Bonjour/Bonsoir !
Comme toujours, merci infiniment pour tous les messages d'encouragements que vous m'envoyez à chaque chapitre. Je n'ai pas les mots pour vous dire combien c'est réconfortant et simplement agréable. Donc merci.
Avertissements pour ce chapitre : mention de violence, de sang et mort d'un personnage.
Si l'un d'entre vous redoute ce genre de passage, n'hésitez pas à me le dire en commentaires ou en MP et je ferais au mieux pour vous raconter les grandes lignes de l'intrigue du chapitre sans l'aspect plus 'adulte' de l'histoire.
Le lien pour la fic originale de Cheryl Dyson est mentionné sur mon profil
Chapitre 11
Harry passa le portail principal détruit, sa baguette en main, prêt à réagir à la moindre occasion. Zabini et Parkinson n'étaient pas loin derrière puis ils se séparèrent, couvrant l'entrée vide avec une efficacité admirable. Zabini se colla contre le mur opposé et jaugea l'espace au-delà. Parkinson fit la même chose près de l'autre porte. De la lumière était visible – le toit était ouvert dans cette direction, se souvint Harry – et il se précipita dans le tunnel qui menait à l'intérieur.
Il remarqua à peine Zabini et Parkinson derrière lui quand il atteignit la pièce centrale. Un grand pilier cachait un ascenseur mais Harry n'avait aucune envie de l'utiliser. Peu importe qui avait pénétré cet endroit s'en était servi, vu les marques de brûlure sur la pierre tout autour de l'appareil. Un seul garde placé en dessous pourrait les abattre tous les trois dès que l'ascenseur s'arrêterait.
« On devrait prendre les escaliers. Avec un peu de chance, ils ne connaissent pas parfaitement l'agencement de cet endroit et ils ne s'attendront pas à ce qu'on arrive par là. C'est un bon détour mais c'est mieux que rien. Je vais bloquer cet ascenseur pour éviter qu'ils nous échappent. Enfin, en supposant qu'ils sont toujours là-dessous et qu'ils ne sont pas déjà partis en embarquant Draco avec eux. »
« Ils n'ont vraiment pas intérêt. » prévint Parkinson avec un regard assassin, « Ce putain de Ministère aurait dû le laisser tranquille. »
« C'est lui qui est venu à nous. » aboya Harry.
« Il voulait vous aider. Pour le bien que ça lui a apporté. »
Plutôt que de rétorquer que Malfoy n'avait rien fait qui ne pourrait lui apporter un bénéfice personnel, Harry choisit de l'ignorer. Ce n'était définitivement pas le moment pour une dispute. Il ouvrit le tableau de commande à côté du bouton de l'ascenseur et mit un certain temps à défaire les sorts qui le permettaient de monter et de descendre.
« Où est l'escalier ? » demanda Zabini, « On perd du temps ! »
Harry le regarda sèchement puis les mena à travers un dédale de tunnels écroulés sombres et de pièces dépourvues de toit jusqu'à atteindre ce qui ressemblait à une réserve d'eau du Moyen-Âge. Il tapota des pierres sur le mur dans un ordre bien précis et le sol se modifia pour laisser apparaître un escalier.
« Attendez. » dit Harry, « Les barrières magiques sont abaissées et nous ne voulons pas que des Moldus pointent leurs nez. Donnez-moi une minute pour remettre en place les sortilèges Repousse-Moldus. »
Parkinson ouvrit la bouche mais Zabini referma sa main sur son bras.
« Fais-toi plaisir, Potter. On attend ici. »
Harry les regarda durement mais il ne pouvait pas les forcer à rester ici, à moins de les attacher. Cela ne devrait pas lui prendre plus d'une minute ou deux pour replacer les protections rudimentaires qu'il considérait indispensable vu la proximité de la ville moldue. Ils n'avaient absolument pas besoin qu'un moldu innocent vienne compliquer un peu plus la situation. C'était la procédure standard.
« Je n'en ai que pour une seconde. »
Harry se précipita vers les escaliers abîmés qui menaient à l'étage supérieur. Il grimpa les marches deux par deux puis lança plusieurs sorts sur ce qu'il restait des murs. Les barrières étaient faibles mais elles tiendraient encore une heure ou deux.
Quand il revint au niveau des escaliers de la réserve d'eau, Zabini et Parkinson n'étaient plus là. Maudissant chacun des Serpentard qu'il connaissait, Harry s'engouffra dans l'obscurité pour les rattraper.
