Note : Merci beaucoup pour vos reviews sur le premier chapitre de cet UA, c'est très encourageant ! Contente que ça plaise ! Pour info - mes reviewers obtiendront quelques surprises exclusives tout au long de cette histoire. Plus d'informations à venir à ce sujet, plus tard ! Bonne lecture !
II. Conquérante sera la pureté
« Ceci est une allocution officielle de votre gouvernement. Afin d'assurer la protection et la sûreté de tous nos concitoyens, nous vous rappelons que toute affiliation avec un individu indésirable est formellement prohibée sous risque de sanction sévère. Tout citoyen pris en flagrant délit d'aide, d'assistance, de dissimulation ou d'autre type d'association avec un Sang-de-Bourbe ou un Dissident recevra la peine capitale. »
Hermione pressa le pas tandis qu'une voix autoritaire et familière lui parvenait aux oreilles, retentissant dans toute la rue. Autour d'elle, l'avenue était calme. Aucun passant n'avait cessé ses activités pour écouter le message qui renvoyait un écho puissant à plusieurs dizaines de mètres à la ronde.
Il était rare que les passants portent attention aux allocutions du gouvernement qui émanaient de gargouilles, de statues et de tableaux placés partout dans les lieux publics. Plusieurs fois par jour, la voix autoritaire d'une officière du Ministère de la Magie répétait les décrets officiels du gouvernement. Il était impossible d'y échapper.
« Tout citoyen est dans l'obligation de signaler la présence de Sang-de-Bourbes et de Dissidents aux représentants de la Section Sécuritaire. » continua la voix, d'un ton machinal et sans vie.
Hermione se dirigea vers une imposante grille. A son approche, deux hommes installés au poste de garde l'observèrent avec circonspection.
« Victorieuse soit sa venue. » salua-t-elle avec politesse.
« Identification. » réclama l'un d'eux d'un ton bourru, sans prendre la peine de répondre à sa salutation.
Hermione tendit sa baguette à l'homme qui l'observa avec attention avant de rentrer dans la cabine. Quelques instants plus tard, il était de retour, et lui rendit sa baguette.
« Motif de la visite ? » interrogea-t-il.
« Je travaille ici. » rappela patiemment Hermione, tentant de réprimer son agacement.
Tous les jours, c'était le même rituel. Ces gardes savaient pertinemment qu'elle travaillait ici car ils lui donnaient l'accès quotidiennement. Pourtant, chaque jour, ils s'évertuaient à lui rendre la tâche difficile.
« C'est la procédure. » rétorqua le second homme, ses yeux plissés. « Tu as un problème avec ça ? »
Hermione s'empressa de secouer la tête. Elle ne voulait pas s'attirer de problèmes. Débattre avec ce genre de personnes ne servait à rien.
« Autorisation d'accès ? » réclama le premier homme, qui avait pris sa baguette.
Hermione farfouilla dans la poche de sa robe de sorcière et lui tendit une épinglette en cuivre qui avait la forme d'une tige et deux feuilles. Il s'agissait de l'emblème que son employeur donnait à ses employés pour les autoriser à accéder au site. Le garde observa le badge avec méfiance, puis, semblant décider qu'il n'y avait rien de suspect, il le tendit à Hermione.
« Circulez. » ordonna-t-il en agitant sa baguette devant la grille qui s'anima pour créer un passage.
Hermione reprit son épinglette et l'attacha soigneusement sur ses vêtements, au niveau de sa poitrine. Elle passa par la grille désormais entrouverte et se dirigea vers le bâtiment d'un pas rapide. Lorsqu'elle pénétra à l'intérieur, il régnait la même agitation qu'à l'accoutumée. Des dizaines de sorciers s'empressaient de faire la queue près des cheminées, serrant des attachés-case ou des malles dans leurs bras, afin de se rendre sur leur lieu de travail.
Tous les déplacements étaient strictement encadrés par le Réseau National des Cheminées. Chaque cheminée autorisait des déplacements spécifiques, définis par le Département des Transports du Ministère. Les cheminées publiques, abondamment fréquentées, reliaient généralement les voyageurs vers d'autres sites publics, tels que le Chemin de Traverse, l'hôpital Ste-Mangouste, ou encore le Ministère de La Magie.
Certaines cheminées étaient semi-publiques et on les utilisait communément pour atteindre des lieux publics plus restreints, comme des entreprises ou des boutiques. Quant aux cheminées privées, elles autorisaient seulement les déplacements vers d'autres domiciles – à la condition qu'elles aient été connectées au préalable par leurs propriétaires respectifs.
Hermione se dirigea vers la seule cheminée qui disposait d'un grillage. Devant elle, un autre membre de la sécurité tenait la garde. Encore une fois, il inspecta sa baguette et son épinglette avant de faire disparaître les barres de la cheminée et lui autoriser l'accès.
Quelques secondes plus tard, Hermione émergeait d'un âtre gigantesque, paré d'ornements raffinés. Elle épousseta sa robe de sorcière et après une énième vérification par un troisième garde posté devant la sortie de la cheminée, elle fut autorisée à quitter le grand hall. Lorsqu'elle poussa les portes françaises blanches en pin jointé, Hermione se retrouva devant une bibliothèque gigantesque, dotée d'un magnifique plafond voûté. Des larges étagères se dressaient jusqu'au dôme. Comme toujours, Hermione ressentit un plaisir indescriptible en pénétrant dans l'endroit. Une odeur agréable lui chatouillait les narines – un effluve de vieux bois, mêlé à du parchemin neuf et de l'encre fraîche - un plaisir olfactif pour elle.
« Granger. » lança soudainement une voix à ses côtés, la sortant de sa rêverie.
Hermione se tourna vers une petite sorcière d'une cinquantaine d'années à l'air strict. Il s'agissait de Patricia Clearwater, la Conservatrice-en chef. Comme à l'accoutumée, elle observait Hermione avec hauteur derrière ses lunettes rectangulaires.
« Tu assisteras Monsieur Macmillan, aujourd'hui. » lui apprit Patricia d'un ton courroucé, ses lèvres plissés sous l'effet de l'agacement. « Il est déjà dans son bureau. »
Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent à l'entente de sa mission du jour.
« Moi ? Assister M. Macmillan ? » répéta-t-elle, effarée.
