufflait contre les containeurs en fer, faisant siffler leurs carcasses métalliques. Mais pas un bruit humain, pas le moindre grésillement du talkie-walkie d'un vigile. Harry ne savait pas si c'était une chance ou un mauvais présage.
-On transplane là-haut ? demanda-t-il en montrant de sa baguette la tour la plus élevée du lieu. Ron hocha de la tête.
Moins d'une seconde plus tard, ils se trouvaient sur le balcon qui ceignait le dernier étage de la tour. Et quelle salle, ce n'étaient pas des murs qui séparaient l'intérieur de l'extérieur mais des vitres. Harry et Ron pouvaient donc voir des appareils clignoter à tout va. Un bouton rouge s'illuminait à intervalle réguliers, présageant qu'il y avait un problème. Et pas le moindre moldu pour gérer la pièce. Il y avait une tasse posée sur un bureau – mais la chaise était résolument vide.
-Tu trouves pas bizarre, commença Harry qui voulait demander à Ron si l'absence de personnel n'était pas un peu inquiétante un mardi soir dans un port.
-Euh, Harry ?
Le ton de Ron lui glaça le sang. Il se retourna et se pencha à la hâte, essayant de repérer ce qui avait pu provoquer un tel effroi chez son meilleur ami. Ses yeux glissèrent sur les rives : désertes. Remonta le long des allées formées par les conteneurs. Désertes aussi. Cette absence d'être vivant passait d'étrange à inquiétante jusqu'à –
Jusqu'à ce que son regard, qui ne pouvait l'ignorer plus longtemps, passe à la Tamise en tant que telle.
-Putain, résuma-t-il laconiquement.
Il les voyait, dans l'eau. Des formes blanches grotesques qui remontaient le lit du fleuve à pas lent. Ralenties par le courant de la Tamise qui aurait dû les renvoyer dans l'océan.
-Il faut qu'on retourne au Ministère tout de –
Une douleur vive le long de sa joue. Il sentit son sang couler presqu'immédiatement alors que Ron lâchait un « merde » en se retournant.
Un sort de couleur verte – qu'Harry n'avait pas vu depuis pratiquement dix ans – passa juste à côté de son visage.
Ils n'étaient plus seuls sur le balcon. Un homme, habillé en moldu – semblant sortir de son travail dans la city -, avait sa baguette pointée sur eux. Harry mesura sa chance : si l'homme avait décidé d'utiliser le sort de la mort en premier, alors que Ron et lui avaient le dos tourné… Il serait mort. Pourquoi ne l'avait-il pas fait, d'ailleurs ?
-Stupéfix ! hurla-t-il
L'homme transplana au moment où le sort allait l'atteindre. Il s'écrasa contre les vitres de la tour de contrôle. L'homme réapparut à côté d'eux :
-Bombarda, déclara-t-il d'une voix sèche et, ce qui était inquiétant : parfaitement posée.
Harry tira Ron pour l'écarter de la trajectoire du sort.
-Expelliarmus ! essaya-t-il sans succès : Incendio !
L'homme était trop agile. Il parvenait à éviter leurs sorts en transplanant. Mais la concentration nécessaire finirait bien par le fatiguer, décida Harry. À moins que ça ne soit eux qui commettent une erreur –
Il réalisa au même moment que l'homme n'était qu'une diversion chargée – si possible- de les tuer. À moins que – à moins qu'il ne sache précisément de qui il s'agissait. Qu'ils étaient Harry Potter et Ron Weasley, des héros de guerre et qu'il valait mieux les exécuter en public – c'était plus logique et une manière d'asseoir son pouvoir, Harry supposait.
Harry attrapa violemment Ron qui s'écrasa contre lui et manqua de les faire tomber. Rassemblant sa magie, se concentrant sur la destination – il transplana.
Une faible lumière dansait sous les rideaux qui masquait ce qu'Harry savait être la cuisine.
-Harry ! s'exclama Ron en se tournant vers lui.
Il saignait aussi du visage. L'explosion du sort avait manifestement réussi à l'atteindre légèrement. Il ne paraissait pas plus blessé qu'Harry, qui avait toujours mal à la joue, c'était le principal.
-On ne peut pas risquer de se faire tuer, Ron ! s'exclama Harry : il faut qu'on aille prévenir les autres. Il faut que tous les aurors sachent que les inferis sont arrivés et qu'ils sont encore plus nombreux –
-Et que les sorciers sont habillés en moldu, compléta Ron en grimaçant : Harry ça va rendre les combats beaucoup plus compliqués –
Pour la première fois de sa vie, Harry en vint à regretter les tenues ridicules des Mangemorts. Au moins, impossible de les confondre avec des innocents.
-Allons-y, déclara-t-il en tournant le dos à la maison des Dursley. Qu'il ait décidé de transplaner là par réflexe… c'était le genre de choses dont il ferait bien de parler à un psychologue.
L'atrium du Ministère aurait dû être noir de monde. Pourtant, trop de sorciers n'étaient jamais revenus, préférant la vie moldue qu'ils s'étaient bâtis. Ou alors, ils étaient morts et personne n'en saurait jamais rien. Harry pensa une nouvelle fois à Hagrid dont il n'avait jamais eu de nouvelles. Comment avait-il pu s'adapter à sa nouvelle vie, lui qui était à moitié géant ?
Il écarta immédiatement cette pensée.
-Il faut qu'on trouve Hermione ou Drago !
Ron hocha de la tête et, au pas de course, ils se précipitèrent vers les ascenseurs.
Combien de temps avant que les inferis n'atteignent le cœur de la capitale ? Combien y en avaient-ils ? la procession était infiniment longue. Peut-être avaient-ils déjà atteint la ville. Tout ce dont Harry était sûr, c'était qu'à l'embouchure, il ne voyait ni le début ni la fin du cortège.
Heureusement, comme ils l'avaient escompté, Hermione était dans son bureau, écrivant des lettres rapidement, des dizaines de hiboux déjà prêts autour d'elle. Elle leva les yeux en les voyant arriver. Son visage passa de la surprise de les voir de retour si vite, à l'horreur en voyant qu'ils étaient les deux blessés :
-Hermione, s'exclama Ron, essoufflé : ils arrivent – ils sont des milliers
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-On s'est fait attaquer, ils sont habillés en moldus, et je crois qu'ils tuent tout ce qu'ils voient le long de la Tamise pour les inclure à leur armée : Hermione, il n'y avait personne dans le port.
-Mon dieu, s'exclama-t-elle avec horreur : on n'a pas de temps à perdre.
-Non. Je vais aller mettre ma femme et mon fils en sécurité. On habite trop près du fleuve.
Hermione hocha la tête alors que Ron transplanait. Harry ne pouvait que respecter sa capacité à avoir d'abord annoncé à la nouvelle avant d'aller protéger les siens. Au moins, Tom était enfermé dans une cellule.
Sans défense, à la merci de ceux qui prendraient le Ministère :
-Hermione, il faut bouger Tom. Je t'en supplie. S'il reste ici et que le Ministère tombe –
Elle secoua de la tête :
-Harry je suis désolée. McGonagall restera avec lui. Si la situation devient trop tendue elle s'en chargera, je te le promets.
Il n'obtiendrait rien de plus. Il ne le savait que trop bien.
-Il faut qu'on fasse une barrière le long de la ville –
D'un coup de baguette, Hermione fit apparaître une carte de Londres.
-Qu'est-ce que tu en penses Harry ? demanda-t-elle : où est-ce que tu attaquerais si tu voulais faire un maximum de dégât ?
Il étudia la carte. Les noms des quartiers, les attractions touristiques, toutes passèrent successivement dans sa tête :
-La city ? Le Tower bridge ? Le big ben ? Hermione je ne sais pas – je pense que – il faut demander à Tom, trancha-t-il.
-Non, on ne va pas faire ça.
Harry leva son visage vers celui de sa meilleure amie :
-Hermione, il y a forcément déjà pensé. Il a forcément déjà réfléchi aux faiblesses de cette ville, c'est la meilleure personne pour –
-Et s'il est impliqué dans cette attaque il pourra nous piéger très facilement. Harry c'est hors de question –
Il fronça des sourcils :
-Hermione, tu n'as pas vu ce que Ron et moi avons vu. Cette attaque – je ne sais sincèrement pas comment on va pouvoir les arrêter. Laisse-moi lui poser la question. Je n'ai pas envie d'être pessimiste mais… Hermione, c'est notre seule chance. Il faut prendre ce risque.
Elle étudia son visage, plongea son regard dans le sien. Il essaya de lui transmettre sa foi, son intime conviction que Tom n'y était pour rien, qu'il n'aurait pas pu orchestrer un truc pareil, qu'il lui faisait confiance à cent-pour-cent –
Elle soupira :
-D'accord mais je viens avec toi.
Etrangement, Tom était toujours dans la même position. Il était dos à la porte. Ses mains dans les poches de son jogging miteux. Il y avait un trou au niveau des mollets qu'Harry n'avait jamais remarqué.
Quant à McGonagall, elle était toujours assise, son journal entre les mains, essayant de faire abstraction de l'homme qui la fixait depuis maintenant plus de deux heures.
-Tom ! s'exclama Harry. Il avait entre les mains la carte qu'Hermione avait trouvée.
Il se retourna brusquement.
-Tu es blessé, cracha-t-il avec colère.
Il colla ses deux mains contre la vitre, la bouche tordue dans un rictus. Pour la deuxième fois, Harry sentit une sorte de pression émaner de sa cellule. Son tympan sembla devoir résister contre quelque chose – ce qui non seulement était impossible mais surtout douloureux. Il leva une main à son oreille en grimaçant.
La pression retomba brusquement. Tom lui souriait, le genre de sourire qu'il lui réservait avant de lui passer un savon.
-Tom, on a pas beaucoup de temps, décida-t-il de dire avant que son petit-ami n'ait le temps de lui passer le savon en question : si tu devais attaquer Londres – il lui montra la carte : en passant par la Tamise, tu commencerais par quoi ?
Les yeux de son petit ami suivirent la courbe du fleuve.
-Je suppose que ça dépend du but recherché. Si c'était un acte purement terroriste, j'aurais attaqué des lieux touristiques. L'abbaye de Westminster ou le Big-ben. Pour la symbolique. Mais si le but est de faire des dégâts et de mettre la ville à genoux… il fronça des sourcils, réfléchit quelques instants et tapa contre le mur invisible :
-Très franchement je lancerais deux assauts : un à Waterloo et l'autre à Sainte Catherine. Puisque la Tamise fait une courbe, les deux secteurs seraient plus faciles à contrôler. Et les deux rives seraient sous attaque simultanément.
Harry regarda la carte. Effectivement, il voyait parfaitement la logique. Mais auraient-ils suffisamment d'hommes pour protéger deux endroits, trois, en fait, puisqu'ils ne savaient pas quel était le but de cette attaque ?
Il se tourna vers Hermione :
-Qu'est-ce qu'on fait ?
-On va mettre dix aurors par secteur. Et tous les autres volontaires agiront en renfort.
Harry hocha de la tête et se tourna une nouvelle fois vers son petit-ami. Il ne s'était pas imaginé que la confrontation arriverait alors que Tom et lui étaient séparé par une putain de prison.
Il essaya de sourire mais il ne s'en sentait pas le cœur.
-Reste en vie, Harry, lui sourit Tom.
Harry ne voulait qu'une seule chose : le serrer contre lui. Juste sentir, si c'était la dernière fois, la forme rassurante de son corps. Il savait qu'Hermione ne serait jamais d'accord.
-Je te le promets, répondit-il en essayant (sans grand succès) de lui rendre son sourire.
Il sentit une nouvelle fois – quelque chose. Quelque chose de terrifiant – émaner de la cellule de Tom.
Il se rappela, étrangement, le souvenir que Dumbledore lui avait montré. L'arrogance de Tom Riddle quand il n'était qu'un enfant, pas encore en âge d'aller à Poudlard. Les choses incroyables qu'il était déjà capable de faire sans baguette. La maîtrise qu'il avait à l'époque de sa magie.
Alors qu'Harry, qui était de loin pas un sorcier minable, n'avait été capable de que de magie inconsciente. Faire repousser ses cheveux, sauter sur un toit…
Il décida que c'était rassurant. Même sans baguette, Tom devrait être capable de se défendre.
IV. De la mesure dans la disposition des moyens
Jennifer Ward passait une journée somme toute parfaitement banale. Assise derrière le comptoir de la dernière agence de voyage de la gare de Waterloo, elle avait arrêté de contempler les passants depuis plusieurs minutes. Elle savait parfaitement que les années (voire les mois ?) étaient comptées avant qu'elle ne doive – par la force des choses – trouver un nouvel emploi. C'était dommage, elle appréciait son métier. Organiser des voyages de rêve…Elle pouvait un peu rêver par procuration à chaque fois qu'elle faisait une réservation. Son côté maternel – étrange chez une femme d'à peine vingt ans – la poussait à se donner au maximum, à trouver, pour chaque client, l'idée parfaite qui les convaincrait de signer.
Son patron l'avait mainte fois félicitée pour son zèle.
Mais il fallait voir les choses en face. De moins en moins de personnes faisaient appel à leurs services pour préparer leurs vacances. Il était beaucoup plus simple de les réserver sur internet, après tout. Jennifer ne pouvait pas en vouloir à tous les clients qui l'abandonnaient progressivement.
Elle aussi commandait la majorité de ses achats en ligne.
Raison pour laquelle elle accueillait toujours les gens avec le sourire tout en ayant en permanence un onglet « formations Londres » ouvert sur son ordinateur. Jennifer ne s'inquiétait pas particulièrement de son sort. Elle était jeune, elle finirait bien par avoir une illumination qui lui permettrait de mettre son futur en place.
Un cri retentit. Ou, plutôt, un hurlement. Les poils sur ses avants bras se dressèrent. Elle frissonna – elle n'avait jamais entendu un bruit pareil – un mélange de terreur, de douleur, un cri purement animal et instinctif. Elle imagina tout de suite le pire : un attentat. Elle avait reçu une formation pour la marche à suivre dans ce genre de cas.
D'autres hurlements, tous aussi bestial que le premier. Mais – et cela étonna beaucoup Jennifer – pas de bruit de balles, pas de bruits d'explosion. Juste des cris humains. Les premières personnes passèrent devant la devanture de l'agence de voyage. Ils couraient, un air hanté sur le visage.
Jennifer se leva, elle ferait mieux d'aller dans l'arrière-boutique, là où il y avait la salle de pause. Qui que soient les assaillants, quoi qu'il soit en train de se passer, ils ne prendraient probablement pas la peine d'aller vérifier toutes les salles annexes à la galerie principale, non ? Elle fit un pas en arrière, l'arrière de ses genoux rentra dans sa chaise.
Elle n'avait jamais vu une panique aussi totale. Les hommes, les femmes et les enfants couraient pratiquement tous en pleurant. Elle avait presque envie d'ouvrir la porte de l'agence et de les inviter à venir s'y réfugier. Mais la terreur semblait si poignante qu'ils ne l'entendraient probablement pas.
Soudain, alors qu'elle sentait le mur rassurant derrière elle, il lui apparût qu'elle n'avait aucune envie de rester seule dans cette gare, et encore moins alors que tout le monde semblait n'avoir qu'une envie et qu'un réflexe : la quitter le plus rapidement possible.
Elle se décolla du mur et s'avança, prête à rejoindre la foule fuyante. Et c'est là qu'elle les vit. Comme un raz de marée grotesque, ils rattrapaient les hommes et les femmes qui essayaient de leur échapper. Blancs, nus, ils contrastaient étrangement avec les Londoniens et Londoniennes.
Jennifer vit l'un d'entre eux saisir le bras d'une jeune femme qui courait légèrement moins vite que celle devant elle. D'un coup sec, comme si cela ne lui demandait aucun effort, il lui arracha le bras. La jeune femme tomba par terre.
