Bonjour/Bonsoir à tous !

Merci encore une fois pour tous vos encouragements, semaine après semaine. Vous n'imaginez pas le bien que cela fait au moral.

La fin se rapproche à grands pas cependant.

Avertissements : mention de torture et mort d'un personnage.

Le lien pour la fic originale de Cheryl Dyson est mentionné sur mon profil.


Chapitre 15

20 Juillet 2005 – Mercredi

Draco sortit du lit avant le lever du jour et quitta la maison. Il se sentait bien mieux après une bonne nuit de sommeil et la plupart des potions avaient arrêté leur course à travers son corps et avaient emmené les horribles effets secondaires avec elles.

Pansy ne fut pas contente d'être réveillée aussi tôt mais la promesse de thé chaud et de scones réussit à faire taire ses plaintes. Ils transplanèrent dans un café dans une rue à l'écart et achetèrent du thé dans des gobelets en carton et des scones dans des emballages de papier.

Devant leur destination, Draco avala la dernière gorgée de son thé encore très chaud puis fit disparaître le gobelet.

« Des protections plutôt basiques. » commenta-t-il.

« Les plus arrogants ont toujours des protections merdiques. Ils croient que leur ego va les protéger. »

Draco pensa que sa remarque était très juste, la plupart du temps, même s'il existait quelques exceptions. Pas cette fois, cependant. Quelques sorts prudemment choisis plus tard et la dernière barrière défensive entourant la propriété tomba sans déclencher aucune alarme.

« Je reviens. Reste prudente. »

Elle émit un son évasif et sirota son thé. Draco saisit solidement sa baguette et entra dans la maison.

Quentin Quartermain fut encore moins ravi d'être réveillé avant le lever du jour que Pansy. Il se redressa en marmonnant tout un tas de choses inintelligibles et tendit la main pour attraper sa baguette – cachée précieusement dans la robe de Draco.

Il jeta un regard noir.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

« Quentin ! Quel plaisir de te voir enfin réveillé. J'aurais bien préparé du thé mais tu ne vas pas en avoir besoin. »

« Sors de chez moi. Spotty ! » hurla Quartermain en balançant ses jambes hors de son lit.

« Ton elfe de maison ne viendra pas. Je l'ai envoyé faire une course. Une course très bien payée, je te l'assure. »

Il fit un sourire en coin. En signe de soutien pour la loi pour la libération des elfes de maison de Granger, le Ministère tout entier avait été forcé de libérer leurs elfes de maison. Ces pauvres petites choses confuses ne savaient plus à qui obéir et étaient des cibles faciles à la moindre suggestion. Cela avait beaucoup facilité l'entrée par effraction pour Draco.

« Ah, ah, ah ! Ne bouge pas. Tu n'as aucunement besoin de te fatiguer à sortir du lit. Nous pouvons discuter ici. »

Draco avait tiré un fauteuil près du lit avant que Quartermain ne se réveille et il ne prit même pas la peine de décroiser ses jambes quand il leva sa baguette.

« Merde. Je vais - »

Le Doloris de Draco plaqua Quartermain contre ses couvertures avec un couinement bruyant. C'était assez impressionnant pour que Draco se demande si l'homme avait déjà reçu un Doloris avant cet instant.

Quartermain se reprit à plusieurs fois avant de parvenir à s'asseoir une fois que Draco relâcha le sort. Ses yeux et ses cheveux étaient sauvages et sa mâchoire pendait mollement jusqu'à ce qu'il retrouve un semblant de dignité.

« Bordel de merde ! Qu'est-ce que tu veux ? »

Il était assez drôle de voir combien une petite dose de douleur pouvait briser la carapace de snobisme la plus épaisse et faire redescendre l'homme le plus arrogant au même niveau que tous les autres humains.

« Je veux seulement discuter, Quentin. Avoir une petite conversation, d'homme à homme. J'ai l'impression que tu ne m'apprécies pas beaucoup. »

Quartermain sembla sur le point de parler puis changea d'avis. Son visage se crispa comme s'il mordait dans une dizaine de citrons mais l'écho encore vif du Doloris retenait probablement tout désir d'attaque.

