Avertissement pour ce chapitre : mention de torture
Chapitre 18
Le couloir noir à la sortie de l'ascenseur au Niveau Neuf qui conduisait à la porte tout au bout ne paraissait pas moins menaçant à Harry désormais que quand il n'était encore qu'un jeune garçon. Il avait eu très peu d'occasion de venir ici depuis cette époque, même en tant qu'Auror. Les Langues-de-Plomb avaient rarement besoin de l'aide des autres Départements. Elles se débrouillaient très bien toutes seules et, franchement, elles étaient foutrement mystérieuses et effrayantes.
« Il était temps. »
Draco la serra étroitement contre lui.
« Christine ? »
« Elle est en sécurité. On a passé la nuit à couvrir nos traces – et les tiennes. De rien et tu nous en dois une énorme. »
« Shopping à Paris. Je te le garantis. »
« J'imagine que ce sera suffisant. Pour commencer. »
« Comment tu savais qu'on serait ici ? »
Ron jaugea Parkinson d'un regard suspicieux.
« Pour un Auror, tu es plutôt bête, Weasley. »
Parkinson tira une note de sa robe et la secoua dans les airs.
« Tu as laissé le message de Granger sur ton bureau. Personne n'a bronché quand j'ai débarqué dans le Département des Aurors et que je l'ai récupéré. Honnêtement, je ne sais même pas comment le Ministère tient debout parfois. »
Ron fronça les sourcils et Harry espéra qu'il était en train de songer à des mesures à mettre en place pour améliorer la sécurité du Département à l'avenir. Draco marmonna quelque chose qui ressemblait à 'Les seins de Pansy lui ouvrent des portes qui resteraient fermées au commun des mortels'. L'échec reposait sur les épaules des hétérosexuels, comprit Harry.
L'entrée du Département des Mystères était toujours la même. Une pièce circulaire qui contenait douze portes. Un homme se tenait au centre de la pièce. Il les regarda curieusement quand la porte se referma derrière eux. Les murs se mirent à tourner et, même si logiquement Harry s'attendait à ce que la porte dans son dos mène à la sortie, il savait que le sol vitreux tournoyait aussi, ne laissant que de la confusion. Il avait toujours pensé que c'était une manière idiote de pénétrer dans un Département et avait fait part de son dégoût à Kingsley plus d'une fois.
L'homme leva la main au même moment où Draco dégaina sa baguette.
« Bonjour. » eut-il seulement le temps de dire avant qu'un Stupefix jaillisse du bout de la baguette de Draco et le laisse raide comme un piquet.
« Draco ! » hurla Harry en même temps que Ron cria « Malfoy ! »
Harry se plaça entre Draco et Ron, juste au cas où, et il saisit le poignet de Draco pour l'empêcher de faire quoi que ce soit d'autre sans prévenir. Draco ne résista pas.
« Bien qu'il soit fort possible que ce ne soit qu'un pauvre homme du Département des transports magiques, il aurait très bien pu être placé là pour avertir Chang de notre arrivée. Mieux vaut prévenir que guérir. »
Harry soupira lourdement et le relâcha.
« Merlin, je déteste quand tu agis sans aucun scrupule mais que tu as raison. Ron, ligote ce gars et continuons. Plus vite on retrouvera Hermione, mieux ce sera. »
Ron attacha l'homme inconscient, marmonnant durant tout le processus 'fichus Serpentard' et '… vaut mieux pas que je sois suspendu pour cette connerie' et '… tient Harry par les couilles'. La dernière partie aurait pu blesser Harry quelques jours auparavant mais maintenant, il se souvenait seulement de la sensation de la main de Draco sur ses testicules et une chaleur se répandit sur ses joues. Il n'osa pas regarder Draco quand il gigota pour ajuster la soudaine étroitesse de son pantalon à ces pensées. Ce n'était définitivement pas le moment.
