Bonjour !
Franchement, je n'y croyais plus. J'ai eu un énorme énorme blocage sur ce chapitre. Parce que c'est le dernier, parce que je voulais qu'il contienne tout ce que j'avais prévu, parce que je voulais qu'il soit parfait. Ce n'est pas le cas mais après DIX ANS je crois que c'est le moment pour moi d'accepter que je dois me satisfaire de ce que j'ai été capable d'écrire plutôt que d'espérer une révélation divine qui me permettrait de faire mieux hahahah.
Du coup j'en reviens pas que je sois sur le point de cliquer sur le "complete" du profil de cette histoire. Merci infiniment à vous tous pour avoir suivi cette chose, merci à tout ceux qui m'ont épaulée pendant ces ANNEES hahaha et qui m'ont laissé des commentaires, m'ont encouragé et m'ont donné la foi (je suis mélodramatique mais... franchement voilà pour une fois je pense que c'est légitime J'AI FINI CETTE FANFICTION HAHAHAHAAHAHAHA). J'en profite pour remercier Amesencible et Ju qui ont supportées mes plaintes incessantes sur discord hahah
Je vous aime de ouf et j'espère sincèrement que vous apprécierez un tant soit peu cette fin. Encore merci pour tout et à tout bientôt ;)
XII
Lorsqu'Harry se réveilla, le monde était irrévocablement autre. Bien sûr, il n'en prit pas conscience tout de suite. Le néant de sa conscience s'éclaira doucement, par étapes, le contour discret des formes à l'aube.
D'abord, des bribes de pensées. Qui n'étaient en réalité que le constat de son épuisement. Impensable d'ouvrir les yeux. Le poids de ses paupière était trop accablant. Puis, vaguement, des sensations. Celle d'être allongé sur quelque chose de confortable. D'avoir chaud. Par intermittence, des bras qui l'entouraient. Ces événements étaient détachés, dépourvus de lien logique. De simples faits qui résumaient à eux seuls l'intériorité d'une entité sensible mais incapable de réflexion.
Puis de faibles souvenirs, encore froids, cliniques, s'immiscèrent. Une bataille, des morts, Tom. Mais s'il parvenait petit à petit à faire un lien entre la fatigue qui le paralysait et les événements dont il avait une vague réminiscence, aucune émotion ne colorait les images de son esprit.
Les sensations devinrent plus précises. Un souffle chaud dans sa nuque. Le froid - par moment - lorsque le duvet (il avait compris qu'il était dans un lit, vraisemblablement le sien) se retirait, marée de tissus le laissant grelotant.
Une main qui lui touchait le front, la voix de Tom qui lui parlait sans qu'il n'arrive à comprendre ou, d'ailleurs, à exprimer qu'il était capable d'entendre quoique ce soit. Un nez froid à contre sa mâchoire et des lèvres contre son cou.
Les souvenirs, les sensations et ses pensées se précisèrent. Sa conscience se raviva et embrasa chacun de ses atomes. La douleur, la peine, la peur - tout se bouscula soudainement en lui avec la brutalité d'un barrage qui cède. (Une partie de lui essayait de le rassurer : Tom était en vie, lui, il était dans son lit, tout irait bien - le pire était derrière eux…)
Et il se réveilla.
Il avait la gorge sèche et le corps fourbu. Sa nuque lui faisait mal ainsi que ses bras, même ses yeux n'étaient pas épargnés. Un mal de crâne dans son hémisphère gauche cognait contre son crâne, la régularité d'un métronome. Il plissa des yeux. Sa chambre tanguait un peu sous l'effort.
Harry se laissa retomber contre son oreiller. L'appartement était complètement silencieux. Il avait l'impression d'avoir dormi des siècles. Est-ce que c'était comme ça que se sentaient les ours après leur hibernation ? Une partie de son corps le suppliait de se rendormir - de remettre les épreuves qui l'attendaient au lendemain. Mais ses pensées se succédaient, frénétiques. Ron - Hermione, qu'était-il devenu d'eux ? Et Tom Junior ? Et tous les autres ? Est-ce que Tom était en fuite, recherché par tous les aurors de Grande Bretagne ?
C'était malheureusement fort probable et c'est cette pensée qui lui permit de rassembler ses forces une seconde fois. Plus lentement, avec une précaution qu'Harry avait toujours associé à un âge plus avancé que le sien, il se redressa.
La chambre vacillait toujours mais le sol, cette mer de bois, s'était calmé. Il ferma les yeux. Etoiles dansantes dans la nuit de ses paupières.
Il inspira et expira, les mains crispées contre le matelas. Il ne s'était sincèrement jamais senti si mal. Bien sûr, il n'y avait pas de doute quant à la provenance de ce mal-être. Il était la conséquence des potions qu'il avait avalées pour se redonner des forces. Hermione l'avait prévenu que le prix à payer était fort onéreux. Elle ne lui avait pas menti.
Son cœur se serra d'angoisse - la dernière image qu'il avait de sa meilleure amie, c'était cette foutue forme inerte à terre. Et Ron et sa jambe –
Pense à autre chose, s'intima-t-il. Regard circulaire.
Leur chambre était…
Elle ne pouvait être qualifiée que par une seule expression : en bordel. Un bordel infâme qui plus était. Des habits étaient disséminés dans toute la pièce. Tom. Pensa-t-il avec agacement qui se transforma aussitôt en affection.
-Tom, essaya-t-il.
Sa voix était rauque; une craie sur un tableau noir. Quelque chose de terriblement désagréable – des rasoirs dans sa gorge. Harry se demanda combien de temps il avait dormi. Personne ne répondit à son appel. L'idée qu'il puisse être seul lui semblait complètement incongrue - il n'aurait pas imaginé Tom le laisser tout seul alors qu'il récupérait.
Mais il dût se faire très vite à cette idée. Car à côté de lui, sur le matelas, là où était la place attitrée de son petit-ami, une feuille. Sur laquelle il y avait sommairement écrit : "écris-moi si tu te réveilles".
En fait, ce n'était pas vraiment le fait d'être seul qui le terrorisait. Dieu savait depuis combien de temps il était allongé et Tom avait parfaitement le droit de sortir de l'appartement sans lui. Mais - mais il y avait cette pièce en désordre. Ce silence pesant, le poids de ses souvenirs et… et le cœur dessiné d'une façon enfantine après le message. Comme si -
Comme si Tom s'était demandé ce qu'Harry trouverait rassurant et avait décidé d'une façon totalement rationnelle que rajouter un cœur sur ce foutu message ferait parfaitement l'affaire.
L'effet était complètement raté parce que c'était la seule chose complètement… anormale de la situation (Tom était bordélique et indépendant mais dessiner un coeur) Avec une difficulté qui ne pouvait être imputée qu'à son mal de tête, Harry tourna difficilement le visage en direction de sa table de nuit.
Prévenant, Tom y avait laissé son téléphone. Qui était branché à la prise et, donc, totalement chargé.
Il le saisit avec la même difficulté qui accompagnait chacun de ses gestes. Même déplier ses doigts lui parût insurmontable. Il ramena l'appareil contre lui et le déverrouilla après trois essais. Il avait une petite dizaine de message non lus. Tous avaient la même substance : "Appelle-moi" "Harry, il faut que l'on parle" et toute une nuance de la même intention formulée différemment.
Mais même s'il appréciait sincèrement Kinglsey et Luna et bon Dieu même Rita Skeeter lui avait écrit personnellement - il n'hésita pas à ouvrir en premier la conversation avec Tom. Son cœur se serra en contemplant les derniers messages qu'ils s'étaient envoyés. Ils dataient d'avant leur arrestation... Et étaient donc imprégnés d'une légèreté qu'Harry ne ressentait pas et qui lui semblait terriblement lointaine. Elle avait un petit goût de révolu, cette légèreté. Ou d'inatteignable.
Il soupira et écrivit très maladroitement un "hey" qu'il espérait nonchalant, rassurant et tout à fait normal.
L'instant d'après, le bruit caractéristique d'une transplanation , et - et Tom était devant lui. Son apparence n'était pas celle d'un criminel en déroute, pas plus qu'elle n'était celle de quelqu'un venant à peine de livrer bataille en plein centre de Londres.
Il était habillé avec beaucoup d'élégance. Le terme banquier traversa son esprit mais ne s'y arrêta pas. La joie et le soulagement de voir que Tom ressemblait toujours à Tom, qu'il avait utilisé de la magie et qu'il semblait, en fait, en pleine forme le rassura à un point tel qu'il sentit sa poitrine se gonfler.
Un instant immobile et éphémère. Puis Tom franchissait les quelques mètres qui les séparaient et s'asseyait à côté de lui (à moitié sur lui pour être tout à fait exact). Il l'attrapa par les épaules. Ses yeux cherchaient ceux d'Harry - comme pour s'assurer qu'il était effectivement réveillé, effectivement en bonne santé et qu'il ne risquait pas de clamser dans la minute.
Ce qu'Harry n'espérait pas.
-Harry, entama-t-il solennellement : je suis content que tu sois en vie, parce que je vais avoir le plaisir de pouvoir te tuer moi-même.
Ah, oui. La ruelle. Il geignit en se laissant retomber en arrière mais la main de Tom, plus rapide, l'attrapa au niveau de sa nuque.
-Est-ce que tu as la moindre idée de - comment as-tu pu – est-ce que tu réalises à quel point je -
C'était trop tôt. Harry avait bien conscience qu'il méritait une guirlande de réprimandes mais la fatigue rendait l'idée intolérable. Tom lui lança un regard courroucé. Il devait être à deux doigts de le secouer. Pas sûr qu'il ne fasse pas un malaise si l'autre homme allait au bout de son idée :
-Est-ce qu'on peut faire ça - à un autre moment ? geignit-il en essayant de se soustraire à la poigne (et à l'appui) de son petit-ami.
Petit-ami qui plissa des yeux avant de le laisser s'écraser contre l'oreiller.
-Ron et Hermione sont en vie, déclara-t-il platement : C'est un foutoir complet.
-Comme la chambre ?
Un silence interloqué lui répondit - avant qu'il ne sente le corps de Tom se presser contre lui et que son visage ne réapparaisse dans son champ de vision :
-Je te sauve la vie, je sauve la vie de tes amis, je - et tout ce que tu trouves à me dire c'est que la chambre est en bordel ?
Harry lui sourit :
-Merci de m'avoir sauvé, la chambre est en bordel.
L'expression de Tom était manifestement exaspérée mais il y avait aussi un certain amusement et une certaine douceur dans son regard. Et Harry savait qu'il comprenait que c'était sa façon maladroite de détendre l'atmosphère – d'éluder les questions…et leurs réponses.
-Comment tu te sens ?
-Fatigué.
Le "et c'est bien mérité" resta muet. Tom le lui indiqua tout de même par les mimiques successives de son visage avant de reprendre:
-Tu en avais pris combien, en fait ?
-Deux. Et une chose est certaine, plus jamais, ajouta Harry en grimaçant.
L'air de Tom devint soudainement appréciateur :
-Et tu es déjà réveillé ? Fascinant. Tes amis sont toujours endormis, eux.
-Attends, demanda Harry en se redressant à nouveau. Mais l'effort était trop grand et il se laissa retomber contre le matelas : tu as de leurs nouvelles ? Comment tu le sais ?
Le sourire de Tom devint profondément malveillant. Un sourire qui indiquait clairement qu'il était particulièrement satisfait de lui-même, de la situation et du rôle qu'il remplissait dans ladite situation.
-Ah, tu vois Harry, c'est très simple : les gens communiquent avec moi.
Voilà une information vis-à-vis de laquelle il ne s'était pas du tout préparé.
-Quoi ? s'étrangla-t-il - il se mit à tousser.
Tom se leva et quitta la chambre avant de revenir, un verre d'eau dans la main. Il le lui tendit non sans douceur mais Harry percevait aisément qu'il était toujours très en colère. Et il le serait probablement pendant encore quelques temps. Il ferait bien d'aborder le sujet pour crever l'abcès. Mais il ne se sentait pas d'entamer la conversation maintenant, pas quand ses paupières redevenaient lourdes et que le sommeil lui paraissait une alternative préférable à toutes les autres.
Il but maladroitement l'eau qui glissa avec volupté dans sa bouche.
-Quoi ? reprit-il une fois sa toux terminée et une soif dont il n'avait pas eu connaissance étanchée.
-Tu es sûr que tu veux en parler maintenant ? lui demanda Tom.
Harry réfléchit, ce qui lui permit de réaliser qu'il n'avait, en fait, qu'une seule envie: dormir et que quoique les nouvelles puissent être, elles ne seraient probablement pas très réjouissantes. Mais n'était-ce pas courageux de voir la réalité en face ?
Mais elle ne changerait pas d'ici à son réveil, trancha-t-il.
-Non, il répondit en attrapant le bras de Tom qui s'était rassis à côté de lui. Il le tira légèrement et, Tom, qui était habitué à ce genre de demandes non-verbales s'allongea à ses côté et passa un bras nonchalant au niveau de ses côtes.
Harry se tourna. Il faisait face aux fenêtres où les rayons du soleil peinaient à filtrer; il voyait la poussière de la chambre aux endroits que la lumière parvenait à atteindre de ses traits.
Tom glissa son autre bras sous sa nuque. Il se pressa ensuite contre Harry à un point tel qu'il ne semblait plus y avoir le moindre atome entre eux. Harry ferma les yeux il était bien, à sa place, entre les bras de son petit-ami, dans une chambre aux odeurs familières et réconfortantes.
Le poids de la réalité lui semblait devenir plus léger de minutes en minutes.
Et il s'endormit en décidant que la situation ne pouvait pas être si terrible.
Grossière erreur, apprit-il neuf heures plus tard. Il s'était réveillé, cette fois dans l'obscurité la plus complète. Pas de lumière pour l'aider à s'orienter. Tom était à côté de lui mais le poids de son bras témoignait de son sommeil. Harry se redressa plus facilement - plus d'étoiles devant ses yeux, plus cette impression que des enclumes étaient accrochées à ses paupières.
En fait, en faisant abstraction des courbatures qui lui lancinaient tous les membres, il était plutôt bien. Délicatement, avec bien plus de soin que d'habitude, il souleva légèrement le bras de Tom et s'extirpa du lit. Un pas par terre, puis le suivant. Heureusement qu'il connaissait la pièce par cœur : sans ça, il aurait risqué de rentrer dans les meubles.
Les volets étaient fermés et Tom avait manifestement fermé les rideaux aussi. Il ne voyait absolument rien.
Il fit quelque pas, plutôt satisfait du silence que ses gestes tâtonnant ne brisaient pas. Il savourait cette petite victoire lorsque des bruits de couvertures l'effleurèrent. Puis, sur le lit, successions de grincements (ils allaient définitivement qu'ils changent de sommier, c'était ridicule).
Le bruit étouffé d'un main qui cherche quelque chose contre le matelas. Et, l'instant d'après, un clic suivi de la lumière aveuglante de la lampe de chevet.
Harry plissa des yeux : cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu à subir un éclat éblouissant à ce point. Tom faisait plus ou moins la même tête que lui à ceci près qu'il parvint à se ressaisir rapidement. Quelques secondes de battement puis son long corps se déplia et il se leva.
-Salut, déclara Harry qui décida de faire abstraction du fait qu'il était plus ou moins littéralement en train d'essayer de lui fausser compagnie.
-Bonjour Harry, lui répondit Tom. Il jeta un regard à l'écran de son téléphone avant de hausser des épaules.
-Il est quelle heure ?
C'était vrai qu'Harry n'avait pas pensé à regarder l'heure. Il s'était dit qu'il l'apprendrait en regardant le four dans la cuisine. Il avait soif, il avait terriblement besoin d'aller aux toilettes, l'heure qu'il pouvait être ne lui importait pas beaucoup.
-Cinq heures vingt.
Il pinça des lèvres :
-Désolé de t'avoir réveillé.
S'il y avait bien une chose qu'il avait apprise, c'était que Tom n'était pas matinal même s'il aimait prétendre l'inverse.
-Je dois me réveiller à six heures, ce n'est que quarante minutes de sommeil en moins, je devrais survivre.
Un sourire amer (qui évoquait toutes les choses qui pourraient nuire à sa survie, justement) Et entre eux le poids des choses qu'Harry devait apprendre et que Tom devait révéler. Et vu la gêne peu caractéristique qui s'épaississait entre eux, Harry imaginait qu'il ne s'agissait pas que de bonnes nouvelles.
-Est-ce que tu peux m'expliquer ce qu'il se passe ?
-Oui.
La solennité peu caractéristique, le manque d'ironie dans son ton ce n'était pas normal. L'angoisse qui étranglait Harry depuis son réveil - une pression parfois plus magnanime qu'à d'autre moment – cédait finalement à la cruauté. Son cœur se mit à battre plus vite dans sa poitrine, un rythme qui s'accéléra en voyant Tom se relever, le visage fermé, et se diriger vers la porte. Il ne lui accorda pas le moindre regard.
Harry essayait de se convaincre que ça ne pouvait pas être si terrible. Ron et Hermione étaient en vie. Tom aussi, et c'était manifestement également son cas. Dans le fond, il n'en demandait pas plus. Il suivit Tom qui traversait le couloir. Le plancher de l'appartement, froid, craquait dans l'air gelé. L'un des défauts de leur appartement. Charmant, certes, mais peu chauffé. Un sort aurait réglé le problème mais Tom s'y était opposé avec véhémence quand Harry avait émis l'idée.
ça remontait à des mois. À des années, peut-être. Harry avait été assez bête pour croire que cette trêve, ces moments de tranquillité étaient banals. Mais ils avaient été brefs, précieux, et n'existeraient probablement plus jamais. Du moins pas dans la version innocente qu'ils avaient revêtus jusqu'à présent.
Il rejoignit Tom dans la cuisine. Il venait de s'asseoir à la table. Petite, prévue pour deux personnes. Carrelage jaunâtre de mauvais goût. Derrière lui, la bouilloire électrique se refermait d'un claquement sec. Le débit de l'eau qui coulait du robinet s'amincit et l'appareil rejoignit tranquillement son socle. Elle s'enclencha. Petit voyant bleu.
Depuis le temps, Harry s'était habitué à ce que son appartement (leur appartement) soit entièrement dépourvu de magie. Ces quelques mouvements l'arrêtèrent. Jusqu'à ce que l'énormité de ces simples sorts - Tom avait les mains croisées devant lui - sa baguette n'était nulle part en vue et il -
C'était comme s'il était capable de faire de la magie par la pensée. Comme s'il était capable de Télékinésie. (C'était absurde et flippant, et pourtant Harry réalisait bien que si une personne sur cette planète était capable de tels exploits, c'était bien Tom Riddle.)
Il prit place en face de lui. Le bruit de l'eau en ébullition remplit la pièce. La porte d'un placard s'ouvrit avec délicatesse et deux tasses en sortirent.
Et Harry se dit qu'il aurait besoin d'un certain temps avant de se faire à cette nouvelle réalité. Celle qui impliquait que son petit-ami avait apparemment non seulement décidé de tirer un trait sur tous ses "voeux d'abstience" si on pouvait les appeler comme ça - cette pensée fut suivie par une autre, plus pressante et à la teinte légèrement plus hystérique : quel genre de magie pratiquait Tom maintenant qu'il avait renoncé à une vie de moldu ? Harry lui faisait confiance, bien sûr, mais -
Tom soupira et lui attrapa la main. Silence alors que son petit-ami contempla brièvement sa cicatrice, avant de l'écraser de son pouce. Les muscles d'Harry tressaillirent – douceur, ensuite, alors que Tom passait répétitivement son doigt le long du texte qu'Ombrage lui avait fait rédiger.
Cette succession de geste, à l'aurore, alors que les rues en bas de chez eux étaient silencieuse, que leurs voisins étaient encore endormis et que le seul son dans la pièce était celui de l'eau. Peinture d'un entre-monde entre le sommeil et le réveil alors que la ville commence à peine à s'étirer. Il y avait quelque chose de terrifiant.
Terrifiant, en effet, d'imaginer que Tom ne se lance pas dans une déclaration de quarante-cinq minutes pour conclure par : "tout ça pour te dire que j'ai décidé de refaire de la magie!" terrifiant dans ses cernes, dans le fait qu'il soit supposé se lever à six heures. Terrifiant dans la crispation de sa mâchoire, dans ses sourcils froncés – dans le pli de sa bouche qui s'étirait en direction d'un sourire.
Ce fut une pensée fugace. Crée de toute pièce par l'angoisse - mais peut-être que Tom avait - les avait manipulés depuis le début et qu'il était sur le point de leur avouer que Lord Voldemort avait triomphé ? Bien sûr la mort de cette pensée fut aussi rapide que sa naissance. Mais l'angoisse qui lui serrait le corps ne fit que doubler.
-Tu m'inquiètes, essaya-t-il en attrapant la main de Tom, pour qu'il arrête ses gestes machinaux et qu'il revienne auprès de lui.
Mentalement.
Il releva la tête:
-Le plus.. dramatique, à l'échelle humaine, on va dire, commença Tom sans la moindre trace d'humour : c'est que le secret est définitivement tombé.
-Les aurors n'ont pas-, commença Harry.
Comment avait-il pu oublier un détail pareil ? sauf que ce n'était pas un détail - c'était loin d'être un détail, l'armée était intervenue. L'armée moldue s'était battue contre des Inferis et lui, comme le pire des idiots, il avait complètement occulté la situation.
-Non, répondit Tom : peut-être qu'ils auraient pu rattraper la situation il y a cinquante ans. Ce n'est pas impossible. Mais avec les smartphone et Internet, ils auraient dû effacer la mémoire de millions - non même d'un milliard de personnes. Sans parler des preuves. Je me doutais que ça finirait pas arriver mais - pas comme ça et… pas si vite.
Harry ouvrit la bouche - la referma (ses pensées une explosion sans queue ni tête) puis la rouvrit :
-Et comment - Comment les moldus réagissent ?
Un sourire ironique fendit le visage de Tom. Il n'avait rien de joyeux mais dénotait tout de même d'un certain amusement - même s'il n'était qu'intellectuel:
-Je te conseille de rayer ce mot de ton vocabulaire, Harry. Le terme américain est désormais privilégié. Les non-magiques sont globalement sous le choc, globalement plutôt en colère mais pacifistes. Il y a eu quelques incidents, ce à quoi on pouvait s'attendre mais… rien d'envergure. Je pense que le risque est plutôt sur la durée, pour tout ce qui est des problèmes raciaux. Quand les émotions seront retombées et que la société tentera de se rééchafauder en prenant en compte cette différence. Mais pour l'instant, il y a surtout de la curiosité.
-Merde, répondit laconiquement Harry: merde.
-Oui.
-D'accord.
Harry se pinça l'arête du nez. Des centaines de question étaient nées de cette révélation. Comment cohabitaient-ils ? Comment était-ce prévu pour la suite ? Devraient-ils ouvrir les lieux spécifiquement sorciers aux mold- aux non-magiques pour ne faire aucune discrimination ?
-Et toi ? Est-ce que - est-ce que tu es en fuite ?
Il se dit qu'il aurait peut-être dû commencer par cela. Ils étaient dans leur appartement, certes, mais rien n'indiquait qu'il n'avait pas été… déplacé ailleurs (est-ce que c'était au moins possible ? Ou est-ce qu'il était au bord de l'hystérie et que c'était pour ça qu'il s'imaginait voguer aux abords de l'Antarctique alors que Tom lui donnait l'illusion qu'ils soient en plein Londres ?)
-Non, répondit Tom.
Et il semblait très mal-à-l'aise. D'une façon, d'ailleurs, très peu caractéristique.
-Je.. il hésita un bref instant puis sortit son téléphone qu'il avait placé dans la poche de son pyjama : Je crois que pour que tu comprennes - Harry tu vas vraiment - c'est juste complètement - absurde -
Petite déclaration éminemment flippante alors qu'il tapotait sur l'écran. Harry se pencha en avant. L'attitude gênée de Tom - voilà qui était loin d'être rassurant. La mine lugubre avait laissé place à cet embarras. Harry le préférait nettement au linceul qui s'était posé sur eux pendant ces longues minutes précédant la recherche manifeste que son petit-ami était en train d'effectuer. Tom lui tendit ensuite son téléphone: une vidéo.
Harry cliqua sur le bouton. Il reconnut immédiatement la scène. C'était Londres, au moment où l'affrontement entre le faux Voldemort et les aurors britanniques et américains venait de se terminer. La vidéo était de mauvaise qualité, et elle tremblait, preuve qu'elle était tenue par une main humaine éreintée. Mais il distinguait quand même Tom. Tom qui se relevait, l'air absolument hors de lui :
-Je me fous royalement de vous aider, vous et votre incompétence - il y a forcément des gens blessés dans les immeubles. Je vais voir si je peux être utile à ce niveau-là, je suis médecin.
La vidéo se terminait aussi abruptement que son début ne l'avait fait Ses yeux glissèrent pour regarder le nombre de vue. Elles dépassaient le million.
Et même avant que Tom ne lui explique, Harry comprit ce qu'il s'était passé. Il était un sorcier, certes, celui qui avait réussi à mettre leur ennemi en déroute, certes, mais surtout - surtout il était un sorcier qui qualifiait ses pairs d'incompétents.
-Les "non-magiques", déclara Tom avec ironie: ont insisté, en ont même fait une condition de coopération, que je sois le représentant "magique" de leur côté.
Ce silence assourdissant alors que les mots s'emparaient de l'esprit d'Harry et tordaient son cerveau, l'écartelaient, pour y enfoncer la signification de cette phrase. Et, oh, Harry la comprit.
-Tu as évincé le Ministère de la Magie.
L'eau avait fini de bouillir.
Cette phrase était superficielle. Au fond, il savait qu'exprimer à haute voix l'aveuglante évidence ne servait à rien. Les faits ne laissaient planer aucun doute. C'était ça, l'air solennel de Tom, c'était ça, cette gêne qu'il ne pouvait masquer. Harry plissa des yeux : il le voyait, maintenant, ce que Tom avait réellement essayé de masquer. Il n'éprouvait aucune honte ni quant à sa nouvelle fonction, ni quant à la place qu'il occupait probablement dans le paysage politique.
En fait, il en éprouvait manifestement une immense satisfaction qu'il écrasait de tout son poids pour ne pas la laisser transparaître, pour laisser à Harry le temps de se faire à l'idée.
Il n'était pas catastrophé, ni endeuillé, ni horrifié par la tournure des événements. En fait, Tom Riddle était triomphal.
Et dans cette petite cuisine peu pratique, où ils ne parvenaient jamais à cuisiner ensemble parce qu'ouvrir un placard voulait assurément dire frapper celui qui coupait les légumes, et couper les légumes empêchait l'accès au lavabo - ces ondes de victoire remplaçaient entièrement l'oxygène de la pièce.
Harry s'arracha à la contemplation des meubles. Le regard de Tom ne l'avait, lui, jamais quitté:
-Est-ce que tu peux le croire ? Dans un certain sens - j'ai gagné.
Ces mots s'écoulèrent de son sourire un suintement satisfait. Il avait gagné. Oui, un royaume de cendre, pensa amèrement Harry, probablement pas le genre de chose qu'il avait imaginé gouverner quand Tom Riddle avait entamé l'échafaudage de ses plans. Ce n'était sans doute pas ça qu'il imaginait voir Lord Voldemort présider.
Et pourtant, assis en face de lui, ses mains dans les siennes, Lord Voldemort n'avait jamais été si visible. Dans le rictus de sa bouche, celui d'un carnassier qui tient sa proie entre ses griffes, l'éclat malveillant de ses yeux; il imaginait que c'était exactement à ça qu'aurait ressemblé Voldemort dans la forêt interdite, s'il avait eu une apparence humaine, au moment où Harry avait décidé de se sacrifier.
Un bel homme monstrueux aux traits déformés par sa victoire bestiale.
Et il était muet. De surprise ou d'indignation ? Il n'aurait pas pu trancher. Mais quelque chose bouillonnait en lui. Un écho qui s'amplifiait et qui ne laissait rien d'autre dans son sillage - maintenant que tout avait été dit et fait, maintenant qu'Olivia était vraisemblablement en prison et qu'ils étaient les deux sains et saufs. Cette sécurité laissait à Harry la possibilité de laisser libre cours à ses émotions. Et étonnamment, révolté par l'attitude de Tom (malgré le fait qu'elle ne soit pas une surprise, il avait toujours été mesquin et rancunier et évidemment qu'il serait ravi d'accepter n'importe quel travail qui lui donnerait un ascendant sur les sorciers et les moldus) pour la première fois depuis plus de dix ans, il se sentit complètement Harry Potter Le Survivant.