« C'est ce que je viens de dire. Penelope est souffrante et ne pourra pas le faire, aujourd'hui. » informa Patricia avec irritation, avant de se diriger vers une allée de livres. « Ne le fais pas attendre. »
Cela explique tout, pensa Hermione. Cela faisait presqu'un mois qu'Hermione travaillait aux Grandes Archives des Macmillan. Ils conservaient jalousement dans leur bibliothèque privée des siècles d'ouvrages en tout genre, dont certains étaient d'une rareté impressionnante.
C'était une chance exceptionnelle et un concours de circonstances qui avaient permis à Hermione d'obtenir cet emploi. Ce n'était généralement pas le type de position où l'on acceptait des personnes comme elle. Les Sang-Impurs étaient habituellement relégués aux emplois précaires et aux basses besognes de la société. Il était encore plus rare qu'une Sang-Mêlé entre en contact avec une famille royale comme les Macmillan. Les membres de ces familles semblaient invisibles et insaisissables, vivant en reclus dans leurs cages dorées, à l'abri des regards du reste de la société.
Hermione se dirigea avec appréhension vers l'escalier en colimaçon menant à l'étage supérieur. Elle retint son souffle puis tapa brièvement contre la porte imposante qui donnait accès au bureau personnel de M. Macmillan, nerveuse.
« Entrez. » entendit-elle, de l'autre côté de la porte.
Elle actionna la poignée et entra dans la pièce. Il s'agissait d'un bureau entièrement boisé, reprenant le superbe thème du reste de la bibliothèque. Des étagères de livres plaquées contre les murs remplissaient tous les recoins de la pièce. Au centre, un large bureau en bois massif dominait l'endroit. Un homme âgé, arborant une longue barbe grise, était installé sur le siège, penché sur un parchemin.
« Valeur et vertu. » salua Hermione d'une voix incertaine. « Je suis Hermione Granger, c'est moi qui vous assisterai aujourd'hui, M. Macmillan. »
Aelius Macmillan leva les yeux vers elle et secoua délicatement sa plume dans l'encrier, ôtant tous les résidus de l'encre avant de la poser sur le bureau.
« Ah, oui. Vous êtes la Sang-Mêlée. » dit-il d'un ton factuel. « Installez-vous. »
Il lui fit signe de prendre place sur l'un des sièges face à lui.
C'était Aelius Macmillan lui-même qui avait embauché Hermione, impressionné par ses connaissances, sa culture générale et son appétence pour les livres. Son profil était différent des autres Sang-Mêlés. Ils n'étaient pas autorisés à intégrer Poudlard, l'illustre école de sorcellerie du pays.
Hermione avait vécu dans un territoire libre du Royaume-Uni jusqu'à ses seize ans, avant que la zone ne soit envahie par l'Empire britannique purifié, suite à l'une de ses nombreuses attaques pour en prendre le contrôle. Elle avait donc fait la majorité de sa scolarité magique dans une vraie école de sorcellerie, où son statut de sang n'avait jamais eu d'importance.
Après l'invasion de sa région, la vie d'Hermione avait été complètement chamboulée. Dans le régime, son statut de sang signifiait qu'elle était une personne inférieure, et son traitement au sein de la société le reflétait. La transition avait été atroce pour Hermione qui avait perdu tout contact avec son entourage et tous ses repères. Les communications avec l'étranger étaient prohibées et aucun passage de frontière n'était autorisé pour la majorité de la population.
Rapidement, et par peur de représailles, elle s'était conformée aux coutumes locales, comme la plupart des sorciers venant de territoires récemment colonisés. Les quelques malheureux qui avaient tenté de se rebeller avaient été exécutés sur la voie publique. La méthode s'était révélée efficace pour dissuader les personnes qui ne voulaient pas se soumettre aux lois du régime.
C'était son éducation plus avancée que la plupart de ses pairs qui avait permis à Hermione de trouver du travail. D'abord chez Burke, l'apothicaire, où elle avait travaillé pendant plusieurs années pour l'assister dans la confection de potions et l'organisation de la boutique. Puis chez les Macmillan, aux Grandes Archives.
On l'observait toujours avec un mélange de surprise et de méfiance lorsqu'on réalisait qu'elle était instruite. Hermione avait rapidement appris à ne pas se faire remarquer et à ne pas afficher ses compétences dans des contextes sociaux. Si une Sang-Mêlée instruite pouvait impressionner quelques personnes, dans la plupart des cas, on l'observait avec suspicion.
« Je suis navré de ne pas avoir pris de vos nouvelles plus régulièrement depuis que vous avez commencé à travailler ici. » dit Aelius d'une voix agréable, qui semblait sincère.
Hermione fut stupéfaite par sa déclaration. Les Macmillan étaient la seule famille royale qu'elle avait rencontré dans sa vie et ils défiaient toutes les idées reçues qu'elle possédait sur cette communauté.
« Comment les autres employés vous traitent ? » demanda-t-il en l'observant avec attention.
« Que voulez-vous dire ? » demanda Hermione d'un ton incertain.
« Eh bien, votre statut de sang doit faire jaser. » devina-t-il en levant un sourcil. « Ce n'est pas le cas ? »
La question rendit Hermione mal à l'aise. Les autres employés des Grandes Archives la traitaient avec un dédain dissimulé - comme s'ils ne comprenaient pas comment quelqu'un comme elle avait pu intégrer ce poste. Même si les micro-agressions étaient fréquentes, jamais personne n'avait osé lui lancer une remarque ouvertement insultante.
Hermione hésitait toutefois à dire la vérité à Aelius. Posait-il sa question par politesse ou voulait-il réellement obtenir une réponse honnête ? Hermione ne voulait pas apparaître comme quelqu'un qui aimait se plaindre. Après tout, au quotidien, l'indifférence froide de ses collègues était bien plus facile à gérer en comparaison aux critiques incessantes de Caractacus Burke, l'apothicaire qui passait son temps à médire Hermione sur son statut.
« On me traite…correctement. » dit-elle finalement, ne trouvant pas d'autre terme adéquat. « Je vous suis vraiment reconnaissante pour cette opportunité, M. Macmillan. »
Elle disait vrai. Elle adorait son emploi. Travailler au milieu de vieux ouvrages rares la rendait euphorique.