« J'aurais pensé, qu'en tant que Sous-Secrétaire du Ministère, que tu aimais ta position. J'aurais pensé que tu préférerais ne pas gâcher ce poste en agissant stupidement. Apparemment, ces hypothèses sont fausses, n'est-ce pas ? »

« Je ne sais pas de quoi tu parles. » lâcha froidement Quartermain.

Même s'il resta dans le lit, il remonta ses pieds sous la couverture et prit une pose plus digne, essayant de paraître le plus en contrôle de la situation que possible.

« C'est extrêmement dommage que tu ne te sois jamais marié. Tu dois regretter maintenant de ne pas avoir choisi une de tes groupies politiques stupides qui rêvait d'ambition. Tu aurais été un peu plus difficile à surprendre si quelqu'un avait occupé ton lit. »

Draco jeta sa tête en arrière et rit.

« Je rigole. Cela aurait été tout aussi simple, étant donné que tu n'es pas exactement ce qu'on appelle un gros dur. Cela aurait cependant créé un témoin gênant. Dis-moi, comment es-tu arrivé au Coffre ? L'endroit exact où j'avais été enfermé pour ma propre sécurité, bien qu'on sache tous les deux comment cela s'est terminé. Que faisais-tu là-bas ? »

La mâchoire de Quartermain tomba puis s'ouvrit et se ferma plusieurs fois. Draco tapota ses doigts de sa baguette, chantonnant mentalement une berceuse de son enfance pour calmer son énervement grandissant. Quartermain fixa sa baguette et sa pomme d'Adam remua quand il déglutit.

« Comment... Comment j'ai fait pour atteindre cet endroit ? »

« Je parle clairement et parfaitement, Quentin. Comment. Es-tu. Arrivé. Au. Coffre. C'est assez simple. »

« Je... Je suis arrivé avec le Ministère, bien sûr ! »

Draco se redressa et le fixa d'un regard assassin alors que ses doigts se resserraient sur sa baguette.

« Incorrect. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? Bien sûr que je suis arrivé avec - »

« Seule une poignée de personnes connaissait sa localisation ! Shacklebolt lui-même m'a fait visiter l'endroit quand je suis arrivé et tu n'étais pas là. Il a eu l'air foutrement surpris de voir ton corps inconscient flotter derrière les criminels. Ne crois pas que je ne l'ai pas remarqué. Même Potter n'avait aucune idée d'où se trouvait cette planque. »

Draco n'était pas certain de cette dernière partie, vu qu'Harry avait réussi à le retrouver après tout, mais son but était de convaincre Quartermain de parler.

Quartermain ricana, apparemment tellement outré qu'il en oublia sa prudence toute nouvelle.

« Potter ! Cette parodie glorifiée d'Auror récalcitrant ! Évidemment qu'il n'était pas au courant ! »

« Potter mérite sa gloire, ce dont tu ne peux pas prétendre. Shacklebolt lui fait confiance implicitement et, pourtant, il semblerait que le Sous-Secrétaire du Ministère soit en possession d'informations secrètes que même Potter ignore. »

« Tu ne peux pas décemment penser qu'un Auror de pacotille devrait avoir plus d'informations sensibles que le bras droit du Ministère ! Je me fiche que Potter mérite sa gloire ou non ! Tout cette situation insensée avec Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom était totalement disproportionnée et exagérée par la presse ! Qui est même sûr que Potter - »

Draco bondit presque de son fauteuil, tenté de lancer un maléfice au visage de ce connard pour le transformer en une flaque visqueuse méconnaissable. La tension des derniers jours, combinée à la perte de sang, au contre-coup de la torture et aux effets secondaires éreintants des potions fit prendre conscience à Draco qu'il était à deux doigts de perdre le contrôle mais, à cet instant, il s'en moquait.

« Disproportionnée ? » demanda-t-il doucement, « Curieux que tu qualifies la guerre ainsi, étant donné que le Seigneur des ténèbres n'a jamais vécu dans ta maison. »

« Je ne peux pas dire que cela me surprend. Lucius Malfoy a toujours été connu pour accueillir tout un tas de personnes peu recommandables dans son lit. »

La dérision désinvolte de Quartermain lui fit l'effet d'une gifle en plein visage.

Draco vit rouge et sauta presque de son fauteuil mais se força à se rappeler du but de sa visite. Il se détendit à nouveau dans son siège grâce à la seule force de sa volonté et sourit, même si c'était plus l'expression à peine dissimulée sous un rictus faux de la Mort en personne.

