Note: Merci à Tekilou, Fleur d'Ange, drou, DI5M et Arya Destiny pour vos reviews ! Merci de contribuer à ma motivation !

IV. L'Art des Apparences

« Pour qui se prend-elle ? » pesta Draco Malfoy avec fureur tandis qu'il entrait dans ses appartements, ses traits habillés par une expression contrariée.

L'aile ouest du Manoir Malfoy lui était totalement réservée. La demeure était si gigantesque qu'il y croisait rarement ses parents - ce qui l'arrangeait passablement. Ses rapports avec son père devenaient chaque jour un peu plus compliqués. Moins il le croisait, plus il en était heureux.

Draco avait fait part de son désir de quitter le Manoir familial pour s'installer dans son propre domicile. Narcissa, sa mère, n'avait pas semblé emballée par l'idée et il avait finalement abandonné le projet. Draco ne refusait jamais rien à sa mère.

Draco délaça la cordelière de sa cape d'un geste irrité, puis jeta le vêtement sur la chaise de son bureau. C'était la seconde fois que cette traîtresse à son sang irrespectueuse prenait ses aises avec lui. Lors de sa visite à la boutique de l'apothicaire, Draco s'était surpris à rester coi devant l'insolence de Weasley. Ce jour-là, une confusion inexplicable l'avait envahi et il avait quitté la boutique sans un mot supplémentaire à son encontre. Une chance pour elle.

Draco s'était toutefois rattrapé lorsqu'il l'avait croisée à nouveau, au Manoir Malfoy. Cette fois, sa morgue déplacée avait totalement disparu. Elle avait même paru intimidée face à lui, le regard fuyant et l'attitude docile. Si différente de la femme sarcastique et insolente qu'il avait rencontrée dans cette boutique. Une partie de Draco avait même été déçu.

Lorsqu'elle lui avait révélé son statut de sang, il avait immédiatement compris à qui il avait à faire. Weasley n'était pas éduquée, comme tous les miséreux de son rang, connus pour leur manque de manières. Ils ne connaissaient pas les codes de la haute société sorcière.

Il était inhabituel que Draco Malfoy ait à fréquenter des personnes de rang inférieur. Tous ceux qu'il avait toutefois rencontrés étaient restés silencieux et dociles. C'était le comportement qu'on attendait d'eux lorsqu'ils se retrouvaient face à des sorciers bien nés comme lui. Évidemment, Draco n'avait pas résisté à l'idée d'intimider Weasley et la remettre à sa place, comme il aurait dû le faire pendant leur première rencontre. Cette petite sotte devait comprendre à qui elle avait à faire.

Draco tira la chaise posée face à son bureau d'un geste irascible et s'y installa, d'humeur hargneuse. Parmi les fournitures soigneusement disposées dans un boîtier, il s'empara d'une plume à la pointe délicate puis la trempa dans l'encrier avant de se pencher sur un parchemin vierge. Quelques instants plus tard, un son bourdonnant lui parvint aux oreilles, rompant sa concentration. Il agita sa baguette en direction de sa cape.

« Accio miroir. » énonça-t-il avec impatience.

Un miroir à double sens lévita vers lui et Draco l'attrapa au vol. Il posa sa baguette sur le centre du miroir. Son propre reflet disparut, remplacé par un visage féminin.

« Qu'est-ce que tu veux, Pansy ? » interrogea-t-il d'une voix lassée.

« On dirait que quelqu'un est d'humeur massacrante, aujourd'hui. » répliqua Pansy d'une voix doucereuse. « Tu t'es cassé un ongle, princesse ? »

Draco leva les yeux au ciel.

« J'ai du travail. Tu sais que l'inauguration de l'hôtel est demain soir. » rappela Draco, passant une main dans ses cheveux.

Il jeta un regard rapide à sa montre et grimaça. Il avait encore beaucoup à faire.

« Évidemment que je suis au courant. Figure-toi que j'ai déjà ma robe pour l'occasion depuis des lustres. » informa Pansy d'un ton enjoué.

« Tu t'es bien assurée d'avoir l'équipe de la Gazette du Sorcier en place ? » interrogea Draco.

« Pour la quinzième fois, oui. L'assistante de Narcissa m'harcèle déjà assez à ce sujet. Papa a prévu d'envoyer une équipe pour faire la couverture de l'évènement, comme promis. Et bien évidemment, les photos seront à la Une de l'édition du lendemain. » assura Pansy, prenant un ton sérieux qui ne lui ressemblait guère.

« Parfait. » répondit Draco, avec soulagement.

« Tu as l'air tout stressé, chaton. Tu sais que ce n'est pas bon pour ta peau. Tu es en train de rider ton visage avant l'heure. » commenta Pansy en fronçant un sourcil noir parfaitement arqué.

« Tu serais dans le même état si tu avais mes responsabilités. Contrairement à certaines, je dois gérer d'autres décisions que la robe que je vais choisir pour mon prochain gala. » fit remarquer Draco d'un ton ironique.

« Au contraire, Draco. Si les photos de la robe en question allaient apparaître dans toute la presse du pays, tu te rendrais compte que c'est une énorme responsabilité. » dit-elle en lui tirant la langue à travers le miroir.

Un sourire amusé apparut sur le visage de Draco à sa réponse. Comme d'habitude, Pansy avait réponse à tout.

« D'ailleurs, arrête d'être aussi désagréable. Ce n'est pas une façon de traiter ta meilleure amie. » rappela-t-elle, faussement outrée. « Et tu sais à quel point ta mauvaise humeur réveille mon anxiété. »

« Navré. Parlons de licornes et d'hydromel, dans ce cas. » rétorqua Draco avec sarcasme.

Pansy ne sembla toutefois pas entendre sa réponse. Elle avait détourné le regard du miroir et semblait donner des instructions à quelqu'un à ses côtés.

« Qu'est-ce que tu disais ? » interrogea-t-elle lorsqu'elle reporta son attention sur lui

« Je te retourne la question. Je ne sais toujours pas ce que tu veux. » dit-il avec mauvaise humeur.

« Je voulais te proposer de me rejoindre ce soir. Tu sais que Blaise a ouvert son nouveau club - ça risque d'être une soirée d'enfer. » déclara Pansy avec enthousiasme.

Draco grimaça en entendant le nom de Blaise Zabini. Était-ce vraiment une coïncidence que les Zabini aient ouvert une boîte de nuit la veille de l'inauguration de l'Augurey Magistral ? Cela ressemblait à une tentative manifeste de sabotage.

« Non merci. J'ai encore trop de choses à gérer avant demain soir. » informa-t-il. « D'ailleurs, ne bois pas trop ce soir, j'ai vraiment besoin que tu sois sous ton meilleur jour pendant mon évènement. »

« Ne sois pas jaloux, chaton. Tu sais bien que je ne sortirai le grand jeu que pour toi. » assura-t-elle d'une voix suave.

« Promets-le » insista Draco.

« Je ne vais pas faire de promesse impossible à tenir. » avança Pansy avec morgue. « Ne travaille pas trop. A demain. »

Le visage de Pansy disparut du miroir avant que Draco ne puisse dire quoi que ce soit et il secoua la tête avec irritation. Il hésita à activer de nouveau son miroir et contacter Pansy pour s'assurer qu'elle se contrôlerait mais il se ravisa. Il avait déjà trop de choses à gérer avant le lendemain. Il ne pouvait pas ajouter les délires de sa meilleure amie à la liste. Même si elle vivait dans l'excès constant, Pansy Parkinson lui était d'une loyauté inflexible et elle ne ferait jamais rien pour lui porter préjudice.