« Heureux de l'entendre. » affirma-t-il, avec un sourire satisfait. « Nous avons reçu une nouvelle collection - vous pouvez commencer à l'indexer. Vous pouvez travailler dans la pièce adjacente. »
Il reprit sa plume et reporta son attention sur le parchemin. Hermione hocha la tête et se dirigea vers une table sur laquelle six larges grimoires avaient été soigneusement entreposés. Lorsqu'elle leva les yeux - elle aperçut un gigantesque tableau à l'huile accroché au mur. Il représentait Aelius en compagnie d'une femme, ainsi que deux adolescents. En dessous, en lettres calligraphiées, on pouvait lire les mots suivants :
- Unis par la connaissance -
Il s'agissait de la devise familiale des Macmillan. Hermione se souvenait clairement l'avoir lu dans son exemplaire de l'Abécédaire de la Pureté. Toutes les familles royales possédaient une devise personnalisée, à l'image de leurs valeurs principales.
« Vivica, mon épouse défunte, ainsi que mes enfants Ernie et Pippa. » lança la voix d'Aelius derrière Hermione, la faisant sursauter.
La jeune femme reconnut immédiatement le visage d'Ernie. Elle l'avait vu à deux reprises aux Archives. A chaque fois, il avait traversé la bibliothèque d'un pas empressé et avait monté l'escalier en colimaçon pour se rendre dans le bureau de son père. Ernie était le Gouverneur actuel des Macmillan. Il s'agissait d'un titre honorifique et politique donné à un membre de chaque famille royale. Il leur accordait le droit de représenter les intérêts et la voix de leur famille lors des décisions importantes, comme le vote des Décrets spéciaux ou l'élection du Ministre de la Magie.
« Je sais ce que vous vous demandez. » poursuivit Aelius qui observait Hermione avec insistance derrière ses lunettes.
Hermione se tourna vers lui, décontenancée.
« Pourquoi mon fils est-il Gouverneur alors que je suis toujours en âge de l'être. » dit Aelius avec patience. « J'aime les livres, la connaissance, l'instruction, comme tous les Macmillan. La politique n'est pas mon fort. Ernie semblait plus intéressé par la fonction alors j'ai pris ma retraite plus tôt que prévu. »
Hermione fut prise de court par son honnêteté.
« Je vous laisse continuer. » dit-il, reportant son attention sur son parchemin.
Hermione s'empressa alors de se mettre au travail.
/
Ginny appuya fermement sur la sonnette de la Chaumière aux Coquillages, le petit cottage chaleureux où son frère Bill résidait avec sa famille. Ginny y avait vécu avec eux, jusqu'à l'année précédente, avant d'emménager dans l'appartement qu'elle partageait désormais avec Hermione.
La maison se situait à Cornouailles, dans un endroit isolé et tranquille, près d'une colline. Une plage au sable fin et aux rochers massifs était visible de la maison, au bas de la colline. Ginny avait ressenti le besoin pressant de quitter la maison de son frère et de son épouse lorsqu'ils avaient eu leur premier enfant, Victoire. Elle avait eu l'impression d'être de trop parmi leur petite famille et l'envie d'indépendance et d'intimité l'avait poussée à quitter le domicile de son frère. Elle avait pourtant dû attendre quelques années, pour être prête à s'assumer financièrement, sans aucune aide de sa part.
Bill était extrêmement protecteur lorsqu'il s'agissait de Ginny et il n'avait pas vu sa décision d'un bon œil. Il avait cependant été forcé de l'accepter et Ginny en était certaine, Fleur n'avait pas été étrangère à cette décision. Elle avait sans doute aidé à apaiser l'anxiété de son mari à l'idée de voir sa petite sœur seule dans la grande ville. Bill insistait toutefois pour que Ginny leur rende visite au moins une fois par semaine - en général pour un dîner avec sa famille.
La porte d'entrée d'un bleu sarcelle s'ouvrit, laissant apparaitre une femme blonde à la beauté époustouflante. Son ventre était rebondi, signe d'une grossesse naissante. Ses longs cheveux argentés étaient rangés en une longue tresse soignée, et ses grands yeux bleus affichèrent une lueur joyeuse à la vue de Ginny.
« Oh, te voilà enfin Ginny ! » s'exclama Fleur avec enthousiasme en s'approchant d'elle pour poser deux bises sonores sur ses joues.
« Hey, Fleur. Où sont Bill et Victoire ? » interrogea Ginny en lui adressant un grand sourire.
« Dans le jardin. Je vais les prévenir de ton arrivée. » lança Fleur de sa voix chantante, repoussant sa longue natte derrière son dos.
Ginny se dirigea vers le living-room et se laissa choir dans l'un des fauteuils bleu turquoise installés dans la pièce. Quelques instants plus tard, une mini tornade blonde se rua dans sa direction et sauta sur elle pour l'étreindre.
« Tante Ginny ! » s'exclama Victoire, sa nièce, sautillant avec excitation.
Ginny posa un baiser sur la joue de la fillette, lui caressant affectueusement les cheveux. Victoire lui exhiba fièrement ce qui ressemblait à une grenouille pleureuse.
« Papa et moi l'avons trouvée près de l'étang. » annonça-t-elle avec contentement, caressant l'amphibien.
« Comment vas-tu l'appeler ? » interrogea Ginny.
« Mais enfin Tante Ginny… On ne peut pas adopter une grenouille. » répondit Victoire en lâchant un rire cristallin, qui éclaira son adorable visage.
« Et ze ne veux pas voir zette grenouille à l'intérieur de la maison, Vicky. » ajouta Fleur, observant la grenouille avec une grimace incommodée. « Va la remettre où tu l'as trouvée et va te laver les mains. Nous allons bientôt dîner. »
Victoire afficha une moue déçue - mais consentit à obéir. Lorsqu'elle passa devant sa mère, elle lui lança quelques mots en français, que Ginny ne comprit pas, et Fleur hocha la tête patiemment.
« Petite sœur. » s'éleva soudainement la voix grave de Bill, qui venait de faire irruption dans le séjour.
Ginny se leva pour étreindre son frère.
« Tu n'es pas venue la semaine dernière. » sermonna-t-il d'un ton sévère, en fronçant les sourcils.
Ginny savait que son absence de la semaine précédente ne passerait pas inaperçue. Elle était habituée aux sermons de Bill, qui agissait parfois plus comme un père qu'un frère envers elle. Elle savait toutefois que ses intentions étaient bienveillantes. Bill ramena sa longue chevelure dans une queue de cheval basse, affichant la brûlure imposante qui marquait le côté gauche de son visage. De sa tempe, en passant par une partie de son oreille jusqu'au menton, la peau avait désormais une couleur rosée. C'était l'une des blessures qu'il avait recouvré pendant l'incendie qui avait détruit Le Terrier, leur maison d'enfance. Une poutre enflammée était violemment tombée sur son visage, provoquant une brûlure au troisième degré.
