Bonjour/Bonsoir à tous
Avertissement pour ce chapitre : mention de sang et de torture
Le lien pour la fic originale de Cheryl Dyson est mentionné sur mon profil
Chapitre 5
26 juin 2005 – Dimanche
Harry fit la grasse matinée le matin suivant et, apparemment, Eddie aussi. Harry ne l'entendit pas du tout quand il quitta finalement son lit et qu'il se dirigea vers la cuisine. Il but deux tasses de thé et se plongea dans un exemplaire vieux de six semaines de Sorcière Hebdo qui traînait sur la table. Il avait faim mais l'heure du déjeuner était plus proche que celle du petit-déjeuner. Il décida donc d'attendre encore un peu avant de sortir pour acheter quelque chose à manger. Ce ne fut qu'environ une heure plus tard qu'il entendit l'eau de la douche couler.
Il sourit et laissa un mot à Eddie, coincé sous la théière.
Je reviens avec une petite douceur.
Eddie était un grand fan de haddock frit alors Harry transplana sur la côte et affronta la foule présente à cette heure de pointe pour commander un seau de fish and chips ainsi que de la sole au citron grillée. Harry décida qu'il faudrait vraiment qu'il fasse plus de sport rapidement pour éliminer toutes les calories qu'il avait englouties ces derniers temps.
Il transplana dans la cuisine et posa le sac en papier sur la table.
« Eddie ? »
« Ici. »
Harry fronça les sourcils et marcha vers le salon, ne remarquant pas l'intonation bizarre de sa voix jusqu'à ce qu'il se fige en voyant Eddie assis sur une chaise en plein milieu de la pièce. Un homme se tenait à ses côtés, sa baguette pointée sur la gorge d'Eddie.
« Pose ta baguette au sol, Potter. » grogna l'homme.
La bouche d'Eddie était recouverte d'un morceau d'adhésif argenté. Ses yeux étaient complètement fous. Harry déglutit difficilement et maudit son manque d'attention. Il n'avait même pas sa baguette en main – elle était négligemment coincée dans la poche arrière de son pantalon. Il se concentra sur l'homme, qu'il ne reconnut absolument pas.
« Qui êtes-vous et qu'est-ce que vous voulez ? »
L'homme chuchota un sort et Eddie poussa un cri, audible même à travers le – est-ce que c'était du scotch moldu sur ses lèvres ? Harry s'avança d'un pas mais l'homme hurla :
« Pose ta putain de baguette par terre ! »
Harry tendit le bras derrière lui pour attraper sa baguette mais l'homme cracha un autre ordre.
« Arrête ! Bouge très, très doucement. Et rien que deux doigts. Un geste brusque et mon Avada sera tellement rapide que ton sort n'aura même pas traversé la moitié de la pièce qu'il sera raide mort. »
Harry ralentit ses mouvements, cherchant une ouverture. Avada Kedavra avait six syllabes. Harry pourrait lancer Expelliarmus avant même que l'homme n'ait fini de prononcer l'incantation mais oserait-il risquer la vie d'Eddie ? Une goutte de sueur coula entre les sourcils d'Eddie et ses tremblements étaient visibles malgré les liens autour de lui, liens physiques et magiques, brillants d'un bleu pâle.
« Je sais à quoi tu penses, Potter. Je connais tes méthodes, tu me prends pour qui ? Est-ce que j'ai précisé qu'un grand couteau était aussi à deux doigts du dos du joli garçon ? Tu penses peut-être être assez rapide pour me lancer un sort avant que je n'ai prononcé le mien et peut-être bien que tu as raison. Mais il n'y a aucune chance que tu m'empêches de lui planter cette dague en plein cœur. Maintenant. Pose. Ta. Baguette. Par. Terre. »
La respiration d'Eddie devenait bruyante et inquiétante. Il était forcé de respirer par le nez et Harry craignait qu'il ait une crise de panique. Eddie pourrait être son propre danger s'il ne parvenait pas à se calmer et Harry avait peur que l'homme ne bluffe pas au sujet du couteau. Il n'osa pas tenter le diable.
De son pouce et de son index, il sortit prudemment sa baguette et la tint délicatement, l'extrémité vers le sol, comme si elle était un serpent particulièrement venimeux.
« Très bien. Maintenant lance-la par là. Toujours doucement. »
Harry donna une légère impulsion à ses doigts et sa baguette vola pour rouler sous la chaise sur laquelle Eddie était attaché. L'homme sembla se détendre.
« Maintenant, assieds-toi sur le canapé et ne bouge pas. On va papoter. »
Il indiqua le sofa d'un geste de la tête. La table basse normalement posée au centre de la pièce avait disparu – soit elle avait été déplacée, réduite ou détruite. Harry n'aurait de toute façon pas pu s'en servir comme d'une arme, même en imaginant réussir à la soulever.