Draco reposa le miroir sur la table avant de laisser son dos s'enfoncer dans le siège molletonné, frottant ses yeux avec fatigue. Il observa la pile de parchemins avec un mélange de frustration et de découragement. Il avait encore tellement à faire pour s'assurer que tout serait en place pour l'inauguration. Il ne pouvait pas se permettre de se reposer. Tout devait être parfait.

Lorsque Draco avait fait part à sa mère de son désir d'obtenir davantage de responsabilités dans les affaires familiales, Narcissa l'avait d'abord regardé avec cet air affectueux qu'elle lui réservait depuis toujours. Comme un enfant qui venait de faire une plaisanterie particulièrement adorable pour amuser la galerie. Pour sa mère, son nouvel intérêt pour les intrigues financières de leur famille était un divertissement passager. Elle ne le prenait pas au sérieux lorsqu'il s'agissait des affaires.

Draco ne pouvait pas lui en vouloir. Il avait passé la majorité de son adolescence et le début de sa vie d'adulte à mener un train de vie excessif et irresponsable - mêlant sorties, loisirs et fêtes à outrance sans se soucier de responsabilités particulières.

Il s'était réconforté en clamant que toute personne dans sa situation aurait agi de la même manière. Après tout, quelqu'un comme lui pouvait tout se permettre. Il était l'héritier d'une des familles les plus puissantes et fortunées du pays. Son nom lui avait toujours ouvert toutes les portes et il n'avait qu'à claquer des doigts pour obtenir le moindre objet de ses désirs.

Une partie de lui était toutefois frustrée d'être perçu comme un héritier pourri gâté qui n'avait jamais rien obtenu par son propre mérite. Draco avait ses propres ambitions, et il voulait faire ses preuves aux yeux de ses pairs. Il devait vivre dans l'ombre constante de son père, le Gouverneur, ainsi que de sa mère, une femme d'affaires talentueuse qui avait fait ses preuves dans le domaine de la finance. Draco éprouvait toujours cette frustration latente et ce complexe refoulé à l'idée de ne pas être à la hauteur. Il ne pouvait pas se permettre d'être médiocre. Pas lorsqu'on portait le nom Malfoy.

Narcissa lui avait laissé gérer une grande partie de la rénovation de l'Augurey Magistral. Il savait qu'il s'agissait d'un test de la part de sa mère. Elle désirait voir ce dont il était capable dans des conditions réelles. Draco lui avait tellement réclamé des responsabilités qu'il ne pouvait plus se permettre de reculer ni d'échouer. S'il ne se montrait pas à la hauteur de la mission, il serait difficile d'obtenir le respect et la confiance de sa mère. Narcissa Malfoy était une femme experte et perfectionniste. Malgré l'adoration maternelle qu'elle vouait à son fils unique, elle devenait une furie intransigeante lorsqu'il s'agissait des affaires familiales.

Il était trois heures du matin passées lorsque Draco se traîna finalement dans ses draps, après une longue conversation avec Allegra, l'assistante de sa mère, à travers la cheminée du Hall. Ils avaient repassé en détail les derniers préparatifs pour le lendemain.

Draco ferma à peine l'œil pendant le reste de la nuit. Lorsque les premiers signes de l'aube se firent percevoir à travers les rideaux drapés de sa chambre, il était déjà éveillé, sans doute agité par la pression de la mission qui lui incombait. Pourtant, lorsque Draco se présenta dans la vaste salle à manger principale du Manoir des Malfoy, son visage n'affichait aucune nervosité. S'il y avait quelque chose que les Malfoy savaient dissimuler avec perfection, c'était leurs émotions.

« Tout est dans l'attitude. » lui avait maintes fois répété Narcissa. « L'important, c'est ce que les gens croient. »

Elle lui avait enseigné que les sautes d'humeur et les démonstrations d'émotions étaient à proscrire pour les gens de leur envergure. Le nom Malfoy devait inspirer le mystère, la crainte, un respect profond et une admiration sans borne parmi leurs pairs.

Comme à l'accoutumée, ses parents étaient déjà installés à la longue table en bois de cerisier de la salle à manger. L'attention de son père était rivée sur l'exemplaire du jour de la Gazette du Sorcier tandis que sa mère donnait des instructions à deux elfes de maison. A l'arrivée de Draco dans la pièce, l'un d'eux s'empressa de poser une serviette de table sur ses genoux et de lui servir une tasse de café.

« Prêt pour le grand jour, Draco ? » lança Narcissa, un sourire habillant ses lèvres rouges, tandis qu'elle reposait délicatement sa tasse de thé sur la soucoupe.

Même si le ton de sa mère était avenant et agréable, Draco décela immédiatement les attentes manifestes qu'il dissimulait. Il porta sa tasse à ses lèvres mais eut du mal à avaler le liquide. Sa gorge était obstruée - probablement un autre effet du stress.

« Je n'ai jamais été aussi prêt. » répondit-il toutefois, d'un ton qu'il s'efforça de rendre assuré.

« Je suis certaine que ce sera un succès. » ajouta Narcissa avec assurance.

« Il vaudrait mieux. J'aimerais éviter d'être humilié devant tous ces gens. » lança la voix glaciale de Lucius Malfoy.

Il n'avait pas daigné relever la tête de son journal pour prononcer ces mots désagréables. Immédiatement, Draco sentit sa main gauche se serrer sur le couteau à beurre qu'il tenait.

« La plupart des Gouverneurs seront présents. » ajouta Lucius d'un ton hautain, tournant la page de son journal.

« Je connais la liste des invités, Père. Merci pour le rappel. » fit remarquer Draco sur le même ton, s'empêchant de lever les yeux au ciel.

« Personne ne sait gérer un projet de cette envergure mieux qu'un Malfoy. » intervint Narcissa d'un ton déterminé.

Elle avait visiblement voulu empêcher une énième attaque verbale de la part de Lucius envers son fils. Les rapports entre ces derniers s'étaient détériorés de manière exponentielle ces dernières années et Narcissa prenait généralement le rôle de médiatrice durant leurs disputes. La plupart du temps, ils préféraient s'ignorer. En public, toutefois, personne n'aurait pu deviner qu'un confit aussi houleux les animait. Face au monde, les Malfoy affichaient un masque de perfection et d'impassibilité à toute épreuve. Ils présentaient un front uni pour ne pas attirer d'éventuels charognards, prêts à utiliser la moindre faiblesse afin de leur nuire.

Faire partie de l'une des familles les plus puissantes du pays signifiait également être l'objet de toutes les critiques et les convoitises parmi leurs pairs, y compris de la part des autres familles royales formant le Coven des Treize sacrés.

Quelques instants plus tard, dans le hall principal, Narcissa prit Draco à part, près d'une sculpture représentant le buste d'Armand Malfoy, qui avait ordonné la construction du Manoir au onzième siècle.

« Tu sais que c'est une occasion de montrer la grandeur de notre Nom ainsi que notre domination sur ces gens. » dit-elle en plissant soigneusement le tour de col de la chemise de Draco.

« J'en suis conscient, Mère. Entre tes remarques et celles de Père, je pense l'avoir assez entendu. » répondit Draco avec lassitude, ne parvenant pas à dissimuler l'agacement dans sa voix.

« Tu comprendras un jour pourquoi c'est si important, Draco. Quand tu deviendras à ton tour Gouverneur et que tu auras la lourde responsabilité de notre patrimoine à porter sur tes épaules. » lui assura Narcissa.

« Si j'en suis digne. » commenta Draco à voix basse avec une rancœur manifeste.