Sa révolte si totale qu'elle balaya les années, l'amnésie, -
Il se redressa brusquement. Tom ne bougeait pas. Son expression ne fit que s'accentuer. Comme si voir Harry sortir définitivement de ses gonds et d'une façon si foudroyante lui plaisait. Miroitement d'un passé qui s'était désagrégé entièrement et qui, pour la première fois, se reconstituait (non, le coup de poing de Harry avait fait partie de ce passé. Un bref instant coupé court, certes, mais - mais - ils ne s'étaient jamais fait face.
Pas d'une façon si sincère.
Et pourtant il ne trouvait rien à dire. Parce qu'évidemment que Tom aurait cette attitude, bien sûr qu'il n'aurait aucune modestie, qu'il n'éprouverait aucune honte d'avoir brigué l'un des postes les plus importants et ce sans le moindre scrupule - (mais il y avait de la sincérité dans la vidéo. Il était sûr que Tom avait hurlé cette phrase sincèrement et pas parce qu'il avait remarqué qu'une caméra était braquée sur lui - il n'était quand même pas si opportuniste -
-Tu l'as fait exprès.
Une illumination intolérable.
C'était une certitude. Bien sûr qu'il l'avait fait exprès, bien sûr qu'il avait saisi l'opportunité quand elle s'était présentée. La sincérité de Tom avait toujours été dans ses actes - pas dans ses paroles. Et il les avait sauvés, certes, mais il avait également vu la chance de se sauver lui.
Et son sourire résolument sournois était une réponse. Avec lenteur, comme s'il n'accordait pas la moindre importance à la colère et à la froideur d'Harry, Tom se redressa. Dans un miroir presque parfait à la position de son petit-ami, il posa ses mains à plat sur la table puis se pencha en avant:
-Bien sûr, Harry.
Il émanait une telle condescendance de cette phrase - Tom eut à peine le temps de la finir. Harry l'avait attrapé par le col de son pyjama. Une partie de lui avait terriblement envie de le frapper.
Mais on ne frappait pas son partenaire. C'était le premier chapitre du livre "relation saine pour les nuls". Harry fit donc la deuxième chose qui lui paraissait sensée. Il tira simultanément sur le col du pyjama et pressa son visage contre celui de Tom.
Et ses lèvres rencontraient le rictus (une grimace à la frontière du mépris) de son petit-ami.
Toutes choses considérées, ils avaient toujours été - doux l'un avec l'autre. Avant la perte de mémoire et après. Alors que Harry ramassait ce qu'il restait de Tom Riddle et essayait de l'aider à se reconstruire. Reconstruire, oui, il y était apparemment parvenu. Suffisamment pour qu'il devienne le médiateur moldus – sorciers. Il ne connaissait même pas l'intitulé exact de son poste mais il pouvait l'imaginer.
Et encore, si ça avait été naturel, si son attitude n'oscillait pas dangereusement vers l'arrogance, il en aurait peut-être été heureux. Difficile d'être heureux face à une telle attitude.
Tom lui broyait les épaules. Toutes leurs mains étaient concentrées dans ces parties de leurs corps - près de leur cou sans pour autant dépasser cette limite. C'était encourageant, décida Harry. Même si la violence de leur baiser l'était un peu moins. Peut-être que Tom ne se sentait pas légitime. Peut-être que cette satisfaction masquait l'horreur de se voir soudainement confier des reines trop longues. Peut-être qu'il provoquait Harry pour le mettre en colère et qu'il se sente puni.
Honnêtement, Harry n'en savait rien. Et, alors que la table se dérobait violemment entre eux pour s'écraser contre la porte, il décida qu'en plus, il s'en foutait royalement.
Et c'était violent, d'une certaine manière - et trop intense; (les longs doigts crispés de Tom n'étaient que rancune) mais une partie d'Harry qu'il avait essayé de taire et qui devenait de plus en plus vocale jusqu'à monopoliser toutes ses pensées était tellement, tellement heureuse que ce soit comme ça qu'ils terminent leur entrevue.
Pensée totalement idiote. Il n'y aurait jamais eu d'autre issue. C'était cette certitude qui avait guidé chacune de ses décisions dernièrement. Cette même certitude dont provenait la confiance absolue qu'il avait en Tom. Et essayer de prétendre que son petit-ami était complètement différent, qu'il était innocent, c'était - d'une certaine manière - ne pas l'aimer. Il avait toujours su et accepté que Tom n'était pas un héros. Il était capable d'héroïsme, certes; mais prétendre qu'il était surpris par cette nouvelle, c'était oublier toutes les humiliations que Tom avait infligé à ses amis sous couvert de "plaisanteries", c'était obscurcir une partie de sa brillance.
Et il n'approuvait pas, bien sûr que non, mais il s'avérait qu'approuver et aimer n'étaient pas mutuellement exclusif. Ils étaient torse nus. Une pensée obsédante mais néanmoins importante lui rappelait qu'il venait de se réveiller d'un sommeil de plusieurs jours et que quoiqu'ils soient en train de faire – vu son hygiène – c'était une mauvaise idée.
Il recula quelque peu, luttant contre les mains de Tom qui essayaient de le presser à nouveau contre lui.
-Douche, déclara-t-il avec peine.
C'était une nécessité, pas une envie. Il serait très content de rester dans la cuisine. Sa fatigue semblait décupler son désir et il avait les reins et la peau en feu et -
Une pression contre son dos. Quelque chose de pointu - une baguette, lui indiqua son esprit qui était malheureusement habitué à se faire attaquer de dos (enfin. ça faisait des années que ça n'était pas arrivé). Une sensation tiède coula le long de son corps. Et il se sentit instantanément moins moite, moins visqueux. Tom venait de le nettoyer à l'aide d'un sort.
-Tu es -, commença Harry indigné à l'extrême.
-Extra Guénial, l'interrompit Tom qui avait toujours cette expression satisfaite et détestable mais elle l'attirait, cette expression, et Harry décida qu'il reviendrait sur le concept de "consentement de nettoyage" une fois que son besoin serait assouvi. Et il était pressant ce besoin mélangé à la peur, l'angoisse, le soulagement et la victoire.
Harry s'était rendu compte qu'une page s'était tournée. La révélation de l'identité de Tom, la bataille - il n'avait juste pas réalisé que - que cela impliquerait aussi un changement dans leur dynamique. Que Tom ressentirait le besoin de se parer à nouveau du visage de Lord Voldemort. Et alors que ses dents mordaient l'épaule du plus grand et que sa vision se troublait (des milliers d'étoiles dont l'intensité augmentait progressivement si bien qu'il ne distinguait plus rien) et qu'il sortait de sa gorge des sons incohérents - Harry se dit bêtement qu'il pourrait sans doute vivre avec.
Puis la dualité qui, jusqu'à présent, était restée en arrière fond lui apparût pleinement lorsque Tom le hissa sur le plan de travail. Ses intentions on ne pouvait plus claires : donner, et les sous-entendus plus clairs encore : je ne mérite rien. Harry essaya de se pencher en avant pour le toucher lui, parce qu'il en mourrait d'envie malgré son état d'épuisement généralisé. Mais Tom frappa son bras pour arrêter son geste. Il baissa sommairement le bas de son pyjama.
Et, penché en deux d'une façon grotesque, les mains d'Harry dans les cheveux, Tom rappela à son petit-ami (pas qu'il l'ait oublié) à quel point il savait se montrer généreux.
La poignée d'un placard lui rentrait méchamment dans le dos. C'était drôle, il n'en s'en était pas aperçu alors que Tom, ses deux mains agrippées à ses hanches, lui prodiguait des soins intenses. Pas très étonnant vu son incapacité totale à formuler des pensées cohérentes quand Tom faisait tout son possible - voir déployait toute sa panoplie - pour qu'Harry aille jusqu'à oublier son propre nom.
Il s'écartait d'ailleurs légèrement de lui. Harry ne s'était pas imaginé que leurs retrouvailles disons sexuelles, se passent dans la cuisine et avec une violence digne des sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre avant la perte de mémoire. Il n'avait pas non plus imaginé que celle-ci soit à sens unique comme ça.
Il lança un sourire hésitant à Tom qui lui répondit par un baiser. Et ça, ça c'était normal et habituel et il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Maladroitement Harry fit un geste en direction de l'entrejambe de son petit-ami qui, pour la seconde, fois l'arrêta avant qu'il ne parvienne à son but.
-Est-ce que ça va ? demanda Harry qui commençait à trouver ce comportement suspicieux.
-Oui, soupira Tom en secouant la tête : tu viens de te réveiller, je vois bien que tu es encore épuisé, je m'en voudrais de te brusquer.
-Non mais ça va bien, s'exclama Harry en faisant une troisième fois un geste – que Tom arrêta aussitôt.
D'accord, pensa Harry avec amertume. Il comprenait son point de vue. C'était vrai qu'il venait de passer dieu savait combien de jours endormi et qu'il était debout depuis à peine quarante minutes. Si la situation était inversée, Harry se doutait que lui aussi aurait du mal à accepter que Tom n'en fasse trop. Et la patience était une vertu qu'il avait appris à cultiver.
Echange de sourires et un regard complice et Harry se sentit si soulagé, si heureux qu'ils soient les deux en vie…Que le comportement pour le moins inquiétant de Tom ne semblaient finalement plus si terrible. Et, donc, il prit la liberté d'aborder le sujet sans crainte:
-Mais du coup, déclara-t-il la voix clairement encore enrayée: ça veut dire quoi ? Ils savent qui tu es ?
Tom lui sourit:
-Oui. J'ai été "pardonné" (les guillemets marqués par l'index et le majeur de ses deux mains) pour les services rendus à l'Angleterre et à sa population. son regard glissa ensuite derrière Harry : et je suis très en retard.
Harry se retourna aussi. Les chiffres brillants sur le four indiquaient six heures vingt.
-Et je suis censé faire quoi, moi ?
Tom le considéra un instant:
-Les gens ne sont pas au courant de notre relation. Minerva n'a rien dit. Ni, d'ailleurs, tous ceux qui étaient aptes à s'exprimer et qui savent. Donc c'est à toi de choisir. Quant à ce que tu es censé faire... Je ne sais pas. Tu es très attendu. Tu es, après tout, le sauveur du Monde Sorcier.
-Quoi ? s'étouffa Harry.
Tom devait forcément se moquer de lui. Il n'avait rien sauvé du tout. Il était arrivé au dernier moment, dans un état lamentable pour surprendre Olivia et ses sbires. Il serait mort si Tom n'était pas intervenu. C'était lui qui méritait les éloges - c'était parce qu'il avait choisi de sauver son fils -
-Et Tom ? demanda précipitamment Harry qui se détesta d'avoir oublié l'existence de l'enfant.
-Il va bien. Il faudra qu'on en parle. Mais plutôt ce soir, d'accord ?
Et la voix de Tom était triste - le cœur d'Harry se serra. S'il allait bien, il ne comprenait pas la réaction de son petit-ami. Il aurait dû en être content, non ? Était-il arrivé autre chose qui certes ne mettait pas en danger sa santé mais qui blessait tout de même son petit-ami ?
Il hocha piteusement de la tête et n'essaya pas de retenir Tom qui, après l'avoir embrassé une deuxième fois, se détacha complètement de lui pour aller - Harry l'imaginait - s'habiller.
Et la courte vision qu'il eut de Tom avant que celui-ci ne transplane pour aller il ne savait où était -
monstrueuse. Magique. Il était habillé d'une façon résolument moldue. Mais la tenue qu'aurait un premier ministre. Harry s'était tellement habitué à le voir traîner en jogging, en pyjama ou - certes dans divers degré de formalité mais jamais à ce point. il était estomaqué.
-Je suis content de voir que je te fais toujours de l'effet, le nargua Tom en lui tapotant sur la tête d'une façon sciemment condescendante : mais que veux-tu, quelqu'un de ma stature se doit de faire honneur à ses fonctions.
-Tu es insupportable, répondit Harry en se dérobant de la main de Tom: fous le camp!
Tom le gratifia d'un sourire qui souleva son cœur. Malgré sa sensation d'être totalement inadéquat, en pyjama face à cet homme qui semblait prêt à aller s'asseoir en face de la Reine en personne, il le laissa l'embrasser. Et lâcha la doublure de sa veste avec regret. Ils s'étaient promis de partir en vacances en Italie... mais de toute évidence, ce projet devrait attendre.
Attendre quoi, de son côté ? se demanda Harry, seul, dans cet appartement qu'il adorait mais qui lui semblait terriblement vide. Il n'avait pas beaucoup d'alternatives. Surtout qu'il... se sentait, en fait, extrêmement bien.
Oui, définitivement, il se sentait parfaitement bien. Mêmes les quelques courbatures qui l'avaient légèrement incommodées au réveil semblaient s'être résorbées. L'idée de prendre un jour de congé lui sembla donc complètement incongrue en plus d'être détestable. Que ferait-il ? Errer dans son appartement ne lui disait rien. Pas plus que d'aller errer ailleurs et, en plus, maintenant que son visage n'était apparemment pas inconnu des moldus, il n'avait pas envie qu'on dise de lui qu'il prenait des vacances alors que le pays était plongé dans une crise grave. Il n'avait qu'une seule chose à faire, il le savait très bien. Il allait s'habiller d'une façon qu'il essayerait de rendre digne et se pointerait au Ministère de la Magie.
Il y trouverait sans doute des informations importantes quant à… la situation. C'est donc ce qu'il fit. Il enfila une tenue qu'il jugeait plus ou moins adéquate. En ouvrant l'armoire, il constata que Tom avait considérablement mis à jour sa garde-robe. Ça allait même plus loin que ça. Il avait apparemment enchanté le meuble pour qu'il puisse contenir un plus grand nombre d'habits.
Harry observa avec envie les rangées de chemises. S'ils avaient fait la même taille, il n'aurait pas hésité, sans doute, à se servir. Mais la réalité étant ce qu'elle était, il serait ridicule dans des habits beaucoup trop grands pour lui. Et il ne savait pas quels sorts pouvaient être utilisés pour ajuster la taille de manches trop longues (et le torse. Et les épaules). Mais il possédait des habits qui conviendraient parfaitement, se rassura-t-il sans trop de conviction. Une vieille chemise bleue. Un pantalon beige.
Il s'observa dans leur miroir, critique. Ça n'allait pas du tout. Il se souvint qu'il possédait aussi une chemise verte – peut être un peu trop festive… de qui se moquait-il, depuis quand les couleurs originales posaient un problème aux sorciers ? Il tira sur sa chemise qui sortit de son pantalon, avant de se raviser.
Il n'allait pas se pointer au Ministère en portant une couleur ostensiblement Serpentard. Certes, si Tom ne lui avait pas menti (et il n'aurait pas de raison de le faire, à priori) personne n'était au courant de leur relation. Encore un mensonge, encore des cachoteries. Il en vint à souhaiter que Skeeter s'empare de ce scoop pour le révéler à la terre entière. Imaginer devoir faire cette déclaration devant le monde sorcier… Ou vivre le stress intense de se savoir découvert – il n'en avait aucune envie.
En fait, il était fatigué. Epuisé mentalement à l'idée de recommencer ces jeux de cache-cache. Mais c'était leur vie. Ils n'avaient pas le choix. Et donc, chemise verte enfilée et une robe un tant soit peu sorcière passée sur les épaules, Harry transplana.
Il fit un pas. Un pas pour descendre de la plateforme de transplanage. Et des dizaines de visages se tournaient dans sa direction. L'impression que ça donnait, c'était que ça faisait des semaines qu'ils attendaient de voir Harry Potter débarquer comme une fleur. C'étaient qu'ils avaient désespérément besoin d'un symbole, ces hommes et ces femmes. Et Harry savait que c'était ce qu'il était devenu, à force. Un symbole. Il l'avait un peu toujours été, d'ailleurs.
-Harry Potter, chuchotaient les voix autour de lui, comme si elles pensaient ne pas être entendues par le principal intéressé.
Embarrassé, Harry décida que la chose la plus sensée à faire, compte tenu des circonstances, c'était sans aucun doute de prétendre ne pas remarquer qu'on le dévisageait et d'aller dans son bureau. Si quelqu'un voulait lui parler (au hasard, Kingsley, par exemple) il le lui ferait savoir sans délai. C'était désagréable. Evidemment, il n'était pas étrangers à ces chuchotements et à ce que des murmures peu discrets agrémentent son passage. Mais ils s'étaient tassés avec le temps. Voir ces sorciers et sorcières le considérer avec des yeux ronds, ça lui rappelait quand il s'était rendu au chemin de Traverse pour la première fois.
Il connaissait par cœur le chemin pour se rendre à son bureau. La meilleure façon de faire lui sembla donc de fixer intensément le sol, de lever les yeux le moins possible et, ainsi, de réduire la probabilité d'une conversation. Il se mit donc en marche, priant pour que personne n'interrompe ce court périple qui était censé le mener aux ascenseurs du Ministère.
Ses pas rapides l'éloignèrent rapidement des curieux qui avaient entouré son arrivée. Il réalisa que le Ministère était parcouru de bruits – comme d'habitude – mais certains étaient on ne pouvait plus inhabituels. En fait, il y avait clairement des bruits de construction. Impossible de restreindre sa curiosité qui l'attrapa par le menton et lui fit lever la tête.
La fameuse statue qui trônait au centre de l'atrium était en pleine métamorphose. Difficile de distinguer quelle serait sa forme finale mais, en tout cas, deux figures humaines présideraient au centre. Les jambes étaient sur le point d'être terminées. Une paire était résolument féminine, trancha Harry en voyant les chaussures à talon.
-Harry Potter ! hurla une voix aiguë. Il s'arracha à sa furtive contemplation dans une grimace.
Cette voix était reconnaissable entre toutes. Et c'était probablement parmi les voix qu'il avait le moins envie d'entendre. Et c'est cette constatation qui le poussa à reprendre sa marche, d'une allure nettement moins décontractée, pour atteindre les portes en or de l'ascenseur.
-Harry Potter ! Harry ! les cris stridents ne faisaient que se rapprocher.
Harry contempla l'idée de se mettre littéralement à courir pour éviter Rita Skeeter. C'était inutile. Non seulement il était sûr qu'elle parviendrait à le rattraper mais, en plus, même si par miracle sa fuite n'était pas vaine, nul doute qu'elle poursuivrait sa filature jusqu'à ce qu'elle mette la main sur lui. C'était juste un mauvais moment à passer. Et la stratégie n'était pas difficile à mettre en place, en soi. Il fallait juste qu'il opine de la tête et qu'il reste le plus neutre possible – de toute manière tous ses propos seraient déformés de A à Z. Résigné, donc, il arrêta sa course et se retourna.
Rita s'avançait vers lui à petit pas – sa jupe était si serrée qu'elle ne laissait pas la moindre courbe de son corps à l'imagination pas plus qu'elle ne lui permettait de faire de grandes enjambées. Fidèle à elle-même, sa tenue était impeccable, sa coiffure et son maquillage aussi.
-Ah, Harry, s'exclama-t-elle d'une voix qu'elle devait essayer de rendre à la fois séduisante et à la fois chaleureuse : je suis si contente, comme le seront mes lecteurs, de te voir en bonne santé.
Et ce petit sourire entendu, cette courbe qui ne disait rien qui vaille ramena instantanément Harry à la dernière fois qu'il l'avait vue en personne. C'était au trois balais, à Pré-Au-Lard. Et Tom avait été en face de lui. Si la photo qu'elle avait prise ne dévoilait pas son visage, Harry savait qu'elle avait vu Tom de ses propres yeux. Elle était donc au courant de… tout, en fait. Que Harry et Tom se voyaient – s'entendaient suffisamment bien pour aller boire un verre ensemble – non pire, lui procura son cerveau avec fatalité : elle savait qu'ils étaient ensemble. C'était catastrophique.
Alors d'accord, il s'était dit à peine dix minutes plus tôt qu'il espérait que ce scoop lui appartienne mais, réflexion faite, et devant le fait accompli, Harry se devait de revoir son jugement. De toute les personnes foulant la Terre, Rita Skeeter était la dernière, la dernière personne à qui Harry aurait confié ce secret. Parce qu'il imaginait très bien le type de conclusion qu'elle pourrait tirer. Que lui et Tom tiraient les ficelles ensemble depuis le début. En fait, toutes les suspicions que Ron, Hermione et Drago (et tous les autres – tous ceux qui étaient au courant) avaient eue… Elle les aurait aussi, les magnifierait avec sa plume à conneries et parviendrait à convaincre toute la population que ce désastre était imputable à eux et à eux uniquement.
Elle avait évidemment un air extrêmement satisfait – qui s'accroissait en même temps que celui, terrorisé, d'Harry. Est-ce que la menacer de la révéler comme étant une animagus marcherait encore ? Non, pas face à un secret comme celui-là. La seule chose à faire, c'était de prévenir Tom et de la soudoyer pour qu'elle se taise… ou de lui effacer la mémoire.
-Comment vas-tu, Harry, depuis la bataille ?
D'accord, donc en plus elle allait l'attaquer de biais. Il aurait sans doute dû s'y préparer. Elle n'était pas du genre à pointer du doigt en hurlant : « j'accuse ! ».
-Je vais bien, merci.
S'en tenir à sa stratégie. S'il ne disait rien d'intéressant, s'il ne sous-entendait rien de curieux, alors elle se désintéresserait de lui très vite. Du moins, c'était ce sur quoi il comptait.
-Et où étais-tu terré ? Drago Malfoy a plusieurs fois déclaré que tu étais entre de bonnes mains et en convalescence, comme tes amis, d'ailleurs, mais il a refusé de préciser ce que cela impliquait.
Merci, Drago, pensa Harry avec soulagement. Il ne s'attendait pas trop à ce que son ami ? (l'étaient-ils toujours maintenant que Drago savait avec qui Harry vivait ?) ait décidé de le couvrir. Mais c'était manifestement le cas et Harry avait désormais une dette envers lui.
-Chez moi.
La plume s'agitait sur le calpin. Harry pouvait plus ou moins imaginer les absurdités qui jaillissaient de son bec. Il fit mine de se retourner le but était de pousser Rita à lui dire ce qu'elle retenait. Son air entendu l'était trop pour qu'elle ne lui pose pas une question sur Voldemort. Elle lui bloqua le passage en se glissant littéralement devant lui. Son sourire plus méprisable encore qu'avant :
-Harry, je n'irai pas par quatre chemins car nous avons le droit de savoir : est-ce que tu peux m'expliquer…ceci ?
Et d'une façon terriblement dramatique que Tom lui aurait sans doute enviée, Rita brandit son téléphone et plaça l'écran sous les yeux d'Harry. Un gif était affiché. Très court, quelques secondes avant de revenir au début, il montrait Tom enlacer Harry. Une courte accolade qui était advenue juste après l'affrontement final. Juste avant que Tom ne déclare être un médecin et qu'il affirme qu'il avait d'autres chats à fouetter que de s'occuper des sorciers.
Et nul doute que c'était – c'était à la fois exactement ce qu'il avait craint (parce qu'il était effectivement question de Tom et lui mais – mais à la fois… Tellement moins grave, tellement moins critique) qu'il eut envie de rire.
-Sais-tu de qui il s'agit Harry ? Sais-tu qui est cet homme ?
Harry comprit qu'elle supposait qu'il l'ignorait. Et d'ailleurs, comment allait-il expliquer, ensuite, pourquoi il le laissait s'approcher de lui ?
-Je n'ai pas de commentaire à faire, trancha-t-il.
Et c'était choquant, considéra-t-il avec une certaine dose de stupéfaction en s'éloignant : parce qu'elle avait parlé à Tom quand elle les avait surpris au trois balais. Ils avaient eu un bref échange. Qu'elle ne fasse pas le lien, qu'elle oublie qui elle avait eu sous les yeux… Elle avait peut-être été si obnubilée par Harry qu'elle avait juste occulté qui était l'homme à côté d'elle.
Qu'on puisse ne pas s'intéresser à Tom le surprenait (voir Harry considérait que c'était complètement fou) mais pour sa défense, Harry réalisait qu'il était pratiquement son gagne-pain.
Sa vanité était donc si démesurée qu'elle se mettait en travers du plus grand scoop de sa carrière. Ce qui était à la fois une pensée rassurante (leur secret ne serait pas rendu public le lendemain) cela laissait clairement réfléchir quant à son intégrité en tant que journaliste. Mais bon. Harry n'avait jamais eu beaucoup d'attente à son égard sur ce dernier point.
Ou alors, elle avait compris qu'il s'agissait d'un moldu… et elle leur accordait si peu d'importance qu'elle n'avait même pas vraiment regardé son visage. C'était possible quoique très déprimant. Le bruit de ses talons claquait derrière lui. Elle allait le suivre. Probablement qu'elle le suivrait jusqu'à son bureau et qu'elle l'empêcherait de travailler tant qu'il n'avait pas satisfait sa curiosité. C'était juste – ahurissant de connerie.
-Skeeter, cracha-t-il en se retournant.
Il avait fait abstraction des autres mais – mais c'était évident, maintenant qu'elle avançait vers lui, qu'elle n'était pas seule. De toute évidence, un certain nombre des sorciers et sorcières… se posaient la même question. Comment vous-savez-qui et Harry Potter sont arrivé à un stade où il est acceptable pour eux de s'enlacer ?
Bon Dieu, heureusement que Tom avait eu la présence d'esprit de ne pas l'embrasser, il n'osait pas imaginer le choc que la population aurait subi si tel avait été le cas. Mais, dans la situation actuelle, bien sûr qu'ils étaient curieux, bien sûr qu'ils ressentaient un besoin inextinguible de comprendre la situation, de mettre du sens dans l'absurdité qu'était devenue leur vie à tous.
-Je n'ai pas de réponse. Je pense que c'est parce que j'ai sauvé sa vie. Tout s'est passé trop vite.
Peut-être qu'elle jugerait cette réponse satisfaisante. Peut-être pas. Dans tous les cas, il n'était pas prêt à détailler leur relation sans en discuter avec Tom. Qui y avait probablement déjà réfléchi. Il soupira et franchit à la limite du pas de course les derniers mètres avant l'ascenseur.
Il n'en revenait toujours pas que Rita n'ait pas reconnu immédiatement Tom comme étant son petit-ami c'était -
Une dernière hypothèse à laquelle il n'avait évidemment pas pensée parce qu'il était naïf s'imposa. Peut-être que Tom s'était occupé de ce problème. Tom qui aimait avoir une longueur d'avance, qui considérait que rien n'était plus utile que d'être toujours préparé, qui avait la manie d'étudier chaque cas de figures au cas où ils se présenteraient…
Hâtivement, les doigts tremblants d'indignation – évidemment que c'était ce qui était arrivé, évidemment que Tom avait trafiqué la mémoire de Skeeter – il s'agissait quand même du type qui avait trafiqué la mémoire de tous ses camarades de classe pour que son apparence devienne un vieux souvenir confus.
Son message fut bref et pragmatique :
Est-ce que tu as fait quelque chose à Rita Skeeter ?
Tom se connecta immédiatement. Harry apprécia pour la millième fois de leur relation la promptitude avec laquelle il réagissait à ses messages. Rares étaient les fois où il n'arrêtait pas ce qu'il était en train de faire pour le tranquilliser (ou lui donner les informations qu'il désirait).
Ce n'était pas rassurant : le texte sur son application de messagerie passait de « est en train d'écrire » à « en ligne » successivement. Ce qui était une réponse en tant que telle. Il devait être en train de réfléchir à une façon rationnelle d'annoncer à Harry que oui, il était allé la trouver, lui avait lancé un quelconque sort et, au final, Harry devrait lui en être reconnaissant, il avait fait ça pour le protéger du jugement de ses pairs.
Et oui, d'accord, une partie de lui était reconnaissante, bien sûr. Une autre… était juste atterrée. Inutile de prétendre l'inverse. C'était une pente glissante et elle ne menait qu'à une seule conclusion. À laquelle Harry n'avait certainement pas envie de penser maintenant.
Finalement, le message.
Non. Pas encore. Tu veux que je m'en occupe ?
Etonnant. Et le comportement de Rita complètement inexplicable, du coup. Mais il avait confiance aux dires de Tom. Il lui disait la vérité.
L'ascenseur s'enfonça latéralement dans le Ministère avant de remonter brusquement. Il était seul dans la cage. Depuis qu'il avait décidé de devenir Auror, ce qui s'était fait à la hâte sans les examens et les études nécessaires, il y avait toujours eu ce conflit imminent qui planait au-dessus d'eux. C'était pour ça qu'il était revenu. Maintenant qu'Olivia était derrière les verrous, Harry devait admettre qu'il… ne ressentait plus forcément la même envie.