« Qui êtes-vous ? » répéta-t-il.
« Je m'appelle Rosier. Tu as peut-être entendu parler de moi ? »
Harry fronça les sourcils. Un Mangemort renégat.
« C'est une vengeance donc ? Une punition pour avoir tué votre précieux Seigneur des ténèbres ? »
Rosier se redressa mais son bras gauche resta derrière Eddie. Le tressaillement d'Eddie indiqua à Harry que la menace du couteau était bien réelle. Harry passa en revue toutes les options qu'il avait, cherchant une manière d'au moins réussir à écarter Rosier d'Eddie.
Rosier lâcha un rire sifflant et bref.
« Non. Tu as bien fait, mon garçon. Ce connard avait le chaudron plein de folie. Il aurait fini par tous nous tuer. Je suis là au sujet de Draco Malfoy. »
« Quoi ? »
« Il faut que tu me dises où il est. Je vous ai suivis tous les deux hier après votre dîner en tête-à-tête mais j'ai perdu Malfoy, ce petit fils de pute. C'est très important donc tu vas me dire où je peux le trouver. »
Les yeux d'Harry se posèrent sur Eddie, qui respirait toujours difficilement mais tout de même plus facilement depuis que la baguette de Rosier s'était éloignée de sa gorge. Les sourcils d'Eddie se froncèrent et il fixa directement Harry.
« Je ne sais pas où il est. » dit sincèrement Harry.
« Mauvaise réponse. Endoloris ! »
Le sort frappa Eddie qui s'arqua dans la chaise aussi loin que ses entraves le lui permettaient. Un autre hurlement étouffé fit ressortir les veines de son cou sous l'effet de la douleur. Harry bondit presque sur ses pieds.
« Arrêtez ! » cria Harry.
La baguette de Rosier se pointa vers lui.
« Assis. »
Eddie s'écroula sur son siège. Des larmes s'échappèrent de ses deux yeux et il semblait s'étouffer.
« S'il vous plaît. Enlevez au moins cette chose de sa bouche. Il ne peut pas respirer. »
Rosier haussa les épaules et, de sa main tenant sa baguette, il arracha l'adhésif d'un mouvement sec. Eddie cria à nouveau et ses halètements bruyants envahirent la pièce. Un coin de sa lèvre saignait, sûrement à cause du scotch retiré brutalement.
« Harry. » chuchota-t-il.
Harry lâcha un souffle tremblant. Il ne pouvait pas se permettre la moindre erreur.
« Je ne sais pas où est Malfoy. Il m'a envoyé un message hier me demandant de le rejoindre au restaurant. »
« Pourquoi ? »
Merde. Pourquoi ? Il ne pouvait pas avouer que Malfoy les aidait à coffrer des criminels. Putain, même dans sa tête cela sonnait absurde.
« Il a tenté de me soutirer des informations au sujet d'un de ses amis. Un ami enfermé à Azkaban. »
« Et qu'est-ce qu'il allait te donner en échange ? »
« Ça ne vous regarde pas. »
Rosier gloussa. Harry le détailla longuement pour imprimer son visage dans son esprit. Il ne se rappelait pas l'avoir croisé de près ou de loin durant la guerre. Il ne se souvenait absolument pas de ces traits tirés, de ce teint cireux ou de ces cheveux raides gris foncé. Son menton était parsemé ci et là de touffes de poils disgracieuses et une cicatrice ronde et profonde était logée sur une de ses joues. Il était mince, musclé et pas très grand, ce qui était à son avantage dans sa position actuelle derrière Eddie.
« C'est vrai. J'irais sûrement moi-même tirer cette info de la gueule de Malfoy quand je lui mettrais la main dessus. Tu ne sais peut-être pas où il est mais je parie que tu peux le trouver. Es-tu joueur, Potter ? »
« Non. »
« Dommage. Je parie qu'Eddie va me supplier de le laisser en vie avant même que tu ne m'aies dit où trouver Malfoy. Tu as l'air têtu donc ça va nous prendre pas mal de temps. »
Rosier leva sa baguette.
« Il m'a dit d'envoyer un hibou au Magicien Majestueux. Je ne sais pas si Malfoy y loge ou si c'est seulement un point relais pour son courrier. »
Rosier fronça les sourcils.
« C'était vraiment trop facile. Tu gâches tout l'amusement. Enfin... peut-être que tu mens. »
Il enfonça sa baguette dans le cou d'Eddie et un autre Endoloris fit trembler le corps d'Eddie. Harry pouvait le voir lutter pour ne pas crier. Les doigts d'Eddie devinrent blanc sur les accoudoirs du siège.
