Chapitre 14

Partie Quatre

Draco attendit qu'Harry s'en aille pour sortir du lit puis patienta le temps que sa tête arrête de pulser. Les effets secondaires de certaines potions étaient presque aussi horribles que les problèmes de santé de base, sauf qu'il préférait incontestablement supporter un mal de tête plutôt que des côtes fêlées ou une hémorragie interne.

Il s'habilla lentement et prudemment puis alla se faire du thé. Malgré le fait qu'il ait mangé une toute petite portion de son petit-déjeuner, il n'avait pas faim. Il était nauséeux à cause des potions mais il savait que la sensation finirait par passer.

Le thé calma un peu son ventre et il retourna à l'étage pour passer en revue la garde-robe d'Harry. La plupart du contenu de son armoire méritait d'être brûlé mais il y avait quelques pièces qui n'étaient pas trop affreuses. Draco enfila une chemise verte pâle puis passa un pantalon noir. Les habits étaient trop larges pour lui mais la longueur était plutôt bien. Une ceinture en cuir noire qu'il trouva au fond d'un tiroir empêcha le pantalon de tomber et de risquer de le mettre dans une situation embarrassante.

Un sort arrangea ses cheveux – il avait été horrifié quand il en avait eu un aperçu dans le miroir – puis il posa une cape fourrée sur ses épaules avant de se rendre dans une certaine banque moldue, dans laquelle l'attendait un coffre. Une heure plus tard, il frappait à la porte de Seamus Finnigan.

Finnigan l'ouvrit, semblant fatigué et chiffonné. Il tenait une baguette dans sa main. Il l'abaissa cependant quand il reconnut Draco, son regard empli de surprise et son front plissé.

« Malfoy. Qu'est-ce que tu fais là ? Tu cherches Harry ? »

Draco secoua la tête.

« Non. Je te cherche toi. Je ne savais pas où aller d'autre et j'ai besoin de parler. Es-tu seul ? »

Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, comme s'il craignait d'avoir été poursuivi, puis tituba avant de se retenir au chambranle de la porte.

Finnigan, en bon Gryffondor, s'approcha pour soutenir le bras de Draco.

« Merlin, est-ce que ça va ? On a entendu que tu avais échappé à Crabbe mais personne ne savait où tu étais passé ! Rentre. Et ouais, je suis tout seul. »

Il tira sur le bras de Draco tout en ouvrant un peu plus la porte et en entrant dans son appartement.

Dès que la porte fut fermée derrière eux, Draco pointa sa baguette sur les côtes de Finnigan et dit :

« Petrificus Totalus. »

Finnigan se raidit et serait tombé s'il ne tenait pas le bras de Draco. Draco brisa le contact pour prendre à son tour le bras de Finnigan pour le traîner dans un court couloir jusqu'à une pièce confortable mais désordonnée qui contenait un canapé à moitié enfoui sous des vêtements.

Draco le balança dessus, l'attacha avec plusieurs sorts puis lança un Finite Incantatem pour annuler le Petrificus. Finnigan se redressa et se débattit contre les liens, fusillant Draco d'un regard noir et assassin. Il ne demanda pas à connaître les raisons derrière ces actes, il attendit simplement.

Draco fit disparaître des déchets non-identifiés d'un fauteuil à proximité puis jeta un Recurvite dessus avant de le tirer pour pouvoir s'asseoir directement en face de Finnigan.

« Je crains t'avoir menti, Finnigan. Je n'ai pas besoin de parler. Toi, en revanche, oui. »

Finnigan arrêta de batailler et le regarda, les yeux chargés d'encore plus de suspicion.

« Te parler de quoi ? »

Draco s'appuya contre le dossier et tapota sa baguette sur l'accoudoir du fauteuil avant d'observer la pièce autour de lui.

« Tu as un appartement très intéressant ici, Finnigan. Charmant. Enfin, il le serait si tu avais appris les plus rudimentaires sorts de nettoyage en troisième année. J'ai entendu dire que le Département des Aurors était l'un de ceux qui payait le mieux de l'entièreté du Ministère. Personne ne s'en douterait en voyant cet endroit. Dans quoi dépenses-tu ton argent ? »

Le nez de Finnigan se plissa.

« Tu veux vraiment parler de ça ? De comment je dépense mon argent ? »

« Je suis simplement curieux. »

Draco lui offrit un sourire innocent.