« Quelle porte, Draco ? »
« N'importe laquelle. Je saurais où allait une fois qu'elle sera ouverte. »
Sur ce, il se dirigea vers la porte la plus proche et tira sur la poignée. Elle s'ouvrit pour dévoiler une clarté si forte qu'ils durent tous cligner des yeux puis les couvrir pour pouvoir s'ajuster. Dès qu'il put voir à nouveau, Harry se tint aux côtés de Draco et observa ce qui semblait être une grande plaine herbeuse dégagée, baignée par une chaleur jaune, s'étendant à perte de vue, jusqu'à ce que des montagnes rendues minuscules par la distance forment la ligne d'horizon.
« D'accord. Il nous faut la troisième porte à gauche. Va l'ouvrir ou la pièce va se remettre à tourner quand nous refermerons celle-ci. »
Harry s'empressa d'aller ouvrir la porte et fut soulagé de voir un couloir en apparence ordinaire. Draco ferma la porte donnant sur le paysage et ils entrèrent tous dans le corridor avant de clore le passage derrière eux. Plusieurs autres portes apparurent sur chaque mur mais Draco les dépassa jusqu'à atteindre la pièce au bout du couloir.
« Le bureau de Chang. » expliqua-t-il puis il se décala sur le côté en faisant un geste à Ron, « Les Aurors d'abord. »
Ron marmonna dans sa barbe mais ouvrit la porte et pénétra dans la pièce, la baguette tendue. Harry le suivit et se figea rapidement, bafouillant un seul mot surpris.
« Eddie ? »
Eddie sauta du siège dans lequel il était assis.
« Harry ! Par Rowena, Harry ! J'étais tellement inquiet ! Je suis rentré à la maison et j'ai trouvé ton mot et c'était comme si tu – eh bien, je n'ai pas pu y croire ! »
Il bondit en avant, comme pour se jeter dans les bras d'Harry, mais il entra en collision avec le torse de Draco, qui s'était soudainement interposé entre eux deux.
« Je te remercierais de garder tes mains pour toi, Carmichael. » dit Draco d'un ton qu'Harry n'avait entendu que quelques fois auparavant.
La tonalité dangereuse de sa voix était ridiculement excitante et il dut resserrer sa prise sur sa baguette au point que le bois soit presque douloureux pour éloigner son esprit des souvenirs de la nuit précédente et de la voix sexy de Draco grognant son prénom. Le moment était inapproprié.
« Qu'est-ce que tu fous ici, Eddie ? » demanda Harry.
« Ouais. » ajouta Ron, « Aux dernières nouvelles, le Département des jeux et sports magiques est au Niveau Sept. Je ne vois pas ce qu'auraient à dire les Langues-de-Plomb à propos de la vente d'équipements de Quidditch. »
Harry observa Ron, surpris par son ton. À moins qu'Hermione ait partagé avec lui les vagues suspicions d'Harry au sujet d'Eddie, Ron n'avait aucune raison de ne pas lui faire confiance.
« Je ne savais où me rendre d'autre ! Tu avais disparu et j'étais tellement inquiet ! Les Aurors n'ont pas voulu m'aider ! Tu sais bien qu'ils me détestent tous là-bas, Harry - »
« Ton histoire tiendrait presque debout, Carmichael, sauf que tu ne t'es jamais rendu au Département des Aurors aujourd'hui. »
La voix de Draco était nonchalante et Harry n'osa pas le regarder après qu'il ait parlé. Comment était-il au courant ? N'était-ce que du bluff ? Si c'était le cas, cela fonctionna car Eddie rougit et tourna ses yeux vers la porte, comme pour prier qu'une issue de secours apparaisse subitement.
« Je... J'avais l'intention d'y aller mais je suis venu ici d'abord. »
« Pourquoi ? Je ne savais même pas que tu connaissais Cho. »
« Bien sûr que je la connais. J'ai sûrement déjà dû le mentionner. »
« Pas une seule fois. » contra Harry, « Où est Hermione ? »
« Comment je le saurais ? Harry, rentre à la maison avec moi et on réglera tout ce bazar. »
Harry fronça les sourcils et se demanda ce qu'il avait bien pu aimer chez Eddie. Savoir qu'il lui avait menti et qu'il lui mentait encore maintenant, si le tressautement nerveux au niveau de la mâchoire d'Eddie était une indication, ne lui plaisait pas du tout. Des petits détails qu'il avait remarqués depuis le tout premier avertissement de Draco lui revinrent en mémoire et le faux livre rempli de documents étranges était en tête.