Jennifer, horrifiée, se retourna et essaya de se précipiter dans la salle annexe. Malgré elle, en sachant pertinemment que c'était une mauvaise idée, elle se retourna. L'une de ces horribles choses (un zombie ? pensa-t-elle effarée) s'était arrêté et la regardait.
Jennifer ferma brusquement la porte de l'annexe alors que la vitre de la devanture volait en éclat.
Dans le Ministère, le chaos n'avait fait que s'intensifier. Harry avait espéré – vainement – qu'ils auraient le temps de se préparer un minimum. Que la situation ne serait déjà pas catastrophique…ou désastreuse. Un espoir totalement vain, réalisa-t-il en voyant l'air absolument terrifié des autres sorciers.
Cela ne pouvait dire qu'une seule chose : l'attaque avait déjà commencée.
-Je vais à Waterloo.
Il ne laissa pas le temps à ses amis de réagir. Il n'y avait pas de temps pour ça. Si Voldemort, jadis, leur avait laissé le temps (malgré lui, évidemment) de se préparer à l'attaque (notamment grâce à la protection de Poudlard) il n'en était pas de même pour Londres. Chaque seconde était perdue et donnait un avantage supplémentaire au mage noir.
Une seconde le couloir grouillant du Ministère. La suivante, les rues de Londres. Il n'avait même pas pris la peine de dissimuler son arrivée. Il transplana directement dans la rue. Et constata que son intuition était bonne. Personne ne fit attention à son arrivée. La gare de Waterloo, la plus grande de la capitale – était en feu.
Il n'avait rien de naturel, d'une couleur verte, les flammes léchaient la façade. Etrangement, comme si son cerveau essayait désespérément de se divertir pour ne pas faire face à l'horreur qui se jouait devant lui, Harry se rappela qu'il avait lu – pendant un de ses cours universitaire – que la gare de Waterloo avait jadis été utilisée pour transporter tous les cercueil Londoniens vers le cimetière principal de la ville.
Symboliquement… évidemment que c'était là que l'assaut des inferis prendrait racine.
Des moldus criaient autour de lui, s'éloignant tous en courant de la gare. Les voitures étaient à l'arrêt, Harry constata qu'il y avait déjà eu quelques accidents mineurs. Le seul point positif, il imaginait, était que les Inferis n'étaient pas des zombies. Les Moldus qu'ils tueraient immanquablement ne seraient pas à leurs tours transformés.
C'était bien le seul point positif de la situation.
Mais vu ce que Ron et lui avaient aperçu dans la Tamise– Bon dieu, il espérait réellement que Mathew et Ethel étaient digne de confiance et qu'ils se soient chargés d'alerter les sorciers américains. Ils auraient besoin d'aide.
Harry inspira, replaça ses lunettes sur son nez et -décidant que transplaner était dangereux – s'avança vers la gare.
L'entrée principale était recouverte de ces flammes vertes. Sur les escaliers, des corps carbonisés entièrement noirs. Les membres étaient recroquevillés Harry devina que les flammes magiques incinéraient littéralement toute personne essayant de les traverser. Il ne pouvait qu'espérer que les moldus qui avaient essayé de passer la porte n'avaient pas soufferts. Peut-être valait-il mieux mourir instantanément brûlé que dépecé par des morts.
Il détourna le regard.
Les statues qui flanquaient la porte lui paraissaient brouillée derrière les flammes. Il voyait le regard désapprobateur de la représentation de la victoire.
Et dans la gare, des cris d'angoisse résonnaient. Combien de moldus étaient pris au piège ? Combien d'Inferis ou de sorciers étaient en train de les attaquer ? Il étudia les flammes quelques instants.
Le maléfice était puissant, probablement trop pour lui. Mais Harry se concentra, leva sa baguette et hurla, essayant d'aligner la force de sa magie à celle de sa voix :
-Finite Incantatem !
Contre toute attente, les flammes disparurent immédiatement. Harry se fit la réflexion que c'était sûrement un piège : il n'était vraiment pas expert pour ce genre de choses –
Il fallait qu'il se fasse plus confiance : il avait toujours été doué pour la défense contre les forces du mal – bien plus que la moyenne. Mais si c'était un piège, il risquait de rejoindre les formes carbonisées assez rapidement.
C'était un risque qu'il était tout à fait prêt à prendre mais – quelques formes – visiblement des moldus apparurent à l'entrée. Une femme avait du sang sur le visage et sur sa chemise. Elle semblait terrifiée et désorientée. Bien sûr, pour ces moldus qui avaient été occupés à vivre leur vie, l'apparition soudaine de créatures surnaturelles devait être un choc assez violent.
Elle passa la porte, descendit les escaliers et passa à côté d'Harry. Il avait réussi, donc, puisqu'elle n'avait pas immédiatement pris feu. D'autres moldus la suivirent, réussissant tous à quitter la gare dans laquelle ils avaient été pris au piège.
Harry fit apparaitre son patronus, l'énorme serpent qui -avec le recul – aurait quand même dû mettre plus la puce à l'oreille de ses amis (mais non, ils avaient pour lui une telle confiance que jamais ils n'auraient pu se douter de ce que son patronus voulait réellement dire) et, la voix cassée, de peur et d'expectative, indiqua qu'il se trouvait à la gare de Waterloo et qu'il était potentiellement en train de marcher dans le guet-apens le moins dissimulé de l'histoire.
Le serpent disparut presqu'aussitôt. Il l'avait envoyé auprès d'Hermione qui – si elle respectait ce qu'ils avaient décidés – devrait coordonner l'assaut. Il savait qu'elle serait infiniment frustrée de ne pas participer plus activement mais ils ne pouvaient décemment pas mettre leur cerveau – la seule personne capable de gérer une crise comme ça, en danger.
Harry savait, au fond de lui, qu'elle finirait par les rejoindre sur le front si la situation devenait trop désespérée.
Au pas de course, la baguette serrée entre ses doigts, il pénétra dans la gare.
Il y régnait une odeur infecte. À peine la porte passée, à peine le premier pas posé sur les dalles du bâtiment, l'odeur nauséabonde lui assiégea les narines. Une odeur de boucherie dont les étalages seraient face au soleil, pas protégé à l'exposition de la chaleur. Une odeur rance de sang, de chair et de pourriture.
Harry comprit très vite d'où venait cette odeur. Il venait effectivement d'entrer dans une boucherie métaphorique. Le hall gigantesque était jonché de corps démembrés. Harry n'avait jamais vu autant de sang de sa vie (ne l'aurait jamais souhaité, d'ailleurs) et – il aurait préféré ne jamais apprendre ce à quoi ressemblait l'intérieur d'un être humain.
Des organes tapissaient le sol –
Il détourna les yeux et plaqua une main contre sa bouche. Une terrible nausée le courba en deux. Il essaya de ne pas succomber à l'envie de vomir – ça le mettait dans une position terriblement vulnérable mais –
Impossible. Il vomit. Il se redressa, essayant de ne pas regarder, de ne pas voir les corps autour de lui.
Mais à défaut de voir les victimes, il les vit eux. Ils n'étaient pas très nombreux. Cinq, peut-être. Les autres avaient dû se disperser dans la rue. C'était réellement… Les choses les plus immondes qu'Harry ait pu voir de sa vie. Dans la grotte, ils avaient été partiellement obscurcis par l'ombre. Il avait aperçu leurs visages que par à coup, selon l'arc que décrivait Dumbledore avec sa baguette. Ils avaient été terrifiants. Mais là –
Ils étaient tout simplement cauchemardesques. Ils étaient nus – semblaient tous être d'un âge différent. Le plus jeune – Harry l'estimait – lui arrivait aux épaules. Cela ne pouvait être qu'un adolescent. Il y avait une femme plutôt jeune, un homme d'une quarantaine d'année et deux vieillards. Leur chair, oscillant entre le bleu et le vert, se détachait de leurs corps par endroit. Ils étaient bouffis – gorgés d'eau.
Harry réprima une nouvelle nausée. Ils étaient immobiles – comme en veille. Harry aurait vraiment dû poser plus de question à Tom. Est-ce qu'ils avaient pour ordre d'attendre que quelqu'un arrive, devait-il recevoir un nouvel ordre pour agir ?
Bon, Harry supposait qu'il n'y avait qu'une seule manière de l'apprendre. Et, s'il réussissait, cela ferait toujours cinq inferis de moins. Il leva sa baguette.
Les inferis relevèrent tous leur tête en même temps. Leurs orbites n'étaient que des trous. À une vitesse surprenante – d'autant plus parce qu'ils étaient complètement immobiles jusqu'à présents – ils se jetèrent en avant – courant en direction d'Harry.
-Incendio ! hurla-t-il
-Incendio ! résonna une voix à côté de lui.
Il tourna vivement de la tête pour voir le sourire de Ron : savoir qu'il n'était pas seul avait une vertu définitivement rassurante. Hermione avait dû le prévenir après avoir réceptionné son patronus. Leurs flammes engloutirent deux inferis qui se débâtirent quelques instants avant de tomber.
Les autres avaient franchis la moitié de la distance. Harry releva le bras et lança le même sort, suivi de près par Ron. Cinq inferis à deux, ils étaient tout à fait capables de s'en occuper. Ce que craignait Harry, en fait, c'était de découvrir ce sur quoi il tomberait dès qu'ils quitteraient à nouveau la gare.
L'inferius qu'Harry avait touché s'écroula lui aussi – une torche au proportion grotesque. Mais celui que Ron avait essayé de viser avançait toujours – une partie du torse et le bras droit dans un torrent de flamme.
-Incendio ! essaya une nouvelle fois Ron
Le dernier, celui qui n'avait pas encore été leur cible avançait toujours dans leur direction. Harry grimaça, pourquoi les créatures de ce type devaient-elles toujours être horribles ? Pourquoi ne pouvait-il pas y avoir de créatures maléfiques mignonnes ?
Il eut une brève pensée pour Tom. Ok, peut-être que c'était mieux si les créatures maléfiques étaient terrifiantes.
-Incendio ! lança-t-il. L'inferius se contorsionna dans le déluge de flammes – avança encore quelques pas – et s'écroula à quelques centimètres de ses pieds.
-Merci, déclara Ron qui haletait.
Harry respirait aussi rapidement.
À deux, ils pouvaient s'occuper de cinq inferius sans trop de difficulté. Il y en avait probablement plus de 5000 dehors. Et la magie nécessaire était épuisante. Harry savait qu'il avait beaucoup d'endurance et qu'il arriverait à tenir un long moment. Mais – mais ce moment viendrait quand même. Ou ses sorts deviendraient moins puissants, pas assez pour terrasser les créatures.
Et ils n'étaient pas assez nombreux.
-On essaye de voir s'il y en a d'autres ? demanda Harry en s'avançant.
Ron ne lui répondit pas mais se mit également en marche :
Ils s'avancèrent dans le gigantesque hall. Les cadavres étaient réellement partout.
-Ils étaient forcément plus que cinq, commenta Ron en étudiant les alentours.
-Ce qui veut dire que le but est de tuer un maximum et de se propager dans Londres, ajouta Harry.
Parce que la gare était complètement vide. Ils n'entendaient strictement rien, pas le moindre gémissement de potentiels survivants, pas le bruit immonde de pieds boursoufflés contre le sol. Juste le claquement de leurs pas, chaussés, contre le sol. Il résonnait dans l'espace gigantesque.
-Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Ron après quelques minutes.
Les quais étaient également vides. Jonchés, eux aussi, de cadavres inertes.
Harry avait un mauvais pressentiment, évidemment. Ils avaient devant eux une ressource de centaines de nouveaux inferis potentiels. Alors certes, tous ne valaient pas la peine d'être réanimés : les cadavres étaient bien trop endommagés. Il n'y avait pas réellement d'avantage à réanimer un cadavre dont les jambes avaient été arrachées. Harry essayait de ne pas trop contempler ces corps qui avait été en vie à peine une heure plus tôt. La sensation de désespoir et d'horreur était bien trop forte- il ne pouvait pas se permettre de ressentir ces émotions. Pas quand il allait fatalement devoir se battre, pas quand le monde sorcier était sur le point d'avoir besoin d'un véritable miracle.
Mais il y avait des cadavres acceptables. Même en détournant les yeux au maximum, il voyait que certains d'entre eux avaient simplement été éventrés.
La mort avait dû être lente et douloureuse. C'était tellement injuste, le pire attentat terroriste du pays depuis la guerre, Harry supposait.
-Je n'aime pas trop l'idée de laisser cette gare sans protection –
-Ils auront besoin de nous ailleurs, Harry, essaya de le raisonner Ron : on ne peut pas rester ici-
-Oui mais imagine si leur plan c'est d'aller là où leurs inferis sont passés ? Ils pourraient en créer des centaines en plus ! Et on en a détruit que cinq !
Harry regretta de ne pas s'être plus informé quant à la manière de faire des inferis. Est-ce que ça demandait du temps ? Est-ce que c'était épuisant ?
Il aurait vraiment dû poser plus de question à Tom, pourquoi n'y avait-il pas pensé ? Peut-être qu'ils feraient mieux de retourner au Ministère pour définir une stratégie plus poussée et qu'il puisse – par la même occasion – demander plus d'information à Tom ?
Il allait proposer ce plan à Ron (tout en sachant pertinemment que son ami le balayerait, ils n'avaient pas le temps de faire quoique ce soit d'autre que de chasser les inferis de la ville) lorsqu'ils entendirent très clairement des bruits de pas.
Ils se retournèrent. À une dizaine de mètre, un homme venait d'apparaître. Il portait un t-shirt « I love London » et avait un gros appareil photo autour du cou. Harry fronça des sourcils : aucun moldu n'aurait un tel appareil photo : il était bien trop ancien. Une relique des années nonantes : il n'était probablement pas numérique et très éloigné des appareils photos modernes.
-Ron ! s'exclama-t-il : Atten-
Le sorcier – c'en était bien un – venait de lancer un sort dans leur direction. Ils l'évitèrent de justesse, probablement parce qu'Harry avait réalisé que quelque chose ne tournait pas rond. Il avait encore sa baguette dans les mains et en profita pour lancer un stupéfix. L'autre homme réussit à se protéger de justesse et riposta immédiatement.
Une chose était sûre, ils n'étaient pas face à des amateurs. Il y avait une maîtrise inquiétante dans ses gestes et une aisance qui laissa imaginer à Harry qu'il était face à un auror en bonne et due forme. L'homme portait des lunettes de soleil qui rendait son identification impossible. Bon sang, tout avait réellement été préparé au millimètre. Seuls des détails -comme l'appareil photo- permettaient de déduire qu'il ne s'agissait pas d'un moldu. Il fut frappé une nouvelle fois par l'incapacité qu'ils auraient à les repérer dans une foule.
Le duel battait de son plein. L'homme était clairement désavantagé. Non seulement, il était seul contre deux, mais -en plus – seul contre Harry Potter et Ron Weasley. Il ne le savait probablement pas – mais il devait fatalement réaliser qu'il n'avait pas l'avantage et que la distance entre eux s'amenuisait.
Harry craignait, par-dessus tout, qu'il utilise la même stratégie que l'homme du port et qu'il transplane. S'ils pouvaient maîtriser et capturer ne serait-ce qu'un seul d'entre eux – ils pourraient sans doute réussir à lui soutirer des informations importantes. Et c'était vraiment le principal. S'ils arrivaient à avoir une idée du but de leurs ennemis, peut-être aurait-il un espoir de s'en sortir.
Est-ce qu'ils avaient pour but de semer la terreur ? De prendre le Ministère d'assaut ?
-Ron ! grinça-t-il alors qu'un sort jaillissait de la baguette : il ne faut surtout pas lui laisser le temps de transplaner !
S'ils continuaient à l'acculer, il n'aurait jamais le temps de se concentrer pour fuir. C'est primordial, se répétait Harry : il ne faut pas qu'il fuie, il ne faut pas qu'il –
Ron avait dû comprendre son raisonnement instinctivement. Ses sorts étaient moins puissants, moins complexes, mais il pouvait les lancer plus rapidement, obligeant l'homme à ériger encore et encore et encore des boucliers protecteurs.