« Mon père n'est pas un sujet ouvert à la discussion. Nous étions en train de parler de la façon dont tu as eu connaissance de la planque au Pays de Galles. »

Quartermain semblait avoir retrouvé son aplomb et il émit un son dégoûté.

« Je te l'ai dit, Kingsley - »

« - ne t'a rien dit du tout. Tu ne faisais pas partie de la liste des personnes au courant et tu n'avais aucune raison d'être sur place ce jour, à moins que quelqu'un t'y ait envoyé. Maintenant, dis-moi qui t'a donné cette information et pourquoi tu étais là-bas ! »

« Tu ne sais plus quoi inventer, Malfoy. Tes activités criminelles t'ont rendu paranoïaque. »

Draco décompta lentement à partir de dix.

« Paranoïaque ? Intéressant que tu utilises ce mot. Tu vois, depuis le jour où j'ai mis un pied au Ministère, tu as été plutôt impatient de me jeter à Azkaban ou de me faire tuer. Je n'ai aucun souvenir d'avoir croisé ton chemin avant ce jour-là, cela m'a rendu curieux. Pourquoi souhaiter si ardemment me voir enfermé ? Que pouvais-tu bien cacher ? »

Quartermain pâlit.

« Ils n'auraient jamais dû te relâcher. »

« J'ai fait des recherches, évidemment. Tu as un passé assez louche, n'est-ce pas, Quentin ? Pas aussi pur que tu le prétends, aucun risque. Shacklebolt serait plutôt surpris s'il voyait quelques-uns de tes exploits, je pense. »

« C'est du chantage, donc ? C'est pour cela que tu es là ? »

Quartermain tressaillit, comme s'il s'apprêtait à sortir du lit, mais la baguette levée de Draco l'immobilisa.

« J'ai assez d'informations pour te faire chanter au moins six fois mais je veux un nom, c'est la raison pour laquelle je suis ici. Qui t'a envoyé au Pays de Galles et pourquoi ? S'attendaient-ils à ce que Crabbe devienne fou à l'appel du sang – chose qui aurait pu être sage vu comment les choses se sont déroulées – et devienne encore plus dangereux ? Et pourquoi toi ? J'ai été surpris de voir quelqu'un aussi haut placé dans la hiérarchie du Ministère, je dois l'admettre, mais la méthode empotée avec laquelle tu es entré en scène m'a montré que tu n'étais rien d'autre qu'un énième pion. Tu as été payé avec une villa en France, me semble-t-il ? »

Draco secoua la tête et fit claquer sa langue.

« Tu aurais probablement dû faire un peu plus de recherche avant de te faire acheter. Son orientation laisse à désirer. »

Quartermain pâlit et tira sur le col de son peignoir de nuit. Il se concentra sur un point au-dessus de l'épaule de Draco.

« Je ne sais pas de quoi tu parles. »

« Permets-moi de te rafraîchir la mémoire dans ce cas. Endoloris ! »

Quartermain cria et se tortilla. Il était assez satisfaisant d'assister à la souffrance de l'homme quand Draco se rappela la douleur qu'il avait endurée sous les mains de Crabbe mais il n'était pas venu pour obtenir une revanche idiote. Quand Quartermain atteignait un état d'incohérence, Draco relâcha le sort et se leva pour s'approcher du lit.

« Donne-moi le nom. »

« Je ne sais pas ! Je ne sais pas ! »

Quartermain n'avait plus du tout l'air arrogant. De la morve coulait de son nez et il sanglotait en s'étouffant à moitié en se débattant pour se redresser au milieu du lit défait. Les couvertures étaient tombées par terre avec les oreillers. Les yeux de Quartermain étaient rouges et chargés de larmes.

« Tu ne connais pas le nom ? J'ai du mal à y croire. J'ai peut-être besoin de te rafraîchir la mémoire encore une fois. »

« Non ! »

Quartermain leva une main, comme pour se protéger du maléfice qui suivrait.

