Bonjour/Bonsoir à tous !
Merci grandement aux personnes qui continuent de suivre cette fic, même silencieusement. Merci tout particulièrement à Lamourloi pour ton commentaire complet et vraiment agréable sur le chapitre précédent. Merci beaucoup.
Le lien pour la fic originale de Cheryl Dyson est mentionné sur mon profil.
Chapitre 6
28 Juin 2005 – Mardi
« Pourquoi tu n'as pas immobilisé Rosier durant votre tête-à-tête ? » demanda Potter, « Tu aurais pu l'arrêter sur le champ. »
Draco combattit la sensation de déjà-vu et répéta la même explication qu'il avait donnée à Blaise.
« Il aurait fait sauter le bâtiment, nous y compris. Rosier aime s'entourer d'explosifs en ce moment, au cas où quelque chose ne se déroule pas comme prévu. En plus, sauf si on le laisse continuer, ses employés trouveront simplement quelqu'un d'autre et nous serons de retour à la case départ, sans aucune piste cette fois. N'est-ce pas ? »
« Oh. Ouais, ça a du sens. »
Potter fit courir sa main dans ses cheveux, les rendant encore plus ébouriffés que d'ordinaire. Cela fit penser à Draco la tête qu'il aurait en sortant du lit puis à l'idée plus qu'attrayante de Potter dans ce dit lit.
« Désolé. Je suis juste fatigué. »
« As-tu passé la nuit à l'hôpital ? »
« Non. Chez Ron et Hermione. Il faut que je rentre à la maison et que je... nettoie. »
Potter détourna le regard et Draco ressentit une pointe de sympathie. Potter allait devoir nettoyer le sang de son amant. Ce n'était jamais une tâche facile.
« Je peux envoyer quelqu'un le faire à ta place. » proposa-t-il.
« Non. Je dois le faire. Je me sens en quelque sorte responsable. »
Draco tendit impulsivement la main et attrapa le poignet de Potter. Il croisa le regard étonné de Potter et ne le lâcha pas.
« Arrête. Tu n'es pas responsable de chaque taré qui court sur cette Terre. Crois-moi, il y en a tout un tas. Et peu importe que tu aies placé des dizaines de protections autour de l'appartement, Rosier les aurait détruites malgré tout. C'est sa façon de faire, Harry. Même ton talent inné pour la magie ne l'en aurait pas empêché. »
« Alors comment tu vas faire pour stopper ce qu'il prévoit de faire ? »
Draco serra son poignet une fois de plus et le libéra.
« En me montrant plus malin que lui. »
Potter inspira profondément et hocha la tête.
« Merlin, je ne peux pas croire que je l'ai laissé me prendre ma baguette. Comment je vais la récupérer ? En supposant qu'il ne l'a pas brisée, cassée ou un truc de ce genre. »
« Il la garde probablement avec lui. Il aime les souvenirs. Quand on l'aura appréhendé, on la lui reprendra tout simplement. Comment es-tu arrivé ici ? »
Ils étaient assis dans une minuscule librairie moldue qui contenait tout un tas de petits coins lecture avec des fauteuils confortables et des tables en bois. L'endroit servait aussi des cafés et des pâtisseries. Draco adorait l'atmosphère du lieu, même si leur cappuccino n'était pas assez fort à son goût.
« Je, hmm... »
Potter se racla la gorge et sortit une baguette de l'intérieur de sa manche. Draco cligna des yeux mais ne laissa aucune autre expression prendre place sur ses traits.
« J'utilise la tienne. Désolé de ne jamais te l'avoir rendue. »
Draco tendit presque la main pour toucher l'aubépine alors qu'une vague de nostalgie déferla en lui. Il avait fait l'aller et le retour en Enfer avec cette baguette. La plupart des souvenirs qui y était associé étaient loin d'être plaisant. Il préférait celle qu'il utilisait désormais en bois de frêne, fine et d'une longueur parfaite. Elle lui convenait bien mieux que son ancienne baguette d'aubépine.
Il sourit à Potter.
« Vu son implication dans toute cette histoire avec le Seigneur des ténèbres, je ne suis pas surpris. Je ne l'aurais pas acceptée. »
En fait, Draco l'aurait brisée en mille morceaux qu'ils auraient ensuite brûlés. Il suspectait Potter d'être bien trop sentimental pour faire une chose pareille. Il se redressa d'un coup dans un halètement puis sauta hors de son siège.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Potter fut sur pieds en un instant, baguette tendue défensivement devant lui. Draco explosa presque de rire. Imaginer que Potter puisse quitter les Aurors était ridicule. Il était quasiment né pour être Auror. Cela lui allait bien.