« Je suis désolée Bill, j'ai dû faire des heures supplémentaires, ce jour-là. » mentit Ginny.
Elle ne voulait pas révéler à Bill qu'elle avait croisé par hasard son ex-petit ami, Olivier Dubois, ce jour-là, et qu'ils avaient pris un verre dans un pub du Chemin de Traverse. Bill n'avait jamais apprécié les garçons qu'elle avait fréquentés. Pour une raison obscure, il semblait éprouver une aversion particulière envers Olivier. Probablement parce qu'il était plus âgé que Ginny. Ils avaient commencé à sortir ensemble pendant l'année de ses dix-sept ans. Olivier avait six ans de plus que Ginny, ce qui n'avait pas été acceptable pour Bill.
Son frère sembla sur le point de répliquer quelque chose mais Fleur fit de nouveau irruption dans le living room pour leur demander de passer à table. Ginny prit place sur la chaise à côté de Victoire qui était déjà attablée, faisant balancer ses pieds joyeusement sous la table. Lorsque Fleur posa une petite quantité de nourriture dans son assiette, Victoire piocha avec sa fourchette dans le plat de gratin dauphinois, une spécialité de sa mère.
« Victoire, que dit-on avant de manger ? » lança Fleur, jetant un regard entendu vers sa fille.
« Bon appétit. » répondit Victoire avec enthousiasme.
Ginny vit un sourire en coin apparaître sur le visage de Bill. Fleur, quant à elle, ne semblait pas se réjouir de la réponse de sa fille.
« Victoire ! » répéta-t-elle d'une voix insistante.
« J'ai faim ? » tenta Victoire d'une voix innocente, haussant les épaules.
Bill et Ginny ne purent s'empêcher de rire devant la réponse de Victoire. Fleur posa le plat sur la table d'un geste brusque, son visage rouge de colère et de frustration. Sa main tremblait fébrilement et la cuillère qu'elle tenait menaçait de tomber. Les trois autres cessèrent de rire et l'observèrent avec perplexité. Elle semblait sur le point de fondre en larmes.
« Fleur ? » demanda Bill d'une voix lente, posant une main sur le bras de sa femme.
« Non, William ! » s'écria Fleur d'une voix soudainement hystérique, dégageant son bras d'un geste virulent. « Ze n'est absolument pas drôle ! Pas avec tout ze qu'il ze passe dehors ! »
« Tu as raison, Fleur, je suis désolé. » s'excusa Bill d'une voix posée. « Victoire ? »
« Purs soient le sang et les mains qui ont préparé ce repas. » s'empressa de réciter Victoire, jetant un regard craintif vers sa mère.
Les paroles de la fillette semblèrent immédiatement apaiser Fleur et elle saisit de nouveau le plat, puis entreprit de servir Ginny d'une dose généreuse de pommes de terre. Le reste du dîner se fit dans un silence inhabituel. Fleur sembla agitée pendant tout le repas. A la fin du dîner, Ginny proposa à sa belle-sœur d'aller se détendre dans le séjour.
« Je m'occupe de tout débarrasser. » lui assura-t-elle.
Fleur acquiesça et se dirigea vers le salon, un air préoccupé sur ses traits délicats. Victoire suivit sa mère en affichant une expression intimidée tandis que Bill et Ginny s'occupaient de débarrasser la table. Lorsqu'ils se retrouvèrent dans la cuisine, Ginny se tourna vers son frère.
« C'était quoi, ça ? » interrogea Ginny à voix basse, désignant d'un geste de la tête la porte menant au séjour.
Bill se frotta la nuque, un air fatigué apparaissant soudainement sur ses traits.
« Fleur est un peu sur les nerfs en ce moment. Surtout avec la grossesse. » avoua-t-il. « Elle fait tout pour que Victoire puisse intégrer une école décente. Elle a vraiment espoir qu'on puisse l'envoyer dans un endroit correct - mais tu sais que ça risque d'être compliqué. »
Il fit léviter les assiettes vides dans l'évier, et une éponge s'anima dans les airs pour commencer à laver la vaisselle sale.
« Nous avons envoyé mon dossier au Ministère il y a quelques mois, mais c'est toujours en attente. » indiqua-t-il. « Je n'ai aucun espoir, mais Fleur semble vraiment déterminée. »
Le statut des sorciers Traîtres à leur Sang était particulier dans le régime. On les nommait ainsi car ils étaient des membres directs de la famille d'individus considérés comme dissidents. Ce statut était attaché au nom Weasley car leur père, Arthur Weasley, avait été un fervent opposant au régime de Voldemort lorsque l'Angleterre du nord était encore libre. C'était pour cette raison que sa maison avait été prise pour cible pendant l'invasion, seize ans plus tôt. Bill et Ginny étaient encore mineurs au moment des faits - et même si leur sang était pur, étant les enfants d'un Dissident, ils étaient automatiquement considérés comme Traîtres à leur Sang.
Il était toutefois possible que les Traîtres de Sang obtiennent une Grâce ministérielle, un pardon octroyé par le régime pour les fautes d'un membre de la famille. Elle effaçait la mention de Traîtrise dans le dossier d'un individu. Les conditions requises pour obtenir une Grâce ministérielle étaient si nombreuses et rigoureuses qu'il était presque impossible de les remplir. L'une des conditions était l'apport de preuves de la rupture totale avec le Dissident. Par rupture, ils entendaient officieusement la mort du Dissident en question. Dans leur cas, c'était impossible à prouver. Les membres de leur famille avaient survécu à l'incendie, et avaient probablement pris refuge dans un autre pays.
« Et tu sais comment Fleur est quand elle se met quelque chose en tête. Je n'ai pas le cœur à lui dire que les chances sont quasi nulles. Elle a vraiment espoir que Victoire puisse recevoir une éducation correcte. » poursuivit Bill, l'air grave.
« Une éducation correcte ? » répéta Ginny d'une voix dédaigneuse. « Tu veux dire pour qu'elle devienne comme l'un d'eux ? »
Victoire avait récemment eu six ans, ce qui lui permettait d'intégrer une instruction primaire, en préparation à son entrée dans une école de magie, à ses onze ans. Le rang des enfants définissait toutefois l'école qu'ils étaient autorisés à fréquenter.