« Ton père et moi sommes exigeants avec toi parce que nous sommes conscients de ce que cela signifie. Tous les sacrifices et la pression perpétuelle… Ce n'est pas pour les épaules fragiles. » affirma sa mère avec sérieux, prenant les mains de Draco dans les siennes, et le fixant avec intensité. « Nous voulons simplement te donner tous les outils pour y faire face. Je sais que tu en es digne. »

Draco ne répondit pas. Il n'avait que trop entendu les discours de sa mère sur leurs devoirs et leurs responsabilités. Il l'écoutait désormais à peine lorsqu'elle commençait l'un de ses sermons.

« Je suis certaine que tu feras un travail exceptionnel ce soir. Après tout, c'est de ta mère que tu tiens le plus. » ajouta-t-elle avec un sourire satisfait.

Narcissa posa une bise sur sa joue puis attrapa son sac à main avant de se diriger vers la large porte du Manoir, où deux Mangemorts l'attendaient pour l'escorter jusqu'à sa destination.

Il était neuf heures passées lorsque Draco arriva dans le Hall principal de l'Augurey Magistral. Il fut immédiatement accueilli par Allegra McGrath, qui semblait faire preuve d'une énergie débordante depuis ces derniers jours. Draco était pourtant certain qu'elle n'avait pas dormi de la nuit. Burke n'avait visiblement pas menti. Ses potions Anti-Sommeil semblaient d'une efficacité incontestable. Il ne faisait aucun doute qu'elles seraient grandement appréciées par les convives.

Pour une raison inconnue, les pensées de Draco divaguèrent vers le souvenir de l'employée de l'apothicaire. Maintenant qu'il y réfléchissait, il était heureux de ne pas avoir réussi à saboter la potion. Comme à l'accoutumée, Draco avait été poussé par un désir de gratification immédiate et avait tenté de lui causer des problèmes avec son employeur. Il en avait presque oublié les retombées que cela aurait pu causer sur lui et son évènement.

Même si cela le piquait dans sa fierté, Draco devait reconnaître que ses parents avaient raison sur cet aspect. Il se laissait parfois trop guidé par ses émotions et les choix qui en découlaient n'étaient pas des plus réfléchis. Lorsqu'il avait la tête reposée et l'esprit clair, il savait faire preuve de la même ressource que sa mère pour parvenir à ses fins. Dans ces moments, il était fin stratège. Pourtant, lorsque Draco se retrouvait repoussé dans ses retranchements ou devant une situation frustrante et humiliante, une mesquinerie de bas étage prenait le dessus.

Il passa sa matinée dans des réunions diverses, à recevoir des comptes-rendus sur la logistique de l'évènement. Il donna son sceau d'acceptation sur la décoration finale, le traiteur, la sécurité renforcée ainsi que les divertissements réservés aux convives et il sentit sa nervosité retomber à un niveau satisfaisant.

« Tout est prêt pour ce soir, M. Malfoy. » assura Allegra d'un ton patient lorsque Draco lui demanda pour la dixième fois de la journée si tout était en place.

Si Allegra était agacée par son insistance - elle n'en afficha rien. Il n'était plus étonné par son professionnalisme à toute épreuve et son calme face à la pression. Si Allegra travaillait avec sa mère depuis aussi longtemps, cela signifiait qu'elle était capable de travailler avec n'importe qui. Narcissa Malfoy était la femme la plus exigeante que Draco avait connu dans sa vie.

« Votre tenue se trouve dans la suite 305. » l'informa Allegra avant de s'éloigner en direction d'un elfe. « Mrs. Malfoy ne devrait pas tarder à arriver. Elle vous aidera à accueillir les invités, comme prévu. »

Draco hocha la tête distraitement avant de se diriger vers le grand escalier principal de l'hôtel. Le Mangemort assigné à sa sécurité pour la journée lui emboîta le pas, gardant une distance respectueuse pour ne pas l'importuner. L'accès aux escaliers était gardé par une grille mordorée qui s'effaça lorsque Draco s'approcha des marches. Les étages ne seraient pas accessibles aux invités pendant la soirée d'inauguration. Seule la salle de banquet et le grand hall avaient été mandatés pour l'évènement. L'ouverture officielle de l'hôtel aux clients n'auraient lieu que la semaine suivante. Cette soirée était l'occasion de donner un avant-goût du standing de l'endroit et d'attirer des clients potentiels.

Dans la suite 305, Draco observa son reflet dans le miroir avec circonspection. Il portait un tuxedo aux tissus italiens des plus délicats, une création sur mesure réalisée pour l'occasion par l'un des meilleurs créateurs du pays. Il portait toujours une attention particulière à son apparence. Un autre trait caractéristique des Malfoy qui affectionnaient les belles choses et qui ne juraient que par les apparences. Un coup bref contre la porte le sortit de ses pensées.

« Oui ? » demanda-t-il d'un ton distrait

Le Mangemort qui l'avait suivi et qui faisait désormais le guet devant la porte de la suite apparut dans l'encadrement.

« Miss Parkinson souhaite vous parler. » informa-t-il.

« Laissez-la entrer. » ordonna Draco tandis qu'il ajustait sa cravate.

Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit de nouveau et une jeune femme pénétra dans la pièce. Dans le reflet, Draco observa sa meilleure amie à travers le reflet du miroir face à lui. Pansy Parkinson était grande pour une femme. Sa taille n'était que plus imposante car elle portait constamment des chaussures aux talons interminables - un péché mignon selon elle. Pansy était très mince, presque maigre - ce qui n'était pas étonnant au vu des nombreux régimes alimentaires stricts qu'elle s'imposait pour garder sa silhouette longiligne. Un must-have, prétendait-elle, le justifiant ensuite par sa notoriété. Ses cheveux d'un noir de jais étaient usuellement coiffés en un carré plongeant. Son visage creux était particulièrement expressif et ses yeux légèrement étirés, d'un noir intense, vous observaient avec une lueur mutine qui n'annonçait généralement rien de bon. Pansy ne possédait pas une beauté traditionnelle. Elle compensait pourtant ce manque par une confiance démesurée en elle et un raffinement que de nombreuses jeunes femmes, pourtant plus jolies qu'elle, lui enviaient terriblement.

A l'instar de Draco, Pansy était fille unique et membre d'une famille royale. Pius et Adrina Parkinson, ses parents, étaient tous les deux des magnats des médias et possédaient les chaînes éditoriales les plus consommées du pays - la Gazette du Sorcier et Sorcière-Hebdo.

Il n'était pas étonnant que Pansy se soit orientée à son tour dans ce milieu à l'âge adulte. Elle tenait elle-même une chronique destinée à une audience féminine dans laquelle elle partageait ses opinions sur des sujets variés et où elle offrait des conseils à ses abonnées. Avec les années, elle avait atteint le statut de célébrité nationale.

Avant que la porte ne se referme derrière Pansy, Draco aperçut un homme à la carrure colossale dans l'encadrure. Il était tellement grand que le haut de la porte s'arrêtait seulement au niveau de son torse. Il s'agissait de Galileo, l'agent de sécurité personnel de Pansy. Il la suivait dans chacun de ses déplacements depuis son plus jeune âge. Elle fit un signe dans sa direction, comme pour lui intimer de rester à l'extérieur. La porte se referma derrière elle.

Bon nombre de sorciers prétendaient que Galileo avait du sang de géant dans les veines. Les géants étaient désormais une espèce rare, en voie de d'extinction depuis la fin du Grand Conflit, pendant lequel Lord Voldemort avait remporté le contrôle de la majorité du Royaume-Uni, à l'issue d'une guerre sanglante qui avait duré près d'une décennie. On disait aussi que Galileo pouvait tuer un homme avec la force de ses doigts inhumains. Personne n'avait jamais obtenu de réponse à cette rumeur puisqu'il ne parlait jamais. Personne n'avait non plus daigné le provoquer ni s'approcher trop près de sa protégée pour vérifier la véracité de ces propos.