« Est-ce que Cho t'a engagé pour garder un œil sur moi ? Et si oui, pourquoi ? »
Parkinson enroula un bras autour des épaules de Ron.
« Hé, Weasley. Et si on allait dans le couloir une minute vérifier si Chang est revenue ? »
Ron essaya d'échapper au contact mais elle ne se rapprocha que plus, tellement près que le visage de Ron devint écarlate.
« Tu ferais mieux de faire ce qu'elle te demande, Weasley. Elle a tout d'un céphalopode quand elle a décidé de quelque chose. »
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Ça veut dire que j'ai la tête dure comme une pieuvre. Tu aimerais sentir mes six autres mains ? »
Parkinson lui sourit malicieusement.
« On sera dehors et je ne veux même pas savoir pourquoi c'est nécessaire. »
Parkinson le traîna jusqu'à la porte et la fit claquer bruyamment derrière eux. Les yeux d'Eddie s'écarquillèrent et ils passèrent de Draco à Harry.
« Tu es un Auror. » dit-il d'un ton dégoulinant d'accusation terrifiée.
« Pas officiellement. Je suis indéfiniment en congés, tu te rappelles ? »
Le Doloris de Draco fit grimacer Harry, jusqu'à ce qu'il se souvienne de l'état dans lequel était Draco après avoir échappé à Crabbe. Si Eddie avait été impliqué dans ce cauchemar, Harry voulait le savoir. Si Cho était, réellement, celle derrière tout ce qu'ils avaient traversé, ils devaient découvrir ce qu'elle avait prévu de faire à Hermione.
Eddie hurla et tomba par terre en se tordant de douleur. Draco relâcha immédiatement le sort et Eddie gémit et se mit en position fœtale.
« Pourquoi, Harry ? Pourquoi tu fais ça ? Je t'aime ! »
Draco rugit et leva à nouveau sa baguette. Harry leva une main pour l'arrêter mais Eddie se rétracta avec un couinement et se cacha pratiquement sous le bureau de Cho pour échapper au possible sort.
« Dis-nous juste où elle est allée, Eddie, ou je demande à Harry de quitter la pièce pour que nous continuons cette petite discussion rien que tous les deux. Nous allons bien nous amuser, qu'en penses-tu ? »
Bien que le ton de Draco soit enjoué, son sourire était vicieux.
« Harry, ne me laisse pas tout seul avec lui ! »
Draco s'approcha de lui et se pencha vers Eddie, ayant l'air menaçant.
« Comment oses-tu lui demander quoi que ce soit après tout ce que tu lui as fait ? »
« Ce que je lui ai fait ? Je suis celui qui a fini à Sainte-Mangouste et qui s'est presque fait tuer dans mon propre appartement ! Je suis celui menacé par un taré en ce moment ! »
Malgré la peur d'Eddie, ses protestations étaient sûres et Harry ressentit une vague étourdissante de culpabilité. Et s'il était innocent ? Harry ne se le pardonnerait jamais.
« J'ai trouvé le dossier, Eddie. Les photos et les articles de journaux. Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi. Pourquoi faire semblant d'être amoureux de moi ? Qu'est-ce que ça t'a apporté ? »
La pointe de la baguette de Draco se posa contre le menton d'Eddie et s'y enfonça.
« Réfléchis soigneusement avant de répondre. Harry ne sait pas pourquoi mais, moi oui. Et si tu mens, tu souhaiteras être mort sous la baguette de Rosier. »
Eddie avait été sur le point de parler mais sa bouche se referma lentement et s'ouvrit à nouveau. Ses yeux écarquillés glissèrent vers Harry puis vers Draco. Une pression supplémentaire de la baguette de Draco sembla détruire sa résistance.