« C'est tout ce que je sais ! Eddie, je suis désolé. Je suis tellement désolé. »
Eddie retomba en haletant quand Rosier arrêta. Harry se rassit dans le canapé au geste impatient de Rosier. Il avait été perché au bord du sofa, prêt à sauter à la gorge de Rosier et à l'étrangler à main nues. Il ne lui faudrait qu'un instant pour conjurer sa baguette et -
« Je te crois, Potter. Mais je ne veux pas que tu préviennes Malfoy et que tu me poursuives pour le moment alors je te laisse choix. Soit tu essaies de m'arrêter, soit tu sauves la vie de ce pauvre Eddie. »
Sur ce, il jeta un Petrificus à Harry, qui lança un Protego sans baguette dès qu'il vit Rosier commencer à bouger. Il ne réussit qu'à le contrer partiellement. Les muscles du corps de Harry se tendirent et se figèrent mais il sentit qu'il pourrait repousser les effets s'il se concentrait suffisamment.
« Dommage, tu n'auras le temps de faire ni l'un ni l'autre. »
Sans prévenir, Rosier abaissa la dague et la planta dans la cuisse d'Eddie. Le hurlement d'Eddie résonna dans toute la pièce. Harry s'évertua à bouger et tenta vainement de conjurer sa baguette par la pensée.
« Je vais y aller maintenant. Je pense que je vais garder ça en souvenir. »
Il saisit la baguette d'Harry sous la chaise et la fit tournoyer entre ses doigts.
« Ah, Potter. Tu ne m'as pas été de la plus grande aide mais tu ne m'as pas été totalement inutile non plus. Désolé pour ton cher et tendre mais il n'était pas le bon pour toi de toute façon. N'est-ce pas, Eddie ? »
Il serra le visage d'Eddie dans sa grosse main, mit la baguette d'Harry dans sa poche et saisit le manche du couteau.
Eddie émit une supplique étouffée qui brisa le cœur d'Harry. Il se débattait pour défaire l'emprise du sort sur son corps. Il n'était pas puissant, il devrait pouvoir s'en débarrasser. Finite, pensa-t-il désespérément, ayant du mal à se concentrer et à ne pas paniquer, Finite Incantatem.
« Je vais avoir besoin de ça. »
Rosier libéra le couteau et Eddie cria si fort qu'Harry aurait bloqué le son s'il avait pu.
« Oh Merlin, on dirait que j'ai touché une artère. Tu vas te vider de ton sang en approximativement cinq minutes, Eddie. Quel dommage. Passez une bonne journée, les garçons. »
Sur ces paroles, Rosier transplana, laissant Harry fixer le plafond tout en écoutant les sanglots terrifiés d'Eddie.
Harry se força à se concentrer, bloquant toute pensée parasite et tentant de faire affluer les souvenirs de son entraînement. Calme-toi, pensa-t-il. La magie sans baguette était soit innée, soit issue d'un mélange de confiance et de sérénité. Tu as déjà jeté ce sort des milliers de fois. Finite Incantatem. Finite Incantatem. Finite Incantatem !
La troisième fois brisa le sort et Harry sauta sur ses pieds pour se précipiter vers Eddie. Sa cuisse était écarlate et le sang formait une flaque sur la chaise et gouttait sur le sol, imbibant le tapis marocain qu'Eddie aimait tant.
« Où est ta baguette, Eddie ? Merlin, reste avec moi. Il faut que je sache où elle est. »
Harry tint le visage d'Eddie entre ses deux mains et parla calmement. Eddie cligna des yeux, visiblement sur le point de perdre connaissance à cause du choc et de la perte de sang. Harry appuya une de ses mains sur la cuisse d'Eddie pour tenter de stopper l'hémorragie. Le liquide était chaud et épais. Il repoussa la pensée que c'était littéralement la vie d'Eddie qui lui coulait entre les doigts. Il enfonça un peu plus sa main sur la blessure pour augmenter le point de pression.
« Eddie ! »
« Chambre. » réussit à marmonner Eddie d'une voix faible.
« Accio Baguette d'Eddie ! » hurla Harry.
Elle lui vola dans la main et il entreprit de le libérer de ses liens. Il se força à agir méthodiquement. Les sorts attachants Eddie étaient piégeux et il devait couper les cordes physiques tout en gardant sa main sur la cuisse d'Eddie. C'était d'autant plus difficile en utilisant la baguette d'Eddie. Jeter des sorts avec était lent et chaque incantation semblait sortir en décalage, comme si la baguette était réticente à ce qu'il l'utilise. Quand le dernier lien fut défait, Harry les fit transplaner immédiatement à Sainte-Mangouste. Tous les deux couverts de sang, leur arrivée causa un réel branle-bas de combat. Les guérisseurs prirent en charge Eddie et l'emmenèrent dans une salle fermée au bout d'un grand couloir.
