Bonjour/Bonsoir à tous !

Comme promis, il y a de cela plusieurs mois, me voilà de retour avec une nouvelle traduction. Bien évidemment, j'ai l'accord de l'auteure originale, Cheryl Dyson, pour publier cette traduction et, si vous comprenez l'anglais, allez lire sa version qui sera de loin bien meilleure que la mienne. La fic comprend 19 chapitres et j'ai déjà traduit le deuxième. Par simplicité pour moi, je posterais chaque samedi jusqu'à ce que je termine le travail de traduction et peut-être, par la suite, deux fois par semaine. Je verrais comment est reçue cette trad :)

Comme l'indique le classement M de la fic, attendez-vous à ce que l'histoire aborde des thèmes adulte (sexe, violence, scène qui pourrait choquer, etc...)

Le lien pour la fic originale de Cheryl Dyson est mentionné sur mon profil.

Sur ce, bonne lecture !


Chapitre un

Partie un

13 Juin 2005 – Lundi

Le bruit de leurs pas claquait sur le trottoir, quelque peu étouffé par la pluie battante. Draco pensa que le son était confiant et décidé et qu'il n'avait rien d'hésitant ou de nerveux. Bien sûr, ce n'était qu'un son, aucune émotion ne pouvait y être associée et pourtant, cela le réconforta d'une certaine façon.

« Tu es sûr de toi ? »

Les traits de Blaise étaient flous à cause du sort d'Imperméabilité qui entourait tout le haut de son corps mais Draco parvint à imaginer le regard sombre que lui jetait son ami, malgré le torrent de pluie qui les séparait. Il sourit et ses pas ralentirent.

« Ne le suis-je pas toujours ? »

Blaise calqua son rythme à celui de Draco.

« Je te l'accorde mais cette fois, c'est dingue. »

« Eh bien, tu sais la folie accompagne ma famille depuis de longues années. »

« Ce n'est pas drôle. »

Draco lui frappa légèrement le bras. Blaise ne grimaça même pas. Blaise ressemblait à une statue de marbre, c'en était presque ridicule.

« Oh, détends-toi ! On va bien s'amuser ! »

Il se tourna et s'éloigna mais les doigts de Blaise saisirent sa manche.

« Draco- »

Draco lui offrit un regard de travers, rencontrant celui de Blaise, inquiet, par-delà le sort.

« Blaise. Fais-moi confiance. Je sais ce que je fais. »

Blaise lâcha sa manche en soupirant.

« Je viendrais te voir à Azkaban. »

Le sourire de Draco revint alors qu'il reprenait son chemin vers l'entrée.

« Tellement de scepticisme ! Je pourrais m'y noyer ! »

Il adressa un signe de la main amical à Blaise et s'avança vers sa destinée.


Les pas de Draco résonnèrent sur toute la longueur de l'Atrium. L'endroit ne bourdonnait pas particulièrement d'activité et c'était exactement pour cette raison que Draco avait choisi cette heure : 13h15. La plupart des employés devait être de retour dans leurs bureaux, léthargiques après avoir englouti leurs déjeuners et peu enclins à se remettre au travail. Il y avait bien quelques membres du Ministère qui naviguaient autour de lui mais les grimaces qui déformaient leurs traits étaient plus dues aux revers de leurs robes trempés par la pluie qu'à une réelle reconnaissance de son visage. Cela faisait des années qu'il n'avait pas mis les pieds au Ministère. Plus depuis son procès fatidique, en fait. Cela faisait presque dix ans.

Quand il atteignit le comptoir de sécurité, il retira son chapeau et le laissa tomber sur le bureau.

« Tenez ceci pour moi, voulez-vous, Miss Dearborn ? J'y tiens beaucoup, j'aimerais le récupérer. »

La sorcière aux cheveux ébouriffés cilla plusieurs fois en le regardant et posa le parchemin qu'elle examinait. Elle fronça les sourcils.

« Est-ce que je vous connais, monsieur ? »

« Probablement pas mais ce sera le cas dans quelques instants. »

Draco déposa sa baguette sur le dispositif d'analyse et l'observa vibrer. Un morceau de parchemin en sortit et elle le prit.

« Frêne. Trente-et-un centimètres. Crin de centaure. En activité depuis... six mois ? Est-ce correct ? »

« En effet. J'ai eu un incident avec ma baguette précédente. Accident de balai. C'était spectaculaire. J'ai presque péri. Ma jambe s'en est remis, Merlin merci, mais ma baguette était irrécupérable. Quelle tristesse. »

« Voulez-vous vous placer sur le scanner, s'il vous plaît. »

Elle indiqua un carré sur le sol, délimité par des lignes jaunes brillant faiblement.

Draco hocha la tête en détachant sa robe mouillée pour l'enlever. Il la déposa près de son chapeau sur le comptoir, ignorant complètement le regard noir de miss Dearborn, et se déplaça sur le carré. Il tendit ensuite ses bras devant lui et croisa ses poignets, comme dans l'attente de l'apparition de liens.

Deux battements de cœur plus tard, l'Atrium s'illumina comme un sapin de Noël. Des lumières clignotèrent, des alarmes s'activèrent, la sorcière de l'accueil hurla et se cacha sous le comptoir de sécurité et trois Aurors apparurent aux côtés de Draco, leurs baguettes tendues vers lui pour le menacer.

« Draco Malfoy ! » un d'eux cria par-dessus le vacarme, « Tu es en état d'arrestation pour... eh bien, pour tout un tas de crimes ! Fraude, cambriolage, tentative de meurtre, chantage, corruption- »

« Oh, arrêtez, vous allez me faire rougir. Si vous ne voyez aucun inconvénient à ce que je vous interromps, j'aimerais parler à Kingsley Shacklebolt. Immédiatement. »

« Tu aimerais, hein ? Nous verrons s'il souhaite écouter ce que tu as à dire. En attendant, on va te mettre en cellule. »

L'Auror, un homme dont Draco se souvenait vaguement de ses jours à Poudlard – ancien Gryffondor, à n'en pas douter – attrapa rudement son biceps. Draco siffla.