Aussi longtemps que Draco s'en souvienne, Galileo avait toujours assuré la sécurité de Pansy. Selon les dires de cette dernière, Galileo avait été le présent d'un riche diplomate autrichien fait aux Parkinson, quelques jours après la naissance de leur fille. Il la suivait comme son ombre et personne ne réussissait l'exploit de s'approcher de Pansy à plus de quelques mètres sans se voir bloqué par la figure titanesque du surhomme. Seules une poignée de personnes, Draco y compris, étaient autorisées à s'approcher de Pansy sans être rabroué de manière virulente.

Comme à son d'habitude, Pansy était habillée pour être remarquée. Sa robe, d'un rose héliotrope, possédait une longue traîne d'environ un mètre qui suivait chacun de ses mouvements. Elle attirerait tous les regards, cela ne faisant aucun doute. La présence d'une personne de la notoriété de Pansy serait positive pour son évènement.

« Cet endroit est incroyable. » s'extasia Pansy avec excitation, observant la suite avec un plaisir non dissimulé. « Je suis si fière de toi, chaton. »

Elle posa une bise enthousiaste sur la joue de Draco, posant une main affectueuse sur son épaule. Pansy saisit sa pochette brillante et en extirpa un étui en or rose contenant un fume-cigarette qu'elle plaqua entre ses lèvres maquillées. Draco alluma la cigarette d'un mouvement de sa baguette. D'un air réjoui, Pansy prit une longue inspiration sur le tube et posa l'étui sur la table la plus proche. Sur l'objet, on pouvait lire la devise des Parkinson, sculptée en lettres calligraphiées :

- La vertu dans l'orgueil -

Pansy se dirigea ensuite vers un fauteuil Trapezium en velours turquoise, avant de s'y asseoir élégamment, replaçant sa longue traîne à ses côtés.

« Évidemment, il va de soi que j'aurais ma suite attitrée, n'est-ce pas ? » interrogea-t-elle en levant un sourcil. « Rassure-toi, je n'irais pas jusqu'à demander la suite royale, mais j'accepterais sans problème la seconde meilleure suite de l'hôtel. »

« Absolument. Ta chambre est déjà réservée depuis des mois. Dans la couchette des elfes près de la buanderie, au sous-sol. » lança Draco d'une voix moqueuse. « Tu devrais t'y plaire. »

La mine outrée que le reflet de Pansy afficha le fit rire, de manière plus franche cette fois. Au moins, il pouvait compter sur sa meilleure amie pour le détendre. C'était la première fois qu'il riait, ces derniers jours. Le geste lui parut curieux.

« Je parie que tu réévalueras ma demande de suite en lisant la critique de ton hôtel dans la Gazette, demain. » fit remarquer Pansy avec morgue, observant ses ongles parfaitement manucurés.

Elle arborait une mine faussement innocente devant l'expression outrée de Draco. Elle ne parvint toutefois pas à garder son masque de sérieux plus longtemps et éclata d'un rire cristallin.

« Quelle merveilleuse amitié. Basée sur le gain et l'intérêt. » ajouta-t-elle d'un ton rêveur. « Ainsi que sur un goût prononcé pour la liqueur de qualité. »

A ces mots, Pansy se releva et se dirigea vers le bar intégré de la suite, que les elfes de maison avaient déjà fourni, à la demande de Draco. Elle observa avec intérêt les bouteilles de liqueur onéreuses entreposées devant elle, comme si elle était confrontée à un choix particulièrement déchirant. Finalement, Pansy agita sa baguette vers une bouteille d'hydromel blanc et cette dernière s'anima pour verser une dose généreuse dans deux flûtes. Elles lévitèrent ensuite pour se diriger vers eux.

« A mon meilleur ami et à son travail impressionnant pour mettre ce projet sur pieds. » dit-elle en attrapant son verre au vol avant de le brandir devant celui de Draco pour trinquer.

Leurs verres se rencontrèrent, provoquant un claquement sonore dans la pièce. Draco vida le sien d'une traite sous l'œil amusé de son amie d'enfance. Si l'alcool pouvait aider à calmer ses nerfs agités, il était bienvenu.

« Comment les choses se passent, en bas ? » interrogea Draco tandis qu'il revêtait son gilet.

« Tout le beau monde commence à arriver. D'ailleurs Narcissa te cherchait. » lança Pansy, comme si elle venait de se remémorer une information importante.

« Et c'est maintenant que tu me le dis ? » dit-il en levant les yeux au ciel.

Pansy arbora une moue innocente et Draco secoua la tête avec lassitude.

« Allons-y. » dit-il, une fois prêt.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans le Hall d'entrée de l'hôtel, Draco constata avec satisfaction qu'une foule d'invités s'y trouvait déjà, sirotant des verres d'hydromel et socialisant avec animation en observant les lieux, les yeux admiratifs. Il repéra immédiatement sa mère, vêtue d'une magnifique robe de gala d'un vert émeraude ainsi que d'une parure de la même couleur qui habillait sa nuque. Elle était postée près des portes principales, et discutait poliment avec un couple de sorciers âgés. Draco reconnut la Gouverneure Cressida Warrington, ainsi que son époux, Casparus.

Les Warrington étaient la famille la plus riche du Royaume-Uni, connue pour sa philanthropie. Ils étaient hautement impliqués dans le commerce international avec d'autres nations purifiées.

Sur la question de la pureté du sang, les Warrington étaient moins conservateurs que la plupart des familles qui formaient le Coven des Treize sacrés, ce qui leur attirait des froncements de sourcils de la part de leurs semblables. Draco entendait régulièrement son père critiquer virulemment Cressida Warrington pour ses idées ''ridicules et aliénantes, indignes d'une personne de son rang''. La Gouverneure prônait un assouplissement des lois du travail pour les sorciers de rang inférieur ainsi qu'une meilleure intégration pour les plus capables d'entre eux - une idée totalement aberrante pour la plupart des familles royales, connues pour leurs idées traditionalistes.

La fortune des Warrington et leur poids financier dans le régime leur conféraient toutefois une voix puissante dans les discussions du gouvernement. C'était cette fortune qui leur avait permis de rejoindre le Coven sacré, au siècle dernier, après la déchéance de la famille Abbott.

Depuis l'instauration du régime purifié de Voldemort, près de deux siècles auparavant, la situation politique du pays avait évolué. A sa fondation, la pureté du sang avait été l'élément principal dictant tous les aspects de la politique du régime.

Pourtant, à la mort de Lord Voldemort et après l'instauration du Coven des Treize sacrés, il avait fallu établir une société capable de s'entretenir seule, avec un commerce international limité. Peu à peu, d'autres aspects avaient été mis en avant aux côtés de la pureté du sang, rendant le régime moins extrême qu'à sa naissance.

Lord Voldemort était un chef de guerre charismatique, un stratège doué et plein de ressources lorsqu'il s'agissait d'anéantir ses ennemis et accroître la domination géographique de son idéal politique. Pourtant, faire évoluer un pays entier de manière stable exigeait d'autres compétences qu'il ne possédait pas. Sa soif de sang inégalée et sa paranoïa exacerbée ne l'avaient pas placé en bonne position pour recevoir des conseils de la part de ses conseillers proches dans les domaines économique, social ou bien légal. Son manque d'expérience pour gouverner un pays s'était fait ressentir au fil des décennies. Personne n'avait toutefois voulu l'admettre à voix haute, par crainte de représailles sanglantes et exemplaires de la part du Lord noir, connu pour sa patience limitée et son tempérament impétueux.