Draco observa prudemment les hommes de Crabbe faire leur retour. Un petit groupe disparate d'Aurors les accompagnait, l'un d'entre eux complètement raide, lévitant derrière eux. Draco pâlit en reconnaissant l'Auror Klein, celle que Potter surnommait Kay-Kay. Elle boitait et un côté de son visage était recouvert de sang. Draco se demanda où était Finnigan, ils étaient d'ordinaire inséparables.
Le visage de Shacklebolt était un masque impassible.
« Regardez ce que nous avons là. »
Crabbe s'approcha et attrapa Klein par les cheveux. Elle grimaça mais n'émit aucun son quand Crabbe la traîna devant Shacklebolt.
« Tu aurais dû te trouver un autre boulot, ma belle. Maintenant, monsieur le Ministre, vous allez me donner le sort pour défaire ces barrières ou j'avada cette petite Auror. »
« Auror Klein connaissait les risques quand elle s'est engagée. » dit Shacklebolt d'un ton ferme et Draco cilla avec surprise.
Il s'était attendu à ce que Shacklebolt ne plie pas facilement mais jamais au point de laisser un de ces Aurors mourir.
« Arrête ton numéro. » hurla Crabbe, « C'est un putain de Malfoy. Sa vie ne mérite pas tout ça. Il ne vaut pas un seul cheveu de la tête de cette délicieuse Auror. »
Il secoua Klein.
« Peut-être mais il reste sous ma protection et le restera jusqu'à nouvel ordre. Nous ne cédons pas aux tactiques terroristes. »
« Pendant combien de temps ? » rugit Crabbe, « Jusqu'à ce que je te tue et que je fasse exploser toutes les pierres en dessous de lui ? »
« Si c'est ce qu'il faut. »
Les yeux sombres de Shacklebolt brillèrent.
« Incroyable. »
Le marmonnement de Crabbe fut à peine audible. Il se tourna et tira Klein, qui trébucha et tomba presque avant qu'il ne la redresse dans un cri aigu. La main de Crabbe ne quitta jamais ses cheveux et il la força à s'agenouiller au bord de la barrière magique.
« Malfoy, tu as toujours eu un faible pour les belles choses. Donne-moi l'incantation et sort comme un gentil garçon et j'épargnerais la vie de cette jolie fille. »
Draco lui adressa un regard dédaigneux, prenant bien soin de ne pas croiser celui terrifié de Klein.
« Qu'est-ce qui te fait penser que je me soucie de la vie d'une Auror quelconque ? Un de perdu, dix de retrouvés comme on dit. »
Crabbe fit un geste de la tête pour indiquer Weasley.
« Tu as l'air de te soucier pas mal de celui-là. »
Draco jeta un coup d'œil à Weasley et offrit un rictus à Crabbe.
« Il se peut que j'ai besoin de celui-ci plus tard. Tu ne rentreras pas, Virgil. Accepte la défaite et pars. »
« Donne-moi l'incantation ! »
« Je ne la connais. Pourquoi penses-tu que j'ai besoin qu'il reste en vie ? Si tu tues tout le monde ici, j'aurais besoin d'un moyen de sortir. En réalité, je suis curieux de savoir pourquoi tu t'es donné tant de mal pour te retrouver dans cette impasse. Il aurait été bien plus simple de me tomber dessus ailleurs. Mes habitudes ne sont pas vraiment un secret et cela t'aurait épargné une quantité d'efforts et de temps prodigieuse. »
Crabbe lui adressa un sourire diabolique.
« Le but est de te montrer que tu ne peux te cacher nulle part, que j'arriverais toujours à t'atteindre. Aucune planque du Ministère, aucune forteresse merdique ne peut te protéger de moi et, note bien ça, il n'y a aucune impasse. Je vais te faire sortir de là et je vais graver ma revanche sur ta peau. »
Draco soupira longuement.
« Nous en avons déjà discuté, Virgil. Je ne pouvais rien faire. Vince a invoqué le Feudeymon et ce n'était qu'une- »
« Tu as sauvé Goyle, Draco. Tu as sauvé Gregory Goyle et tu as laissé mourir mon Vincent dans cette salle et rien que tu ne puisses dire changera ça. »
Les yeux de Crabbe étaient sauvages, possiblement fous – ou totalement fous en prenant en compte la situation actuelle – et pourtant, Draco ressentit la douleur familière de la culpabilité. Il était difficile pour lui de ne pas se sentir coupable quand la véracité des mots de Crabbe était déjà gravée dans son âme, toujours plus profondément avec les 'et si...' qui le hantaient depuis des années.