« Non ! Je ne connais pas le nom. C'était un message ! Toujours un message anonyme ! Celui-ci contenait l'adresse du Pays de Galles et m'ordonnait de seulement 'Être certain que Crabbe fasse son travail'. Je ne savais même pas ce que cela voulait dire ! »

« Oh, tu savais très bien ce que cela voulait dire. »

« Je sais qu'ils – peu importe qui est derrière ce ils – voulaient te faire taire. Ils voulaient t'arrêter. »

« Oui, nous avons déjà eu une conversation charmante pendant que j'étais attaché et torturé. Cependant, cette idée a échoué. Je n'ai aucune intention de me taire. »

Draco fronça les sourcils, réalisant que Quartermain n'était qu'une impasse inutile, seulement un outil supplémentaire dans l'arsenal gigantesque de son ennemi nébuleux.

Quartermain sembla se rendre compte de ce qu'il venait de dévoiler. Il essuya son nez d'une de ses manches.

« Qu'est-ce... Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? »

Draco soupira.

« Oubliettes est un sort tellement incertain. J'espère que je n'effacerais pas accidentellement tous tes souvenirs. Ce serait dommage, tu ne crois pas ? Tu pourrais ne même pas te souvenir de ta toute nouvelle villa française. »

« Ou... Oubliettes ? »

Draco lui offrit un sourire mauvais en levant sa baguette.

« Pas vraiment. C'est pour mes parents, sale fils de pute. Avada Kedavra. »

L'éclair vert fonça vers Quartermain et Draco pivota, ne ressentant aucune satisfaction, seulement un désespoir grandissant. Même la vengeance était devenue inutile et insuffisante. Il ne pourrait jamais ramener ses parents ou Blaise et il avait appris qu'essayer de rendre justice ne faisait qu'apporter de nouvelles blessures.

Il sortit et accepta le câlin de Pansy. Elle semblait toujours savoir quand il avait besoin de réconfort.

« C'est fini. » dit-il, « Peux-tu appeler Christine pour qu'elle s'occupe de cela ? Je vais lui devoir une garde-robe complète pour la remercier alors sens-toi libre de l'emmener faire du shopping après. »

Pansy s'écarta, une lueur malicieuse dans les yeux.

« Shopping ? »

« Tu ne peux pas refaire ta garde-robe. Mais achète-toi quelque chose de joli. »

Draco la regarda sourire puis se tourna pour s'éloigner de la maison qu'il venait de quitter.

« En restant raisonnable ! » cria-t-il.

« Bien sûr, chéri. »

Elle disparut à l'intérieur et Draco transplana pour rencontrer la prochaine personne qui ne suspectait pas du tout sa visite.


Harry se réveilla pour découvrir une maison vide, ce qui était étrange. Il ne s'attendait pas à ce que ni Parkinson ni Draco soit du matin et, pourtant, ils étaient déjà partis malgré l'heure très matinale. Il n'y avait aucune note et il essaya de ne pas s'inquiéter, se demandant où ils avaient bien pu aller. Il n'était pas le gardien de Draco, après tout, et l'homme était visiblement très doué pour prendre soin de lui-même.

Il envisagea aller au Ministère mais il savait qu'à la place, il devait s'occuper de ses affaires plus intimes. Il avait repoussé l'inévitable assez longtemps et attendre un peu plus ne ferait que rendre les choses plus difficiles.

Même s'il avait pris sa décision, il réussit à procrastiner quelques heures supplémentaires en cuisinant et en mangeant son petit-déjeuner, en nettoyant la cuisine et en triant sa garde-robe pour se débarrasser des vêtements qu'il ne portait plus. Il les envoya à une association que madame Weasley appréciait particulièrement puis se doucha et s'habilla. Ce ne fut que quand la culpabilité fut trop fort qu'il prit la Cheminette pour l'appartement d'Eddie.

Comme il l'avait espéré, Eddie n'était déjà plus là.

Il se rendit dans sa chambre et observa les alentours. Il réalisa avec une certaine surprise qu'il n'avait quasiment aucun objet personnel ici. Il en avait emmené quelques-uns quand il avait emménagé, oui, mais pas tous. Il n'y avait aucune photo, aucun bibelot et aucun effet personnel hormis une pile de livres qu'il avait promis de lire à Hermione – ce qu'il n'avait jamais fait – et la figurine de Mercury Horowitz dans le salon où il l'avait laissée tomber après sa recherche de Draco. Harry avait quelques tiroirs pleins d'habits et quelques produits dans la salle de bains mais même les placards cachaient très peu d'objets à lui : sa tasse préférée, un porte bouteille en fer forgé qu'Eddie lui avait offert et un bol en forme de cochon dans lequel il aimait déposer sa monnaie et toutes les choses aléatoires qui traînaient dans ses poches. Il y avait en ce moment quatre Noises, deux Mornilles argentées, un badge pour lui rappeler d'aller récupérer sa robe d'Auror de rechange au pressing et un bouton noir qu'il avait retrouvé par terre quelques semaines plus tôt, qui semblait n'aller nulle part.