A sa mort, on avait vécu avec soulagement l'établissement du Coven sacré des Treize, chargé de faire prospérer le régime, tout en veillant à garder les traditions et les valeurs d'une société pure et conservatrice. Depuis, le pays s'était développé de manière exponentielle et prospérait désormais. Le modèle avait été suivi par d'autres pays, au fil des décennies.

Lorsque Draco arriva aux côtés de sa mère, il distingua une lueur légèrement ennuyée dans son regard - probablement dû à son absence. Toutefois, comme l'hôtesse parfaite qu'elle était, Narcissa Malfoy esquissa un sourire éclatant à son arrivée.

« Madame la Gouverneure. » salua Draco en inclinant légèrement la tête devant le couple âgé, en signe de respect. « M. Warrington. »

« Cet hôtel est un véritable chef-d'œuvre, Draco. » commenta Cressida en observant les lieux avec intérêt. « Vous avez eu de la chance, en remportant la vente. J'avais des plans encore plus grandioses pour cet endroit. Mais l'investissement ne valait pas la somme finale, selon moi. »

Draco esquissa un sourire poli même s'il distingua la pique évidente derrière les paroles de la vieille dame. Lors de la vente aux enchères organisée par le Ministère, six ans plus tôt, Narcissa avait obtenu l'hôtel après une négociation serrée contre les Warrington, également intéressés par l'acquisition.

Cressida et Narcissa étaient toujours en compétition discrète. Derrière leurs sourires de façade et leurs compliments hypocrites, les deux femmes ne s'appréciaient guère. Narcissa abhorrait le manque de filtre de Cressida qui n'avait pas la langue dans sa poche.

« Draco, Narcissa était en train de m'expliquer que vous avez supervisé une grande partie de la rénovation. Impressionnant pour une première fois même si on devine à certains détails qu'il s'agit d'un premier projet. » commenta Cressida tandis que son œil magique s'agitait dans tous le sens pour observer les alentours. « Vous devriez discuter avec Cassius, mon fils. Il a réalisé la rénovation du Théâtre de Damasus le Décadent pour les Nott. Il vous en apprendrait probablement beaucoup sur le sujet. »

Draco esquissa un sourire forcé.

« Avec joie, Madame la Gouverneure. » répondit-il entre ses dents. « Puis-je vous proposer des rafraîchissements ? »

Il héla un elfe de maison et lui ordonna de conduire les Warrington dans la salle de banquet.

« Cette vieille harpie aveugle a toujours une remarque à faire. » commenta Narcissa à voix basse à l'attention de Draco.

Elle avait parlé d'une voix si basse que Draco fut le seul à entendre ses paroles. Narcissa arborait toutefois un sourire éclatant pendant que les Warrington s'éloignaient vers la salle de réception.

« Où étais-tu ? » interrogea-t-elle avec sévérité, se tournant alors vers son fils.

« Je devais régler quelques détails de dernière minute. » mentit-il.

Heureusement la réponse sembla satisfaire Narcissa et elle ne posa pas de questions supplémentaires. Ils continuèrent à saluer chaleureusement leurs invités de grande envergure - notamment ceux des familles royales et quelques Sang-Purs de premier rang éminents - avant de se diriger vers la salle de banquet.

La pièce était décorée de manière grandiose et luxuriante, avec ses larges lustres en cristal, ses tables à la vaisselle délicate, déposée sur des nappes drapées en tissu raffiné. Un orchestre jouait un air discret sur l'estrade installée au fond de la salle, pour l'occasion. Le plafond de la pièce avait été enchanté pour refléter des losanges brillants, qui renvoyaient une lumière tamisée dans toute la pièce. Lorsqu'elle entra dans la salle, Narcissa hocha la tête à plusieurs reprises, provoquant une vague de soulagement chez Draco. Il connaissait sa mère et il savait qu'il s'agissait d'un signe d'agrément pour elle. Elle était satisfaite du résultat.

Draco s'empara d'un verre de whisky-pur-feu sur le plateau que lui présenta un elfe. Il laissa son regard s'attarder sur les convives, observant avec délectation le résultat de son dur labeur. Finalement, le stress des derniers mois avait payé, pensa-t-il avec contentement. Il s'autorisa à se détendre. Immédiatement, il sentit toute la tension accumulée pendant les dernières semaines s'atténuer.

« Oh j'oubliais, Draco. Il faudrait que tu aides Burke et son assistante à distribuer les coffrets aux invités, à la fin de la soirée » dit Narcissa d'un ton distrait. « Ça m'était complètement sorti de l'esprit. »

Draco se tourna vers sa mère, levant un sourcil surpris en entendant sa requête.

« Burke est ici ? » interrogea-t-il avec surprise.

Narcissa hocha la tête, portant sa coupe d'hydromel à ses lèvres rosées.

« Avec son… employée ? » insista Draco, ses sourcils désormais froncés.

« C'est ce que je viens de t'expliquer, Draco. » dit Narcissa d'un ton las.

« Sais-tu qu'il s'agit d'une traîtresse à son sang, Mère ? Souhaite-on vraiment avoir ce genre d'énergumènes à un évènement comme celui-ci ? » demanda-t-il, avec un dégoût manifeste dans la voix.

Narcissa se tourna vers lui.

« Draco, tu sais pertinemment que si cela ne tenait qu'à moi, je ne salirai pas cette inauguration avec de la racaille. Mais ils sont ici dans un but bien précis. » dit-elle.

Évidemment, pensa Draco. Sa mère ne faisait jamais rien sans raison. Elle avait toujours une idée derrière la tête.

« Tu sais que la prochaine élection s'approche à grands pas et que ton père aura toutes ses chances si nous jouons les bonnes cartes, Draco. » dit-elle en baissant la voix.

« Je ne suis pas certain de suivre. » avoua-t-il.

« Il faut que nous fassions pencher la balance de notre côté pour l'élection primaire. Nous devons obtenir certains des votes que nous n'aurions pas normalement. Notamment celui des Warrington. » expliqua Narcissa avec un soupir.

« Gouverneure Warrington nous déteste. » rappela Draco sur le ton de l'évidence.

« Oh non, elle ne nous déteste pas. Mais elle nous méprise, c'est un fait avéré. » rectifia Narcissa, lâchant une exclamation dédaigneuse. « Heureusement pour nous, elle ne pourra pas voter pour Shacklebolt, cette fois. »

Tous les sept ans, le Coven sacré des Treize élisait parmi les Gouverneurs en poste un Ministre de la Magie. Il représentait officiellement le Coven devant le reste de la population et jouissait de responsabilités supplémentaires. L'élection se déroulait en deux étapes. En premier lieu se tenait un vote primaire, où trois candidats étaient sélectionnés pour faire campagne jusqu'au vote final. Un mois plus tard, le Ministre de la Magie était élu à l'issue d'un second vote.

Le poste actuel était tenu par Kingsley Shacklebolt. L'année suivante, une nouvelle élection aurait lieu pour désigner son successeur. Il n'était pas autorisé pour une famille royale de réaliser deux mandats à la suite. A la dernière élection, le gouverneur Shacklebolt avait été plébiscité par le Coven avec une majorité écrasante. Cela signifiait également qu'il ne pourrait pas être réélu, ce qui donnait une possibilité à Lucius Malfoy de concourir sérieusement. Il devait toutefois s'assurer de bloquer des promesses de votes, ce qui ne serait pas une mince affaire.

« Très bien, mais quel est le rapport avec Burke et la traîtresse à son sang ? » insista Draco, ne saisissant pas où sa mère voulait en venir.

« Tu sais pertinemment que Cressida a cette… obsession d'un meilleur traitement des Sang-Impurs sur le marché du travail. Ton père lui a expliqué qu'il serait ouvert à explorer quelques changements de législation à ce sujet. Mais tu connais cette goule préhistorique, elle n'y croira pas sans acte concret de notre part. »

Narcissa termina son verre, laissant courir un regard impérieux sur la salle de banquet.