-Petrificus Totalus ! s'exclama Harry en repérant une faille.
L'homme tomba à terre, son corps devint une statue que de révolutionnaires abattent.
-Yes ! Bien joué Harry ! s'exclama Ron
Ils se précipitèrent sur l'homme. Etalé de tout son long contre le sol de la gare, il paraissait moins impressionnant que lorsqu'il avait désespérément essayé de les descendre. Harry lui retira promptement ses lunettes. Il ne connaissait absolument pas l'individu. Mais il était étonnamment jeune : plus jeune que Ron et lui, en tout cas.
-Ministère ? lui proposa Ron et lui attrapant le bras.
Harry hocha de la tête. C'était pratiquement un miracle : ils venaient d'obtenir un léger avantage qui – justement – pourrait faire pencher la balance du côté des Britanniques.
-Hermione ! hurlèrent-ils en parfaite synchronisation après s'être transplanés au Ministère : Hermione ! essayèrent-ils à nouveau.
Le large bureau de leur meilleure amie était vide, des dossiers et autres papiers étaient éparpillés dans toute la pièce, témoin de l'affairement de leur amie. Affairement à quoi ? Harry n'en savait rien, peut-être qu'Hermione avait eu une idée de génie et qu'elle s'était empressée de mettre son plan en action.
Comportement qui lui ressemblerait assez bien.
-Tu le fais léviter ? demanda Harry à Ron en faisant un signe de tête en direction du corps immobile qu'ils avaient pris avec eux.
Ron hocha de la tête. Sans prendre le temps de regarder son meilleur ami effectuer le sort nécessaire, Harry sortit précipitamment du bureau. Il n'y avait personne dans le couloir.
-Drago ! essaya-t-il : Hermione !
Il entendit Ron derrière lui franchir lui aussi la porte.
Pourquoi n'y avait-il personne ? Pourquoi se trouvaient-ils seuls dans cette partie du Ministère alors que Londres était attaquée ? Bon, la réponse se trouvait dans la question, en fait.
-Tu as une idée de l'endroit où ils ont pu aller ? demanda Harry avec horreur.
Il refusait catégoriquement de penser à l'alternative. À ce que pouvait signifier cette absence de monde. Cette vacuité totale. Il le craignait plus que tout mais – mais le silence dans ces couloirs était aussi surprenant que celui dans la gare de Waterloo. C'étaient des lieux qui ne devrait pas, ne devrait jamais être silencieux. Cela n'avait strictement aucun sens. Le Ministère se devait de pulluler de sorciers tous plus affairés les uns que les autres.
Une gare devait être le théâtre du passage incessant des moldus vaquant à leurs occupations.
-Non, répondit Ron.
Harry se retourna, il était blanc comme un linge. Certes, Ron avait la peau pâle génétiquement, cela s'expliquait notamment par la couleur de ses cheveux. Mais il avait pris une teinte presqu'un peu verdâtre.
Qui rappela à Harry, malgré lui, la couleur immonde des inferis.
-Ils n'ont pas pu être attaqués, déclara-t-il pour se rassurer : ce n'est pas possible –
Il eut une pensée pour Matthew et Ethel, deux Américains parmi des dizaines qui avaient tous accès au Ministère. Quelle était la probabilité pour qu'ils aient en réalité participé à cette attaque ? utilisé ces années de tranquillité pour permettre aux inferis de pénétrer dans le Ministère ?
Si Drago avait réussi à faire entrer les Mangemorts dans Poudlard, il ne voyait pas trop comment pénétrer dans le Ministère serait plus difficile pour des adultes entraînés.
Des bruits de pas – précipités. Harry et Ron échangèrent un regard et se lancèrent au pas de course pour rejoindre la source du bruit. Baguette en main, ils espéraient de tout cœur qu'il s'agisse d'un ami (Neville, Hermione ou Drago). Harry n'était plus sûr de pouvoir faire confiance à Mathew et Ethel (ce qui était horrible, d'ailleurs, ils n'avaient strictement rien fait… à ce qu'il sache) mais il l'aurait senti, pensa vivement Harry, s'ils avaient eu de mauvaises intentions.
Il repensa rapidement à Olivia, à Barty Croupton jr.
D'accord, il ne l'aurait jamais vu venir.
Ils approchaient de l'angle qui révélerait la personne qui marchait dans leur direction. Harry leva sa baguette, prêt à maîtriser le criminel –
-Harry ! Ron !
Harry aurait pu pleurer de joie. C'était Hermione. Elle qui avait commencé cette horrible journée habillée dans un tailleur coupé au millimètre, les cheveux apprivoisés dans un chignon, avait maintenant la même coupe de cheveux qu'à Poudlard. Sa chemise dépassait de sa jupe et les talons de ses chaussures avaient disparus.
Le regard de leur meilleure amie passa de l'un à l'autre, probablement pour estimer si des soins étaient nécessaires, puis à l'homme qui lévitait derrière eux.
-On en a eu un, Hermione ! s'exclama Ron dans un sourire.
Hermione hocha vivement de la tête :
-C'est une excellente nouvelle.
-à qui on peut le confier ? Il faut qu'on y retourne c'est –
-Le chaos, termina-t-elle à sa place.
Elle sortit un téléphone de sa poche. Ce n'était pas le sien, Harry l'aurait reconnu. Elle le tourna dans leur direction. Sur l'écran encore verrouillé de l'appareil, défilait des vignettes. Des flashs spéciaux émis par tous les journaux britanniques et internationaux. Le contenu de ces vignettes était tous plus ou moins le même : « Londres attaquée par des zombies » « Vidéo d'hommes avec des baguettes » « Attaque à Londres : nombre de victime serait extrêmement élevé ».
Harry avait eu ce pressentiment. Mais de voir la preuve formelle lui retourna l'estomac :
-Le statut du secret…déclara platement Ron.
-Si on survit, on va avoir un travail de relation publique vraiment conséquent –
Harry ne put s'empêcher de rire :
-C'est vraiment à ça que tu penses ?
Elle lui sourit et tira sur sa manche, un peu gênée :
-Impossible de retourner dans l'ombre après un truc pareil –
-Je sais, la coupa Harry qui n'avait pas eu l'intention de lui faire le moindre reproche.
-Mais du coup l'armée britannique a été mandatée – des renforts arrivent aussi du côté du continent et des Etats-Unis.
-Moldus, tu dis ? demanda Ron, curieux
-Oui, je les ai briefés et ton frère a réussi à capturer un inferius. Le feu les détruit, pas besoin qu'il soit intrinsèquement magique.
-Tu es en train de me dire que des moldus –
-Il doivent avoir des lance-flammes, réfléchit Harry : mais c'est trop dangereux pour eux et –
-Harry, on ne peut pas dire ça aujourd'hui. Le ministre moldu est dans une colère folle, je n'ose pas imaginer à quel point on sera sanctionné pour cette catastrophe
-Des lances flammes ? demanda Ron
-Est-ce que quelqu'un peu interroger ce type ? demanda Harry en pointant l'homme toujours immobile.
C'était trop dangereux pour des moldus, et encore- pensa-t-il – il n'était vraiment pas expert dans les armes mais – peut-être que les inferis n'étaient pas assez rapides ni, d'ailleurs, assez malin pour éviter la déflagration d'un lance flamme.
Maintenant qu'il y pensait, Harry se disait qu'au final, la coopération des moldus pouvait leur donner l'avantage. Le problème principal restait le nombre de sorciers qui se planquait dans la foule et le nombre d'inferius, potentiellement croissant à chaque fois qu'ils tuaient.
-Oui, vous pouvez-me le confier, je pense que c'est important si vous y retournez –
Hermione semblait terriblement gênée de leur demander une chose pareille. Elle lança un regard suppliant à Harry. Qu'il comprit tout de suite, évidemment. Elle se sentait terriblement coupable de l'avoir enfermé. Vu les pensées peu amènes qu'il avait eu pour Ethel et Mathew, Harry ne pouvait sincèrement pas lui en vouloir.
-On ne resterait ici pour rien au monde, lui assura-t-il en souriant : est-ce que tu as des nouvelles ? Est-ce que tu sais où on ferait mieux d'aller ?
Hermione pinça des lèvres. Elle était probablement en train de réfléchir au meilleur endroit où envoyer Harry et Ron, ce qui voulait dire, fatalement, que le ministère était tout de même relativement coordonné. C'était une bonne nouvelle.
-Au dernières nouvelles, Matthew n'était pas loin de là où vous étiez, et c'est chaotique.
Harry hocha de la tête. Comme il l'avait pressenti, les Inferis avançaient tel un mur funeste : ils ne s'attardaient nulle part, cherchant simplement à semer la mort.
Il échangea un regard avec Ron. Brièvement, comme si c'était le geste le plus naturel du monde – alors qu'ils ne l'avaient pas fait depuis… Plus de dix ans, maintenant, ils s'enlacèrent. Harry ne put s'empêcher de sourire. Amèrement, bien sûr. Cette embrassade avait quelque chose de définitif. Au fond, aucun d'entre eux ne s'attendait à ce qu'ils soient les trois vivants le lendemain. Mais Harry pouvait toujours rêver.
Ils se séparèrent, un peu gênés. Les événements des dernières vingt-quatre heures restaient lourdes dans leurs esprits. Harry se fit la réflexion que si c'était lui qui devait ne pas revenir, ses amis ne se le pardonneraient jamais.
Il avait déjà fait cette promesse à Tom mais il se voua à lui-même aussi de rester en vie.
V. De la contenance
Le contraste avec la gare de Waterloo était saisissant. Et Harry aurait sans doute pu l'apprécier si la première chose qu'il ne dut faire, après avoir transplané, fut de se défendre contre un inferius qui se trouvait à quelques mètres de lui.
Il entendit Ron jurer dans son dos. Il n'y avait plus de silence morbide, plus cette suspension du temps alors que le sang coulait encore par terre.
Non, la bataille faisait rage. Il entendait des hélicoptères moldus voler au-dessus d'eux. Des tirs, aussi, probablement de policiers n'ayant pas pu se procurer de lance-flamme. Qu'est-ce qu'ils font là ? se demanda Harry avec horreur, les balles des armes à feu moldues ne leur seraient d'aucune utilité.
Divers jets de lumière jaillissaient autour d'eux. Ils n'étaient pas les seuls sorciers. Cela dit, les sorts semblaient tous partir dans les mêmes directions : il n'y avait donc pas d'affrontement. Il se baissa vivement alors qu'un inferius, dont la présence lui avait échappé, tentait de lui attraper le bras.
-Incendio ! s'exclama-t-il avec horreur.
La créature prit feu mais elle était si proche qu'Harry sentit une vive douleur dans sa main. Il lâcha sa baguette – étouffa un cri, la douleur lui tordit le bras – sa peau fondant contre ses muscles.
-Harry ! s'exclama Ron en se penchant vers lui : Incendio !
Harry lui montra sa main. Elle était rouge, certaines parties de sa chaire était à vif. D'énormes cloques étaient apparues – à d'autres endroits, de sa paume, la chaire était carrément carbonisée.
-Episkey, déclara Ron avec horreur.
Harry était loin de partager son sentiment : la douleur s'atténua immédiatement. De son autre main, celle qui n'était pas tenue par Ron, il attrapa sa baguette. Tout auror se devait d'apprendre à utiliser ses deux mains lors d'un duel. Mais Harry n'était définitivement pas doué pour lancer des sorts avec sa main gauche. En grimaçant, il retira sa main de l'étreinte de Ron et la contempla.
Des hurlements retentissaient – Harry avait la sensation qu'il pouvait aussi entendre des bruits étranges ceux de talkie-walkie – probablement l'armée et les policiers. Et les inferis étaient partout. Sa main était toujours douloureuse, le sort Episkey n'étaient pas assez puissant pour soigner totalement la brûlure qu'il s'était infligé. Quel imbécile, s'énerva-t-il en voyant un autre inferius se jeter vers eux :
-Incendio ! il se tourna légèrement : Lacarnum inflamere !
Il secoua sa main. Merde, pensa-t-il, la douleur était tout de même trop forte il changea de main et pointa sa baguette sur la chaire – qui avait repris une apparence moins inquiétante : glacius ! s'exclama-t-il.
C'était probablement une très mauvaise idée – pour la suite. Il risquait d'endommager les nerfs de sa main. Mais avoir un tel handicap à un moment pareil, il risquait d'endommager des choses plus importantes (comme sa vie).
Les affrontements autour d'eux devenaient plus épars. Des cendres volaient dans l'air, flocons virevoltants contrastant avec l'odeur de fumée qui leur brûlait les narines et la gorge. Harry essaya d'inspirer – Il voyait quelques inferis en train de batailler -
-Harry ! Ron !
Une voix familière. À quelques mètres d'eux, Matthew leur faisait signe. Il avait une traînée de sang sur le visage mais ne paraissait pas blessé. Harry en fut soulagé. Pour l'instant, toutes les victimes étaient impersonnelles : il prendrait le temps de les pleurer, bien sûr, le choc serait énorme lorsque les chiffres commenceraient à tomber. Mais, pour l'instant, la mort d'aucune de ses connaissances n'était à déplorer.
Du moins à ce qu'il sache.
-Est-ce que tu as des nouvelles de l'autre rive ? Est-ce qu'elle a aussi été attaquée ?
-Non, répondit Matthew qui avait franchi la dizaine de mètres qui les séparaient. Il haletait et Harry constata qu'il boitait : apparemment, ils n'attaquent que cette rive, je ne sais pas pourquoi mais –
Harry hocha de la tête :
-Et ils ne se sont toujours pas montrés ?
-Non, on a encore vu aucun sorcier
-Merde, s'exclama Harry, ils sont peut-être dans les zones où il n'y a plus personne ! Matthew, est-ce que tu peux aller vérifier ?
L'américain hocha vigoureusement de la tête.
-Reviens si tu constates qu'il y a du monde, n'engage pas le combat seul –
-Oui, t'inquiète ! il lui lança un sourire rassurant : je reviens d'ici quelques minutes.
Il transplana.
VI. Du plein et du vide
Harry buvait une grande rasade d'eau. Il avait trouvé une bouteille abandonnée sur le trottoir. Elle était neuve, le plastic qui reliait le bouchon au goulot n'avait pas été rompu. Il était épuisé. Sale comme il ne l'avait pas été depuis la bataille de Poudlard. De la suie sur le corps qui n'était probablement que de la cendre d'inferis. Il était recouvert de particules de cadavre – en respirait malgré lui pire : il en goutait lorsqu'il ouvrait la bouche.
S'il avait croisé son reflet, il aurait eu du mal à se reconnaitre. Sa main le lançait toujours (un rythme torturant, une parodie infâme à celui de son cœur) mais, à force de sorts, il arrivait à tenir la douleur en échec.
Ron allait bien, si ce n'était que lui aussi montrait des signes de fatigue. Pouvait-il en être autrement ? Le jour s'était définitivement levé
Restés seuls, il se regardèrent lourdement. Le poids de leur pensées – toutes tournées vers les inexorables combats qu'ils auraient à mener – lestait leurs nuques. Harry se considérait comme quelqu'un dont la nature était plutôt optimiste et sa vie lui donnait raison, même lorsque tout lui semblait avoir été perdu, il avait finalement toujours réussi à s'en sortir – une partie de son esprit essayait de le convaincre qu'il en serait de même pour cette fois.
Mais une partie rationnelle de son cerveau, qui n'existait pas vraiment lorsqu'il n'était qu'un adolescent, lui soufflait que les choses étaient complètement différentes, qu'il s'agissait pratiquement d'une guerre, d'un affrontement armé – chose à laquelle il n'avait au final que très peu participé.
Il tendit sa bouteille à Ron. Il passait une main vive dans ses cheveux roux – une éclosion de couleur dans ce paysage gris dévasté – pour en faire tomber la suie. Ses yeux bruns, son sourire hésitant – cette même partie de lui l'enjoignait de mémoriser l'apparence de son ami, de profiter de ces derniers instants –
Il interrompit ce fil de pensée.