A leurs onze ans, les enfants de rang supérieur intégraient Poudlard, qui leur offrait une éducation maximale et excellente pour intégrer la société magique. Les enseignements étaient variés et complexes - de la métamorphose, aux potions, en passant par les sortilèges.
Les enfants de rang inférieur qui pouvaient se le permettre financièrement intégraient Néréide, où ils apprenaient les bases de la magie, dans un cadre très réglementé. On ne leur enseignait pas de connaissances qui pouvaient, selon le gouvernement, leur donner les outils pour faire du mal aux Sang-Purs. C'était également un moyen d'endoctriner les enfants de rang inférieur. On leur enseignait que les Sang-Purs leur étaient supérieurs en tout aspect et que leur objectif à long terme devait être de purifier leur lignée.
« On peut l'éduquer nous-même. » rappela Ginny. « Comme Amos l'a fait avec moi. »
« Ce qui était totalement interdit et dangereux, Ginny. Tu sais qu'il a pris des risques énormes en faisant ça. » rappela Bill en secouant frénétiquement de la tête.
Après l'incendie du Terrier, Bill et Ginny s'étaient retrouvés seuls. Leur région ayant été nouvellement envahie par les partisans de Voldemort, tous les habitants avaient donc été forcés de se plier aux règles de leur nouveau régime et lui promettre allégeance. Leur voisin, Amos Diggory, les avaient recueillis, leur évitant d'intégrer l'un des orphelinats du régime, des endroits terrifiants selon les rumeurs.
Les Diggory étaient des Sang-Purs, ce qui avait rendu leur intégration plus simple dans le régime de Voldemort. Malgré tout, ils n'adhéraient pas aux idées de l'Empire britannique purifié. Toutefois, pour ne pas s'attirer de problèmes, ils feignaient le conformisme aux règles du régime.
Amos Diggory avait offert à Ginny une vraie éducation magique, complétant l'apprentissage douteux qu'elle recevait à Néréide. Elle était bien loin d'avoir les capacités de sorciers ayant étudié à Poudlard, mais elle était bien avancée par rapport aux sorciers de son rang.
« Fleur a toujours respecté le fait qu'on ne soit pas…adhérents. Ça ne la dérangeait pas qu'on garde nos convictions à l'intérieur de la maison mais elle a peur que ça pose problème pour Victoire. Qu'elle dise quelque chose d'inapproprié en public. Surtout à l'école. » ajouta Bill. « Et puis avec tout ce qu'on entend ces derniers jours, l'augmentation des exécutions et des incarcérations, elle est très nerveuse. »
Bill soupira longuement, affichant un sourire désabusé.
« Je crois qu'elle réalise désormais les conséquences d'avoir épousé quelqu'un comme moi. » dit-il avec amertume. « Peut-être qu'elle aurait fait un choix différent si elle avait su que les choses se passeraient ainsi. »
« Ne dis pas ça, William. » lança soudainement une voix douce.
D'un geste synchronisé, Bill et Ginny se tournèrent vers la porte de la cuisine. Fleur se tenait dans l'encadrement, une main posée sur le rebord et l'autre sur son ventre bombé. Ses yeux s'étaient adoucis et elle ne paraissait plus aussi préoccupée que quelques instants auparavant.
« Je ne veux pas t'entendre dire ce genre de choses. » reprit-elle en s'approchant de Bill, secouant la tête avec assurance. « Je t'ai épousé parce que tu es l'homme de ma vie et je n'ai jamais regretté mon choix une seule fois. »
Elle posa une main sur son torse et ils échangèrent un long regard tendre.
« Je sais que tu veux le meilleur pour Victoire, Fleur. C'est ce que je veux aussi. » garantit Bill, l'air découragé.
« Je veux juste la protéger… de tout ça. » déclara Fleur d'une petite voix. « S'il vous arrivait quoi que ce soit… »
« Il ne nous arrivera rien. » interrompit Bill de sa voix grave et rassurante. « Tout le monde dans cette famille agira avec prudence et ne fera absolument rien pour se mettre en danger. N'est-ce pas ? »
Il s'était tourné vers Ginny, lui adressant un regard entendu, comme s'il attendait une confirmation de sa part.
« Évidemment, frangin. Je serai sage comme une image. » promit-elle de manière exagérée.
Elle fit un signe en forme de V avec ses mains, le signe du régime de Voldemort.
« Pur soit le sang. Victorieuse soit sa venue. Que Voldemort nous guide. » répéta-t-elle d'une voix formelle, le sarcasme audible dans sa voix.
« N'en fais pas trop. » réprimanda Bill, causant le rire de Ginny et Fleur.
Fleur sembla retrouver son sourire et elle entoura la taille de Bill de ses bras. Il se pencha vers elle et ils échangèrent un long baiser passionné.
« Arrêtez ça, je vais vomir. » annonça Ginny d'un ton dramatique, faisant mine d'être prise de nausée. « Fleur, je te rappelle que tu es déjà enceinte. Pas besoin d'en faire plus. »
« Oui, et mes hormones zont en ébullition. » affirma Fleur, une lueur ardente dans ses grands yeux bleus, tandis qu'elle observait son mari avec affection.
Ginny grimaça devant la scène.
« Il est grand temps que je m'en aille. » annonça-t-elle en se dirigeant vers le séjour.
Elle donna une longue étreinte à Victoire, puis à son frère et Fleur.
« On te voit la semaine prochaine. A l'heure. » lança Bill.
« Oui, chef. »
Le lendemain, lorsqu'elle entra de bonne heure aux Bons Breuvages de Burke, Ginny retrouva son employeur agité dans l'arrière-boutique, farfouillant dans les étagères d'ingrédients. Il paraissait en transe.
« Ah vous voilà, enfin ! Ce n'est pas trop tôt. » lança—t-il lorsqu'il aperçut Ginny.
Elle voulut lui rappeler qu'elle était en avance par rapport à son heure de début mais il aurait probablement trouvé quelque chose à répondre, comme il faisait toujours. Il était inutile de débattre avec cet homme. Elle avait dû l'apprendre à ses dépens.
« Allez, allez, installez-vous pour prendre des notes. » quémanda-t-il d'une voix autoritaire.
Ginny s'exécuta.
« Mrs Malfoy m'a fait l'honneur de considérer ma boutique pour lui fournir une large commande. » annonça Burke avec excitation, bombant le torse, empli de fierté.