« Je ne... Je veux dire, j'achète ce qu'il me faut pour vivre. De la nourriture et d'autres trucs indispensables. Des habits quand j'en ai besoin. À part ça, je n'ai pas besoin de grand chose. »

« Et que fais-tu du reste de ce que tu gagnes, alors ? »

« Je le mets à Gringotts, comme tout le monde . »

« Pourquoi ? Tout le monde a des vices. Es-tu certain que tu n'as pas un problème d'alcool ? Un penchant pour le jeu ? Tu ne succombes pas de temps en temps à une fiole de potion plus que possiblement illégale ? Tu ne vas jamais te balader dans l'Allée des Volutes sous Polynectar ? »

« Bien sûr que non ! Pourquoi tu me le demandes ? »

« Parce que, quand tu as quitté Poudlard, tu avais à peine deux Gallions en poche pour survivre et, maintenant, ton coffre à Gringotts cache une petite fortune. Quelqu'un du Ministère m'a vendu à Virgil Crabbe et je suis foutrement déterminé à trouver qui c'est. »

« Eh, ce n'était pas moi ! »

« Convaincs-moi. Explique-moi que tu n'as jamais reçu de pot-de-vin pour me jeter dans la gueule du loup-garou et sois convainquant ou le maléfice de Crache-Entrailles aura l'air d'un sort d'enfant à côté de ce que je te réserve. »

« Je n'ai jamais rien reçu ! Je n'ai jamais eu de pot-de-vin pour quoi que ce soit ! J'ai fait des économies, putain ! Chaque Mornille depuis que j'ai rejoint les Aurors ! Chaque foutue Noise ! »

La voix de Finnigan était montée dans les aigus et était assez stridente.

« Va regarder dans mes placards si tu ne me crois pas ! Je m'achète à peine à manger ! »

Draco plissa les yeux et joua avec sa baguette.

« Pourquoi fais-tu des économies ? »

« Il y a une fille, ok ? Une Sang-Pur, comme toi. Elle m'aime mais son père est un vrai connard. Elle sait qu'il ne veut pas entendre parler de notre possible mariage, à moins que je puisse subvenir à ses besoins correctement. Il se fout que je sois un Auror. Il veut que je puisse lui acheter des bijoux, des robes hors de prix et des chapeaux luxueux. »

Draco leva les yeux au ciel.

« Elle semble être un vrai cadeau. »

« Ce n'est pas comme ça ! Elle se fout de tout ça. Elle veut s'enfuir. Échapper à tout ça. Mais je sais que son père nous haïra, la haïra si on s'enfuit. Je ne peux pas me précipiter vers le bonheur maintenant pour qu'il se transforme tôt ou tard en poussière sous mes yeux. Je ne veux pas créer de problèmes avec sa famille alors si je dois économiser assez pour lui acheter un putain de château pour satisfaire son père, je le ferais. »

Finnigan avait une lueur folle dans le regard et il sembla se rendre compte qu'il s'était penché vers Draco pour lui hurler dessus. Il se redressa et détourna les yeux.

« Daphné Greengrass. »

Finnigan fut bouche bée.

« Comment - »

« Je sais beaucoup de choses, Finnigan. Je ne t'ai jamais réellement suspecté mais j'avais besoin d'être certain. Sans rancune. »

Draco lança un sort pour défaire les liens autour de Finnigan mais il invoqua la baguette de l'Auror avant qu'il ne puisse la saisir et bombarder Draco de maléfices.

« Arrête. M'attaquer ne fera que te replonger dans les problèmes dont tu viens à peine de sortit. »

Finnigan se renfonça dans le canapé et massa ses poignets où les liens avaient frotté contre sa peau. Il semblait toujours en colère mais il demanda :

« Tu penses vraiment que quelqu'un parmi les Aurors t'a vendu ? »

« Combien de personnes étaient au courant pour cette planque ? »

Finnigan fronça les sourcils.

« Très peu. C'est une liste très restreinte. »

« Et pourtant, Crabbe m'a trouvé peu de temps après que j'ai mis un pied dans cet endroit. Coïncidence ? »

« Non. Probablement pas. »

« Probablement pas. J'ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi. »

Finnigan secoua la tête.

« Je n'accepterais pas de pot-de-vin de ta part non plus. Je suis un bon Auror et je prévois de le rester. »

Un sourire étira les lèvres de Draco, malgré la situation.