Combien de personnes se cachaient dans les immeubles ? Combien de ces immeubles avaient été envahis par les Inferis ? Etaient-ils devenus des tombeaux verticaux ? portes défoncées, meubles brisés témoin d'une lutte aussi futile que rapide ?
Leurs ennemis étaient-ils en train de réanimer des familles entières ?
-Harry.
Harry se tourna, Ron le regardait d'un air terriblement significatif. Ils n'avaient pas le temps de se poser des questions, pas le temps d'essayer de comprendre ce qui avait bien pu arriver aux habitants de ce quartier. Ils ne pouvaient qu'essayer de faire le maximum, d'aider les moldus qui, armés de leur courage, essayaient de se battre contre des créatures dont ils ne connaissaient rien.
Ils se mirent à courir, les bras devant leurs bouches, tentative assez vaine pour filtrer l'épaisse fumée noire.
Des cris résonnaient juste un peu plus loin. Au fur et à mesure qu'ils s'en approchaient, les échos s'amplifiaient. Des hurlements ricochant contre les immeubles. Des rues vides. Des voitures abandonnées le long de la route – les portières encore ouvertes. Des cadavres gisant par terre.
Il n'y avait aucune sélection, aucune justice. Policiers, femmes, enfants, vieillards, les inferis ne discriminaient pas.
Les cris devenaient de plus en plus fort. Harry secoua vaguement sa main – se maudissant d'avoir été si bête. Des flammes dansaient sur les façades défoncées. Des bribes d'appartements ou de bureau apparaissaient le long des murs. La fourmilière, éventrée, dévoilait ses milliers de chambres, de salles –
Les moldus étaient plus loin. Leurs visages étaient tournés dans leur direction. Et, entre eux, des dizaines d'inferis avançaient avec l'inexorabilité de machines destinées à la destruction. Ron et lui pourraient les prendre de revers.
Harry inspira – ils étaient trop nombreux pour deux sorciers. Tout ce qu'il pouvait espérer était que quelqu'un – des sorciers- remarquent qu'ils étaient là et viennent leur porter secours.
Ils échangèrent un regard. Ron hocha de la tête, comme pour confirmer que c'était bien la seule décision à prendre. De concert, sachant que leur geste était très probablement vain, ils lancèrent chacun un sort.
VII. De l'affrontement direct et indirect
C'était bizarre, d'être face à lui. Ces traits, qu'elle avait mystérieusement oubliés, lui étaient revenus à la seconde où elle avait posé les yeux sur son beau visage. Il était beau, l'avait toujours été. C'était indéniable.
Il y avait une indéniable injustice dans sa jeunesse à lui quand elle – qui était pourtant plus jeune que lui – portait son âge dans son âme et sur sa peau.
-Minerva.
Et elle n'avait pas oublié sa voix non plus. Elle l'avait souvent admiré, de loin, à l'époque. Comme toute l'école, d'ailleurs. Il était si brillant, si gentil, si charismatique – toujours prêts à aider les autres – Ça n'avait été que des mensonges. Qu'une grotesque mascarade pour cacher qui il était réellement. Ce qu'il était réellement. Un monstre.
Elle ne répondit pas. Elle savait à quel point il était capable de manipuler les gens et n'avait pas du tout envie de lui en donner l'opportunité.
-Curieux, n'est-ce pas ? c'est exactement le genre de chose que je pourrais faire…, dit-il d'une voix songeuse : trahir quelqu'un aussi absolument, prétendre éprouver de l'amour, simuler de la fidélité, de la loyauté alors que je tire les ficelles dans l'ombre.
Il avait un air infiniment amusé. Minerva détourna son regard. Elle avait parfaitement conscience qu'écouter, c'était déjà entrer dans son jeu. Malfoy avait eu le bon réflexe, plus tôt dans la journée, de le bâillonner. Personne n'avait pensé à le refaire après qu'Harry soit venu lui demander des conseils. Regrettable.
Elle ne se faisait pas confiance. Bien sûr, elle n'avait jamais été tentée – pas même le moindre instant – de rejoindre les rangs de Lord Voldemort. Non, bien sûr que non. Mais elle avait peur pour Harry, pour Ron et Hermione – ses anciens écoliers qui étaient devenus, à force, plus que des élèves (presque ses enfants).
C'était ça qui l'effrayait. Elle avait toujours été une gryffondor. Elle était digne, courageuse, loyale – mais elle était surtout une très mauvaise menteuse. Et Voldemort saurait tout de suite lire en elle, il verrait son inquiétude, sa terreur, le fait que son cœur était broyé dans sa poitrine à l'idée qu'il puisse arriver quelque chose de grave à ces trois jeunes – ces trois brillants Gryffondors à qui il était déjà arrivé bien trop de chose-
-trois sorciers d'exception qui lui faisaient suffisamment confiance pour lui demander de surveiller Tom Riddle en personne.
Il en jouerait dès qu'il s'en rendrait compte. Et elle savait qu'elle serait tentée de le croire.
-Est-ce que tu sais ce que j'ai dû faire pour rester en vie ? elle refusait obstinément de le regarder. il reprit : Est-ce que Dumbledore te l'avait dit ? Est-ce qu'il t'a parlé de mes horcruxes ?
Le choc qu'il aborde le sujet si simplement – comme s'il ne s'agissait pas du pire acte qu'un sorcier puisse commettre, comme si ce n'était pas (comme Dumbledore le lui avait souvent répété) son plus grand secret lui fit brusquement relever de la tête. Elle regretta son geste : le sourire du prisonnier s'agrandit dès qu'il croisa ses yeux.
-C'est bien ce qu'il me semblait, reprit-il : il t'a toujours fait confiance. Je me demande en quoi j'étais si différent pour qu'enfant déjà, il t'estime beaucoup plus.
Elle ne répondit pas, son effroi lui tordait la gorge.
-Mais t'a-t-il expliqué le prix pour commettre un tel acte ? Pour devenir immortel ? Certes il faut commettre un meurtre et séparer son âme. Mais – est-ce que tu sais que cela n'est pas suffisant ?
Malgré elle, malgré les supplications de son cerveau, elle fit un léger signe de la tête.
-Je m'en doutais. Il ne te faisait donc pas confiance à ce point. un nouveau sourire sur son visage, presque nostalgie : Pour faire un horcruxe, il faut plus qu'un simple meurtre, bien sûr. Sinon, cela ferait longtemps que la mortalité aurait disparu du monde sorcier. Il n'y a rien de plus facile à justifier qu'un meurtre – il suffit de choisir une victime dont on peut se persuader que la mort est bénéfique à la société. Non, un sacrifice est nécessaire. Un sacrifice qui permette réellement à l'âme d'exister seule. il bassa les yeux, regarda intensément ses mains comme s'il pouvait y voir le sang qui les tâchaient toujours. Puis, sans transition, sans froncer des sourcils ni manifester la moindre pensée, il leva brusquement les yeux. Son sourire s'agrandit : tu sais de quel sacrifice je parle, n'est-ce pas ?
Elle fit signe que non, désespérément. Même si elle savait au fond d'elle exactement où il voulait en venir.
-à chaque fois que j'ai créé un horcruxe, j'ai sacrifié une partie de mon âme et une partie de ma magie. Au fur et à mesure que je garantissais mon immortalité, je m'affaiblissais en échange.
Minerva repensa à l'éclat de magie qui avait secoué la pièce. Elle avait essayé de trouver une explication rationnelle, quelque chose qui n'aurait strictement aucun rapport avec Lord Voldemort.
Mais son sourire tranquille et confiant brisait toutes ses théories :
-Est-ce que tu comprends ce que j'essaye de te dire ? J'ai fait sept horcruxes, Minerva, j'ai mutilé mon âme et ma magie sept fois consécutives. Et, alors que j'étais au plus faible, j'étais toujours égal à Dumbledore. son sourire malveillant devint encore plus prononcé. elle se demanda ce qu'elle avait pu trouver de beau dans ce visage : Alors permets-moi de te donner un conseil, reprit-il : Laisse-moi sortir.
Elle ne répondit rien, mais ses mains étaient crispées contre les accoudoirs de sa chaise. Son journal était assez pied.
-Permets-moi d'être encore plus clair, Minerva.
Quand il avait dit son prénom, au moment où il avait voulu attirer son attention, il avait eu un air avenant. Comme s'ils étaient de vieux amis qui pourraient parle de cette « situation » avec bienveillance. Cet air indulgent, complice, s'était évaporé.
Il était effrayant. Ses yeux brillaient d'un éclat meurtrier. Et la façon dont il se tenait dans sa cellule, debout face à elle, lui donnait l'impression que c'était elle qui était enfermée et à sa merci. Pas l'inverse.
Mais on lui avait demandé de le surveiller. C'était un peu insultant, elle aurait préféré être à Londres pour se battre mais – Mais, ils avaient raison. Personne d'autre n'était de taille à surveiller Lord Voldemort.
-Par égards pour Harry, je n'avais aucun problème à être enfermé et à payer le prix de mes actes.
Minerva soutint son regard. Il ment, se répéta-t-elle, il n'a strictement aucun égard pour Harry-
-C'était avant que la situation ne se dégrade. Laisse-moi sortir.
Malgré elle, Minerva laissa échapper un rire. Il était nerveux, pas aussi défiant qu'elle ne l'aurait voulu. Si Voldemort imaginait réellement qu'elle allait le laisser sortir, il était encore plus fou qu'elle ne l'avait imaginé.
-Je vais être encore plus clair : s'il arrive quelque chose à Harry alors que je suis dans cette cellule, je te promets que j'anéantirai chaque sorcier du pays. Nous sommes d'accord que cette éventualité n'est avantageuse pour personne. Alors je te donne l'opportunité de choisir. son sourire disparut : soit tu me libères et nous coopérons soit je me libère. Alors, Minerva ? Vas-tu choisir la raison ou l'idiotie ?
Elle frémit. Il était absolument sérieux. La barrière magique était trop puissante pour qu'il puisse s'en défaire –
Comme s'il avait lu dans ses pensées, la barrière se fissura légèrement. Il pencha légèrement de la tête et haussa des sourcils.
VIII. Des neuf changements
Depuis quand Harry se battait-il ? Il ne pourrait donner une réponse à cette question. Combien de fois avait-il retenu une grimace en levant son bras ? Combien d'Inferis avaient été neutralisés grâce à lui ? Combien en restait-il ? Et surtout, où étaient les sorciers responsables de ce massacre ?
Car c'en était bien un, de massacre. Le sang maculait les trottoirs de la capitale. De longues traînées rouges, bariolées d'organes et de membres divers. Tout était cauchemardesque et Harry se sentait devenir anesthésié à l'horreur. Il était impossible d'en faire autrement, face à de telles atrocités. Chaque sentiment était refoulé, même son courage et sa peur, au plus profond de son esprit. Il se répétait n'être qu'un robot – un robot dont le seul dessein était d'anéantir les morts-vivants qui avançaient résolument vers la ville.
Il lui semblait que le plan de leurs ennemis était infaillible. Il n'arrivait pas, non vraiment il lui était impossible de prendre le dessus. Des inferis jaillissaient à chaque fois qu'ils pensaient avoir réussi prendre le contrôle de la situation.
Les moldus, qui s'en étaient réellement bien sortis – au début, manquaient de munition. Certes, il en arrivait à intervalles réguliers les hélicoptères, difficiles à atteindre pour les inferis au sol, volaient toujours au-dessus d'eux. Harry plaignait les pilotes : il était à peu près sûr que les sorciers contre qui ils se battaient finiraient par les écraser. Il suffisait de lancer un sort qui bloquerait les hélices – il en existait beaucoup dont certains réellement pas compliqués à lancer – et les engins feraient une chute libre de plusieurs dizaines de mètre.
Il avait essayé d'alerter un militaire – quelqu'un qui semblait pouvoir prendre la décision de rappeler les soldats sur la terre ferme, mais il n'avait reçu qu'un regard courroucé. Apparemment, les moldus étaient prêts à sacrifier leurs vies. Et les pilotes avaient tout à fait conscience des risques qu'ils encourraient. Comme les soldats à terre qui se faisaient déchiqueter à intervalles réguliers.
Harry s'engouffra dans une ruelle. Il avait perdu de vue Ron depuis longtemps. Matthew n'était pas revenu leur donner les informations qu'ils lui avaient demandées. Une fois encore, avec culpabilité, il imagina que l'américain était lui aussi responsable de ce désastre. Mécaniquement, il repoussa cette pensée.
Il s'appuya contre un mur et inspira. L'air – toujours noir- le fit tousser. Effrayé à l'idée d'attirer l'attention par sa toux, il plaqua son bras contre sa bouche. Courbé en deux, des larmes perlèrent le long de ses yeux. Tout son corps lui faisait mal. Ses chaussures semblaient être faites de plomb et avoir rapetissé – ses pieds avaient dû enfler. Il parvint à se reprendre. Toujours courbé, il inspira légèrement, espérant ne pas provoquer une nouvelle quinte.
Il ne pouvait rien faire d'autre que de faire au mieux. Le visage de Tom s'imposa dans son esprit. Il espérait que le ministère était encore protégé et qu'il ne craignait rien dans sa cellule. Il se devait de lui faire confiance, après tout c'était Voldemort - il parviendrait à s'en sortir. S'il y avait bien quelqu'un capable de baratiner des gens venus l'assassiner, c'était lui.
Son lacet était défait. Il hésita – lancer un sort était plus logique, évidemment, mais… de la même façon que les munitions des soldats s'amenuisaient, sa magie semblait devenir de moins en moins puissante. Il avait fait du mieux qu'il pouvait – il le savait intimement. Il avait réussi à détruire de nombreux inferis, à sauver quelques vies (du moins temporairement, Harry ne se faisait aucune illusion quant à leur sort depuis).
Il se pencha donc grimaçant sous l'assaut des courbatures qui s'étaient infiltrées pour tordre chacun de ses muscles. Même lever sa baguette devenait difficile. On les préparait à beaucoup de choses, en tant qu'Auror. Mais on les préparait surtout à des duels. Les duels ne duraient pas des heures.
Il y avait pourtant de nombreuses répercussions physiques à utiliser de la magie. Ses muscles étaient noués, comme solidifiés, dans son corps. Son dos craqua. Les doigts engourdis, gonflés d'une manière grossière, sa main brûlées d'un rouge réellement inquiétant, il tenta maladroitement de refaire ses lacets.
S'il survivait à cet assaut (Harry en doutait sincèrement), il s'achèterait des chaussures à scratch. On ne pensait pas à ce genre de choses quand on en achetait- en même temps comment aurait-il pu s'en douter ?
Un rire lui échappa.
Ils le savaient depuis des mois. Ils avaient réalisé que les cimetières étaient pillés. Ils auraient dû faire quelque chose. Briser le statut du secret à ce moment-là, peut-être. Prévenir la population Britannique qu'une attaque terroriste allait probablement se produire dans un futur proche. Mais non, ils avaient gardé ces informations pour eux.
De combien de morts Harry était-il responsable ? Aucune, essaya-t-il de se raisonner. Ce n'était pas sa faute si une malade avait décidé de commettre des actes aussi atroces. Pas sa faute s'il n'avaient pas pu mettre au courant les moldus. Kingsley s'y serait formellement et définitivement opposé.
Mais voilà où ça les avait menés.
Il se redressa. Ne regarde pas autour de toi, s'ordonna-t-il. La destruction de la capitale, l'un des joyeux de la couronne – aussi métaphorique soit-il, ne ferait que qu'enterrer définitivement son moral. Et il en avait cruellement besoin, de son moral – besoin de son optimiste aussi. Son regard dériva sur les voitures défoncées devant lui. Une porte jonchait sur la route. Des traces de sang maculaient le tissu de l'habitacle.
Il aurait surtout besoin de son optimisme.