« Quoi ? »
Draco s'avança vers une étagère non loin et attrapa un livre abîmé. Il le feuilleta.
« L'art de la guerre de Sun Tzu. Quelle honte de le voir dans cet état. On dirait qu'un chat a fait ses griffes dessus. »
Draco traça les marques profondes traversant la couverture d'un coin à l'autre et fit claquer sa langue.
Potter se détendit et se rassit.
« Oh. Un livre. »
« Oui, Potter. Un livre. En as-tu déjà ouvert un ? »
« J'en ai lu un. »
Draco gloussa.
« Un. »
« Tais-toi. »
Malgré ses mots, un sourire étirait le coin de la bouche de Potter. Draco fut captivé le temps d'un instant, savourant la rare vision de l'amusement sincère de Harry Potter.
Arrête, Draco, se prévint-il. Il serait stupide de tomber encore plus sous le charme de cet homme.
« Je vais l'acheter et tu pourras le donner à Granger. A-t-elle toujours cet affreux fléreur ? »
« Pattenrond, oui. Je crois que j'ai encore des poils de lui sur mon pantalon. Il s'est frotté après moi ce matin. »
Potter se pencha et frotta ses mollets.
« Tu n'as rien appris d'utile de la part de Rosier alors ? »
« Je n'ai pas dit cela. Je partagerais mes suspicions quand je pourrais te donner quelque chose de plus conséquent que de vagues suppositions. Je ne veux pas que tu commences à courir partout en paniquant. »
« Tu crois que je paniquerais ? »
Potter arqua un sourcil en regardant par-dessus ses lunettes.
« Les Gryffondor ne sont pas connus pour leur calme. »
Potter sourit grandement.
« Bien, d'accord, tu marques un point. Mais quand penses-tu qu'il va frapper ? »
« Pas encore. Il a besoin de plus d'informations. Il prévoit un acte très précis et nous devons découvrir ce que c'est. Il va falloir que tu me fasses confiance. »
« Je crois que je suis sur la bonne voie. »
Draco lui adressa un autre sourire, cette fois teinté de tendresse avant même que Draco ne s'en rende compte.
« C'est un bon début, Harry. »
Harry rentra chez lui et la moitié de ses pensées était occupée par sa rencontre avec Malfoy. Il n'avait pas menti. Même si cela déclenchait toujours des alarmes subconscientes, il commençait à faire confiance à Malfoy. Quelque chose chez lui semblait juste sincère.
Harry se souvenait de la chaleur de la main sur son poignet et de la lueur intense dans ses yeux argentés. Bordel, sur le moment, Malfoy avait eu l'air de tenir à lui. Toute cette situation n'était que pure folie.
Son attention se détourna brusquement de Malfoy à l'instant où il aperçut l'auréole sombre étalée sur le tapis sous la chaise. Une petite flaque de sang coagulé stagnait sur le parquet au bord du tapis. C'était un rappel à la réalité sinistre et Harry repoussa un vertige teinté de culpabilité. Il prit une inspiration tremblante et alla dans la cuisine se préparer une tasse de thé. Il savait qu'il en aurait besoin.
Une heure plus tard, il avait enroulé le tapis et l'avait envoyé chez le pressing, avait remis les meubles correctement et avait frotté le sol manuellement et magiquement, avec autant de Recurvite qu'il le pouvait. Il était étonné de voir jusqu'où les éclaboussures de sang avaient sauté. Il tenta de ne pas s'arrêter sur le fait que c'était le sang d'Eddie en suivant chaque traînée pour l'effacer d'un sort et d'un coup de chiffon.
Il fronça les sourcils en remarquant quelques gouttes dispersées sur les couvertures des livres d'Eddie. Une bibliothèque basse dans le salon contenait environ trois douzaines de volumes de toutes tailles et tous genre, bien qu'Harry ne l'ait jamais vu lire. En blaguant, Eddie lui avait un jour dit qu'ils étaient surtout là pour les apparences pour que leurs invités pensent qu'il était cultivé.
« Et les Serdaigle ne sont-ils pas supposés aimer les bouquins ? » avait-il ajouté malicieusement.
Harry ferma les yeux au souvenir et respira profondément. Eddie, pensa-t-il, je me ferais pardonner. Eddie avait été tellement patient en attendant qu'Harry fasse le tri dans ses idées et en repoussant l'intimité entre jusqu'à ce qu'Harry soit à l'aise et prêt à sauter le pas – Harry voulait se lancer un Doloris pour avoir été aussi bête. Qu'avait-il tant attendu ?
