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Le lien pour la fic originale de Cheryl Dyson est mentionné sur mon profil.


Chapitre 9

Partie trois

17 Juillet 2004 – Dimanche

Harry buvait son thé et parcourait les notes d'un dossier que Kingsley lui avait fait parvenir. Apparemment, Malfoy lui avait transmis une piste sur un violeur en série qui utilisait du Polynectar pour s'introduire chez ses victimes avant de les attaquer et de les cambrioler, puis de les oublietter avec très peu de soin et de partir.

C'était une affaire monstrueuse et Harry serait bien trop heureux d'envoyer ce criminel à Azkaban. Seamus et Kay-Kay étaient sur le terrain pour vérifier la potentielle localisation actuelle de l'homme.

Eddie entra dans la pièce avec un boitillement presque imperceptible. Il enroula ses bras autour d'Harry par derrière et s'abaissa pour l'embrasser. Harry ferma le dossier pour ne pas briser le sceau de confidentialité.

« Qu'est-ce que tu lis ? » demanda Eddie avec un soupir à peine dissimulé.

« J'apporte juste mon aide dans une affaire. Tu voudrais des œufs ? »

Eddie tira une chaise près de celle d'Harry et s'assit. Harry se prépara, reconnaissant l'expression agressive d'Eddie.

« Tu as 'apporté ton aide' sur beaucoup d'affaires récemment. Je croyais que tu étais d'accord pour revoir certaines choses. »

« Je l'étais. Et je le suis. C'est juste... Avec ces nouvelles informations à la lumière du jour, ils ont vraiment besoin de moi maintenant. »

« Et moi, Harry ? J'ai besoin de toi, moi aussi. »

« Je suis resté à la maison quasiment les deux dernières semaines ! »

« Oui mais tu avais la tête ailleurs. Tu m'as à peine touché depuis que je suis sorti de l'hôpital. »

« Tu n'étais pas entièrement remis. »

Eddie posa sa main sur la cuisse d'Harry et se pencha plus près.

« Je suis guéri maintenant. »

Sa voix était rauque et douce et Harry s'inclina vers lui pour l'embrasser. À sa plus grande honte, il se surprit à penser à Malfoy encore et encore quand il embrassait Eddie. Harry n'était pas certain de savoir ce qu'il y avait de si différent dans les baisers de Malfoy. Peut-être que c'était la confiance disproportionnée de Malfoy qui déteignait sur tout ce qu'il faisait et ses baisers n'étaient pas une exception. En contraste, les baisers d'Eddie étaient hésitants. Il bougeait à peine ses lèvres et attendait que Harry prenne le contrôle.

Harry s'écarta, se sentant coupable. Il ne savait toujours pas pourquoi Malfoy l'avait embrassé, hormis pour rendre Harry dingue.

« Je suis désolé. Tu as raison. J'étais préoccupé. »

Eddie repoussa le dossier. Il glissa sur la table et une bonne partie des documents dépassa de la pochette cartonnée. Harry grimaça. Un centimètre de plus et tout tombait par terre et tous les papiers et les photos se seraient retrouvés éparpillés sur le sol.

« Préoccupé par ça ! J'ai essayé d'être compréhensif, Harry, mais tu me manques. On peut s'en aller ce week-end, rien que tous les deux ? Je crois qu'il est temps qu'on... »

La main d'Eddie se resserra sur la cuisse d'Harry puis se faufila plus haut. Le bout de ses doigts effleurèrent le sexe d'Harry, ses ongles frottant contre son jean.

« … consolide enfin notre relation. Tu en dis quoi ? »

Le pouls d'Harry s'accéléra sous la panique. Avant Malfoy, il s'était senti tellement proche de céder et de sauter cette dernière étape. Ce n'était que du sexe, après tout, et la plupart des hommes n'avaient aucun soucis à coucher à la moindre occasion qui se présentait, avec n'importe qui. Harry était l'exception à la règle en voulant attendre jusqu'à ce qu'il se sente... quoi ? En sécurité ? Aimé ? Il renifla presque à voix haute face à ce sentiment débile.

Il repoussa ses doutes ridicules et tenta de ne pas penser aux photos et aux coupures de journaux toujours cachés dans la pièce d'à côté.

« Tu as raison, Eddie. Nous avons peut-être besoin de petites vacances. »

Eddie lui sourit grandement, les yeux brillants, et Harry se sentit comme le pire des cons de douter de lui.

« Génial ! Qu'est-ce que tu préfères ? La plage ? La montagne ? Un hôtel romantique et des clubs ? »

« Hmm... Un endroit calme. Privé. »

Eddie acquiesça.