« Doucement ! C'est un original d'Endovanera ! Il n'a pas été conçu pour la bagarre et coûte probablement plus cher que votre salaire annuel. Hershberger est un créateur de génie, vous ne pensez pas ? »

L'Auror lui adressa un regard stupéfait mais le lâcha et lança à la place un sort de Restriction. Des anneaux de métal apparurent autour des poignets de Draco, brillant d'une lueur argentée inratable. La baguette de l'Auror pointa soudainement en direction de l'ascenseur.

« Rentre là-dedans et ne tente rien ou tu seras pétrifié avant même d'avoir pu cligner des yeux. »

Draco lui offrit un sourire condescendant et entra de lui-même dans l'ascenseur. Les trois Aurors le suivirent sans tarder, même s'il était évident qu'ils auraient préféré le découper en morceaux plutôt que de l'escorter. Il secoua tristement la tête. Tellement d'animosité. Qu'avait-il bien donc pu leur faire ?


Les sourcils roux de Ron adoucissaient presque son regard bleu perçant qui poignardait Draco de l'autre côté des barreaux.

« Qu'est-ce que tu prépares en débarquant ici comme ça ? »

Draco croisa une jambe par-dessus l'autre et ajusta les plis de son pantalon gris. L'ourlet était légèrement humide au-dessus de ses chaussures de designer. Il aurait probablement dû utiliser un sort d'Imperméabilité mais il avait toujours pensé que porter un chapeau en plus de ce sort était quelque peu redondant. Il préférait être mouillé que ringard.

« Je veux seulement parler à Kingsley Shacklebolt, Weasley. Au cas où ils aient oublié de transmettre le message. »

« Je suis l'Auror en Chef ici et tu me parleras, que tu le veuilles ou non. »

« Auror en Chef. » se moqua Draco.

Weasley fonça droit dans le mur.

« Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? »

Draco lui adressa un regard énigmatique et examina les entraves autour de ses poignets. Elles n'étaient pas particulièrement serrées, ce qui était en soi une surprise conséquente. L'Auror – Finnigan, le nom était finalement revenu à Draco – n'avait apparemment pas autant de raison de le haïr que tous les autres.

« On a assez d'éléments contre toi pour te jeter à Azkaban et balancer la clé dans la mer ! »

« Tais-toi, Weasley. »

Draco appuya sa tête contre le mur de pierre derrière lui et ferma les yeux.

« Et préviens-moi quand Shacklebolt arrivera. La journée a été longue et je suis assez fatigué. »

Il attendit que Weasley réponde mais il n'entendit qu'un juron marmonné puis des pas énervés alors qu'il s'éloignait.

Une bonne heure plus tard, Draco fut tiré de sa cellule par deux nouveaux Aurors, une femme au visage fermé et son collègue baraqué. Sans un mot, ils le firent entrer dans l'ascenseur, direction le niveau dix. Draco ne pensait pas qu'ils avaient eu le temps de réunir le Magenmagot, il ne fut donc pas surpris lorsqu'ils dépassèrent l'ancienne salle d'audience mais qu'ils se dirigèrent plutôt vers une porte en métal plus loin dans le couloir. À l'intérieur, une table en pierre solitaire au centre de la pièce avec un tas de dossiers empilés dessus et quelques chaises en bois qui semblaient fort peu confortables. Une seule d'entre elles était disposée à gauche de la table et toutes les autres étaient éparpillées de l'autre côté. Ron Weasley se tenait debout près de l'une d'elles et Quentin Quartermain – le Sous-secrétaire du Ministre – attendait près d'une autre.

Les Aurors poussèrent Draco sur la chaise isolée, détachèrent les menottes d'un sort pour les rattacher aussitôt aux accoudoirs du siège. Draco sourit.

« Est-ce réellement nécessaire ? Je ne prévois pas de renverser la table et d'étrangler Weasley, même si c'est très tentant. »

Quatermain adressa un signe de tête aux Aurors qui partirent. La porte claqua derrière eux et Quatermain s'assit. Il était grand, à l'allure soignée, avec des cheveux argentés soigneusement taillés, des yeux bleus perçants et un nez un peu crochu.

« Draco Malfoy. Voulez-vous nous expliquer pourquoi vous avez passé ces portes pour vous livrer ? Vous êtes un criminel recherché depuis très longtemps. Plutôt bien placé dans la liste des Plus Recherchés du Département de la loi magique, si vous ne le saviez pas. »

« Votre liste. » renifla Draco « On en parlera plus tard. Je ne suis pas là pour m'entretenir avec des sous-fifres. Où est le Ministre ? »

Quatermain sourit froidement ce qui rappela à Draco, d'une façon plutôt désagréable, son propre père.

« Le Ministre ne peut pas être dérangé pour de simples petits criminels tels que vous. »

« Simple petit criminel qui a une bonne place dans la liste des Plus Recherchés, si je me souviens bien ? »

« Peu importe, nous ne dérangerons pas Kingsley avec votre stupide requête. »

Draco haussa les épaules.

« Vous serez donc responsable. Un certain désagrément se rapproche de vous, il serait judicieux de votre part de prendre quelques précautions. Mais si vous préférez repousser un bon conseil quand on vous le tend... »

« Quel genre de désagrément et quelle sorte de précautions ? »

Draco lui offrit un sourire narquois.

« On dirait qu'on a un problème. Je crains ne pas pouvoir tout vous raconter. Je parlerais seulement à Shacklebolt ou Potter. »

Weasley, qui s'était avachi sur une chaise à côté de Quatermain, fit un son dédaigneux.