Et malgré la culpabilité, il était tout de même heureux que Harry les ait tirés de la Salle sur Demande. Il ne se passait pas une seule journée durant laquelle Draco n'envoyait pas des mercis mentaux à Harry. C'était cet instant particulier qui avait mis Draco sur le chemin qu'il suivait désormais, quand la gratitude s'était transformée en un besoin de rétablir la justice et de redresser certaines choses qui avaient été trop longtemps bancales.
« Je ne dirais jamais assez combien je suis désolé. »
La voix de Draco était faible.
« Dis-le encore alors ! »
Crabbe resserra sa prise sur les cheveux de Klein et elle laissa échapper un petit cri de protestation. Draco se prépara, s'attendant à ce que Crabbe la tue dans un excès de rage mais du vacarme attira l'attention de Draco vers l'entrée du tunnel et Crabbe suivit son regard. Il relâcha les cheveux de Klein et s'éloigna d'elle alors que le sang de Draco se figeait.
Pansy et Blaise entrèrent en marchant lentement, suivis par quatre hommes de Crabbe. Un troisième corps raide flottait derrière eux – pas Harry. Draco eut seulement le temps de remercier mentalement le fait qu'Harry ne soit pas avec eux que Crabbe s'approcha d'eux d'un pas décidé.
« Weasley, il va vraiment falloir que tu te réveilles maintenant. » dit Draco en le bousculant du bout de sa chaussure.
Quand Harry réalisa qu'il ne pourrait pas rattraper Parkinson et Zabini, il ralentit, sortit sa cape d'invisibilité du pochon qu'il portait et l'enfila. Il espéra qu'elle lui donnerait un avantage.
L'escalier débouchait dans un petit bureau par une bibliothèque pivotante. La pièce était vide et la porte menant au couloir était ouverte. Harry se dirigea vers le couloir en essayant de rester silencieux puis accéléra quand il entendit le bruit de sorts bondissant contre la pierre et l'écho de cris hurlant des maléfices.
Il ralentit quand il atteignit une salle ouverte avec un plafond incurvé ensorcelé pour réfléchir le ciel de l'extérieur, à cet instant chargé de pluie et de nuages sombres. Sous cette faible lumière, Harry put voir Zabini et Parkinson tenir tête au Sous-Secrétaire de Kingsley, Quentin Quartermain.
« On est de votre côté, espèce de connard imbécile ! » cria Zabini.
« Les amis de Malfoy ne pourront jamais être de notre côté ! » rétorqua Quartermain, « Je suis ici pour livrer ce petit merdeux de Malfoy et mettre fin à ces idioties. Vous ne m'arrêterez pas. »
« J'avais tort. Nous ne sommes pas de votre côté. »
Le ton de Zabini était moqueur et le maléfice qu'il lança en direction de Quartermain était à peine létal. Harry savait qu'il devrait intervenir et arrêter le combat mais si Quartermain prévoyait réellement de livrer Malfoy, il serait alors plus sage de laisser Zabini et Parkinson l'immobiliser. En supposant que Malfoy était toujours quelque part dans la structure.
Pour un snob de son genre, Quartermain était plutôt habile avec sa baguette. Il dévia le maléfice de Zabini avec aisance et réussit même à lui en renvoyer un dans un mouvement étrange avant de sauter sur le côté pour esquiver un éclair rouge mauvais de la part de Parkinson. Il rappela Severus Rogue à Harry, surtout quand une grimace déforma ses traits nobles.
« Retournez dans votre tanière remplie de serpents et laissez les gens compétents s'occuper de cette affaire. »
« Oh, tu commences à me taper sur les nerfs. » grogna Parkinson en envoyant une salve de maléfices vers lui.
Quartermain réussit à en détourner quelques-uns mais l'un d'entre eux passa ses protections et le toucha au pied. Sa jambe se solidifia en une planche de bois et l'élégance de Quartermain fut réduite à celle d'une poupée de chiffon. Il traîna la jambe en bois derrière lui et sautilla intelligemment pour éviter une autre flopée de sorts, jetée cette fois par Zabini. Les amis de Malfoy se séparèrent et se déplacèrent dans des directions différentes, ayant l'intention évidente de mieux se diviser pour conquérir.