Ce métier, c'était celui de son adolescence. Il n'avait pas réussi à s'imaginer autrement, justement parce que Voldemort le poursuivait sans relâche. Il n'avait pas réalisé, à l'époque, qu'il pouvait… être autre chose. Faire autre chose.
Il ne s'était jamais autorisé à y repenser. Mais ses élèves, les moldus à qui il enseignait la littérature anglaise ils lui manquaient terriblement. Plus encore maintenant qu'il était à nouveau au centre de l'attention et que, face à lui, se trouvait de nouveau Tom. Ils ne les laisseraient jamais tranquille, réalisa-t-il. Dès maintenant, sa vie, c'était être au centre des derniers ragots, à la une des journaux. Plus d'anonymat, plus de cette vie tranquille qu'il regrettait pourtant à chaque fois que les yeux ronds d'un inconnu se posaient sur lui.
Les portes grincèrent en s'ouvrant. Elles donnaient sur le couloir de l'aile des Aurors. De nombreuses portes qui menaient soit à d'innombrables couloirs, soit à des salles de conférences. Les bureaux étaient plus loin.
Harry traversa la salle le parquet était ciré. Les murs brillaient aussi. C'était trop rutilant, trop agressif à son goût. Et qui serait son chef ? Ils avaient opéré comme une équipe sans tête mais maintenant qu'ils avaient enfin atteint une certaine normalité – nul doute que ce fonctionnement serait abandonné. Il espérait que ce serait un sorcier avec qui il aurait un minimum d'affinité.
La porte s'ouvrit toute seule – l'absence totale de vie aurait sans doute dû l'inquiéter mais Harry se fit la réflexion qu'un mercredi matin, tous les aurors devaient avoir bien d'autres choses à faire, et toutes plus importantes, que de traîner dans des couloirs. La pièce dans laquelle il venait de pénétrer était une espèce de salle d'attente. Il y avait une plante magique qui oscillait dans un vent inexistant. Des fauteuils inconfortables étaient appuyés contre le mur. Une étagère avec la presse du jour (nationale et internationale) largement déployée contre un autre mur.
Harry la traversa en apportant qu'un intérêt limité à tous ces éléments. Avant de revenir sur ses pas et d'attraper la Gazette du Sorcier du jour. Il y avait forcément des éléments qu'on oublierait de lui dire et s'informer lui-même en lisant les journaux lui paraissait optimal. Il revint sur ses pas et ouvrit la porte placée en face de celle par laquelle il était entré.
Celle-ci menait aux bureaux. Un long couloir, parsemé de vitres. Fenêtres sur les bureaux de ses collègues. Il regarda à travers chacune d'entre elle. Et se sentit soulagé de voir qu'il y avait bien des Aurors au travail.
Le bureau qu'il avait occupé se trouvait au bout. Il s'y rendit avec empressement. Une fois dedans, une fois assis face à ses affaires, il espérait retrouver un peu de légitimité. Maintenant qu'il s'agissait d'une journée « habituelle » et que Ron et Drago n'étaient pas là pour le soutenir, il se sentait… terriblement illégitime. Il était le « fils de » qu'on embauchait parce qu'on avait pas le choix.
Pressant le pas au maximum, il ouvrit sa porte brusquement et la referma sans délicatesse. Son bureau était… exactement tel qu'il l'avait laissé. C'était faux, certains tiroirs étaient ouverts. Il imaginait que ça datait de son arrestation. Hermione et Drago avaient peut-être essayé de mettre la main sur des documents compromettants. Mais il n'y avait rien de compromettant dans la vie d'Harry.
Si ce n'était son foutu petit-ami.
Se sentant progressivement de moins en moins à sa place, il referma les quelques tiroirs. En fait, il pouvait vider son bureau, plus aucun des documents n'avaient d'importance maintenant qu'ils avaient résolu le problème qui l'avait poussé à reprendre ses fonctions.
Il s'assit sur sa chaise. Elle n'était pas très confortable mais il n'avait jamais pris la peine d'améliorer cet aspect-là, un auror passait très peu de temps assis, après tout.
Qu'était-il sensé faire ? C'était étrange, sans aucun doute, de rester assis sans avoir rien à faire… Et surtout si personne ne savait qu'il était là et qu'il n'était pas vraiment attendu. Il hésitait : les nouvelles de son arrivée ne tarderait pas à arriver aux oreilles de Kingsley ou de n'importe qui d'autre – mais peut-être ferait-il mieux de prendre les devants ? En tout cas, rester enfermé seul dans son bureau n'était sans doute pas la chose la plus intelligente à faire. Il se releva, fit quelques pas pour revenir auprès de la porte. La main à mi-chemin de la poignée avant de soupirer, de faire demi-tour et de griffonner un mot à l'intention du Ministre.
S'ils avaient besoin de lui pour une raison ou pour une autre (Kingsley était au courant… Peut-être qu'il ne voudrait pas d'Harry dans le Ministère. C'était compréhensible et Harry avait l'intuition qu'il serait presque… soulagé de se voir congédié.) Le mot s'envola dans un bruissement de papier. Harry lui ouvrit la porte et le regarda s'éloigner. C'était – une bonne chose de faite, décida-t-il.
Il s'engagea dans le couloir, prêt à demander à n'importe quel sorcier (en espérant qu'il s'agisse d'une figure familière dans cet océan d'inconnus) ce qu'il pouvait faire. Mais il avait à peine fait quelques pas hasardeux qu'un origami s'agitait devant lui. Le papier était violet et les bordures dorées : c'était incontestablement un mot venant du Ministre. Harry doutait que son propre message ne lui soit déjà parvenu – Kingsley était donc au courant de son arrivée.
Délicatement – avec un soin qui était un peu inutile étant donné que le morceau de papier n'était pas vivant – il attrapa la forme (qui ressemblait curieusement aux avions que fabriquaient les élèves lorsqu'ils s'ennuyaient un peu trop en cours) et la déplia. Le mot était simple :
Harry, peux-tu me retrouver dans mon bureau ?
C'était rassurant de voir que le Ministre utilisait son prénom. C'était aussi rassurant qu'il le tutoie. En fait, le message était en tous points semblables à ceux qu'il avait pu recevoir de sa part avant… avant l'affrontement et la révélation de l'identité de Tom. Peut-être ne se ferait-il pas sommairement virer, alors. Et, au final, il était content de voir qu'il avait désormais une mission. Et même si Kingsley ne le convoquait que pour lui souhaiter « un bon rétablissement », il pourrait lui demander des conseils quant à… ce qu'il était censé faire.
Il fit donc demi-tour et, la démarche un peu plus enthousiaste, entreprit de se rendre dans le bureau du Ministre. Il se trouvait, évidemment, dans les étages supérieurs du Ministère. Il n'avait pas encore eu l'occasion de s'y rendre mais il savait qu'il y avait un balcon personnel qui donnait directement sur l'Atrium. Une façon pour lui de voir son « peuple » ou de le montrer lorsqu'il avait la visite d'un personnage de marque ?
En fait, c'était peut-être une légende, considéra-t-il en appuyant sur le bouton de l'ascenseur magique. D'une façon ou d'une autre, un enchantement avait dû le reconnaître lorsqu'il avait pénétré dans la cage. Un bouton qu'il n'y avait pas eu quelques secondes auparavant, marqué d'un « M » sobre, s'était inséré entre les autres.
Le trajet fut plus court qu'il ne s'y était attendu. Et les deux portes en bois qui terminaient le couloir était définitivement celles de l'antre d'un auguste personnage. De nombreux tableaux étaient affichés le long des deux murs. Les différents Ministre, comprit Harry alors qu'il dépassait les portraits de Fudge (qui semblait se tasser sur lui-même en le regardant passer) et le regard fier de Scrimegeour. Harry nota que Thicknesse était absent. Probablement parce qu'il n'avait pas réellement été un Ministre mais une simple marionnette.
Arrivé devant la porte, il passa une main sur ses cheveux, tira sur sa chemise et toqua contre la porte. La voix chaude et puissante de Kingsley lui intima d'entrer.
Il pressa sur la poignée et le bureau du Ministre de la Magie s'offrit à sa contemplation. En tout cas, sa fonction était absolument évidente. Dans les larges fenêtres qui donnaient – il le devinait – effectivement sur l'Atrium. Le bureau était gigantesque, la pièce richement décorée. Des bibliothèques débordant de livre le long de chaque murs… Harry se sentait, il en avait presque honte, d'ailleurs, complètement intimidé.
Kingsley s'avança à grands pas vers lui, la main tendue dans sa direction. Sans la moindre hésitation, Harry tendit la sienne en souriant. C'était peut-être cet accueil franc et chaleureux, peut-être l'air simplement soulagé de Kingsley, ou – il ne savait pas quoi, mais il se sentit immédiatement à l'aise. Comme s'il était évident qu'il aurait dû commencer par se rendre ici plutôt que d'errer dans tous les étages possibles.
-Harry Potter, s'exclama Kingsley (et Harry eut l'impression qu'il était à deux doigts de lui donner une claque dans le dos) : je pense que je parle au nom de toute la communauté en te souhaitant une bonne rentrée. Comment tu te sens ?
-ça va bien, merci Kingsley. Et toi ? Et vous ? Est-ce que tu as des nouvelles de Ron et d'Hermione ?
Le Ministre désigna la chaise qui était en face de la sienne. Harry s'assit – un peu embarrassé de ne pas trop savoir comment se comporter – quelle posture prendre. Même s'il était face à quelqu'un qu'il appréciait sincèrement – il restait le Ministre. Que ferait Tom ? se demanda-t-il – avant de retirer immédiatement cette interrogation de son esprit. Ça allait mal s'il commençait à vouloir imiter Tom.
-Ils sont tous les deux à Sainte Mangouste, en pleine santé. Si ce n'est – la jambe de Ron.
Un silence pour souligner la tragédie qu'était de perdre une jambe ainsi que pour marquer le respect qu'ils vouaient l'un comme l'autre non seulement à cette jambe perdue mais aussi à Ron dans sa totalité.
-Est-ce que tu as eu le temps de visiter le mémorial ? demanda ensuite Kingsley.
-Un mémorial ?
Bon, il manquait un peu de débrouillardise, ça lui paraissait soudainement évident qu'un mémorial avait été érigé pour les personnes qui avaient péri dans la bataille.
-Oui, il a été construit dans le Parc Saint James. C'est un… beau geste, j'imagine mais – pas très réjouissant, bien sûr. Cela dit, je pense qu'il serait bien que tu t'y rendes, Harry.
-C'est mon intention ! ajouta précipitamment Harry qui n'avait pas du tout envie que Kingsley puisse penser qu'il n'accordait pas d'importance aux victimes. Puisque c'était l'inverse. Il accordait énormément d'importance à toutes ces vies qui n'étaient plus par sa faute. Une pensée pour Matthew qui lui serra l'estomac.
Un nouveau silence. Brisé une nouvelle fois par le Ministre :
-Je ne vais pas y aller par quatre chemins, Harry. Nous, la communauté sorcière dans son ensemble, avons terriblement besoin de toi.
-Ah bon ? demanda Harry, surpris.
Et il ressentait une certaine angoisse maintenant qu'il avait entendu cet aveu. Il n'arrivait pas à imaginer ce qui pourrait pousser Kinglsey à lui confesser une chose pareille.
-Comme tu t'y attends sûrement cela concerne en partie…
Il fit un vague geste de la main. Harry n'avait, pour ainsi dire, absolument aucune idée de ce à quoi il faisait référence. Jusqu'à ce que le regard insistant de Kingsley ne le lui fasse comprendre.
-Tom, proposa-t-il en sachant pertinemment que c'était bien de lui dont il était question.
-Précisément. Voilà, Harry, je t'avoue ne pas être à l'aise avec la façon dont les choses se sont déroulées. Ni avec la place qu'il occupe actuellement du côté des Moldus – des Non-Magiques. Mais, évidemment, ce que je ressens par rapport à leur gestion de la crise ne les importe absolument pas. Au contraire.
-D'accord, mais je ne vois pas en quoi je peux être utile, je doute qu'ils se décident à le remplacer par moi.
-Non, non, ce n'est pas de ça qu'il s'agit.
Kingsley se rassit sur son fauteuil :
-Nous avons besoin d'une figure forte dans notre camp. Quelqu'un qui inspire confiance, qui pourra rallier les sangs-purs et les nés-moldus. Et, par-dessus tout, quelqu'un qui est capable de lui tenir tête.
L'étincelle de suspicion s'embrasa en Harry. Lui tenir tête. C'était ça, l'élément important de la déclaration de Kinglsey. Il le voyait maintenant. Ils n'avaient pas besoin de leur «Elu », « Survivant » ou peu importait quel était le surnom dont on l'affublait ce mois. Ils avaient besoin de quelqu'un qui puisse – ne pas se laisser intimider par Tom Riddle.
-Parce que vous avez régulièrement affaire à lui ?
Le visage de Kingsley se renfrogna. Il soupira et son regard dévia vers les fenêtres. Ils étaient trop hauts pour voir les sorciers et les sorcières qui évoluaient en contre-bas. Un bout de la statue en construction. Et des nuées des papiers du Ministère qui volaient dans l'espace clos. C'était facile d'imaginer qu'il puisse s'agir réellement d'oiseaux.
Il y avait véritablement quelque chose de magique dans ce bâtiment. Et ça méritait d'être protégé.
-Est-ce que tu avais des projets pour cet après-midi, Harry ? Tu pourrais nous accompagner. Te faire ta propre opinion de la raison pour laquelle nous avons besoin de toi.
-Bien sûr, Kingsley, avec plaisir.
Il venait d'arracher ces mots à sa poitrine. Parce que ce n'était pas par plaisir qu'il acceptait. Mais par sens du devoir. Un sens du devoir envers le monde qui l'avait, lui, si bien accueilli et qui avait si mal reçu la personne qui avait le plus d'importance pour lui.
Et contre qui il sentait qu'il devrait protéger ce monde, justement.
Bien sûr, c'est à nouveau dans le couloir qu'Harry réalisa que Kingsley ne lui avait pas dit ce qu'il pourrait faire jusqu'à ce qu'il doive le retrouver. Patienter derrière son bureau lui semblait la meilleure façon de laisser son angoisse prendre le dessus.
Par manque de choix il décida d'aller à Sainte-Mangouste afin de rendre visite à ses amis. Il transplana donc directement du Ministère à l'hôpital magique.
La même scène que son arrivée au Ministère l'y accueillit. Les proches des malades ou blessés se retournaient tous sur son passage en chuchotant. Quant au jeune sorcier qui était à l'accueil, il sembla être sur le point de faire une syncope en voyant qui était son interlocuteur.
En le voyant bégayer son « bienvenue » pour la troisième fois, Harry décida d'avoir pitié de lui :
-Je viens voir Ron Weasley et Hermione Gran-Malfoy, se corrigea-t-il en grimaçant.
Il ne s'y était de toute évidence toujours pas fait. Le jeune homme hocha de la tête à plusieurs reprises et lui indiqua deux numéros de chambre. Heureusement, pensa Harry avec soulagement, les deux chambres étaient manifestement proche l'une de l'autre. Il n'aurait pas à parcourir les couloirs de Sainte-Mangouste pendant des heures.
Suivant les indications qu'il venait de recevoir, il s'approcha des énormes escaliers de pierres. Il se doutait qu'il existait probablement un système d'ascenseur comme au Ministère, mais il n'avait, pour l'instant, ni eu l'occasion de les voir ni de les emprunter. Mais comme le numéro des deux chambres commençaient par un « 1 », il imaginait qu'il n'aurait pas trop d'étages à passer avant d'arriver à son but.
Et, effectivement, il se retrouva bientôt devant la chambre où reposait Hermione. Il toqua faiblement à la porte. Contre toute attente, un « entrez » répondit à son geste. Peut-être que des aurors gardaient ses amis en permanence. Ce qui ne serait pas rassurant puisque cela sous-entendait qu'une menace existait toujours. Il appuya sur la poignée et entra dans la chambre.
Il aurait dû se douter que la personne qui se trouverait dans la chambre serait Drago Malfoy. C'était évident qu'il ressentirait le besoin d'être auprès de sa femme pendant qu'elle récupérait. En voyant qui venait lui rendre visite, il esquissa un mouvement de recul. Mouvement qui n'échappa pas à Harry et qui eut l'effet d'une gifle. Il avait bêtement espéré que les choses reprendraient telles qu'avant. Que cette petite parenthèse, leur arrestation, leur emprisonnement, et les affrontements se fermerait dans un murmure qu'on oublierait bien vite.
Mais Drago n'avait manifestement pas oublié. Et comment le pourrait-il ?
-Salut Drago, essaya Harry en s'approchant.
-Potter, lui répondit le blond en croisant les bras.
Mais Harry avait eu le temps de voir que sa main droite se crispait sur sa baguette. Il était… aux abois. Prêt à attaquer s'il sentait qu'Harry était une menace. Et c'était tellement fou, tellement absurde, il s'agissait d'Hermione, sa meilleure amie depuis toujours, Harry était prêt à mourir pour elle et – et il était traité comme un criminel.
Il ravala sa tristesse et sa fierté :
-Comment elle va ?
Pour la première fois depuis qu'il était entré, son regard glissa de son ancien… ennemi ? ami ? étaient-ils de retour à la case départ ? jusqu'à Hermione. Elle était allongée sur le dos. Il n'y avait aucun équipement magique qui laissait entendre qu'elle était malade ou blessée. C'était une bonne nouvelle. Elle était… juste endormie. La question était, évidemment, pour combien de temps.
Les traits apaisés, ses cheveux étalés sur l'oreiller, c'était une vision qui lui rappela singulièrement leur deuxième année à Poudlard. Sauf qu'à douze ans, pétrifiée, elle n'avait encore été qu'une enfant. C'était une femme qui était allongée sur ce lit.
-Bien. Et puisque tu es réveillé, on espère que cela ne devrait pas prendre beaucoup plus de temps.
Il y avait des reproches dans ces mots. Comme si, d'une façon ou d'une autre, Harry était coupable d'être debout, de pouvoir reprendre sa vie, alors que son amie était encore clouée au lit. Mais selon son expérience – elle n'aurait pas de séquelles et pourrait reprendre sa vie là où elle l'avait laissée.
Il y avait une autre chaise, de l'autre côté du lit. Et Harry avait envie de s'y asseoir, de rester un moment auprès d'Hermione. Hermione dont il avait été assez proche pour que Ron en éprouve une jalousie si cuisante qu'il les avait abandonnés. La réalité, c'était qu'il ne se sentait plus à sa place. Et Drago n'arrangeait pas les choses. Sa présence n'était plus la bienvenue. Harry essaya de se rassurer en considérant qu'Hermione expliquerait à son mari que –
Mais était-il rempli d'illusions ? Peut-être, réalisa-t-il avec horreur. Peut-être que ses amis ne seraient pas capables de lui pardonn– mais ils étaient Harry, Ron et Hermione ! Sauf qu'Harry ne leur avait pas laissé le choix en faisant le sien. Il ne leur avait jamais expliqué la situation, il s'était contenté de tout garder caché alors qu'il commettait un crime que d'aucun qualifieraient d'impardonnable.
-Est-ce que tu peux me prévenir quand elle se réveillera ?
Le rictus de Drago était une réponse en tant que telle.
Il n'y avait personne dans la chambre de Ron, mais les nombreuses cartes de « bon rétablissement » indiquaient qu'il recevait beaucoup de visite. Harry se sentit très reconnaissant de pouvoir passer un moment seul avec lui. Sans hésiter, il prit place à côté de la forme endormie de son ami.
Comme Hermione, si ce n'était son absence totale de mouvement (à l'exception du mouvement de son torse – les longues inspirations et expirations), il semblait aller plutôt bien.
Pourquoi s'était-il réveillé avant ? se demanda Harry. Il eut soudainement envie de prendre la main de Ron entre la sienne mais se ravisa. Geste bizarre et peut-être pas le bienvenu. La réaction de Drago venait de lui rappeler qu'il y avait une chance pour que son ami ne veuille…tout simplement plus le voir. Et ce, malgré le fait qu'Harry avait eu l'impression de les retrouver pendant la bataille. Ils avaient retrouvés cette cohésion, à ce moment-là. Mais rien n'indiquait que ce serait toujours le cas à leur réveil – maintenant que l'adrénaline était définitivement retombée.
Et il y avait cet endroit sur lequel Harry n'osait pas poser les yeux. Il se retint, se mit même à compter les taches de rousseur qu'il voyait sur les joues de son ami… Impossible de ne pas affronter la réalité plus longtemps. Son regard roula sur le torse, le bassin… et sur le plat de la couverture. Là où il y aurait dû avoir une bosse.
Est-ce que Ron avait réalisé qu'il avait perdu une de ses jambes ? Ou c'est quelque chose dont il devrait prendre conscience à son réveil ? Et en même temps, même s'il avait été conscient de cette perte… Le sommeil était si profond, si lourd – Harry en savait quelque chose – qu'il serait désorienté en se réveillant. Et devrait, dans un sens, perdre sa jambe une seconde fois.
-Je suis désolé, déclara-t-il.
En fait, il ne savait pas ce pourquoi il était désolé. Rien de ce qui était arrivé n'était de sa faute. Olivia était fautive – ainsi que qui que soit le sorcier qui était responsable de la perte de sa jambe. Même s'il leur avait avoué la vérité depuis le début quant à l'identité de Tom… Harry doutait que cela aurait pu changer quoi que ce soit. La bataille aurait tout de même eue lieu (mais ils n'auraient pas perdus un temps fou en les enfermant – combien de vie auraient pu être sauvées si Harry avait eu le courage d'être honnête depuis le début ?)
Le besoin irrépressible d'aller voir le mémorial le submergea. Sans signe avant-coureur. Harry s'était même secrètement dit qu'il allait éviter d'y aller, quand Kingsley l'avait mentionné. Et ce besoin de voir Hermione et Ron – c'était – il en avait l'impression, une façon pour lui de… se rassurer. Ses amis étaient en vie. En allant les voir, en leur consacrant son énergie, il évitait de penser aux morts (à Matthew) –
Il se redressa brusquement, le cœur au bord des lèvres. Pourquoi lui était-il si facile d'oublier ceux qui avaient disparus par sa faute ? Non ce n'était pas de sa faute, lui répéta son cerveau en avançant les mêmes arguments. Matthew qui avait un petit-frère qu'il avait hâte de revoir – et qu'il ne reverrait jamais. Matthew qui était toujours serviable – enthousiaste, qui les avait suivi et qui n'avait jamais remis en doute ni leur avis ni leur façon de faire.
Il avait sans doute raté son enterrement. Qui, de toute façon, s'était probablement déroulé aux Etats-Unis. La vision du père de Cédric, alors qu'il réalisait que son fils était mort, lui apparût. Il faisait tout pour oublier cette nuit-là, d'habitude. Mais il supposait que les parents de Matthew avaient dû vivre la même horreur. C'était dégueulasse – et injuste –
Il quitta la chambre de Ron précipitamment, sans vraiment le réaliser. Dévaler les escaliers sans faire attention aux gens qui l'entouraient. Pas d'égards pour les médico-mages qui pourtant sauvaient des vies – en avaient sans doute sauvé plus que lui lors de l'affrontement.
Le parc Saint James, se répétait-il. C'était ironique – ironique qu'ils aient choisis celui-là. À moins qu'ils n'aient fait exprès. Il avait envie d'appeler Tom – mais que pourrait-il lui dire ? Et qu'en savait son petit-ami de la culpabilité ?
C'était faux, et Harry le savait, Tom était intimement familier avec la culpabilité. La vérité c'était que même s'il cherchait à trouver un coupable ailleurs, il n'en trouverait jamais sans faire preuve d'une mauvaise foi criminelle. Parce que la seule personne qui avait une part de responsabilité, dans leur camp, c'était lui.
Le mémorial ne différait en rien à ceux qui étaient traditionnellement érigés. C'était un mur. (Trop long, au goût d'Harry). Immanquable même depuis l'entrée du parc. Il était légèrement en hauteur, et semblait devenir de plus en plus imposant au fur et à mesure qu'Harry s'avançait dans sa direction. Il savait déjà que des noms seraient écrits contre la pierre. Une liste de disparus. Des couleurs vives, un coloriage enfantin, se précisait. Des fleurs. Il y avait des peluches. Des bougies. Des cartes et des photos.
À la vue de ces visages souriants, son ventre se tordit. Ils ne souriraient plus. Il n'était pas responsable, essaya-t-il de se convaincre. Mais ces centaines de sourires, au sol, qui le fixaient semblaient l'accuser de leur bonne humeur. Il y avait tellement de noms. Combien de victimes, au juste ?
Combien réduite à l'état de cendres ? Et nul doute qu'ils n'avaient pas inclus tous les moldus qui étaient morts avant le jour de l'affrontement. Ceux qui avaient servi de base à l'armée d'Inferis. Quelle horreur. Il se mit en tête de chercher le nom de Matthew. Cet objectif lui permettrait peut-être de maîtriser les sentiments qui s'accumulaient en lui, qu'il était incapable d'accepter et qui carambolait quelque part dans sa poitrine. Il aurait souhaité – tout, en fait. Être un nom sur ce mur. Ou qu'il n'y en ait aucun.
Ne pas avoir caché à ses amis l'identité de Tom. Que Tom n'ait jamais –
C'était des vœux dangereux. Si Tom n'avait jamais commis le moindre crime, jamais Harry et lui n'auraient pu se trouver. Mais était-il réellement prêt à sacrifier tous les personnes de ce mur (et toutes celles qui étaient mortes pendant les guerres sorcières) au nom de son bonheur à lui ?
Il avait honte, parce que sa réponse était évidente.
La nervosité de Kingsley était en passe de le contaminer. Elle était délicate : elle ne s'exprimait que par l'ajustage subtil de sa robe. Ils étaient accompagnés de deux langues de plombs. Harry avait oublié leur nom aussitôt qu'il les lui avaient donné. Des noms de sorciers – complexes et clairement tirés de la mythologie.
-Messieurs, commença Kingsley : vous connaissez la procédure. Restons diplomatiques quoiqu'il arrive.
Les langues de plombs étaient maussades. Air qui était particulièrement à propos dans cette salle. Une salle totalement blanche, d'un bâtiment dont Harry ignorait la localisation : il avait transplané avec Kingsley. La seule touche de couleur était une plante verte qui paraissait factice.
Elle avait été placée là sciemment, devinait Harry. Mais il ne parvenait pas à comprendre quel effet elle était censée faire sur lui. Le rassurer, une touche de vie, de ce vert familier dans cette pièce aux couleurs mortes (cette blancheur immaculée lui rappelait vaguement Kings Cross… quand Tom l'avait abattu, toutes ces années plus tôt). Ou l'effrayer, lui faire comprendre que comme elle, il était seul ? Qu'une plante en pot dérisoire était ridicule lorsqu'elle était placée dans ce genre d'environnement aseptisé ?
Il s'en détourna.
-C'est normal qu'ils nous fassent attendre comme ça ? demanda-t-il.
Sa voix paraissait amplifiée dans cette salle presque nue.
Kingsley haussa des épaules. Un geste de défaite peut-être. Ils étaient en territoire ennemi et devraient s'accoutumer de leur sort. Qui était manifestement d'attendre, las, mal installés, qu'on daigne venir les chercher. Les deux-langues de plombs n'ajoutèrent rien. Harry se leva, s'étira et s'avança vers la plante. Il se pencha. Impossible de déterminer si elle était réelle. Du pouce et de l'index, il saisit une feuille.
-Veuillez me suivre.
La porte, silencieuse, s'était ouverte sur un homme. D'une quarantaine d'année, son expression était méprisante. Harry laissa la feuille glisser entre ses doigts. Elle était fausse.
Tous les quatre, mortuaires, ils quittèrent la pièce. Trois couloirs successifs, tous aussi vides les uns que les autres. Les mêmes murs blancs. Et un silence pesant. Ils étaient probablement dans un lieu sécurisé.
L'homme les mena dans une pièce. Il n'y avait pas de fenêtre. Les murs étaient en bois laqués. En fait, ils ressemblaient beaucoup au bois qu'il y avait dans le bureau de Kinsley. Sombre, riche, il évoquait la puissance. Au centre de la longue pièce, une table qui ne déméritait pas. Harry compta cinq chaises de part et d'autres.