« Ouais, bien sûr. J'aurais dû me douter que tu avais une idée derrière la tête. »

« Auror Potter est en congé sabbatique pour raison personnelle. »

« Il reviendra quand il entendra ce que j'ai à dire. Allez le chercher, j'attendrais ici. »

Weasley lâcha un rire presque semblable à un aboiement.

« Tu rêves, Malfoy. On ne va chercher personne. Tu vas nous parler et tu vas le faire maintenant. »

Il sortit une fiole de sa robe d'Auror et la plaça sur la table.

« Véritasérum ? Vraiment ? Je n'ai même pas été officiellement arrêté. »

« Nous avons assez de preuves pour justifier une interpellation et un interrogatoire. » contra Quatermain.

« Une interpellation ? Je me suis présenté de mon propre chef. Je suis ici pour vous proposer un arrangement qui vous sera autant bénéfique qu'à moi bande d'idiots. »

« Le seul arrangement qui te sera bénéfique, Malfoy, est la prison à vie. » railla Weasley en se levant et en attrapant la fiole.

« Passons-nous désormais les procès pour sauter directement aux condamnations? » demanda Draco en fronçant les sourcils en direction de Quatermain, « Je suis déçu, monsieur le Sous-secrétaire. »

« Ouvre, Malfoy. » dit Weasley.

Draco envisagea de résister mais, vu la tension dans la posture de Weasley, il s'attendait à ce que Draco agisse exactement comme ça. Il était sûrement impatient d'écarter de force les mâchoires de Draco. En levant les yeux au ciel, Draco pencha sa tête en arrière et ouvrit la bouche. Le Véritasérum avait un goût horrible. Il n'avait même pas besoin de l'avaler pour qu'il soit efficace. En quelques secondes, il pouvait déjà sentir la potion engourdir sa langue et enrouler ses doigts chauds autour de son cerveau.

Détends-toi, se dit-il, ne te laisse pas submerger. C'était prévisible.

Weasley se rassit.

« Mens. » ordonna-t-il, « Quand je te le demanderais, réponds-moi que tes yeux sont orange. De quelle couleur sont tes yeux ? »

« Ora- gris. » éclata la réponse, sans même qu'il n'ait pu la retenir.

« Génial. »

Weasley se pencha vers la pile de dossiers et ouvrit celui du dessus.

« Est-ce que tu connais Jameson Newark ? »

« Personnellement ? Non. »

« Mais tu connais son nom. »

« Je lis la Gazette du sorcier. Bien sûr que je connais son nom. »

« Est-ce que tu l'as tué ? »

« Bien sûr que non. J'étais en Bulgarie à ce moment. »

« As-tu payé quelqu'un pour le tuer ? »

« Non. »

Draco était plutôt fier de cette réponse. « Payer » suggérait un transfert d'argent alors que « marchander » était subtilement assez différent pour que le mensonge passe les effets de la potion.

« Sais-tu qui l'a fait ? »

Draco était curieux de voir comment le Véritasérum allait gérer cette question. Il ne put s'empêcher de s'étirer langoureusement avant de répondre :

« Non. »

Il l'avait un jour su mais avait savamment laissé le souvenir dans une fiole chez lui, exactement pour pallier ce genre de situation. Donc, à cet instant, il n'avait aucune idée de l'identité du tueur. Le Véritasérum avait ses faiblesses, le Ministère semblait obstiné à fermer les yeux sur ce problème.

Weasley fronça les sourcils et repoussa son dossier pour en attraper un autre.

« Dartmouth. Savais-tu que la Taverne de Chillabuck était une couverture pour un trafic de potions ? »

Merde.

« Oui. »

L'inconvénient était qu'il ne pouvait pas se séparer de tous ses souvenirs.

« Et comment l'as-tu appris ? »

Draco soupira et laissa les mots sortir.

« Ashleigh Greene était une connaissance. Combien de temps comptez-vous encore me poser des questions ridicules de ce genre ? »

Draco regarda Quatermain.

« Je suis venu ici de bonne foi pour vous offrir des informations d'une importance capitale mais vous ne vous intéressez qu'à de vieilles affaires qui ne valent pas deux Noises. Je peux vous donner de plus gros poissons qu'Ashleigh Greene et ses acolytes. Ce ne sont que des crevettes dans l'océan, vous n'avez pas idée des requins qui s'y cachent. »

Weasley ouvrit la bouche mais Quatermain leva une main pour l'empêcher de parler.

« Quelle sorte d'informations ? »

Draco répondit, maudissant le Véritasérum.

« Des informations sur un crime qui n'a pas encore été commis. »

Il fronça les sourcils, sachant que son aisance à contourner la potion de vérité n'empêcherait pas Quatermain et Weasley de mettre la main sur ce qui était son Vif d'Or personnel. Il avait tout misé sur l'espoir que Shacklebolt soit honoré de le recevoir. Il n'avait pas imaginé que les sous-fifres du Ministre tiendraient complètement secrète la présence de Draco.

« Dîtes-nous ce que vous savez sur - »

Les mots de Quatermain furent interrompus par l'ouverture brusque de la porte.

« Est-ce que quelqu'un peut me dire ce qu'il se passe ici ? »

Kingsley entra dans la pièce dans un tourbillon rouge de robe de fonction, suivi par un homme grand et élancé. Draco fondit presque de soulagement.

« Un simple... interrogatoire de prisonnier, monsieur le Ministre. » résonna la voix stridente de Weasley.

« Quelles sont les charges contre lui ? »

La question provenait de l'homme qui accompagnait Shacklebolt. Weasley parut absolument mal à l'aise et Quatermain, en colère.