Harry récupéra le bouton et le regarda en fronçant les sourcils. Il était tombé dessus dans la salle de bain et avait essayé de trouver le vêtement sur lequel il allait, sans succès. Il avait un vernis clair et un bord d'un noir un peu plus sombre. Harry savait qu'aucun de ses habits n'avait de boutons de ce genre et n'avait jamais rien vu de comparable sur Eddie non plus.

Impulsivement, il prit le bouton et fonça dans la chambre d'Eddie. Ayant l'impression d'avoir trouvé une preuve importante, il passa rapidement en revue tous les vêtements d'Eddie. Chemise après chemise, robe après robe. Aucune n'avait de boutons similaires. Ses blousons et robes de cérémonie non plus. Une fouille brève des tiroirs d'Eddie donnèrent le même résultat. Le bouton était une anomalie.

Il s'assit sur le lit d'Eddie et essaya de se souvenir où il l'avait trouvé. Avant Draco mais longtemps avant ? Quelque part en mai, c'était certain. Juste après qu'il soit parti pour quatre jours pour cette affaire sur le sang de licorne avec Ron. Oui, c'était bien cela. C'était drôle de voir que l'esprit parvenait à se rappeler de détails aussi futiles. Il avait été sur les nerfs et irrité à son retour et le sentiment avait été exacerbé par Eddie qui agissait comme si tout allait bien alors qu'il était plus qu'évident qu'il était en colère puis Harry avait trouvé ce bouton en allant à la douche... Cela avait semblé un signe de mauvaise augure sur le moment. Il n'avait pas pu décider un mauvais signe de quoi, cependant.

Maintenant, par contre... Il serra le bouton dans sa paume. Peut-être que c'était un signe. Est-ce qu'Eddie l'avait trompé pendant qu'il était en mission ? Est-ce qu'Harry avait compté un tant soit peu pour lui ou l'avait-il seulement espionné pour le compte de quelqu'un du Ministère dont les motivations étaient encore inconnues ? Était-ce pour cela qu'il n'avait jamais insisté pour qu'Harry couche avec lui ? Avait-il joué un rôle tout ce temps ? Ne s'était-il jamais sincèrement soucié de lui ?

Harry se leva du lit, se souvenant des baisers de Draco. Baisers qu'il avait voulus. Merlin, tout paraissait tellement clair maintenant. La nuit dernière, Harry avait voulu que Draco l'embrasse. Il en avait eu vraiment envie. Et il supposa qu'il était temps d'arrêter de mettre les besoins des autres avant les siens.

Draco approuverait, suspecta-t-il.

Quarante-cinq minutes plus tard, Harry transplana chez lui, au Square Grimmaurd.


Draco sortit de la Cheminette en ne pensant quasiment qu'à boire quelque chose de très fort et à s'écrouler dans un lit doux et confortable. L'expression énervée d'Harry Potter réduisit à néant ces deux envies, pour l'instant en tout cas.

« Oserais-je demander pourquoi tu es en colère ? »

Draco balaya de la suie de sa manche et songea momentanément à créer un tissu résistant à la poudre de Cheminette et à tout l'argent qu'une telle invention pourrait lui rapporter.

« Tu étais où ? » interrogea Harry.

Draco arqua un sourcil.

« Excuse-moi, mon cœur. Je n'avais pas réalisé que je devais demander ton autorisation pour sortir. »

Harry rougit et se détourna de lui.

« Merlin, je suis désolé. Je ne voulais pas sonner comme ça. Bien sûr que tu n'as pas à - »

Il invoqua une tasse de thé d'un mouvement de la main, ne se rendant probablement même pas compte qu'il n'avait pas sa baguette.

« J'ai rompu avec Eddie. »

Draco ne se souvint pas de la dernière fois où il avait perdu sa capacité à parler. D'ordinaire, il pouvait se servir des mots pour attaquer ou pour se défendre encore plus rapidement que les battements d'ailes d'un Vif-d'Or. Il se retrouva cependant à fixer Harry, le cerveau parasité par un bourdonnement étrange.