Il sortit de la ruelle. Il avait vu des sorciers avec des sorts de protection autour de la tête – probablement des Têtenbulles, c'était malin mais Harry se sentait trop épuisé pour lancer puis devoir maintenir un tel sortilège.
Au fond de lui, il pensait sincèrement qu'il finirait par mourir. Alors mieux valait qu'il économise ses forces pour sauver ceux qui pouvaient encore l'être.
Il se mit à courir. Chaque foulée était une torture. D'abord la plante de son pied, contre le sol. La douleur montait ensuite dans sa cheville – elles aussi devaient avoir gonflé – puis dans ses genoux, ses hanches et finalement sa colonne vertébrale. Elle était une barre de fer et Harry craignait qu'elle lui transperce le cerveau.
Il avait l'impression d'être seul au monde. Le silence était assourdissant. Des bruits mécaniques retentissaient – certaines voitures étaient en feu – les sorts des sorciers n'atteignaient pas toujours leur cible. Grincements lugubres dans un paysage gris.
Il ne s'était arrêté que quelques minutes, non ? Pensa Harry avec panique.
Pourquoi n'entendait-il plus rien ? Il était entièrement seul – le temps lui échappait totalement c'était – était-ce à cause d'un sort quelconque ? Non, c'était impossible et il fallait impérativement qu'il se ressaisisse.
Harry se mit à courir. Regardant à droite et à gauche, désespéré, il essayait de provoquer la solution, l'idée qui lui indiquerait où se rendre. Sa poitrine brûlait toujours ses poumons, transpercés par la fumée, un monstre aux tentacules aussi insidieuses que multiples. Il pouvait imaginer chaque bronche bouchée par un long doigt de fumée, prenant plaisir à s'immiscer et à écorcher ses organes.
-Ron ! cracha-t-il avec difficulté : où était-il ? Que faisait-il ?
Au milieu des cadavres et des ruines, aveuglés par les cendres et la fumée, l'optimisme qu'Harry essayait désespérément de convoquer sembla lui aussi devenir une volute immatérielle une particule insignifiante qui s'envola pour rejoindre les siens.
Une explosion retentit. Un hélicoptère passa au-dessus de lui. S'il y avait encore des affrontements, cela voulait dire que tout n'était pas perdu, décida-t-il. Agonisant (en tout cas c'est comme ça qu'il se sentait) il se mit à suivre l'hélicoptère.
La figure, singulière par son apparence au milieu des ruines, se dressait au milieu de la route. Les cheveux au vent, la jupe étroite lui épousant les jambes, un manteau qui paraissait complètement déplacé au milieu de cette chaleur factice –
Hermione venait d'arriver. Harry n'avait fait qu'une centaine de pas depuis qu'il avait vu l'hélicoptère le dépasser. La présence de sa meilleure amie – même si elle ne l'avait pas encore remarqué – était terriblement rassurante. A moins qu'elle ne soit là parce que le Ministère était tombé.
Horrifié, il se mit à avancer plus vite, maudissant ses jambes fourbues. Ses pieds ne devaient être que des moignons ensanglantés.
-Hermione ! l'appela-il
Il remarqua ensuite qu'elle avait un bras levé et qu'au bout de ce bras, comme un prolongement de son corps : sa baguette.
Il en émanait une lueur argentée. Son patronus ? se demanda Harry. Si cela indiquait que des détraqueurs avaient été libérés dans Londres... La situation était encore pire qu'il ne l'avait imaginé jusqu'à présent (et en sachant à quel point il avait été défaitiste… Cela n'avait rien de réjouissant.) Elle tourna légèrement de la tête pour regarder par-dessus son épaule. Ses sourcils se haussèrent sur son front en reconnaissant Harry mais, concentrée sur le sort qu'elle était manifestement en train de lancer, elle ne lui signala pas autrement qu'elle l'avait vu.
Harry franchit les derniers mètres. L'air concentré de son amie l'avait un peu rassuré, en fait. Elle n'avait pas le visage strié de larmes, ni un air désespéré qui témoignerait de la situation. Non, comme sa tenue, elle semblait représenter l'allégorie du calme et de la maîtrise.
Tant mieux, pensa-t-il avec reconnaissance, lui était plutôt l'allégorie de la fatigue et du désespoir. Il s'arrêta à côté d'elle. Elle marmonnait quelque chose – du latin, bien sûr – mais ses oreilles sonnaient et il ne parvenait pas exactement à saisir les mots. Des sonorités en -us – protectus ? il eut l'impression d'entendre ? Mais cela pouvait bien être n'importe quel autre mot.
Il se massa distraitement l'épaule de sa main pas blessée. Tendus à l'extrême, Harry savait qu'il ne pourrait pas esquisser le moindre mouvement le lendemain.
Si lendemain il y avait.
Finalement, Hermione baissa le bras.
Elle se tourna vers lui, sembla hésiter puis l'enlaça. Une fois de plus, pensa Harry avec ironie : et cela finirait par devenir une tradition.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il en s'étonnant de le tessiture rauque de sa voix.
Heureusement, elle comprenait parfaitement ce que voulait réellement dire sa question. Harry savait très bien ce qu'il se passait : mais il voulait surtout savoir quelle était l'étendue des dégâts, s'il y avait des pertes, s'il leur prisonnier avait parlé –
Hermione hocha plusieurs fois de la tête. Elle rassemblait ses idées, probablement pour donner à ses explications une cohérence qui leur ferait économiser du temps aux deux.
-Le sorcier a parlé, ils ne sont pas beaucoup – une dizaine. Ça fait des années littéralement des années qu'ils préparent ce coup. On a réussi à contenir les Inferis dans un périmètre restreint. Le problème c'est qu'ils continuent d'en animer – il y a beaucoup de pertes mais on reprend la main – pour l'instant nos amis sont saufs mais Harry –
Elle eut soudain un air extrêmement désolé. Elle inspira un filet d'air tremblant – elle avait déclaré sa tirade sans reprendre son souffle : des moldus disent avoir aperçu leur chef –
-Tu vois ! s'exclama Harry avec triomphe : ça ne peut pas être Tom puisqu'il est –
-Personne n'a identifié cet individu Harry, ça pourrait très bien être un pion savamment placé –
-Il ne pourrait pas avoir orchestré-
-Harry, je sais que c'est difficile, le supplia-t-elle : mais on ne peut pas parler de ça maintenant –
Il baissa la tête :
-Je sais bien.
Elle suivit son geste des yeux. Elle tressaillit soudainement, horrifiée :
-Harry, qu'est-ce qui est arrivé à ta main ?
-Je l'ai brûlée. Je suis le pire des abrutis –
D'un geste assuré qui lui rappela le moment où, dans le train qui les mènerait pour la première fois à Poudlard, elle lui avait réparé ses lunettes, elle tapota sa main de sa baguette.
La douleur disparu presqu'entièrement. Il y avait toujours le souvenir, l'écho de la douleur mais au fur et à mesure des réverbérations, il disparaissait. Harry secoua sa main. Elle ne ressemblait en rien à sa main d'avant le début de la bataille mais, au moins, elle ne semblait plus sortir d'un four. Certaines parties étaient même devenues anormalement blanches.
-Hermione, merci ! déclara Harry, fasciné par la facilité avec laquelle elle venait de l'aider : est-ce que tu as aussi quelque chose pour aider contre la fatigue ? ça devient de plus en plus –
Elle l'interrompit d'un hochement de tête très sec avant de fouiller dans le sac qu'elle avait devant elle. Harry l'avait senti quand elle l'avait enlacé. Elle en produisit un petit flacon d'une couleur rouge :
-Normalement il ne faudrait pas en boire – disons qu'on risque tous d'être exténué demain mais – tiens.
Elle le fourra entre ses mains. Harry se retint de lui faire remarquer qu'il valait mieux être exténué que mort.
Il dévissa le bouchon maladroitement. Sa main, même si elle ne lui faisait (comparativement) plus si mal, était engourdie à l'extrême. Faisant entière confiance à Hermione, ne lui demandant même pas de quoi il s'agissait, il avala la potion d'une traite. Le goût, amer, le fit grimacer.
L'amertume se propagea en lui, palais, gorge – il lui sembla qu'il pouvait même suivre le parcours du liquide dans son intestin – il frissonna tant la sensation était désagréable. Puis, étonnamment, le frisson de dégout se transforma. La sensation d'amertume devint chaleur et elle se propagea dans son corps, ses nerfs et ses muscles à une vitesse stupéfiante.
Harry inspira, ses muscles se détendirent, la douleur battit en retraite. Il inspira une gorgée d'air et la fumée n'entrava plus l'élargissement de ses poumons. Il secoua la tête et plaça ses mains devant lui. La sensation d'engourdissement avait disparue.
-Merci ! s'exclama-t-il en pliant et dépliant ses doigts.
C'était comme si les marques de l'horrible matinée avaient entièrement été effacées. Il se sentait même mieux que lorsque Ron et lui s'étaient rendus au port.
Hermione lui adressa un léger sourire et fourra une deuxième potion entre ses mains :
-Au cas où on est séparé et que tu en ressens encore le besoin mais – Harry, n'en prend que si c'est absolument nécessaire, les effets secondaires sont vraiment violents.
Il hocha de la tête, souriant pour la première fois depuis des heures.
-Bien reçu, capitaine, répondit-il avec humour : bon, quel est le plan ?
Elle lui sourit en retour :
-Il faut qu'on avance, qu'on essaye de réduire la zone des affrontements au maximum.
Ils se mirent en marche, pas tout à fait en train de courir mais sans marcher non plus :
-C'était quoi le sort que tu lançais, en fait ?
-On s'est mis d'accord avec les langues-de-plomb – c'est un sort de protection, théoriquement ils ne pourraient pas sortir de ce cercle. Le problème, c'est évidemment que s'il y en a à l'extérieur… Ils peuvent quand même recréer des foyers d'inferis.
-Comment est-ce qu'on peut le savoir ? demanda Harry, inquiet, en enjambant ce qu'il savait être un corps mais décidant d'en faire abstraction.
-D'autres hélicoptères sont en route, ils vont quadriller le ciel. Il y a aussi des sorciers volontaires sur des balais mais –
-C'est risqué, termina Harry avec finalité.
Hermione hocha de la tête. Il vit le mouvement dans sa périphérie.
Les oreilles d'Harry avaient arrêté de siffler – si bien qu'il entendait à nouveau au loin, l'éclat de voix des affrontements. Rassuré de voir qu'il se sentait mieux, il pressa le pas. La situation était moins désespérée – mais le pire était peut-être encore à venir.
IX. De la distribution des moyens
L'enthousiasme d'Harry ne disparût pas tout de suite. Obstiné, il s'accrocha à son cœur et son esprit – comme une main puissante tenant entre ses mains le fruit de son labeur. Il ne faiblit pas lorsqu'il vit, impuissant, un hélicoptère se crasher contre un immeuble. L'explosion abattit les murs du bâtiment – les débris tombant, une pluie de bitume, sur les moldus postés en contre-bas. Il ne faiblit pas non plus lorsqu'il reconnut le visage d'un auror par terre. Tu es toujours debout, tu es toujours en vie, se répétait-il avec obstination. C'est le plus important – tu pourras sauver d'autres personnes moldus ou sorciers, tu ne peux pas sauver tout le monde, si tu as appris quelque chose de la bataille de Poudlard c'est bien ça –
La douleur recommença à s'infiltrer, insidieuse, en lui. Ses extrémités, d'abord. Ses pieds, qu'il avait oublié grâce à la potion d'Hermione, lui semblèrent vaguement plus lourd. La main qu'il avait brûlée – elle aussi, sembla se crisper dans une position grotesque – une statue représentant une main tenant un objet qui aurait disparu avec le temps, ne laissant qu'une serre figée.
Une petite vibration dans son oreille – sensation désagréable – comme si un insecte s'était enfilé dans les canaux et était prisonnier contre son tympan. Les effets de la potion s'amenuisaient petit à petit, laissant Harry face à ce qu'il était réellement : un sorcier épuisé, blessé, fourbu et défait.
Non, se dit-il catégoriquement alors qu'un nouvel inferius était englouti par ses flammes : pas défait. Il était encore debout. Et ses amis aussi.
Comme attiré les uns par les autres, Harry remarqua qu'ils se rapprochaient les uns les autres au fur et à mesure des affrontements. Ron était entre Hermione et lui et -il voyait du coin de l'œil que chacun de leurs pas les réunissait. Sa gorge était à nouveau obstruée. Il pensa à la deuxième potion qu'il avait dans sa poche. Les effets avaient duré combien de temps, une heure ? deux ? il n'en savait rien mais il avait l'intuition qu'il devait garder cette source d'espoir le plus longtemps possible. Il ne devrait la boire que lorsqu'il n'aurait pas d'autre alternative.
Comme un métronome, chaque temps les rapprochait les uns des autres. Les inferis semblaient abonder plus qu'avant – comment étaient-ils supposés les vaincre tous ? où étaient les sorciers ? Ce qui était frustrant – plus encore que d'être en danger de mort, évidemment, était leur incertitude. Où en étaient-ils ? d'autres mages noirs avaient-ils été arrêtés ?
Harry ne pouvait que l'espérer.
Ron lui lança un regard horrifié. Il le comprit - l'optimisme d'Harry avait encore parlé.
Il avait vu dans leur mouvement un rassemblement, le retour de leur trio. Dans le combat, la douleur, l'horreur, il s'était dit qu'ils se cherchaient. Mais c'était faux, ce n'était pas d'eux que venait ce mouvement.
Aculés, ils battaient tout simplement en retraite.
Ce qui était vrai, c'était qu'ils s'étaient placés dans le même périmètre pour pouvoir se secourir en cas de besoin. Harry savait qu'ils étaient à un stade où chaque être humain pensait d'abord à lui avant d'aider les autres. C'était normal et, en fait, c'était stratégique. S'assurer d'abord de sa survie avant de vouloir prêter main forte garantissait qu'au moins une personne restait en vie. À vouloir sauver à tout prix, on risquait deux morts plutôt qu'un seul.
Et c'était inconcevable pour Harry de faire un tel calcul pour ce qui était d'Hermione et de Ron. Même si cela devait le mener à sa perte – Harry préférait mourir en tentant de les sauver que de les laisser en prétextant un choix stratégique.
Et il supposait qu'il en était de même pour ses amis. Ironique, en sachant qu'il l'avait arrêté moins de vingt-quatre heures plus tôt.
Il s'interdit de continuer ce fil de pensée. Ils l'avaient libéré, c'était le principal.
Harry recula encore d'un pas. Combien d'inferis ? comment était-il possible qu'autant d'eux puisse être encore debout ? Il était en plein mythe de Sisyphe – ou alors¸ les inferis étaient une sorte d'hydre qui était capable de générer trois fois plus d'assaillants dès lors qu'on en abattait un ?
Il n'était plus qu'à trois mètres de Ron – Hermione était plus proche du roux que lui ne l'était. Harry lança un sort, ses muscles se figeait à nouveau dans son corps. Loin d'un effet positif, il se sentait rouillé et lourd – son corps une combinaison de métal plutôt que de chaire souple.
À la va-vite, terrifié, il regarda derrière lui. Il y avait une ruelle étroite.
-Peut-être qu'on devrait courir ?
Ron lança un nouveau sort. Il grimaça en levant le bras – lui aussi souffrait. Harry imaginait qu'Hermione avait eu le temps de lui donner aussi une potion –
-Maintenant ! s'exclama Hermione qui lança son patronus avant de faire volte-face. Harry, plutôt que de viser un seul inferius pour être sûr de le détruire, fit un large demi-arc du bras. Il savait qu'il ne leur ferait pas suffisamment de mal – mais ces quelques secondes devraient leur permettre d'atteindre la ruelle derrière eux.
C'était le moment de prendre des risques. Harry se retourna et se précipita – à coup d'enjambées douloureuses- vers la ruelle. Elle était moins étroite qu'il ne l'avait cru. Une voiture pouvait aisément y passer. Il avait espéré que les inferis, pris dans le goulot, ne puisse passer que l'un après l'autre.