« Je souhaite donc lui montrer que nous offrons des opportunités à ces… gens. » expliqua—t-elle avec un rictus. « Lui prouver que les Malfoy sont des employeurs justes et équitables pourra jouer en notre faveur pour obtenir son vote, au moment venu. »

« Mais Père ne compte pas vraiment changer quoi que ce soit ? » demanda Draco qui n'y croyait pas ses oreilles.

Son père était un extrémiste lorsqu'il s'agissait de pureté du sang. Il l'imaginait très mal faire des concessions à ce sujet.

« Évidemment que non, Draco. Mais il est primordial qu'elle pense que nous le ferons. » indiqua Narcissa avec patience, replaçant soigneusement le long châle de sa robe sur son épaule découverte.

Draco hocha la tête. Avant d'être un extrémiste avéré, Lucius Malfoy était maître dans l'art de l'opportunisme. Une chose qu'il partageait avec son épouse, qui excellait également en la matière.

« J'ai demandé à Burke d'emmener son employée de rang inférieur. Il fera la conversation avec Gouverneure Warrington lorsqu'il lui donnera son panier cadeau. Je veux que tu sois dans les parages pour t'assurer que tout se passe…convenablement. » indiqua Narcissa.

Que tout se passe convenablement, se répéta Draco. En d'autres termes, que Burke fasse ce qu'on attendait de lui. Parfois, Draco avait du mal à comprendre le rapport que sa mère entretenait avec cet apothicaire. Ils semblaient se connaître depuis longtemps - et le Maître des Potions était à sa botte, comme un elfe de maison l'aurait été avec son maître. Narcissa utilisait souvent ses services pour des raisons obscures.

Ce jour-là, lorsqu'il s'était rendu aux Bons Breuvages de Burke, Draco lui avait demandé pourquoi elle n'avait pas envoyé un employé lambda ou Allegra faire cette course mais Narcissa avait insisté pour que ce soit Draco qui se rende dans la boutique afin de récupérer le mystérieux colis. Il ignorait ce qui s'y trouvait mais il s'agissait probablement de quelque chose de douteux pour que Narcissa refuse de confier cette tâche à quelqu'un d'autre que son propre fils.

« En temps normal, tu sais que je n'aurais pas été à l'aise à l'idée de faire venir des Sang-Impurs. Voldemort seul sait que je n'ai aucune confiance en ces va-nu-pieds. Mais celle-ci est l'employée de Burke et il m'a assuré qu'il la tiendrait en laisse. » affirma Narcissa.

Draco leva les yeux au ciel. Burke avait probablement fait cette promesse à sa mère pour s'assurer de pouvoir aussi assister à l'inauguration. L'apothicaire était l'un de ces opportunistes obsédés à l'idée d'entrer dans les hautes sphères.

Draco n'était toutefois pas certain que l'employée en question ferait ce qu'on lui demandait. Les rares interactions qu'il avait eues avec elle lui avaient prouvé son manque évident d'éducation. Weasley était insolente et, derrière son faux air soumis, se dissimulait un dédain évident des conventions. Il en avait fait la preuve à deux reprises. Malgré tout, il ne laisserait pas cette sotte gâcher quoi que ce soit, ce soir. Il était primordial que cette soirée soit un succès. Et Draco allait s'en assurer.

/

Ginny jeta un regard ennuyé vers la porte, soufflant de frustration pour la cinquième fois depuis son arrivée. Décidément, elle était condamnée à se retrouver dans les mailles de ces fichus Malfoy. Elle avait pourtant tout mis en œuvre pour les éviter. Le matin même, Burke lui avait indiqué qu'ils avaient été invités (ou plutôt convoqués selon Ginny) à l'inauguration de l'Augurey Magistral pour s'assurer que les élixirs Anti-Sommeil soient correctement distribués aux convives et que Burke puisse offrir quelques conseils pour une utilisation adaptée et sécuritaire du breuvage.

Cela permettrait assurément à Burke de faire la publicité extensive de sa boutique. Ginny ne comprenait cependant pas pourquoi elle était forcée d'y participer. Après tout, une pléthore d'elfes de maison et d'employés se trouvaient à leur disposition pour ce genre de tâches. Pourquoi donc, fallait-il qu'elle soit présente ?

On l'avait enfermé dans un petit bureau qui faisait office de dépôt improvisé pour la soirée. Seules une table et deux chaises composaient le mobilier de la pièce ainsi qu'une large pile de prospectus contenant des informations sur l'hôtel, entreposés sur des étagères. Ils comptaient probablement les distribuer aux convives de la soirée, devina Ginny.

Une heure plus tôt, un elfe de maison lui avait apporté une assiette garnie ainsi qu'un verre d'hydromel, ce qui avait réchauffé le cœur de Ginny. Même si elle devait passer des heures enfermée dans ce bureau étroit, elle avait au moins l'occasion de consommer de l'hydromel de luxe - une première pour elle. La jeune femme avait été stupéfaite par le geste. Elle s'était attendue à ce qu'ils la laissent mourir de faim à cause de son statut. Pour ces gens, elle ne valait pas mieux qu'un elfe de maison.

Ginny goba son dernier toast aux œufs de clabbert puis laissa son dos s'enfoncer dans le siège, observant la pièce avec un ennui profond tandis qu'elle mastiquait son petit four. Encore combien de temps serait-elle coincée ici ? Burke lui avait formellement interdit de quitter la pièce, ce qui signifiait qu'elle ne pouvait même pas aller examiner les alentours pour se divertir. Ils craignaient probablement qu'elle vole quelque chose.

Soudainement, la serrure de la porte émit un cliquetis et Ginny se redressa sur sa chaise, prenant une posture plus correcte. La porte s'ouvrit et la jeune femme fut parcourue par un profond malaise en reconnaissant le nouvel arrivant. Draco Malfoy pénétra dans la pièce, dardant sur elle son regard hautain.

C'était exactement la raison pour laquelle elle avait tant protesté auprès de Burke pour ne pas revenir dans cet endroit. Ginny avait à tout prix voulu éviter de croiser Malfoy fils après leur dernière interaction. Elle savait qu'il n'avait probablement pas apprécié ses manigances de la veille. Allait-il lui faire regretter son impudence ?

« Eh bien, Weasley. On dirait que tu as un don inné pour t'incruster sans cesse dans les endroits où tu n'as pas ta place. » fit-il remarquer d'une voix traînante. « Ça devient suspect. »

Ginny fut surprise d'entendre qu'il se souvenait de son nom de famille mais elle garda le silence. Draco l'observa de haut en bas, ses yeux emplis de jugement.

« Est-ce une tenue appropriée pour une occasion de ce genre ? » interrogea-t-il avec sa moquerie habituelle.

« Je croyais que le code vestimentaire de la soirée était 'Décontracté' » lâcha-t-elle avant même de pouvoir s'en empêcher.

La ferme, Ginny, pensa-t-elle immédiatement. Pourquoi ne savait-elle jamais faire preuve de retenue ? A sa grande surprise, Draco Malfoy ne parut pas outré de sa réponse. Au contraire, il laissa même échapper un rire bref. Pas ce rictus moqueur ou ce sourire en coin ouvertement ironique qu'il arborait habituellement. Il s'agissait d'un vrai rire, qui changea complètement son visage, le rendant presque détendu. Ginny l'observa, interloquée. Pendant l'espace d'un instant, il lui parut presque… humain. Les seules émotions qu'elle avait vu sur son visage se résumaient à un masque d'indifférence froide et une colère austère qui lui avait fait froid dans le dos. Son hilarité cessa toutefois et son visage reprit son air impérieux.