« Je l'ai fait pour l'argent, ok ? J'étais plongé dans les dettes de jeux jusqu'au cou. J'ai perdu une fortune lors de la dernière Coupe du Monde et Notus aurait été ravi de se servir de mes entrailles comme bretelles. Cho m'a sauvé le cul, du moment que je faisais ce qu'elle demandait. Ce n'était pas compliqué. J'avais juste à garder un œil sur Harry et à rapporter ses activités. »
Les mots firent l'effet de pierres tombant sur l'âme d'Harry. Même s'il l'avait suspecté, il se rendit compte que les suspicions étaient très différentes de la vraie confirmation. Tout ce qu'il avait ressenti pour Eddie était réel et cela faisait mal comme une fracture ouverte de découvrir qu'il avait été dupé, que rien n'avait été sincèrement réciproque.
« Elle t'a demandé de garder un œil sur lui. Mais tu ne t'es pas contenté de cela, Eddie. »
La voix de Draco était basse et dangereuse, chargée d'une rage prête à exploser.
Eddie déglutit et secoua la tête.
« Non. Ça a trop bien fonctionné. Le flirt a poussé... Harry à vouloir une relation. Il voulait quelque chose de sérieux et Cho a suggéré que je lui demande d'emménager. Ce n'était pas méchant. »
« Pas méchant. Faire semblant de l'aimer, le convaincre de quitter les Aurors, jouer avec ses sentiments et l'utiliser ? Tu qualifies tout ceci de 'pas méchant' ? »
Les yeux d'Eddie s'agrandirent encore plus jusqu'à ce que ses iris soient perdues dans un océan de blanc.
« Je ne l'ai pas utilisé ! C'était son idée de quitter les Aurors ! Elle m'a dit de l'encourager, c'est tout ! Je n'ai jamais prévu de - ! »
Eddie se tut et son regard fou se posa sur Harry.
« Harry, je t'en prie - »
« Est-ce que tu es gay au moins, Eddie, ou c'était un mensonge ? Tu n'as jamais insisté et, même si sur le coup j'en étais reconnaissant, maintenant je ne peux pas m'empêcher de me demander si c'était vrai ou non. »
« Je... Je... »
Eddie prit une profonde inspiration puis ferma les yeux et sa tête tomba en arrière pour cogner contre le bureau dans un son plein de défaite.
« Non. Je veux dire, je ne suis pas homophobe ou quoi que ce soit. J'aurais pu... tu sais, s'il avait fallu. Je l'aurais fait. Je l'aurais fait, Harry. »
Harry se détourna de lui. Si les mots d'Eddie étaient censés le réconforter, ils eurent l'effet opposé. Il avait envie de vomir.
Draco sembla secoué quand il reprit la parole.
« Salazar, tu es un sac à merde encore plus gros que je ne l'avais pensé. J'aimerais te lancer des Doloris jusqu'à ce que tu perdes l'esprit. Malheureusement, je n'ai pas le temps. Dis-nous où est allée Cho. »
« Je ne sais pas ! Elle a parlé de gravité avant de partir ! C'est tout ce que je sais ! »
Draco éloigna sa baguette du visage d'Eddie mais la fit rebondir d'un air menaçant dans sa paume.
« Qu'a-t-elle dit exactement ? »
« Elle a dit... Elle a dit 'La gravité n'est-elle pas une chose curieuse' et puis elle m'a dit d'attendre ici. C'est tout ! Je ne sais pas ce que ça veut dire ! »
Draco regarda Harry.
« Je sais où elle est. »
Il lança un Stupefix à Eddie, qui bascula vers l'avant sans un bruit. Plusieurs autres sorts l'attachèrent fermement.
« Draco - »
Harry était bouleversé. Sans hésiter, Draco le prit étroitement dans ses bras.
« Harry. »
Les lèvres de Draco effleurèrent son front et le torse de Draco bougea quand il respira lentement.
« Harry, il n'a jamais mérité une seule seconde de ton temps. »
« J'avais l'impression que si pourtant. J'ai été dupé si facilement. Draco, et si j'avais tort à propos de - ? »
Harry s'arrêta avant de pouvoir bafouiller les mots. Il se sentait déjà comme le plus gros des imbéciles. S'il avait tort à propos de Draco alors il ne pourrait plus jamais avoir confiance en ses propres sentiments.
Draco s'écarta et tint Harry à bout de bras. Ses doigts – et la poignée de sa baguette – s'enfonça dans les épaules d'Harry.