Mais avec un peu de chance, ce serait un cul de sac. Ils pourraient se relayer pour détruire le inferis.
Ou être piégé là jusqu'à ce que leurs forces s'épuisent. Harry ne se sentait plus capable de transplaner, le risque qu'il se désartibule s'agrandissait à chaque sort. Bien sûr, il restait la fameuse potion rouge.
Hermione s'engouffra en premier. Ron et lui hésitèrent, chacun faisant un mouvement pour laisser passer l'autre puis essayant de passer en même temps. Il se sourirent – un sourire crispé qui ne masquait pas beaucoup l'agacement de perdre des précieuses secondes – Harry secoua de la tête et s'élança en premier.
Il y avait des bennes à ordures de part et d'autre. L'odeur était insoutenable – pourriture abandonnée depuis trop longtemps, fumet immonde qui acheva de lui retourner l'estomac. Harry se retourna. Les premiers Inferis les avaient suivis.
Il lança un sort – l'un d'entre eux s'écroula dans le bruissement des flammes.
-C'est un cul de sac, déclara Hermione en pantelant.
-Quelqu'un se sent de transplaner ? répondit Harry en relevant le bras.
L'air tremblait autour d'eux – la chaleur de leur sort se reflétait sur eux. Les nerfs de son bras se réveillèrent – c'était psychologique, bien sûr, sa brûlure avait été largement guérie mais –
Ron lança un sort, Hermione l'imita.
Cela ne faisait aucune différence. Les cadavres se pressaient à l'entrée de la ruelle. Ils débordaient de l'entrée étroite mais ils étaient trop nombreux. Même à trois, même eux, ils ne parviendraient pas à en venir à bout.
-Incendio ! lança Harry, désespéré.
Un autre tomba, mais trois autres se poussaient pour prendre sa place.
-Incendio ! hurla Ron : Incendio ! sa voix se craquela sur la dernière syllabe puis s'effrita.
Hermione ne prononçait pas les sorts, ils étaient moins puissants que les leurs mais geste après geste les inferis tombaient. Pour être immédiatement remplacés.
Ils reculèrent d'un pas. Puis d'un autre.
Paniqué, ils échangèrent un regard. Il viendrait un moment où reculer ne leur servirait plus à rien. Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley allaient mourir dans une ruelle désaffectée du centre-ville. C'était tellement bête et absurde et-
-Dites-moi que l'un d'entre vous a une idée de génie ?
Harry fourra sa main dans sa poche. C'était le moment de boire la deuxième potion, tant pis pour les conséquences – Il essaya de dévisser le bouchon en gardant sa baguette entre deux doigts. Il donna un puissant coup et la fiole lui échappa des mains.
Pour tomber quelques mètres plus loin, au pied d'un Inferis. Qui, évidemment, incapable de réaliser ce qu'il venait d'arriver, continua son inexorable marche.
-Merde ! s'exclama Harry.
La fiole était foutue. Il lui serait impossible de la récupérer. Ils reculèrent encore d'un pas. La chaleur était insoutenable. Une transpiration tropicale rendait ses mains moites, ses cheveux humides-
-Est-ce qu'on essaye un feudeymon ? demanda Ron.
Même Hermione ne répondit pas. L'idée était assurément tentante. Harry se souvenait évidemment de ce qu'il s'était passé dans la salle sur demande. Les torrents de flamme incontrôlables qui avaient envahis la pièce en quelques secondes seulement.
Ils pourraient se libérer des inferis – ils pourraient peut-être s'en sortir, s'ils essayaient. Le problème, évidemment, résidait dans le fait qu'il s'agisse de magie noire (hautement illégale) et qu'il était probable qu'ils ne réussissent pas à le maîtriser.
Le corps de Crabbe englouti par les flammes aurait sans doute été un cauchemar récurrent s'il n'avait pas oublié cet événement (ainsi que toute sa vie) quelques heures plus tard.
-Incendio ! Ron, je pense pas que ça soit une bonne idée –
Les inferis venaient de gagner un nouveau mètre. Le pire, c'était que malgré l'apparence terrifiante de ces cadavres, Harry voyait les humains qu'ils avaient été. Ces personnes âgées qui étaient mortes de causes naturelles et qu'on utilisait comme pantins – ces jeunes fauchés avant l'heure qui se retrouvaient manipulés par des marionnettistes cinglés –
C'était sans doute le pire acte que l'on pouvait infliger à un être humain.
Harry recula d'un pas et tressaillit. Il entendit distinctement, à côté de lui, Hermione gémir. Ils avaient atteint le fond. La ruelle était désormais à moitié remplir d'Inferis – il n'y avait plus que quelques mètres (deux ? trois ?) entre eux et les cadavres.
Il inspira – l'odeur et la fumée lui brûlèrent les narines. Un sentiment de terreur – une terreur bien plus horrible que celle qu'il avait pu ressentir dans la forêt interdite, bien des années plus tôt, le saisit. C'était -c'était le moment. Harry ne voyait pas comment ils pourraient s'en tirer. Trop faibles pour transplanés, trop extenués pour lancer des sorts efficaces, ils ne pouvaient qu'admettre la réalité : c'en était fini.
Les inferis se rapprochèrent encore un peu plus. Par réflexe, Harry saisit la main d'Hermione. Leurs doigts s'entrelacèrent. Elle respirait fort, à côté de lui.
-Je suis tellement désolée Harry ! s'exclama-t-elle, la gorge manifestement nouée : j'aurais aimé que ça se passe autrement –
-Je comprends Hermione, je te jure que vous n'avez pas à vous excuser.
Il lança un sourire (un piètre sourire, un fantôme – une caricature de sourire) à Ron. Il tenait Hermione par les épaules. Il lançait encore des sorts sur la masses informe et pullulante des morts. Ce n'était pas le genre de Ron d'abandonner, même lorsque tout était manifestement perdu. La résignation ne faisait définitivement pas partie de son vocabulaire.
Et Harry pouvait en faire autant. Il ne lâcha pas la main d'Hermione, mais releva sa baguette. Les inferis étaient si proches qu'il pouvait voir les veines bleues qui sillonnaient leurs corps. Des routes de sang noir putréfié. Les corps étaient grotesques – leur nudité obscène – ils se feraient déchirer par cette masse puis seraient laissés, démembrés, par terre. Peut-être même qu'ils ne pourraient pas être identifiés. Que Drago et la femme de Ron enterraient des tombes vides.
Peut-être que Tom arriverait à s'en sortir –
Les mains les touchaient presque. Harry savait que dès qu'elles seraient sur eux, c'en serait fini. Désespéré, il lança un dernier sort.
Il n'avait pas appris de son erreur. L'inferis à portée de bras s'embrasa - les flammes ardentes le touchaient presque – elles lui brûlèrent la rétine – Il se colla le plus possible contre le mur. Un mince filet de protection refroidit l'air. Hermione avait réagi juste à temps pour éviter qu'ils ne soient complètement brûlés.
Ils pouvaient essayer de faire exploser le mur derrière eux et s'engouffrer par le trou ? les débris de l'explosion risquaient de les blesser. Ou l'explosion risquait de ne pas être assez forte. Non, décida Harry.
C'était le moment. Sirius, Remus, ses parents, Dumbledore, ils seraient bientôt réunis. Il aurait juste aimé pouvoir en faire un peu plus, pouvoir sauver ceux qui pouvaient l'être encore, il aurait aimé épargner cette fin idiote à ses deux amis.
Une lueur orangée illumina la ruelle. D'abord si anecdotique qu'Harry aurait pu la prendre pour des phares d'une voiture détruite qui auraient eu un faux contact, elle s'intensifia. Passa de l'orangée d'un feu domestique à l'orangé d'un coucher de soleil. Et finalement elle s'écrasa contre les inferis qui se pressaient dans la rue principale.
-C'est un Feudeymon ! sanglota Hermione en se serrant contre Harry.
Elle avait raison, le torrent de flamme ne pouvait être qu'un sort de magie-noir. Gigantesque, concentré, s'écrasait contre les bâtiments comme un fleuve en crue. Il s'immisça dans la ruelle – un énorme serpent -littéralement- la gueule ouverte, la langue une flamme –
Les inferis à l'intérieur de la ruelle devaient des formes troubles et noires.
Peut-être valait-il mieux mourir brûlé qu'écartelé, Harry supposait. Il pressa son visage contre le crâne d'Hermione, ferma les yeux, c'était la fin.
Il rouvrit les yeux et retourna la tête. Il n'aurait pas dû être capable de formuler cette pensée vu l'allure à laquelle se propageait le Feudeymon. Qui était toujours devant eux – immobile, le serpent dansant légèrement à droite et à gauche – mais immobile.
-C'est quoi ce bordel ? demanda Ron, horrifié.
-Personne ne devrait être capable de maîtriser – commença Hermione mais sa déclaration mourut dans sa gorge.
Une forme – dans les flammes – s'avançait vers eux. Ça ne pouvait pas être un inferius, pensa Harry, il les avait vu rejoindre les cendres, désagrégés par la chaleur. La forme s'avança et émergea du cou du serpent.
C'était une vision sublime, dans un sens. Lord Voldemort – apparemment dans une colère noire – dans un jogging sale, son beau visage tordu dans une grimace meurtrière et –
Les mains et les avants bras maculés de terre –
Sa baguette à la main.
D'un geste théâtral il fit un large mouvement du poignet. Le serpent se désagrégea, lui aussi. Il n'y eut bientôt que des petites particules de braises dans l'air.
Harry Ron et Hermione étaient bouche-bée. Voldemort rompit les quelques mètres qui les séparait. À grand pas, il s'avança vers Harry ne s'arrêtant que devant lui.
Il était si proche qu'Harry devait la tête pour le regarder dans les yeux. C'était peut-être la constatation la plus effrayante mais – mais Harry ne l'avait jamais vu si en colère. Même quand il avait senti que Voldemort avait compris qu'ils détruisaient ses horcruxes, il n'avait jamais -
-Tu m'as fait rompre deux serments, Harry Potter. J'avais juré de ne plus faire de magie noire ni, d'ailleurs, de faire de magie tout court.
Ses mots s'échappèrent de sa mâchoire serrée. Harry lui sourit, essayant de prendre un air contrit.
-Merci mais tout était sous –
-Ne finis pas cette phrase.
C'était tellement étrange de voir – pour la première fois depuis des mois – l'ombre de Voldemort dans le visage de son petit-ami. Il se souvenait parfaitement bien, les premiers mois après qu'ils se soient retrouvés, le côté colérique – les traces sombres qui passaient sur ses traits. Mais avec le temps et – Harry avait quand même envie de le penser – sa présence, ces occurrences s'étaient faites plus rares jusqu'à disparaître. Enfin. Elles n'avaient pas réellement disparues. En fait, elles n'étaient que dissimulée – jusqu'à ce qu'un prétexte suffise pour les faire remonter à la surface.
Hermione était plus pragmatique :
-Où est professeur McGona-
-Quelque part dans Londres. Harry, est-ce que tu es encore en état de te battre ?
D'une façon assez protectrice, il lui saisit la mâchoire pour mieux pouvoir l'examiner :
-Est-ce que tu as brûlé ?
Harry se dégagea, embarrassé. Amusant, ça ne l'avait jamais dérangé, avant. Les excès de Tom l'avaient toujours fait rire. Mais maintenant que ses amis avaient appris sa véritable identité – et surtout vu qu'il se comportait d'une façon si outrageusement flippante.
-Il faut qu'on y retourne, décida Harry en évitant sciemment et le regard de son petit-ami et celui de ses amis : ils ont besoin de –
-Qu'est-ce qui est arrivé au professeur McGonagall – reprit Hermione, d'un ton cette fois bien plus assuré.
Elle avait sa baguette pointée sur le visage de Tom. Ses yeux lançaient des étincelles. Harry était impressionné qu'elle soit capable – après tous les affrontements – d'être encore aussi prompte à l'énervement.
-Professeur McGonagall, va très bien. On peut toutefois questionner sa santé mentale puisque c'est elle qui m'a libérée. De son plein gré, ajouta-t-il en voyant l'air horrifié d'Hermione.
Harry se tourna vers Ron, espérant trouver du soutien auprès de son ami. Il avait l'air au moins aussi estomaqué qu'Hermione.
-Impossible, lâcha-t-il.
Tom leur adressa un sourire satisfait :
-Si vous tenez absolument à régler ça maintenant, je pense que nous risquons de perdre un temps précieux.
-Il a raison, trancha Harry : on pourra toujours vérifier plus tard s'il ment ou pas- pour l'instant la seule chose qui importe –
Ron lâcha un soupire et posa une main (qui se voulait probablement réconfortante) sur l'épaule de son amie :
-Faisons comme ils disent, Hermione. De toute manière je ne pense pas qu'on puisse les empêcher de-
-ça ne me plaît pas du tout.
Son ton avait monté d'une octave ce qui n'arrivait qu'en cas de stresse intense (et donc, un ton qu'Harry associait aux examens de Poudlard).
-Je sais, il essayait de lui faire comprendre que la situation était moins grave qu'elle n'y paraissait. son ton à lui avait peut-être une pointe de calme assez malvenue : Hermione, je te promets, je te jure que s'il est arrivé quelque chose à professeur McGonagall, je serai le premier à réclamer vengeance, d'accord ?
-Ta confiance me rend très heureux, déclara platement Tom.
Mais voyant qu'aucune autre objection n'était levée contre lui, Tom se retourna et s'avança à grand pas vers la rue.
Harry le suivit. Il avait mal partout. Il fit quelques pas difficiles, grimaçant à chaque fois que ses semelles foulaient le sol. La fiole lui revint subitement en mémoire. Le feudémon ne l'avait pas détruite, pas plus que les pieds des inferis qui lui étaient pourtant passés dessus.
Soulagé, il se pencha (avec la même grimace) et saisit la petite fiole entre ses mains. La prendre maintenant serait gaspiller cette ressource inestimable. Il se décida donc à n'en faire usage que lorsqu'il serait à nouveau dans une position critique.
-Est-ce que tu as des nouvelles…sur la situation, je veux dire ?
Tom haussa des épaules :
-J'ai juste entendu un sorcier dire à Minerva qu'elle s'aggravait, mais je n'en sais pas plus. Vous avez dressé –
-Des barrières de protections, oui, répondit Hermione qui s'était avancée pour calquer ses pas sur les siens : si les sorciers qui sont responsables sont dedans, ils ne pourront pas en sortir.
-Et pourtant j'ai pu rentrer sans problème.
Hermione émit un bruit qui indiquait clairement qu'elle réfléchissait :
-Peut-être parce que vous – tu as (elle s'était reprise) du sang anglais.
Il lui adressa un sourire assez mauvais :
-Je pense plutôt qu'elle n'est pas aussi efficace que tu ne le penses. Mais je suis au sommet de ma force, ils sont sûrement épuisés. Même s'ils n'ont fait que de créer des inferis – c'est un procédé complexe et éreintant. Sans parler des les contrôler-
La rue était exactement dans le même était que lorsqu'ils s'étaient engouffrés dans la ruelle :
-Tom, pourquoi ton feu-démon n'a pas tout détruit ?
-Parce que je peux le contrôler, répondit-il simplement.
Le silence était pesant. Plus de bruit d'affrontement, plus le claquement régulier des hélicoptères dans le ciel. C'était on ne pouvait plus impressionnant.
-Où est-ce qu'ils sont ? demanda Harry sans s'adresser à personne. Il avait un mauvais pressentiment. Ce silence était terriblement oppressant, comme s'il n'y avait plus qu'eux, comme si tout Londres était parti en fumée.
Tom fit un large mouvement du bras. Des serpents de fumée jaillirent de sa baguette. Il tourna sèchement son poignet, plaçant le creux de son avant-bras vers le ciel. Les serpents se jetèrent le long de la rue, disparaissant chacun dans les embranchements des rues de Londres.
-C'est légal ? demanda Harry avec circonspection.
Il avait un peu l'impression de voir l'antithèse des patronus. Au lieu d'animaux argentés et brillants, des animaux sombres et enfumés.