« Je m'en occupe. Tu es libre ce week-end, n'est-ce pas ? Aucune affaire urgente spéciale qui a besoin d'être résolue ? »

Harry secoua la tête. Les autres pouvaient gérer l'affaire du violeur. Le criminel était dangereux mais il n'était pas exceptionnellement habile avec une baguette, si ses sorts d'Oubliettes étaient une indication.

« Je serais exclusivement à toi. »

Eddie l'embrassa à nouveau et Harry se détendit dans ce baiser léger, repoussant fermement Malfoy de son esprit. Ils s'embrassaient toujours quand un hibou tapota la vitre.


Le portail s'ouvrit quand Harry approcha et il s'émerveilla devant la complexité du fer forgé. Il prenait la forme de deux sirènes magnifiques qui nageaient en même temps que les deux pans du portail bougeaient. Il s'avança dans une allée faite de graviers blancs.

Des arbres au feuillage épais le protégeaient partiellement de la pluie et son sort d'Imperméabilité se chargeait du reste. Le domaine criait l'argent ancien et l'élégance opulente, cette impression renforcée quand la demeure apparut au coin d'un détour. Des colonnes romanes encadraient le portique et soulignaient des fenêtres imposantes ainsi que les buissons de roses éclatantes alignés le long des marches de marbre.

Un heurtoir en métal noir avait la forme d'une autre sirène. Elle gigota quand Harry attrapa sa queue pour frapper à la porte. Le son résonna à travers la maison, même à l'extérieur Harry l'entendit.

La porte s'ouvrit et une femme minuscule aux yeux sombres l'accueillit avec un sourire gigantesque.

« Bienvenue, monsieur Harry. Monsieur Draco nage dans la piscine. Suivez-moi, je vais vous mener à lui. »

Elle avait un accent, possiblement espagnol.

La porte se ferma et Harry cilla devant l'énorme chandelier qui pendait au-dessus de sa tête. Il étincelait et papillonnait, entièrement constitué de fées blanches et grises accrochées à de délicates feuilles d'argent. Quelques-unes d'entre elles remarquèrent son attention et lui firent des signes de main.

« C'est votre maison ? » demanda Harry.

La femme rit.

« Oh non ! Ma maison n'est pas aussi belle que celle-ci. Vous nagez ? »

« Pas très bien, j'en ai bien peur. »

« Ne craignez rien. Je suis sûre que monsieur Draco va vous apprendre. »

Elle rit à nouveau en le regardant du coin de l'œil et accéléra le pas pour le mener encore plus profondément dans la maison. Elle était tellement gigantesque qu'Harry eut peur de ne pas retrouver le chemin de la sortie. S'attendant à se retrouver à l'extérieur, il marqua une pause quand ils atteignirent une pièce énorme contenant une piscine immaculée. Le mur du fond était entièrement recouvert de hautes fenêtres qui donnaient sur une pelouse épaisse et un jardin entouré de haies.

Un clapotis attira son attention. Il regarda Malfoy sortir de la piscine, dégoulinant d'eau et ne portant quasiment rien sur le dos. Il attrapa une serviette sur un siège non loin et frotta ses cheveux blonds en s'approchant.

« Bienvenue, Harry. Aimerais-tu nager ? C'est vivifiant ! »

« Hmm, non, en fait. Tu as l'air assez vivifié pour nous deux. »

« Tu as raison. Consuelo, apportez-nous du thé, je vous prie. Et quelques-uns de vos délicieux pinchos. Tu vas voir, Harry. Consuelo est une véritable déesse en cuisine. »

« Arrêtez, monsieur Draco, ou vous allez me donner la grosse tête. Mais je vais apporter tout cela pour vous et monsieur Harry. »

Consuelo s'en alla tranquillement et Harry essaya de ne pas suivre du regard les gouttes d'eau qui courraient sur le torse de Malfoy jusqu'à l'élastique de son short de bain, qui était, étonnamment, rouge vif avec des rayures noires.

« En plus d'être une cuisinière de génie, Consuelo est une talentueuse faussaire. Tu ne l'aurais jamais imaginé en la voyant, n'est-ce pas ? Donne-lui trente minutes et elle reproduira ta signature mieux que toi. Je peux te le garantir. »

Harry était partagé entre poser des questions sur ce short de bain ou sur cette histoire de contrefaçon alors il chercha un tout autre sujet.

« A qui est cette maison ? » demanda-t-il difficilement.

Il concentra son attention sur la vue qu'offrait les fenêtres plutôt que sur l'étendue de la peau pâle de Malfoy.