Les portes furent à peine fermées qu'Harry conjura un Patronus et l'envoya à Malfoy.
Viens tout de suite à Sainte-Mangouste.
Il doutait que le ton de sa voix soit transmis, même sous la forme de son Patronus.
« Êtes-vous blessé, Auror Potter ? » demanda une médicomage en le jaugeant de près.
« Non. Ce n'est pas... mon sang. »
Il déglutit difficilement et cilla rapidement pour essayer de repousser les larmes qui menaçaient d'affluer. C'était de sa faute si Eddie avait été blessé. C'était de sa faute si un taré était entré chez eux. Sa faute et celle de Malfoy.
« Il y a des toilettes de l'autre côté du hall. Je suis certaine qu'ils vont rester avec lui un bon moment. Vous avez le temps de vous nettoyer. »
Harry hocha la tête et essaya de lui sourire avant de se diriger vers les toilettes pour frotter le sang teintant ses mains et ses bras. Il en avait partout, en éclaboussures sur son t-shirt, imbibé sur son jean et il trouva même une tâche rouge foncé sur sa basket blanche. Il lança un Recurvite sur sa chaussure en tremblant. Il lui fallut trois essais et il laissa une éraflure à la place de la tâche au niveau de son gros orteil.
Harry posa la baguette d'Eddie non loin et s'appuya de ses deux mains sur le rebord de l'évier. Il prit plusieurs profondes inspirations. Putain, il n'avait même pas prévenu Kingsley. Ni Ron. Il devait le faire. Après avoir rincé ses mains une fois de plus et les avoir séchées, il sortit et aperçut la médicomage derrière le poste d'accueil le plus proche faire de grand geste dans sa direction.
« Je suis désolée, mon chéri, nous n'avons pas encore de nouvelles du garçon mais un message est arrivé pour vous. »
Elle lui donna une minuscule enveloppe scellée. Il l'ouvrit et trouva un message noté dans une écriture nette.
Je suis dans les toilettes à côté de l'ascenseur, à l'étage des Pathologies des Sortilèges. ~ D
« Je reviens. » dit Harry à la sorcière et courut presque jusqu'à l'ascenseur.
Il fit tambouriner ses doigts sur ses cuisses en attendant que d'autres passagers grimpent. Le trajet sembla durer une éternité et il bouscula tous les autres occupants pour sortir à l'étage des Pathologies des Sortilèges. Il poussa la porte des toilettes et chercha Malfoy. Il n'y avait qu'un autre homme debout devant les lavabos, englouti sous une épaisse robe grise à capuche.
Un sort jaillit et verrouilla la porte derrière Harry, qui dégaina la baguette d'Eddie et la leva devant lui, défensif.
« Détends-toi, Potter. Je ne veux pas être dérangé. Qu'est-il arrivé ? »
« Eddie a été attaqué, voilà ce qui est arrivé ! Dans son – notre – appartement ! À cause de toi ! »
« Est-il en vie ? »
« Oui. Non. J'en sais rien ! Ils l'ont pris en charge. Il a été poignardé dans la cuisse avec un... »
Harry détourna les yeux. Le souvenir planait comme une ombre grotesque.
« Un couteau. »
« Un couteau ? Quel sorcier digne de ce nom utiliserait un couteau ? »
Harry le regarda de travers.
« Rosier ! Et il te cherchait. Il a torturé Eddie pour que je lui dise où te trouver. »
Malfoy repoussa sa capuche et s'appuya contre le lavabo.
« Rosier. »
Son expression était indéchiffrable.
« Et tu lui as dit ? »
« Je lui ai dit pour le Magicien Majestueux. »
Malfoy acquiesça.
« Bien. Lui as-tu mentionné que je travaillais pour toi désormais ? »
« Bien sûr que non ! »
« Je devais m'en assurer. Après tout, avec ce pauvre Eddie torturé devant toi, je dois avoir la certitude que tu ne lui as pas révélé tous mes secrets. »
« Je ne connais aucun de tes secrets ! »
« Au contraire, Harry, tu connais bien trop de mes secrets. »
Malfoy lui adressa un grand sourire, sorti de nulle part.
« Même si je dois avouer qu'il y en a encore beaucoup que tu ignores. »
« Qu'est-ce qu'on va faire pour Rosier ? »
Malfoy redevint impassible.
« Je m'en remets à toi à ce sujet. Ce petit numéro n'avait que pour seul but d'attirer mon attention. Il attend quelque chose de moi alors je vais aller à sa rencontre et découvrir ce qu'est ce 'quelque chose'. »
« Il nous a suivis quand nous sommes sortis du restaurant hier. Il voulait savoir pourquoi tu avais demandé à me voir mais il n'a pas insisté, même s'il a mentionné avoir l'intention de te tirer lui-même l'information de la gueule. »
Malfoy balaya l'air de la main.