« Dobby. » dit-il soudainement, sans cesser de la regarder.

« Non, moi c'est Ginny. » répliqua-t-elle.

Il lui jeta un regard surpris mais ne répondit pas car un elfe de maison aux longues oreilles poilues venait d'apparaître dans la pièce. Sans doute le dénommé Dobby. La petite créature s'inclina profondément devant Draco.

« En quoi Dobby peut-il aider Maitre Malfoy, monsieur ? » demanda la petite créature, visiblement ravie de pouvoir servir.

« Une bouteille d'hydromel. » ordonna Draco sans même jeter un regard vers l'elfe.

Ce dernier claqua ses doigts et une bouteille apparut sur la table, accompagnés de deux verres. Il fit léviter la bouteille dans l'air pour remplir les verres.

« Laisse-nous. » quémanda Draco avant de saisir l'un des verres qui avait glissé dans sa direction.

Ginny jeta un regard au sien, l'air hésitant. L'elfe disparut dans un pop sonore.

« Je ne sais pas si M. Burke accepterait que… » commença-t-elle, incertaine.

« C'est moi qui décide, ici. Pas Burke. » répliqua Draco d'un ton irrité. « Et sais-tu à quel point c'est malpoli de refuser un verre proposé par l'hôte, Weasley ? »

Il porta son verre à ses lèvres minces.

« Évidemment que tu ne sais pas. Tu ne connais rien aux règles basiques de l'étiquette. » insulta-t-il avec hauteur.

Ginny ne répondit pas mais concéda à attraper son verre à son tour, avalant une gorgée de la boisson. L'hydromel était succulent, encore meilleur que celui qu'on lui avait apporté plus tôt dans la soirée. Pour elle qui était habituée aux hydromels vendus à quelques mornilles dans la boutique près de son appartement, dans le quartier des Embrumes - c'était sans aucun doute une expérience différente.

« C'est un grand cru. » expliqua-t-il en observant son visage de ses yeux perçants.

Devant son air perdu, Draco ajouta :

« C'est une appellation particulière donné à certains hydromels lorsqu'ils remplissent certaines conditions spécifiques. » ajouta-t-il.

« Oh. » dit-elle simplement.

Pendant les secondes suivantes, qui lui parurent être une éternité, un silence s'installa pendant que Malfoy l'observait toujours de son œil sondeur et Ginny se sentit gênée.

« Je ne voudrais pas paraître impolie mais qu'est-ce que vous faites ici ? » demanda-t-elle finalement.

Ginny ne comprenait pas l'objet de sa présence dans cette pièce en sa compagnie pendant que les festivités battaient leur plein, dans la salle de banquet. D'ici, elle pouvait même entendre la musique et les rires. N'était-il pas l'un des organisateurs de la réception ?

« Ne commence pas une phrase par ''Je ne voudrais paraître impolie'' si tu vas ensuite poser une question impolie. » répliqua-t-il en levant les yeux au plafond.

Ginny réprima une grimace. Elle allait finir par dire quelque chose qu'elle regretterait si elle n'apprenait pas à se taire. Qui savait de quoi Draco Malfoy était capable ? Son attitude mystérieuse et son regard calculateur ne lui présageaient rien de bon.

« Ce que je veux dire, c'est que vos invités vous attendent probablement. Et je suis sûre que vous avez mieux à faire que de discuter avec quelqu'un comme moi. » s'empressa-t-elle de rajouter.

« Détrompe-toi, Weasley. » répliqua-t-il d'un ton mystérieux. « Quel est ton prénom, déjà ? »

« Ginevra. Mais on m'appelle Ginny. » ajouta-t-elle après quelques secondes d'hésitation.

« Ginevra. » répéta-t-il d'un ton pensif. « Tu te plais chez cet apothicaire ? »

Ginny l'observa avec circonspection.

« Maître Burke est un employeur… juste. » dit-elle finalement.

Il s'agissait de la réponse politiquement correcte à sa question. Elle n'allait certainement pas partager ses vraies opinions sur Caractacus Burke devant lui. Elle ne connaissait pas Draco Malfoy mais elle était cependant certaine d'une chose - elle ne pouvait pas lui faire confiance.

« C'est très… progressiste de sa part d'employer quelqu'un comme toi. » lança Draco, ses doigts courant distraitement sur la table tandis qu'il dévisageait Ginny.

« Je suis très reconnaissante envers M. Burke pour cette opportunité. » répéta Ginny d'un ton machinal. « Il a fait preuve de beaucoup de bonté envers moi. »

A sa réponse, Draco éclata d'un rire ouvertement moqueur et Ginny lui jeta un regard déconcerté.

« Arrête ça. Tu n'es pas convaincante, Weasley. » dit-il, une fois son hilarité passée.

Il reporta son attention sur Ginny, une lueur désormais amusée visible dans ses yeux gris.

« Nous le faisons, tous. Jouer un rôle. Je sais ce que c'est. » ajouta-t-il, semblant soudainement perdu dans des réflexions profondes.

« Sauf votre respect, vous et moi ne menons absolument pas la même vie. » répliqua Ginny d'un ton qu'elle s'efforça de garder neutre.

Le rôle qu'elle devait jouer était essentiel. C'était la raison pour laquelle elle pouvait continuer à survivre dans cette société où elle était considérée comme une sous-personne. Elle n'avait pas d'autres choix. Draco Malfoy ne savait rien de ses griefs. Il vivait une existence privilégiée, loin de la réalité imposée à la plupart des habitants de ce régime inégalitaire. Il passait son temps enfermé dans sa cage dorée, parmi des personnes qui s'inclinaient devant lui pour répondre au moindre de ses désirs. Il possédait tous les avantages, jouissait de tous les pouvoirs. Jamais il ne pourrait comprendre les problématiques des centaines de milliers de personnes qui n'étaient pas considérées comme adéquates par le régime.

Draco parut pris de court par sa réponse et elle vit la lueur d'amusement disparaître de ses yeux, remplacé de nouveau par cette froideur qu'il dégageait habituellement.

« Quand pourrais-je partir d'ici ? » demanda Ginny en croisant ses mains sur ses bras.

« Quand je l'aurais décidé. » répondit-il d'un ton glacial avant de se relever brutalement.

Sans un mot supplémentaire, il quitta la pièce, laissant Ginny à nouveau seule. Elle laissa échapper un soupir mêlant frustration et soulagement. Soulagement parce que chaque interaction avec Malfoy la rendait tendue. Frustration parce qu'elle ignorait combien de temps elle serait encore coincée dans cet endroit.

Ce ne fut que deux heures plus tard que la porte s'ouvrit de nouveau - la faisant sursauter. Ginny ignorait quelle heure il était mais elle était exténuée d'être restée dans cette endroit avec sa voix pour seule compagnie, sans aucune distraction possible à part fixer les ornements qui décoraient le mur face à elle.

Ce fut Burke qui se présenta cette fois dans la pièce. Il avait visiblement revêtu sa plus belle robe de sorcier pour l'occasion. Le peu de cheveux qui lui restaient encore sur le crâne semblaient avoir été peignés avec soin dans un sens, dans une tentative inutile de dissimuler sa calvitie sévère.

« Suivez-moi. » quémanda-t-il d'un ton impatient.

Ginny lui emboîta le pas, passant devant un binôme de Mangemorts qui s'assuraient de la sécurité dans le Hall. Les deux individus ne les quittèrent pas du regard tandis qu'ils avançaient vers une pièce adjacente. L'entrée donnant sur la salle de banquet était ouverte et Ginny put distinguer quelques bribes des festivités. Jamais elle n'avait vu quelque chose de la sorte. Tout ce luxe grandiose et décadent - elle avait presque l'impression d'être dans un autre monde, si curieux et lointain de son quotidien.