« Une vieille famille nommée Beauvoir. Tu n'as probablement jamais entendu parlé d'eux vu qu'ils vivent en reclus et qu'ils ne se mêlent pas au monde politique. Ils voyagent fréquemment, durant des mois complets. En réalité, ils ont échappé au drame de Tu-Sais-Qui en bouclant ce sublime domaine et en fuyant dans l'Est de la France. »

« Donc tu gardes leur maison ? Et ils sont d'accord ? »

« Franchement, Harry, tu agis comme si je m'apprêtais à leur voler leur argenterie. Je ne suis un criminel de seconde zone. »

Harry renifla et regarda à nouveau Malfoy. Toutes pensées cohérentes le désertèrent quand Malfoy retira son short mouillé et se pencha en avant pour attraper ce qui semblait être un boxer noir. Ses fesses et ses longues jambes étaient en évidence, tout comme l'aperçu de ses testicules. Les poumons d'Harry se gonflèrent d'oxygène.

« Tes suspicions sont partiellement correctes, cependant. » continua Malfoy, n'ayant visiblement pas conscience du regard ébahi d'Harry, « Les Beauvoir ne savent pas que j'habite actuellement leur charmant manoir. Je me suis dit qu'il était dommage de laisser un tel endroit à l'abandon. Une structure de cette splendeur mérite d'être appréciée et utilisée à sa juste valeur. N'es-tu pas d'accord ? »

Harry pivota sur lui-même avant que la question de Malfoy ne soit suivie par un sourcil haussé dans sa direction parce qu'il ne put quasiment pas se souvenir d'un seul mot prononcés par Malfoy. Merlin. Harry tremblait presque de désir. Combien de temps cela faisait-il ? Apparemment, bien trop longtemps si la simple vue d'un homme nu lui donnait des palpitations.

« Harry ? »

Harry risqua un coup d'œil par-dessus son épaule et découvrit que Malfoy avait au moins recouvert ses fesses (plus que parfaites) d'un boxer noir. Il força son esprit à se recentrer sur la conversation et se souvint finalement des paroles de Malfoy.

« Ils ne savent pas que tu es ici. C'est génial. Effraction de domicile. Usage illicite des... équipements et, sûrement, de bien d'autres trucs. Est-ce que ce short est même à toi ? »

« Bien sûr que non. Eliot Beauvoir semble avoir la même silhouette que moi, bien que son visage ressemble à celui d'un vautour. Et il a un goût vestimentaire terrible, si je peux me permettre. »

Il souleva le short de bain mouillé et le tapota de sa baguette pour le faire sécher. Un autre mouvement de poignet plia le vêtement et l'envoya sur un banc à proximité.

« Suis-moi, nous allons prendre le thé sous le kiosque. Les Beauvoir ont installé des sorts de Chaleur automatiques. Une très bonne idée. Et le chemin qui y mène est ensorcelé pour repousser la pluie. »

Malfoy enfila d'autres vêtements, heureusement, même si Harry l'admira presque autant dans sa robe ajustée chocolat que quand il était nu. Presque. Il sécha ses cheveux à l'aide d'un sort en se dirigeant vers la porte française pour l'ouvrir.

« Je suis sûr que tu ne m'as pas demandé de venir ici seulement pour prendre le thé. »

« Pourquoi pas ? Je déteste manger tout seul. C'est tellement déprimant. Mais si l'idée de me rencontrer sans aucune arrière-pensée offense ta sensibilité, nous pouvons discuter d'une de tes affaires idiotes. »

« Elles ne sont absolument pas idiotes. » répondit Harry en suivant Malfoy sur le chemin.

Il était assez étrange de marcher sur un sol à l'extérieur entièrement sec alors qu'il pleuvait tout autour d'eux.

« Et pourtant, pas assez importantes pour te tirer des bras d'Eddie chéri. »

Malfoy grimpa les quelques marches en bois et se faufila sous la structure hexagonale. Des bancs recouverts de coussins étaient alignés contre les montants du kiosque et plus de fées lumineuses – multicolores cette fois – éclairaient l'espace.

« En fait, j'aimerais savoir ce qui te fait suspecter Eddie. Tu n'arrêtes pas d'insister que je ne dois pas lui faire confiance et pourtant, tu ne m'as donné aucune raison pour expliquer pourquoi. »

Harry se tira les cheveux et s'assit sur un banc. Malfoy s'installa à côté de lui, sans pour autant le toucher.