Ils n'étaient que quatre. (un stratagème psychologique pour les faire se sentir inférieur ?) deux autres plantes étaient disposées dans des coins. Elles étaient plus grandes, leurs feuilles plus fournies, mais elles dégageaient exactement la même aura de facticité.
Kingsley s'installa au centre. Les deux langues de plombs l'entourèrent. Harry avait donc le choix entre deux places, les deux aux extrémités de la table. Son instinct lui aurait dicté d'aller s'asseoir à l'endroit le plus éloigné de la porte. Il décida de le combattre.
L'homme qui les avait conduits disparus. Et une nouvelle attente. Ils n'osaient ni parler ni se regarder. Harry se surprit à contempler la table en verre. Un bord très fin de couleur noir – il était ridicule. Mais difficile de faire autre chose. Pas quand les moldus étaient visiblement hostiles et peu enclins à être hospitaliers. Non-magique, se corrigea-t-il.
Une conversation dans le couloir. Des voix d'hommes et de femmes. Et, l'instant d'après, ils étaient là. Cinq. Supériorité numérique. Un homme qu'Harry avait déjà vu puisqu'il s'agissait du premier Ministre mol-non-magique. deux femmes en tailleurs et à l'air grave l'entouraient de même que deux hommes. Dont l'un était Tom.
Ils échangèrent un regard. Et Harry fut heureux d'y déceler une pointe de surprise – puis de plaisir. De toute évidence, il ne s'était pas attendu à ce qu'Harry soit jeté dans la fosse aux lions (parce que c'était bien l'impression que cette mascarade donnait) alors qu'il venait à peine de remettre les pieds aux Ministère. Mais bon le monde sorcier ne pouvaient pas se permettre de le laisser sur la touche.
Salutations glaciales. Harry serra cinq mains, constata qu'on le dévisageait – mais, étrangement, qu'aucun des moldus (non-magiques) n'épargnèrent le moindre regard à sa cicatrice. Ils ne savaient probablement pas le fin mot de l'histoire et c'était mieux ainsi. Par contre, il remarqua clairement que les langues de plombs l'observaient avec curiosité. Ce qui était tout à fait raisonnable puisqu'ils n'étaient pas au courant de sa relation avec Tom.
Ils devaient imaginer que c'était la première fois que Harry Potter se trouvait face à Lord Voldemort depuis l'affrontement. Il se demanda un instant s'il aurait mieux fait de le provoquer verbalement ou de signifier d'une manière ou d'une autre qu'il le détestait. Mais non, cette indifférence était sans doute l'attitude qu'il aurait adoptée si les circonstances avaient été différentes.
-Harry Potter, le présenta Kingsley, en le montrant du plat de sa main : c'est l'un de nos meilleurs éléments. Et je pense que sa présence nous sera bénéfique à tous.
L'une des femmes eut un sourire ironique qui n'échappa pas à Harry.
-Bien. Merci d'être là.
Harry savait que s'il avait été à la place de Kingsley, il aurait rassemblé les documents devant lui et les aurait tapés sur la table. Un façon de se donner une contenance. Qui n'aurait pas dupé ses interlocuteurs. Il était content de n'avoir strictement rien à manipuler pour se rassurer. Si ce n'était sa baguette qui reposait docilement dans sa poche.
Des grognements en réponse. Ils provenaient de l'un des langues de plombs, affalé sur son siège, les bras croisés. Ce qui était complètement fou, c'était qu'Harry n'avait strictement pas la moindre idée de la raison de leur présence dans cette pièce. Bon, c'était faux. C'était même complètement faux : il y avait le secret, l'attaque et toutes les choses que les sorciers avaient tenues secrètes.
-Commençons sans plus tarder, déclara l'une des femmes. Son visage lui faisait un peu penser à celui de McGonagall. Il était sévère et austère.
Harry se dit un instant que celui de son ancien professeur était au moins parfois traversé de douceur et de compréhension. Elle était raide comme la justice mais possédait ces qualités qui faisait d'elle quelqu'un d'unanimement apprécié. Pas sûr que ce soit le cas de la femme en face de lui.
Le Ministre Britannique ouvrit son dossier d'une main tranquille. Il se pencha dessus, un doigt sur la feuille :
-Nous aimerions aborder avant toute chose la question de la criminalité, énonça-t-il d'une voix sourde : selon les dossiers que vous nous avez transmis lors de la séance précédente, un certain nombre d'homicides auraient été passés sous silence et-
Même Harry savait que cette phrase n'augurait rien de bon. Tout comme Kinsley qui l'interrompit d'un geste de la main :
-Dire qu'ils ont été passés sous silence, c'est être de mauvaise foi ! s'exclama-t-il d'une façon assez peu caractéristique.
Ils venaient à peine de commencer et les voix s'élevaient déjà. Superbe, pensa Harry. Il détourna le regard des deux hommes qui se toisaient avec une animosité manifeste. Et remarqua aussitôt que Tom l'observait. Il avait le sourire en coin qui annonçait en général un mauvais coup. Harry réalisa que toutes les décisions des sorciers pouvaient être remises en question. Pourquoi, oui, pourquoi avaient-ils cachés les meurtres ?
Le Ministre ne se laissait pas impressionner par son homologue :
-Vous n'êtes pas sans savoir, je l'espère, que ces rapports indiquent que vous avez caché des homicides à des individus qui méritaient justice.
-Et justice a été rendue !
De nouveau un éclat de voix. Harry, qui connaissait bien Kingsley, se rendait bien compte que c'était parce qu'il n'y avait rien à faire. Toutes les excuses seraient vides de sens et facilement balayable.
Le Ministre moldu se tourna soudainement vers Tom comme si l'idée même de devoir s'adresser à un sorcier lui était insupportable. Ce qui était d'ailleurs vraisemblablement le cas. En tout cas, il ne se cachait pas de ce dédain affreux qui lui déformait les traits à chaque fois que ses yeux se posaient sur l'autre côté de la table.
Tom inclina de la tête. Oh non, pensa Harry avec l'éloquence d'un orateur antique. Il se résolu l'instant d'après de ne pas le laisser faire si les choses … tournaient d'une façon trop injuste. Son petit-ami tendit le bras et attrapa le dossier que le Ministre avait lâché avec dérision.
Il l'ouvrit et contempla les pages quelques instants. Tom n'était pas lent d'habitude et Harry savait que c'était une façon de garder le contrôle. Toute la salle était suspendue à ses lèvres. Couplé au fait qu'ils étaient tous terrorisé par sa véritable identité… la balance penchait dans la balance du camp Moldu. Non-Magique.
Finalement, il produisit du dossier un rectangle blanc qu'il posa sur la table et qu'il fit glisser le long du bois. Elle passa devant Harry qui se pencha pour voir de quoi il était question. C'était une photo. Il grimaça et recula en reconnaissant les formes sur le cliché. Deux adultes et trois enfants, morts.
-Je crois que ce qu'essaye de vous dire Monsieur Bowman, c'est que vous avez affirmé que cette famille avait été empoisonnées par des gaz toxiques. Vous imaginez la colère que leurs proches éprouveront lorsqu'ils apprendront qu'il s'agissait d'un assassinat.
L'un des langues de plombs répondit précipitamment de toute évidence, il venait de piocher dans son courage pour réussir à affronter Lord Voldemort en personne :
-Je vous en prie. Vous savez mieux que quiconque qu'il nous était impossible d'imaginer –
-Et pourquoi ? Si ce n'est une forme déplorable de racisme ? Je vous pose la question, reprit Tom en s'asseyant confortablement sur son siège : où est le responsable de ce crime ?
Kingsley émit un cri d'indignation terrible :
-Où ? s'exclama-t-il avec rage : ne vous moquez pas de nous, Monsieur Riddle. Vous savez pertinemment où se trouve l'auteur de ce crime.
Les accusations étaient évidentes dans son ton. Harry les comprenait bien, c'était Tom qu'il accusait d'une façon à peine voilée.
-Je ne me moque de personne. Mais il me paraît évident qu'une forme de compensation devra être préparée et offerte aux citoyens qui ont – d'une manière ou d'une autre – souffert de la main des sorciers.
Toutes les personnes assises du côté de Tom hochèrent de la tête. Les sourires mesquins étaient revenus.
-Une compensation ?
Surprise dans la voix du Ministre. Il ne s'était manifestement pas attendu à être attaqué si frontalement. Et Harry réalisa que ces réunions n'étaient rien d'autre qu'un procès informel. Ce n'était pas une discussion visant à trouver des solutions mais une succession d'accusation. Et oui la gestion de la part des sorciers était une catastrophe, c'était évident. Ce racisme latent qu'on inoculait en permanence aux sorciers – tout cela devait impérativement changer. Mais c'était ça la clé, décida Harry. Un changement.
Il n'était pas sûr que Kingsley l'ait fait venir pour qu'il intervienne. Peut-être était-il juste un soutien ou une assurance que Tom ne ferait pas n'importe quoi si son petit-ami était en mesure de le surveiller. Mais – peut-être s'attendait-il en fait à ce qu'il intervienne et qu'il prenne position. Dans le doute, Harry décida que si le Ministre n'était pas satisfait de son initiative, il pourrait toujours lui intimer discrètement de se taire.
-Qu'entendez-vous par compensation ? demanda Harry en souriant.
Un sourire qui indiquait clairement qu'il s'adressait à Tom et qu'il le mettait au défi de s'en prendre à lui.
-Ne soyez pas naïf. Il me semble que le terme est suffisamment transparent. À moins que vous n'envisagiez quelque chose de votre cru. Pouvez-vous rendre la vie, Monsieur Potter ?
Il avait le même sourire que lui. Provocation en plus. Celui d'Harry s'accentua :
-Non, bien sûr que non. Mais je ne suis pas sûr qu'affaiblir encore plus le monde sorcier soit une solution. À moins que ce ne soit votre véritable objectif ?
Tom plissa des yeux :
-Je n'apprécie pas vos sous-entendus. Néanmoins, la seule compensation possible est pécuniaire. Gringotts devra ouvrir ses caisses, j'en ai bien peur.
Kingsley ne laissa pas à Harry le temps de répondre :
-Notre situation financière n'est pas au beau fixe, comme vient de l'annoncer Monsieur Potter. Nous avons dû déployer des moyens conséquents pour remettre l'économie en marche, et de fait, nous endetter auprès d'autres puissances. Vous savez parfaitement que nous ne sommes pas en moyen de compenser financièrement tous les mol – tous les non-magiques que vous considérez lésés.
-Et donc, selon vous, il faudrait faire table rase du passé ? demanda le Ministre britannique. Il s'était redressé sur sa chaise et son visage était tordu de colère : après ce qu'il s'est passé, après les vies perdues, savez-vous combien de victimes il y a eues ? combien des nôtres ont sacrifié leur vie –
-Et c'est la même situation de notre côté, tonna Kingsley : Ne nous comportons pas comme si nous étions deux camps en pleine armistice. Nous sommes du même côté – et nous ne sommes pas responsable, en tant que société, de ce qui est arrivé. Il nous est tout simplement impossible de compenser les victimes des différents criminels sorciers –
-Alors je ne vois pas d'autres choix que d'exiger la déportation de vous et de vos semblables. Si vous pensez que je vais accepter de simples excuses – quand vous avez massacré, traité avec mépris vos concitoyens et que vous n'avez l'intention que de vous excuser ?
Un langue de plomb faillit s'étouffer avec le verre d'eau dont il venait de prendre une gorgée.
-Monsieur le Ministre, commença Harry : je pense que nous sommes tous d'accord avec vous, dans le fond. Vous avez raison qu'il y a un vide juridique et que –
-Et nous n'avons même pas encore parlé des maladies, des accidents, et de toutes, commença Tom dont le plaisir d'intensifier la discorde exsudait de chacun de ses gestes : les choses que les sorciers ont tenu hors de portée des non-magiques –
-Oui ! surenchérit le Ministre : comment justifiez-vous avoir laissé vos compatriotes mourir alors que vous aviez les moyens d'intervenir ? C'est inadmissible et –
-Ce n'est pas juste de nous considérer exclusivement comme les bourreaux, déclara Harry.
Sa voix était calme dans cette mer de cris et d'exclamations. Toutes les têtes convergèrent sur lui :
-Je vois bien que Monsieur Riddle est en possession d'une grande quantité de dossiers qui nous accusent de crimes. Et encore une fois nous allons trouver des solutions j'en suis certain. Mais prétendre que nous sommes les seuls à porter la responsabilité quand les statistiques prouvent qu'un sorcier est plus en danger de se faire assassiner par un non-magique que par un congénère, je trouve que vous nous pointez du doigt un peu trop brutalement.
-Je serais curieux de savoir d'où sortent ces «statistiques », répondit Tom dans un sourire qui indiquait clairement qu'il imaginait qu'Harry venait d'inventer cette histoire pour retourner la situation.
-Elles sont bien connues du département des Aurors, Monsieur Riddle, et je me ferai un plaisir de vous démontrer leur véracité lors de la prochaine séance.
Au regard soulagé de Kingsley, il comprit qu'il avait bien fait de s'exprimer. Un silence, concept qui avait quitté la salle dès les premières confrontations, s'installa.
Le côté des non-magiques était silencieux. De toute évidence, cette possibilité ne leur avait jamais effleurée l'esprit. Pour eux, ils étaient le peuple injustement (et secrètement) martyrisé. Et il y avait une part de vérité – c'était sûr - mais ce qu'il ne savaient apparemment pas, c'était que le secret existait avant tout pour protéger les sorciers.
La séance ne s'éternisa pas. Harry savait qu'il avait largement dépassé les attentes de Kingsley. Parce que c'était bien ça, la ligne qu'ils devaient suivre : prouver au Ministre et à ses associés qu'ils n'étaient pas une menace. Qu'ils étaient différents mais que le pouvoir n'était pas exclusivement réparti entre les mains des sorciers. Ce ne serait probablement pas si difficile à démontrer. Sauf que les sorciers orgueilleux auraient du mal à admettre publiquement que le Secret était aussi un rempart contre la peur.
Ils quittèrent la salle sans prétendre s'apprécier. Pas de conversations légères sur la météo, les émissions du week-end, les projets de vacances. Un silence obstiné et hostile. Harry n'était pas habitué à évoluer dans une telle ambiance. C'était désagréable au possible. Des vagues salutations pincées et Harry était prêt à transplaner avec Kingsley et les langues de plomb pour rejoindre le Ministère.
Mais la silhouette de Tom, nonchalamment appuyée contre le cadre de la porte lui indiqua qu'il aurait probablement autre chose à faire.
-Monsieur Potter, vous avez une minute ? lui demanda-t-il avec nonchalance.
-Bien sûr, répondit Harry en haussant les épaules.
Kingsley avait un air désapprobateur qu'Harry ignora. Pour la simple et bonne raison que Kingsley savait qu'il retrouverait de toute façon Tom chez eux le soir même. Prétendre qu'ils ne se connaissaient pas – c'était un peu ridicule.
Les deux langues de plombs, elles, semblaient trouver son courage et son audace impressionnants au vu de leur expression. Kingsley voyait Harry retourner auprès de son petit-ami sans même daigner faire un briefing de leur entrevue. Les deux autres, en revanche, voyaient Harry Potter retourner affronter Lord Voldemort comme s'il n'était qu'un bureaucrate particulièrement endimanché.
Voyant qu'Harry n'avait pas l'intention de le suivre, Kingsley haussa des épaules et, avec les deux hommes, quitta la pièce dans le craquement caractéristique des transplanages.
Harry se tourna vers Tom :
-Je n'arrive pas à croire que tu essayes de couler le monde sorcier. Franchement –
Il se pinça l'arête du nez.
-Au contraire, Harry, répondit joyeusement Tom en désignant une porte : au contraire. Je ne fais que garantir la justice.
Il émit un bruit d'assentiment qui était supposé marquer son doute. Ça ne ressemblait pas à autre chose que des excuses sans âme pour foutre le bordel où il en avait envie. Harry ouvrit la porte. Elle donnait sur un autre couloir mais qui était nettement moins aseptisé que celui dans lequel il s'était séparé de ses collègues.
-En tout cas, continua Tom : Kingsley n'a pas perdu un instant avant de te proposer du travail.
-C'est sûr, un sourire sincère : je crois que tu les terrifie mais qu'il ne me l'admettra jamais en autant de mot.
-Bien sûr que non.
Ils traversèrent le couloir, les murs peints en beige. Ce n'était pas beau – réimmiscent du salon des Dursley tel qu'Harry s'en souvenait.
-On va où ?
-Je voulais te montrer mon bureau, c'est pas tous les jours que mon petit-ami vient me rendre visite sur mon lieu de travail… et tout ça pour me rabaisser, ignorer mes arguments et –
Harry le poussa légèrement de l'épaule :
-Tu exagères, et franchement – tu me donnes juste l'impression de… Je ne sais pas – de retomber dans tes travers.
Son ton celui d'une plaisanterie, sa bouche incurvée dans un sourire.
Tom lui rendit son coup d'épaule :
-Je ne considère pas l'ambition comme un travers en tant que tel, Harry, et je suis déçu si tu ne comprends pas que je suis le genre d'homme qui mérite-
-oh mon dieu, s'esclaffa Harry.
Et c'était un rire sincère. Et léger – plus léger qu'il n'en avait émit depuis longtemps, il lui semblait. Il pouvait vivre avec cette situation. Avec son petit-ami un peu cinglé qui risquait à tout moment de tenter un coup d'état (il exagérait, bien sûr. Ou du moins l'espérait-il). Travailler l'un contre l'autre, Chacun essayer de prendre le dessus sur les arguments présentés…Oui. C'était possible. Ce besoin d'être en compétition – même si elle était amicale – venait-il de leur passé commun ? Ou Harry était-il simplement quelqu'un de compétitif qui avait besoin d'un challenge pour se sentir heureux ?
Une pensée pour le Quidditch, pour son rêve de devenir Auror, pour le tournoi des trois sorciers dans lequel il s'était secrètement rêvé vainqueur (sans réaliser que cela impliquerait la mort de Cédric).
C'était dans sa nature.
Du couloir à l'immonde couleur beige, ils passèrent dans une pièce. Une femme s'y tenait, debout, penchée sur son bureau. De longs cheveux blonds caressaient le sous-main sur lequel étaient posé des feuilles.
Elle se releva en les entendant entrer. Elle lança un regard si froid sur Harry qu'il se sentit ridicule et insipide et – son attention était sur Tom. Son visage se fit plus doux :
-Monsieur Riddle. Comment s'est passé votre réunion ?
Elle était tout sourire pour Tom, remarqua Harry, mais il supposait que c'était parce que personne n'était capable de lui résister. Le bâtiment devait être rempli de gens qui l'appelaient « Monsieur Riddle » et qui ne perdaient pas un seul instant pour le complimenter.
-Plutôt bien, merci, répondit facilement l'intéressé : air avenant et geste de main emphatique : si ce n'est qu'ils ont décidé d'utiliser mon point faible pour essayer de déjouer nos demandes.
-Je ne crois pas que vous ayez un point faible, plaisanta-t-elle en croisant les bras.
Harry hocha discrètement de la tête, bien qu'il fut conscient que ni Tom ni la jeune femme ne remarquaient son geste.
Tom émit un rire agréable et posa sa main dans le dos d'Harry, entre ses deux omoplates :
-Au contraire. Voici mon point faible. Madame Wardplithe, je vous présente Monsieur Potter. Je crois l'avoir déjà mentionné.
Toute animosité fondit brusquement – une couche de glace sur laquelle on verse de l'eau chaude. Son regard se braqua sur Harry.
-Oh ! s'exclama-t-elle : Monsieur Potter ! elle se précipita vers lui, la main tendue devant elle : toutes mes excuses. Tom ne parle que de vous. Je suis enchantée de vous rencontrer.
Harry lui rendit son sourire et plaça sa main dans la sienne. Il avait imaginé que le comportement de cette jeune femme s'expliquait parce qu'elle désirait que l'attention de Tom ne soit que braquée sur elle. Il avait tout faux, elle l'avait reconnu pour ce qu'il était, un sorcier, et sa froideur émanait de là. C'était drôle qu'elle ne l'ait pas reconnu. Enfin drôle, ce n'était pas le bon adjectif. C'était rafraichissant.
-Je voulais lui montrer mon bureau puisqu'il va malheureusement passer quelques heures par semaine à essayer de réduire notre travail à néant.
La jeune femme secoua de la tête :
-Je suis persuadée que personne ne parviendra à le faire. Sans offense, Harry. Je peux vous appeler Harry ?
Et elle avait l'air sincèrement désolée. C'était d'autant plus intéressant que cela soulignait le fait qu'elle était réellement consciente de son attitude. Elle n'était pas naturellement froide mais avait décidé de ne pas gratifier les sorciers de son sourire et de sa chaleur. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Si la réunion à laquelle il venait d'assister pouvait indiquer quelque chose, c'était bien que les non-magiques éprouvaient une rancune tenace. Et Harry ne pouvait que les comprendre.
La conversation ne s'attarda pas plus longtemps. La jeune femme se pencha une nouvelle fois sur ses dossiers – en repoussant sa chaise encore un peu plus loin. Peut-être qu'elle ne réfléchissait bien que debout se demanda Harry avec curiosité.
Ils passèrent une nouvelle porte et – le bureau de Tom. Impossible de ne pas le comprendre, il y avait une photo d'eux posée sur son bureau.
Harry la reconnût aussitôt parce que ça faisait des mois qu'il l'avait perdue. Il avait parfois une vague pensée pour elle, se demandant où elle avait bien pu échouer. Il aurait dû se douter que c'était Tom qui l'avait subtilisée. Tom qui en plus avait eu l'audace de la chercher avec lui en feignant l'innocence !
-C'est ma photo, s'exclama Harry en la pointant du doigt.
Ce crime ne resterait pas impuni. Tom lui barra aussitôt la route :
-Tu fais erreur, ce n'est pas du tout celle que tu crois !
Essayer de faire bouger Tom alors qu'il avait décidé de lui bloquer la route, c'était le meilleur moyen pour s'humilier en se prouvant qu'il n'avait pas la force physique pour le décaler ne serait-ce que d'un centimètre. Harry recula donc d'un pas. Une autre approche était nécessaire.
-Tu sais que j'y tiens, tu sais que c'était ma préférée ! ça fait des mois que je la cherche ! Et en plus tu n'avais même pas ce travail donc – tu l'avais cachée –
Tom baissa légèrement la tête, contrit. Il pressa une main contre son cœur et se décala légèrement :
-Désolé, Harry, je n'avais pas réalisé que tu y tenais à ce point. C'est juste – je l'aime beaucoup et elle m'apporte du réconfort. Je n'aurais pas dû te la subtiliser. J'en suis désolé.
Harry avait tendu le bras pour l'attraper et la retirer de ce bâtiment hostile. Mais une culpabilité insidieuse venait de l'enserrer de ses cruels anneaux. Son bras retomba. Si Tom appréciait cette photo à ce point – Il plissa des yeux. Il n'allait quand même pas tomber dans un piège si grossier ?
-Tu es vraiment une ordure, trancha-t-il en pinçant le cadre, il retira son bras brusquement – et réussi de justesse à éviter la main de Tom qui essayait au même moment de rattraper le cadre. Preuve flagrante et surtout accablante que son petit numéro n'avait été que manipulation. Harry fourra sans ménagement le cadre dans sa robe.
-Harry, tu ne sais pas ce que tu fais, essaya de le raisonner Tom en s'approchant.
Et il avait sa démarche de prédateur : les épaules légèrement relevées, la tête un peu en avant, Harry se demandait s'il faisait exprès de se mettre dans une position comme celle-là ou si c'était dans ses gènes de serpent. (Harry avait décidé que la seule explication rationnelle à… tout, c'était que Tom partageait forcément des gènes avec les reptiles)
-On est sur ton lieu de travail, tu veux vraiment que je me mette à hurler « au secours » ? Bravo pour ta crédibilité.
Tom sortit aussitôt sa baguette et esquissa un large geste. Harry reconnût le mouvement : il venait de jeter un sort d'insonorisation. Il se planta ensuite devant lui, l'air particulièrement victorieux. Air qu'Harry eut le loisir de contempler puisqu'il se penchait ensuite sur lui de toute sa taille. Harry refusa de se recroqueviller pour être convenablement en face de lui :
-Je ne sais pas si tu essayes de me séduire, de m'effrayer ou de me distraire suffisamment longtemps pour récupérer ma photo.
-J'allais justement te signifier que je suis prêt à tout pour la récupérer, lui répondit son petit-ami en réajustant le col de sa robe.
Une partie d'Harry trouvait la situation très excitante. Dans un bureau, avec l'ennemi (même si c'était cette fois au sens bureaucratique plutôt que mortel) – il ne pouvait pas nier y avoir pensé une ou deux fois. Mais il avait aussi envie de lui faire remarquer qu'il manquait de professionnalisme – qu'il venait de commencer ce travail, est-ce que c'était vraiment le moment de le faire venir pour des activités illicites alors qu'il n'avait pas dépassé sa période d'essai ? Et c'étaient des pensées tellement – terre à terre. Et totalement déconnectée de leur réalité puisque, paradoxalement, ni les sorciers ni les non-magiques n'oseraient se séparer de leurs services.
-Je ne sais même pas pourquoi tu te donnes tant de mal pour cette photo, grommela Harry en la repêchant dans sa poche.
En fait, maintenant qu'il l'avait sous les yeux, ce qui était frappant dans cette photo…c'était qu'ils avaient tous les deux l'air normal. C'était difficile pour Harry de se prendre au sérieux quand il était pris en photo et il avait la sale manie de prendre des poses absurdes. Quant à Tom, il prenait systématiquement des airs mystérieux ou arrogants qui étaient toujours déplacés. Et toutes les photos d'eux – même si elles étaient amusantes – n'étaient pas… romantiques, en fait.
Mais celle-là… C'était un jour où ils avaient décidé de faire une activité – en l'occurrence aller voir un Musée. Et en voyant que Harry essayait désespérément de faire un selfie, une touriste (manifestement) avait accouru pour les aider. Et, c'était bête, mais la présence de cette fille (qui d'ailleurs leur avait parlé avec une condescendance folle) avait calmé leur ardeur en matière de pose. Et voilà.
Une photo normale d'un couple normal. Un peu comme celle qu'Harry avait trouvé chez les Dursley quelques années plus tôt. Juste avant que lui et Tom ne se retrouvent.
Et ils ne seraient plus jamais un couple normal, au vu de la tournure de leurs vies respectives. Cette pensée l'assomma de tristesse. Mais il ne pouvait pas – il ne pouvait décemment pas être ingrat à ce point. Harry savait qu'il devait être content et reconnaissant si on lui donnait une chance malgré sa relation avec Tom et s'il avait perdu ses amis c'était entièrement de sa faute, et à force d'avoir le regard braqué sur le passé on ratait toutes les choses géniales du « maintenant ».
Ils ne seraient peut-être plus jamais « normaux » mais ils étaient en vie (et ce n'était pas la première fois que cette pensée le traversait) et – et Harry sentit qu'il ferait bien d'accepter la réalité. En souriant (une dose d'énervement affectueux dans cette courbe), il tendit la photo à Tom.
-Tu sais, si tu me l'avais demandée je te l'aurais probablement donnée.
-Certes mais, ensuite, je m'en serais voulu de te l'avoir prise.
Harry secoua de la tête :
-Et bien sûr si tu me la voles tu ne t'en veux pas ?
-Non parce que tu ne sais justement pas que c'est moi qui te l'ai prise.
Ça ne servait à rien d'entrer plus en matière quand c'était le genre d'absurdité qu'il était prêt à lui servir. Il ne répondit donc rien et observa son petit-ami remettre la photo sur son bureau à la place où elle se trouvait déjà quelques minutes plus tôt. Une fois fait, Tom se retourna. Mais avec les sourcils froncés.
-Merde, tu as gagné, je m'en veux.
Le rire d'Harry fut avalé dans un baiser. C'était si naturel – si normal retrouver Tom sur son lieu de travail, devoir refuser des avances un peu trop audacieuses. Un quotidien entaché par la réalité qui se pressait contre l'extérieur des murs. La réalité qu'ils devaient endosser chacun leur rôle. Et Harry se rendait compte qu'il ne pourrait pas s'y soustraire. Lui pas plus que Tom, d'ailleurs. Aux yeux des sorciers, de leurs congénères, de leur peuple, en fait, ils étaient nécessaire. Particulièrement maintenant qu'Harry réalisait le genre de fossé qui se dressait entre les deux mondes. Il était plus vaste et plus profond qu'il ne l'avait jamais compris.