« Ne t'excuse jamais de ressentir ce que tu ressens. As-tu compris ? Peu importe que rien n'ait été réel pour lui. C'était réel pour toi. Ne penses pas un seul instant que tu dois enfermer ton cœur et construire tes futures relations sur la base de la méfiance ou dans la crainte que tout le monde se jouera de toi. Harry, une des choses qui fait que tu es toi est que tu offres tes émotions si librement, que tu vis dans l'instant présent et que tu exprimes ta joie quand tu ressens de la joie et ta colère quand tu ressens de la colère et toutes les autres émotions du spectre. Ne laisse pas un escroc assoiffé d'argent te faire douter de la splendeur de tes émotions et t'empêcher d'offrir ta future dévotion à quelqu'un d'autre. Parce que c'est exactement ce que c'est, Harry. C'est un cadeau et il était bien trop stupide pour s'en rendre compte. Il est le seul à avoir perdu quelque chose. Pas toi. »
Harry le fixa, secoué par les mots de Draco mais aussi par la véhémence avec laquelle il les avait prononcés. Il ignorait quoi dire et n'était même pas sûr de pouvoir parler avec la boule grossissant au creux de sa gorge. Avec la clarté d'un Soleil gigantesque, il se rendit compte que ce qu'il avait ressenti pour Eddie n'était qu'une lueur de bougie par rapport à la lumière incandescente de ses sentiments pour Draco. C'était électrifiant.
Totalement inconscient du vortex émotionnel dans lequel Harry se trouvait, Draco lui sourit simplement et posa un baiser tendre sur ses lèvres.
« Allez, viens maintenant avant que je ne dise autre chose de compromettant. Allons retrouver Granger. »
Ron les regarda avec des yeux grand ouverts quand ils sortirent et Harry remarqua qu'il se tenait de l'autre côté du couloir, séparé de plusieurs mètres de Pansy, qui étudiait ses ongles avec une apparente indifférence.
« Nous nous apprêtons à foncer droit dans un piège. » dit Draco en se dirigeant, avec sa confiance en lui habituelle, dans le hall d'entrée principal.
Il tint la porte ouverte pour que les autres pénètrent dans la pièce circulaire.
« Harry, ouvre cette porte-ci. Oui, juste en face. »
Reprenant enfin ses esprits, Harry ouvrit le passage puis fit un pas en arrière sous la surprise, rattrapant la porte juste avant qu'elle ne se referme. Il lorgna ce qui semblait être un espace sombre, rempli d'étoiles. Un instant plus tard, Draco le rejoignit.
« Les Langues-de-Plomb ont, pour la plupart, un sens de l'humour révoltant. Essayez de rester le plus possible derrière moi. Le sol pourrait être une illusion, comme il pourrait tout aussi bien être portail étriqué vers une abysse. Je préférerais ne pas découvrir si cette option est réelle. »
Sur ce, il s'avança vers l'espace. Harry tendit la main vers lui avec un halètement instinctif mais, au lieu de tomber, le pied de Draco se posa sur une surface solide mais invisible. Il jeta un coup d'œil à Harry par-dessus son épaule avec un sourire puis caressa les doigts d'Harry un instant avant de pivoter et de continuer.
Les quatre traversèrent l'espace et Harry essaya de se concentrer sur les épaules de Draco plutôt que de se perdre dans le spectacle étourdissant étendu tout autour d'eux. C'était comme s'ils se tenaient dans un lieu éloigné de tout, sans rien les empêchant d'observer le ciel nocturne. La quantité d'étoiles était époustouflante et menaçait de réduire le moindre de ses problèmes à un grain de poussière insignifiant.
Après ce qui parut être une bien trop longue marche à travers le cosmos, Draco s'arrêta puis tâtonna devant lui. Il fit un pas en arrière, piétinant presque les orteils d'Harry, et ouvrit ce qui semblait être une porte sur une obscurité profonde. Il entra et Harry suivit, pressé d'échapper à l'immensité dérangeante de l'espace.