« C'est plutôt un service. Je veux juste que tu gardes un œil sur Harry. Et je veux aussi que tu gardes un œil sur le petit-ami d'Harry. »

« Eddie Carmichael ? »

« Oui. Je ne lui fais pas confiance et pourtant, aucune de mes recherches n'a rien donné de concluant. Je suspecte que les récents problèmes entre lui et Harry pourraient le montrer sous son vrai jour. »

« C'est... vraiment bizarre. »

Draco marqua une pause au ton de sa voix.

« Pourquoi est-ce bizarre ? »

« Parce qu'Harry m'a demandé de faire des recherches sur Eddie il y a quelques temps de ça. Il a dit que ce n'était qu'une simple vérification. Je n'ai rien trouvé qui sorte de l'ordinaire. Eddie a quitté Poudlard et a commencé à vendre des articles de Quidditch. Il a eu quelques aventures qui n'ont pas durées. Il va en vacances à Amsterdam tous les ans où il rencontre ses anciens potes de Serdaigle. Ils boivent un peu trop et rentrent avec des inconnus. Rien d'étrange. Est-ce que Harry et lui ont des problèmes ? »

Draco ne pouvait qu'espérer mais le fait qu'Harry se soit pointé au Square Grimmaurd, à moitié perdu et énervé, était un signe prometteur.

« C'est possible. C'est une bonne nouvelle que Potter ne lui fasse pas confiance ou qu'il soit au moins assez malin pour t'avoir demandé de faire des recherches sur Eddie. Feras-tu ce que je t'ai demandé ? »

« Eh bien, ouais, bien sûr. Je le ferais pour Harry sans hésiter. »

« Le fait est, cependant, que c'est moi qui te le demande. »

Draco se leva et posa la baguette de Finnigan sur la table basse, assez loin pour qu'elle ne soit pas à portée de main de Finnigan. Tout à son honneur, il n'esquissa aucun geste vers elle.

« Et tu n'as besoin d'aucun château. »

Il pivota et rangea sa baguette avant de se diriger vers la porte, faisant confiance à la moralité noble d'Auror de Finnigan de ne pas l'attaquer dans le dos.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Comme pour le récompenser de ne lui avoir jeté aucun maléfice et pour l'avoir tenu au courant de ses recherches sur Carmichael – même s'il ne lui avait divulgué rien que Draco n'avait pas déjà découvert tout seul – Draco se tourna à nouveau vers lui avec un rictus.

« La prochaine fois que tu verras Cornelius Greengrass, isole-le et chuchote-lui le mot 'Ulyanovsk'. »

« Ulyanovsk ? C'est tout ? »

« C'est tout. »

« Pourquoi ? »

« Fais-moi confiance. »

Sur ces paroles, Draco ouvrit la porte et sortit.


Ron avait été libéré de Sainte-Mangouste et récupérait calmement chez lui. Il s'était endormi le temps qu'Harry quitte l'hôpital et prenne la Cheminette, pour tomber sur Hermione lisant dans le canapé. Elle se redressa et lui offrit un sourire.

« Comment va Ron ? »

« Mieux. Il a mangé un demi poulet, un pain entier et trois quart d'une tarte aux noix de pécan avant d'aller dormir. »

Harry rit.

« Ouais. Il va s'en remettre. C'est génial. »

« Tu as trouvé Malfoy ? »

Harry hocha la tête.

« Comment tu as deviné ? »

« Tu n'es plus dans tous tes états. Et Pansy était ici hier soir quand ton hibou est arrivé. »

Il se laissa tomber lourdement dans un fauteuil et la regarda.

« Pansy. Pansy Parkinson était ici. Dans cette pièce ? »

« Eh bien, après que tu sois allé faire un tour au Ministère, elle est revenue pour voir comment allait Goy- Christine. Elle dormait tranquillement quand on l'a laissée, au fait, et on a protégé sa maison. Au cas où tu t'inquiètes. »

Harry détourna le regard et remarqua qu'Hermione réussissait toujours à le faire se sentir coupable avec une seule phrase et un seul pincement sec de ses lèvres. C'était un don, vraiment.