Quartermain invoqua un Double Bouclier – difficile à tenir, Harry le savait. Avant que le scénario ne puisse se dérouler, un éclair jaillit à travers la pièce et frappa Quartermain entre ses deux omoplates à découvert. Il tomba en avant et sa jambe en bois fit un bruit sourd en touchant le sol. Une nouvelle vague de maléfices tourbillonna hors des ténèbres et obligea Parkinson et Zabini à se rassembler.
Quatre sorciers vêtus de robes de combat apparurent, lançant des sorts synchronisés à Parkinson et Zabini sans relâche, balayant leurs sorts défensifs jusqu'à ce qu'un Stupefix touche Parkinson et la couche par terre. Zabini eut l'air encore plus vengeur et énervé.
Harry leva sa baguette pour entrer dans la mêlée. Il avait attendu de voir comment se jouerait le scénario et il avait été curieux de savoir pourquoi Quartermain était présent. Harry ne se rappelait pas que le nom du Sous-Secrétaire faisait partie de la liste du peu de personnes qui 'devaient être au courant' de l'utilisation de la planque sécurisée. Il supposa qu'il était possible que Kingsley lui en ait parlé... mais pourquoi ?
Les nouveaux venus étaient sûrement les hommes de Crabbe. Au même moment où Harry s'apprêtait à laisser partir un Expelliarmus, une nouvelle salve de sorts fut expulsée de la baguette de Zabini, jaillissant dans un mélange fou et dispersant ses assaillants. Harry ouvrit la bouche pour prononcer une incantation mais eut à peine le temps de ciller qu'un sort rebondit par terre et le plaqua en arrière. Il tomba, raide comme un piquet, et ne put même pas jurer que le Petrificus fit effet. À son plus grand étonnement, personne ne le remarqua – ils faisaient tous bien trop de bruit et sa cape d'invisibilité le recouvrait toujours. Il regarda, sans pouvoir cligner des yeux, Zabini être vaincu par une combinaison de Rictusempra et du maléfice de Jambencoton. Zabini riait comme un fou en essayant vainement de se redresser. Un Expelliarmus fit voltiger sa baguette puis ses assaillants l'attachèrent à l'aide de liens magiques. Parkinson revint à elle durant le processus et ils lui réservèrent le même traitement.
Ils firent léviter Quartermain puis indiqua aux autres de passer devant lui dans le tunnel par lequel ils étaient arrivés, sans prendre la peine de rester discret. Aucun d'entre ne regarda dans la direction d'Harry donc même si ses pieds ou ses mains dépassaient de sa cape, il ne risquait rien. Il fut laissé tout seul et considéra la baguette dans sa main. S'il arrivait à lancer un Finite Incantatem informulé, il n'aurait pas à attendre que les effets du sort se dissipent.
Il se calma, essaya de se vider l'esprit puis se concentra.
Draco bouscula une nouvelle fois Weasley puis s'agenouilla près de lui pour le gifler. Weasley grogna faiblement. Draco leva les yeux vers Crabbe, qui s'était arrêté devant Blaise.
« Monsieur Zabini et mademoiselle Parkinson. » dit agréablement Crabbe, « Quel plaisir de revoir tous les anciens amis de Vincent, réunis au même endroit. Je peux voir que vous suivez toujours Malfoy partout, comme le faisait mon idiot de fils. Et où est donc Greg ? »
« Bonjour, monsieur Crabbe. Je n'ai pas vu Greg depuis un bon moment. »
Le ton de Blaise était poli mais prudent. Le regard de Pansy naviguait de Blaise à Crabbe à Draco encore et encore. Ses traits étaient neutres mais Draco pouvait voir que les articulations de ses doigts étaient blanches avec la force avec laquelle elle les serrait.
« Très bien. Quand cet inconvénient sera réglé, je rendrais peut-être visite à Greg. »
Crabbe vint se placer aux côtés de Blaise et passa son bras autour de ses épaules.
« Venez, monsieur Zabini, allons discuter avec notre vieil ami Draco. »
Il mena Blaise jusqu'au bord du cercle runique. Quand ils s'approchèrent, Draco remarqua une goutte de sueur dégouliner de la tempe de Blaise jusqu'à sa mâchoire lisse. Auror Klein avait quitté sa place sur le sol et était retournée auprès de Shacklebolt, espérant sûrement se faire oublier.