Ne lui fais pas confiance. Sans prévenir, les mots de Malfoy lui revinrent. Harry grimaça et secoua la tête. Cela ne faisait aucun sens. Il attrapa un livre et le nettoya délicatement d'un sort. Il le posa par terre et en prit un autre. Quelques-uns étaient poussiéreux alors il décida de tous les nettoyer.
Quand tous les livres furent triés et empilés sur le sol, Harry dépoussiéra et cira la bibliothèque en bois puis rangea les bouquins. Il souleva un large volume à la couverture en cuir nommé La Véracité des Origines du Contrôle par Imperius et Autres Incantations d'Altérations Comportementales. Il renifla face au titre. Celui-là n'était certainement pas un de ces livres que les Serdaigle adoraient.
Harry l'ouvrit et s'attendit à trouver un texte inscrit à la plume, dans une écriture cryptique et ennuyante. Ce qu'il n'avait pas anticipé fut le faux centre – les pages avaient été découpées pour créer un espace dans le cœur du livre, assez large et profond pour contenir la collection de photos et d'articles de journaux cachée à l'intérieur. Quelques documents tombèrent par terre quand Harry délogea les fausses pages.
Il saisit une photo et réalisa en sursautant que c'était lui, sortant de Fleury & Bott avec Hermione. Le Harry de la photo riait et Hermione le frappait gentiment l'épaule. C'était une scène tellement normale qu'il ne se souvenait pas de quand elle datait. Eddie avait-il pris cette photo ?
Harry plaça le livre sur le sol et prit une autre photo. Celle-ci le représentait dans sa robe d'Auror, marchant avec Seamus. Le reflet d'une vitre lui indiqua que la photo avait été prise de l'intérieur d'un bâtiment alors que Seamus et lui passaient devant. Ils atteignirent la limite de vue de la fenêtre et la photo recommença sa boucle.
Harry fronça les sourcils et s'empara d'un gros tas de clichés pour les parcourir. Il était sur chaque photo. Parfois, il était seul – assis dans un parc à nourrir les pigeons – et, beaucoup d'autres fois, il était avec d'autres personnes, dans des situations banales – lui et Ron se dirigeant vers leurs sièges lors de la dernière coupe du monde de Quidditch, lui et Kay-Kay enregistrant le témoignage d'un commerçant après un vol, lui et Dean Thomas passant un bon moment autour d'une bière au Chaudron -
Harry mit les photos de côté. Son cœur commençait à battre inconfortablement. Il prit un article de journal. Harry Potter assiste à la grande ouverture ! Sous la une se trouvait une photo granuleuse de lui saluant maladroitement les gens autour de lui. Il en choisit un autre. Harry Potter et Ginny Weasley : le couple doré perdrait-il de son brillant ? Celui-ci comportait une photo de Ginny le repoussant et disparaissant dans la foule qui les entourait. Harry dût fermer les yeux au souvenir. C'était peu de temps avant qu'ils ne se séparent. Les disputes avaient remplacé les conversations et la douleur était plus présente que les sourires.
Il s'efforça à se calmer et étala tous les documents en cercle autour de lui. Il y en avait énormément. Ce qu'il avait cru être des souvenirs n'en était pas du tout. Ce n'était pas une collection de photos rassemblées par un homme amoureux. C'était un dossier. Mais pourquoi Eddie monterait-il un dossier contre lui ? Il n'était qu'un vendeur d'équipement de Quidditch. Cela ne faisait aucun sens !
N'est-il vraiment que cela ? Le côté cynique d'Harry avait apparemment la voix de Malfoy. Que sais-tu réellement d'Eddie Carmichael ?
« Tout. » marmonna Harry pour lui-même, « Je sais tout. J'ai emménagé avec lui, bordel de merde ! »
Eddie avait toujours été adorable et n'avait jamais agi de manière suspecte.
Harry rassembla toutes les photos et les articles de journaux et remit le tout dans le faux livre. Il le replaça dans la bibliothèque et le fixa ensuite de longues minutes. Aucune réponse ne lui vint. Il éteignit donc toutes les lumières et alla se coucher.
Le sommeil ne vint pas avant un très long moment.
29 Juin 2005 – Mercredi
Une vieille femme ouvrit la porte et sourit de toutes ses dents à Harry. Une de ses incisives était en or et ses lunettes étaient plus épaisses que le cul d'une bouteille de Bièraubeurre, ce qui donnait l'impression que ses yeux étaient énormes. Ses cheveux blancs fins et clairsemés étaient partiellement recouverts d'un châle à perles violet.