« Merci. Je... lui enverrais quelque chose. Une boîte de... »

Il était sur le point de dire gâteaux mais il réalisa que Gryphon, toute de corset et de bijoux vêtue, n'apprécierait probablement pas ce genre de choses, comme Gregory Goyle aurait pu le faire à l'époque de Poudlard. Il se rattrapa en complétant avec :

« … thé. Du thé très cher. »

Il osa un coup d'œil dans la direction d'Hermione et vit un sourire courber sa bouche. Génial. Il avait passé le test. Il se détendit dans son fauteuil et se souvint de ses paroles.

« Attends une seconde, ça n'explique pas du tout pourquoi Pansy était là. »

« Elle faisait peur à voir et elle était recouverte de poussière – et de choses bien pires encore – et on mourrait toutes les deux de faim alors j'ai pensé qu'il serait sympathique de lui offrir de prendre un bain et un peu de nourriture. Elle a été très utile avec la situation avec Rosier et tu t'entends bien avec Malfoy ces derniers temps... »

Harry leva une main.

« Ouais, ok, je ne voulais pas paraître accusateur. Elle est mieux ici que chez moi. »

Il se rappela de Pansy déambulant chez lui après être sortie de son bain. Définitivement pas une expérience qu'il voulait se remémorer.

Hermione remarqua son dérapage.

« Chez toi ? Tu n'as pas passé la nuit chez Eddie ? »

Harry rougit. Merlin, pourquoi remarquait-elle toujours tout ?

« Si ! Mais je me suis levé tôt et je suis allé au Square Grimmaurd. C'était plus... calme. »

Il fit tout pour ne pas croiser son regard, essayant de ne pas se souvenir des paroles énervées d'Eddie.

« Qu'est-ce que tu ne me dis pas, Harry ? »

Il s'étala dans son fauteuil en soupirant lourdement et inclina son visage vers le plafond en fermant les yeux pour se les frotter avec le dos de la main.

« Draco me répète depuis des semaines de ne pas faire confiance à Eddie. »

Avant qu'elle ne puisse rétorquer, pour protester ou acquiescer, il ajouta :

« Et j'ai trouvé quelque chose à l'appartement. Quelque chose que je ne peux pas expliquer. »

Il lui parla des photos et des coupures de journaux et de l'insistance perpétuelle d'Eddie pour qu'il quitte les Aurors. Il grogna ensuite et ferma son poing sur sa cuisse.

« Et puis, je me sens terrible parce qu'Eddie a presque été tué à cause de moi. Il a une foutue bonne raison pour détester mon travail. J'ai l'impression d'être une horrible personne. Je ne sais pas quoi faire. »

« Harry... Pansy m'a dit la même chose. Qu'Eddie était impliqué dans quelque chose. Elle n'a pas dit quoi. »

Harry secoua la tête.

« Ils l'ignorent. Je l'ignore. Seamus l'ignore. Je crois qu'on poursuit tous de la fumée et qu'Eddie est complètement innocent. »

« Je n'en suis pas si sûre. »

Les mots d'Hermione firent relever la tête d'Harry à toute vitesse. Il la fixa.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? »

« Après que Pansy ait suggéré qu'Eddie n'était pas digne de confiance, j'ai envoyé un elfe l'espionner ce matin. Pearly – elle était l'elfe de maison d'une famille très violente avec elle, les Worthingdon, je ne sais pas si tu te souviens d'eux – bref, elle est très reconnaissante d'avoir été libérée et insiste beaucoup depuis pour m'aider. »

Harry ressentit une douleur dans son ventre en pensant à Dobby et Hermione sembla s'en rendre compte. Elle poursuivit.

« Donc, Pearly a accepté de garder un œil sur Eddie, sans se faire repérer, évidemment. Elle a suivi Eddie depuis son appartement ce matin. »

« Et ? »

« Il s'est rendu au Ministère. »

« Le Ministère ? Pourquoi ? Il n'y va jamais. Il déteste les politiciens. Il refuse même de s'y rendre quand il doit récupérer des autorisations pour ses articles de Quidditch. Il demande à ses fournisseurs de s'en charger pour lui. »

Hermione acquiesça.

« Je sais. Je me souviens qu'il n'arrêtait pas de le répéter quand il était saoul ce jour-là. Pour quelle occasion c'était ? L'anniversaire de quelqu'un. »

« C'était son anniversaire. » dit doucement Harry.

Il se rappelait avoir été un peu embarrassé par l'emportement d'Eddie à ce moment, étant donné que la plupart des personnes présentes travaillaient au Ministère.