« Voici maître Flint. L'avocat de monsieur Malfoy. »

Draco était ravi de voir que Marcus Flint paraissait encore plus intimidant dans une robe professionnelle, haut de gamme que dans son uniforme de Quidditch, quand il jouait dans l'équipe Serpentard à Poudlard. Ses cheveux bruns étaient plaqués en arrière et ses sourcils broussailleux cachaient presque son regard sombre, empalant momentanément Weasley sur sa chaise.

« En effet et je le répète, quelles sont les charges contre lui ? »

Weasley pointa la pile de dossier mais avant qu'il n'ouvre la bouche, Draco dit :

« Je n'ai pas été officiellement arrêté. Ils ont apparemment jugé nécessaire de m'arracher une confession avec du Véritasérum plutôt que faire leur travail d'Aurors et aller chercher des preuves tangibles. »

« On a assez de preuves contre toi pour te soupçonner dans une douzaine d'affaires ! »

L'expression de Shacklebolt était sans appel.

« Vous ferez tous les deux face à des mesures disciplinaires pour ce vice de procédure ! Auror Weasley, je crois que vos émotions dépassent votre professionnalisme et Quentin, je suis déçu. À quoi pensiez-vous ? »

Quatermain restait imperturbable. Il haussa même les épaules.

« Pardonnez-moi, monsieur le Ministre, j'ai usé de mon pouvoir sur Malfoy. Je vais aller voir Robarbs pour qu'il dépose une plainte officielle contre lui. Nous avons hurlé victoire avant que le Vif d'or ne soit attrapé, je l'admets. »

Quatermain se leva et conjura les dossiers d'un mouvement de baguette.

Le grognement de Flint fut presque mordant.

« Il y en a, en effet, eu abus de pouvoir, pauvre con prétentieux. Soyez certain de recevoir un hibou de mon bureau à ce sujet. Je vous le promets. »

Draco pensa que le ton de Marcus était impressionnant, même s'il était évident que Draco n'aurait aucune nouvelle d'un possible dédommagement avant son quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire.

Quatermain ignora Flint et inclina poliment la tête.

« Monsieur le Ministre. »

« Je veux vous voir dans mon bureau quand j'en aurais terminé ici, Quentin. »

« Comme vous le souhaitez. »

Quatermain sortit. Draco eut l'espoir mauvais que l'ascenseur tombe en panne et propulse ce connard au sol à une vitesse tellement vertigineuse qu'il ne restera plus qu'une bouillie de viande dans un costume. Il rangea cette idée pour une future considération.

« Vous pouvez rester, Auror Weasley. En tant que témoin officiel mais je ne préférerais que vous ne parliez pas à monsieur Malfoy. »

Shacklebolt prit le siège laissé par Quatermain et Weasley vit sa tentative de fuite réduite à néant. Il jeta un regard à Flint et revint s'asseoir.

« Merci, Marcus. Tu peux t'en aller. » dit Draco avec un sourire charmeur.

Flint se figea, peu sûr de cet ordre. Il haussa finalement les épaules et partit.

« Mais ne va pas trop loin. Je pourrais encore avoir besoin de tes services. » ajouta Draco.

« Je serais dans l'Atrium. »

La porte se ferma derrière lui, laissant finalement Draco avec la personne qu'il espérait rencontrer en débarquant ici. Ce foutu Ministère et son manque d'efficacité.

« Voilà un temps précieux perdu inutilement. Merci, Weasley. » se moqua Draco avec un sourire factice, « Je suis ici pour vous avertir, monsieur le Ministre, que quelqu'un prévoit d'infliger de sévères dégâts à un de vos employés. »

« Qui ? »

Le Véritasérum voulut que Draco réponde mais la question pouvait faire référence autant à la future victime qu'au futur criminel. Sa réponse ressembla donc à un « Gah » étranglé. Kingsley fronça les sourcils.

« Je me rends compte qu'il n'est pas éthique de vous interroger sous l'influence du Véritasérum. Pourtant, vu la situation, je doute qu'un élan de culpabilité foudroyant soit la raison qui vous a poussé à vous rendre aujourd'hui. J'aimerais donc savoir précisément ce que vous voulez. »

« Je veux être protégé. Et je veux parler à Potter. »

Ces deux choses étaient au moins vraies.

« Être protégé de quoi ? »

« Protégé de qui serait plus juste., même si je n'ai pas la réponse exacte pour l'instant. Disons simplement que je suis prêt à vous donner des informations, beaucoup d'informations en fait, mais que tout un tas d'ennemis vont surgir de partout pour m'en empêcher. »

Avant que Shacklebolt ne puisse continuer les questions, Draco leva une main devant lui.

« Vu que je suis toujours sous l'influence du Véritasérum, vous pourriez me demander tout ce que vous voulez et je pourrais vous donner bon nombre d'informations utiles sur le champ, mais ce sera contre mon gré et je ferais tout mon possible pour vous compliquer la tâche. Je vous laisse décider si vous jugez plus sage de me forcer à parler en me droguant et de me poser des questions futiles durant des heures pendant que je tente de ruiner tous vos efforts – et croyez-moi, j'en suis largement capable – ou s'il est plus simple de prendre en compte ma requête et de me laisser vous fournir des services qui seront aussi bénéfiques pour vous que pour moi. »

Shacklebolt s'enfonça un peu plus dans son siège. Son expression était illisible.

« Je vous écoute. »

« Excellent. Voilà ce que je veux. Avant tout, comme je l'ai dit, je suis prêt à vous donner des informations qui vous permettront les captures d'anciens Mangemorts, de meurtriers, de voleurs et d'autres criminels dont vous ne soupçonnez même pas l'existence. Vous avez une liste de personnes que vous aimeriez voir croupir à Azkaban, j'ai la mienne. Dans certains cas, les noms de ces deux listes sont interchangeables. Dans d'autres, vous ignorez tout de ces gens, surtout qu'ils sont les vraies menaces. »

Shacklebolt ne dit rien. Draco jeta un coup d'œil à Weasley, surpris que le roux ait réussi à tenir sa langue aussi longtemps.