-Oui, répondit calmement Tom. Il avait les yeux fermés et tenait sa baguette contre lui, verticalement le long de son torse.
Il les ouvrit brusquement et baissa son bras.
-Deux-cents mètres. Par-là, dit-il en indiquant une rue.
Harry interrogea Ron et Hermione du regard. Ils hochèrent de la tête en même temps, parfaitement synchronisé. Harry inspira :
-Allons-y.
X. De la topographie
C'était la même scène. Comme si Harry lançait encore et encore le même film. Des dizaines et des dizaines d'Inferis, avançant avec l'opiniâtreté des créatures sans libre arbitre. Face à eux, des sorciers et des moldus, tous fatigués, tous horrifiés essayaient de les retenir.
Et par terre, des dizaines de cadavres. Autour d'eux, des immeubles en feu, des voitures carbonisées – retournées.
Harry retroussa ses manches et remit ses lunettes sur son nez. Ironiquement, maintenant que Tom était arrivé-maintenant qu'il se battait à ses côtés, il se sentait beaucoup moins défait. En fait, il avait même la très nette impression que la balance venait de pencher très significativement pour leur camp.
Tom s'avançait à grand pas vers les affrontements. Il ne semblait pas effrayé, il n'y avait strictement aucune hésitation dans sa démarche. Il donnait un peu l'impression de se rendre à un endroit spécifique pour accomplir une tâche précise que personne ne pourrait l'empêcher de faire.
Harry faisait son possible pour garder la même allure que son petit-ami. Mais ses jambes étaient bien plus longues que les siennes et il devait presque courir pour ne pas se faire distancier. Vu la douleur qui se réverbérait dans ses jambes à chaque foulée, c'était de plus en plus difficile.
Un inferius les remarqua. Il abandonna le groupe de ses semblables et se dirigea lentement vers Tom. Harry ne s'inquiétait pas outre mesure : Tom les avait sauvés d'une vingtaine de morts vivants, ce n'était pas un seul et unique Inferius qui risquait de le vaincre.
La chose continuait d'avancer un pas lent après l'autre. Harry s'arrêta :
-Tom, sa voix était hésitante.
Pourquoi le laissait-il avancer comme ça ? Tom donnait presque l'impression de ne pas avoir remarqué qu'il était la cible de la créature.
-Tom ?
Ils continuaient à avancer chacun dans la direction de l'autre. L'un avec une démarche assurée, l'autre chancelant d'un côté et de l'autre, le regard mort – fixe.
Ils n'étaient plus qu'à quelques mètres. Harry leva sa baguette, prêt à lancer le sort lui-même, lorsque Tom leva brusquement son bras.
Avec horreur, Harry vit très clairement la poitrine de l'Inferis se fendre en deux. Un liquide noirâtre déborda de la plaie. Du sang pourri. Le mort ne sembla pas particulièrement handicapé par ce retournement de situation, il n'avait sans doute pas la capacité de remarquer que son thorax était ouvert dans la longueur.
Il se demanda avec horreur ce qu'était en train de faire son petit-ami. Comment rationnaliser de telles actions ? Tom savait parfaitement qu'on ne pouvait pas tuer un Inferius en le blessant.
Sa question ne resta pas longtemps en suspens. De sa main gauche, celle qui tenait sa baguette, Tom lança un sort qui fit reculer l'Inferius de quelques pas – et de la main droite il enfonça sa main dans la poitrine de la créature.
-Putain de merde ! s'exclama Ron qui s'était placé à côté d'Harry.
Harry tressaillit d'horreur – c'était la pire chose, la chose la plus révoltante dont il avait été témoin – du moins jusqu'à ce que la main de Tom ne refasse surface. Son avant-bras était noir de sang. Harry réalisa qu'elle était de la même couleur que lorsqu'il était arrivé dans la ruelle. La main qui tenait sa baguette était effectivement recouverte de terre. Mais l'autre – l'autre avait déjà été maculée de sang.
Et entre ses mains, il tenait le cœur de l'Inferius. Enfin, le cœur de la personne qui avait jadis été un être humain vivant.
L'inferius se releva péniblement. L'absence de cœur n'était donc pas si grave- il pouvait parfaitement se mouvoir sans. Harry vit Tom esquisser des cercles de plus en plus larges autour de sa main qui tenait l'organe. Et il comprit soudainement non seulement ce qu'il était en train de faire mais aussi pourquoi les rues ne portaient pas les stigmates du feu-démon.
Une gerbe de flamme d'une couleur bleue inquiétante embrasait le cœur. Elle devint de plus en plus grande, serpentant autour de l'organe noir – pourri – la forme se précisant au fur et à mesure pour devenir un serpent.
Harry ne voyait pas le visage de Tom. Il lui faisait dos. Il ne savait pas quelles étaient les incantations nécessaires pour la création d'un tel maléfice (il ne voyait pas quel autre mot pour qualifier cette chose). Le serpent de feu se laissa glisser par terre, pris grandit de plus en plus alors que Tom avait laissé tomber son bras le long de son corps.
Le serpent de feu s'élança. Il passa successivement de la taille d'un boa à celui d'un anaconda à celui -bien plus inquiétant – d'un basilic, jusqu'à grandir encore. Il n'en émanait aucune chaleur. À dix mètres de lui, une telle créature aurait pourtant dû le faire transpirer ou lui brûler visage. Les inferis qui se battaient contre les personnes piégées dans la ruelle disparurent en fumée. Le serpent continua sa course passa au travers des sorciers et des divers soldats moldus qui défendaient la rue. Ils suivaient le gigantesque serpent des yeux. Indemnes, il y avait presque quelque chose de miraculeux dans cette apparition enflammée.
Harry comprit la raison pour laquelle Tom avait utilisé ce cœur – d'une façon ou d'une autre, cela permettait de spécifier ce que le feu-démon devait brûler.
Tom était toujours immobile dos à lui. Un mouvement sur sa droite attira son regard. Et Harry vit ce qui ne pouvait être qu'un moldu se précipiter dans la rue. Peut-être sentait-il qu'elle était désormais sécurisée. Il plissa des yeux en voyant l'étrange costume en tweed – son regard glissa sur une baguette.
Son corps réagit sans qu'il n'en prenne conscience :
-Stupéfix ! hurla-t-il.
Le sorcier fut frappé de plein fouet. Il s'écroula. L'adrénaline qui parcourait le corps d'Harry le laissa tremblant. S'il n'avait pas remarqué ce moldu – ce sorcier – il aurait parfaitement pu tuer Tom sans même que celui-ci ne puisse se défendre.
-Il faut qu'on protège Tom ! s'exclama-t-il en se tournant vers Hermione.
Lancer ce sort – contrôler le feu-démon le laissait dans une position terriblement vulnérable. Il était à la merci des attaques. Et nul doute que leurs ennemis devaient être horrifiés de voir que quelqu'un était capable de détruire leur armée aussi facilement.
Combien de meurtres auraient pu être évités si Tom avait été avec eux depuis le début ? Harry secoua la tête, déterminé à ne pas y penser.
Il se plaça aux côtés de son petit-ami. Qui avait, comme il l'avait supposé, les yeux fermés.
Hermione se plaça de l'autre côté :
-Ils vont forcément venir s'ils réalisent qu'on est en train de contrecarrer leurs plans.
Cela ne faisait aucun doute. Et Harry se dit que c'était peut-être une bonne chose. Plutôt que d'aller au-devant de l'ennemi, ils feraient venir l'ennemi à eux.
-Ron, tu peux prendre mon côté ? demanda-t-il : je vais amener ce type au Ministère.
Il désigna vaguement du bras là où le sorcier s'était écroulé. S'il pouvait aussi le mettre hors d'état de nuire, ce serait toujours ça de moins à devoir combattre. Ron hocha promptement de la tête et le remplaça.
À grands pas, Harry s'approcha de la forme. Il s'agissait d'un homme plus âgé qui lui était vaguement familier. Il s'agenouilla et prit le pouls de la figure. Il était faible, mais régulier. Pas de quoi s'inquiéter. Pris de curiosité, il saisit le bras ballant. Il était lourd – l'homme était loin d'être mince. D'un geste brusque, il remonta la manche.
La marque des ténèbres.
Il s'agissait d'un ancien Mangemort. Un sorcier qui avait été présent lors des guerres précédentes mais du côté de Voldemort. Ce qui était bizarre, c'était que la marque des ténèbres était floue et légère. Elle ne ressemblait en rien à ce qu'elle était lorsque Voldemort avait rappelé ses fidèles auprès de lui.
Ils devaient forcément savoir qu'il ne s'agissait pas de Voldemort. Sinon, la marque des ténèbres aurait été nette sur son avant-bras. C'était terriblement étrange.
Il leva la tête. Tom était toujours dans la même position. Quant à Ron et Hermione, ils tournaient autour de lui – vérifiant qu'aucune menace ne tombait sur eux. Harry saisit l'homme, adressa un bref mouvement de tête à Hermione – qui le lui rendit – et transplana.
XI. Des neuf sortes de terrains
Il n'avait jamais vu le Ministère dans une telle effervescence. Et pour cause, il n'y avait manifestement pas que des sorciers anglais. Il reconnaissait les robes favorisées par leurs comparses américains. Il aurait pu en pleurer de soulagement. Si les sorciers de la communauté mondiale se ralliaient pour les aider, ils allaient s'en sortir. Il ne devait juste pas laisser les responsables fuir. Rien ne pourrait les empêcher d'échafauder le même plan pour le réaliser quelques années plus tard.
Harry lança un sort de lévitation. Le corps du sorcier s'éleva légèrement. Il était bien loin du sort de Rogue, qui avait réussi à soulever entièrement Sirius. Mais Rogue n'avait pas passé la journée à se battre contre des inferis. Pressé, il s'élança dans le hall, cherchant désespérément un visage familier. Il fallait qu'il y retourne, il n'y avait aucun doute là-dessus, il n'avait aucunement l'intention de passer plus de temps que ce qui était absolument nécessaire auprès des autres – mais pour ça, il fallait qu'il confie son prisonnier à quelqu'un de sûr.
Mais évidemment, il n'y avait pas la moindre trace d'un visage familier. Harry jura et, luttant contre ses muscles et ses nerfs, se mit à courir. Il allait retourner là où Tom avait été enfermé. Avec un peu de chance, il y trouverait quelqu'un – n'importe qui – qui pourrait le décharger de son fardeau.
Il pénétra dans l'ascenseur avec son prisonnier. Il était ridicule à traîner avec lui un homme allongé. Et d'ailleurs, personne ne semblait trouver cela étrange – au contraire, ils étaient tous si affairés que cette vision ne devait pas sortir de l'ordinaire.
L'ascenseur descendit à une vitesse folle dans les boyaux du Ministère. Si Harry avait eu un peu moins mal il se serait mis à taper du pied par terre. Bien sûr, ils avaient mis des protections anti-transplanage. C'était tout à fait sensé mais bon sang – il aurait pu s'en passer. Les portes s'ouvrirent, il se jeta en dehors de l'ascenseur. Le couloir était vide. Il s'empressa d'avancer, essayant d'ignorer la douleur fulgurante dans ses jambes.
Des bruits de pas résonnèrent. Il s'arrêta : ils venaient dans sa direction et s'il pouvait économiser la moindre énergie et s'arrêter de marcher, Harry était prêt à saisir la moindre occasion. Le claquement des semelles se rapprocha – des talons, il devait s'agir d'une femme.
Luna surgit de l'angle. Elle avait le même air affolé que les autres sorciers, évidemment. La situation n'était un secret pour personne – pas plus pour les sorciers que pour les moldus. Harry se demanda s'il serait jugé responsable. On le jugeait déjà responsable de leur perte de mémoire collective – il avait bien peur que les sorciers décident de le considérer comme responsable de tous leurs maux.
-Harry ? demanda-t-elle, confuse.
C'était vrai qu'il devait avoir l'air étrange, seul dans ce couloir avec ce type inconscient.
-C'est un des leurs, expliqua-t-il rapidement : est-ce que tu peux l'emmener –
La baguette de Luna était devant ses yeux. Il sourit malgré lui. Il reconnaissait bien là son âme de serdaigle : évidemment c'était un très bon moyen de s'infiltrer dans le Ministère – prendre son apparence et un acolyte soi-disant « hors d'état de nuire » et tout le monde le laisserait passer. C'était précisément ce qu'il venait d'arriver d'ailleurs.
-Qu'est-ce qui sortait de l'ordinaire quand tu m'as demandé d'aller à la soirée de Slughorn ? demanda-t-elle de sa voix fluette mais admirablement calme.
Harry lui sourit. Il se remémorait parfaitement la scène :
-J'avais un sourcil jaune, non ? je sortais de je ne sais plus quel cours –
Luna avait déjà baissé sa baguette. Harry se fit la réflexion qu'il ferait peut-être bien d'en faire de même. Questionner Luna – après tout, pourquoi était-elle là plutôt qu'avec sa fille, et surtout qu'elle porte des talons était relativement inhabituel-
Il regarda ses chaussures. Les talons n'en étaient pas réellement : quelques centimètres à peine. Des chaussures que Luna pourrait tout à fait porter sans que cela ne soit inhabituel.
-On en a capturé un autre, est-ce que tu peux t'en occuper ? Il faut absolument que j'y retourne.
Elle hocha tranquillement de la tête et, d'un coup sec de baguette, reprit la lévitation d'Harry. Il bougea automatiquement son épaule, content de voir cette charge magique disparaître.
-J'y vais Luna- je pense qu'ils ont réellement besoin de moi-
-Bien sûr Harry, je te rejoins dès qu'il sera entre de bonnes mains.
Elle lui adressa un faible sourire auquel il répondit. Il essaya d'intimer son cerveau d'arrêter de cataloguer le visage de ses amis – ils n'étaient pas (encore) morts, le défaitisme ne leur serait d'aucune utilité, il ne pouvait pas se permettre ce genre de pensées –
Il se retourna et avança à pas torturés vers l'ascenseur.
XII. De l'art d'attaquer par le feu
Une fois à nouveau dans l'atrium, il fut frappé de voir à quel point les sorciers semblaient encore plus paniqués qu'avant.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il en arrêtant une sorcière.
Elle regarda sa main, qu'il avait accroché à son bras, avec terreur. Gêné, Harry la lâcha :
-Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il une nouvelle fois, sa voix une plainte.
-Il est- il est de retour-, souffla la sorcière avec effroi.
Inutile de demander plus de précision. Soit Tom faisait définitivement des siennes (un feu-démon gigantesque à l'allure de serpent, par exemple) soit… soit Olivia s'était décidée à se montrer. Harry se précipita vers les stations de transplanage.
Il se remémora la rue, les décombres sentit son corps- il arrêta. Non, c'était dangereux et idiot de faire ça. Il allait plutôt transplaner dans la ruelle où Ron, Hermione et lui avaient failli mourir. C'était bien plus sensé. Il ne risquait pas de se prendre un sort venant d'un allié – en plus, il pourrait faire une entrée discrète. Suivant la situation, c'était sans doute pour le mieux.
Il vérifia la présence de la fiole rouge dans sa poche : elle n'avait pas bougé. Harry inspira et, se rappelant de la ruelle dégoutante qui devait être maculée de cendre, transplana.
Il se courba en deux, à bout de souffle. C'était un acte banal, il transplanait plusieurs fois par jour, il n'avait même plus de nausée, mais l'exercice était infiniment plus difficile dans son état. Il souffla. Il n'entendait strictement rien –
Si Tom avait réussi, ils ne devraient plus à s'inquiéter d'inferis. C'était déjà ça. Le problème, c'était qu'il risquait de se trouver face à des sorciers en pleine forme. Dont les forces auraient été économisées. C'était loin d'être son cas.
Il se releva péniblement et se mit à avancer. Il n'entendait rien – le silence était total. L'inquiétude le saisit violemment- cela ne présageait rien de bon. Instinctivement, il se baissa. Il continua à avancer, le dos courbé, dans la petite ruelle.