« Vous êtes comme les petits pions personnels du Ministère. » s'était moqué Eddie en riant et en mimant les gestes d'un marionnettiste.

Heureusement, les autres avaient été plus que plongés dans leurs propres verres et avaient seulement secoué la tête en riant.

« Tu crois qu'il est allé au Ministère pour me chercher ? »

« J'ai pensé que c'était peut-être le cas mais, quand Pearly m'a tenue au courant, j'ai transplané au Ministère et je suis allée au Département des Aurors. Personne ne l'y a vu. J'ai convaincu Kay-Kay de m'accompagner auprès de la sorcière à l'accueil pour jeter un coup d'œil au registre d'entrées. La visite d'Eddie y était reportée. Il était noté qu'il était venu chercher des autorisations de Quidditch au Département des sports et jeux magiques. »

« Mais ? »

Elle hocha la tête.

« Oui. Je suis descendue au Département et il n'y avait aucune mention de son nom dans le registre. Delores ne se rappelle pas l'avoir vu non plus. C'est comme s'il était venu au Ministère et avait juste disparu. »

Harry se frotta les tempes. Peut-être qu'ils poursuivaient tous un écran de fumée. Il était possible qu'Eddie ait eu une raison valide de se rendre au Ministère et que leurs suspicions ne faisaient qu'ajouter des ingrédients dans une potion qui risquait d'exploser, alors qu'elle était à la base inoffensive.

« J'imagine que je dois aller parler à Eddie. »

« Ne le fais pas tout seul. Juste au cas où. »

Harry fit une grimace en se mettant debout.

« On dirait Draco. »

Elle se leva aussi et l'accompagna jusqu'à la Cheminette.

« On ne peut pas nier une chose. Draco Malfoy nous a tous sauvés la vie au cours du dernier mois. Eddie est peut-être une inconnue de l'équation mais pas Draco. Plus maintenant. »


Draco était dans la cuisine quand Harry rentra. Il avait l'air d'aller bien mieux que quand Harry était parti, bien qu'il admettait avoir un faible pour la version chiffonnée de Malfoy. Il supposa que c'était peut-être la nouveauté de la situation qui était responsable. Draco leva les yeux de la tasse de thé dans laquelle ils étaient fixés et fit glisser une assiette emplie de biscuits au chocolat sur la table vers Harry.

« Comment va la Belette ? »

« Il dormait mais il va mieux. »

Harry se laissa tomber sur une chaise et prit un biscuit. Le chocolat fondit pratiquement sur sa langue et le biscuit en lui-même était croquant et léger. Draco avait définitivement de bons goûts.

« Tu es sorti pour acheter des biscuits ? »

« Ta cuisine est ridiculement vide. À juste tire, je suppose. Oserais-je demander pourquoi tu es ici plutôt que dans ta tanière habituelle ? Eddie t'a-t-il jeté dehors ? »

« Non, il ne m'a pas jeté dehors. Mais on s'est disputé. »

Draco ne tenta même pas de dissimuler son expression ravie. Harry renifla et mangea un autre biscuit.

« Je m'en doutais un petit peu quand j'ai découvert ceci sur la table quand je suis rentré. »

Il poussa une enveloppe sur la table.

Harry la saisit et jeta un regard noir à Draco en voyant le sceau brisé.

« Tu l'as ouverte ? »

« Elle aurait pu contenir un sortilège dangereux. »

Harry leva les yeux au ciel et sortit la carte. Un chiot à l'air malheureux roula sur le dos sur la couverture. Il faisait pitié avec ses pattes recourbées et son ventre exposé. Harry soupira. Eddie avait toujours été fan des cartes d'excuse les plus sentimentales. Il l'ouvrit et lut Je suis désolé en capitales, suivi par l'écriture familière d'Eddie, S'il te plaît, reviens à la maison pour qu'on discute.

Harry balança la carte sur la table avec l'enveloppe et passa une main dans ses cheveux. Il n'était pas encore prêt à affronter Eddie. Pas après qu'Hermione lui ait fait part de ses suspicions.

