Note de l'auteure :
Valeur et vigueur tout le monde,
Je viens de commencer un nouveau boulot, donc ces dernières semaines ont été un peu éreintantes pour moi, d'où mon absence !
Merci d'avoir pris le temps de laisser des commentaires sur le dernier chapitre - ça me fait super plaisir ! Donc gros merci à drou, diane-decarvalho, Fleur d'Ange, Cocofraise et DI5M !
Bonne lecture !
V. Noblesse Oblige, Faiblesse Fustige
« Réveillez-vous, bande de cancrelats fainéants ! » s'exclama une voix tonitruante qui résonna dans le dortoir. « Allez, debout ! Et plus vite que ça, mécréants ! »
Les yeux d'Ivo s'ouvrirent brusquement, rencontrant la lumière aveuglante d'une baguette magique, rivée dans sa direction. Il se redressa lentement sur sa couchette, frottant ses yeux encore endormis.
« Magnez-vous, enfants de gourgandines ! » poursuivit la voix rauque, le faisant sursauter.
Ivo tira le drap déchiré qu'il utilisait chaque nuit pour se couvrir. Il avait pris une couleur grisâtre avec le temps et une odeur de renfermé s'y dégageait désormais. Le garçon enfila ses chaussures à la hâte, observant du coin de l'œil les enfants et les adolescents qui se pressaient autour de lui pour quitter leurs couchettes de fortune.
Une fois qu'il eut revêtit sa vieille veste en poils de grison, Ivo suivi un groupe qui quittait le dortoir en discutant avec animation. Il arriva au réfectoire, où plusieurs dizaines de jeunes étaient installés à des longues tables en métal, devant des bols de porridge. Comme d'habitude, un brouhaha animé régnait dans la salle. Ivo se plaça dans une longue file d'attente où une femme corpulente servait des bols de porridge aux jeunes qui se présentaient à son stand. A ses côtés, un homme à l'expression antipathique avait les yeux rivés sur un large registre posé face à lui. Ivo grimaça lorsqu'arriva son tour.
Jacobus Cloyd était le propriétaire de La Trappe. C'était un homme cupide et malveillant, qui aurait probablement vendu ses propres parents si cela avait pu lui rapporter une poignée de gallions. Officiellement, La Trappe accueillait des orphelins et des enfants de la rue qui n'avaient aucune figure parentale dans leur vie. L'endroit prétendait leur offrir un toit et de quoi se nourrir. En réalité, c'était un autre type d'éducation qu'on donnait à ces jeunes.
Lorsqu'il aperçut Ivo, une lueur contrariée passa dans les yeux vitreux de Cloyd. Il fronça son nez busqué tandis qu'il consultait le registre posé devant lui. Ivo déglutit nerveusement.
« Tu n'as rien rapporté hier. » fit remarquer Cloyd d'un ton irrité, reportant son regard scrutateur sur le jeune garçon. « On peut savoir pourquoi ? »
« Il y avait des Mangemorts partout sur le Chemin de Traverse, m'sieur Cloyd. » répondit lentement Ivo, intimidé.
« Et pourquoi tu n'as pas changé de zone ? » s'enquit Cloyd d'une voix étrangement patiente.
« Je suis allé dans le Quartier Treize mais l'un des patrons m'a reconnu alors j'ai pensé qu'il valait mieux ne pas prendre de risque. » expliqua Ivo, sentant des regards rivés sur lui.
« J'ai pensé qu'il valait mieux ne pas prendre de risque. » répéta Cloyd d'une voix aiguë, trémoussant ses hanches de manière exagérée. « Vous entendez cette tafiole ? »
Derrière lui, Ivo entendit des rires gras. Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, il aperçut la forme massive de Cloyd se lever brusquement. L'homme l'attrapa violemment par le col de son pull. Une lueur furieuse animait son regard et il rapprocha le visage d'Ivo du sien.
« Tu crois que je te paye à penser, pédale ? » demanda l'homme d'une voix courroucée.
Ivo secoua frénétiquement de la tête, paralysé devant cet homme brutal qui faisait près de quatre fois son gabarit.