Malfoy, pensa Ginny. C'était le nom de l'homme qui était venu prendre le colis, quelques jours auparavant. Hermione lui avait expliqué qu'il était membre d'une famille royale. Ginny gribouilla des notes sur un parchemin vierge posé devant elle, tentant d'écrire tous les commentaires que Burke déblatérait à toute vitesse, sans même prendre la peine de respirer entre ses phrases.
Apparemment, Mrs Malfoy avait réclamé à Burke des idées de potions originales et rares. Elle comptait les acheter en quantité importante. Burke avait opté pour un Élixir Anti-Sommeil, une potion peu commune à cause de l'un des ingrédients qui la composait : la bave de grenouille-taureau. La créature avait la particularité de rarement entrer en sommeil. Elle pouvait rester éveillée pendant des mois. Il s'agissait cependant d'un animal agressif et difficile à attraper. La potion était également laborieuse à réaliser car elle nécessitait d'être réchauffée à des températures précises, au degré près, qui variaient tout au long de sa préparation.
« J'ai un contact qui pourra probablement me fournir la bave pour réaliser la potion en si grande quantité. » poursuivit Burke, en pleine réflexion.
Il se tourna vers Ginny.
« Évidemment, il faut que Mrs. Malfoy soit d'accord. Nous allons lui envoyer des échantillons. » ajouta-t-il, en prenant un air sérieux. « J'ai quelques fioles en réserve. »
Il balbutia des paroles inaudibles, tandis qu'il revêtait son tablier.
« Je suis convié au Manoir pour discuter des détails de la commande et vous allez m'assister pour cette visite. » dit-il.
« Moi ? » répéta Ginny, estomaquée. « Et Ruth ? »
Ruth était l'autre employée de la boutique - une Sang-Pure de second rang.
« Ruth souffre d'une éclabouille. C'est la saison. Elle sera absente une semaine pendant sa mise en quarantaine. » expliqua Burke en fronçant du nez, visiblement ennuyé.
Il se tourna vers Ginny.
« C'est un énorme contrat pour ma boutique. Et de l'excellente publicité, qui plus est. Vous avez intérêt à rester discrète pendant notre visite. » prévint Burke d'une voix stricte. « Gardez votre gosier bavard fermé et ne faites rien que je ne vous aurais pas autorisé à faire, entendu ? »
« Entendu. » assura Ginny, tentant de dissimuler son ennui.
Deux jours plus tard, Ginny observa avec appréhension deux Mangemorts entrer chez l'Apothicaire. Ils portaient des longues capes sombres et la lettre V était inscrite sur le dos de leur tenue.
« Pouvoir et pureté. » salua l'un d'eux, jetant un regard sombre sur Burke et Ginny, à travers son masque.
« Valeur et vertu. » répondit Burke d'un ton formel.
Ginny resta silencieuse.
« Nous allons vous escorter jusqu'à la demeure des Malfoy. » prévint le second Mangemort d'une voix rauque.
Il leur fit signe de le suivre tandis qu'ils se dirigeaient vers la sortie de la boutique. Ginny serra fermement le coffre qu'elle tenait dans les bras. Il contenait les instruments et les échantillons nécessaires pour la visite. Sur la route, elle aperçut une large diligence, tirée par une créature au corps squelettique, dotée d'ailes imposantes.
Un sombral, reconnut-elle immédiatement. Ginny se souvenait encore de la première fois qu'elle avait aperçu ces créatures. Avant ce jour-là, elle avait toujours pensé que les diligences qu'on voyait parfois dans le ciel se mouvaient d'elles-mêmes. Elle avait écarquillé les yeux lorsqu'elle avait soudainement aperçu un sombral. C'était également ce jour que Ginny avait assisté à sa première exécution en public. Elle n'avait eu que neuf ans lorsqu'elle avait vu un être humain mourir pour la première fois.
« Montez. » ordonna un Mangemort d'une voix enrouée, ouvrant la porte de la diligence d'un geste brusque.
Ginny monta à la suite de Burke, jetant un regard curieux à l'intérieur du véhicule. Elle n'avait jamais voyagé dans une diligence. Elle esquissa un sursaut lorsque la calèche se mit en mouvement brutalement. Face à elle, à travers une vitre transparente, Ginny aperçut les larges ailes du sombral se déplier. Instantanément, la diligence fut secouée par des soubresauts et se décolla du sol, s'envolant rapidement en direction du ciel. Quelques instants plus tard, les mouvements se stabilisèrent. La jeune femme reporta son attention sur les Mangemorts, assis sur la banquette face à Burke et elle-même.
Leurs visages masqués la rendirent mal à l'aise. Tous les habitants du régime apprenaient rapidement à craindre les Mangemorts. Contrairement aux Aurors qui géraient les crimes divers et variés de la communauté, les Mangemorts étaient mandatés uniquement pour les infractions liées à la pureté du sang. Leur faction, nommée la Section Sécuritaire, traquait sans pitié les Nés-Moldus et les Dissidents.
L'un d'eux croisa le regard de Ginny et la malveillance qu'elle aperçut dans ses yeux lui fit froid dans le dos. Elle s'empressa de détourner le regard. Toute sa vie, elle avait entendu des histoires lugubres au sujet de ces individus et de leurs actions. Ils étaient sans pitié et capables d'actes barbares.
Le trajet dura près d'une heure, ce qui lui sembla une éternité. Elle ignorait à quoi s'attendre chez les Malfoy et cette perspective la rendait nerveuse. Bientôt, Ginny sentit que la diligence amorçait sa descente et les roues se posèrent doucement sur le sol. La calèche continua sa route pendant cinq minutes avant de s'arrêter. La porte s'ouvrit brutalement, laissant apparaître un autre Mangemort encapuchonné qui insista pour vérifier leurs identités avant qu'ils n'aillent plus loin.
« Conservez sa baguette. » ordonna-t-il aux deux Mangemorts assis dans la diligence, désignant Ginny d'un geste de la tête. « Statut inférieur. »
« Qu'est-ce que vous attendez ? » murmura Burke aux côtés de Ginny.
Ginny tendit sa baguette magique en direction de l'un des Mangemorts. Elle ne comprenait pas pourquoi ils la réclamaient. Sa baguette magique, comme toutes celles des sorciers de rang inférieur, avaient des capacités restreintes.