« Oui, oui. Torture et souffrance interminable. Les imbéciles ne sont bons qu'à cela. Je peux gérer Rosier. Cela dit, il est très dangereux. Après la guerre, il est devenu un terroriste politique, cédant sa loyauté au plus offrant. »
« Un terroriste politique ? »
« Oui, même s'il est plus assassin qu'activiste. La sphère politique l'apprécie car ses meurtres servent de messages. Te souviens-tu de l'assassinat du Haut Ensorceleur croate ? »
« Assassinat ? C'était un accident. Tout le bâtiment s'est écroulé à cause d'un missile moldu perdu. Il a été tué avec huit autres personnes. »
« Ce n'était pas un missile perdu. Rosier s'est fait une renommée non seulement grâce à son taux de réussite incomparable, mais aussi parce qu'il n'a aucun scrupule à utiliser les méthodes les moins orthodoxes pour atteindre son objectif. Et par moins orthodoxes, j'entends moldues. »
Il indiqua Harry.
« Le couteau dont il s'est servi sur Eddie n'était un avant-goût. Il a utilisé des bombes, des pistolets, des lacets étrangleurs et une fois, il a même trafiqué une voiture moldue pour qu'elle fonce dans une garden-party et qu'elle explose. Je crois que cette fois aussi l'affaire avait été classée comme accident. »
Malfoy mima des guillemets sur le dernier mot et Harry dût repousser l'étrangeté d'écouter ces termes moldus sortir de la bouche de Malfoy, comme s'il y faisait face tous les jours. Enfin, peut-être que c'était le cas désormais.
« Qu'est-ce qu'il te veut alors ? »
« La liste pourrait être longue mais le plus probable serait des informations. »
Malfoy s'éloigna du lavabo.
« Je vais le rencontrer et je te le dirais. Dis à Shacklebolt et aux autres de ne pas sortir leurs baguettes s'ils viennent à croiser Blaise ou Pansy. J'ai besoin d'eux et je ne veux pas qu'ils soient arrêtés pour des délits mineurs. »
« Comment ça, des délits mineurs ? »
Malfoy pencha la tête.
« Veux-tu réellement le savoir ? »
Harry leva une main.
« Non. Peu importe. »
« Très bien. Tu ferais bien de retourner auprès du cher Eddie et je vais aller affronter le dernier taré en date. Souhaite-moi bonne chance. »
D'un mouvement de la baguette, il déverrouilla la porte et refit basculer sa capuche sur sa tête, recouvrant ainsi ses cheveux pâles et la quasi totalité de son visage.
« Malfoy ! Encore deux choses. »
Malfoy pivota sur lui-même et Harry put discerner la courbe de ses lèvres, même s'il ne pouvait pas voir les yeux gris de Malfoy.
« Rosier a pris ma baguette. Je voudrais la récupérer, si tu y arrives. »
« Et la seconde ? »
« Pourquoi tu me répètes de ne pas faire confiance à Eddie ? »
Le demi-sourire de Malfoy disparut.
« Tu ne me croirais pas si je te le disais. Pas encore. Et tu dois découvrir certaines choses par toi-même. Un jour, tu me feras confiance et tu me croiras quand je te dirais des choses que tu ne veux pas entendre. C'est soit cela, soit Eddie va faire un faux pas et tu découvriras ce qu'il cache tout seul. S'il survit, évidemment. Je te recontacte, Harry. »
Sur ce, Malfoy passa la porte et s'en alla.
Hermione et Ron le rejoignirent à Sainte-Mangouste. Hermione alla chercher du thé et ils attendirent d'avoir des nouvelles. Harry leur raconta ce qu'il savait, c'est-à-dire pas grand chose.
« Tout ça, c'est de la faute de ce con de Malfoy. » marmonna Ron.
« Il nous a aidés à sauver le fils de Liam. » contredit Harry, « Et nous n'aurions pas attrapé Greyback sans lui. »
Il ignorait pourquoi il était si important pour lui de prendre la défense de Malfoy mais il avait du mal à oublier ses dernières paroles avant qu'il ne quitte les toilettes plus tôt. Un jour, tu me feras confiance. Était-ce ce qu'il voulait réellement ? Était-ce un coup monté élaboré ou Malfoy était-il sincère ? Harry n'arrivait pas à faire balancer la réponse d'un côté ou de l'autre.
« Harry. » appela une nouvelle fois Hermione en réalisant que ce n'était pas la première fois qu'elle tentait d'attirer son attention.