« Ça fait trois jours que tu n'as rien mangé. » poursuivit Cloyd, ulcéré. « Pourtant tu continues de bouffer ma nourriture et de dormir dans ma piaule. Tu te crois dans un hôtel, petite merde ? Tu crois loger à l'Augurey Magistral, c'est ça? »
Cloyd avait lancé cela en prenant une voix exagérément pompeuse pour témoigner d'un sarcasme évident. De nouveau, Ivo entendit des rires moqueurs autour de lui.
« Tu as intérêt à te bouger les miches. Ne t'avise pas de revenir ce soir les poches vides. Compris, morveux ? » demanda Cloyd, la voix menaçante.
Ivo hocha la tête, le teint livide et le corps tremblant. Cloyd le relâcha avec brusquerie, et il retomba sur le sol.
« Je n'ai pas le temps à accorder à des petits ingrats dans ton genre. N'oublie pas que contrairement à ta chienne de mère, je t'ai donné un toit. Ne m'oblige pas à te remettre à la rue, avorton. » s'acharna Cloyd.
A côté de Cloyd, la femme qui servait les portions de porridge lança à Ivo un regard de profond dégoût. Elle héla la jeune fille qui suivait Ivo dans la file d'attente et lui tendit un bol de porridge, ignorant délibérément le jeune garçon.
Ivo se releva lentement, accablé et effrayé, s'efforçant de réprimer son envie de fondre en larmes. Il s'empressa de se diriger vers l'autre extrémité du réfectoire, sous les regards de pitié des uns et moqueurs des autres. Pour les enfants perdus comme lui, La Trappe était l'un des rares endroits où se réfugier. Ce n'était toutefois pas sans prix. Pour rester à La Trappe, les enfants perdus devaient réaliser des actes de petite délinquance pour Jacobus Cloyd. Cela se résumait généralement à voler dans les rues de Londres.
Les meilleurs voleurs étaient récompensés et bénéficiaient d'un meilleur traitement à La Trappe. Des repas plus copieux, des dortoirs plus confortables et des meilleurs vêtements. Les autres recevaient le strict minimum et s'entassaient dans des dortoirs serrés et humides, dont la propreté laissait à désirer, et étaient nourris avec des restes moisis.
Ceux qui ne se pliaient pas aux obligations de la maison ou qui ne parvenaient pas à performer étaient généralement jetés à la rue, comme des vieux balais usagés. Malgré tout, La Trappe était un toit et bon nombre de jeunes préféraient accepter ce train de vie difficile plutôt que de se retrouver dans les rues du régime, impitoyables pour des enfants de leur statut.
Ivo avait passé deux mois à la rue. L'expérience avait été angoissante. Il ne voulait plus y retourner. Depuis la mort de sa mère, il avait tenté de se débrouiller comme il le pouvait pour survivre. Il avait d'abord été envoyé dans un orphelinat puis avait fini par fuguer après les mauvais traitements qu'il y avait reçu.
C'était dans la rue que l'un des enfants de La Trappe avait repéré Ivo et lui avait proposé de se joindre à leur collectif. On lui avait promis qu'il bénéficierait d'un toit décent et d'un bol de nourriture chaque jour s'il était disposé à travailler pour gagner son pain.
Parfois, il parvenait à manger quelque chose, le terme qu'on utilisait à la Trappe pour désigner le vol à la tire. Ces fois-là, on le laissait tranquille. Ivo n'était toutefois pas régulier à la tâche. Voler à la tire demandait une certaine dextérité qu'il n'avait pas encore acquise. La plupart des jeunes de la Trappe ne possédaient pas de baguette magique au vu de leur statut de sang et de leur pauvreté extrême. Rares étaient ceux qui avaient reçu une éducation magique décente.
Pour les rares jeunes qui possédaient une baguette, leur usage était généralement restreint. Ils devaient donc faire preuve d'imagination et de créativité pour subtiliser des biens aux passants. Leur butin variait. Il s'agissait habituellement d'argent, d'objets ensorcelés ou des bijoux et des accessoires de valeur. Les jeunes les plus débrouillards et expérimentés arrivaient parfois à récupérer des balais volants, des objets magiques plus élaborés ou même des baguettes magiques. Tout était récupéré par Jacobus Cloyd et les superviseurs de la Trappe pour être revendu sur le marché noir. Les baguettes magiques de Sang-Purs étaient les biens les plus plébiscités. Elles pouvaient être revendues à des prix astronomiques.