« Ceci éclaircit, je ne fournirais ces informations qu'à Harry Potter. »

« Pourquoi ? »

La vérité possédait plusieurs facettes et plusieurs réponses potentielles tentèrent de s'échapper en un autre son peu élégant mais Draco réussit à sélectionner la plus forte et à la pousser au devant des autres.

« Parce que j'ai confiance en lui. »

Draco fixa son regard froid à celui de Shacklebolt.

« Je n'ai confiance en personne d'autre de ce Ministère. Vous deux inclus. »

Weasley sauta presque de sa chaise, visiblement incapable de retenir son commentaire plus longtemps, mais Shacklebolt le tint au silence d'un geste de la main.

« Harry est en congé et a laissé entendre qu'il comptait quitter le Département des Aurors pour de bon. Que se passera-t-il s'il refuse de revenir ? »

Draco sourit en coin.

« Laissez-moi parler cinq minutes à Potter. Il reviendra. »


La pluie tambourinait contre la vitre, détournant l'attention de Harry des cartes dans sa main.

« Merlin, » marmonna-t-il, « cette pluie ne va jamais s'arrêter ? »

« C'est l'année la plus pluvieuse depuis des siècles. » dit Eddie en lâchant un deux de cœur sur la pile.

Harry considéra la carte un instant et décida de, finalement, ne pas la prendre. Il en tira une de la pioche et grimaça de dégoût en la balançant dans l'écart. Un six de trèfle inutile. Il aurait dû prendre le deux de cœur.

« Au moins, on est au chaud et au sec ici. »

Eddie lui sourit et Harry le lui rendit. Il était chanceux d'avoir trouvé Eddie. Il était patient et gentil et acceptait sans rien dire que leur relation avance au rythme d'escargot, exactement ce dont Harry avait besoin. Le coming-out de Harry ne s'était pas très bien passé et lui avait seulement donné l'envie de se cacher au Square Grimmaurd et de ne jamais plus tenter de tomber amoureux. Heureusement, une rencontre imprévue avec Eddie Carmichael au Magasin d'accessoires de Quidditch changea son état d'esprit et sa vie.

« En effet. Et on pourrait avoir encore plus chaud. »

Harry posa ses cartes face contre table et se leva. Il fit le tour de la table et rejoignit Eddie sur le canapé pour s'asseoir tout près de lui et pour glisser un bras autour de ses épaules.

« Tu essaies de voir mes cartes, c'est ça, petit sournois ? »

Eddie les plaqua contre son torse et jeta un regard en coin malicieux à Harry.

« Peut-être que j'aimerais jouer à un autre jeu. » dit Harry, faisant de son mieux pour avoir l'air coquin.

Les yeux bruns d'Eddie s'adoucirent et s'obscurcirent et il pencha la tête pour embrasser Harry. Le pouls de Harry accéléra mais il repoussa cet excès de nervosité. Eddie avait été tellement patient. Il était temps. Harry était finalement prêt.

Un souffle provenant de la cheminée les surprit tous les deux. Ils s'écartèrent alors qu'un visage apparut dans les flammes.

« Harry, tu es là ? »

Harry cligna des yeux et se leva.

« Ron ? »

Il se précipita vers l'âtre et s'agenouilla.

« Tout va bien ? »

« Oui, à peu près. On a un problème au Ministère. Kingsley veut te voir. »

« Un problème ? »

Harry fronça les sourcils. Il n'était plus très sûr de vouloir être Auror depuis quelques temps et sa rencontre avec Eddie ne l'avait fait que douter un peu plus. Eddie vendait des équipements de Quidditch et essayait de convaincre Harry de s'associer avec lui plutôt que de rester au Ministère. Eddie détestait s'inquiéter pour lui. Les heures de travail à rallonge et les histoires horribles d'Harry n'avaient fait qu'ajouter de la tension dans leur relation naissante alors Harry avait pris des congés pour mettre de l'ordre dans ses pensées. Les choses s'étaient tellement améliorées entre eux qu'Harry savait qu'il avait pris la bonne décision.

« Top secret, j'en ai peur. Ça ne sera pas trop long. Tu seras rentré pour le dîner, je pense. »

Harry jeta un regard à Eddie, qui fronçait les sourcils. Ses cartes étaient encore fermement serrées dans sa main. Harry tenta de le rassurer.

« Je ne pense pas qu'ils me demanderaient si ce n'était pas important. »

Eddie hocha la tête.

« Tu devrais y aller. Je suis sûr qu'ils ont besoin de ton expertise. »

Il sourit et rien dans son ton n'indiquait le sarcasme. Harry sentit une bouffée d'affection pour lui.

« Tu es le meilleur, Eddie. »

Il se tourna à nouveau vers le feu.

« J'arrive, Ron. »

Il se mit debout et alla chercher ses chaussures. Quoi que ce soit, il s'en occuperait et reviendrait à la maison pour récompenser son petit-ami comme il le devait. Après cela, il en aurait fini avec les Aurors et Eddie et lui pourraient continuer leur vie. Ensemble.


« Draco Malfoy ? »

Répéter le nom trois fois n'avait absolument pas permis à Harry de comprendre ce que voulait Malfoy.