Ginny entendit le son d'une grille qui se déplaçait et la diligence reprit sa route. Au bout de dix minutes, elle s'arrêta à nouveau et ils furent invités à descendre. Ginny ouvrit la bouche, médusée, lorsqu'elle vit ce qui se dressait face elle. Elle se trouvait devant la bâtisse la plus imposante et la plus impressionnante qui lui avait été donné de voir. Une grande haie d'ifs traçait un chemin vers un manoir gigantesque. Tandis qu'ils avançaient le long de l'allée, Ginny aperçut une fontaine où des paons blancs majestueux déambulaient sur une pelouse parfaitement taillée. Bientôt, ils firent face à une porte immense, sur lequel un oiseau majestueux avait été sculpté dans la pierre. Dessous, elle distingua des mots gravés :
- Conquérante sera la pureté -
Probablement leur devise, pensa-t-elle. Hermione lui avait expliqué que chacune des treize familles possédaient une devise spécifique, représentant sa dynastie.
On entendit des rouages s'animer puis la porte s'ouvrit lentement. Un elfe de maison se présenta à eux. Il avait des yeux globuleux et portait une tunique dans un piteux état, bien trop grande pour son corps frêle.
« Maîtresse Malfoy attend Monsieur Burke dans le petit salon. Si Monsieur veut bien suivre Dobby, monsieur. » dit-il de sa voix fluette avant de s'incliner profondément devant Burke.
Seules les familles de sang-pur - généralement les plus riches d'entre elles - possédaient des elfes de maisons. L'elfe se retourna, menant la marche en sautillant, suivi de près par Burke et Ginny. Derrière eux, les deux Mangemorts qui les avaient escortés jusqu'à la demeure fermaient la marche.
L'intérieur de la maison était encore plus grandiose que sa façade. Ginny n'avait jamais vu autant de luxe de son existence. Ses yeux s'écarquillèrent devant les draperies ornées et délicates, le mobilier luxuriant ainsi que les tableaux et les sculptures probablement hors de prix qui décoraient les lieux.
Le 'petit' salon qu'avait mentionné l'elfe de maison était en fait une pièce gigantesque où étaient entreposés des fauteuils d'un vert impérial. L'endroit dégageait une atmosphère impérieuse, visant probablement à impressionner les visiteurs.
« Maîtresse Malfoy sera là dans quelques instants, Monsieur. » annonça l'elfe en s'inclinant une nouvelle fois avant de disparaître.
Les Mangemorts étaient restés près de la porte, les bras croisés, tenant fermement leurs baguettes entre les doigts. Ils paraissaient sur le qui-vive, prêts à intervenir au moindre geste suspect. Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit et une femme pénétra dans la pièce, le dénommé Dobby trottant derrière elle.
Il s'agissait d'une belle femme, d'une cinquantaine d'années. Ses cheveux blonds étaient coiffés d'un impeccable chignon sophistiqué. Elle portait une robe d'un bleu sauge, soulignant une taille parfaite. Lorsqu'elle s'avança vers eux, les bruits de ses longs escarpins vernis résonnèrent sur le parquet lustré de la pièce. Ginny ne put s'empêcher d'éprouver de l'admiration devant la grâce, la prestance et la confiance qu'elle respirait. Mrs Malfoy dégageait le pouvoir, la richesse et le succès.
« Valeur et vigueur. » salua-t-elle d'une voix ferme, qui commandait l'attention.
« Valeur et vertu. » répondit Burke d'un ton formel, s'inclinant profondément devant la femme.
A ses côtés, il jeta un regard entendu à Ginny qui fit de même. Elle hésita à prendre la parole. Il lui avait formellement interdit de s'exprimer tant qu'il ne l'avait pas invitée à le faire. Mrs Malfoy jeta un regard bref vers Ginny, avant de prendre place sur un fauteuil. Elle leur fit signe de faire de même. Sur sa main parfaitement manucurée, Ginny vit qu'elle portait une chevalière à auriculaire, semblable à celle qu'elle avait vu sur son fils lorsqu'il était entré dans la boutique de Burke.
« Merci de votre réactivité, Burke. Comme je vous l'ai expliqué, mon hôtel l'Augurey Magistral ouvre officiellement après une rénovation qui a duré près de cinq ans. J'organise un bal d'inauguration pour l'occasion et j'aimerais confectionner un panier cadeau original pour mes convives. » expliqua Mrs Malfoy en prenant la tasse de thé que l'elfe avait posé sur une table basse près du sofa.
Dobby entreprit ensuite de servir Burke et Ginny.
« J'ai dans l'idée d'intégrer un breuvage rare et inattendu à l'intérieur. J'ai donc besoin de votre savoir-faire pour me conseiller à ce sujet. » poursuivit Mrs. Malfoy.
« Bien sûr, Mrs. Malfoy. Sachez d'abord que je suis extrêmement honoré que vous ayez pensé à moi pour une occasion aussi importante. » lança Burke d'un ton empli de flatterie, s'abaissant de manière exagérée.
Il fallut que Ginny fasse preuve de tout sa maîtrise d'elle-même pour ne pas lever les yeux au ciel devant l'attitude de son chef. Mrs Malfoy, toutefois, ne sembla guère émotionnée par les flatteries de Burke. Son visage resta impassible tandis qu'elle observait l'homme s'exprimer.
« J'ai apporté plusieurs propositions qui pourraient vous plaire. » dit-il en agitant la main vers Ginny pour qu'elle présente le coffre qu'elle tenait
Burke présenta trois potions potentielles - toutes aussi rares et uniques les unes que les autres et d'un niveau de préparation tellement avancé que seul un Maître des Potions confirmé pouvait les réussir à la perfection du premier coup. Comme Burke l'avait deviné, Mrs Malfoy sembla attirée par l'idée de l'élixir Anti-Sommeil. Elle observa le flacon d'un air intéressé.
« J'ai envoyé en avance des échantillons à votre assistante. Pour que vous puissiez en constater les effets de manière pratique. » dit-il, visiblement très fier de son idée.
« Effectivement. Mon assistante m'a indiqué qu'elle n'avait pas dormi depuis deux jours - et qu'elle ne ressentait aucune fatigue. Combien de temps l'effet peut-il durer ? » interrogea Mrs Malfoy.
« Sept à dix jours selon l'âge et le gabarit de la personne, Mrs Malfoy. » expliqua Burke.