« Entre et mets-toi à l'abri de la pluie, mon chéri, tu vas attraper la mort. »
Elle clopina et indiqua à Harry d'entrer. Il passa la porte et tenta de ne pas penser aux maisons de pain d'épices et aux sorcières affamées mais la pièce était très sombre, faiblement illuminée d'une bougie solitaire sur le manteau de la cheminée, la flamme dansant au centre d'un amas de cire.
« Par ici. »
Elle boitilla lentement vers une autre porte et Harry la suivit, tenté d'allumer sa baguette pour éviter de trébucher sur un obstacle. Heureusement, la luminosité augmenta quand ils traversèrent un long couloir. Elle poussa une porte en bois et la clarté de la pièce fut un changement bienvenu par rapport au reste de la maison.
Une fois à l'intérieur, Harry marqua un temps d'arrêt et observa. La pièce était immense et emplie de tables, de bureaux et d'étagères, elles-mêmes jonchées de rangées de petites fioles bleues.
« Bonjour, Harry ! Je vois que tu as trouvé l'endroit. »
Malfoy était assis dans un coin, perché sur un haut tabouret avec un petit carnet et une plume en mains.
« Hmm... Ouais. Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi tu voulais me rencontrer ici. »
« Eh bien, il fallait que je passe ici et que je vois Agatha – n'est-elle pas charmante ? - et vu que je ne peux pas te rencontrer dans des lieux publics, au moins jusqu'à ce que l'affaire Rosier soit réglée, j'ai pensé pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups ? Donc nous voilà. »
La vieille dame, Agatha présuma Harry, se glissa vers une table et leva sa baguette. Elle saisit une fiole bleue et enleva le bouchon d'un sort avant d'en verser le contenu dans un grand bol. Elle mit de côté la fiole vide et recommença les mêmes gestes avec une autre. Intrigué, Harry se tourna à nouveau vers Malfoy.
« Ok. Qu'est-ce que tu as trouvé ? »
Malfoy fit signe à Harry de s'approcher et Harry navigua entre les tables pour se tenir plus près de Malfoy, qui métamorphosa pour Harry un second tabouret à partir d'une corbeille à papier.
« L'autre raison de mon choix de point de rencontre est que cette chère Agatha est sourde comme un chaudron, à moins que tu ne lui parles de très près. Elle ne fera pas attention à nous à moins qu'on ne l'inclut dans la conversation. »
Harry hocha la tête et regarde une nouvelle fois Agatha, qui continuait son rituel avec les fioles comme s'ils n'étaient pas là.
« Que se passe-t-il ? »
L'attention d'Harry revint vers Malfoy, surpris par sa question.
« Rien. »
« Tu as trouvé quelque chose. Raconte-moi. »
Harry était sur le point de le contredire mais Harry marqua une pause. Il aimerait pouvoir se confier mais il n'était pas encore tout à fait prêt.
« Pourquoi tu m'as dit de ne pas faire confiance à Eddie ? Tu sais quelque chose sur lui ? »
« Je sais qu'il ne te mérite pas. Que sais-tu de lui ? »
Harry lui adressa un sourire ironique.
« Tu réalises que ça sonne complètement fou, venant de toi ? »
Malfoy se pencha un peu plus, si proche de lui qu'Harry craignit qu'il ne bascule de son tabouret directement sur ses genoux.
« Un jour, tu reconnaîtras peut-être que j'ai changé depuis nos années d'école tumultueuses. »
Il était si proche qu'Harry pouvait voir les couleurs magnifiques de ses cils – pâles au bord de ses paupières et plus foncés comme de l'or à l'extrémité – et l'odeur doucereuse de son eau de toilette. Cette fois, elle rappela à Harry un lac de montagne. Il voulait s'incliner un peu plus et respirer le parfum. Quelque chose dans l'odeur de Malfoy était étrangement apaisant ou peut-être était-ce Malfoy qui commençait à avoir cet effet sur lui. C'était une pensée dangereuse. Malgré tout, Harry ne s'écarta pas.
« Tu as changé. » admit Harry, « Mais ça ne m'aide pas avec Eddie. »
Malfoy se redressa lentement et recommença à prendre des notes dans son carnet.
« Eddie chéri est-il réveillé ? »
« Non. »
Harry ressentit une pointe de culpabilité. En réalité, il ignorait si Eddie était réveillé ou non. Après avoir tourné toute la nuit à cause de la suspicion que les photos avait fait naître en lui, Harry n'avait pas eu envie d'aller à Sainte-Mangouste et de lui faire face. Il avait besoin de remettre de l'ordre dans ses idées avant.