« Tu ne vas pas te précipiter dans ses bras et te réconcilier avec Carmichael ? »

« Pas encore. Je commence à penser qu'on a des différences insurmontables. Surtout au niveau de nos travails. »

« Te pousse-t-il à nouveau à quitter le tien ? »

« Ouais. Et le truc c'est que je n'ai peut-être pas envie de démissionner. Peut-être que toute cette merde que tu as remuée récemment m'a fait prendre conscience qu'il y avait toujours des personnes horribles là, dehors. Des personnes qu'il faut arrêter. »

« Et peut-être que tu aimes la traque plus que tu ne le pensais. »

Harry lui adressa un sourire en coin.

« Ouais. Peut-être aussi. Bref, comment tu te sens ? Assez bien pour sortir acheter des biscuits visiblement. »

Draco acquiesça et surprit Harry avec un bâillement qu'il couvrit de ses longs doigts. Ses yeux gris parurent étonnés.

Harry rit.

« Et tu es aussi visiblement toujours fatigué. »

« Probablement un effet secondaire de toutes ces potions. Mais je pourrais totalement dormir. Cela te gêne si je reste ? »

Harry n'avait à aucun moment envisagé de lui demander de partir.

« Bien sûr que tu peux rester. »

« Merci. Je devrais sûrement libérer ta chambre, cependant. »

« Comment tu as su que c'était ma chambre ? »

« Elle a la même odeur que toi. »

Une vague de chaleur inonda les joues d'Harry et il prit un autre biscuit pour cacher son embarras.

« Tu as faim ? De quelque chose en particulier, je veux dire. Je n'ai rien avalé depuis le petit-déjeuner et ça... »

Il montra un biscuit.

« … n'est pas pas particulièrement sain. »

« A quoi penses-tu ? »

« Eh bien, ce n'est pas la cuisine de Consuelo ou un de ces restaurants luxueux dans lesquels tu as l'habitude de manger mais il y a un restaurant japonais avec des plats à emporter pas loin d'ici. Leurs nouilles udon sont délicieuses. Tu aimes les sushis ? »

« Je n'aime pas les sushis à emporter. »

Il crut voir Draco frissonner.

Harry plissa le nez.

« Snob. Je vais te commander des nouilles udon et du saumon teriyaki. Et de la soupe miso. Fais-moi confiance. »

Harry se leva et sourit grandement quand Draco lui tira la langue. Le geste était tellement déplacé qu'Harry réalisa que Draco n'agissait pas du tout comme d'habitude.

« Tu es sûr que ça va aller ? »

« Je vais m'en remettre, Potter. Va chercher ta nourriture et je vais fouiller dans ta réserve d'alcool. Je suppose que tu en as une ? »

« Ouais, même si la plupart des bouteilles sont là depuis que les Black vivaient dans cette maison. Je ne te garantis pas de la qualité. Je ne suis pas un grand buveur. »

Pour une quelconque raison, le sourire de Draco devint plus prédateur.

« C'est parfait. »

Harry ignorait ce qui était parfait mais il décida de ne pas lui demander.

« Je reviens. »


Draco était fatigué. Vraiment fatigué mais il n'allait pas perdre une opportunité de passer du temps seul avec Harry. Son esprit rationnel répétait que c'était une très mauvaise idée mais son côté irrationnel, celui qui rêvait de voir le pantalon d'Harry tomber sous ses yeux, pensait que c'était en fait une très bonne idée. Les seules choses qui pourraient la rendre encore meilleure étaient un peu d'alcool, une lumière tamisée et beaucoup moins de vêtements.

« Draco. » se réprimanda-t-il, « Prends une seconde pour réfléchir à la situation. Qu'est-ce que tu fais ? »

Il tamisa les lumières d'un sort et défit les deux premiers boutons de la chemise qu'il avait empruntée à Harry. Rien que deux, trois lui donneraient l'allure d'une star du porno ringarde.

« Je me mets seulement plus à l'aise. » répondit-il en ignorant le fait qu'il se parlait à lui-même, ce qui pourrait être considéré comme un signe de folie.

Il s'étala sur le canapé et passa quelques minutes à trouver une position sexy mais détendue, marmonnant dans sa barbe durant tout le processus.

« Merlin, Draco, tais-toi, est-ce si compliqué de séduire le pauvre Sauveur du monde sorcier ? Surtout un Sauveur Gryffondor ? »

« Draco ? »

Il se redressa dans un demi halètement et cligna des yeux vers Harry, debout sur le pas de la porte du salon avec deux sacs blancs dans les mains.