La vie d'Ivo n'était pas simple. Depuis son arrivée, certains des résidents de la Trappe l'avaient pris en grippe. On trouvait son attitude trop maniérée et trop féminine pour un garçon. On se moquait de sa voix aiguë, de sa démarche ou encore de ses oreilles décollées. Malgré tout, Ivo, savait qu'il n'avait pas d'autres choix. Il ne pouvait pas se retrouver à la rue une nouvelle fois. Le régime était intransigeant pour un Sang-Mêlé de douze ans comme lui. Il était indésirable dans cette société.
« Hey, petit. » lança soudainement une voix enjouée face à lui.
Ivo releva les yeux et son attention se reporta sur une jeune fille blonde qui lui souriait, l'air désolé.
« Cloyd est un sacré troll quand il s'y met. » dit-elle à voix basse, prenant place face à lui.
Ivo ne répondit pas et jeta des regards paniqués autour de lui, comme pour s'assurer que personne ne l'avait entendue.
« Ne t'inquiète pas, tout le monde pense la même chose, ici. Depuis combien de temps tu es là ? » demanda-t-elle d'une voix fluette.
« Un mois. » répondit Ivo avec découragement.
« Oh, une nouvelle recrue. » lança l'adolescente avec amusement. « C'est quoi ton nom, petit ? »
« Ivo. »
« Ravie de faire ta connaissance, Ivo. Je suis Kitty. » se présenta la fille.
Elle fit glisser son bol de porridge rempli devant lui.
« Tiens. Tu as la peau sur les os, petit. » fit remarquer la dénommée Kitty. « Mange ça. »
« Tu n'en veux pas ? » demanda Ivo en ouvrant de grands yeux estomaqués.
« Non, et puis ce n'est pas trop ma tasse de thé. » affirma-t-elle en fronçant le nez tandis qu'elle observait le bol d'un œil distrait.
Ivo ne se fit pas prier. Il s'empara de la cuillère et commença à engloutir le porridge à grandes bouchées, affamé. Il n'avait pas mangé depuis la veille au matin. Kitty l'observa avec des yeux rieurs.
« Merci. » dit Ivo, la bouche pleine, lui lançant un regard empli de reconnaissance. « Depuis combien de temps tu es ici ? »
« Disons que je fais des allers-retours entre ici et d'autres endroits. » répondit Kitty d'un ton mystérieux. « Mais ça fait plus ou moins quatre ans que je fréquente La Trappe. »
Ivo écarquilla les yeux. Si Kitty était à la Trappe depuis tout ce temps, cela signifiait qu'elle devait être une bonne voleuse.
« Pour être honnête avec toi, je traîne moins dans le coin, ces derniers temps. Mais j'y reviens, de temps en temps. Par nostalgie, j'imagine. Et pour me faire des nouveaux amis, aussi. » dit-elle en l'observant avec attention. « On dirait que Cloyd ne t'a pas raté. Qu'est-ce qu'il a dit ? »
« Si je ne mange rien aujourd'hui, il va me mettre à la porte. » révéla Ivo avec un frisson, jetant un regard apeuré vers la table où Cloyd se trouvait toujours, face à son registre.
« Et il le fera, crois-moi. » assura-t-elle avec un sérieux soudain. « Tu devrais venir avec moi. Je pourrais te former, si tu veux. »
Ivo ouvrit la bouche, décontenancé par la proposition de cette jeune fille inconnue. Pourquoi se montrait-elle si gentille avec lui ? La plupart des jeunes qu'il avait rencontrés à La Trappe le traitait avec mépris ou méchanceté. Certains le brutalisaient et les autres préféraient l'ignorer, craignant d'être vus en sa compagnie.
« Si je te prends sous mon aile, tout le monde te fichera la paix. » déclara Kitty avec aplomb, rejetant sa longue natte tressée par-dessus son épaule.