Draco secoua Weasley.
« Réveille-toi, putain ! »
« Draco. » dit Crabbe d'un ton sympathique, « Si tu veux que ton ami Blaise reste en vie, je te suggère de trouver le sortilège pour ouvrir ce cercle. Je vais compter jusqu'à cinq. »
« Je ne le connais pas ! » hurla Draco.
Une vague de panique le traversa et il espérait de tout son cœur que Crabbe bluffait.
« Un. »
« Laisse-moi une foutue minute pour que je réveille Weasley ! »
« Deux. »
Blaise se débattit, parvint presque à se libérer puis tomba au sol sous l'effet d'un Doloris. Un cri de Pansy fit lever les yeux de Draco mais les deux hommes de main la tenaient fermement. Blaise se remit lentement sur ses pieds.
« Trois. »
« Shacklebolt ! Abaissez le cercle ! »
« Quatre. »
« Monsieur le Ministre, je vous en supplie. »
Paniqué, Draco lança un Ennervate tremblant sur Weasley, qui n'eut aucun effet. Il essaya à nouveau et les yeux bleus de Weasley s'ouvrirent, bien qu'ils étaient troubles. Draco le secoua. Si Shacklebolt avait été prêt à laisser l'Auror Klein mourir, il n'y avait absolument aucune chance qu'il lève le petit doigt pour sauver Blaise Zabini.
La voix de Shacklebolt était implacable.
« Nous ne cédons pas au terrorisme, monsieur Malfoy. Crabbe, cessez cette comédie. Vous ne - »
« Cinq. Avada Kedavra. »
Draco sauta sur ses pieds quand l'éclair vert familier jaillit de l'extrémité de la baguette de Crabbe. Aussi longtemps qu'il vivrait, Draco n'oublierait jamais l'expression de Blaise quand le sort le toucha. Ses yeux sombres étaient verrouillés à ceux de Draco, écarquillés par un mélange de surprise et d'acceptation. Un semblant de rictus relevait ses lèvres, comme s'il s'apprêtait à dire 'N'est-ce pas une énième situation merdique' comme il l'avait fait des centaines de fois auparavant. Puis la lueur dans ses yeux s'éteignit et il tomba sur le côté. Jamais plus il ne lâcherait de remarque sarcastique. Jamais plus il ne frapperait l'épaule de Draco ou ne volerait une frite dans son assiette. Jamais plus il ne se plaindrait que ses nouvelles chaussures hors de prix prenaient l'eau. Jamais plus il ne se pencherait vers lui pour lui montrer le cul magnifique d'un homme ou d'une femme passant près d'eux.
Le hurlement de Pansy ne pénétra quasiment pas la furie glaciale qui s'enroula autour de Draco quand son regard dévia du corps de Blaise vers Crabbe. Si seulement il avait appris à maîtriser l'art de la magie sans baguette, la simple force de sa rage aurait été suffisante pour brûler Crabbe sur place. Sa main était serrée tellement fort autour de la baguette de Weasley qu'il fut surpris qu'elle ne casse pas. Tout sa volonté fut nécessaire pour qu'il se retienne de lancer une salve de sorts inutiles.
À la place, il fit passer à Crabbe par le regard une promesse silencieuse, revêtit le masque de froideur des Malfoy et se retourna vers Weasley. Bien qu'il n'ait pas bougé un centimètre, les yeux de Weasley étaient vifs. Draco se plongea dedans un long moment et laissa une minuscule part de sa douleur s'échapper. Pour la première fois, il se demanda si tout ceci en valait vraiment la peine.
Crabbe traversa la pièce et saisit Pansy. Draco le sut sans même le voir. Pansy était bruyante quand elle était blessée. Ses insultes, ses menaces et ses promesses pleines de vengeance auraient rendu Salazar Serpentard fier.
Draco regarda Crabbe la pousser par terre à côté du corps de Blaise, impassible. Elle se tut et ses yeux humides passèrent de Blaise à Draco. Elle était terrifiée mais cela ne se voyait presque pas. Ses traits affichaient surtout la même rage incandescente qui bouillonnait dans le torse de Draco.
« Je ne crois pas que je vais perdre mon temps à compter cette fois. Abaisse ce foutu cercle ou Pansy crève. »
La baguette de Crabbe se planta dans les cheveux de Pansy.