« Désolé. »
« Je suis sûre qu'Eddie va s'en sortir. Il est fort. »
« Ouais, mon pote. Ce ne sera plus très long. Ils ont déjà connu des cas bien pires, hein ? Rappelle-toi l'état de mon père après que cette saloperie de serpent l'ait mordu. »
Harry hocha la tête.
« Je l'ai laissé me prendre ma baguette. Je n'ai pas pu l'arrêter. Pourquoi je n'avais pas mis en place des protections plus solides ? J'ai dit à Eddie des centaines de fois qu'il fallait qu'elles soient plus sûres et il m'a répondu qu'il ne voulait pas vivre dans une réplique de Gringotts. J'aurais dû le faire quand même. »
« Harry, arrête de t'en vouloir. »
« Il a ta baguette ? Merlin, tu ferais bien de faire un rapport à Kingsley tout de suite. En fait, il va vouloir écouter toute l'histoire. »
Harry voulut s'énerver contre lui d'être plus inquiet pour les affaires des Aurors que pour Eddie mais sa remarque était pertinente.
« Ron - » intervint Hermione.
« Il a raison. Est-ce que tu peux aller le prévenir, Ron ? Il faut que je reste ici. Au moins jusqu'à ce que je sache qu'Eddie est hors de danger. »
Ron acquiesça.
« Oui, bien sûr. Je reviens. »
Ron serra l'épaule d'Hermione en passant près d'elle pour atteindre l'ascenseur. Elle lui offrit un sourire tendre en retour.
« Donc, tu travailles avec Malfoy maintenant ? Ne t'inquiète pas. Ron n'est pas entré dans les détails. Je sais que c'est hautement confidentiel mais il ne peut pas se retenir de se vanter de connaître quelque chose que je ne sais pas. »
Cela tira un sourire faible à Harry.
« Ouais. Et ce n'est pas comme si on ne pouvait pas te faire confiance. Tout est tellement bizarre. Surtout que j'étais prêt à quitter les Aurors pour de bon et maintenant, je suis à nouveau enfoncé dans toutes ces histoires jusqu'au cou. J'étais prêt à tout lâcher, pour Eddie. »
Hermione serra sa main.
« Tu peux toujours le faire. Ne laisse pas Malfoy t'influencer. Il suit son propre plan dont il est le seul à en connaître les lignes. Ce serait mieux pour toi que tu fasses autre chose qu'essayer de comprendre ce qu'il mijote. Prends de longues vacances avec Eddie, quand il sera remis sur pieds. »
« S'il est remis sur pieds. »
Harry essaya de ne pas être trop amer mais il était inquiet. Cela faisait un long moment que les guérisseurs n'avaient rien dit.
Comme appelé par ses pensées déprimantes, un médicomage s'avança prestement vers eux.
« Vous voilà, monsieur Potter. Je crois que vous accompagnez Eddie Carmichael ? »
Harry hocha la tête et se mit debout et le guérisseur lui sourit. Cette expression semblait en décalage sur son visage, comme si ses traits étaient plutôt habitués à être sérieux en continu.
« Je peux vous dire que nous l'avons stabilisé. Il ne va pas se réveiller avant un bon moment cependant. Il a perdu énormément de sang et les potions de Régénération sanguine vont mettre du temps à tout remplacer. L'effet est plus probant lorsque le patient est endormi. »
« Il... Il va s'en remettre ? »
Harry n'arrivait pas à le croire. Il avait réussi à se convaincre qu'Eddie allait mourir. Hermione serra un peu plus sa main.
« En effet, monsieur Potter. Nous préférerions qu'il reste endormi vingt-quatre heures ou, idéalement, quarante-huit heures. Peut-être plus, selon l'efficacité des potions. »
Harry opina et prit une profonde inspiration avant de la relâcher. Un nœud de tension céda entre ses deux omoplates, laissant derrière lui une fatigue qu'il ressentit jusque dans ses os.
« Génial. C'est génial. Merci beaucoup. Merci. »
Le guérisseur hocha la tête.
« Nous avons seulement fait notre travail, monsieur Potter. Bonne soirée. »
Lorsqu'il s'éloigna, Harry se tourna et fit un câlin soulagé à Hermione. Elle gloussa contre son épaule.
« Je t'avais dit que tout irait bien. Maintenant, allons te trouver des vêtements propres et te nourrir. Je doute que tu aies avalé quoi que ce soit aujourd'hui. »
Harry la laissa le guider et se détendit au son de ses paroles réconfortantes. Peu importe ce qu'il se passait autour de lui, il savait qu'il pourrait toujours compter sur elle pour prendre soin de lui. Avec tous les changements dans sa vie récemment, il était bon de voir que certaines choses ne changeaient pas.