Ils se retrouvèrent près d'un foyer au décor majestueux, composé d'un vestiaire, où deux elfes organisaient les affaires des convives. Sur une table, on avait entreposé une pléthore de paniers cadeaux garnis, tous décorés avec délicatesse, et parachevés par un fil torsadé argenté.

« Restez tranquille et n'ouvrez pas votre gosier intarissable sans ma permission. » déclara Burke à ses côtés, une lueur menaçante dans ses petits yeux enfoncés. « Suis-je assez clair ? »

Ginny hocha la tête avec lassitude. Elle était de toute façon trop exténuée pour faire la conversation. Une porte s'ouvrit soudainement, et Ginny réalisa qu'elle donnait directement sur la salle de banquet. Elle aperçut un groupe de sorciers s'approcher du foyer, en grande discussion avec Draco Malfoy.

« Une soirée époustouflante, M. Malfoy. » commenta un sorcier avec enthousiasme. « Nous avons hâte de venir passer un séjour dans l'hôtel. »

Ginny n'entendit pas la réponse de Draco mais elle vit distinctement un rictus satisfait au coin de ses lèvres minces. Il fit un signe en direction d'un elfe de maison qui fit léviter des paniers en direction du groupe. Ginny jeta un regard vers une horloge face au mur. Une heure du matin, affichait-elle. Les festivités arrivaient probablement à leur terme, pensa-t-elle avec soulagement.

Pendant la demi-heure suivante, Draco salua personnellement certains invités, échangeant quelques mots pour les convenances avant qu'ils ne soient escortés vers l'une des cheminées du hall ou vers la sortie de l'hôtel, pour ceux qui utilisaient d'autres moyens de locomotion. Burke intervint également à plusieurs reprises pour donner des conseils sur l'utilisation de la potion anti sommeil qui se trouvait dans le panier, glissant régulièrement la localisation de sa boutique pour faire bonne mesure. Soudainement, il se tourna vers Ginny et lui fit signe d'approcher.

« Apportez deux paniers, voulez-vous ? » dit-il d'une voix autoritaire.

La jeune femme s'exécuta. Lorsqu'elle revint avec les deux paniers, Ginny vit Burke et Draco en grande discussion avec un couple de sorciers âgés. La femme, de forte corpulence, arborait un œil magique d'un bleu intense dans l'orbite droit, qui remuait dans tous les sens. Elle portait un large chapeau dramatique d'un bleu cobalt, affublé de plumes d'un oiseau probablement massif au vu de leur taille. Le couvre-chef était assorti à sa robe de sorcière en mousseline de soie. Une parure en pierres précieuses habillait sa nuque, brillant sous les lumières éclatantes du lustre accroché au plafond du foyer.

« Merci encore pour votre présence, Madame la Gouverneure. » dit Draco d'un ton qui sonna affreusement pompeux aux oreilles de Ginny.

Draco était visiblement un manipulateur hors pair. En l'observant discuter avec ses convives avec cette politesse agréable, on aurait presque pu penser qu'il s'agissait d'un jeune homme charmant. Ginny, elle, avait pourtant vu son vrai visage – celui d'un individu arrogant et insupportable avec un égo surdimensionné.

« J'espère que vous appréciez ce panier spécial pour témoigner de notre reconnaissance. » poursuivit Draco.

Burke lança un regard entendu à Ginny qui s'empressa de s'approcher du couple pour leur tendre leurs paniers respectifs.

« Charmant. » commenta la Gouverneure, jetant un regard curieux à l'assortiment. « Rassurez-moi, ce n'est pas une potion antirides que je vois là-dedans ? »

Il s'agissait visiblement d'une blague d'initiés car son mari émit un rire étouffé à la remarque de la femme.

« Il s'agit d'un élixir anti-sommeil. » intervint Burke d'un ton cérémonieux. « Un breuvage très rare, d'une utilité inestimable. »

Il expliqua les avantages et les bienfaits de la potion au couple et parvint même d'une manière subtile à donner la localisation de sa boutique.

« Une apothicairerie de qualité, croyez-moi. » ajouta Draco en hochant la tête, en signe d'agrément. « Nous utilisons les services de M. Burke depuis plusieurs années, déjà. Et Mrs. Warrington, vous apprécierez probablement la politique de recrutement progressiste de son établissement. »

La dénommée Mrs. Warrington, qui avait paru ennuyée en écoutant le discours commercial de Burke, sembla retrouver un intérêt soudain à ses paroles.

« Effectivement, nous employons depuis quelques années des employés de rang inférieur pour les éduquer à l'art prestigieux qu'est la concoction de potions. J'ai toujours voulu être un employeur équitable, qui donne des opportunités aux moins fortunés lorsque l'occasion se présente. Ginevra ici présente est d'ailleurs l'une d'elles. » indiqua Burke en désignant Ginny. « Elle m'a assisté pour la concoction de l'élixir. »

L'œil magique de Mrs Warrington se déplaça soudainement et s'attarda sur Ginny.

« Vraiment ? » demanda la Gouverneure, visiblement très curieuse. « Et quelle est votre expérience, Miss ? »

Elle avait parlé d'une voix douce et articulé de manière exagérée, comme lorsqu'on parlait à un enfant limité en termes de communication.

« Je suis très reconnaissante de l'opportunité que m'offre M. Burke. Il est rare d'avoir ce genre d'opportunités avec mon statut. » déclara Ginny d'une voix modulée.

« Et vous retrouvez dans un environnement comme celui-ci doit être quelque peu intimidant, n'est-ce pas ? » insista la vieille femme.

« La très noble famille Malfoy a accepté de me donner une chance, et j'en suis infiniment reconnaissante. » récita Ginny avec un sourire figé, répétant son script à la perfection.

Tandis que les paroles sortaient de sa bouche, elles lui firent l'impression d'un venin mortel. Ces mots semblèrent toutefois sonner d'une manière agréable aux oreilles de la Gouverneure car son visage perdit sa mine blasée, au profit d'un air appréciateur.

« Eh bien, je n'aurais jamais cru entendre quelque chose de ce genre, ici. » dit-elle, agréablement surprise.

Ginny jeta un regard bref vers Draco Malfoy qui arborait un rictus de satisfaction suprême.

« Allons-y, Casparus. Nous sommes déjà bien en retard sur notre heure du coucher. Ces fêtes ne sont plus de notre âge. » ajouta-t-elle sur le ton de la confidence en direction de Draco.

Celui-ci répondit par un hochement de la tête poli.

« Permettez-moi de vous raccompagner. » suggéra-t-il tandis qu'il s'éloignait en compagnie des Warrington.

« Que Voldemort vous accompagne. » glapit Burke derrière eux.

Ginny les observa s'éloigner d'un air pensif, les sourcils froncés. Même si elle ne savait pas exactement pourquoi, elle pouvait deviner que sa présence à cette inauguration n'était pas désintéressée. L'énergie que Burke et Malfoy avaient déployé pour créer cette interaction avec la Gouverneure témoignait d'un motif ultérieur. Et même si Ginny était heureuse d'avoir gagné quelques gallions supplémentaires sans devoir travailler d'arrache-pied, elle n'aimait pas cette impression d'être utilisée à des fins inconnues.

Pire encore, elle ressentait ce pressentiment désagréable - celui qui lui assurait que ce ne serait pas la dernière fois.


J'espère que vous avez apprécié ce chapitre - j'attends vos avis ! Le prochain sera centré sur Théodore Nott ainsi qu'Hermione Granger.

A bientôt pour la suite,

Fearless