Draco regarda Weasley, qui avait à nouveau les yeux fermés. Draco tomba à genoux et attrapa Weasley par le revers de sa robe.
« Weasley, putain, réveille-toi. Shacklebolt, n'importe qui, ouvrez cette merde de cercle ! »
Weasley grogna. Draco le gifla, dans tous ses états.
« Draco. »
Il se figea, au son de la voix de Pansy. Son attention se fixa sur elle et, au milieu du tumulte d'émotions sur son visage, il découvrit la même acceptation que celle de Blaise, quelque chose à laquelle il ne se serait jamais attendu.
Elle se mit à parler en français, facilement, sans effort, comme s'ils le parlaient tous les jours alors qu'elle n'avait plus utilisé cette langue depuis trois ou quatre bonnes années, hormis pour jurer ou pour commander des Escargots de Bourgogne ou une Galette des Rois.
« Draco, je t'ai aimé depuis l'époque où tu n'étais qu'un petit con pourri-gâté, qui se vantait et qui essayait de m'apprendre à voler sur mon premier balai. Je t'ai aimé durant toute notre scolarité et cet amour n'a jamais faibli, même pas quand je voyais tes yeux suivre toutes les queues de la pièce alors que tu avais mes sublimes seins sous le nez. Je t'ai aimé quand tu as fait tout ton possible pour sauver ton fou de père et je t'ai aimé durant toute ton obsession sans fin pour un certain sauveur. Je t'aimerais encore quand je rendrais mon dernier souffle, mon amour. »
Draco déglutit difficilement. Ses doigts relâchèrent la robe de Weasley et sa vision se troubla en la fixant. Merlin, il ne pouvait pas la perdre. Pas elle et Blaise. Pas tous les deux.
« Je vais te tirer de là. »
Son français sonnait maladroit à ses propres oreilles ou peut-être était-ce simplement sa voix rauque qui faisait cet effet.
« On sait tous les deux que cela n'arrivera pas. »
Elle réussit à lui offrir un sourire doux.
« Maintenant, viens là et dis-moi que tu m'aimes. Je veux faire semblant une dernière fois. »
Crabbe avait repris ses menaces mais Draco ne l'écoutait pas. Il rampa vers le bord de la barrière et regarda le magnifique visage de Pansy. Elle avait toujours été à ses côtés, inconditionnellement, défiant sa famille et ses anciens amis, abandonnant tout espoir de vie normale pour le suivre autour du monde, ne demandant rien de plus que les quelques miettes que Draco daignait lui jeter. Et il n'avait pas été généreux avec celles-ci non plus, Draco le savait. Pas généreux du tout.
Draco tendit la main jusqu'à ce que la barrière soit solide sous ses doigts. Une aura violette entoura sa main. Il savait que s'il la laissait là trop longtemps, il souffrirait. Il ne bougea pas.
« Pans. Tu es ma Lune et mes étoiles, mon océan, mon ciel. Ma lueur quand tout est obscur et ma chaleur quand tout est froid. Tu m'as soutenue et tenu ma main, tu as protégé mon cœur quand je pensais le voir éclater en milles morceaux. Tu as essuyé mes larmes et tu m'as bottée le cul et je t'aimerais toujours, connasse. »
La voix de Draco se brisa et Pansy sourit en sanglotant.
« Assez de ce charabia ! »
Crabbe leva sa baguette et l'abaissa d'un geste vif et bref. Draco refusa de fermer les yeux et ceux de Pansy s'écarquillèrent, se préparant à recevoir le sortilège de Mort. Un cri énorme les fit tous les deux sursauter puis Crabbe se détourna vers l'entrée du tunnel en grognant.
« Quoi encore ? »
Et le cœur de Draco, qu'il pensait avoir touché le fond, tomba encore plus bas, jusqu'à des abysses insondables. Harry Potter se tenait dans l'entrée du tunnel, à moitié invisible, la baguette prête à l'action. Même paralysé par le désespoir, Draco chérit ce spectacle.
Une éternité lui sembla nécessaire pour repousser les effets de ce foutu Stupefix mais Harry y arriva finalement – reconnaissant d'avoir maintenu sa baguette durant sa chute – puis partit à la poursuite des ravisseurs de Parkinson et Zabini. Un simple sortilège de Détection des Odeurs lui permit de suivre la piste faible laissée par le parfum de Parkinson. C'était un sort très utile, la plupart des criminels ne réalisaient même pas qu'ils pouvaient être suivis facilement à cause de leur eau de Cologne.