« Et pourtant, tu as trouvé quelque chose tout seul. N'est-ce pas ? »

Harry le regarda du coin de l'œil un long moment puis hocha la tête.

« J'ai trouvé des photos. Des coupures de journaux. Des choses qui n'étaient pas du tout des souvenirs ou qui méritaient d'être conservées. Ça ressemblait plus à de la surveillance. Mais pourquoi Eddie me ferait suivre ? On vit ensemble ! Et il vend des articles de Quidditch. Il n'est pas dangereux. »

« Il vit avec toi maintenant. Ces photos ont-elles été prises récemment ? »

« Non. La plupart date de plusieurs années. »

« Carmichael vend réellement des articles de Quidditch. Mais je crois qu'il travaille pour quelqu'un d'autre. »

« Pour qui ? Et dans quel but ? Pour m'espionner ? Je ne suis pas si intéressant que ça. »

Malfoy posa sa main sur le genou d'Harry et le serra.

« Au contraire, mon cher. Mais pour répondre à tes questions, je ne sais pas. Je n'ai pas réussi à découvrir quoi que ce soit. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Mon instinct me dit de ne pas lui faire confiance et mon instinct ne se trompe que très rarement en ce moment. J'ai appris à me fier à lui. »

Il retira sa main et son poids manqua immédiatement à Harry.

« Attends, tu me préviens au sujet d'Eddie pour me protéger ? Ça ne fait aucun sens. Je croyais que tu me haïssais. »

« Oh, je t'en prie. La haine est une chose si simple pour un enfant. J'ai détesté l'attention qu'on te portait. J'ai détesté que tout le monde t'aime et pense que tu étais parfait. J'ai détesté que tu sois autorisé à jouer au Quidditch avant moi. Des choses banales qui semblent être le centre du monde pour un enfant. Et puis j'ai grandi et j'ai découvert le vrai sens du mot haine. Les choses que je ressentais contre toi n'étaient rien par rapport à ce qui brûlait en moi devant les horreurs que j'ai vues. Le Seigneur des ténèbres vivait chez moi, Harry. J'aurais donné la fortune de ma famille pour que ce soit toi à sa place. Mon ennemi mortel. » souffla Malfoy dans un soupir, « J'étais un fichu idiot. Mais ne parlons pas de sujets aussi larmoyants. Ces jours sont loin derrière nous et cela n'apporte rien de s'appesantir sur notre stupidité passée. Cela ne peut mener qu'à la folie. Nous ne possédons que le présent et, si nous sommes chanceux, encore quelques lendemains. »

Consuelo gravissait les marches avant qu'Harry ne puisse répondre et elle leur servit le thé ainsi que des petits morceaux de pains montés sur des brochettes, recouverts de glaçage.

« Délicieux. Merci. »

« Gracias, Consuelo. Comment avance ce document ? »

« Très bien, monsieur Draco. Vous savez que j'aurais terminé à temps pour vous préparer à dîner. »

« Vous êtes tellement efficace. Une douceur absolue. Comment ne pas vous adorer ? »

Malfoy lui sourit et elle rougit en agitant ses mains devant elle.

« Arrêtez ça ! Vous n'avez pas besoin de me faire rougir comme une adolescente. Gardez vos sublimes flatteries pour les beaux garçons. C'était un plaisir de finalement vous rencontrer, monsieur Harry, au cas où je ne vous revois pas. Je retourne me mettre au travail pour ce diable aux paroles de miel. »

« Le plaisir est partagé ! » rétorqua Harry alors qu'elle s'éloignait puis il regarda Draco avec de grands yeux, « Quel document ? »

Malfoy but son thé et adressa un sourire faussement innocent à Harry.

« Ne remplis pas cette jolie tête d'inquiétude, Harry, tu n'as aucun soucis à te faire. »

« Je déteste quand tu fais ça. »

« Quand je bois mon thé ou quand je me moque de toi ? »

« Quand tu fais comme si tes activités ouvertement illégales étaient anodines. »

Malfoy bomba le torse.

« Ouvertement ? Je te ferais savoir que tout ce que je fais est dans la plus grande discrétion. »

Harry lui lança un regard sévère auquel Malfoy répondit par un clin d'œil.

« Elles sont réellement anodines. À l'échelle du monde. »

Harry poussa un lourd soupir et tourna la tête vers la pluie, essayant de ne pas sourire. Malfoy n'était absolument pas adorable. Malfoy étira ses jambes et croisa les bras derrière sa tête avec nonchalance. Sauf qu'il est vraiment adorable, s'avoua Harry.