Arrive à son entrée, il se colla contre le mur et regarda dans la rue. Il n'y avait plus rien. Bon sang, il ferait mieux d'aller chercher sa cape. Mais elle se trouvait hors du périmètre et Harry n'avait plus la force d'aller la chercher. Il ne pourrait pas en sortir- et même s'il y parvenait par miracle, il ne pourrait jamais rentrer dans la zone à nouveau.
Il n'avait aucune envie de finir désartibulé sur le trottoir. Mais la rue était déserte. Tom, Ron et Hermione s'étaient trouvés plus loin, décida-t-il pour étouffer son angoisse.
Toujours baissé, il se mit en marche. Il essayait de courir, le plus discrètement possible, rasant les murs pour se faire discret. Il regardait désespérément autour de lui, craignant de tomber sur un autre sorcier. Au sol, il n'y avait plus que les cadavres humains- tous les Inferis avaient dû brûler par les flammes du Feu-Démon
Excellent moyen de se débarrasser des preuves. Sauf pour ce qui était des preuves filmées qui étaient probablement diffusées aux quatre coins du monde. Les sorciers américains allaient regretter de les avoir aidés après un tel fiasco.
Toujours rien – se faufilant entre les carcasses des voitures, Harry était aux aguets. Il ne pleuvait même pas – une rareté pour Londres en ce mois. Les nuages, épais (ou n'était-ce que de la cendre ?) formaient un brouillard de plus en plus opaque. Harry se fit ensuite la réflexion que c'était probablement un sort qui avait formé cette masse lourde et dense. Il arrivait quand même à voir quelques mètres devant lui –
Mais les sons étaient comme engloutis par les nuages qui devenaient définitivement plus foncés à mesure qu'il avançait. Harry se fit la réflexion que cela voulait forcément dire qu'il approchait du lieu des affrontements – ou plutôt de là ou se passait l'affrontement final.
Il s'avança encore – grimaçant, la main tenant obsessivement le flacon. Les nuages devinrent trop épais pour qu'il y voie le moindre mètre devant lui. Il se colla contre un mur, décidant de se laisser guider par les contours familiers des rues Londoniennes.
Anxieux, la mâchoire serrée, il fit encore quelques mètres. Baguette levée, genoux fléchis – une position qui pourrait être celle d'un prédateur s'il ne se sentait pas si vulnérable. Et soudain, comme si le brouillard avait été un mur chargé de le désorienter – il disparut. Harry venait de passer de l'autre côté.
Il s'arrêta instinctivement, l'estomac serré, et se plaqua entre une voiture et un mur. La scène devant lui lui retourna le ventre mais il s'intima de résister à ses instincts qui étaient de courir immédiatement au centre du drame. Car cela ne pouvait être qualifié que par ça –
Il avait débouché sur un gigantesque carrefour. Des bus Londoniens étaient renversés – des corps de civils, de militaires et de sorciers gisaient pêle-mêle. Au centre du rond-point, là où se trouvait une statue – échouée sur le trottoir – se dressait une personne Elle ne lui tournait pas complètement le dos à Harry, étant de trois-quarts. Autour de la statue, une dizaine de sorciers – tous masqués (mais pas de la même manière que les Mangemorts d'autrefois) faisaient le guet. C'était un miracle qu'ils n'aient pas remarqué la soudaine apparition d'Harry.
Cette situation aurait eu de quoi l'horrifier, bien sûr. Mais ce n'était rien par rapport au reste de la scène. Ron était allongé par terre – il se tenait sur ses coudes, en vie. Mais il lui manquait manifestement une jambe il avait les yeux rivés sur la figure centrale. Hermione était allongée à côté de lui. Vivante ou morte, Harry ne pouvait pas le déterminer, pas de là où il se tenait. Matthew se vidait de son sang quelques mètres plus loin, une entaille au niveau de la poitrine.
Harry dut retenir un gémissement – car le pire, le pire -
Tom était debout face à leur chef. Un air de surprise horrifiée lui barrait le visage, une expression si étrange pour lui qu'Harry essaya de comprendre –
Enroulé le long du socle de la statue se tenaient deux gigantesques serpents. De quelle espèce étaient-ils ? C'était forcément des serpents magiques – ou alors, ils avaient été augmentés grâce à la magie. Une chose était certaine, il n'y avait rien de naturel dans leur couleur rouge et noir et leur gueule béante.
Les pensées d'Harry s'emboutissaient dans son cerveau. Il suffisait d'un mot de Tom, d'un ordre – et ces serpents se retourneraient contre le prétendu Voldemort. Il était le dernier descendant de Serpentard, ils lui obéiraient fatalement – d'ailleurs, comment faisait le faux Voldemort pour les contrôler ?
Un élément dont il n'avait pas réussi à faire sens mais qui expliquait la raison pour laquelle les serpents lui obéissaient et surtout pourquoi Tom semblait être sur le point de se rendre lui frappa l'esprit. Il y avait une forme singulièrement menue dans les bras du mage noir. Un enfant, les yeux fixes, la bouche ouverte.
Le fils de Tom.
Bon sang, pensa Harry, évidemment c'était pour ça que l'assaut avait eu lieu ce jour-là. Le faux Voldemort avait trouvé le moyen de parfaire l'illusion. Un garçon d'à peine 5 ans n'arriverait pas à se défendre face à un imperius – et ça lui donnait la capacité de parler aux serpents. Voilà pourquoi les sorciers du Ministère étaient persuadés du retour de Voldemort.
Tom était visiblement tiraillé : Harry savait qu'il pouvait venir à bout de ces sorciers – et le mage noir qui prétendait être Voldemort le savait aussi.
En plus d'être l'interprète idéal, Tom junior était, en fait, aussi un excellent otage.
Précipitamment, sentant qu'il n'aurait que peu de temps pour agir, Harry sortit le flacon de sa poche.
Tom prit sa décision – une horrible décision – (parce qu'Harry sentait que chaque seconde avait désormais une importance capitale), il jeta sa baguette par terre.
Il avait la preuve formelle que Tom Riddle avait définitivement changé. Il faisait le choix du sacrifice, le même que sa propre mère avait fait, quelques vingt-sept ans plus tôt.
Harry avala le contenu de la fiole et, ne laissant pas le temps à son corps d'assimiler la potion, se releva brusquement de sa cachette.
-Stupéfix ! hurla-t-il en pointant sa baguette sur le mage noir.
D'un réflexe assez impressionnant, le mage noir parvint à bloquer son sort – au détriment de sa prise sur l'enfant – qui tomba lamentablement du socle se rapprochant à une vitesse affolante du sol- jusqu'à rester en lévitation à quelques centimètres des pavés de la rue.
Harry tourna la tête : Tom était accroupi, sa baguette à nouveau dans les mains. D'un geste qui dénotait la maîtrise du sort en question, une protection argentée se forma autour du corps de l'enfant. La même qui avait protégé Nagini pendant la bataille de Poudlard.
L'attention d'Harry fut happée par le sort de couleur verte qui zigzaguait dans sa direction. Il l'évita de justesse et en envoya directement un autre. Il n'avait pas beaucoup de temps- il savait bien que l'effet de la potion ne durerait pas suffisamment longtemps pour qu'il ait le loisir de laisse le combat s'éterniser. Rassemblant toutes ses forces, motivant son esprit en se persuadant qu'ils y étaient presque il leva sa baguette, et jeta sorts sur sorts.
Un hurlement retentit : les deux serpents s'étaient retournés contre le mage noir. L'un tenait sa jambe – l'autre son bras. Une joie vindicative s'empara d'Harry : c'était ça, d'avoir cru qu'il ou elle pouvait maîtriser des animaux dont l'allégeance ne se tournait que vers ceux de leur sang !
Les sorciers masqués semblaient avoir compris qu'ils n'avaient plus l'avantage – certains d'entre eux essayaient de s'enfuir en courant. Mais la brume autour du carrefour – celle dans laquelle Harry aurait très bien pu se perdre et arriver trop tard – était petit à petit en train de se transformer en une masse grouillante de serpents – de toute tailles. Emmêlés les uns avec les autres, plus Harry regardait cette fumée plus il lui semblait qu'il y en avait.
Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qui en était l'auteur.
-Stupéfix ! hurla-t-il en dirigeant sa baguette sur l'un des sorciers. Il le toucha de plein fouet dans le dos.
Un autre à côté avait tout de même essayé de s'enfuir à travers la brume. Il était désormais suspendu par le cou et les bras, ses membres maîtrisés par les serpents.
Harry se retourna vivement : en plus de la brume, Tom lançait enchaînait les sortilèges, tous d'une violence terrifiante. Et pourtant, ils étaient tous encore en vie. Maîtrisés, blessés (pour certains) mais en vie. Un sourire – complètement absurde vu les circonstances trouva tout de même le chemin de ses lèvres. Il n'aurait jamais pensé se battre avec Tom plutôt que contre lui.
Les effets de la potion se dissipaient. Les douleurs qui le rongeaient secrètement – sous l'effet euphorisant et énergisant de la potion – refaisaient surface.
-Expelliarmus, hurla-t-il
Une baguette vola dans sa direction – il ne prit même pas la peine de l'attraper, se contentant de l'écraser en avançant. Le nombre des sorciers réduisait à chaque seconde. Harry se demanda combien d'entre eux avaient cru qu'il s'agissait réellement de Voldemort. Qu'ils suivaient effectivement du plus grand mage noir de tous les temps.
Sans réaliser qu'ils se feraient maîtriser (laminer) par lui.
Autour de lui, les corps des victimes et quelques sorciers dans divers états de blessure. Plus aucun d'entre eux n'étaient debout.
-Arrêtez-les ! hurla-t-il aux sorciers du Ministère – Shacklebot, qu'il n'avait pas encore remarqué, était resté en retrait. Il se précipita auprès de ses amis.
Matthew, d'abord. Il s'agenouilla à côté de lui, pris son pouls en sachant pertinemment qu'il n'y en aurait plus. Il pensa à son frère dont il avait souvent parlé, et qu'il ne reverrait jamais plus. Encore une famille brisée.
Combien y en avait-il ce soir ? Il y avait tant de cadavres – combien de milliers de personnes avaient perdu la vie ? Auraient-ils pu prévenir une telle catastrophe ? Il repoussa ces pensées et se précipita vers Ron et Hermione.
Ron était toujours conscient. La baguette à la main, il essayait de faire un garrot contre sa jambe. S'il avait cette présence d'esprit, c'était qu'il ne devait pas être si mal en point. Hermione.
Elle était livide mais sa bouche entrouverte lui donna bon espoir. Ron leva un regard horrifié vers lui :
-Elle est juste inconsciente. Il faudra l'emmener à Sainte-Mangouste mais –
-Merci. Est-ce que je peux t'aider ? demanda précipitamment Harry.
Ils étaient des sorciers, il devait bien exister un moyen pour rattacher un membre à son corps, non ?
-Harry, je pense qu'il y a plus urgent – Ron ne regardait plus ni sa jambe ni son ami.
Harry se retourna brusquement – manqua de tomber tant son équilibre était précaire, accroupi sur la plante de ses pieds.
Le mage noir était à terre. Le capuchon était tombé, révélant le visage d'Olivia. Harry ne la connaissait pas du tout – en fait, il ne l'avait vue que deux fois mais elle avait toujours eu un air enjoué (complètement factice, il le réalisait maintenant) – qui contrastait avec son air terrifié. Tom était devant elle – sa baguette pointée sur sa poitrine.
Il lui tournait le dos.
Harry ne doutait pas un instant de l'instinct qui soufflait en lui. Le sort le plus grave, les deux mots interdits étaient probablement derrière sa mâchoire serrée.
Il s'élança. Les effets de la potion avaient indéniablement disparu. Il n'allait pas tarder à tomber de fatigue, lui aussi. Peut-être était-ce ce qui était arrivé à Hermione. Elle avait sûrement bu cette potion, elle aussi.
Il voulait appeler Tom, lui intimer de se retourner, lui faire comprendre que sa seule chance de pouvoir échapper à la prison c'était de se présenter en tant que sauveur. Il ne fallait pas qu'il donne aux sorciers la possibilité de le voir comme un mage-noir dépité qu'on ait pu usurper son identité.
Mais Tom se tourna pour le regarder.
Il était indéniablement en colère mais – mais il n'y avait pas d'éclat meurtrier dans ses yeux. En fait, il semblait surtout fatigué - voir préoccupé.
-Je te la laisse, Harry.
Harry s'avança, surpris. Tom hocha de la tête en le voyant sur pied – et se mit à courir littéralement auprès de l'orbe argentée qui scintillait toujours aux pieds de l'estrade. Il pointa sa propre baguette sur Olivia – si c'était réellement son nom.
Il fallait que quelqu'un le remplace parce qu'il ne pourrait pas tenir longtemps avant de s'écrouler. Autour de lui, de plus en plus de sorciers et de moldus s'affairaient. Les sorciers étaient maîtrisés et des aurors transplanaient en les emmenant avec eux.
Harry vit une masse de cheveux blonds familière. Elle se détacha de la foule et il vit, pour la première fois depuis des heures, Drago Malfoy s'avancer vers lui. Une plaie lui barrait la joue, preuve qu'il n'était pas resté inactif. Il craignit un instant qu'il ne s'approchât de lui pour l'arrêter en prétextant que le laisser sortir avait été une mauvaise idée. Hermione ne serait pas là pour le défendre.
La bouche de Drago se tordit dans un rictus qui n'était qu'exacerbé par sa blessure.
-Je peux te remplacer, déclara-t-il finalement, après avoir ouvert la bouche plusieurs fois sans succès : je ne veux pas t'offenser, Potter, mais tu as l'air d'avoir besoin de t'asseoir.
Harry aurait pu l'enlacer. Il hocha promptement de la tête et s'approcha de Tom qui était en train de tendre la forme – inconsciente – auprès d'un autre sorcier. Probablement un médico-mage, pensa Harry.
C'est avec une certaine pointe de d'attendrissement qu'il vit Tom suivre des yeux le sorcier qui tenait son fils. Quelle pensée folle, tellement absurde.
Quelques pas de plus et il était à côté de lui :
-Je crois qu'il faut que je rentre- tu viens ?
Tom l'enlaça violemment. Harry se laisse couler contre lui – se ressaisit aussitôt. S'il se laissait trop aller, il risquait de s'endormir en quelques secondes. Après la journée qu'il venait de passer, Harry préfèrerait nettement s'endormir dans son propre lit.
Il se dégagea donc légèrement. Il s'attendait à ce que Tom ait un mouvement pour le retenir mais, au contraire, son regard semblait tourné vers l'une des rues qui menait au carrefour.
Harry allait lui demander s'il pouvait le transplaner chez eux (il ne s'en sentait réellement pas la force) lorsqu'un auror (Mackenzie Floopert, si la mémoire d'Harry était bonne) s'approcha d'eux.
-Nous aurions bien besoin de votre aide –
Tom lui lança un regard foudroyant :
-Je me fous royalement de vous aider, vous et votre incompétence – il y a forcément des gens blessés dans les immeubles. Je vais voir si je peux être utile à ce niveau-là, je suis médecin.
Il chercha une dernière fois le regard d'Harry et – voyant que celui-ci allait bien si ce n'était son état de fatigue – se détourna brusquement.
Harry le regarda partir le sourire aux lèvres. Sans remarquer le militaire à côté de lui, un jeune homme d'environ vingt ans, qui tenait encore son téléphone devant lui.
Réponse au commentaire anonyme :
Guest : Merci beaucoup pour le commentaire 😊
J'arrive pas à croire qu'il ne me reste plus qu'un chapitre à faire et j'aurai ENFIN terminé cette fanfiction ! omggg j'en verserais presque une petite larme.
Toutes mes excuses pour la qualité douteuse du chapitre. J'ai vraiment essayé de faire mieux – impossible. C'était déjà sacrément dur d'écrire ce machin haha ! Mais c'est FAIT hahahah!