Il fut surpris quand la piste le mena au portail écroulé qui marquait l'entrée de la salle d'interrogatoire. C'était le dernier endroit où il s'était attendu qu'ils se trouvent. Il se demanda quel sortilège Crabbe avait utilisé pour détruire la solide porte en pierre, sûrement un sort extrêmement puissant et pourtant contrôlé pour que le bâtiment entier n'explose pas sous l'impact.
Il n'avait pas de temps à perdre sur ce détail. Il se fraya un chemin à travers les décombres et avança péniblement. Il se figea à l'endroit même où le portail se tenait d'ordinaire à la vue d'un Auror mort – Wilson. Harry pâlit et lança un regard vers la salle d'interrogatoire. Il pouvait entendre des voix et se retint à peine à se précipiter dans le tunnel en bombardant l'air de sorts offensifs.
Il arriva dans la pièce et trouva un spectacle bien pire que ce qu'il s'était imaginé. Son regard passa de Kingsley, tenu en joue par deux baguettes tenues par des hommes à l'air sévère, à Malfoy, penché au-dessus d'un Ron Weasley recouvert de sang, une main brillant contre une barrière invisible. Harry courut presque pour s'occuper de Ron mais il remarqua le cercle de runes étincelant et Pansy Parkinson agenouillée avec un homme planant au-dessus d'elle. Vu l'expression de défaite désespérée sur le visage de Malfoy, l'homme ne pouvait être que Virgil Crabbe. À côté de Parkinson était allongé Blaise Zabini, soit inconscient, soit mort.
Harry jaugea la situation. Deux des hommes de Crabbe se tenaient entre Harry et Crabbe. Le corps de Quentin Quartermain lévitait derrière eux et un son étouffé indiquait que Quartermain sortait de son Stupefix.
Les options d'Harry étaient limitées. S'il attaquait Crabbe, il n'avait aucune garantie que les sbires tenant Kingsley ne rétorqueraient pas. Il ne pouvait pas risquer la vie du Ministre et il ne pensait pas pouvoir s'occuper de neuf personnes tout seul. Son seul avantage était qu'il était invisible. Il traversa discrètement les débris, faisant attention que sa cape ne fasse aucun son en frottant contre les pierres.
Les pieds de Quartermain pendaient sur le chemin d'Harry alors il les évita en se faufilant en dessous et il risqua un regard vers Malfoy. La douleur sur son visage lui serra le cœur et Harry craignit que Zabini soit décédé. Cela ne s'annonçait pas bien mieux pour Parkinson, qui semblait parler à voix basse à Malfoy.
Harry se redressa et fit un pas en avant au même moment où un des gardes de Quartermain se retourna au son d'un gémissement de l'homme immobile. Il pivota et marcha pile sur le revers de la cape d'Harry. Elle glissa et exposa la tête et les épaules d'Harry, à l'instant même où Crabbe cria « Assez de ce charabia ! »
L'homme à côté d'Harry hurla et leva sa baguette, juste à temps pour prendre un Impedimenta dans la face. Harry immobilisa aussi le second garde et invoqua un bouclier magique rapidement pour contrer plusieurs sorts lancés dans sa direction par les silhouettes encapuchonnées autour de Kingsley.
« Eh bien, eh bien, eh bien. » dit Crabbe, « Voilà Harry Potter. Enfin quelqu'un de taille. »
Il fit un geste du menton vers Kingsley, qui était retenu par derrière. Le bout d'une baguette fut pressé contre le gorge du Ministre.
« Baisse ta baguette, Potter, ou Shacklebolt crève. D'après ce que dit la Gazette, vous êtes de vieux amis tous les deux. Ce serait terrible pour toi d'avoir sa mort sur la conscience, non ? »
Harry hésita, se demandant si Crabbe bluffait.
« Je vais commencer par l'Auror alors. »
Crabbe leva sa baguette et la pointa sur Kay-Kay, qui était retenue de la même façon que Kingsley.