Et il était toujours possible que Malfoy ait placé les photos à cet endroit. Il avait prévenu Harry à propos d'Eddie depuis le début – et s'il avait un plan étrange qui nécessitait qu'Eddie et Harry soient séparés ? D'après les dossiers d'affaires liées de près ou de loin à Malfoy, Harry suspectait qu'il était assez impitoyable pour n'avoir aucun scrupule à placer quelques photos et coupures de journaux chez eux.
« Je suis quasiment certain que la cible de Rosier est Hermione Granger. »
Le ton de Malfoy ne fut pas différent de celui qu'il avait normalement lors de conversations joyeuses et il fallut un moment à Harry pour enregistrer l'information.
« Quoi ? »
Il y eut un tintement bruyant et Harry se tourna pour voir Agatha le fixer à travers ses verres disproportionnés. Il plaqua un sourire rassurant sur son visage qu'elle lui rendit avant de reprendre sa tâche. Harry se retourna vers Malfoy, tendu. Malfoy acquiesça.
« Tu es sûr ? »
« Oui. Rosier m'a demandé quelque chose et j'ai mené mon enquête via quelques connaissances. Il semblerait que Rosier a aussi demandé des plans de bâtiments et de propriétés où se dérouleraient plusieurs événements de grande envergure. Donc la Shepherd's Farm. »
Si Harry n'avait pas été déjà assis, il aurait eu besoin d'une chaise. Il eut l'impression de recevoir une coup de poing.
« Le Gala de Libération des Elfes de Maison. »
« Le Gala de Libération des Elfes de Maison. » répéta calmement Malfoy.
Hermione avait travaillé sans relâche depuis la guerre pour la libération des elfes de maison et sa position dans le Département de la Justice magique l'avait transformée en une force à ne pas sous-estimer. Elle avait finalement réussi à proposer la Législative de Liberté des Elfes de maison, qui passerait devant le Magenmagot dans quelques semaines. Hermione avait grandement contribué à rassembler du soutien pour la loi en faisant connaître son combat grâce à ses lettres et ses soirées de collecte de fonds. Elle avait cherché à convaincre le grand public afin que le Magenmagot n'ait pas d'autre choix que de faire valider la loi.
« Je croyais que tu avais dit que Rosier a l'habitude de tuer ses cibles en causant de gigantesques explosions touchant énormément de victimes afin que la piste de l'accident soit la plus probable et que l'identité de la réelle cible soit dissimulée. »
Malfoy arqua un sourcil – apparemment surpris que Harry ait tout compris – puis hocha la tête.
« En général, oui. »
« Qui l'engagerait alors ? Des gens de toute partie du monde sorcier vont participer à cet événement ! Et si la liste des invités comprenait une personne que le commanditaire ne voulait pas tuer ? »
« Harry, tu réalises qu'un Sang-pur traditionaliste est probablement derrière tout ça et qu'il pourrait considérer cela comme un bonus si des Nés-Moldus et des traîtres à leur sang étaient tués dans le processus visant à détruire Granger. Évidemment, il préviendrait à l'avance les personnes qu'il souhaiterait préserver. »
« Très bien, on va garder un œil sur la liste des invités et vérifier qui annule avant l'événement. On pourra les pister et vérifier leurs antécédents. »
« C'est un bon début. » valida Malfoy.
« Et je vais convaincre Hermione de ne pas y participer. »
Malfoy gloussa.
« Bonne chance. »
Harry passa une main dans ses cheveux, sachant que Malfoy avait raison sur ce point. C'était la raison de vivre d'Hermione. Elle ne ferait pas marche arrière facilement, si ce n'était pas du tout. Il fronça les sourcils et regarda Agatha, qui maintenant remettait prudemment le liquide dans les petites fioles.
« Qu'est-ce que fait Agatha ? »
« Elle dilue de la Pimentine. »
« Dilue... Pourquoi ? »
« Eh bien, elle verse le contenu de vingt bouteilles dans un bol et ajoute de la vodka, augmentant ainsi la puissance et l'effet somnifère de la potion de neuf pourcent. Elle remplit ensuite les anciennes fioles avec le nouveau mélange et elle les vend aux apothicaires. On achète les Pimentines originales en grande quantité et on se procure la vodka directement chez un fournisseur renégat en Russie pour une bouchée de pain. C'est une vraie mine de Gallions. »
Malfoy avait l'air sincèrement ravi.
« C'est... totalement illégal. Je devrais t'arrêter sur le champ pour m'avoir avoué tout ça. »
Malfoy lui lança un regard déçu.