« J'ai déménagé de chez lui. Assez lâchement, je l'admets, vu qu'il n'était pas chez lui à ce moment et je lui ai laissé un mot. »

Harry repoussa la tasse et posa ses mains sur le plan de travail.

« Bordel, c'était horrible. Je suis un vrai connard. »

Après trois battements de cœur, Draco reconnut le bourdonnement comme l'écho de la joie. Harry avait quitté Eddie Carmichael. Deux autres battements de cœur supplémentaires furent nécessaires pour que son intelligence reprenne le contrôle sur sa libido. Il tira une chaise pour s'asseoir avant de tomber à la renverse.

« Tu l'as quitté. Bien sûr que tu l'as quitté. »

Le son perplexe qui lui répondit causa un gloussement chez Draco. Le regard confus d'Harry fit céder le reste de ses barrières et il se mit à rire à gorge déployée.

« Merlin, bien sûr que tu l'as quitté. »

Un désespoir moqueur se mêlait à sa joie sincère et il n'aurait pas pu retenir son rire s'il y avait été contraint. Les yeux verts colériques d'Harry ne firent qu'empirer son fou rire et Draco dut détourner le regard.

« Qu'est-ce qui est si drôle, sale petit con ? »

Draco ne pouvait pas le regarder. Il ne pouvait pas ou il rirait pendant des jours. En fait, il se recroquevilla et enfouit son visage contre ses paumes pour étouffer ses éclats de rire.

« Harry. Harry. Si seulement... Si seulement tu savais ce que j'ai vécu aujourd'hui. »

La chaise à côté de lui racla contre le sol dans un grincement et il se concentra sur les pieds d'Harry quand il s'assit à ses côtés. Sa voix était douce.

« Dis-moi alors. »

Son fou rire définitivement terminé, Draco leva les yeux vers lui. Comme d'habitude, ses yeux verts étaient ridiculement énormes à travers les verres de ses lunettes et Draco découvrit qu'il mourrait d'envie de s'y noyer. Il serait tellement facile de déposer ses problèmes sur les épaules solides d'Harry et de laisser quelqu'un d'autre les porter pour lui, pour une fois. C'était tentant mais Draco avait passé les cinq derniers années à se rendre indépendant pour une bonne raison. Il rangea cette tentation dans le placard sombre dans lequel elle allait et supporta son propre fardeau.

« Parfois, j'arrive à me convaincre que tu n'es pas réel. » dit-il.

Les sourcils d'Harry se froncèrent à ses mots puis il secoua la tête et se redressa.

« Tu es la personne la plus compliquée que je connaisse. »

Draco parvint à sourire.

« Je sais. Salazar, as-tu de la nourriture ? Je n'ai rien mangé de la journée. »

Harry se mit debout.

« De la journée ? Putain, Draco, tu es donc incapable de prendre soin de toi ? »

Il fonça vers le garde-manger et commença à en sortir tout un tas d'aliments. Draco ne put que le regarder avec une tendresse qui frôlait un autre sentiment bien plus dangereux, quelque chose qu'il n'avait pas ressenti depuis très, très longtemps. Il n'essaya pourtant même pas de le repousser.

« Qu'est-ce que tu veux ? J'ai du pain, évidemment, et des patates, et du riz bizarre qu'Hermione a acheté – je ne sais même pas comment on doit le préparer – et cette boîte de... Qu'est-ce que c'est ? Aucune idée. J'ai des saucisses et des patates... Tout un tas d'épices. Des spaghetti et de la sauce soja, ok, non. Ça a l'air horrible. Hmm... Les saucisses et les patates semblent la meilleure idée. Et j'ai encore des œufs. Tu sais, je peux aller chercher quelque chose à l'extérieur... »

« Les saucisses et les pommes de terre ont l'air très bien, Harry. »

Draco sourit devant son air sceptique. Il fut ravi quand l'expression d'Harry s'adoucit avec un sourire timide.

« Très bien alors. Je vais préparer tout ça pendant que tu vas te doucher si tu en as besoin. »

« Génial. »

Draco se leva et se dirigea vers la porte mais se détourna et s'appuya un instant contre Harry. Il posa son front contre les cheveux fous et sauvages d'Harry et inspira leur odeur délicieuse en ignorant l'inspiration surprise que son geste provoqua.