« Pourquoi tu ferais ça ? » demanda Ivo, mal à l'aise.
« Parce que tu me rappelles moi, au début. J'étais un souffre-douleur, comme toi. Et puis j'ai fini par trouver quelqu'un qui a accepté de me prendre sous son aile. Je ne serais plus de ce monde si elle ne m'avait pas appris tout ce qu'elle savait. » expliqua Kitty avec gravité.
Ivo avala la dernière bouchée de porridge et s'essuya la bouche avec la manche de son pull, l'observant avec admiration.
« Qu'est-ce que tu veux en échange ? » demanda-t-il.
Il vivait à la Trappe depuis assez longtemps pour savoir que personne ne faisait rien par bonté de cœur. Tout le monde survivait comme ils pouvaient. L'échange était au cœur de toutes les interactions. Ivo, lui, n'avait cependant rien à offrir.
« Sincèrement petit, rien du tout. Tu n'as rien à m'offrir. Mais qui sait… Peut-être qu'un jour, tu pourras me retourner cette faveur quand j'en aurais besoin ? » proposa-t-elle en haussant les épaules.
Ivo hésita quelques secondes, puis répondit :
« D'accord, j'accepte. »
Un très grand sourire s'afficha alors sur le visage de Kitty.
/
Le son puissant de la sirène du paquebot retentit, résonnant à plusieurs centaines de mètres à la ronde. Théodore Nott reposa sa plume, observant d'un air concentré les notes apposées sur le parchemin vieilli.
« Nous sommes arrivés à bon port, Maître Nott. » lança une voix fluette, le sortant de ses pensées profondes.
Il se tourna vers Zéphyr, son fidèle elfe de maison, qui l'observait avec adoration à travers ses yeux globuleux. Zéphyr était déjà d'un âge avancé, comme en témoignaient les rides qui parsemaient son visage grisâtre. Une chevelure clairsemée cachait en partie son crâne rapetissé et deux longues oreilles pointues frémissaient à chaque fois qu'elle faisait un mouvement de la tête. Elle avait servi les Nott toute sa vie.
« Vous avez avancé sur votre composition, Maître Nott ? » demanda la petite créature avec excitation, observant le parchemin noirci sur lequel Théodore était penché.
Théodore hocha la tête et Zéphyr parut extatique, provoquant un sourire désabusé sur le visage du jeune homme. Cela faisait des années qu'il travaillait sur cette composition et il avançait si lentement, qu'il n'était pas certain de l'achever un jour, même si son espérance de vie atteignait 130 ans, comme celle de son arrière-grand-père, Theradius Nott, un compositeur-instrumentiste de renommée.
C'était ce dernier qui avait instauré chez Théodore son amour pour la musique. La dynastie Nott avait rassemblé de nombreux artistes et créateurs à travers les générations, tous bercés dans les arts et l'ingénierie depuis leur tendre enfance. Les Nott appréciaient les belles choses et passaient leurs existences à rechercher les beautés de l'art.
C'était pour cette raison que ses parents avaient envoyé Théodore en France pour parfaire son art et ses connaissances sur la musique. Il avait étudié dans la prestigieuse Académie impériale des Tuiles, l'un des meilleurs conservatoires magiques au monde. Après avoir obtenu son diplôme, Théodore avait complété son éducation et sa formation auprès de compositeurs de renom.
On l'avait souvent qualifié de virtuose. Théodore avait composé sa première sonate à dix ans. Il avait un flair original et était capable de mélanger les codes de la musique classique à des thèmes plus modernes et inédits. On louait sa sensibilité, son avant-gardisme, et son audace à se défaire des règles pourtant si codifiées de son domaine.
L'opéra qu'il composait depuis plus de deux ans serait le travail d'une vie, il le savait. Pourtant, il peinait à avancer sur son projet, jamais satisfait de ce qui en résultait. Il manquait encore cette profondeur qu'il voulait donner à la composition. Théodore avait peu de temps à y consacrer. Son travail était exigeant et la majorité de son temps était passé sur des compositions qu'il présentait dans divers théâtres et opéras à travers le monde.