Ne voulant plus y songer, Harry décida qu'il était temps de rentrer et de commencer à préparer son week-end avec Eddie. Peut-être qu'il trouverait un moyen d'aborder le sujet des photos. Peut-être qu'Eddie aurait une explication parfaitement rationnelle.

Avant qu'Harry ne puisse formuler un au revoir en bonne et due forme, une silhouette argentée jaillit dans le kiosque et trottina en cercle, sa queue remuant joyeusement. Le Patronus de Ron. Il s'assit devant Harry et fit le beau, comme pour réclamer des friandises.

« Hey, Harry, tu sais où est Malfoy ? Kingsley a besoin de lui. »

Une fois le message délivré, le chien s'évapora.

Harry arqua un sourcil en direction de Malfoy, qui se contenta de hausser les épaules. Harry conjura son propre Patronus et l'envoya à Ron avec l'adresse du manoir des Beauvoir. En quelques minutes, Ron remontait le chemin, Seamus non loin derrière lui.

« Cet endroit est génial ! » articula Ron la bouche pleine avant de porter à ses lèvres quelque chose pour prendre une nouvelle bouchée.

Ses prochaines paroles furent presque incompréhensibles.

« Ces trucs sont vraiment bons. »

« Je vois que vous avez rencontré Consuelo. »

« Elle a ouvert la porte. » précisa Seamus avec un grand sourire, « J'ai pensé qu'il était plus sage de ne pas accepter de la nourriture de la part d'une inconnue mais Ron... »

Harry hocha la tête. L'estomac de Ron était sa plus grande faiblesse.

« Que veut Shacklebolt cette fois ? N'aurait-il pas pu me demander dans son bureau, comme il le fait d'habitude ? »

« Il n'est pas au Ministère. Je peux t'escorter en transplanant. »

Quelque chose dans le ton de Ron fit se redresser Harry, soudainement en alerte. Il jeta un coup d'œil à Seamus, qui semblait admirer avec intensité les fées lumineuses colorées.

« Eh bien, si tout ceci n'est pas mystérieux. Où se trouve sa Sainteté ? Il n'est sûrement pas chez lui non plus, vu que l'emplacement de sa maison n'est un secret pour personne. »

Au lieu de répondre, Ron adressa un regard désolé à Harry, s'approcha de Malfoy et saisit son bras. Avant qu'Harry ne puisse réagir, ils étaient tous les deux partis.

Harry regarda Seamus de travers.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

« On a emmené Malfoy dans une planque protégée. On a reçu un message ce matin disant que quelqu'un allait venir pour lui. Kingsley l'a pris au sérieux. »

« Quelle planque ? Et qui en a après lui ? »

« Kingsley a dit que le moins de monde possible devait être au courant. Désolé, Harry. »

Sur ces paroles, Seamus transplana.

Harry passa quelques minutes à faire les cent pas sous le kiosque et à jeter toute sorte de maléfices avant de partir à la recherche d'Hermione. Ron finirait bien par rentrer chez lui et alors, Harry aurait des réponses.


Draco arracha son bras de l'emprise de Weasley en jurant puis enfonça l'extrémité de sa baguette contre la gorge de Weasley.

« Il serait préférable que tu aies une excellente explication pour tout ceci. » grogna Draco.

Il utilisa sa vision périphérique pour jauger la pièce. Il n'y avait pas grand chose à voir. Ils semblaient être dans une petite salle aux parois de pierres, disposant d'une seule et unique lourde porte en bois.

« Attends ! » couina Weasley.

La porte s'ouvrit avant que Draco ne puisse choisir entre transplaner ou lancer un maléfice à Weasley. Shacklebolt leva une main.

« Doucement, Malfoy. Ne faîtes rien de stupide. Vous êtes ici pour votre sécurité. »

« Ma sécurité ? Où est exactement ce 'ici' ? »

« Une planque sécurisée connue seulement de mes Aurors de confiance. Nous avons reçu un message ce matin indiquant que vous étiez en danger. J'ai donc demandé à Weasley et Finnigan de vous emmener ici. »

« N'auriez-vous pas pu demander ? »

Draco abaissa sa baguette mais resta proche de Weasley, au cas où le besoin de prendre un otage vienne à se présenter. Draco n'avait confiance en aucun des deux. Il n'avait fait confiance qu'à trois personnes au monde et l'une d'entre elles l'avait regardé disparaître de ses grands yeux verts. Au moins, Draco était certain qu'Harry ne faisait pas partie de ce nouveau plan, même s'il n'était pas vraiment sûr que ce soit une bonne chose ou non.