« Potter. »

A sa plus grande honte, la voix de Draco sonna comme un couinement alors qu'il tentait désespérément de se répéter le discours qui tournait dans sa tête depuis plusieurs minutes. Il se leva mais Harry s'était déjà approché et il déposa ses sacs sur la table basse entre les deux canapés.

« Ne te lève pas. On va manger ici. C'est plus confortable que la cuisine, tu ne penses pas ? »

« Seuls les Béotiens dînent dans leur salon. »

« Tu connais beaucoup de Béotiens ? »

Draco admit qu'une des raisons pour laquelle il s'amusait à agacer aussi souvent Harry était pour recevoir ce sourire narquois et ce sourcil sombre arqué. Il avait appris à admirer Harry Potter après des années d'observation et d'autres un peu plus compliquées en grandissant mais il ne s'était jamais attendu à l'idéaliser.

« Tu es le seul, Potter. »

Il obtint un rire, ce qui était encore plus beau qu'un sourire, et un chuchotement.

« Tais-toi. Et je croyais que tu m'appelais Harry. Je suis redevenu Potter maintenant ? »

« Les vieilles habitudes ont la peau dure, Harry. »

Il mit intentionnellement une intonation sulfureuse dans le prénom et fut récompensé par un soupçon de rouge sur les joues d'Harry alors qu'il se penchait pour ouvrir l'assortiment de boîtes. Draco était ravi de remarquer qu'Harry n'était pas immunisé contre son charme mais il ignorait comment continuer ses progrès sans perdre son avantage.

Harry invoqua des assiettes et des couverts dans la cuisine, ainsi que plusieurs paires multicolores de baguettes chinoises. Draco prit les vertes sans réellement y prêter attention et Harry lui jeta un regard perçant et prit les bleues, plutôt que les rouges.

La nourriture était bonne, pour des plats à emporter, et Draco exprima son contentement par des sons appréciateurs avec la ferme intention d'amener des images érotiques dans l'esprit d'Harry. Leurs coudes se touchaient quand ils mangeaient.

« Je voulais prendre un saké mais je ne pense pas que l'alcool en plus de toutes les potions que tu as déjà prises soit bon pour toi. Je vois que tu n'as pas trouvé grand chose dans la réserve. »

En réalité, Draco avait oublié l'alcool au profit de sa mission de rendre l'environnement plus séducteur.

« Merci de me materner, Harry. »

Il rougit et lança un regard brûlant à Draco.

« Je ne voulais pas - »

Draco posa une main sur son bras et se pencha vers lui pour capter ses yeux.

« Non, je suis sérieux. Merci. Il reste très peu de personnes en ce monde sur lesquelles je peux compter. Je suis content que tu sois devenu l'une d'entre elles. »

Harry fut bouche bée, ayant apparemment perdu la capacité de former des mots. Draco sourit et resserra sa prise doucement. Leurs visages étaient très proches et Draco s'approcha un peu plus encore pour voir comment réagirait Harry. Pour son plus grand bonheur, les cils d'Harry se fermèrent et ses lèvres s'écartèrent, visiblement dans l'attente du baiser de Draco.

Avant que leurs lèvres ne puissent se rencontrer, un énorme bruit venant de la cuisine les fit tous les deux sursauter et Harry s'éloigna, les yeux écarquillés.

Une voix stridente résonna dans toute la maison.

« Quel con a eu la merveilleuse idée de placer une putain de chaise devant la cheminée ? Vous essayez de tuer quelqu'un ? »

Draco soupira et s'enfonça dans le canapé.

« J'envisage sérieusement de tuer quelqu'un maintenant. »

Harry souffla et gloussa nerveusement.

« Elle est ton amie. »

Draco grogna alors que Pansy entrait dans la pièce.

« Oh merde, vous êtes habillés. J'espérais récolter de la matière pour un futur chantage. »

« Rappelle-moi de changer à nouveau les barrières magiques pour l'empêcher d'entrer. »

« Ça ne servira à rien, Potter. J'entrerais quand même. »

« Es-tu ici pour une bonne raison, Pansy ? »

Le ton de Draco montrait assez d'agacement pour que Pansy le remarque mais pas assez pour qu'Harry se doute de quoi que ce soit.

« En fait, oui. Oh, des raviolis ! »

Elle sauta en avant et attrapa une boîte. Les baguettes d'Harry en dépassaient mais cela ne sembla pas la gêner. Elle prit un ravioli entier en bouche et le mâcha avec une expression extatique.