« Parfait. Eh bien, je crois que nous avons un gagnant. » lança Mrs Malfoy d'un ton satisfait, sirotant une nouvelle gorgée de sa tasse de thé. « J'en commanderai deux cents flacons. »
Burke sembla sur le point de s'évanouir de plaisir face à la demande. Ginny lança un regard perplexe à la femme. Avaient-ils vraiment fait tout ce chemin pour une entrevue aussi courte ? N'auraient-ils pas tout simplement pu gérer cela à distance, par hiboux interposés ? Cette assistante dont parlait Mrs Malfoy aurait probablement pu gérer une affaire aussi banale. Il lui semblait curieux qu'une famille royale autorise des inconnus à entrer dans leur demeure pour une raison aussi futile.
« J'ai une autre demande. » dit soudainement Mrs Malfoy, reposant sa tasse de thé, et observant Burke avec insistance. « Allons en discuter dans l'antichambre, si vous le permettez. »
Burke hocha la tête et se leva immédiatement. Il se tourna vers Ginny.
« Attendez-moi ici. Et ne touchez à rien. » ajouta-t-il entre ses dents, à voix basse.
De son pas bancal, Burke suivit Mrs Malfoy vers une porte opposée à celle que les Mangemorts surveillaient. Ginny attendit qu'ils soient totalement hors de sa vue pour se pencher sur la table basse et prendre l'un des gâteaux à la crème posés sur le plateau. Elle l'enfourna dans sa bouche d'une seule bouchée et sentit son palais fondre au goût merveilleux de la pâtisserie. Ginny observa ensuite ses alentours avec curiosité. Hermione serait choquée d'entendre qu'elle était entrée dans la demeure d'un Gouverneur.
Ginny se garderait cependant d'en parler à Bill. Il ferait probablement une crise cardiaque en apprenant qu'elle s'était retrouvée si proche d'individus aussi haut placés dans le régime. De toute façon, Ginny n'avait pas eu le choix. Son travail l'avait forcée à venir ici.
Soudainement, la porte s'ouvrit lentement, et les yeux de Ginny tombèrent sur un jeune homme blond. Son ventre se retourna lorsqu'elle le reconnut. Il s'agissait de l'homme qui s'était présenté à la boutique pour récupérer le mystérieux colis. Il jeta un regard circulaire à la pièce, semblant chercher quelqu'un. Son attention se reposa alors sur Ginny, et elle aperçut dans ses yeux gris une lueur de contrariété mêlée à de la surprise. Elle disparut toutefois si vite que Ginny ne fut pas certaine de l'avoir vue.
D'un pas lent mais assuré, comme une créature prédatrice qui s'approchait d'une proie sans défense, il se dirigea vers le sofa, puis la jaugea longuement du regard. Ginny se tendit immédiatement. L'avait-il reconnue ?
« Pur soit le sang. » dit-elle d'une voix hésitante.
« Où est ma mère ? » interrogea-t-il d'une voix traînante, ignorant sa salutation.
« Dans l'antichambre. Elle discute avec M. Burke » informa Ginny, après quelques secondes d'hésitation.
Burke lui avait demandé de ne rien toucher en quittant la pièce. Il n'avait rien dit à propos de s'exprimer. Et il aurait été impoli de ne pas répondre aux questions de l'homme.
« A quel sujet ? » insista-t-il.
« Je… Je l'ignore, Monsieur. » répondit Ginny.
Il fit le tour du sofa où Mrs Malfoy s'était assise et s'installa confortablement à son tour, un bras posé contre le bras du fauteuil, et sa cheville croisée sur son genou, observant Ginny avec supériorité.
« Vous étiez plus bavarde lors de ma visite dans cette boutique. » fit-il remarquer, tandis qu'il la sondait de haut en bas.
« C'est mon métier de faire la conversation avec les clients, Monsieur. » répliqua Ginny.
La phrase était sortie d'un ton plus insolent qu'elle ne l'avait prévu. Malfoy tiqua.
« Quel est votre nom ? » demanda-t-il.
« Ginevra Weasley. » répondit-elle.
« Statut de sang ? »
« Traîtresse à mon sang, Monsieur. »
Il esquissa une grimace à sa réponse et elle vit un mépris froid apparaître dans ses yeux tandis qu'il l'observait comme si elle était une tâche incommodante sur ses chaussures lustrées.
« Je devrais probablement prévenir Burke de ton comportement envers sa clientèle. » fit-il remarquer d'une voix doucereuse.
Immédiatement, Ginny se tendit et l'anxiété s'empara d'elle. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre son travail. Elle avait eu la chance d'obtenir une opportunité chez Burke, après le départ d'Hermione.
« Je ne voulais pas paraître impolie, Monsieur. Je m'excuse. » dit-elle à contrecœur, les mots lui brûlant les lèvres à mesure où elle les prononçait.
« Exactement, Weasley. » assura-t-il d'un ton glacial. « Apprend la retenue, surtout lorsque tu ignores qui se trouve devant toi. Ça risque de t'apporter des ennuis. »
Sa menace glaça le sang de la jeune femme et elle eut un mouvement de recul, prise de court. Malfoy parut satisfait par sa réaction. Quelques secondes plus tard, la porte de l'antichambre s'ouvrit de nouveau et Mrs Malfoy émergea de nouveau dans la pièce, Burke sur ses talons.
« Oh Draco, te voilà enfin. » dit-elle, affichant un grand sourire à la vue de son fils.
Le dénommé Draco se releva à l'approche de sa mère, ignorant totalement Ginny. Il salua brièvement Burke. Ginny se releva à son tour, voyant le signe discret de Burke dans sa direction.
« Merci encore pour votre accueil, Mrs. Malfoy. » dit Burke avec adulation.
« Avec joie. Je compte sur vous. » dit-elle, lui jetant un regard entendu avant de s'éloigner. « Draco, raccompagne notre invité, veux-tu ? »
Le dénommé Draco hocha la tête, prenant un air poli devant sa mère qui semblait affreusement hypocrite. Ils se dirigèrent vers la porte par laquelle ils étaient entrés et Malfoy les conduisit jusqu'à la sortie du Manoir. Avant que Ginny ne s'engage derrière Burke, sur le perron, Malfoy l'arrêta. Il se pencha dans sa direction et murmura des paroles dans son oreille.
« Apprend ta place, Weasley, ou tu finiras comme les traîtres de ta famille - peu importe qui ils étaient. » dit-il d'une voix traînante avant de s'éloigner.
Tandis que Ginny montait de nouveau dans la diligence, le cœur battant, elle lutta pour réprimer les larmes qui menaçaient d'apparaître dans ses yeux. Un mélange de frustration, de crainte et d'humiliation.
N'hésitez pas à laisser vos impressions !
A bientôt pour le troisième chapitre,
Fearless