« Vous avez la mauvaise habitude de perdre un temps précieux et de contester mes décisions. J'ai décidé d'éviter cela pour une fois. Vous êtes ici et vous resterez ici. »

Shacklebolt marmonna quelques paroles, que Draco reconnut comme l'incantation permettant de mettre en place des barrières anti-transplanage. Il jura intérieurement. Il était apparemment désormais pris au piège.

« Je vous remercie pour votre inquiétude. » dit Draco d'un ton dégoulinant de sarcasme, « Quelle est cet horrible danger dont j'ai besoin d'être protégé ? »

« Virgil Crabbe. »

Malgré son apparente nonchalance, le ventre de Draco se retourna. Bordel, il avait été tellement préoccupé ces derniers temps qu'il avait réussi à oublier cette menace. Il avait passé des années à échapper aux griffes de Crabbe et à le payer aussi souvent que possible pour conserver cette tranquillité. Le père de Vince était un homme très dangereux et il tenait, de tout son cœur, Draco pour responsable de la mort de son fils.

« Je mets soudainement en doute l'efficacité de cette planque. »

« Comme je vous l'ai dit, seulement une poignée de personnes connaissent son existence. Nous l'appelons le Coffre. Suivez-moi, je vais vous montrer les dispositifs défensifs en place. Cet endroit est formidable et même si Crabbe en apprenait sa localisation, il ne pourrait jamais le pénétrer. Nous le recherchons à l'heure qu'il est et nous espérons le trouver avant - »

« Avant qu'il ne mette la main sur une de vos personnes de 'confiance' et qu'il l'ouvre en deux pour obtenir l'information ? »

Une nouvelle vague d'anxiété retourna l'estomac de Draco.

« Potter est-il au courant ? »

« J'ai pensé qu'il était plus sage d'impliquer le moins de personnes possibles. Harry est assez mitigé à propos de son retour parmi les Aurors. Je ne crois pas qu'il soit totalement dévoué, malgré votre insistance pour qu'il le soit. »

Draco lui lança un regard noir.

« Vous allez laisser partir votre meilleur Auror, sans plus de cérémonie ? »

Il fit claquer ses doigts. Weasley soupira lourdement et Draco se tourna vers lui.

« Vas-tu réellement contredire ceci, Weasley ? Es-tu en train de suggérer que tu aurais pu abattre le Seigneur des ténèbres sans lui ? »

Weasley rougit.

« Bien sûr que non. Mais vous n'étiez pas exactement les meilleurs amis du monde à l'école. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi tu es son plus grand supporter maintenant. »

Draco se redressa et se força à afficher un masque impassible. Il devenait visiblement trop proche d'Harry, si même Weasley commençait à se poser des questions sur ses motivations.

« Reconnaître les capacités de quelqu'un ne signifie pas être son plus grand supporter. Si vous souhaitez que je reste ici en sécurité, je me sentirais mieux si Potter était présent. »

« Harry a traversé assez d'épreuves. Je pense que nous allons le laisser en dehors de celle-ci. Il mérite une pause. »

Le ton de Shacklebolt était sans équivoque et il pivota pour ouvrir la porte.

« Maintenant, préférez-vous examiner les dispositifs défensifs ou visiter vos quartiers personnels ? »

Draco suspecta que ses quartiers ressembleraient à une cellule de prison et il avait très peu confiance en la capacité du Ministère de tenir éloigné une personne de l'envergure de Crabbe.

« Les dispositifs, si vous n'y voyez aucun inconvénient. »

La visite fut brève et ne fit rien d'autre qu'inquiéter un peu plus Draco, malgré les explications pleines de confiance de Shacklebolt. La planque était en fait un château, abandonné par les moldus et laissé à l'état de ruines, saisi et transformé plus tard par le Ministère pour un usage clandestin. Même s'il se tenait non loin d'une ville moldue, plusieurs charmes permettaient qu'il ne ressemble à rien d'autre qu'un tas de ruine. Des telles choses attireraient normalement la curiosité des Moldus pour l'exploration mais les sortilèges Repousse-Moldus pouvaient être suffisamment puissants s'ils étaient renouvelés régulièrement. Draco imagina qu'il y avait tout de même des moldus qui s'aventuraient près du château, sûrement oubliettés avec précaution et libérés avec leurs appareils photos moldus pleins de clichés, pour qu'ils croient avoir réellement visités les ruines.

En réalité, les murs intérieurs et extérieurs étaient solides, grimés d'assez de protections qu'ils pourraient rivaliser avec Poudlard. Certains des maléfices en place étaient assez vicieux pour impressionner Draco mais il connaissait Crabbe, bien plus que par réputation.