« Je t'en prie, sers-toi. »

Harry croisa les bras et la fusilla du regard.

Pansy en mangea une autre et dit :

« Bref, j'étais au Ministère pour faire cette chose que tu m'as demandée, Draco. »

« Quelle chose ? » demanda Potter.

« Et je suis passée par le bureau de Potter pour voir si quelqu'un lui avait envoyé des Beuglantes, des lettres empoisonnées ou des parchemins explosifs récemment. Pure curiosité. »

« Hmm... merci ? »

« Il n'y avait rien de tout ça – enfin si, il y avait une Beuglante mais elle était ennuyeuse – et il y avait ça sur ton bureau. »

Elle tendit une petite enveloppe marron.

Harry se leva du canapé pour la récupérer et elle la lui donna sans broncher.

« Hé ! Le sceau est brisé ! Aucun de vous d'eux n'a entendu parlé de la vie privée ? »

Pansy haussa les épaules.

« J'en ai entendu parler. Je ne m'en suis jamais souciée. Tu crois qu'il veut quoi ? »

Harry sortit la carte et la retourna dans sa main.

« Il, qui ? Elle est vide. Il n'y avait aucun autre message ? »

« Salazar, Potter, ce n'est pas étonnant que tu veuilles quitter les Aurors. Tu es nul. »

Harry grogna et Draco en profita pour lui tapoter le genou.

« Allez. Ignore Pansy. Elle ressemble à un nundu enragé quand elle a faim. Pansy, arrête d'agacer Harry et explique. »

Elle leva les yeux au ciel, laissa tomber la boîte vide sur la table avant d'en prendre une autre – celle contenant les nouilles presque terminées de Draco – et s'étala sur un fauteuil non loin. Au lieu d'expliquer, elle fit un geste impatient de la main, mimant un sort, puis elle pointa la carte.

« Oh. » dit Harry, « Bien sûr. »

Il sortit sa baguette et travailla sur la carte, trouvant finalement un sort qui permit au texte d'apparaître. Il offrit un regard fier à Pansy.

« Wow, il s'est vraiment donné du mal pour celui-là. »

« Il ne m'a fallu que trois tentatives. » dit-elle avec un sourire suffisant et une autre bouchée de nouilles.

Harry lui tira la langue puis parcourut la carte.

« Elle vient de Liam Nottingham. Il veut te voir et il ne savait pas comment te contacter autrement. Il dit aussi qu'il est important de n'en parler à personne. »

Il leva les yeux vers Pansy et fronça les sourcils.

« C'est un réussite. »

« Ce n'est pas ma faute s'il a été assez stupide pour ne pas te la donner en personne. Quelle sorte de débile laisse un message important sur un bureau, à la vue de tous ? Ce n'est pas le père du gamin qui s'est fait enlever par Greyback ? »

« Un débile qui veut que sa demande soit acceptée totalement. N'importe qui aurait pu laisser ce message pour mettre en place un piège. »

Draco se pencha en avant et attrapa un haricot de soja, qu'il ouvrit pour en extraire les pois verts que la gousse refermait.

« Il y a une date et une heure. Dans deux jours, dans un pub de Norwich. Je crois que je sais où c'est. »

Les sourcils de Harry se froncèrent d'une façon adorable et ses dents mordillèrent sa lèvres inférieure.

« Un piège. » répéta Pansy, « Tu ne vas pas y aller, bien sûr. »

« Bien sûr que non. »

Les yeux de Draco rencontrèrent ceux de Pansy qui brillaient de reconnaissance.

« Je ne sais même pas si tu es sérieux. Tout ce que je sais c'est qu'il est tard et que je vais me coucher. »

Harry balança la note sur la table. Le message redevint vide. Il se mit debout.

« Bonne nuit, Parkinson. Tu es la bienvenue si tu veux rester ici, même si je doute que tu te soucies d'avoir ma permission. »

« Bonne nuit, Potter. » répondit-elle en battant des cils.

« Bonne nuit, Draco. »

« Bonne nuit, Harry. »

« Pas de bisou ? » demanda Pansy en boudant.

Les yeux de Harry s'écarquillèrent puis il secoua la tête et s'enfuit. Pansy gloussa et lança un sourire gigantesque à Draco.

« Tu as remarqué qu'il t'a regardé toi et pas moi ? »

« Bonne nuit, Pansy. »