« Harry, franchement. Vas-tu réellement m'arrêter pour une bête histoire de potions diluées quand la vie d'Hermione Granger est en danger ? Personne n'est blessé dans cette transaction – comme je l'ai dit, l'alcool ne fait que renforcer la potion initiale. Et je te suis bien plus utile ici avec l'accès à mon réseau d'informateurs qu'enfermer dans cette horrible pièce du Niveau Dix. »
Harry le jaugea mais Malfoy ne détourna pas les yeux.
« Tu pourrais juste... garder pour toi tes activités illicites à partir de maintenant ? S'il te plaît ? »
Malfoy lui sourit grandement.
« Bien sûr. »
Harry dût regarder ailleurs avant de commencer à réciter des poèmes dans sa tête sur combien Malfoy était devenu attirant.
« Qu'est-ce que tu écris ? »
« Je calcule à quel point ce petit... business va me rendre riche. Et Agatha, évidemment. Elle touche la plus grosse part. Elle a perdu son fils durant la guerre. C'est le moins que je puisse faire. »
Harry regarda Agatha qui vidait joyeusement les bouteilles pour le trafic de potions de Malfoy et ressentit un pincement au cœur particulier. Parfois, il était difficile de se souvenir que Malfoy était un petit con.
« Non, Harry. Je ne peux pas l'annuler. C'est trop important. »
« Je t'avais dit qu'elle dirait ça, mon pote. »
Ron emmena une gros cuillerée de corn-flakes à sa bouche. Hermione envoya la brique de lait dans le frigo d'un geste de baguette.
Harry leur fronça les sourcils à tous les deux. Il était agacé par Ron pour ne pas être plus inquiet que ça pour la sécurité d'Hermione. Il leur avait annoncé que Rosier prévoyait de la tuer – ainsi que bien d'autres innocents dans la foulée – et Hermione avait juste semblait pensive alors que Ron avait haussé les épaules et dit « On a juste à l'arrêter. »
« Écoutez, Rosier est incroyablement dangereux. Malfoy a même dit de ne pas le sous-estimer. Regardez ce qu'il a fait à Eddie ! Il utilise des armes moldues et de la magie. On n'a aucune idée de ce qu'il prévoit de faire ! »
« J'ai travaillé trop dur et depuis trop longtemps sur ce projet, Harry. Que je sois en danger ou non n'a aucune importance pour le vote à venir. La liberté des elfes de maison est en jeu ! Je suis prête à prendre ce risque. Évidemment, cela ne veut pas dire que je ne vais pas prendre de précaution. As-tu des informations sur ce Rosier ? »
« Ouais. »
Harry sortit un dossier de sa poche et lui rendit sa forme originale. Malfoy l'avait quasiment entièrement monté, le petit rapport qu'il avait trouvé au Ministère ne lui avait pas été très utile. Il lâcha la lourde pile sur la table.
« C'est moche. Des affaires dans lesquelles nous n'avions jamais suspecté qu'il puisse être impliqué. Tellement de morts. Ça me rend malade. »
« Comment va Eddie ? » demanda gentiment Hermione.
Elle s'assit à côté de Ron et tendit la main pour prendre celle d'Harry.
« Il est... »
Harry tenta de surpasser la piqûre de culpabilité.
« Je vais le voir cet après-midi. Il est sûrement réveillé maintenant. »
Toujours en mâchant ses céréales, Ron attrapa le dossier et commença à le feuilleter. Son expression devint plus sombre et il repoussa finalement son bol, partiellement intact.
« Hermione... C'est vraiment sérieux. Tu es sûre que tu veux y aller ? Tu ne peux pas demander à quelqu'un de te remplacer et ne pas y aller ? On pourrait donner du Polynectar à quelqu'un pour qu'il prenne ta place. »
Harry hocha la tête. Quelqu'un réalisait finalement la sévérité de la situation.
« Rosier est sans pitié, Hermione. Il a poignardé Eddie presque à mort pour simplement poser une question. »
Harry n'était toujours pas sûr de comprendre pourquoi Rosier avait pris Eddie pour cible ou, plus exactement, Harry. Malfoy avait seulement semblé pensif quand Harry lui avait demandé le mobile de Rosier.
« Vous êtes réellement en train de suggérer qu'on envoie quelqu'un d'autre face au danger à ma place ? »
Ron rougit.
« Je voulais dire un Auror ou quelque chose comme ça. Tu sais, quelqu'un entraîné pour gérer des situations dangereuses. »
« Et les innocents qui vont être présents ? Qui va prendre du Polynectar pour les remplacer ? Le département des Aurors au complet ? »
Ron se redressa.