L'intérieur était pratiquement totalement vide. Il n'y avait que des meubles rudimentaires à proximité des zones d'observation. Il n'était pas habitable et Draco espéra qu'ils ne comptaient le garder ici très longtemps. Le château était à peine plus agréable qu'Azkaban.

« Les quartiers de vie sont, évidemment, sous terre. » dit Shacklebolt avec un sourire satisfait.

Il conduisit Draco à un énorme pilier central qui se souleva pour laisser apparaître une sorte de monte-charge. Draco se joignit à Shacklebolt et Weasley alors que la plate-forme descendit et les mena sous terre, sous le château. Vu le temps qu'il leur fallut pour atteindre leur destination, Draco supposa qu'ils étaient à peu près aussi profond que le niveau Dix du Ministère.

L'ascenseur s'ouvrit sur un décor bien différent de celui qu'ils venaient de quitter. Des tapis luxueux recouvraient le sol d'une pièce octogonale. Des arches menaient hors de la salle, probablement dans des passages labyrinthiques. Shacklebolt dirigea Draco vers une arche sur la gauche. Le chemin était illuminé par des candélabres et les murs étaient couverts de tapisseries mais l'air était froid. Ils passèrent plusieurs portes puis descendirent un escalier en colimaçon avant de s'arrêter devant un portail en fer. Il s'ouvrit sous un sort et Draco tenta de ne pas se laisser submerger par l'anxiété quand il se referma derrière eux. Cet endroit commençait à être de moins en moins l'asile protecteur promis et de plus en plus une prison.

La sensation se renforça quand ils atteignirent un mur de pierres nu. Shacklebolt et Weasley lancèrent un sort ensemble et la pierre se mit à bouger avec un son grinçant. Draco serra les dents pour résister à l'envie de se boucher les oreilles.

Le passage de pierre s'ouvrit sur une grande pièce circulaire avec une estrade surélevée en son centre. Un fauteuil visiblement confortable siégeait sur l'estrade, ainsi qu'une petite table en bois et une délicate lampe de lecture. Plusieurs coussins colorés habillaient le fauteuil. Des bancs en pierres étaient alignés contre le mur le plus éloigné. Le sol en pierre avait été gravé de runes, qui encerclaient l'estrade. C'était assez décoratif mais Draco savait que ce n'était pas du tout pour faire joli.

« Quel est cet endroit ? » demanda Draco, pensant vaguement que cette pièce ressemblait à la salle dans laquelle se réunissait le Magenmagot.

« La combinaison d'une cellule de sécurité et d'une salle d'interrogatoire. Cela dépend de la nécessité du moment. Une fois que les protections sont activées, personne ne peut entrer ou sortir. »

« Mieux vaut être dehors que dedans, dans ce cas. »

« En général, oui, mais vous n'avez aucunement besoin de vous en inquiéter. Nous ne faisons que passer. Les quartiers de vie sont après cette porte. »

Shacklebolt pointa une porte tout à fait normale de l'autre côté de la pièce et s'avança vers elle. Draco jeta un coup d'œil au fauteuil sur l'estrade quand ils passèrent à côté. Il se demanda si quelqu'un était déjà mort de faim dans cette 'salle d'interrogatoire' et décida que Shacklebolt ne lui dirait pas, peu importe la réponse.

Encore plus de portes habillaient le corridor au-delà de la pièce circulaire et Draco fut mené jusqu'à la toute dernière. Elle donnait sur une chambre relativement bien garnie, bien mieux que ce qu'il s'attendait, et pourtant bien austère par rapport aux suites luxueuses du manoir Beauvoir qu'il avait laissées derrière lui.

« Combien de temps comptez-vous me garder ici ? »

« Jusqu'à ce que nous attrapions Crabbe. »

« Cela pourrait être très long. »

Des décennies, même, ajouta mentalement Draco sans prendre la peine de le dire à voix haute.

« Nous avons disséminé des fausses pistes pour lui. Il va sauter dessus et nous l'aurons. »

Le ton dégoulinant de confiance de Shacklebolt commençait à taper sur les nerfs de Draco. Plutôt que de prolonger inutilement l'épreuve que représentait cette conversation, Draco entra dans la pièce et en fit lentement le tour.

« J'aimerais disposer de mes effets personnels. »

« Auror Weasley va aller les chercher pour vous. »

« Et Blaise et Pansy. Malgré vos garanties, je me sentirais plus en sécurité si je les avais sous la main. »

Shacklebolt marqua une pause et finit par acquiescer.