Malgré son âge, Théodore avait énormément voyagé - une expérience peu commune pour les sorciers britanniques. Son appartenance à une famille royale signifiait toutefois que les règles données au reste de la communauté ne s'appliquaient que très rarement à lui ainsi qu'à ses pairs.
Après près de quinze années passées à l'étranger, où il avait passé l'intégralité de son adolescence et les premières années de sa vie d'adulte, Théodore était de retour au Royaume-Uni, à la demande de sa mère. Elle souffrait d'une maladie auto-immune, qui s'était empirée durant l'année précédente, et désirait être proche de son fils pour les derniers mois que les médecins lui avaient donné à vivre.
Le navire s'était arrêté, et Théodore pouvait entendre de l'agitation à l'extérieur. A ses côtés, Zéphyr avait déjà rassemblé toutes ses malles et commença à ranger soigneusement les papiers éparpillés sur le bureau de la cabine luxueuse qu'il avait occupé pendant le voyage. Le trajet à partir des États-Unis avait été extrêmement long et Théodore était heureux de retrouver la terre ferme. Même s'il était habitué à ce type de déplacements, il ne s'était jamais senti à l'aise en mer pendant une période aussi prolongée.
Lorsqu'il descendit la passerelle menant au quai, Théodore remarqua qu'un groupe l'attendait sur le port. L'équipage du paquebot s'assurerait qu'il quitte le bateau avant le reste des voyageurs, des immigrés en provenance d'autres nations purifiées.
Après tant d'années passées à l'étranger, il lui arrivait parfois d'oublier ce que signifiait être un membre des Treize sacrés au Royaume-Uni. Il n'était pas traité à la même enseigne que les autres. Partout où il se rendait, Théodore recevait un traitement spécial. Il n'était presque jamais mêlé aux foules et ses déplacements étaient généralement escortés par des Mangemorts ou des Aurors pour des raisons de sécurité.
Alors qu'il poursuivait son avancée sur la rampe, Théodore reconnut sa mère, installée sur un fauteuil volant. Le fauteuil reposait sur deux balais miniatures en suspension à quelques centimètres du sol. Il n'avait pas vu sa mère depuis l'année précédente, durant la visite de cette dernière aux États-Unis pour les fêtes de fin d'année.
Le visage de Théodore se décomposa lorsqu'il la vit. Son teint était d'une pâleur cadavérique et ses traits lui semblèrent plus émaciés que jamais. Elle avait perdu beaucoup de poids depuis leur dernière rencontre. Théodore avait toujours connu sa mère en chair, avec un visage joufflu et des yeux étincelants et rieurs. Ses cheveux, jadis ondulés et d'une couleur auburn profonde, avaient virés au gris et paraissaient ternes et sans vie.
La vue de sa mère lui montra brutalement à quel point la maladie l'avait rongée. Il parcourut les derniers mètres les séparant et s'agenouilla devant elle, luttant pour retenir ses larmes devant elle. Gislena, elle, l'observait avec une lueur heureuse dans les yeux et attrapa son visage dans ses mains.
« Mon fils. » dit-elle avec émotion. « Tu ne dois plus reconnaître ta propre mère. »
Un rire étranglé quitta la gorge de Théodore. Il fut heureux de savoir que malgré son apparence totalement ravagée par la maladie, la voix douce et chantante de sa mère - celle qu'il affectionnait tant - n'avait pas changé. Elle avait la voix la plus belle qu'il lui avait été donné d'entendre.
Une diligence imposante poussée par des créatures invisibles et mystérieuses les attendait pour les escorter. Théodore aida sa mère à monter à l'intérieur. Un Mangemort fit mine de s'approcher d'elle pour l'aider mais Théodore repoussa sa main d'un geste brusque.
« Ne la touchez pas. » dit-il d'un ton froid à l'attention du Mangemort.
Lorsque Gislena fut correctement installée dans la diligence, le Mangemort ensorcela son fauteuil volant qui se rapetissa immédiatement, prenant la taille d'un objet miniature. Théodore prit place aux côtés de sa mère qui n'avait pas lâché sa main, regardant son fils affectueusement.