Harry jeta sa baguette, maudissant sa malchance légendaire. Il était évident qu'il venait d'empirer la situation pour tout le monde, sauf Parkinson peut-être, qui s'éloigna du bord du cercle jusqu'à ce qu'une femme qu'il n'avait même pas remarquée lui bloque le chemin. Elle fit un geste avec sa baguette et Parkinson marcha docilement pour rejoindre Shacklebolt et les autres. Crabbe n'avait pas semblé remarquer la fuite de sa victime. Il était entièrement concentré sur Harry. Un Accio fit voler la baguette d'Harry dans la main de Crabbe et il sourit en la tenant fièrement devant lui.
« Très bien, Potter. Maintenant, tu serais un bon garçon si tu voulais bien prendre la place de mademoiselle Parkinson. Je crois que j'ai encore des affaires à régler avec le Ministre Shacklebolt. »
« Vous n'aurez pas Malfoy. »
La voix de Kingsley résonna avec force, malgré la taille de la pièce.
« Même contre la vie d'Harry Potter ? J'ai du mal à y croire. À genoux, Potter. »
Harry s'avança vers l'endroit que Pansy avait déserté et s'agenouilla, faisant de son mieux pour ne pas regarder la forme immobile de Zabini. Ce fut plus facile avec la présence de Ron, en sang et à l'allure aussi cadavérique que Zabini. Malfoy s'était écarté des runes brillantes et était penché au-dessus de Ron pour gifler doucement ses joues.
« Il est vivant ? » demanda calmement Harry.
« Pour l'instant. Il faut qu'il aille à Sainte-Mangouste mais avant cela, il faut qu'il se réveille et qu'il me dise comment faire tomber ce foutu cercle. »
Malfoy l'épingla de son regard argenté.
« Sais-tu comment l'abaisser ? »
Harry secoua la tête.
« Ils changent l'incantation avant chaque utilisation. Je n'étais pas là. »
« Cher Ministre, nous allons essayer une nouvelle fois la méthode du décompte, vu que tu sembles encore hésiter à me donner cette fichue incantation. Je te suggère de penser aux conséquences que va entraîner la mort de ton précieux Sauveur pendant que je compte doucement jusqu'à cinq. Un. »
La mâchoire de Draco fonctionna silencieusement puis il attrapa la baguette de Ron.
C'était étonnamment plus facile cette fois. De nulle part, Draco avait trouvé un certain calme. C'était peut-être simplement le fait de savoir Pansy en sécurité pour l'instant ou leur échange en français qui lui avait apporté une maigre dose de paix. Ils étaient tous destinés à mourir, après tout. Ce n'était qu'une question de temps.
Mais, tout bien considéré, Draco préférerait ne pas mourir aujourd'hui. Et il n'avait aucune intention de laisser Harry mourir non plus.
« Deux. » dit Crabbe au même moment où Draco lança un puissant « Ennervate ! »
Les yeux de Weasley s'ouvrirent en grand et il haleta, juste avant de froncer les sourcils et de siffler en prenant une longue et apparemment douloureuse inspiration.
« Mal. »
« Je m'en doute, Weasley, mais on est en pleine crise et il faut que tu te réveilles maintenant. »
La bouche de Weasley se tourna vers le bas et ses yeux se refermèrent. Draco tendit la main et serra sa jambe, juste en dessous de la lacération dégoulinante de sang. Weasley cria et ses yeux écarquillés retrouvèrent leur clarté.
« Bordel de merde, espèce de fils de - ! »
« Trois. »
Draco frappa l'arrière de la tête de Weasley et la redressa avant de la tourner sur le côté pour qu'il ait une bonne vue d'Harry. Weasley fut bouche bée. Draco grogna.
« Soit tu me donnes le sort pour abaisser le cercle, soit tu le fais toi-même mais il faut le faire maintenant. »
« Weasley, n'ouvre pas ce cercle ! » hurla Shacklebolt, « C'est un ordre ! »
Les yeux de Weasley devinrent encore plus grands et un son aigu sortit de sa gorge, rappelant à Draco leurs jours à Poudlard quand il avait porté un badge proclamant 'Weasley est notre roi ! »
« Si tu laisses Harry mourir, je vais te tuer très, très lentement à cet endroit-même. » le prévint Draco.
« Quatre. »
Weasley prit la baguette des mains de Draco et prononça plusieurs syllabes très clairement, grimaçant de douleur en faisant bouger sa baguette devant lui. Les runes bleues faiblirent puis devinrent noires.
Crabbe passa le cercle et Draco se mit lentement debout, observant l'homme avec méfiance. Puis il sourit grandement.
« Virgil ! Qu'est-ce que tu fais là ? »