« Je vais considérer cette option. »

Cela ne sonnait pas très concluant mais Draco laissa couler. Il n'avait pas beaucoup d'autres choix.

« Puis-je au moins envoyer un message ? »

« Bien sûr. Il y a du papier et un crayon ici. Auror Weasley, si vous voulez bien attendre le message de monsieur Malfoy, vous pourrez le déposer dans l'agence de hiboux postale la plus proche sur le chemin du retour. J'aimerais vérifier quelques dispositifs supplémentaires avant notre départ. Malfoy, plusieurs Aurors sont assignés dans ce château, si vous avez besoin de quelque chose. Je préférerais que vous ne déambuliez pas dans le bâtiment, si vous n'y voyez aucun inconvénient. »

« Je reste dans ma cellule. » dit sèchement Draco, « Compris. »

« Aussi, si vous voulez bien nous confier votre baguette. »

Shacklebolt tendit une main impatiente.

Les lèvres de Draco se pincèrent.

« Je suis donc un prisonnier. »

« Vous êtes en surveillance protégée. Je voudrais être certain que vous y restiez. »

Draco eut envie de lui montrer les dents. Il se demanda si une contestation de cet ordre serait très efficace. Vu le flegme déterminé de Shacklebolt, il doutait de son succès.

« Si Crabbe trouve cet endroit, je serais l'agneau prêt pour l'abattoir. »

« Très peu de personnes connaissent l'existence de cette planque en particulier et elles font partie des membres en qui j'ai le plus confiance. Les chances qu'il vous trouve sont minuscules. Pendant ce temps, nous allons forcer Crabbe hors de sa cachette et nous n'abandonnerons pas tant que nous ne l'aurons pas. »

« Bonne chance. » répondit sèchement Draco en posant durement sa baguette dans la paume du Ministre.

Shacklebolt lui adressa une brève révérence, sans aucun doute moqueuse, puis partit. Weasley regarda Draco puis détourna rapidement son attention.

« Réalises-tu que Harry pourrait être en danger ? » demanda Draco d'un ton détaché.

« A cause de Crabbe ? »

« Bien sûr. Rosier s'est servi de lui pour m'atteindre. Penses-tu que Rosier est le seul capable de faire le lien entre Potter et moi ? »

Weasley se mordilla la lèvre.

« Je ne peux pas aller contre les ordres de Kingsley. »

« Je ne te demande pas de le faire. Je suggère simplement que tu préviennes Harry. Crabbe n'est pas à prendre à la légère. Si je le pouvais, je partirais sur le champ mettre en place des défenses et m'éloignerais aussi loin que possible. Je sais de quoi est capable Crabbe. En comparaison, Rosier n'est qu'un bambin colérique. »

« Écris juste ton message. Je dois dire quelque chose à Harry de toute façon. Je ne crois pas qu'il est très heureux qu'on l'ait laissé en plan dans cette baraque. »

« Bien. Je dois juste composer un message rapide à l'intention de Pansy au cas où Shacklebolt refuse qu'ils me rejoignent. Potter n'est qu'un lien potentiel pour m'atteindre. Il n'y a aucun doute possible concernant Pansy et Blaise. Je ne veux pas qu'il leur arrive malheur. »

« Ça fait sens. Je vais essayer de convaincre Kingsley de les emmener ici. »

Draco écrit une note rapidement, remplissant la page de symboliques cryptiques et de messages cachés, le tout dissimulé sous l'histoire ennuyeuse et surtout fausse d'un marché purement professionnel. Weasley prit le parchemin et le parcourut avec un air sceptique.

« Tu veux que j'envoie ça ? À Parkinson ? »

« Je ne vais pas mettre toute ma vie en pause, Weasley, pour un temps indéterminé. Certaines affaires nécessitent une attention particulière. »

Weasley haussa les épaules et fourra le message dans sa poche. Ce n'était pas grand chose mais c'était ce que Draco pouvait faire de mieux en un laps de temps aussi court. Il doutait que le Ministère chercherait un sens caché dans le message, même s'ils s'étaient prouvés incapables de déchiffrer les codes de Draco jusqu'à présent. Avec un peu de chance, ils le transmettraient à Pansy et la surveilleraient de près. Si le message avait le bénéfice de lui offrir la protection des Aurors, ce serait encore mieux.

Weasley partit et Draco s'assit derrière le bureau pour attendre. Si seulement il était toujours au manoir Beauvoir avec Harry. Avant que Weasley ne fasse son entrée, Draco avait été sur le point de céder à la tentation de l'embrasser à nouveau.