S'était-il douté, à onze ans, alors que le destin dans lequel il s'était cru piégé s'ouvrait sur un monde dont il ne soupçonnait tout simplement pas l'existence que quelques années plus tard… il donnerait tout pour rester « juste Harry » ?
Pour dire que Harry avait dormi pendant pratiquement une semaine, l'appartement était étonnamment propre.
C'était peut-être parce qu'il avait dû effectuer toutes les tâches ménagères chez les Dursley et que Pétunia le privait de repas à chaque fois que quelques choses n'était pas fait selon ses standards impossibles. En tout cas, Harry était clairement le plus maniaque des deux. Tom se contentait de tout. Et cet état de fait puisait peut-être sa source dans son enfance. Dans un enfant qui s'accommode de ce qu'on lui donne et dont on attend rien.
Cela ne pouvait dire qu'une chose, il réalisa en tapotant discrètement sur un coussin (ce qui lui valut un regard courroucé – preuve en tant que telle d'ailleurs) : Tom avait fait le ménage.
-Merci, déclara-t-il simplement.
Il se fit ensuite la réflexion qu'Hermione lui ferait toute une diatribe pour lui dire qu'il n'avait pas à remercier son partenaire pour avoir fait sa part – et que ça devrait être un état de fait totalement normal. Oui, répondit-il à l'Hermione qui vivait dans sa tête et qui avait la sale manie de le traiter d'idiot et de n'intervenir que lorsqu'il était sur le point de faire une bêtise : oui mais il y a une différence majeure, je suis maniaque et Tom est légèrement bordélique. Il n'est pas sale non plus.
Il retira sa veste et la laissa glisser le long de ses épaules. Tom la rattrapa et l'accrocha au porte-manteau de l'entrée. La dernière fois qu'ils avaient été les deux dans cette pièce – bon. L'avant dernière fois qu'ils avaient été les deux dans cette pièce, leurs projets de vacances avaient été interrompus par Ron, Hermione et Drago. Harry espérait que cela ne se passerait pas de la même façon pour cette soirée.
Il se laissa tomber contre les coussins de son canapé et se décala légèrement pour faire place à Tom. Qui fit grand cas de prétendre s'étirer pour attraper Harry par les épaules.
-Tu n'es pas trop fatigué ?
Harry ferma les yeux un instant. Le degré auquel ses paupières seraient difficiles à relever serait sa réponse. Il dut faire un effort.
-ça va, répondit-il : je peux encore tenir un moment.
Un silence ponctué par un bruit émanant de la cheville de Tom. Craquement désagréable et répétitif suivant les mouvements de son pied mais qui n'avait pas l'air douloureux. Jusqu'à ce que le désagréable se transforme en insupportable. Harry posa sa main sur la chaussette de son petit-ami. Le mouvement cessa :
-Tu veux me dire quelque chose ?
C'était effectivement le genre de gestes qui étaient d'habitude les signes d'une tension intérieure. Tension qui paraissait terriblement déplacée maintenant qu'ils étaient chez eux, seuls.
-Je ne sais pas, répondit Tom.
Sincèrement. Parce que cette réponse lui coutait manifestement un effort surhumain.
Harry se tourna pour lui faire face. La main de Tom glissa le long du dossier et reposa auprès de sa cuisse.
-On est bien, je n'ai pas envie de gâcher ça. Du moins pas tout de suite.
Si cela ne faisait pas si longtemps qu'ils étaient ensemble, Harry se dit qu'il serait peut-être tombé dans le panneau. Peut-être aurait-il accepté que Tom puisse avoir besoin de… temps (ou de quoique ce fut dont il avait besoin pour s'exprimer). Parce que cela n'allégerait pas miraculeusement sa tension. Et le connaissant il s'y complairait, laissant ce conflit assombrir son humeur. Et Harry n'avait, en fait, pas du tout la patience.
Il se contenta de le fixer. Ce qui eut l'effet escompté quelques secondes plus tard. Tom savait aussi bien que lui que Harry le connaissait et qu'il était peut-être encore plus tenace que lui-même.
-Je t'ai dit qu'il faudrait que nous en parlions ce soir, l'accusa-t-il en croisant des bras.
Avec un regard fuyant, et un coin de bouche tirant vers le bas. Et Harry, qui n'était peut-être pas très observateur mais qui avait des capacités de déduction dont il pouvait être fier fronça les sourcils :
-C'est à propos de To…mmy, finit-il bêtement en regrettant immédiatement d'avoir tenté un surnom.
-Wow, déclara platement Tom : tu ne peux pas savoir à quel point je suis soulagé que tu ne m'aies jamais appelé comme ça.
-Désolé, c'est sorti tout seul, plaisanta Harry en attrapant la main de Tom qui gisait toujours au niveau de sa cuisse.
Méthodiquement, il déplia les doigts – essayant inconsciemment de détendre aussi la fermeture de ses épaules et plus généralement de son être.
-Harry je –
Tom détourna son visage. En fait, tout en lui montrait qu'il n'avait qu'une seule envie : quitter cette conversation au plus vite. Essayer de s'en dérober pendant qu'il en était encore temps ,avant qu'il ne mette les mots sur ce qu'il essayait désespérément de cacher. Mais Harry ne le quittait pas des yeux. Il attendait patiemment que sorte quel que soit ce que Tom essayait de lui transmettre.
De toute manière, si ça concernait Tom…Junior, cela ne pouvait dire que deux choses. Soit il avait changé d'avis sur le rôle qu'il voulait jouer dans sa vie (et secrètement Harry espérait que ce soit effectivement cela) soit – soit il était arrivé quelque chose. Mais si tel avait été le cas – et pour quelque chose de grave, Harry doutait que Tom ait passé la journée de la façon dont il venait de le faire. Il aurait été plus distant – plus sombre, aussi. Il inspira et se tourna résolument vers lui :
-Harry, je ne suis pas sûre de vouloir rester en dehors de sa vie.
Et il avait le regard terrifié de quelqu'un qui sait pertinemment qu'il a pris une décision qui peut lui coûter ce qu'il avait jusqu'à présent.
Harry lui sourit. C'était pour le rassurer. Que Tom ait pu penser une seule seconde qu'Harry allait…quoi. Refuser ? Prétendre que ce n'était pas ce qu'il voulait depuis toujours ? Prétendre que son plus grand regret, et dont il ne s'était jamais caché d'ailleurs, c'était de ne pas pouvoir fonder une famille ?
Il ne se voilait pas la face en fait il savait que ce serait une route compliquée à emprunter. Non seulement Tom devait être composé d'un nombre de traumatismes plus élevé encore que son propre père (quoique, pensa Harry avec amertume, il avait peut-être eu la vie plus facile par le simple fait qu'il n'était pas né juste avant la guerre) – sans parler du fait que les gens connaîtraient ses origines, justement.
Harry savait intimement que la célébrité peut être un lourd fardeau. Il n'imaginait le poids que celui-ci aurait pour le fils de Lord Voldemort.
-Qu'est-ce que tu entends par là ? demanda-t-il.
Il voulait que Tom précise son propos. Si ça se trouvait, il voulait simplement faire partie de sa vie dans la périphérie. Et Harry sentit que cette perspective le décevrait. Il préférait voir la présence de ce garçon comme une bénédiction pour eux deux.
-Est-ce que tu serais absolument contre…t'en occuper ?
Le manque d'assurance était flagrant.
-C'est un sacré revirement, Tom, commenta-t-il non sans douceur.
-Je sais. Mais plus j'y pense – et après ce qu'il a vécu de la main d'Olivia – je n'arrive pas à m'imaginer le refourguer plus loin. Surtout qu'il sait qui je suis.
Et donc, effectivement, il ne seraient plus jamais les mêmes. Les changements qui avaient commencé leur amorce alors qu'ils prenaient la décision de se redonner une chance se métamorphosaient à nouveau. Et quelle chose étrange qu'il n'en ressente pas la moindre angoisse ni, d'ailleurs, la moindre nostalgie. En fait, Harry avait même l'impression qu'il pouvait désormais se mettre à respirer à nouveau. Parce que ce genre de changements, c'étaient des évolutions. Ils tendaient vers l'avant, vers une famille, et ainsi, vers une nouvelle étape. Alors même qu'il ne pensait jamais y avoir droit.
Hermione se réveilla le lendemain. Ron la suivit quelques heures plus tard. Harry apprit la nouvelle alors qu'il venait d'entrer au Ministère. La nouvelle passait de lèvres en lèvres. Personne ne le prévint lui spécifiquement – mais Harry ne se doutait que trop bien de qui étaient les « deux héros qui venaient de se réveiller ». Il hésita à se rendre immédiatement à Sainte-Mangouste. Avant de se rappeler dans quel état il avait été, lui, au moment du réveil. Hermione aurait envie d'être avec son mari. Et Ron avec sa femme et son enfant. C'était la chose la plus naturelle du monde et il ne ferait qu'être un poids embarrassant (en plus d'être particulièrement mal venu pour ce qui était d'Hermione) s'il décidait de se pointer. Il donc décida de remettre sa visite au lendemain.
Ce n'était pas comme s'ils risquaient de bouger. Cette nouvelle eut la vertu d'alléger son pas et de raffermir les muscles de son dos. Il ne devrait plus faire face seul au Ministère. Probablement que Kinglsey demanderait à Hermione de se joindre à eux. C'était la chose logique à faire, en sachant qu'elle saurait quoi argumenter. En plus, sa qualité de née-moldue la rendait doublement utile puisqu'elle voyait et connaissait les arguments de leurs adversaires.
Une fois dans son bureau, il ressentit la même gêne que la veille. Ron serait bientôt là et il ne se sentirait sans doute plus ostracisé à ce point. Enfin, personne n'avait de raison de l'ostraciser. Peut-être que le problème venait de lui-même. Mais il ne savait pas quoi faire, pas plus qu'il ne savait à qui s'adresser pour demander une tâche. Son esprit se tourna un instant vers la figure de Kinglsey. Mais c'était le Ministre et il avait autre chose à faire que de donner des tâches à Harry. Peut-être que la responsabilité lui incombait de trouver quelqu'un à qui poser la question mais chaque seconde rendait son inactivité gênante. Et plus, il se sentait embarrassé à l'idée de devoir trouver quelqu'un en admettant avoir poireauté comme un bienheureux pendant ce qu'il semblait être des heures. Plus le temps passait, plus il sentait la gêne clouer ses pieds au sol.
Heureusement pour lui, la porte de son bureau s'ouvrit brusquement quelques minutes plus tard. Harry sursauta. Il avait entrepris d'arroser les quelques plantes de son bureau. Sans grande raison – elles étaient probablement soignée par… quiconque s'occupait d'être le concierge au Ministère. Harry n'avait pas la moindre idée d'à qui revenait cette responsabilité.
Kingsley en personne se tenait dans le cadre de la porte. Il semblait ne pas en croire ses yeux, comme si la présence d'Harry était la chose la plus incongrue qu'il ait eu le loisir de contempler de son existence.
Ils se dévisagèrent quelques secondes. Harry ne comprenait pas vraiment ce que lui valait cet air effaré. Il était dans le bureau qu'il avait toujours occupé, sur la chaise qu'il avait lui-même choisie et ensorcelée, impossible qu'il se soit trompé de bureau. Mais l'expression du Ministre était sans équivoque. Il avait autant sa place dans cette pièce qu'un cafard dans une suite cinq étoile.
-Bonjour, essaya-t-il en détestant son ton peu assuré.
Il était légitime, il avait le droit d'être là, voir même c'était l'endroit où il devait être et si Kingsley décidait de le traiter comme un moins que rien… c'était totalement injuste. Enfin, se rassura-t-il, il y avait probablement une raison à cette situation.
-Bonjour Harry.
La surprise laissa place à de l'embarras. Et Harry comprit cette expression-là. Jamais Kingsley ne s'était attendu à ce qu'il ne reprenne possession de son bureau. Parce que ce n'était pas là qu'il était attendu.
-Je suis désolé si je me suis mal exprimé hier, reprit Kingsley : mais nous jugeons – je juge que tu nous seras plus utile en haut.
Il leva son index en direction du plafond. Il désignait son propre bureau et tout l'étage destiné aux proches du Ministre.
Plus utile, pensa Harry avec une colère sourde : c'était surtout qu'ils estimaient qu'ils ne pouvaient pas lui faire confiance. Il n'était pas dupe. Leur manège était évident. On se débarrassait de lui et on le refourguait au sorcier le plus puissant du pays. La stratégie n'était pas mauvaise, ça il était obligé de le reconnaître. Ils feraient passer ça pour une promotion. Quelque chose dont Harry pouvait être fier et les fruits de ses sacrifices. Le Survivant était enfin récompensé à sa juste valeur, il intégrait enfin l'élite du Ministère.
Evidemment, ce qui était sous-jacent, c'était qu'on ne pouvait plus lui faire confiance. Qu'il était compromis. Peut-être même qu'ils faisaient ça pour Hermione et Ron qui, maintenant que le conflit était terminé, reprendraient leur réserve quant à leur relation.
En tout cas, il n'avait pas le choix. Sa carrière d'Auror était définitivement terminée.
Ses nouvelles fonctions étaient on ne pouvait plus simple. Se préparer aux séances avec les moldus, assister auxdites séances et rédiger des rapports détaillant non seulement ce qui avait été dit mais, surtout, ce qu'il en avait pensé et comment il envisageait l'étape suivante.
On lui présenta son nouveau bureau. Il était plus grand, plus reluisant, plus fastueux, plus froid et plus angoissant. Harry contemplait le bureau en bois massif, la chaise ouvragée aux somptueux coussins – et il avait envie de faire demi-tour. Ce n'était pas lui. Cette pièce plairait à Drago comme elle aurait plu à Lucius. C'était une pièce qui n'avait pour seul but que d'impressionner les visiteurs. Une attitude qu'Harry détestait et dont il s'était toujours défendu.
Mais que pouvait-il faire ? Impossible de retourner auprès des Aurors. Il pouvait quitter le Ministère tout court, il imaginait. Mais ils verraient probablement ça comme un aveu de culpabilité. Et Harry n'avait pas envie de leur faire ce plaisir.
Et donc voilà ce que serait sa vie. Pour un moment, en tout cas. Peut-être que dans quelques années, une fois la crise passée, ils parviendraient à changer d'opinion. Mais Harry n'avait jamais été très doué pour faire preuve de patience. Il n'avait pas le choix, de toute façon. Soit il prenait sa retraite, soit il battait en retraite. La deuxième solution était la plus stratégique. Elle lui permettait d'avoir un œil sur les activités du Ministère. Il ne doutait pas que Tom lui ferait un rapport fidèle du côté Moldu…et il fallait donc qu'il garde un œil sur ce qui se faisait du côté des sorciers.
Harry prit donc possession des lieux. Quelques sorts pour modifier l'apparence des meubles. Un mélange entre le Terrier et le Square Grimmaurd. Les deux lieux sorciers dans lequel il s'était bien sentit. Il aurait pu y inclure Poudlard, évidemment, mais il doutait que les sorciers qui viendraient lui rendre visite apprécieraient de ne voir que les couleurs de Gryffondor. Dieu savait que toutes les maisons étaient représentées à ce niveau de la hiérarchie.
Une lettre épaisse apparût soudainement sur son bureau. L'enveloppe, opaque, portait le sceau du Ministre. Une lettre confidentielle. Harry l'ouvrit. C'était les points à aborder lors du prochain rendez-vous avec le côté Moldu ainsi que l'approche que comptait favoriser Kingsley. La diplomatie, ce n'était pas le fort d'Harry.
Pour la seconde fois dans la même salle. Les moldus – non-magiques avaient le même air renfrogné. Celui de Tom était parfaitement neutre. Harry se dit qu'ils ne parviendraient jamais à trouver une solution qui satisferait leurs interlocuteurs. La tromperie, la trahison avait été trop profonde. Elle avait pénétré la chaire de tous les non-magiques qui avaient vu leur ville sous siège. Tous ces hommes et ces femmes qui avaient perdus des proches que ce soit lors de ce conflit ou de tous les précédents.
Cette pensée l'effraya mais – en fait – Harry avait l'impression d'assister au prélude d'une autre guerre. Cette fois bien plus meurtrière – le genre de conflit qui n'est pas étouffé en un après-midi parce qu'il est possible de désigner un coupable.
Mais le soir, chez eux, il pouvait oublier ces sombres considérations. Parce que Tom était Tom, et que d'un sourire ou d'une attention, il parvenait à le persuader qu'aborder le sujet n'avait de toute façon aucun sens. Tout irait bien, ils étaient ensemble, on les laissait vivre.
Harry envoya deux hiboux à Sainte-Mangouste. Il se tordit métaphoriquement les mains toute la journée suivante à nouveau un enfant de douze ans qui espère sans y croire voir arriver les lettres de ses amis. Cette fois, il n'y aurait pas d'Elf de maison pour justifier le silence. Ni Hermione ni Ron ne lui répondirent. Il hésita à se rendre auprès d'eux mais l'accueil de Drago avait été si froid et si méfiant qu'il se retint.
Il n'avait pas le droit de s'imposer dans leur vie. S'ils décidaient qu'ils ne pouvaient pas lui pardonner ce qu'il avait fait, alors il devrait l'accepter. C'était lui qui avait fauté – pas eux.
Mais c'était dur, il ressentait l'envie de se justifier, de leur expliquer que ce n'était pas de sa faute, et il s'auto-persuadait que s'ils l'écoutaient, alors ils comprendraient ce qui était arrivé et, en surface, Harry avait vraiment l'impression qu'ils pourraient leur faire entrevoir le tout plutôt que le simple fait (qu'il soit en couple avec Voldemort) (qu'il l'ait gardé secret) (qu'il aurait protégé l'autre coute que coute) (que c'était lui, au final, qui avait scié leur amitié).
Il aurait dû procéder différemment. Il le savait. Il aurait dû aller les trouver au moment où ils avaient retrouvé la mémoire et tout leur dire – mais c'était trop tard. Et il savait qu'il n'aurait jamais pu le faire – que garder tout pour lui, à l'époque, ça avait été la seule alternative. Mais peut-être… Peut-être que s'il s'était ouvert, avant que Tom et lui ne se retrouvent… Peut-être qu'ils auraient pu, eux aussi, faire le même chemin que lui. Mais c'était trop tard et si leur amitié était entachée à jamais, alors Harry devrait l'accepter.
Mais rationnaliser n'étouffait pas la douleur.
Tom junior junior était toujours à Sainte-Mangouste et tout portait à croire qu'il y resterait encore quelques semaines. Harry s'y préparait psychologiquement – pas qu'il ait particulièrement besoin de préparation quand c'était quelque chose qu'il avait toujours désiré. Plus jeune, il avait toujours vu son avenir entouré d'enfant.
Ce qui n'empêchait pas la certitude que leur dynamique allait fatalement changer. Et ça, ça demanderait une certaine adaptation. Plus pour Tom que pour lui, en fait. Harry gardait ancré en lui certaines habitudes qui ne l'avaient jamais quittées. Il s'habillait toujours pour quitter la chambre – alors certes – par là il entendait un simple caleçon mais Tom était du genre à se trimbaler à poil partout et en toutes circonstances.
À se demander si c'était leur manière à chacun d'eux de gérer leurs traumatismes respectifs. Harry en se conformant encore à la maison de privet drive – et Tom en occultant complètement toutes les années où il avait dû se brider socialement.
Quoiqu'il en fusse, dès l'instant où l'enfant vivrait avec eux, c'en serait fini de ces libertés. Ou alors c'était justement l'éducation très prude d'Harry qui s'exprimait à travers lui et il était tout à fait acceptable de se promener à poil en présence de sa progéniture ?
Est-ce que répondre un « non » catégorique montrait qu'il avait un problème avec l'intimité et la nudité ? Est-ce qu'il devrait aller chez un psychologue pour décortiquer cette façon de penser ? Parce qu'il n'avait strictement aucune envie de reproduire le schéma qu'on lui avait infligé.
Tom, qui était présentement assis à côté de lui, donna une pichenette à une mèche de ses cheveux :
-Tu penses à quoi ?
-Est-ce que tu penses que je devrais aller chez le psy ?
-Je suis content que tu abordes enfin le sujet. Oui.
Ce n'était pas simplement de l'offuscation qui naquit en lui mais pire – une indignation sans commencement ni fin :
-Pardon ? Tu es sérieux ?
Il voyait très bien au visage de Tom (il avait l'expression qu'il avait toujours quand il faisait une blague qu'il trouvait particulièrement hilarante) que celui-ci plaisantait mais –
-Oui. Peut-être qu'un psy t'aiderait à arrêter de courir aux devants du danger, peut-être que tu arrêterais avec ton complexe de martyr, peut-être que tu arrêterais de te prendre pour Jésus Christ en personne –
-Me prendre pour Jésus Christ ?
C'était tellement outrageux qu'Harry ne pouvait pas ne pas en rire.
-Tu t'es vu ? surenchérit Tom : oh je suis revenu des morts mais je suis prêt à clamser encore et encore pour vos péchés –
Son ton amusé s'était teinté d'une certaine ironie qui n'échappa pas à Harry. Cela ne pouvait dire qu'une chose : Tom ne plaisantait pas totalement en l'accusant de se prendre pour un Messie. L'idée était risible mais apparemment Tom n'était pas du même avis :
-Tu veux qu'on en parle ? se résolut-il à demander.
Tom lâcha un soupire éminemment douloureux :
-Si je veux qu'on parle du fait que tu t'arranges toujours pour être en plein milieu du danger ? Que ta survie jusqu'à présent tient du miracle et pas de la logique ? Est-ce que j'ai envie de parler du fait que si on apprend qu'une catastrophe est en train d'arriver au fin fond du Pays de Galles que tu seras le premier à t'y rendre sans aucune préparation ?
Harry, il fallait bien le noter, commençait à se sentir vexé. Il ne répondit rien parce qu'il vit que Tom n'en avait pas terminé avec ses doléances :
-Est-ce que j'ai envie de parler du fait que tu aurais pu mourir dans une ruelle i peine deux semaines ? Non, en fait, pas vraiment Harry, parce que je sais que c'est ton mode de fonctionnement et que tu as toujours été comme ça – et que je vais pas commencer à te demander quel est le traumatisme de ton enfance qui te pousse à essayer de prouver ta valeur désespérément –
-Parce que tu es la cause dudit traumatisme ? demanda Harry en croisant les bras.
Tom avait fait le même geste quelques minutes plus tôt :
-Je ne comprends pas comment un gamin de onze ans peut décider de se soumettre à des épreuves destinées à des sorciers adultes, comment il peut l'année suivante décider d'entrer dans la chambre des secrets –
-Est-ce que tu vas vraiment faire une liste de tous les turcs idiots que j'ai fait ? parce que tu en oublies quelques-uns et –
-Mais on s'en fout au final non ? le coupa Tom : au final ça ne change rien, parce que tu es comme ça et que c'est à moi de l'accepter. Alors non, Harry, tu n'as pas besoin d'aller chez le psy et tu peux continuer à te mettre en danger et je resterai l'homme au foyer impuissant qui t'embrasse sur le pas de la porte en se demandant à chaque fois si c'est la dernière fois que je te vois et de toute –
-Ah oui, surenchérit Harry sans se soucier que Tom n'avait manifestement pas terminé sa tirade pourtant émouvante à l'extrême : c'est clair que c'est comme ça qu'on peut te décrire : « un homme au foyer impuissant ».
Tom allait rétorquer mais se retint. Harry soupira et enleva ses lunettes. Il constata que ses mains tremblaient. C'était en partie dû au fait qu'il ne pouvait que donner raison à Tom. Son besoin de prouver qu'il pouvait être utile et qu'il servait à quelque chose … un psy arriverait probablement à le guider pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas besoin de sacrifier sa vie pour arriver à ce résultat. Peut-être réaliserait-il que les gens qui l'aimaient dans sa vie (même si, actuellement, ces gens n'étaient plus qu'une seule personne) n'avait pas envie de le voir se sacrifier pour un bien commun abstrait.
En fait, le pire, c'était que Tom avait gardé ça pour lui depuis son réveil. Il lui avait lancé quelques piques par-ci par-là mais ça n'était jamais sorti d'une façon si évidente. Harry n'avait pas pensé à lui quand il avait foncé tête baissée auprès des affrontements. Bien sûr il avait pensé à lui en termes généraux mais pas à l'impact de son comportement sur les sentiments de son petit-ami.
Et s'il essayait de se mettre à sa place il était bien contraint d'admettre qu'il détesterait l'idée. Mais avec un peu de chance, se résigna-t-il, il n'aurait plus jamais besoin de mettre sa vie en danger.
-En fait, recommença-t-il : je voulais juste savoir si c'était normal de considérer l'idée de se promener à poil en tant que famille comme juste – malaisante à l'extrême.
Le visage et le corps de Tom se détendirent aussitôt. Comme si quelqu'un venait d'extraire toute sa tension à l'aide d'une seringue médicale.
-Oh. Tu pensais à junior.
-Oui, je pensais à Tommy, plaisanta Harry : pas du tout à la manière dont je gère ma vie, en fait.
-Ah. Désolé.
Mais comment lui en vouloir ? Comment éprouver la moindre rancune quand ses reproches étaient totalement justifiées ? Il se pencha vers Tom qui accueillit tranquillement son baiser. Harry s'écarta et Tom lui souriait.
-Je t'aime, Harry Potter.
-Moi aussi. Et – j'ai entendu ce que tu as dit. Je vais y réfléchir.
-Merci.
Et Harry eut la certitude que c'était effectivement quelque chose qui travaillait Tom depuis longtemps. Il avait déjà perdu ses amis pour cette relation – il ne pouvait pas la mettre en danger.
Aucune nouvelle ni de Ron ni d'Hermione. Pourtant il avait cru que les choses s'étaient arrangées pendant la confrontation. Qu'ils s'étaient retrouvés les trois – et qu'ils seraient heureux de reprendre leur amitié là où ils l'avaient laissées. Il s'était manifestement trompé. Chaque matin, quand se dessinait dans le ciel qu'il contemplait avidement la silhouette d'une chouette, il espérait qu'elle ne tiendrait pas que la gazette entre ses griffes. Espoir vain.
Et il partait travailler. Il n'éprouvait aucun plaisir à se rendre au Ministère, aucun plaisir à trouver son bureau sur lequel les dossiers du jour s'étalaient. Aucun plaisir à être briefé par Kingsley en personne. Il n'avait pas de plaisir non plus à voir le visage belliqueux des non-magiques qui ne lâchaient pas l'affaire. Même ses confrontations factices – quoiqu'intellectuellement stimulantes – avec Tom ne lui procuraient aucun plaisir. Il n'espérait qu'une chose : rentrer chez lui et passer du temps avec Tom quand ils ne devaient pas gesticuler sous les masques qu'on leur avait imposés.
Il savait que Tom passait une partie de ses matinées à Sainte-Mangouste. Harry espérait qu'il pourrait y aller bientôt aussi – mais c'était encore trop tôt selon les médicomages. Et pas de nouvelles de ses amis.
Rita Skeeter l'attendait chaque matin dans le hall – elle essayait de lui soutirer un scoop ou d'apprendre un quelconque ragot croustillant. Et à chaque fois qu'il voyait son sourire bestial la photo des trois-balais revenait le hanter. C'était une bombe à retardement et le temps qu'elle prenait avant d'éclater n'augurait rien de bon. Il en était à se demander si Rita n'était pas déjà au courant et qu'elle se jouait de lui avec délectation prête à brandir la vérité aux yeux de tous.
L'ampleur d'une telle révélation – tous les regards admiratifs qu'on lui offrait se transformeraient assurément en dégoût. Et s'il avait appris une chose, c'était que les secrets finissaient toujours par éclater au grand jour. Et que celui-ci ne ferait pas exception. Le moment viendrait où tous sauraient l'étendue de son crime.
Et il y avait ce paramètre en plus, la présence inattendue de Tom junior, complètement innocent qui devrait pourtant subir les crimes de son père et ceux, par procuration, d'Harry. Quelle vie allaient-ils vivre ? Et qu'est-ce qui l'attendrait, lui, à Poudlard ? Dans ce monde qui ne manquerait pas de le juger dès qu'il deviendrait de notoriété publique que Voldemort avait un fils dont il avait décidé de s'occuper ?
Quels préjugés seraient formés et formulés à la seconde où ce fait serait connu ?
Harry était horrifié quand il y pensait. Il pensait pouvoir gérer sa situation à lui et les excuses, les justifications et les comptes qu'on lui demanderait. Mais lui qui avait tant souffert d'être Harry Potter – qu'en serait-il de Tom Riddle Junior Junior ? Il avait souffert d'être le fils de deux héros, qu'en serait-il du fils du Criminel ?