« Merci. Je reviens vite. »

Il monta à l'étage pour se doucher et effacer la noirceur qui lui avait collée à la peau toute la journée. Quand il eut terminé, il se sentit à nouveau humain et réussit même à plaquer son sourire narquois habituel sur son visage en redescendant, enroulé dans un des épais peignoirs d'Harry.

Harry était assis à table et regarda un instant Draco impassiblement, bien que ses yeux parcoururent le corps de Draco de ses pieds nus jusqu'à ses cheveux humides avant qu'il ne décide à parler.

« Hmm... C'est prêt. Tu prends de très longues douches. »

« La journée a été longue. Merci pour le dîner. »

Draco s'assit et annula le sort de Réchauffement sur l'assiette. Un délicieux parfum s'en éleva et il se rendit compte qu'il mourrait de faim. Il mangea prudemment, essayant de ne pas dévorer sa nourriture comme un loup affamé.

« Tu veux du jus ou du thé ? Du vin ? »

« Un verre d'eau serait le bienvenu. Et du Whisky Pur-feu. »

Harry hocha la tête et se déplaça dans la cuisine pour servir un verre d'eau à Draco puis s'en alla une minute ou deux pour aller chercher de l'alcool dans le bar dans la pièce voisine. Il revint avec deux verres anciens, tous deux remplis au quart avec un liquide ambré. Il en posa un devant Draco et s'assit avec l'autre.

« Pourquoi tu as ri quand je t'ai dit que j'avais quitté Eddie ? Tu n'es pas content ? »

Draco mâcha une bouchée puis but quelques gorgées d'eau avant de s'essuyer les lèvres à l'aide de sa serviette.

« Ravi. Tu n'as pas idée de combien je suis ravi. Je suis fou de joie. » sourit-il, « C'est juste que le timing laisse à désirer. Mais trinquons au fait qu'il n'y ait plus d'Eddie. »

Draco leva son verre de whisky et espéra que ses mots étaient prémonitoires. Peut-être qu'Eddie Carmichael disparaîtrait tout simplement, même si les choses que cela se produise soient minces.

Harry hésita puis fit claquer son verre doucement contre celui de Draco. Ils burent tous les deux puis Harry demanda :

« Pourquoi le timing est mauvais ? Qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui ? »

Draco prit sa dernière bouchée de pomme de terre puis repoussa son assiette. Le repas avait été simple mais satisfaisant avec le mélange parfait d'épices. Harry avait apparemment des talents cachés.

Draco se mit debout et envoya son assiette et ses couverts dans l'évier d'un geste de la baguette.

« Laisse-moi faire la vaisselle pour toi. »

Harry était sur ses pieds et tenait le bras de Draco.

« Non. On s'en occupera demain matin. Tu as l'air à bout de forces. Allons nous asseoir et terminer nos verres. On peut peut-être discuter aussi, sans aborder des sujets où il est question de vie ou de mort. Comme... l'observation des oiseaux. Tu as déjà observé des oiseaux ? »

Draco renifla mais laissa Harry le tirer vers la pièce voisine.

« Jamais, à moins que le fait d'attendre le hibou de ma mère qui m'apportait des bonbons entre en compte. »

Il grimaça au souvenir.

« Laisse-moi monter enfiler quelque chose de plus chaud. Je reviens. »

En réalité, il ne se faisait pas confiance pour être si proche d'Harry en ne portant rien d'autre qu'un peignoir.

Il se précipita dans les escaliers et passa un pantalon et une chemise puis revint au rez-de-chaussée pour trouver Harry se frottant les mains devant le feu ronflant.

« Ça va t'aider à te réchauffer. » dit Harry.

Draco sourit en guise de remerciements et s'assit dans le canapé. Harry invoqua leurs deux verres et en tendit un à Draco quand il s'installa contre les coussins à ses côtés. Harry retira ses chaussures et replia ses pieds sous lui, en s'enfonçant confortablement dans le canapé et en se tournant pour faire face à Draco. C'était assez déconcertant, principalement parce que Draco se demanda comment il était supposé se retenir de l'embrasser dans cette position.

Il prit une gorgée de son whisky Pur-feu et pria Merlin pour qu'il lui donne de la force.