Ils se retrouvèrent dans une salle imprécise, si sombre qu'à première vue, elle ne semblait être rien d'autre qu'une obscurité sans fond. Quand ses yeux s'ajustèrent, Harry vit que c'était en réalité une pièce circulaire emplie de fenêtres qui donnaient sur les étoiles qu'ils venaient de laisser derrière eux.
Draco les mena à travers la salle et Harry vit un homme assis sur un banc. Il ne bougea pas d'un millimètre ni ne parut remarquer leur présence. Ses yeux étaient collés à l'objectif d'un grand télescope.
« Ne faîtes pas attention à Copernic. Il n'est pas sorti de cette pièce depuis quatre ans. Il est tellement obsédé par l'observation des variations de la Nébuleuse du Crabe qu'il a totalement oublié l'existence du monde extérieur. Sa femme l'a quitté l'année dernière. Je crois qu'elle a demandé le divorce par contumace. Il ne se souvient probablement même pas qu'il a un jour été marié. »
Harry regarda bouche bée le Langue-de-Plomb immobile puis s'empressa de suivre Draco, qui avait ouvert une nouvelle porte et qui l'avait traversée. Ils n'allèrent pas loin dans la salle suivante, principalement parce qu'il leur fallut plusieurs minutes pour s'habituer à la clarté soudaine. De multiples torches brillantes illuminaient la longue pièce rectangulaire devant eux. Harry ressentit une certaine inquiétude quand il put enfin discerner les objets décorant le gigantesque espace.
« Gravité. » dit sèchement Draco.
« Il faut qu'on traverse ça ? » demanda Ron en couinant presque.
« J'en ai bien peur, étant donné le symbole luisant sur cette porte, juste là. » indiqua Draco en pointant du doigt, « Nous devons trouver un moyen de l'atteindre. D'après l'apparence du sol, je dirais que c'est un portail dimensionnel. Comme un Portoloin géant. Si nous tombons, nous serons téléporté Merlin sait où. »
Harry regarda la brume tournoyante qui constituait le sol la zone sur laquelle ils se tenaient. Au-delà de la brume, il y avait une série déconcertante de plate-formes qui montaient et descendaient lentement. Elles rappelaient un peu à Harry les escaliers mouvants de Poudlard.
« On ne peut pas juste les figer d'un sort pour qu'elles restent stables ? »
« Essaie. » dit Draco.
Ils lancèrent immédiatement une salve de sorts. Ils n'eurent aucun effet sur les plate-formes.
« Champ d'annulation. »
« Le problème, évidemment, c'est que monter sur l'extrémité d'une plate-forme, comme celle-ci, va la faire pencher, à moins qu'il y ait un poids égal de l'autre côté pour l'équilibrer. »
Ron vint près de Draco et fronça les sourcils.
« Sauf si on calcule bien et qu'on en attrape une en pleine descente. On pourrait avoir le temps d'atteindre le centre. Laisse-moi une seconde pour réfléchir. »
Ron fit les cent pas, marmonnant dans sa barbe en s'agenouillant ici et là pour jauger les plate-formes en mouvement dans la salle. Elles ressemblaient à des tape-culs d'enfants, bien qu'elles soient bien plus larges, peut-être autant qu'une cage d'escaliers.
« Déjà, pourquoi une pièce comme ça existe ? C'est stupide! » explosa Pansy.
« Pourquoi une pièce remplie de cerveaux dans des bocaux existe, pourquoi une salle gigantesque avec une arche menant à la mort existe ? Désolé, Harry. »
Ron ferma la bouche rapidement et recommença à étudier le problème.
« Ok, je crois que j'ai trouvé. Il va falloir un peu de coordination donc quand je le dis, vous sautez tous, d'accord ? »
Harry acquiesça immédiatement et Draco en fit de même. Parkinson sembla sceptique mais elle haussa les épaules.
« Très bien. Attendez ici une minute. Je vais monter sur celle-là en premier. »
Ron prit quelques pas d'élan et sauta sur la plate-forme planant le plus proche de l'endroit où ils se tenaient tous. Il attrapa le bord de bois qui commença aussitôt à s'abaisser rapidement. Il se faufila comme il put dessus et se jeta en avant, finissant dans une position d'étoile de mer au milieu de la plate-forme, ce qui stoppa son inclinaison dangereuse. Ron avança prudemment jusqu'à ce que la planche se stabilise. Il se redressa ensuite sur ses genoux et se tourna, restant en équilibre sur la plate-forme grâce à ses deux bras tendus.