« Il t'a spécifiquement demandé. Il a dit que tu étais le seul en qui il avait confiance. Ce ne sont que des conneries d'après moi mais bon. Le Véritasérum ne fait plus effet maintenant. Dommage. On n'aura plus aucun moyen de savoir si la moitié de ce qu'il nous raconte est vrai mais Kingsley insiste pour qu'on fasse ça dans les règles, surtout après ma bourde. Enfin je lui ai seulement fait prendre la potion parce que c'était l'idée de Quatermain. Tu savais que Marcus Flint est avocat ? » demanda Ron en secouant la tête, « Je ne savais même pas qu'il savait lire. »

« Je ne comprends toujours pas. »

« Malfoy a des informations qu'il ne donnera qu'à toi. C'est ridicule franchement, surtout que tu les partageras avec nous au moment où tu les auras et que tu rentreras chez toi après. Voilà où on en est. »

« D'accord. »

Les portes de l'ascenseur sonnèrent et s'ouvrirent. Harry suivit Ron jusqu'à une pièce minuscule et froide en passant devant la salle d'audience qui renfermait bien trop de souvenirs. Draco Malfoy était assis sur une chaise au dossier droit comme une baguette, l'air décontracté même avec ses poignets attachés aux accoudoirs par des menottes. Son regard fonça directement vers Harry aussitôt qu'il passa la porte mais son visage ne laissa à aucun moment voir qu'il l'avait reconnu.

« Bonjour, Malfoy. » dit Harry en tirant une chaise de l'autre côté de la table et en s'asseyant.

Malfoy avait l'air fatigué et... différent. Ses cheveux étaient coupés très courts. Ils pointaient un peu dans tous les sens, d'une façon attrayante, certainement travaillés pour que la coupe ait l'air artistique ou quelque chose de ce genre. Harry décida qu'il les préférait comme ils étaient la dernière fois qu'il avait vu Malfoy, avec sa frange blonde qui laissait à peine apparaître ses yeux pleins de peur. Harry se souvenait qu'ils étaient assez longs pour toucher le col de sa robe. Il admirait beaucoup les cheveux de Malfoy à l'école mais rien d'autre. Il n'y avait aucune trace d'animosité dans le regard de Malfoy maintenant et ses traits pointus s'étaient durcis pour ressembler à de la porcelaine ou du granit. Si possible, les années l'avaient rendu encore plus beau, malgré les cheveux plus courts.

« Potter. Sympa de te montrer. »

« Essaie quoi que ce soit, Malfoy, et tu quitteras cette pièce en morceaux. »

Le regard de Malfoy ne se détacha pas de celui d'Harry aux paroles de Ron.

« Merci, Weasley. Tes menaces vides comme ton crâne ont été soigneusement enregistrées. Au revoir. »

« Je serais derrière la porte, Harry. »

Ron pivota et sortit. Il claqua la porte derrière lui, laissant Harry seul avec Draco Malfoy.

Un sourire étira les lèvres de Malfoy, le rendant encore plus attirant. Harry s'obligea à se rappeler les nombreux crimes dont Malfoy était soupçonné. Selon les dossiers, il était mêlé à un nombre ridicule d'infractions allant du trafic de potions, à la fraude puis au meurtre. Les preuves avaient été, évidemment, difficiles à rassembler. La plupart du temps, seules les circonstances étaient contre lui.

« N'es-tu pas l'image même de la santé ? »

La voix de Malfoy était joyeuse et avait un timbre plus profond que ce dont se souvenait Harry.

« Apparemment, une vie plus agréable et douce te complimente. Je me sens presque coupable de t'avoir tiré des bras de l'adorable Eddie. »

Les lèvres d'Harry se resserrèrent.

« Qu'est-ce que tu veux, Malfoy ? »

« Oh, je suis presque sûr qu'ils te l'ont déjà expliqué donc je ne vais pas les répéter. J'ai l'information qu'un kidnapping va avoir lieu durant cette semaine. Je ne sais pas qui sera la victime donc ne perds pas de temps à le demander. Le responsable, en revanche, sera Fenrir Greyback. »

Harry secoua la tête avec un sourire crispé.

« C'est vraiment tout ce que tu as à offrir ? Greyback est à Azkaban et ce, depuis la guerre. »

« Tu crois vraiment cela ? »

« Je crois qu'on aurait entendu parler d'une évasion. »

Malfoy lâcha une petit fredonnement.

« En effet. Auriez-vous par contre su si un de vos Aurors avait enfermé un imposteur et, qu'ensuite, cet imposteur ait pris la place de Greyback en cellule grâce au Polynectar, tout cela pour libérer le loup-garou sans que personne ne se doute de rien ? »

Harry s'autorisa à réfléchir à cette théorie pour voir si elle était probable.

« C'est impossible. L'imposteur aurait été obligé de prendre du Polynectar régulièrement pour que le déguisement tienne ! »

Malfoy pencha la tête en arrière et regarda le plafond craquelé comme s'il s'ennuyait au plus haut point.

« Tu ferais bien de vérifier les rapports médicaux de Fenrir à Azkaban. Je suis quasiment certain qu'il est autorisé à prendre des potions quotidiennement pour 'garder le loup-garou sous contrôle' ou quelque chose de ce goût-là. Je te laisse envoyer quelqu'un pour vérifier. J'attendrais ici. Encore. »

Harry se mit debout et se précipita vers la porte où il eut une conversation rapide avec Ron avant de revenir dans la pièce.

« Pourquoi quelqu'un ferait ça ? » demanda-t-il.

Ron était certain que Malfoy se moquait d'eux juste parce que c'était un connard qui prendrait du plaisir à les voir courir partout avant d'être envoyé à Azkaban, mais pas Harry. Il aurait été bête de la part de Malfoy de se rendre comme il l'avait fait, à moins d'avoir une excellente raison. L'explication qu'il avait donnée à Kingsley était trop rationnelle pour ne pas être bizarre.

« Tout un tas de raisons. Fenrir est un employé très loyal quand on lui fournit une motivation qu'il juge acceptable, comme a pu le prouver toute l'affaire avec le Seigneur des ténèbres. Il est plutôt doué avec une baguette et, surtout, il n'a aucun scrupule. Il a aussi une préférence pour les enfants. »

Harry se laissa tomber sur sa chaise, craignant de ne pas aimer la réponse à sa prochaine question.