« Hey ! Ce n'est pas une mauvaise idée ! »
Hermione leva les yeux au ciel et Harry soupira en secouant la tête.
« Une opération de cette envergure ne passerait pas inaperçu. Rosier l'apprendrait. »
Hermione commença à parcourir les documents que Ron avait étalés sur la table.
« Pourquoi ne pourrait-il pas simplement m'attaquer ailleurs ? Le Chemin de Traverse serait bien plus simple que ce plan élaboré. Ce n'est pas un secret que je vais à Fleury & Bott régulièrement et la Gazette du Sorcier a publié que j'achetais des scones chez le Boulanger Débordé tous les mercredis. Il doit y avoir une raison pour qu'il prévoit de le faire lors du Gala de Libération des Elfes de maison. Malfoy a une idée ? »
Harry acquiesça.
« Rosier fait les choses en grand avec énormément de victimes pour dissimuler l'identité de la réelle cible. La plupart de ses assassinats ont été classés comme malencontreux accidents. Malfoy pense aussi que celui qui paie Rosier est opposé à la loi de Libération des Elfes de maison. Sûrement un Sang-Pur aux poches bien garnies. »
Hermione soupira.
« Il y a sûrement tout un tas de personnes dans ce cas et la plupart des Sang-Purs sont contre cette loi. Ça ne réduit presque pas la liste des suspects mais ça nous donne au moins le mobile. Ne réalisent-ils pas que me tuer lors d'un événement de ce genre pourrait leur revenir en plein visage ? Cela pourrait m'élever au rang de martyre et pousser l'opinion du public vers l'acceptation de la loi comme un acte de vengeance. »
Elle paraissait étrangement calme en disant cela.
« Malfoy dit que ceux qui financent Rosier ne sont pas des plus malins. »
« Tu dis beaucoup ça en ce moment, mon pote. 'Malfoy dit'. »
« Il ne s'est pas trompé pour l'instant. »
« Il pourrait encore être derrière toute cette histoire. Merde, il pourrait même être celui qui finance Rosier. »
Harry sentit son estomac se tordre puis secoua la tête..
« Pourquoi Malfoy se soucierait des droits des elfes de maison ? Le Manoir Malfoy est à moitié démoli. Abandonné. »
Ron renifla.
« Ça ne veut pas dire qu'il ne s'est pas installé ailleurs avec une collection d'elfes de maison esclaves. Où il habite maintenant ? Est-ce que tu le sais ? »
Harry fit non de la tête et pensa le demander à Malfoy la prochaine fois qu'il le verrait, même s'il doutait obtenir une réponse claire. La nouvelle de la bisexualité de Malfoy était le seul détail personnel qu'Harry avait reçu. Tout le reste était plongé dans une brume de mystère.
« Je crois que je vais aller voir Eddie maintenant. Essaie de réfléchir à des alternatives, ok ? »
Harry regarda Hermione d'un air entendu. Elle acquiesça.
« Fais-nous savoir si Eddie se sent assez bien pour recevoir des visites. On passera dès qu'il sera assez réveillé pour apprécier notre compagnie. »
Ron hocha la tête. Hermione parlait souvent pour eux deux. Ils vivaient ensemble depuis cinq ans, bien que Hermione refusait de se marier et de « mettre en marche la machine à bébés » et Ron semblait parfaitement d'accord avec cet arrangement, au plus grand dam de sa mère.
« Je le ferais. » promit Harry avant d'emprunter la Cheminette pour Sainte-Mangouste.
Eddie paraissait se reposer tranquillement mais il ouvrit les yeux et sourit après qu'Harry passe quelques minutes assis près du lit.
« Hey. » chuchota Eddie en levant la main.
Il tâtonna l'air quelques instants et Harry finit par attraper sa main et par la tenir étroitement.
« Tu vas aller bien. »
« C'est ce qu'ils m'ont dit. Comment tu vas ? »
Harry renifla, se sentant soudainement coupable, non seulement pour avoir suspecté Eddie, mais aussi pour avoir un aussi dangereux travail qui provoquait des attaques insensées de la part d'hommes comme Ralston Rosier. Peut-être qu'il fallait vraiment qu'il quitte les Aurors. Après être sûr que Hermione soit en sécurité, bien sûr, et que Rosier soit enfermé pour de bon.
« Bien. Vu la situation. »
« J'aurais dû te laisser renforcer les protections. »
La voix d'Eddie se brisa et Harry tenta d'avaler la boule qui lui enserrait la gorge.