Il n'osait même pas aborder le sujet avec Tom. Et c'était tout simplement terrible, il remarquait parfois son air préoccupé. Il était vite remplacé par sa légèreté habituelle, une façade qui se voulait rassurante. Rien ne pouvait l'atteindre, de toute façon, il était Tom Riddle et ce n'était pas ces imbéciles qui auraient la moindre influence sur sa vie. Mais il ne trompait pas totalement Harry.
Comment réhabiliter quelqu'un ? Quelqu'un dont les crimes dépassaient l'entendement ? Alors que chaque famille de la communauté sorcière avait été marquée, écartelée, blessée par lui ? Il n'y avait pas de remède miracle.
Et Harry se disait parfois qu'il n'y avait tout simplement pas de solution.
Il contemplait sans lire les traits fins des mots. Les langues-de-plombs avaient une calligraphie complètement maîtrisée. Impossible de deviner qui avait écrit le message qu'il avait devant lui. Il essayait de se concentrer mais il savait qu'il ne ressentirait que la même colère sourde quoique omnipotente. La position du Ministère était trop tranchée – ils refusaient tout simplement d'entrer en matière avec les revendications des non-magiques. Harry savait que s'ils n'étaient pas prêts à faire des compromis, alors rien ne pourrait changer. Et combien de temps seraient-ils prêts à accepter ce statuquo ? Ils allaient finir par perdre patience et ce que cela sous-entendait l'effrayait.
Tom et lui parlaient souvent des non-magiques et des réactions qu'ils avaient. Les Londoniens, les plus touchés par les différents conflits puisque leur ville avait été le théâtre des deux guerres et de l'affrontement, étaient les plus catégoriques. Mais malgré tout, il y avait de l'espoir à tirer de ces manifestations de la population. La plupart d'entre eux étaient pour une collaboration pacifique – effacer l'ardoise. Peu d'entre eux exigeaient le même genre de réparation que leurs dirigeants.
Et c'était souvent ceux qui avaient perdus des proches. Et combien c'était compréhensible ? Harry savait qu'ils avaient raison d'exiger que quelqu'un réponde des crimes et que les coupables soient punis.
Et Tom Riddle était chargé d'être le représentant de cette communauté qui, ironiquement, le haïssait. Et il parvenait, comme d'habitude et sans surprise, à rallier les non-magiques à ses arguments. Oui, des torts devaient être réparés, oui la communauté Sorcière avait indubitablement des comptes à régler mais il était pris au piège, enserré par les volontés des dirigeants moldus et -
Et Harry aussi. Il devait suivre les notes qu'on lui fournissait même s'il avait envie de secouer les deux camps par les épaules. Ne pouvaient-ils pas voir qu'ils étaient supposés s'entraider que l'alliance (comme ce qui était en train de se passer dans les autres pays, la France, les Etats-Unis, le Japon) et qu'une ouverture douce mais rythmée des activités moldues et sorcières – une interdisciplinarité complète serait bénéfique ? Les branches de la médecine pouvaient bénéficier l'une de l'autre, la science aussi, toutes les découvertes moldues pouvaient être simplifiée par un apport magique et vice-versa et –
Et le Royaume-Unis s'embourbait dans cette situation sans issue.
On toqua contre la porte de son bureau. Harry sursauta presque, il était perdu dans ses sombres pensées.
-Entrez, maugréa-t-il en se préparant à voir arriver Kingsley et ses conseils habituels (ne parle pas trop, ne laisse pas tes sentiments et particulièrement ton besoin de justice prendre le dessus, contente toi de maîtriser Volde-Tom Riddle).
La porte s'ouvrit.
Sur Ron.
Harry se figea. Il ne s'était jamais dit que son ami viendrait le voir directement. Il s'était attendu à ce qu'il finisse par répondre à sa lettre. Pas qu'il vienne directement le chercher. Il avait une canne dans la main.
Sa peau était encore plus pâle que d'habitude et l'air grave de son visage lui donnait un air « autre ». Ce n'était pas le Ron qu'il connaissait – la fatigué remplaçait toute joie de vivre.
Harry se leva par réflexe. Sa présence était une bonne nouvelle, se força-t-il à penser : s'il était là c'était qu'il avait envie de lui parler peut-être que tout n'était pas perdu et qu'ils pourraient à nouveau se voir.
Un petit sourire sur ses lèvres.
-Joli bureau, commenta-t-il sobrement.
Harry s'en sentit gêné :
-Je le déteste. Entre, ajouta-t-il précipitamment.
Il désigna la chaise en face de son bureau mais l'idée lui parût horrible comme s'il recevait Ron comme un étranger. Dans un contexte professionnel. Mais il n'y avait pas d'autres chaises, pas de coin réservé aux proches. C'était un bureau qui représentait l'Ordre, le Travail et la Hiérarchie malgré ses maigres aménagements.
Ron s'avança maladroitement. Il n'avait manifestement pas encore tout à fait pris le tour de sa nouvelle condition.
-Je suis désolé pour ta jambe, essaya gauchement Harry.
Ron haussa des épaules :
-ça pourrait être pire. Je suis content d'être en vie.
Il y avait de l'humour dans sa phrase.
Et c'était la sagesse caractéristique de Ron. Il avait raison, il aurait pu mourir. Ils auraient pu tous mourir. Si Tom n'était pas intervenu dans la ruelle, Harry n'avait aucun doute quant à ce qu'il resterait d'eux. Plus rien. Quelle cruauté ça aurait été pour Molly et Arthur qui avaient perdus un fils et leur fille unique. Alors une jambe – qui plus est pour un sorcier, c'était un moindre mal. Et Maugrey Fol'œil avait vécu des années en tant qu'Auror avec une jambe de bois. Si un homme dans le Ministère pouvait en faire autant, c'était bien Ron.
-Merci d'être venu, ajouta Harry.
Le malaise le peinait, en fait. La facilité de leur relation avait disparue. Ce n'était pas la première tension de leur amitié, essaya de se rappeler Harry. Ils avaient survécus au tournois des trois sorciers quand Ron avait subitement décidé qu'Harry était un menteur. Ils avaient aussi survécus à sa désertion temporaire pendant la chasse aux horcruxes.
Il se devait d'être confiant.
-Désolé de ne pas avoir répondu à ta lettre, répondit Ron en s'asseyant lentement sur la chaise en face de lui : le réveil a été compliqué et ensuite… Disons que je n'ai pas eu la moindre minute pour m'asseoir devant un parchemin.
Harry n'avait évidemment pas du tout considéré cet aspect. Ron et sa famille – sa femme qui devait être morte d'inquiétude et leur enfant qui avait manqué de peu de perdre son père. Bien sûr que répondre à sa lettre n'avait pas été une priorité.
-Pas de problème, répondit-il en souriant : je voulais juste vous laisser l'opportunité de me contacter quand vous… auriez envie.
Il avait failli dire « quand vous seriez prêt » mais c'était trop condescendant. Comme si Harry faisait preuve de magnanimité. Alors que c'était l'inverse.
-C'est vrai que - Ron détourna le regard. Il s'absorba dans la contemplation de la fenêtre : disons que ça a été des heures chargées en révélation, et ensuite le combat et – et maintenant toute cette histoire de représentant Moldu-
-Non-magique, le corrigea automatiquement Harry : ils préfèrent ce terme qui est moins condescendant.
-Les non-magiques et qu'il soit leur représentant… Je ne sais pas. Ça fait beaucoup.
-Je comprends, répondit précipitamment Harry : et je ne te demande pas de – de pardonner ou je ne sais quoi –
-Mais tu comprends Harry, le problème c'est que je n'ai pas envie de cautionner non plus.
C'était la chose la plus douloureuse qu'il ait eut à entendre depuis longtemps. Et il ne pouvait même pas lui en vouloir, il ne pouvait même pas lui reprocher d'arriver à cette conclusion – Fred était mort à cause de Tom. Ginny aussi. Cette information mourrait avec Harry. Il n'avait jamais dit à Tom qu'elle était venu le voir rongée par la culpabilité. Et il ne le dirait certainement pas à sa famille non plus. Certains secrets méritaient de s'éteindre sans bruit.
-Je comprends, répéta Harry.
Il n'avait rien à dire. Il pouvait tenter de se justifier, avancer les arguments que ça n'était pas comme s'il avait succombé à Voldemort… en connaissance de cause. Sans leur perte de mémoire, il doutait sincèrement qu'une telle chose eut pu se produire. Et même, il doutait, il n'avait aucune certitude. C'était effrayant mais il n'en savait rien. Il existait peut-être un univers alternatif où Voldemort aurait réussi à le séduire… traditionnellement.
Mais ça n'enlevait pas le fait que Harry avait fait le choix de pardonner, de passer à autre chose et d'enterrer le passé. Mais il ne pouvait pas en demander de même à ses amis. Qui, en plus, ne tiraient aucun bénéfice de la situation.
Harry mentirait s'il prétendait ne rien retirer de son couple. Il avait trouvé le partenaire parfait qui l'épaulait, le soutenait, le canalisait lorsque c'était nécessaire et – ça faisait depuis leur rencontre qu'il ne s'était pas senti… de trop. Un sentiment qu'il connaissait intimement et autour duquel il avait presque construit son identité.
-Je ne suis pas en train de te dire que je ne veux plus te voir, ajouta Ron : ou que notre amitié est terminée mais –
-Mais tu as besoin d'espace. Et pas de « double-date », plaisanta Harry qui réalisa que sa voix était résolument amère.
Ron hocha tristement de la tête :
-Et même maintenant, je ne suis pas persuadé que ça soit une bonne idée et… Harry fais attention, je t'en prie.
Il avait envie d'hurler. Lui expliquer – non mieux, lui enfourner la tête dans la pensine pour qu'il comprenne, qu'il voie que Tom était bénéfique pour lui et qu'il était sincère et qu'il n'y avait rien d'abusif ou de toxique dans leur relation – cela aussi miraculeux soit-il. Mais il ne le comprendrait jamais. Et Harry devait l'accepter.
-Merci, ça me touche que tu t'inquiètes, répondit-il mais c'était un automatisme.
Sa véritable réaction était sanguine et horrifiée. Il ressentait presque de la haine, en fait. Mais Ron avait perdu son frère il n'y avait pas pire. Et Harry l'avait trahi en premier. Ron hocha de la tête une dernière fois et se releva.
Ils se serrèrent la main. Une poignée qui avait un goût d'adieu.
Inutile de penser à la position d'Hermione, d'ailleurs. Paradoxalement, malgré les quelques conflits qui avaient ponctué leur relation, Ron avait toujours été le plus indulgent des deux.
La porte se referma sur lui. Impossible d'imaginer devoir tenir tête aux Ministres moldus – impossible d'imaginer devoir prétendre être sûr de lui, rationnel et capable devant Kingsley et les Langues-de-Plomb. Il griffonna à la va-vite un « je ne me sens pas bien, désolé et à demain » sur un bout de parchemin et l'envoya prestement à Kingsley.
Si quelqu'un y trouvait quelque chose à redire, il aurait un certain nombre d'arguments à leur avancer. Comme le fait qu'il n'avait jamais pris de jour de congé – qu'il était Harry Potter et que si quelqu'un avait bien le droit de prendre un jour pour sa santé, c'était bien lui.
(Amusant comme la voix de ses pensées venait subitement de prendre la voix de Tom.) (Il avait l'impression que c'était lui qui lui avait tenu ce discours quelques semaines plus tôt. Ça paraissait être une vie.)
Il sortit précipitamment de son bureau. L'ascenseur magique. Le hall d'entrée et ses murmures incessants. Harry Potter, Harry Potter, HarryPotter HarryPotter – il pressa le pas. Un flash l'aveugla :
-Harry !
-Pas maintenant, s'exclama-t-il, une rage impuissante à peine contenue : pas maintenant.
-Il s'est passé quelque chose ?
Et ce sourire, ce putain de sourire mauvais et Harry se précipita vers les plateformes. Dieu savait quel serait l'article du lendemain. Et Ron le lirait et il arriverait à additionner sa visite avec l'état pathétique d'Harry. C'en était terminé de sa dignité. Mais qu'est-ce qu'il s'en foutait, au final, de sa dignité.
Le Ministère disparût. Et l'entrée de l'appartement. Le dos contre la porte, face au portemanteau – les chaussures de Tom étaient toujours par terre. Il n'était pas encore parti. Mélange de soulagement et d'horreur à l'idée qu'il le verrait dans cet état –
-Tu as oublié quelque-
La voix mélodieuse et légère de son petit-ami s'arrêta net. Harry ne pouvait qu'imaginer ce à quoi il ressemblait. Il devait avoir l'air abattu de quelqu'un qui a perdu un être cher. Et c'était le cas, c'était le cas ! Même si Ron ne lui en voulait pas personnellement, il tirait quand même un trait sur leur amitié Et ça comptait pour quelque chose – c'était un deuil terrible et-
Et Tom le serrait doucement contre lui. Harry lui était reconnaissant de ne pas lui demander ce qu'il s'était passé. Il le laissait venir et le réconforterait avec des mots quand Harry se déciderait à lui parler. Mais il ne voulait pas qu'il culpabilise non plus – et évidemment qu'il culpabiliserait et – cet infernal carrousel de pensées.
Tom le guida vers leur canapé. Une fois assis, il lui retira ses chaussures et Harry se laissa glisser contre lui. Il allait être en retard.
-Tu devrais y aller, décida-t-il de lui dire. Il n'avait pas envie d'être responsable du moindre problème concernant son travail. Il était déjà coupable de plomber son après-midi.
-Ils peuvent se passer de moi.
Le pouvaient-ils ? se demanda sincèrement Harry bercé par les battements réguliers du cœur de Tom. Pouvaient-ils se débrouiller si Harry et Tom n'étaient pas avec eux ? La réponse était évidente. Du moins en ce qui le concernait : bien sûr. Harry n'était là que de façon honorifique pour qu'on ne puisse pas les accuser de le laisser tomber.
Quant à Tom… Ses connaissances étendues du Monde Sorcier leur étaient utiles. Mais peut-être moins dans cette salle.
L'envie de lui demander s'il avait aussi envie de tout quitter pour redevenir un simple pédiatre l'effleura. Il la balaya – cette obsédante poussière. Il ne pouvait tout simplement pas lui faire ça. Harry avait l'intuition qu'il lui répondrait que oui – qu'ils pouvaient le faire tout de suite s'il le voulait, qu'il n'avait qu'à l'exprimer et ils laisseraient tout derrière eux –
Mais il ne pouvait décemment pas lui demander un tel sacrifice. Et Harry était persuadé que ce n'était qu'un moment compliqué à endurer. Bientôt, tout serait à nouveau comme avant. Et ils pourraient pleinement profiter des fruits de leurs sacrifices respectifs.
-Désolé, reprit finalement Harry : c'est juste que ça fait beaucoup.
-Je comprends, lui répondit-il : ce n'est pas la période la plus… simple.
Il pouvait distinguer la grimace dans sa voix. Ce n'était simple ni pour Tom ni pour lui. Il ne pouvait qu'espérer que la situation s'arrangerait bientôt.
La semaine défila. Les journées étaient similaires les unes aux autres. Il ne vivait que pour les moments qu'il passait chez lui. Tom et lui essayaient de profiter au maximum de leur temps ensemble. Harry aurait aimé pouvoir faire le genre d'activités qu'ils n'avaient plus jamais pris le temps de faire, depuis le moment où ils avaient retrouvés la mémoire.
Aller au cinéma, tester de nouveaux restaurants, flâner dans Londres comme s'ils étaient un couple banal. Mais leur seule tentative s'était soldée par une horde de non-magiques suppliant Tom de leur serrer la main et d'accepter de poser avec eux pour des selfies.
Harry s'était tenu à l'écart – effrayé à l'idée qu'il apparaisse aussi sur les clichés. Il serait difficile de justifier ce que Harry Potter et Tom Riddle faisaient ensemble, un soir de semaine, dans le Londres moldu. Il pourrait tenter de se justifier, bien sûr. Prétexter qu'ils voulaient parler de travail et mettre les choses à plat l'un avec l'autre pour se permettre de collaborer de façon pérenne. Mais Harry n'y croyait tout simplement pas, et nul doute que les autres sorciers n'y croiraient pas non plus. Lord Voldemort et Harry assit tranquillement sur une terrasse à discuter du sort du peuple Britannique ? C'était juste tellement aberrant que tous y verraient un aveu de culpabilité.
Heureusement pour eux, ils étaient tout de même assez casanier. Même si l'idée de se promener en toute impunité dehors lui manquait, il se satisfaisait très bien des soirées films, des soirées cuisines et autres inventions qu'ils imaginaient pour profiter de la présence l'un de l'autre.
Et un jour avalait le suivant et ainsi de suite – et toujours ce sentiment d'étouffer
Rita Skeeter l'attendait presque quotidiennement dans le hall d'entrée du Ministère. Certains jours, il était évident qu'elle avait vieilli. Il gardait un souvenir très précis de sa rencontre avec la journaliste. Quand, terrifié, entouré de Cédric, Fleur et Victor, elle s'était jetée sur lui flairant d'avance que c'était lui qui ferait vendre la gazette.
Cela faisait quoi. Presque quinze ans que c'était arrivé ? Et elle lui laissait toujours la même impression d'être une proie vulnérable face à sa plume. Il y avait le traumatisme de la rencontre, bien sûr, mais aussi cette culpabilité et la compréhension intime que Tom et lui cachaient le genre de scoop qui feraient la carrière d'un journaliste. Et qu'il n'arrive pas à se persuader qu'elle n'en savait rien ne l'aidait pas du tout.
Il avait envie de lui hurler dessus, parfois, d'exiger qu'elle lui explique pourquoi elle le regardait de cette façon. Il savait déjà quels seraient les titres des journaux le lendemain s'il se laisser aller à de tels épanchements : « Harry Potter en plein burn-out, Harry Potter totalement dépassé par ses responsabilités » « Harry Potter bientôt patient à Sainte-Mangouste ».
Et entre ce poids, ces secrets et cette lassitude, il aperçut finalement Hermione.
Elle ne lui avait jamais répondu. La cruauté de ce refus le mordait à chaque fois qu'il y réfléchissait (ce qui arrivait plusieurs fois par jour). Il aurait aimé qu'elle fasse un pas vers lui, qu'elle lui dise que la situation, bien que compliquée, n'était pas un motif à rupture.
Harry se cacha derrière l'un des hauts piliers qui retenaient le hall. Il ne voulait surtout pas qu'elle le voie. Sa réaction, qu'elle quelle serait, ne ferait qu'attiser la violence de sa peine. Elle était habillée d'une façon qui ne laissait aucun doute quant à ses responsabilités. Peut-être travaillerait-elle dans le département des secrets, elle aussi ? Ou envisageait-elle de siéger au Magenmagot pour faire valoir les droits des créatures magiques ?
Harry était sûr qu'elle brillerait quel que soit son choix. Et la sensation que sa place à lui était totalement injuste – totalement imméritée le gifla. Il était comme Drago qui obtenait une place dans l'équipe de Quidditch de Serpentard parce que son père l'avait décidé. Il avait obtenu son travail parce que Kingsley n'osait pas le congédier. Les mêmes pensées qui revenaient encore et encore et encore et encore – Il était la relique d'un passé révolu et sa relation avec Tom l'excluait de la reconstruction du monde sorcier.
Il contempla Hermione entrer dans un ascenseur. La porte se ferma et il expira pour la première fois depuis de longues secondes. Elle se sentait suffisamment bien pour se rendre au Ministère – mais pas pour lui écrire. Peut-être que c'était Drago qui lui demandait de couper les ponts. Peut-être ne l'aurait-elle jamais fait dans d'autres circonstances et ah, qu'il était facile et agréable d'imputer la faute à quelqu'un d'autre tout plutôt que d'admettre qu'Hermione avait toujours eu un sens de la justice aiguisé et qu'elle devait trouver l'absence de procès, l'absence de punition envers celui qui avait essayé d'éradiquer les nés-moldus, comme une insulte.
Et c'était ces pensées qui empêchait Harry de lui réécrire, de la supplier de lui pardonner. Il avait fait ses choix et elle était libre de faire les siens.
Bien sûr, persuadé à ce point qu'elle ne voulait plus jamais avoir affaire à lui, Harry se trouva extrêmement pris de court en revoyant Hermione quelques minutes plus tard.
Assise sur une chaise devant son bureau. Elle était montée dans l'ascenseur pour le voir lui. Elle leva ses yeux noisettes et il y vit une telle tristesse, une telle peine qu'il comprit qu'elle venait le trouver pour avoir la même discussion – en substance – que celle qu'il avait eue avec Ron.
-Hermione, déclara-t-il par réflexe avant même de la saluer.
Elle se leva et, avec la promptitude qu'elle n'avait jamais hésité à lui montrer, se jeta dans ses bras. Combien de fois s'étaient-ils enlacés ? Combien de fois avait-il trouvé du réconfort dans l'étreinte de sa meilleure amie ? Mais elle était plus qu'une amie. À beaucoup d'égards elle était une sœur. Elle qui était aussi fille unique et qui, contrairement à Ron, ne connaissait pas ces liens indéfectibles qui unissent une fratrie.
-Oh, Harry, déglutit-elle.
Elle pleurait et Harry avait envie de faire de même. Il voulait que ses amis comprennent, que s'ils étaient les personnes les plus importantes pour lui, Tom était la seule personne sur la planète à avoir réussi à l'épauler d'une façon si absolue, que s'il était capable de se lever le matin, actuellement, c'était grâce à lui et à son support et que pour rien au monde il ne serait capable d'y renoncer.
Il ouvrit la porte de son bureau. Hermione se précipita à l'intérieur, les joues baignées de larmes.
-Comment tu vas, Harry ? lui demanda-t-elle
Son regard glissa manifestement du haut de son crâne à ses chaussures. Harry se demandait quelle allure il avait. Il était épuisé et stressé et s'il était heureux quand il rentrait chez lui, son travail lui pesait trop lourd sur les épaules et-
-Je vais bien, déclara-t-il d'un ton qu'il espérait conciliant : je vais bien. Et toi ? je suis tellement content de te voir –
Il avait dit les mêmes mots à Ron, non ? Il n'en était même plus sûr. Et qu'importe, pour l'un comme pour l'autre, il était tellement, tellement soulagé de voir qu'ils ne le répudiaient pas tout simplement, que son nom n'était pas barré de leur cœur avec une simplicité blessante.
-Oui, ça va. elle lui sourit : mais je crois que je suis définitivement prête à avoir une vie plus simple.
Harry esquissa un sourire : il comprenait parfaitement ce sentiment.
-Moi aussi, répondit-il.
Ils se contemplèrent quelques instant.
-Et comment va Drago ?
Cette conversation était d'une banalité affligeante et ils étaient en train d'éviter le réel sujet. La raison pour laquelle Hermione était venu le trouver et la façon dont leur vie allait s'accorder.
-il va bien. Secoué, bien sûr, et Harry… elle fit une courte pause : je ne te cache pas que c'est difficile pour lui, pour nous deux, d'accepter la situation.
-Bien sûr, déclara-t-il : je comprends. Mais est-ce que…
Un sourire triste :
-Si ta question est : est-ce que ça change quelque chose…j'aimerais pouvoir te répondre que non, que bien sûr que non mais il faut aussi se rendre à l'évidence. elle inspira : Tom reste…
Elle ferma subitement la bouche, cherchant les mots adéquats. Mais que pouvaient-ils être ? Harry connaissait déjà le fond de sa pensée, il savait qu'elle voulait désespérément lui dire qu'elle ne pourrait pas lui faire face, que sa présence était une insulte à sa personne et qu'elle était prête à beaucoup de choses (notamment pardonner Harry, il l'espérait) mais pas à faire un simple trait sur le passé.
-Je comprends, reprit Harry sans lui laisser le temps de formuler ce qu'elle essayait de lui transmettre.
C'était évident. Et elle méritait plus qu'une cruauté infâme s'il la laissait s'embourber dans cette conversation qui les blessait l'un comme l'autre.
-Mais ça me ferait plaisir de vous voir quand même. Je comprends que la présence de Tom est impossible pour vous et vraiment, je vous comprends. Mais on est pas attachés l'un à l'autre et j'aurais envie et… et besoin, déclara-t-il avec difficulté : de vous voir.
Hermione traversa la pièce à grandes enjambées et l'enlaça avec force. Harry posa naturellement sa tête sur le haut de son crâne, une étreinte à laquelle il avait été habitué pendant des années. La première personne, en fait, qui l'avait touché avec tendresse sans qu'il n'y ait la moindre ambiguïté. Molly avait suivi rapidement mais c'était Hermione, sa meilleure amie, qui l'avait touché pour la première fois.
-Moi aussi, sa voix étouffée par les habits d'Harry.
Et l'idée de devoir travailler, assister à l'une des réunions et prétendre que tout allait bien et que Harry Potter gérait parfaitement sa vie, merci pour lui, lui serra à nouveau la poitrine. Mais pas le choix. Il allait devoir se confronter à la réalité de sa vie.
Au moins, maintenant, il avait la certitude que ses amis ne le détestaient pas à jamais et qu'avec un peu de chance… Avec le temps, eux aussi pourraient se rendre à l'évidence : Tom avait changé, n'était plus une menace et qu'il essayait activement de réparer ses torts. Même si c'était en prenant le parti de ceux qui s'opposaient avec force aux sorciers.
Puis les médicomages annoncèrent que Tom Junior Junior était suffisamment rétabli pour avoir de la visite. Harry n'avait pas réalisé à quel point il avait anticipé ce moment avec impatience avant d'entendre la nouvelle. Peut-être essayait-il de se protéger en arguant avec (ou contre lui-même) que ça lui était égal, au final. Que sa présence ou son absence lui était indifférente. C'était faux.
Chaque jour, après les séances houleuses qui semblaient ne jamais apporter de solutions, Tom et lui se retrouvaient à Sainte-Mangouste. Le département réservé au enfant ressemblait en tout point à ceux des hôpitaux moldus. En fait, Harry se fit la réflexion qu'il lui rappelait un peu le lieu où il avait retrouvé Tom quelques années plus tôt. La même joyeuseté factice qui cachait la misère.
Dans leur cas, au moins, il n'était question que d'espoir. Tom allait bien. Il était fatigué, traumatisé et méfiant mais Harry était persuadé que c'étaient des choses qui s'arrangeraient avec le temps. Il était prêt à payer tous les thérapeutes du pays, prêt à lui laisser le temps qu'il voulait – tout pour qu'il puisse vivre une vie normale.
Tom semblait partager son avis. Il faisait preuve d'une patience rare. Parce que son fils lui ressemblait étrangement. Particulièrement dans l'attitude renfermée et défiante. Il se laisser parfois amadouer quelques secondes avant de faire à nouveau preuve d'une brusquerie surprenante. Mais c'était impossible de lui en vouloir, pas après qu'il ait subi une vie qui était intimement familière à Harry. Et qui l'était tout autant pour Tom.
Ils préparaient l'appartement. Le bureau qui n'avait jusqu'à présent eut aucune utilité se transforma subitement en chambre. Harry ne lésina pas sur les moyens. Lui qui avait toujours rechigné à utiliser la fortune familiale pour lui-même trouvait tout à fait acceptable de la déverser sur quelqu'un d'autre. Tout était prêt et, finalement, le moment arriva.
Tom sortit de l'hôpital pour vivre avec eux.
Harry s'était évidemment préparé à ce que leur quotidien change. Il n'avait cependant pas tout à fait mesuré l'ampleur d'une telle arrivée. Tom avait besoin d'attention – et plus encore, il avait un besoin de compassion qui dépassait ce qu'Harry avait vu jusqu'à présent. Son début de vie difficile se réverbérait sur ses actes.
Ils n'étaient pas une famille de publicité.
Tom manquait de patience envers son fils, parfois. Harry le voyait, devinait aux contractions de sa mâchoire qu'il avait parfois envie de quitter l'appartement en trombes et ne revenir qu'une fois le gamin couché. Mais il tenait bon et Harry aussi.
Le plus frustrant, et Harry le réalisa bien vite, c'était de ne pas réellement faire partie de la vie de Junior, comme ils l'appelaient. Jamais Harry n'aurait imaginé faire partie des gens qui appelaient un enfant « junior ». C'était de mauvais goût – comme s'il n'existait que dans son rapport à son père. Mais paradoxalement vu son début de vie, être rattaché comme ça à Tom, c'était lui faire plaisir. Lui rendre une famille qu'il croyait inexistante.