« Qu'est-ce que tu veux dire par 'préférence' ? »

Malfoy se pencha au-dessus de la table autant que les menottes le permettaient, comme s'il était sur le point de confier un secret particulièrement sombre.

« Fenrir prévoit de kidnapper un enfant. D'après son passé personnel, je dirais que la victime aura entre six et onze ans. Je soupçonne aussi que ce sera l'enfant d'un des employés du Ministère, après avoir passé ces derniers jours à analyser les données en ma disposition. »

« Quelles données ? Où as-tu entendu tout ça ? Et comment tu sais pour Greyback, en supposant que tout ce que tu as raconté est vrai ? »

Malfoy reprit sa position détendue initiale.

« Un de mes contacts les plus fiables est un ancien membre de la meute de Fenrir de loups-garous rebelles. Je le fournis en potions Tue-Loup et il me fournit en informations. Il est venu à moi avec la rumeur ridicule disant que Fenrir était de retour. Crois-moi, j'étais aussi sceptique que toi, j'ai suivi tous les journaux et les on-dits autour de moi. Alors j'ai vérifié. Et Fenrir, étant Fenrir, n'a pas pu s'empêcher de se vanter à propos de son plan, hormis pour les détails du kidnapping. Franchement, heureusement qu'il ait une si grande gueule. »

Harry regarda Malfoy un instant.

« Pourquoi m'attendre moi ? Pourquoi ne pas avoir dit tout ça à Kingsley et à Ron ? »

Malfoy lèva les yeux au ciel.

« Weasley ne m'aurait pas cru et Shacklebolt est sur ma liste des suspects. »

« Quoi ? »

« Franchement, Potter, ta connaissance de la politique est aussi abyssale que ton ambition.. Tous les gens nageant et respirant dans la sphère politique sont soit, à la recherche du pouvoir, soit à la recherche d'un moyen de s'y accrocher. Il ne faut pas seulement craindre ceux qui se chamaillent les miettes au pied de la pyramide mais aussi ceux qui sont tout en haut et qui n'attendent que de pouvoir faire dégringoler tous ceux qui tenteront d'atteindre le sommet. »

Harry lui lança un regard peu amène.

« Kingsley n'est pas comme ça. »

Malfoy se contenta de sourire.

« Pourquoi as-tu autorisé Weasley à prendre le poste d'Auror en Chef ? »

« Je ne l'ai autorisé à rien du tout. Il a postulé pour le poste et l'a eu. »

« Parce que tu ne l'as pas fait. »

« Je ne le voulais pas. Il n'y a en plus aucune garantie que je l'aurais eu à la place de Ron si j'avais postulé ! Ce genre de réflexion tordue est une des raisons pour laquelle je quitte le Département des Aurors. »

« Tu vas le quitter ? » railla Malfoy de son ton presque tremblant d'amusement incrédule.

« Oui. »

« Parce que tout le monde s'attend à ce que tu agisses comme l'Élu ou parce qu'ils commencent à s'y attendre de moins en moins ? »

Harry fronça les sourcils.

« Quel est ton niveau de certitude pour cet enfant ? »

« Je ne serais pas ici si je n'étais pas absolument certain. »

« C'est valide. »

Harry se lèva et se dirigea à nouveau vers la porte, plus pour s'éloigner de Malfoy que pour partager la nouvelle. Harry pensa qu'il devrait le prendre au sérieux, même s'il advenait que Ron avait raison et que tout ceci n'était qu'un jeu élaboré de la part de Malfoy. Ron n'était plus dans le couloir. Il était remplacé par Seamus Finnigan.

« Hey, Seamus. Tu peux dire à Ron de répertorier tous les employés du Ministère ayant des enfants entre six et onze ans ? Malfoy pense qu'il pourrait y avoir une tentative de kidnapping sur l'un d'entre eux. »

« La liste va être plutôt longue. J'en ai déjà trois en tête, juste comme ça. »

« Ouais mais il faut bien qu'on commence quelque part. Si on découvre que Malfoy avait raison pour Greyback, on va devoir agir vite. »

Seamus hocha la tête et trottina en direction de l'ascenseur. Harry retourna à l'intérieur.

Le visage de Malfoy fut distordu par une grimace.

« Dis, Potter, y a-t-il la moindre chance que tu me retires ces choses ? »

Il lèva les mains et agita ses doigts.

« Cela fait des heures que je suis sur cette chaise et une horrible crampe commence à se faire sentir dans le bas de mon dos. »

Harry considèra toutes les options. Malfoy n'avait pas sa baguette et, même s'il arrivait à prendre celle d'Harry et à s'échapper de la pièce, il n'y avait aucune chance pour qu'il parvienne à s'échapper du Ministère. Les ascenseurs avaient été protégés contre lui et le transplanage était impossible dans les niveaux les plus inférieurs. Harry haussa les épaules et fit un geste de sa baguette pour faire disparaître les menottes magiques.

Malfoy poussa un soupir en fronçant les sourcils et leva les bras pour se masser les poignets. Les manches de la chemise blanche qu'il portait étaient déboutonnées et quand elles remontèrent légèrement, Harry eut un aperçu de la Marque des Ténèbres de Malfoy, jusqu'à ce que Malfoy s'étire et fasse rouler ses épaules.

« Merlin, c'est beaucoup mieux. Maintenant, je ne dirais pas non à un verre de vin et un petit tour aux toilettes. Je n'ose pas assumer que vous offrez ce genre de services ? »

« Hmm... C'est la première fois que je viens dans cette pièce. Je vais voir ce que je peux faire pour les toilettes. Je suis quasiment sûr que tu n'auras pas droit au vin par contre. »

Malfoy renifla.