« Je m'en suis occupé. »
C'était vrai. Harry avait passé une bonne heure à travailler sur les protections. Il doutait que même une équipe d'Aurors sur-entraînés puisse les traverser désormais. Il repoussa ses doutes et s'inclina vers Eddie pour lui embrasser le front.
« Ron et Hermione ont dit qu'ils passeraient quand tu te sentirais mieux. »
Eddie hocha la tête.
« C'est tellement dur de... rester éveillé. »
Harry gloussa.
« Ils aiment que leurs patients dorment ici. Je l'avais déjà remarqué. Moins de problèmes pour eux, je crois. »
« Tu es bien placé pour le savoir. »
Une autre vague de culpabilité assaillit Harry. Ses séjours fréquents à l'hôpital avaient été un point sensible entre eux par le passé et c'était une des raisons pour lesquelles Eddie lui avait demandé de démissionner, même si Harry ne pensait pas passer plus temps à Sainte-Mangouste que n'importe lequel des autres Aurors. Enfin, pas beaucoup plus de temps.
« Ouais. »
La voix d'Eddie devint un murmure.
« Harry. Quand tu reviendras... »
Harry se pencha vers lui.
« Oui ? »
« Apporte-moi des Fondants du Chaudron. La nourriture est terrible ici. »
Harry rit et embrassa les doigts d'Eddie avant de les reposer délicatement sur le lit. Il se mit debout et sourit, bataillant avec ses propres doutes. Comment Eddie pouvait être autre chose que ce qu'il paraissait ?
Il prit la Cheminette jusqu'au Ministère et alla dans son bureau pour vérifier que rien d'urgent n'était arrivé pour lui. Sa boîte de courrier reçu était vide, vu qu'il était techniquement encore en congés. Il envoya une note pour savoir si Kingsley était libre. Il l'était donc Harry se dirigea vers son bureau et détailla les informations et les suspicions de Malfoy au sujet de Rosier et d'Hermione. Kingsley lui conseilla de ne le dire à personne d'autre étant donné qu'ils n'avaient aucune manière de savoir qui finançait les agissements de Rosier. Cela pourrait être n'importe qui, même des membres internes du Ministère. Il y avait beaucoup de réfractaires à la loi sur la Libération des Elfes de maison et quelques-uns ne s'en cachaient pas du tout.
Après avoir quitté le bureau de Kingsley, Harry retourna au Département des Aurors et s'arrêta dans le box de Seamus Finnigan. Seamus était en train de terminer un rapport donc Harry attendit qu'il le roule et le dépose dans sa boîte de courrier à envoyer. Le rouleau de parchemin disparut dans un petit Pop.
« Quoi de neuf, Harry ? »
« Ça te dérange de partir plus tôt ? J'ai envie d'une bière. »
« Tant que tu me couvres auprès de Robarbs s'il décide me botter le cul. »
« Deal. »
Harry sourit. Seamus rangea son bureau, enleva sa robe d'Auror et enfila une cape marron.
« Il pleut toujours ? »
« Évidemment. »
« Merde. Je suis nulle en sort d'Imperméabilité. »
« On peut prendre la Cheminette jusqu'au Chaudron Baveur. »
« Génial. »
Le Chaudron Baveur était presque vide, ce qui pourrait changer quand les employés du Ministère et d'autres boîtes du coin finiraient leur service pour la journée. Ils choisirent une table dans un coin non loin de l'entrée. Harry apporta à leur table plusieurs pintes de bières et quelques sandwiches au bœuf dégoulinants de graisse. Il lança ensuite un Assurdiato pour que leur conversation reste discrète.
« Qu'est-ce qui se passe ? » marmonna Seamus, la bouche pleine.
« J'ai besoin que tu fasses des recherches pour moi. Aussi profondes que possible mais je préférerais que personne d'autre que toi ne soit au courant. »
Seamus arqua un sourcil en mâchant.
« Sur Eddie Carmichael. »
Seamus s'étouffa presque. Il déglutit difficilement, toussa et avala une goulée de sa bière.
« Eddie ? Pourquoi ? »
« J'ai des raisons de penser qu'il cache quelque chose. C'est peut-être rien du tout. C'est peut-être quelqu'un qui essaie de me faire croire en des choses qui n'existent pas mais je dois être sûr. Tu peux le faire pour moi ? »
« Bien sûr. »
« Et sois prudent. Si tu trouves quelque chose, je ne veux pas qu'Eddie le sache. Et s'il n'y a rien... Eh bien, je ne veux pas qu'il découvre que je le suspecte. »
« Ouais, ça pourrait être malaisant. »
Seamus sourit en coin.
« Merci, Seamus. Je t'en dois une. »