Mais bon, c'était Tom qui l'amenait à l'école. Puis qui allait le rechercher. C'était avec lui qu'il allait certains soirs se promener au parc. Etonnement, Rita (ou un quelconque autre journaliste) n'avaient pas encore découvert que Lord Voldemort avait un fils. Avec qui il jouait sur les places de jeu communales. Harry se l'interdisait. Il y aurait une infarctus collectif si toutes les révélations étaient faites en même temps. Mais il mentirait s'il prétendait que la distance ne l'atteignait pas.
Cette vie de furtivité n'avait pas manquée à Harry. Il s'était imaginé qu'il se sentirait libéré – maintenant que ses amis étaient au courant – que Kingsley et McGonagall l'étaient aussi. Il s'était complètement fourvoyé. Comme quoi, être optimiste n'avait réellement aucun sens.
Et des fois il en voulait presque à Tom de pouvoir sortir librement avec son fils. D'avoir suffisamment d'assurance dans ses prouesses magiques pour être persuadé qu'on ne le remarquerait pas. Il enviait cette confiance.
Les jours fondirent en des semaines. Ni une quelconque délivrance ni un changement ne venaient. Ils étaient coincés dans ces rôles, dans ce travail qu'Harry trouvait abrutissant. Ils ne servaient à rien, en fait. Et ni les non-magiques ni les sorciers n'arrivaient à atteindre leurs buts. Les compromis restaient impossibles.
Chaque jour sa gorge se serrait un peu plus. Chaque heure était plus compliquée. Il croisait parfois Ron et Hermione. Ils avaient un air coupable qu'Harry avait du mal à leur pardonner. Pourquoi ne pouvaient-ils pas simplement être heureux ? Pourquoi ne pouvait-il pas exister, vivre leur vérité au grand jour ? Et plus il se posait la question plus il lui paraissait aberrant de continuer à garder leur relation secrète.
Jusqu'à ce qu'il décide que c'était le moment d'aborder le sujet avec Tom. Au-moment où Harry prit la décision il se demanda pourquoi il avait attendu si longtemps. Il faisait nuit. Junior était au lit et, Harry venait de constater qu'il était bel et bien endormi. Tom était dans la salle de bain. Il avait entendu le cliquetis régulier d'un coupe ongle en passant devant la porte.
Embarrassé, et horrifié d'éprouver une émotion pareille vis-à-vis de Tom, il faisait les cent pas devant les fenêtres. Certains de leurs voisins n'avaient pas de rideaux. Il pouvait voir quels programmes ils regardaient à la télévision. Étaient-ils conscients d'être exposés ? N'étaient-ils pas dérangés par ce manque d'intimité ?
Bruits de plante de pied contre le plancher. Et Tom était dans la pièce. Il remarqua tout de suite qu'Harry avait un comportement inhabituel. Comprenant qu'ils allaient au-devant d'une conversation sérieuse, il s'assit sur le canapé et fit signe à Harry de le rejoindre.
Impossible. Harry fit un pas pour obtempérer mais se ravisa. Il trouverait mieux son courage en étant debout. Il inspira, expira, chercha ses mots et décida finalement d'être bref :
-J'en ai marre.
Air affolé.
Harry réalisa que c'était une déclaration trop vague et pas franchement rassurante :
-De la situation, je veux dire ! ajouta-t-il précipitamment : de devoir nous cacher. De plus pouvoir avoir une vie de couple avec toi en dehors de notre appartement. Et de ton bureau.
Tom plaqua dramatiquement une main contre son cœur :
-Ne commence plus jamais une conversation comme ça.
-Désolé.
Grimace. Mais le sourire de Tom le rassura :
-J'avoue que j'attendais que tu abordes le sujet. ça ne me convient pas non plus.
-Très bien, ajouta Harry : très bien.
-Mais il faut une stratégie.
-Ok, répondit Harry qui n'avait pas pensé plus loin que juste exprimer son malaise.
-Personnellement je vois trois possibilités. Harry l'encouragea à continuer en hochant de la tête : soit on vit notre vie et on attend que Madame Skeeter nous tombe dessus, soit on décide de faire nous-même une déclaration publique, soit on met en scène une révélation.
-Comment ça ?
Harry ne voyait pas exactement ce en quoi consistaient les deux dernières options.
-On pourrait décider d'aller ensemble, en tant que couple je veux dire, à un événement du Ministère ou je ne sais quoi. Ou faire… une conférence de presse. Quelque chose de public mais qui nous laisserait la possibilité de maîtriser le quand, comment et pourquoi. Après ça veut aussi dire qu'on doit assumer cette décision et participer activement à sa résolution. Et pour la mise en scène je pensais à quelque chose sur les réseaux sociaux.
Il fit une pause de quelques secondes avant de reprendre :
-On pourrait faire une fausse vidéo volée. Comme si quelqu'un nous filmait par hasard dans la rue. Ce qui nous permettrait de maîtriser, là aussi. Ou alors on prétend que quelqu'un s'est infiltré sur nos téléphones et on balance tout leur contenu sur Internet. Tu préfères quoi ?
-Je sais pas, répondit Harry qui, vraiment, n'avait pas anticipé la conversation : tu as une idée toi ?
-Je suis pas extrêmement à l'aise à l'idée de dévoiler toutes mes photos au public. Mais disons que – ça aurait l'avantage de nous présenter sous un jour normal. J'ai vraiment mille photos de toi qui sont sincères et qui datent de – du début, en fait. Donc pour le public je pense que c'est ce qui serait le plus facile à avaler. D'autant plus qu'on peut se positionner en tant que victimes. Décider de se pointer ensemble et d'assumer à cent-pour-cent c'est aussi envisageable. En fait, je n'aime juste pas particulièrement l'idée d'aider Rita Skeeter. L'idée de lui arracher ce scoop me fait intimement plaisir.
-Je peux y réfléchir ? demanda Harry.
Il comprenait parfaitement les arguments de Tom. Il avait totalement raison. C'était mieux s'ils pouvaient contrôler la façon dont ils annonçaient la nouvelle. Et il mentirait s'il prétendait ne pas être du même avis pour ce qui concernait Skeeter.
-Tu penses qu'ils vont nous détester ?
-Qui ça, les gens ?
-Oui.
L'idée d'être à nouveau détesté par des gens qu'il ne connaissait pas – c'était anxiogène. Il préférait nettement être personne. Ou être apprécié s'il devait réellement être sous le feu des projecteurs. Nul doute que tout le monde serait à nouveau prêt à l'égorger. Et vu l'air pensif de Tom, ce serait probablement le cas.
-En fait, tu sais Harry, je ne crois pas. Je pense que les gens seront reconnaissant d'avoir un scandale qui soit bénin. Les dés sont déjà jetés, je travaille avec le Ministère non-magique, je suis plus ou moins réhabilité – ce n'est pas comme si on était en pleine guerre. Ils seront contents d'avoir un sujet de discussion sans que celui-ci ne soit complètement politique.
-C'est peut-être un peu trop optimiste…soupira Harry en se laissant tomber à côté de Tom qui attrapa ses jambes pour les faire passer sur les siennes.
-je ne pense pas. D'ailleurs je suis sûr que d'ici quelques années Hollywood rachètera notre histoire pour en faire une série à gros budget.
Harry éclata de rire :
-quinze saison, de mon entrée à Poudlard jusqu'à – maintenant.
-Avec des rebondissements complètement insensés –
-Gros plot-twist de la saison huit. Oh non, ils ont perdu la mémoire, oh non ils se rencontrent –
-Réflexion faite, je pense qu'il faudrait faire cinquante saison et commencer par mon enfance. Histoire de me rendre un peu plus inoffensif et de rendre tes choix un peu plus sensés.
-Je crois pas que de te voir assassiner toutes tes victimes soit une bonne façon de te faire passer pour quelqu'un d'inoffensif, Tom.
-Tu as raison. Peut-être. La première saison pourrait s'appeler Harry Potter à l'école des sorciers et-
Harry éclata une nouvelle fois de rire. Un rire plus léger et plus libre que tous ceux qu'il avait émis ces dernières semaines. Il était idiot de ne pas avoir abordé le sujet plus vite. Et oui, nul doute qu'il y aurait une petite crise, de l'indignation, des accusations même mais –
-Tu as des trucs vraiment honteux sur ton téléphone ?
-Il faut que tu définisses « honteux » Harry. Est-ce que toutes les photos que j'ai de toi sont flatteuses ? non. Est-ce que certaines vont entacher ta réputation ? sans aucun doute. Est-ce que j'ai l'intention de publier nos sextape sur Internet ? non. Je pense qu'on peut prétendre être des jeunes gens distingués qui ne s'abaissent pas à des pratiques aussi scandaleuses –
-Alors je suis d'accord avec toi, soupira Harry : prétends avoir été hacké ou je ne sais quoi.
-C'est comme si c'était fait. Tom lui adressa un sourire satisfait : Je vais sortir le grand jeu.
Ils n'abordèrent plus le sujet. Tom se coucha en même temps que lui et Harry comprit que la publication factice du contenu de son téléphone ne serait pas pour la nuit même. Ce qui n'était pas surprenant parce qu'Harry savait que Tom avait besoin d'échafauder trois plans avec chacune deux alternatives et que celles-ci devaient comprendre toutes les situations potentiellement problématiques. Il fallait aussi rendre la situation crédible. Ce ne serait probablement pas une mince affaire. En tout cas, il était content de pouvoir s'en laver les mains.
La journée du lendemain fut tout à fait banale. Celle du surlendemain aussi. Aucun changement notable dans sa vie. Pendant la réunion, son regard s'accrocha aux cernes – désormais permanentes – sur le visage de Tom. Ils ne parlaient pas beaucoup de leur ressenti vis-à-vis de la situation. Est-ce que ça – est-ce que ça lui convenait, au moins ?
Il ne pouvait en être autrement. Il avait un rôle où il exerçait un certain pouvoir, il avait de l'influence, il travaillait dans un Ministère, Tom était vraisemblablement le plus heureux des hommes. Et Harry venait déjà d'imposer la révélation de leur relation. Il ne pouvait pas directement enchaîner avec son travail.
C'est une semaine plus tard que Kingsley entra précipitamment dans son bureau. Harry comprit de quoi il s'agissait avant même qu'il ne parvienne à la porte. Ses pas précipités étaient suffisamment explicites. Tout était si calme qu'une telle hâte ne pouvait émaner que d'un seul événement. Les photos avaient « fuitées ».
La porte s'écrasa contre le mur. Il l'avait ouverte avec une telle force qu'Harry se demanda s'il y aurait une marque au mur là où se trouvait la poignée. Kingsley était furibond : ses yeux écarquillés et le tremblement de ses mains renforçaient la force de son geste. Ou plutôt de son sort, se corrigea Harry : il avait sa baguette dans la main. La porte avait été ouverte par la magie.
-Il se passe quelque chose ?
Harry n'était pas particulièrement doué pour mentir. Il essayait d'imaginer quel serait son comportement s'il voyait débarquer le Ministre de cette manière et en ayant absolument aucun indice sur la raison d'une telle apparition.
-Tes vidéos porno ont FUITE
Harry n'avait pas l'impression d'avoir jamais tourné la moindre vidéo pornographique – si ce n'était –
Son esprit se vida.
Puis se remplit précipitamment. Tom lui avait menti.
-QUOI ?
Il savait exactement de quel genre de vidéo il pouvait être question. Et c'était – c'était juste impensable, juste totalement irresponsable et – et impardonnable Harry n'allait pas avoir d'autre choix que de déménager, de changer d'identité et de ne plus jamais croiser personne. C'était juste – trop. Trop absurde, trop dangereux et dire que Tom, sans le consulter, ait décidé de changer d'avis ?
Il suivit Kingsley dans son bureau. Un ordinateur moldu était ouvert sur une page web. Qui recensait des centaines de photographies, au bas mot.
-Qu'est-ce que – demanda Harry qui essayait de taire sa colère pour prétendre qu'il ne connaissait pas l'origine de ce cataclysme : qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-Je ne sais pas, mais je suppose que le contenu du téléphone de Monsieur Riddle a été volé. Je n'arrive pas à croire que ce soit arrivé – je n'arrive pas à croire qu'on doive désormais composer avec ce scandale – est-ce que tu réalises Harry, que l'opinion publique va –
Harry n'avait rien fait et était totalement innocent. Il ne comprenait pas pourquoi Kingsley s'en prenait pareillement à lui. Mais c'était faux, c'était juste qu'il était là – et qu'il ne pourrait clairement pas engueuler Voldemort en personne. Donc c'était sur lui que tout allait retomber. Ok. C'était gérable.
Il fit défiler les photos. Elles étaient majoritairement honteuses. Certaines étaient – adorables – il ne pouvait pas dire l'inverse. Il y avait aussi des vidéos. Dont certaines qui étaient clairement –
Le craquement sec d'un transplanage.
-Harry je –
Tom Riddle dans toute sa splendeur. Décoiffé, l'air impossiblement contrit – une figure d'horreur et de désolation. Totalement factice. Et Harry serait entré dans son jeu – s'il n'avait pas la suspicion que Tom ait décidé de publier leurs sextape qui étaient d'ailleurs si malaisante qu'Harry ne les avait jamais regardées – et qui étaient maintenant en ligne et Minerva et Ron et Hermione et – tous, ils pourraient voir Harry Potter le survivant en train de se faire ravager de se faire niquer par Lord Voldemort et ces pensées hystériques n'aidaient en rien et –
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Est-ce que je peux savoir comment vous avez pu commettre une négligence aussi idiote ? tonna Kingsley en s'approchant de Tom.
C'était fou la confiance que lui faisait prendre sa colère. Il évitait, d'habitude de s'approcher de Tom.
-Je suis désolé – je ne me l'explique pas. Je n'ai pas constaté quoique ce soit d'anormal – on ne m'a pas non plus demandé de rançon ou je ne sais quoi – je suis aussi sidéré que vous et –
Et c'était qu'il était convainquant, le salaud. Il était même terriblement convainquant. Le genre de diatribe qui donnait envie de compatir, de lui tapoter l'épaule en disant qu'on finirait bien par trouver une solution. Harry voyait ses yeux briller. Il était prêt à faire semblant de pleurer pour se donner de la crédibilité. Alors que – alors qu'il lui avait menti !
-NOS SEXTAPES TOM ?! Nos SEXTAPES ? hurla Harry avec une brusquerie dont il n'avait plus jamais fait preuve depuis sa confrontation avec Dumbledore.
-Je ne suis pas totalement idiot, Harry, lui répondit Tom d'un ton rassurant qui était loin de l'être : les vidéos sont coupées.
-Quoi ? s'étrangla Harry (il avait un peu espéré que Kingsley ait totalement exagéré et que Tom ne l'ai pas trahi d'une façon aussi stupide).
-Je n'ai pas…(Tom lança un regard en biais à Kingsley qui ne décolérait pas)…nos sextape sur mon téléphone, je suis pas complètement inconscient – mais j'avais les… débuts.
-Définis « début »
-Personne ne te voit à poil Harry, contrairement à l'opinion que tu as clairement de moi, je ne suis pas suffisamment con pour avoir tes nudes sur mon téléphone – un objet qu'on pourrait me voler.
-Sans vouloir offusquer vos sensibilités personnelles, Messieurs, je crois qu'on se fout royalement, moi comme mon homologue non-magique, de savoir si on voit précisément vos bites. Ce qui m'IMPORTE c'est que le Royaume-Unis est probablement au courant de –
Il fit un geste dégoûté dans leur direction.
-Pardonnez-moi Monsieur le Ministre, déclara froidement Tom : est-ce que c'est mon couple que vous désignez comme ça ? Je ne pourrais que vous conseiller de ne pas reproduire ce genre de gestes en ma présence sans quoi -
Le silence qui perdurait de l'autre côté de la porte se transforma subitement en cacophonie. Kingsley coupa la déclaration échauffée de Tom.
-Vous deux, dehors. Potter, je vous enverrai un hibou quand vous pourrez revenir. Quant à vous, un doigt pointé fermement en direction de Tom : ne vous avisez plus de transplaner directement dans mes bureaux – c'est un crime et je n'en serai pas témoin deux fois –
-Bien entendu, Monsieur le Ministre, sourit Tom avec malveillance.
Avant d'attirer Harry auprès de lui et de transplaner. La brusquerie du mouvement coupa légèrement le souffle d'Harry et c'est plié en deux qu'il se trouva subitement dans leur appartement. Il inspira et expira, constata qu'il n'avait rien perdu en route et se redressa. Tom le contemplait avec satisfaction :
-Tout s'est passé exactement comme je l'avais prévu et j'en suis –
-Comme prévu ? s'exclama Harry : Comme prévu ? Est-ce qu'on ne s'était pas mis d'accord sur – putain Tom je vais t'étrangler.
Tom fit un pas stratégique en arrière et leva ses deux mains :
-Je n'ai rien mis Harry, c'est Kingsley qui pète les plombs. On ne te voit même pas torse nu.
Il fit une pause :
-Ok, mais c'est le seul truc qu'on voit et c'est sur des photos de piscine –
-ça faisait longtemps que je n'avais pas eu envie de t'assassiner –
-Tu es injuste Harry ! J'ai tout fait, j'ai fait ça de façon crédible, j'ai même inclus les vidéos où je danse la macarena –
Le soulagement d'Harry était sans commune mesure. Il s'en voulait presque, en fait, d'avoir pu croire que Tom dévoilerait des vidéos « pornos » d'eux sur Internet. Trop tard pour revenir en arrière. La dernière information se présenta une nouvelle fois à lui :
-Je n'ai qu'une seule chose à te demander, en fait, Tom. Et c'est pourquoi ?
Les vidéos où Tom dansaient la macarena étaient très vieilles, de mauvaise qualité et franchement ridicule. Il n'y avait rien de classe ou de vraiment drôle. C'était juste – pathétique. Un étudiant complètement ivre se comportant d'une façon indigne.
-Je me suis dit que ça aiderait à m'humaniser aux yeux du public. « Oh, c'est le plus grand mage noir de tous les temps mais lui aussi peut se mettre dans des états lamentables. On n'est peut-être pas si différents ».
Harry éclata de rire. C'était la stratégie la plus moisie qu'il lui ait été donné d'entendre :
-Les gens vont juste se dire que tu es complètement psychotique, tu le réalises ?
-Je crois que tu sous-estimes l'envie des gens de prétendre qu'eux et moi, on est semblables.
-Je vais arrêter de te répondre, tu es manifestement vraiment en forme et – et
-Et le plan a parfaitement réussi et c'est grâce à moi. D'ailleurs je pense que je mérite des remerciements. Ce n'est qu'une suggestion, bien sûr, loin de moi l'envie de t'imposer quoi que ce soit mais –
Harry s'approcha de lui. Il avait l'intention de faire semblant de vouloir le remercier par un baiser avant de lui donner une pichenette au dernier moment. Une façon mature et totalement efficace pour lui faire comprendre qu'à la place d'une pichenette, il avait plutôt envie de… d'être moins inoffensif. Tom avait le visage tordu dans un sourire victorieux qui était loin d'être repoussant. Harry se fit la réflexion que junior était à l'école et le serait encore pour quelques heures.
Non, se rembarra-t-il mentalement. Ce n'était pas le moment de se faire avoir par le joli minois de son petit ami.
-Harry, ronronna Tom avec une condescendance qui pourrait le faire hurler : tu n'as pas envie de l'admettre parce que tu as pas envie d'admettre avoir fait quelque chose de moralement répréhensible mais –
Il attrapa son menton entre ses deux doigts :
-Tu sais parfaitement que tu es très heureux de la situation.
Harry ouvrit la bouche pour protester mais Tom, qui n'était pas du genre à manquer une occasion, en profita pour la recouvrir de la sienne.
Harry ne reçut pas de message affolés de ses amis. Pas plus que des personnes qu'il avait eu la chance de côtoyer. Même Luna ne lui écrivit pas. Ce n'était pas étonnant. Ceux qui n'étaient pas au courant devaient être atterrés. Et Luna devait fatalement déjà être au courant.
A moins qu'elle ne s'intéresse absolument pas à la politique ce qui était… possible en fait. Il ne le saurait probablement jamais.
Ils passèrent une soirée somme toute assez normale. Repas familial avec Junior, devoirs et histoire avant d'aller au lit et… voilà. Ils étaient loin de la tempête qu'ils avaient imaginés. Jusqu'à ce que Tom le rejoigne devant la fenêtre :
-Tu as regardé les réseaux sociaux ?
Harry n'y avait tout simplement pas pensé.
-Non. C'est –
-Cataclysmique. Mais, apparemment, les gens sont en train de s'insulter entre eux plutôt que nous directement.
-Quoi ? demanda platement Harry qui ne comprenait pas du tout ce que cela impliquait ni ce que cela voulait dire.
-Disons que ceux qui trouvent notre couple scandaleux et tout sauf éthique sont plus énervés contre ceux qui trouvent que c'est « beau et touchant » que directement contre nous.
-Ah.
C'était bien résumer les pensées d'Harry. Qu'on puisse leur accorder tant d'importance, ça le dépassait un peu. Mais Tom ne semblait ni surpris ni particulièrement angoissé. C'était suffisant pour que lui se sente aussi tranquille. Une bonne manière de juger une situation, que d'observer les réactions de Tom Riddle.
La gazette du sorcier du lendemain ne le surprit pas non plus. Harry décida de l'imiter même si la première page était une photo d'eux. Surmontée du titre : « Trahison généralisée : le sauveur du monde sorcier, un criminel ».
-Il fallait s'y attendre, commenta froidement Tom en lisant l'article.
Harry s'arrêta après la première phrase. Evidemment ce n'était qu'un tissus de mensonge. Ils allaient jusqu'à prétendre qu'Harry était un mangemort depuis le début et que la perte de mémoire collective faisait partie du plan.
-On ne contrôle pas du tout la narration, geignit-il : et je suis sûr qu'il y a des gens prêts à croire à ces conneries –
-On devrait faire une interview. Genre télévisée. Où on est habillé sagement, on rougit et on explique la situation. Le truc qui plaira aux ménagères.
Harry contemplait ses mains. Le but n'avait jamais été de…créer un momentum qui serait propice à leur médiatisation. Il avait horreur de ça et depuis toujours. Et s'ils faisaient un truc public dans ce genre-là, qu'est-ce qui garantissait que ça ne serait pas quelque chose de régulier ? Qu'on s'attende à ce qu'ils prennent position en permanence, que leurs justifications soient hebdomadaire ? Est-ce qu'ils avaient pris la bonne décision ? C'était trop tôt pour le dire. Mais Harry avait quand même l'intuition que ce n'était pas le cas. Qu'il s'était fourvoyé de A à Z.
-Je ne suis pas sûr d'avoir envie de faire un truc du genre.
-Je m'en doutais même si tu brises tous mes rêves de téléréalité.
Harry lui sourit :
-L'incroyable Tom Riddle ?
-Exactement. Ou plutôt « L'incroyable Lord Voldemort » et on me suivrait h24 et ce serait un chef d'œuvre audio-visuel.
Harry ne répondit que par un bruit d'assentiment. C'était totalement ridicule – comme la majeure partie des mots qui quittaient la bouche de Tom Riddle. Mais le voir dédramatiser et plaisanter sur la situation, il ne pouvait pas nier qu'il trouvait ça extrêmement utile. Qu'il traite ça avec autant de légèreté l'empêchait, lui, de vriller totalement sur les implications d'un tel événement. Et du fait accessoire que des conspirations très franchement insultantes soient en train d'émerger dans tout le monde sorcier. Qu'on puisse le soupçonner d'être un mangemort – ça lui donnait envie d'hurler.
Le hibou de Kingsley arriva peu après. Il lui sommait de se rendre au Ministère et les mots « d'une façon conventionnelle en transplanant seul aux endroits appropriés » étaient soulignés d'une main dont la rage était à peine contenue. Tom avait lu la missive par-dessus son épaule. Et c'est avec solennité qu'il ajusta une écharpe (par ailleurs totalement inutile) sur ses épaules. Tom lui lança un regard approbateur. Il inspira et, tapotant sa tête avec affection (mais un geste qu'Harry détestait) lui assena :
-Fais attention, ne te fais pas assassiner, et si c'est trop gênant, dis que tu ne parleras qu'en présence de ton avocat.
-Je ne crois pas être en état d'arrestation, plaisanta Harry.
Le haussement de sourcil significatif de Tom lui glaça le sang. Est-ce que vraiment… des gens seraient prêt à croire qu'il s'agissait d'une conspiration sur des dizaines d'années – et qui culminaient par un couple ? Alors que Voldemort avait essayé de le tuer – au moins cinq (dix) fois ? C'était du délire. Mais c'était offrir au monde sorcier des coupables sur un plateau d'argent.
Harry transplana, son estomac un noeud palpitant. Il imaginait évidemment que les gens se précipiteraient sur lui à la seconde où son arrivée serait repérée. Il ne s'attendait pas, en revanche, à ce qu'une foule soit déjà devant le lieu de transplanage.
-Harry Potter, cria Rita Skeeter en se précipitant vers lui.
Ses longs ongles s'enfoncèrent dans son avant-bras. Harry essaya de se dégager mais elle ne fit que raffermir sa prise :
-Vil petit cachotier, toi et le Seigneur des Ténèbres ?
La plume à papote écrivait frénétiquement sur le bloc note magique.
-Harry Potter ! un autre journaliste qu'Harry ne connaissait pas.
-Monsieur Potter ! un employé du Ministère, un auror au vu de la plaquette qu'il brandissait devant lui.
Il n'avait pas le choix. Soit il se frayait un chemin à travers cette foule – mais il n'était pas sûr de réussir à la traverser et de rester vivant, ou alors il reculait et transplanait. Probablement avec le bras de Rita Skeeter toujours accroché au sien. C'était un risque.
Il essaya une nouvelle fois de se dégager. Impossible. Des flash crépitaient devant ses yeux. Il pouvait déjà imaginer la tête qu'il aurait sur les photos. Un air de proie qui est face à un prédateur particulièrement redoutable. Merde. Harry n'avait pas envie qu'on le prenne pour une victime ou pour quelqu'un qui se faisait manipuler (oui parce qu'évidemment, c'était l'hypothèse principale de la gazette. Enfin – la deuxième. Soit Harry était un être aussi vil que Lord Voldemort, soit il était complètement naïf et se laissait berner comme un crétin)
Et - il était un sorcier. Il saisit sa baguette et la brandit devant lui. Rita lâcha un cri caricatural et s'écarta brusquement. Comme si, en fait, Harry venait de lui jeter un sort.
-Il va m'attaquer ! s'écria-t-elle avec horreur : Ce malade va s'en prendre à moi !
-La ferme ! s'exclama Harry
Sa main tremblait. Merde il avait probablement l'air d'un forcené.
-Je ne suis pas contre répondre à vos questions mais je vous prie de respecter mon espace vital.
-Il va nous tuer ! s'exclama Rita.
Elle essayait manifestement de rallier la foule à sa cause. Créer la panique pour pimenter son article du lendemain. Si elle y parvenait – disons qu'Harry ne savait sincèrement pas comment ils pourraient rattraper un tel fiasco.
-J'attends vos questions.
Les journalistes et les badauds qui l'avaient attendus avaient le visage marqué par l'hésitation. Ils avaient manifestement peur de lui, ce qui était risible mais en même temps ils avaient terriblement envie d'entendre la première déclaration d'Harry Potter après un tel scandale.
Une jeune journaliste s'avança soudainement vers lui. Son visage pincé dans une expression déterminée qui aurait été comique dans d'autres circonstances.
-Est-ce que c'est vrai Monsieur Potter ? Est-ce que vous et Monsieur Riddle êtes –
Harry prit une grande inspiration un peu agacée :
-Bonjour. Oui, c'est vrai. On s'est rencontrés – ou plutôt re-rencontrés pendant la perte de mémoire.
Rita Skeeter était clairement enragée de voir que ses manœuvres avaient échouées. Elle poussa la journaliste et reprit place devant Harry :
-Donc tu prétends, Harry, que tout ceci est le fruit du hasard et que cette relation ne date pas d'avant la perte de mémoire ?
-Et donc, Rita, tu suggères que j'avais une relation avec Lord Voldemort (frisson dans la foule) alors que j'étais un gamin de seize ans ? Je ne sais pas si vous vous souvenez du contexte mais ce que vous suggérez entre certainement dans le cadre de la diffamation.