« Il aurait été de mauvais cru de toute façon. »

Au lieu de retourner vers la porte, Harry lança un patronus et envoya son cerf à travers le mur, jusqu'à Kingsley. Quand le mirage lumineux s'estompa, il s'assit en silence jusqu'à ce que la table perde tout son intérêt et que sa lutte pour ne pas observer Malfoy ait raison de lui. Il tenta de faire la conversation.

« Donc, qu'est-ce que tu as fait depuis Poudlard ? »

Malfoy le fixa tellement de temps qu'Harry crut que Malfoy ne l'avait pas entendu. Il ouvrit la bouche pour répéter la question mais Malfoy dit :

« Je suis un criminel, Potter. Je suis sûr que tu le sais. »

Harry rougit.

« Je voulais dire quand tu ne... commets aucun délit. Les preuves contre toi sont un peu troubles, comme tu le sais. Tu prévois de tout avouer ? »

« Enchaînement intéressant. On part de la conversation mondaine à la demande des aveux en un rien de temps. Bien joué, Potter. Et non, je ne prévois pas aucun aveux. Si toi et tes hauts-gradés du Ministère me voulez à Azkaban, faîtes le travail vous-mêmes. »

Malfoy détourna le regard et Harry se retrouva dans un silence tendu, incapable de trouver un moyen d'ouvrir une conversation qui ne finira pas en dispute. Heureusement, la porte s'ouvrit sur Kingsley.

« Monsieur Malfoy, on dirait bien qu'une partie de votre histoire est vraie. L'homme dans la cellule de Fenrir Greyback n'était, après tout, pas Greyback. Quand nous lui avons administré l'antidote au Polynectar, il s'est révélé être un criminel minable connu du Ministère pour ses allers-retours à Azkaban si réguliers qu'il y a presque une cellule dédiée. Il semblerait qu'il était tout simplement ravi de prendre la place de Greyback, de recevoir trois repas par jour et d'être à l'abri dans un endroit familier. En plus, il s'est vu promettre une grosse somme d'argent. »

« Il sait qui l'a employé ? »

« Une jeune femme, d'environ dix-neuf ans avec des cuisses incroyables d'après lui. Il est évident que le coupable a un stock conséquent de Polynectar et qu'il ne se prive pas de l'utiliser. »

« Depuis combien de temps il fait semblant d'être Greyback ? »

« Trois jours. »

« Ça fait beaucoup de Polynectar. On pourrait commencer par traquer la piste des ingrédients qu'auraient vendus les dealers. »

« Ne vous embêtez pas. » dit Malfoy, « Ils savent recouvrir leurs traces. Même si vous parveniez à trouver une commande pour un chaudron complet de peau de serpents d'arbre du Cap, les documents vous emmèneront vers une société étrangère dont les locaux ont mystérieusement brûlés et dont tous les employés ont disparu. Une impasse. »

« Comment tu le sais ? »

« Parce que je l'ai déjà fait. Cela ne mène nulle part. Le seul moyen de trouver Greyback est d'atteindre sa victime avant qu'il ne le fasse. Si vous perdez un temps précieux à traquer des Pitiponks, vous échouerez. »

Harry détestait admettre que Malfoy avait raison. Il échangea un coup d'œil avec Kingsley et le petit sourire au coin des lèvres du Ministère lui indiqua que Kingsley avait tout de même déjà envoyé des gens sur la piste des ingrédients. À ce point, il était impossible de dire si Malfoy était honnête ou s'il était le réel instigateur de toute l'histoire – si histoire il y avait.

« Monsieur Malfoy, je préférerais que vous restiez dans cette pièce pour l'instant. Il y a des toilettes et un lavabo que vous pouvez utiliser - »

Kingsley agita sa baguette et une porte s'ouvrit au fond de la pièce, là où auparavant il n'y avait qu'un mur.

« La porte restera ouverte tout le temps où vous serez à l'intérieur mais cela vous donnera un minimum d'intimité. Je vais aussi vous faire apporter un repas. Avez-vous d'autres informations à nous fournir pour ce soir ? »

Malfoy haussa les épaules. Harry pensa que ce mouvement semblait déplacé sur lui, comme si sa grâce naturelle combattait un geste aussi commun.

« Je n'ai rien de plus, pour l'instant. Mais si un message m'était envoyé, il serait sage de me le transmettre. »

Kingsley sembla peser le pour et le contre et finit par acquiescer.

« Très bien. Je doute que je vous parlerais à nouveau dans un futur proche. Ne perdez pas de temps à tenter de vous échapper. Cette pièce est aussi impénétrable que possible. Il y a un lit ainsi que des vêtements de rechange si vous souhaitez dormir. »

Il lança un autre sort et un pan de mur s'ouvrit pour révéler un matelas fin, un oreiller plat et plusieurs tas de tissus qui ressemblent à des habits et des couvertures. Harry pensa que tout ceci avait l'air bien plus confortable que les cellules de la Division des Aurors.

« Harry, suis-moi. »

Kingsley se dirigea vers la porte et Harry lui emboîta le pas, jetant des coups d'œil incertains entre Malfoy et le Ministre. Il n'était pas vraiment sûr de savoir pourquoi il était impliqué. La voix de Malfoy stoppa ses pas.

« Potter. »

Il pivota pour voir Malfoy toujours assis. Ses bras reposaient sur le siège comme si ses menottes étaient toujours en place.

« Malfoy ? »

« Je ne parlerai à personne d'autre que toi. On se voit demain. Et garde un œil sur Eddie, d'accord ? »

« Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? »

Malfoy se leva et partit vers la pièce cachant les toilettes.

« Reste juste vigilant. »

Harry assassina son dos du regard, secoua la tête et partit.