Lorsqu'ils arrivèrent devant le domaine des Nott, Théodore observa l'imposante bâtisse qui se dressait face à lui. Il ressentait toujours un profond malaise lorsqu'il se trouvait dans cet endroit et ce sentiment ne s'était pas dissipé avec les années.
Le château des Nott était une merveille architecturale, érigée par son ancêtre Methodius Otto Nott au dix-septième siècle. Ce dernier avait fait appel à de nombreux archimages et constructeurs européens, créant une fusion de style qui rendait l'endroit unique aux yeux de ses habitants et des visiteurs assez chanceux pour pénétrer à l'intérieur. Au cours des siècles, la demeure avait fait l'objet de plusieurs rénovations mais n'avait jamais perdu son authenticité ni sa superbe.
Lorsqu'ils passèrent devant le large hall, le regard de Théodore se porta aussitôt sur une toile grandeur nature, présentant un portrait de sa famille - la génération actuelle des Nott. Chaque génération possédait un portrait similaire. Les portraits des anciennes générations étaient désormais érigés dans les longs corridors de la demeure, imposants vestiges d'une dynastie ancienne. La devise familiale était sculptée sous le portrait.
- Bellement et hardiment -
Pour Théodore, toutefois, il s'agissait d'un endroit froid et austère, dans lequel il ne s'était jamais senti à l'aise. Il avait été heureux de le quitter lorsqu'on l'avait envoyé à l'étranger pour poursuivre son éducation en France. La demeure lui rappelait des souvenirs désagréables et malheureux.
Lorsqu'il retrouva sa chambre, il la reconnut à peine. Tout lui sembla différent - le mobilier, la couleur des draperies ainsi que la disposition des meubles qui s'y trouvaient. Théodore prit place sur le lit massif qui dominait la pièce et observa les lieux avec appréhension. D'un geste distrait, il fit tourner la chevalière qu'il portait à l'auriculaire gauche.
« La dernière fois que tu étais ici, tu étais encore un enfant. » rappela Gislena, près de l'encadrement de la porte. « Nous avons fait quelques changements en prévision de ton arrivée. Je sais que tu es un homme désormais et que tu as besoin de ton propre espace - cette partie du château t'es donc entièrement réservée. Tes instruments ont déjà été installés dans la salle de musique. »
Théodore leva les yeux dans sa direction et Gislena, installée sur son fauteuil volant, se déplaça près de lui.
« Je suis tellement heureuse de te voir de retour, mon chéri. » déclara Gislena, d'une voix pleine d'émotions. « Évidemment, j'aurais aimé que les circonstances soient différentes mais… »
Gislena s'interrompit, parcourue d'une toux violente. Elle posa une main sur sa poitrine tandis qu'elle toussait bruyamment, son visage tordu par la douleur. Théodore observa sa mère avec impuissance. Il savait qu'elle souffrait énormément, même si elle prétendait le contraire. Gislena avait toujours été le genre de mère à minimiser ce qui lui arrivait pour ne pas effrayer son fils.
« Mère… » commença Théodore, la gorge nouée.
« Je vais bien Théodore, bien mieux qu'il y a quelques semaines. » affirma-t-elle d'une voix qui se voulait rassurante. « Je suis si heureuse que tu sois là. »
Le diagnostic donné par les Médicomages à Gislena n'était pas optimiste. Sa condition n'avait pas de remède et l'avancement de la maladie était déjà bien trop critique. Selon eux, il ne lui restait que six mois à vivre - un an si elle avait de la chance. A ce niveau avancé de sa maladie, la seule chose que les Médicomages pouvaient faire était de lui donner des potions calmantes pour atténuer ses douleurs.
Lorsqu'elle avait entendu le diagnostic des Guérisseurs, Gislena avait fait part à Théodore de l'une de ses dernières volontés. Elle voulait passer le temps qui lui restait avec lui, au Royaume-Uni. L'idée d'y retourner avait toujours causé une anxiété profonde à Théodore mais il était prêt à tout faire pour s'assurer que la fin de vie de sa mère se déroule dans les meilleures conditions possibles. Même s'il devait sacrifier son bien-être.