27 Juin 2005 – Lundi
Draco poussa la porte de l'entrepôt et fronça les sourcils quand le mouvement souleva un nuage de poussière qui se déposa pile sur ses mocassins italiens. Il se demanda pourquoi les voyous et autres criminels choisissaient toujours les endroits les plus dégoûtants pour leurs rendez-vous. Qu'y aurait-il de mal à se rencontrer sous un charmant kiosque privé comme il y en avait au Magnolia Park ? Cela offrait une protection contre le mauvais temps, c'était absolument magnifique en début d'été et, surtout, il n'y avait pas de poussière.
« Dans la lumière, Malfoy, que je puisse te voir. »
« Ralston. Quel plaisir de te revoir. »
Draco obéit et s'avança dans le cercle de lumière que créait une ampoule solitaire.
« Enfin, je ne te vois pas. Voudrais-tu me rejoindre ? »
Rosier sortit de la pénombre mais resta en retrait. Draco ne pouvait voir que l'extrémité de sa baguette tenue dans sa main droite.
« Ne tente rien de stupide. »
Draco fit claquer sa langue.
« Franchement. Je suis là, non ? »
Il leva ses mains devant lui.
« Et regarde. Je n'ai même pas ma baguette. Ton message était plutôt vague. Verrais-tu un problème à être plus précis ? Et a-t-on réellement besoin de faire ceci ici ? Des centaines de meilleurs points de rendez-vous me viennent en tête. »
« On se rencontre où je le décide, pas toi. Tu as été bien amical avec Potter ces derniers temps. Pourquoi ? »
« Parce que ça m'amuse. Est-ce réellement l'information que tu recherches ? »
« Non mais je dois savoir vers qui va ta loyauté. Tu as été sympa avec moi à Berlin alors je suis prêt à te faire confiance. Pas si tu as tourné ta veste. »
« Je t'en prie. Je n'ai toujours été et ne serais toujours loyal qu'envers moi-même. Sur quoi travailles-tu ? »
« Quelque chose d'énorme et je n'ai pas besoin de t'avoir dans mes pattes. »
« Pourquoi serais-je dans tes pattes ? »
« Parce que Potter pourrait être impliqué. Ce n'est pas une obligation mais c'est une possibilité. »
« Ta cible est quelqu'un dans l'entourage de Potter. »
Draco étouffa une sensation pesante. Il pourrait arrêter Rosier sur le champ mais il devait savoir qui l'employait.
« Pourquoi tu étais au restaurant avec Potter ? »
« Si tu veux vraiment le savoir, j'essayais de l'attirer dans mon lit. »
Le visage de Rosier se tordit dans une grimace de dégoût.
« Tu n'es pas sérieux. »
« Je suis parfaitement sérieux. Les conquêtes faciles me lassent et je voulais une meilleure cible. Qui pourrait être meilleur que le challenge ultime ? »
« Comment tu prévois d'y arriver ? »
« Avec de la délicatesse, évidemment. J'ai fait semblant d'avoir changé de camp. Je lui donne des informations et, en échange, il apprend à me faire confiance. En bonus, cela ne peut pas me faire de mal d'avoir quelqu'un de l'envergure de Potter à mes côtés. Pense à toutes les choses que je pourrais lui soutirer sur l'oreiller après le sexe. »
Draco sourit comme le chat du Cheshire et secoua la tête.
« L'idée seule m'émoustille déjà. »
L'expression de Rosier était clairement sceptique.
« Tu crois sincèrement pouvoir duper Harry Potter ? »
« Ne me sous-estime jamais, Ralston. »
C'était une menace bien que Draco doutait que Rosier s'en rende compte.
« Eh bien, je vais sûrement être le moucheron qui tombe dans ta potion. Ma cible est un Weasley. »
Le cœur de Draco se serra.
« Lequel ? Il y en a toute une multitude. »
« Je ne vais pas te le dire. Je ne peux pas prendre ton histoire comme argent comptant. Je ne suis pas stupide. »
C'est discutable, pensa Draco mais il était assez sage pour ne pas le dire à haute voix.
« C'est juste. Qu'as-tu besoin de moi ? »
« Une carte à jour du Ministère. Ils ont effectué des changements durant les six derniers mois et personne n'a jamais été volontaire pour me divulguer le nouveau plan. »
La raison à cela était que Draco avait localisé et payé toute personne possédant ce renseignement ou, au moins, tout ceux qui auraient été prêts à le vendre.
« Quelles parties ? Même moi je ne peux pas entrer au Département des Mystères. »
C'était un mensonge effronté. Draco était plutôt fier de ses talents d'acteur.