« Ok, Harry, je vais reculer un petit peu. Quand elle commence à se lever, attrape-la. Je ferais contrepoids de l'autre côté pour éviter qu'elle ne penche. »
Harry obéit à Ron. Il atteignit la plate-forme avec un petit saut. Quand elle se mit à basculer, Ron glissa vers l'arrière jusqu'à ce que son poids annule celui d'Harry. Draco fut le prochain. Harry se faufila vers la partie centrale alors que Ron resta où il était. Les trois tenaient un équilibre instable.
« On a vraiment besoin de Parkinson ? » demanda Ron.
« Ferme-la sinon je te coupe les couilles d'un maléfice, Weasley. J'arrive ! »
Ron grogna mais les autres bougèrent prudemment jusqu'à ce que Parkinson les rejoigne. Harry et Draco se tenaient proche l'un de l'autre au centre de la plate-forme alors que Ron et Parkinson contrebalançaient les extrémités.
« Harry, attrape celle au-dessus de toi. Si Malfoy et toi vous vous arrangez pour qu'elle reste stable, on devrait pouvoir grimper dessus facilement
Harry et Draco saisirent tous les deux le bord de la prochaine plate-forme, qui était perpendiculaire à celle sur laquelle ils se trouvaient. Ils la tinrent fermement et l'utilisèrent pour stabiliser celle sous leurs pieds alors que Ron et Parkinson se rapprochaient. En s'accrochant étroitement l'un à l'autre, ils grimpèrent sur la deuxième plate-forme. D'abord Parkinson, puis Ron, puis Draco. Ron se décala à une extrémité avec Parkinson et Draco aida Harry à monter à son tour.
D'une façon maladroite, ils traversèrent lentement la pièce. À un moment, ils durent descendre sur une plate-forme. Le premier d'entre eux dut se poser le plus au centre possible puis ramper pour équilibrer la plaque pour que la deuxième personne puisse atterrir tout près. C'était angoissant et éreintant. Au milieu de la progression, Parkinson glissa et tomba presque dans la brume mais Ron plongea vers elle par réflexe pour la rattraper par le bras. Les deux autres se démenèrent pour que la plate-forme garde son équilibre précaire. Il la fit remonter sur la plaque, utilisant des muscles qui auraient impressionné Harry s'ils avaient appartenu à quelqu'un d'autre que Ron.
« Bien joué, Weasley. » murmura Draco et Parkinson ajouta un merci réticent.
Finalement, ils atteignirent la plate-forme devant la porte avec le symbole scintillant et ils mirent tous pied à terre. Ron fit un grand bond depuis le centre de la dernière plaque.
« Je ne veux plus jamais faire un truc de ce genre. » grogna Ron en posant ses mains sur ses genoux pour reprendre sa respiration.
Ils étaient tous trempés de sueur. Pansy s'éventa de sa main.
Harry attira Draco contre lui, mêlant ses deux poings à sa chemise humide. Il parla d'un ton décidé.
« Draco, je vais reprendre du service. Je ne veux pas arrêter d'être un Auror. »
Draco sourit.
« Très bien. »
« Et je ne veux pas que tu disparaisse dans un endroit chaud. Je ne veux pas que tu disparaisses du tout. »
Le sourire de Draco sembla s'adoucir et s'agrandir en même temps.
« Très bien. »
Harry sentit quelque chose fondre chaleureusement au niveau de son cœur et il poussa Draco contre la porte et l'embrassa profondément. Il entendit vaguement Ron couiner comme un petit rongeur mais il s'en fichait. La sensation et le goût de Draco étaient entêtants, malgré l'urgence de continuer leur progression pour retrouver Hermione. Quand Draco s'écarta du baiser, il dit :
« Tu m'es redevable, Weasley, alors je ne veux rien entendre. »
« Ouvre juste cette foutue porte et retrouvons Hermione ! »