« J'ai prévenu le directeur du Théâtre qu'il aurait l'un des meilleurs compositeurs du monde à partir de la semaine prochaine. » dit Gislena, ses yeux s'éclairant avec fierté. « Je suis impatiente de voir tes compositions enfin présentées dans notre pays. »
« Tu veux entendre le premier mouvement de ma nouvelle symphonie ? » demanda Théodore, un sourire faible au coin de ses lèvres.
Une euphorie soudaine apparut dans les yeux fatigués de Gislena et pendant l'espace d'un instant - elle ressembla à une petite fille à qui l'on venait de donner un cadeau longtemps désiré.
« Rien ne me ferait plus plaisir. » dit-elle avec sincérité.
/
Hermione Granger reposa le large grimoire qu'elle consultait sur la table en bois et d'un geste précautionneux, effaça la poussière qui maculait la couverture. Les sorts de nettoyage, trop abrasifs, étaient déconseillés sur les livres aussi anciens à cause de la matière sensible qu'on utilisait à l'époque pour les fabriquer. Tandis qu'elle apposait des notes sur le parchemin posé à côté de l'ouvrage, elle sentit des regards insistants dans sa direction et leva la tête.
Hermione croisa les regards hostiles de Pénélope et Patricia Clearwater, les deux autres employées des Archives. Elles s'échangeaient des messes basses, jetant de temps à autres des regards hargneux en direction de la jeune femme. Hermione reporta son attention sur son parchemin, s'efforçant d'ignorer leurs agissements.
Depuis le jour où Hermione avait aidé Aelius Macmillan en l'absence de Pénélope, il avait insisté pour qu'elle continue à l'assister quotidiennement. Évidemment, à son retour, Pénélope n'avait pas accueilli la nouvelle avec gaieté, ce qu'Hermione comprenait parfaitement. Malgré tout, elle n'en avait que faire. L'unique raison pour laquelle Pénélope travaillait aux Archives était parce que sa mère lui avait donné le poste. Pénélope n'avait jamais fait preuve d'un immense intérêt envers les livres, ni les plus grands auteurs du pays. Le népotisme était toutefois une pratique courante dans le Royaume-Uni purifié et les familles de Sang-Pur gardaient jalousement les meilleures opportunités pour les membres de leur entourage.
Hermione savait qu'elle n'avait jamais été appréciée par ses deux collègues mais ces dernières n'avaient jamais osé lui faire des remarques. Après tout, c'était M. Macmillan lui-même qui l'avait embauchée et elles n'étaient pas assez stupides pour critiquer son choix de manière vocale.
Elles se contentaient donc d'autres stratagèmes pour faire sentir à Hermione qu'elle n'était pas la bienvenue aux Archives. Cela passait généralement par des micro agressions, des remarques passives agressives ou tout simplement des regards méprisants et dégoûtés, comme si elle était une tâche disgracieuse sur une tapisserie sophistiquée.
Hermione était habituée à ce traitement et elle avait appris à ignorer les agissements de ses collègues au quotidien. Cette opportunité était trop bonne pour qu'elle se laisse provoquer par ces deux mégères frustrées.
Une fois son marquage terminé, Hermione agita sa baguette en direction du grimoire pour le replacer sur son étagère attitrée. Elle se releva ensuite, et passa devant la table de Pénélope et Patricia pour monter les escaliers en colimaçon menant au bureau d'Aelius.
« Ah, vous voilà, Miss Granger. » l'accueillit immédiatement le vieil homme, comme s'il l'attendait depuis des lustres.
Hermione réalisa immédiatement qu'il n'était pas seul dans la pièce. Un jeune homme était installé sur l'une des chaises faisant face au bureau d'Aelius. L'homme avait probablement le même âge qu'Hermione. Ses cheveux sombres, légèrement ondulés, couvraient son front. Sa peau était hâlée et ses yeux étaient d'une couleur curieuse – si bien qu'Hermione ne parvint à identifier s'ils étaient bleus ou verts.