« Je n'en ai pas besoin. Seulement le Département de la Justice Magique. Et le niveau un. »
Rosier semblait avoir ajouté le dernier un peu précipitamment, ce qui voulait dire que sa cible faisait partie du Département de la Justice Magique. Ce qui concentrait la menace sur Ron Weasley. Merde. Le risque qu'il soit après Bill Weasley était mince. En tant que briseur de maléfices, il avait accès au Département de la Justice Magique et il était souvent demandé sur certaines affaires ou appelé sur le terrain pour détecter des pièges.
« Ce ne sera pas un problème. Autre chose ? »
« Non, pas pour l'instant. »
« Bien. Propose ton prix. »
Le paiement fut rapidement réglé. Rosier accepta sans encombre le montant des frais de Draco, ce qui le rendit mal à l'aise. Ses services n'étaient pas bon marché et Draco n'avait aucun scrupule à les augmenter selon le client. Celui qui finançait Rosier avait les poches très bien remplies.
« Où souhaites-tu que les plans soient livrés ? »
« Il y a une siège déchiré au Pasty Pudding que personne n'a jamais pris la peine de réparer. Colle les plans sur le dossier avec un maléfice de Glu. Quelqu'un viendra les récupérer. »
Draco acquiesça. C'était une procédure standard. Rosier enverrait un larbin les récupérer et il utiliserait une série de transplanages et de voyages par Cheminette pour ne pas être suivi.
« Il me les faut sous quarante-huit heures. »
« Tu les auras. »
Rosier opina.
« Un pas de travers et je te fais exploser le crâne. »
« Quelle imagination débordante. Merci beaucoup. Mon appétit est définitivement parti. »
« Tu as toujours été bizarre, Malfoy. »
Tu parles en connaissance de cause, pensa sauvagement Draco avant de quitter l'entrepôt.
« A la maison » était un terme très relatif pour Draco. Ces derniers jours, ce terme s'appliquait surtout au bâtiment dans lequel se trouvait sa paire de chaussures préférée, que ce soit un hôtel pompeux ou une cabane dans les bois. Dans la part de son âme qu'il ignorait avec le plus grand soin, il savait que le Manoir Malfoy resterait toujours sa maison. Il n'osait pas remettre les pieds dans la demeure ancestrale. Pas pour l'instant. Probablement jamais. Tout le monde s'attendait à ce qu'il s'y rende et donc, c'était l'endroit où il n'irait plus jamais.
La maison renfermait aussi des milliers de mauvais souvenirs. Aucun qu'il ne souhaitait raviver. Jamais.
Sa maison pour l'instant était de taille moyenne, en briques, mitoyenne à sa copie en tous points identique, à peine assez large pour contenir une porte et une unique grande et haute fenêtre. Draco se sentait claustrophobe à l'intérieur, surtout quand Blaise et Pansy étaient présents, comme maintenant.
« Ça s'est bien passé. » dit Blaise en se déplaçant près du buffet pour leur servir un verre.
Blaise avait surveillé son échange avec Rosier depuis un toit à proximité, prêt à couvrir Draco si le besoin s'était fait sentir. Pansy les ignora tous les deux. Ses pieds étaient repliés sous elle dans le canapé et elle avait le nez plongé dans une nouvelle érotique.
« Je veux que tu localises Nash. Rosier cache quelque chose. Il veut les plans du Département de la Justice Magique mais quelque chose cloche. C'était une diversion. Découvre s'il a approché Nash ou quelqu'un d'autre pour des informations. Il me faut quelque chose de plus solide qu'une vague supposition. »
Blaise termina de verser le liquide et tendit la main pour attraper un verre, qui s'échappa de son emprise pour venir voler directement entre les doigts impatients de Pansy. Habitué depuis longtemps à sa manière d'agir, Blaise se contenta de soupirer et s'empara des deux autres verres. Il en donna un à Draco et but dans l'autre.
« Tu es sûr que cette histoire avec Potter est une bonne idée ? » demanda Pansy.
« Comment peux-tu me poser cette question ? Tu sais bien que toutes mes idées sont brillantes. » s'exclama Draco en lui offrant un grand sourire, « En plus, regarde ce que j'en ai déjà tiré. Ma liberté et la protection du Ministère. Je n'ai plus à m'inquiéter d'une possible arrestation. »
Blaise renifla.
« Jusqu'à ce qu'ils récoltent assez de preuves pour te coincer. »
« Ils ne le feront pas ou ils l'auraient déjà fait. En plus, si je leur donne Rosier, ils me seront redevables quasiment à perpétuité. »
« Pourquoi ne pas faire coffrer ce connard tant que tu le tenais dans l'entrepôt ? »
Draco leva les yeux au ciel et prit une gorgée. Voilà pourquoi il était le leader et qu'ils étaient tous deux les disciples.