-Et je vous trouve particulièrement sur la défensive Monsieur Potter
Très bien. Une rage sourde s'était définitivement installée. Il avait envie d'hurler qu'elle le faisait exprès, qu'elle ne croyait probablement pas un seul mot de ce qu'elle avançait mais que sa sale ambition de vouloir vendre son putain de journal –
Mais ça ne servirait à rien.
Cette pensée fit baisser sa baguette à Harry. Quoiqu'il fasse, quoiqu'il dise, il n'arriverait pas à la convaincre. Et il ne pourrait pas l'empêcher d'écrire un article qui le qualifierait de « fou dangereux », « d'apprenti mage noir » ou quel que soit les idées idiotes que sa foutue plume était capable de convoquer.
Il haussa des épaules. L'apparition brusque de sa baguette avait fait reculer les journalistes et les curieux. C'était Kingsley qu'il était venu voir et il ne verrait personne d'autre. À grands pas déterminés (presque autant que le visage de la jeune femme) il s'extirpa de la foule. Personne n'essaya de l'arrêter. Putain. C'était tellement ironique qu'on puisse le soupçonner de – quoi.
D'être manipulé ? C'étaient les mêmes soupçons que ceux d'Hermione et de Ron. Ils étaient légitimes, si Harry avait pu les excuser à ses meilleurs amis, il devrait aussi pouvoir les excuser dans la population sorcière. Fragile, elle devait être terrifiée à l'idée que Voldemort et le Survivant aient décidé de s'allier.
Putain sa vie de prof lui manquait. Putain sa vie de personne totalement insignifiante au petit-ami incroyable lui manquait. Sa gorge se serra. Pas le moment et pas le lieu de pleurer. Il entra rageusement dans l'ascenseur. En se tournant vers la porte, il eut juste le temps de voir, à l'autre bout de l'atrium, Hermione le regarder tristement.
Un coup de poignard, ce regard. Jusqu'à ce qu'il réalise, face à Kingsley, qu'il aurait préféré le même regard triste au regard déçu qu'il avait en face de lui.
-Ce retournement de situation ne nous arrange pas, Harry. Je réalise que toi et… ton compagnon êtes des victimes. Mais tu te doutes que le Magenmagot n'apprécie pas la situation. Et c'est un euphémisme.
Cette discussion prenait une sale tournure de licenciement. Et au moment où cette pensée se forma dans l'esprit d'Harry, il ne put s'en défaire. Oui. C'était évident. Il allait se faire licencier comme un moins que rien. C'était quelque chose… à laquelle il n'avait pas pensé. Ça ne lui était pas venu à l'esprit, qu'on voudrait se débarrasser de lui. Pourtant son transfert du département des aurors à celui du Ministre signifiait clairement qu'il était un embarras.
-Tu vas me virer ? C'est la décision qu'ils ont prise ?
-Pas te virer, Harry. Te demander de prendre des vacances. Quelques semaines, mois peut-être, pour que la situation retombe, que les gens se fassent à l'idée, qu'on puisse à nouveau inspirer de la confiance aux niveaux des électeurs. Tu comprends qu'actuellement, ils craignent un retour légal de…Tu-sais-qui.
-De Tom. Mon petit-ami depuis plus de –
-Tu sais que ça ne change rien, Harry. Je suis désolé. En ce qui me concerne, tu fais un excellent travail et tu as toujours été professionnel.
Harry ne répondit pas. Il haussa vaguement des épaules et quitta la pièce. Le triomphe face à Olivia prenait un sale tour de défaite personnelle. Il n'avait plus de travail. Plus d'amis.
Il reprit l'ascenseur. Les quelques sorciers qu'il croisait le regardaient avec méfiance. Ça, c'était nouveau. Il n'avait jamais inspiré la crainte, avant. Le dégout, oui, le mépris aussi mais – mais la crainte ? jamais. Une sorcière refusa de monter avec lui dans la cabine.
Paradoxalement, si ce n'était l'humiliation, Harry se sentait presque… soulagé. Parce qu'il pouvait désormais faire des choix quant à son avenir qu'il se croyait interdit jusqu'à maintenant. Rien ne lui interdisait de redevenir prof dans le monde non-magique –
Ah, de qui se moquait-il. Toute personne chargée d'embaucher le corps enseignant soumettrait son nom à une recherche internet. Et ils refuseraient tout aussitôt de l'engager. Super.
Super.
Il traversa l'atrium à pas rapide. De nouveaux flash. Peu importait. Il n'entrerait probablement plus jamais dans le bâtiment. Le seul point positif c'était que ce qui était promis en demi-teinte dans le discours de Kingsley, c'était qu'il continuerait à être payé. Il pouvait… lancer son propre site internet de spécialiste des serpents, décida-t-il rageusement. Tom s'était bien accommodé de sa période d'inactivité.
Sauf que ce n'était vraiment pas dans la personnalité d'Harry, de rester tranquille à la maison. Ou d'avoir une mentalité d'entrepreneur en créant un site web complètement à côté de la plaque.
-Monsieur Potter !
Un journaliste venait de lui attraper le bras. Il s'en dégagea violemment :
-Je n'ai pas de commentaires à faire, laissez-moi tranquille !
L'homme le lâcha, terrifié. Terrifié. De Harry Potter. Il avait envie d'hurler. Il se précipita sur l'une des plateformes de transplanage et se retrouva la seconde d'après dans son appartement.
Vide. Tom au travail et Junior à l'école. Il traversa le salon. Arriva dans leur chambre. Il inspira puis expira. Se ravisa et retourna dans le salon.
Il ne savait pas quoi faire de lui-même. Il avait envie de parler à quelqu'un, en fait. Et ses options étaient désormais limitées à Tom. Il sortit donc son téléphone de sa poche et, rageusement, lui envoya le message suivant :
« Je me suis fait virer »
Ce qui n'était pas tout à fait vrai puisqu'il s'était simplement fait mettre en congé. Mais le genre de congé dont on ne revenait jamais, en fait. Quel bordel.
Tom apparut dans la pièce. Il semblait – surpris. Voir même plutôt désemparé.
-Ils ont osé ?
Harry voyait les rouages métaphoriques de son cerveau s'activer. Apparemment, Tom n'avait pas prévu, n'avait jamais imaginé qu'une chose pareille puisse se produire. Et s'il devait être honnête, lui non plus. Qu'on le sermonne, qu'il doive faire un Mea Culpa public ou une quelconque autre connerie du genre, oui. Mais ça ? Qu'on l'évince tout simplement comme quelque chose de gênant qu'il vaut mieux ignorer –
Et il était bête d'être surpris. C'était comme chez les Dursley. Il n'avait jamais été autre chose qu'un poids et –
Et Tom l'enlaçait brusquement. Ses lèvres contre sa tempe :
-Je suis désolé, Harry. Ce n'était vraiment pas – je n'aurais jamais pu imaginer qu'il fasse une chose pareille.
-Mon non plus, répondit Harry avec ironie.
Il se détacha de Tom et se laissa tomber contre une chaise. Les coudes posés contre la table, il enfonça son visage entre ses mains.
-Harry. On peut quitter le pays. On peut changer nos noms de famille – et je sais pas. Partir en Australie ou – ou où tu veux, en fait.
Urgence dans sa voix. Et il s'était agenouillé devant lui. Ses longues mains entouraient ses poignets. Et bon sang Harry avait envie de lui répondre oui. Envie de lui avouer que c'était un enfer, de vivre dans ce pays en tant qu'Harry Potter et que lui n'avait qu'une envie – une vie banale. N'importe où. Avec ses deux Toms. Quelle connerie.
Mais il ne pouvait pas faire ça à Tom. Qui venait à peine de récolter les fruits d'une vie de combat. Et maintenant qu'Harry était absolument désillusionné du monde Sorcier – qu'il était scandalisé par la façon dont on le traitait lui après tous ses sacrifices – il s'en foutait passablement que Tom Riddle fasse ce qu'il veuille du côté non-magique. Qu'il prenne le pouvoir. Qu'il fasse un coup d'état, se dit Harry, il soutiendrait son petit-ami.
En espérant que Tom n'apprenne jamais ces pensées.
Mais il ne pouvait décemment pas lui demander de tout sacrifier maintenant. Pas quand tout allait bien pour lui et qu'Harry était le seul à sombrer.
C'était vraiment ce qu'il ressentait. Une noyade.
Il reçut un message d'Hermione. Un "désolée" impersonnel. Dire qu'il y avait un époque où elle aurait accouru, aurait été la première à faire une esclandre pour lui. On ne réalise jamais à quel point on a été heureux avant que tout n'explose.
Une première semaine s'écoula. Harry resta majoritairement dans l'appartement. Mais comme il avait maintenant plus vraiment de secrets à cacher, il prenait aussi le temps d'amener Tom Junior à l'école. Il ne semblait pas trop affecté par le scandale. Harry l'avait surpris en train de lire la gazette du sorcier. Les articles qui étaient sortis après son renvoi. Il passait pour un fou, selon Rita Skeeter. Et les photos de son « agression » envers le journaliste qui avait essayé de le retenir après son entrevue ne faisaient que corroborer cette hypothèse.
Ils n'abordaient pas le sujet en famille, en tout cas.
Et Tom – il soutenait Harry. Il allait au travail, évitait de lui en dire trop pour ne pas l'enrager. Mais ses cernes, celles qu'Harry avait, à force, arrêté de remarquer, se prononçaient d'avantage chaque jour. C'était ridicule, se prenait-il à penser parfois. Pourquoi souffrir autant pour des gens qui les haïssaient les deux ? C'était bien beau d'être des martyrs… mais ça l'était moins quand personne n'avait conscience de leurs sacrifices.
Sauf que là était le concept même d'un martyr.
Ses pensées maussades furent interrompues par la main de Tom. Il était encore plus affectueux que d'habitude ces derniers jours. Il devait sentir son mal-être. Et, impuissant, essayait de le réconforter comme il pouvait.
Ce qui n'avait, il fallait le reconnaître, jamais été son fort.
-Est-ce que tu as envie de venir au Chemin de Traverse avec Junior et moi ?
Harry redressa la tête, intéressé :
-Vous y allez aujourd'hui ? Est-ce que c'est vraiment une bonne idée vu la … situation ?
-Est-ce qu'il y a un moment où ce sera une « bonne idée », Harry ?
Il médita sur la question quelques instants. Effectivement – est-ce qu'il y aurait un moment où ils ne seraient pas ciblés ? Les trois ? Dans quelques années, peut-être. Mieux valait arracher le pansement –
Même si cette réflexion ne leur avait rien amené de positif, la dernière fois. Au contraire.
-Je viens.
Ils optèrent pour des habits discrets. S'ils avaient parfaitement le droit d'aller au chemin de Traverse, pas sûr qu'ils y soient bien accueillis. Ou qu'une entrée trop tapageuse ne soit appréciée par la communauté sorcière. Harry constata avec amusement qu'ils avaient optés pour la même stratégie. Ils étaient entièrement habillé de noir. Même junior.
-Tout va bien se passer, décida Harry en enfilant ses chaussures.
-Bien sûr. Ils vont adorer notre côté BCBG et trendy.
Harry secoua de la tête. Tom attrapa délicatement son fils d'un bras, entoura les hanches d'Harry de son autre main et ils se trouvèrent devant le mur derrière le chaudron baveur. Harry réalisa que c'était la première fois que Junior voyait le quartier sorcier. Il eut une pensée émue pour sa première fois à lui où, accompagné d'Hagrid, il avait posé les yeux sur le monde sorcier pour la première fois.
C'est Tom qui appuya sur les briques. Le mur s'ouvrit dans un bruissement de pierres. Le chemin de Traverse se dévoila devant eux. Un samedi, il était noir de monde. Harry et Tom échangèrent un regard significatif. Ils attrapèrent chacun une main de junior et se dirigèrent immédiatement contre un mur. Tentative complètement stupide pour rester discret. On les avait remarqué et une main accusatrice les désignait déjà.
Bientôt des chuchotements. Harry avait déjà envie de rentrer. Tom se retourna brusquement pour faire face à la foule.
-Plan B, déclara-t-il avec assurance
-On avait un plan B ? s'exclama Harry : c'est quoi le plan B ?
Tom les tira en direction de la foule comme s'il était tout à fait naturel de vouloir se plonger dans une marée de monde totalement hostile. Et Harry dût reconnaître que personne n'osait se comporter avec Tom comme on l'avait fait avec lui au Ministère. Les sorciers et sorcières s'écartaient. Mais chacun de leurs gestes étaient teinté d'une animosité franchement déplaisante.
Et Junior se serrait contre Harry, sa main devenue moite, petite dans celle de son père adoptif et c'était la pire idée du monde et ils n'étaient pas les bienvenus. Et c'était égoïste de leur part, parce que combien de ces gens avaient perdus des proches, un père, une mère, un frère ou une sœur à cause de Voldemort ? et voilà qu'ils se pavanaient les trois –
Ils arrivèrent devant Fleury & Bott's. Il n'y avait rien de victorieux dans ce bref parcours.
-On ferait mieux de rentrer.
-Non, répondit brusquement Tom : il faut qu'ils s'y fassent. Si on repousse ou qu'on abandonne, quel message on transmet ?
Ce qui était sous-entendu, c'étaient les mots : « à Junior ». Et effectivement, Harry comprenait la démarche. Admettre maintenant qu'ils n'étaient pas les bienvenus c'était potentiellement traumatiser Junior jusqu'à la fin des temps et lui ôter complètement son sentiment de légitimité. Alors même qu'il était le plus innocent des trois. Harry ne pouvait pas s'y résoudre non plus.
Ils grimpèrent donc les marches et pénétrèrent dans l'établissement. Les clients s'arrêtèrent. Les gestes de la personne derrière le comptoir aussi. Malaise. Harry combattit son instinct de fuite.
-Allons voir les livres pour enfant, proposa Tom dont le ton ne trahissait ni surprise ni peine.
Ils le suivirent en silence. C'était une mauvaise idée. Et la façon dont la main de son petit-ami broyait presque littéralement la sienne était une preuve qu'Harry n'était pas le seul à avoir cette opinion.
Bordel, pensa-t-il en boucle : qu'est-ce qu'on fout là, on a rien à foutre là – personne n'a envie de nous voir ici, on est pas les bienvenus –
La section pour les enfants se trouvait à l'étage. Péniblement ils gravirent les quelques marches. Une procession funèbre. Jamais on ne l'avait considéré comme ça. Jamais les yeux avaient brûlé d'une telle haine à son égard.
Il y avait évidemment du monde à l'étage. Même réaction qu'en bas. Tom essayait de prétendre que tout était normal et s'activa immédiatement à tenter d'intéresser son fils à divers livres magiques. Harry regardait tristement la scène. C'était ridicule. Personne n'était dupe. Et à voir la courbe résolument concave de la bouche de junior, il était au bord des larmes.
Il décida que c'en était trop. Que c'était ridicule et que s'obstiner ne résoudrait pas le problème – et n'arrangerait rien. Il fallait qu'ils définissent une autre stratégie et – putain – si cela voulait dire aller se pavaner à la BBC pour faire une interview, Harry était finalement disposé à le faire. Il fit un pas en direction des deux Tom. Mais arrêta son geste en voyant qu'une petite fille – probablement l'âge de Junior (si ce n'était légèrement plus âgée) venait de faire tomber son jouet.
Une peluche qui marchait toute seule et qui continua sa course en direction des deux héritiers de Serpentard. Junior se pencha et la ramassa. Avant de la tendre en direction de la petite fille.
Le cœur d'Harry se serra –
Et explosa dans sa poitrine quand la petite fille prit un air terrorisé et se retourna en poussant un cri d'horreur. Rien de mieux que l'honnêteté des enfants. Rien de mieux, en effet.
Junior était figé dans son geste. Harry ne voyait pas l'expression de son visage mais c'était – c'était le genre de réaction auquel il avait eu droit, avant d'aller à Poudlard, quand ses camarades étaient encore influencés par Dudley.
Tom s'approcha de son fils et prit délicatement le jouet de ses mains. Il fixait les parents de la petite fille.
Silence. Harry devinait qu'il devait être fou de rage. Il se demanda s'il devait intervenir.
-C'est comme ça que vous éduquez votre progéniture ? demanda sèchement Tom.
Le jouet, dans sa main, prit feu.
Oh non, pensa Harry. Mais c'était trop tard. Il ne restait bientôt plus rien qu'un tas de cendre que Tom laissa distinctement tomber contre le sol. C'était stupide et enfantin de se comporter comme ça – et il aurait dû réagir et il le savait mais -
Et le pire, le pire, c'était que… c'était un aperçu de ce que serait la vie de Junior à Poudlard. Rejet, peur. Horreur, même. Et Tom n'arrangeait pas les choses en foutant le feu aux jouets des enfants terrorisés – qu'est-ce qui lui avait pris ?
Son petit-ami se retourna. Et Harry comprit. Contrairement aux autres offenses, celles qui étaient clairement dirigées contre eux deux, celle-ci l'atteignait en plein coeur. Et d'une façon très visible.
-Rentrons.
Harry n'avait rien à ajouter.
Le retour se fit dans le silence. Aucun des deux Tom n'ouvrit la bouche même une fois de retour dans leur appartement. Harry essaya de rassurer junior mais il s'était totalement refermé et quitta le salon de ses petites jambes. Horrifié de voir la tournure de cette sortie familiale, Harry se tourna vers son petit-ami. Qui, d'une façon très peu caractéristique, avait une expression bouleversée.
-Je suis désolé, Harry.
Ses mains tremblaient.
-Je ne peux pas – je ne peux pas laisser ça arriver.
-ça quoi ? demanda Harry une certaine panique dans la poitrine : ça quoi ?
-Tu es la personne la plus importante de ma vie. Et Harry, je t'aime mais je ne peux pas laisser ça arriver.
Des mots qu'il n'aurait jamais imaginé entendre. C'était au tour des mains d'Harry de trembler. D'horreur – alors d'accord, cette sortie était un échec total mais il avait l'impression que Tom allait rompre avec lui – pourquoi ? Pour le préserver lui ? Pour préserver Junior ? Peut-être se disait-il que l'opinion publique changerait en leur faveur s'ils renonçaient l'un à l'autre ?
-Quelle vie est-ce qu'il aura ici ? Harry, je sais que tu l'as remarqué aussi. C'est un paria alors qu'il n'a même pas encore mis les pieds à Poudlard. Quelle vie peut-il espérer avoir ici ? Quelle scolarité il aura ?
-Qu'est-ce que tu es en train de me dire, Tom ? demanda Harry dont la voix tremblait.
-Je ne vois pas comment… comment espérer que ça puisse changer en quatre ans. Je ne vois pas comment lui offrir un avenir en Angleterre. Je suis désolé. Je connais ta position mais je ne peux pas rester. J'ai pris une responsabilité en décidant de m'occuper de lui et – je ne vais pas faillir à ma tâche. Pas à celle-là.
-D'accord, ajouta précipitamment Harry : mais qu'est-ce que tu sous-entends ?
Sa voix, un gémissement plaintif.
-Je crois que je vais quitter le Royaume-Uni, Harry. Je vais aller me terrer dans une ville quelconque et – et je ne suis pas en train de rompre, je peux très bien gérer la distance – enfin je comprendrais que ça te soit insupportable mais –
Il semblait si triste, si désespéré – c'était ridicule. Harry avait aussi envie de partir. Il s'était juste dit –
-Mais – Tom, je – je serais – j'ai envie de partir. Je croyais que c'était toi qui voulais rester.
Un balbutiement. Ridicule. Tom leva les mains dans sa direction :
-Oh, Dieu Merci. Merci. Je suis tellement désolé Harry –
Sa gorge était nouée. Il l'entendait dans chacun de ses mots. Il n'avait pas vu Tom si mal depuis des années lui semblait-il.
-Etats-Unis ? proposa Harry.
Tom hocha de la tête. La destination était évidente. C'était une Serpentard qui avait fondé Ilvermorny. C'était le pays où reposait la baguette de Salazard. Le choc culturel serait gérable. Et la gigantesque étendue du pays leur offrirait un anonymat salvateur.
Et intimement, peut-être parce qu'ils avaient partagé une âme pendant presque vingt ans, Harry sentit instinctivement que le soulagement de Tom était à la hauteur du sien.
Ironiquement, une fois la décision prise, elle parût tout simplement évidente. Elle l'était, en fait, se dit Harry. Ils n'auraient jamais dû essayer de s'acharner. C'était voué à l'échec. Ils n'avaient fait que se faire du tort.
Tom démissionna aussitôt. Personne ne fut surpris, apparemment, de sa décision. Et les non-magiques semblaient très peu intéressé de savoir ce qu'il allait faire de sa vie. C'était…une bonne chose, décida Harry, qu'ils n'aient pas pleinement réalisé qui était Lord Voldemort. Dieu savait ce que Tom leur avait raconté. Probablement une version où il passait pour un anti-héros.
Et Harry… il décida qu'il n'y avait que trois personnes à qui il annoncerait la nouvelle.
Il se rendit au Ministère le lendemain. Traversa la horde de journaliste – le fait que Lord Voldemort s'attaque à une famille chez Fleury&Bott en pleine journée ! Voilà qui faisait scandale ! Harry les ignora.
Ascenseur. Bureau de Kingsley. Démission définitive. Le Ministre n'essaya pas de le retenir. Il exprima une nouvelle fois des regrets. Et lui souhaita bonne chance. Sans même lui demander où ils avaient l'intention de partir.
Et voilà. Il ne restait… que Ron et Hermione.
Harry leur écrivit un message. Quelque chose de court qui leur donnait rendez-vous dans un pub moldu. Il espérait sincèrement qu'ils viennent. S'ils refusaient son invitation – alors il ne les reverrait probablement jamais. Ce qui aurait été leur choix – et un choix qu'ils étaient en droit de faire.
Harry était attablé depuis une dizaine de minutes quand ils se présentèrent devant lui. Ron avait toujours sa canne. Et Hermione, dans ses habits de futur langue de plomb, semblait plus sérieuse que jamais.
Et Harry avait envie de pleurer. Il les aimait comme une sœur et un frère. Ses premiers amis, ses seuls véritables amis –
-Merci d'être venu, entama-t-il dans un sourire triste.
Hermione pressa sa main contre son bras.
-Tu ne crois quand même pas qu'on te laisse totalement tomber, Harry ? demanda Ron dans un sourire.
Mais une telle tristesse dans sa voix qu'il n'y avait pas d'autres interprétations possibles que – la fin. Il répondit au sourire de Ron mais il savait que c'était un reflet du sien.
-Je voulais vous prévenir personnellement. Je pense que ça ne vous surprendra pas mais – on va quitter Londres. Quitter l'Angleterre, en fait.
Effectivement aucun des deux visages de ses amis n'exprimèrent la moindre surprise. Mais de la tristesse. Une tristesse infinie qui serra le cœur d'Harry.
-Vous savez déjà où vous allez aller ? et ce que vous allez faire ?
Ils avaient malgré tout un léger air suspicieux. Ils ne se feraient probablement jamais à l'idée. Et c'était leur droit.
-Non, mentit Harry : On avisera… au moment de prendre l'avion, improvisa Harry.
Ils hochèrent de la tête. Les boissons qu'ils avaient commandées intactes devant eux. Ça ne servait à rien de s'infliger une chose pareille. Plus maintenant.
-Merci d'être venus.
-J'espère que tu seras heureux, Harry, ajouta immédiatement Hermione.
Un sourire triste :
-Bien sûr. J'espère aussi que tout ira bien pour vous. Et si un jour, vous voulez qu'on discute – ma porte vous sera toujours grande ouverte.
Deux hochements de tête qui indiquaient clairement, en contrepoint, qu'ils n'allaient jamais saisir cette opportunité.
Ils avaient fait leurs choix.
Tout comme il avait fait les siens.
Mais si Harry avait pu effectuer un tel revirement vis-à-vis de Voldemort – il y avait tout de même un espoir. Aussi faible soit-il.
C'était facile, de partir. Plus qu'il ne l'aurait jamais cru possible. Empaqueter ses affaires, un jeu d'enfant. Nettoyer les pièces et les refermer à tout jamais aussi. Pas de « dernière fête » à faire chez eux avant leur départ, puisqu'ils n'avaient personne à inviter. L'esprit d'Harry était, en réalité, entièrement tourné vers le futur et ce qu'il pourrait leur offrir.
Ils avaient donné le choix à Junior entre quitter le pays en avion ou en bateau. Il avait choisi la mer, et Harry avait été ravi de ce choix qui était secrètement le sien aussi. Il y avait une certaine poésie à partir lentement, mètres après mètres, sur une eau qu'il n'avait jamais franchie. Décoller aurait été trop expéditif, trop rapide.
Ils étaient sur le pont. Le gigantesque paquebot abritait des centaines de personnes. Tom avait raconté à son fils, pendant le trajet qui les avaient amenés au port, la tragique histoire du Titanic. Harry avait failli le réprimander – il se disait que ça risquait de traumatiser Junior qui s'apprêtait justement à faire le même voyage. Mais seule une fascination extrême avait animé ses traits.
Le bateau se mit en marche. L'Océan s'agita de plus belle, les vagues se brisant encore et encore contre la coque. Et Harry réalisa que ce départ n'était pas une déchirure. Comme l'inéluctable déroulement du temps, ou l'écoulement d'une rivière, leur vie suivait son cours. Et ils étaient les trois. Il n'avait jamais quitté le sol britannique. C'était une émancipation, en fait, des contraintes qui l'étranglaient depuis l'assassinat de ses parents.
Tom le tenait par la taille. La nuit se leva. Pas un filet de lumière ne filtrait à travers les nuages. La lunette, muette, bâillonnée par ces masses sombres et lourdes.
Bientôt, les lumières du port ne furent qu'un pointillé lumineux se confondant avec celui du ciel. Il était presque impossible de distinguer ce qui était ciel, terre ou mer.
Et ils s'enfoncèrent vers le large dont l'épaisse obscurité, cette masse informe dont seul émanait le hurlement des vagues, contenait toutes les promesses de l'Espoir.
FIN
C'est totalement surréaliste pour moi d'avoir écrit ce mot de trois lettres ! je suis trop CONTENTE
Sorry pour le blabla qui va suivre mais je suis incapable de me retenir ! J'espère que vous avez apprécié ce chapitre. Je n'en suis pas satisfaite d'un point de vue du style mais les éléments que j'avais prévus sont quand même là. Pour moi, il était impensable que Tom et Harry puissent rester chill en Angleterre. C'était aussi impensable pour moi que Hermione et Ron parviennent à accepter leur relation parce que les crimes sont trop graves et que je voulais rester réaliste. (lol haha """réaliste""")
Je suis trop curieuse de savoir ce que vous en avez pensé, ce que vous avez aimé / pas aimé, ce qui manquait dans cette conclusion selon vous parce que... je vais publier cette fanfic sur ao3 cet été en version 2.0 hahaha donc je vais clairement remanier des trucs.
Fun fact : la fin originale était à 95% la même mais... Harry et Tom étaient contactés par... Nick Fury à la fin HAHAHAHAHA (c'est pour ça qu'il y a des mentions à Tony Stark dans un chapitre précédent). Je suis contente de ne pas avoir fini cette fanfiction au moment où j'ai eu cette idée à la con hahahaha
encore MILLE fois merci pour le soutien de FOU dont vous m'avez fait preuve pour cette modeste chose. ça a toujours été un plaisir malgré les quelques moments d'arrachage de cheveux. Je vous aime
Réponses aux reviews anonymes:
Alexia17 : Purée, je trouve complètement fou que tu suives ce truc depuis le début ! Je suis tellement impressionnée haha! Merci, du coup je suis hyper touchée. Et je suis contente si tu avais apprécié le chapitre précédent. J'espère que tu seras pas trop vénère concernant celui-ci J'ai pris la décision de ne pas rendre Ron et Hermione complètement messianique prêts à tout pardonner... parce que c'était vraiment... impensable pour moi. hahaha j'adore la phrase "que l'inspiration soit avec toi" et j'avoue qu'elle a été là même si c'était... parfois difficile. Encore merci pour ton soutien et tes commentaires ! Merci pour tout ! et j'espère que cette conclusion ne t'aura pas trop déçue.
Collairvaisse: merci infiniment pour ton commentaire ! Je suis tellement touchée, tu n'as pas idée ! Je suis contente si tu apprécies Harry et Tom, j'espère que cette conclusion ne t'aura pas déçue. Encore mille fois merci d'avoir pris le temps de me laisser ton avis :)
N'hésitez surtout pas à me laisser votre avis ! J'adore ça, je vis pour ça, et je vous aime ! à tout bientôt