« Valeur et vertu. » salua Hermione d'une voix polie.
« Victorieuse soit sa venue. » répondit l'homme.
Il avait une voix mélodieuse pour un homme. Hermione fut toutefois décontenancée par le ton qu'elle décela dans sa voix tandis qu'il prononçait ces mots. Elle eut presque l'impression de distinguer de l'agacement.
« Miss Granger. Je vous présente Théodore Nott. Vous avez entendu parler de la famille Nott, je présume ? » interrogea Aelius.
Hermione savait que les Nott faisaient partie des Treize sacrés. À la vue de son âge, Hermione devinait que cet homme était probablement le fils du Gouverneur actuel, Theodius Nott.
Hermione acquiesça lentement à la question de son employeur, soudainement nerveuse. Si elle s'était progressivement habituée à travailler pour Aelius, elle éprouvait une crainte certaine à l'idée de se retrouver en présence d'un membre d'une famille royale.
Ils étaient des gens puissants. Les rares histoires qu'elle entendait à leur sujet ainsi que ses lectures sur l'histoire du pays lui indiquaient qu'ils étaient intransigeants et qu'ils abhorraient les gens de statut inférieur.
Elle savait qu'Aelius n'était pas aussi extrémiste dans sa vision du statut de sang - mais il restait une exception à la règle. Si le régime était ce qu'il était actuellement, c'était du fait des familles royales qui prônaient la pureté parfaite et exemplaire. Les gens comme elles n'étaient pas considérées comme étant dignes de respect.
« J'ai entendu parler de Theodimus Nott et ses travaux sur des éléments d'architecture. Il a été le premier sorcier à encenser les méthodes de construction des centaures. » indiqua Hermione après quelques instants de réflexion.
« Des travaux qui l'auraient envoyé à Azkaban, s'il les avait écrits 70 ans plus tard, sans l'ombre d'un doute. » commenta Aelius d'un ton amusé.
Hermione fut stupéfaite par les paroles d'Aelius et jeta un regard apeuré au dénommé Théodore, l'observant avec appréhension.
« Il aurait probablement imité les grands hommes de notre régime. Voler le travail de personnes considérées comme des individus de sous-races puis se l'accaparer sans citer ses sources. » répondit Théodore d'une voix acerbe.
Sa réponse interloqua davantage la jeune femme qui ouvrit de grands yeux. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle entendait deux hommes qui appartenaient au clan des Treize sacrés, critiquer le régime de manière si flagrante. Hermione resta silencieuse, mal à l'aise. Si on l'avait entendu faire ce genre de remarques en public, elle aurait probablement reçu une correction sévère. C'était probablement une crainte que ces gens ne possédaient pas. Après tout, ils étaient au sommet de la pyramide et pouvaient agir en toute impunité. Aelius sembla remarquer le soudain malaise d'Hermione et il s'éclaircit la gorge.
« Miss Granger. » reprit-il d'une voix modulée. « M. Nott est à la recherche de certains ouvrages au sujet de l'ethnomusicologie. Il me semble avoir quelques bonnes références dans ma collection privée. »
« Dans votre collection privée, Monsieur ? » répéta Hermione en ouvrant la bouche, estomaquée.
Même si les Archives appartenaient techniquement aux Macmillan et pouvaient être qualifiées comme une collection privée, Hermione savait qu'Aelius tenait une réserve plus rare et secrète, qui n'était généralement pas autorisée d'accès, sauf à Patricia, la Conservatrice-en-Chef.
« C'est bien ça, Miss Granger. Pour des raisons de sécurité, ces livres ne sortent jamais de ma réserve mais je n'ai aucun problème à ce que Théodore les consulte directement sur place. Je peux vous laisser l'y guider ? Patricia vous montrera le chemin. »
Il sortit une clé dorée, avec un embout curieux et la tendit à Hermione. Cette dernière s'empara de l'objet, prise au dépourvu. Elle était choquée de la confiance qu'Aelius plaçait en elle.
Elle hocha la tête frénétiquement, ne pouvant dissimuler son excitation. Aelius l'observa avec amusement derrière ses lunettes. Théodore se leva alors et Hermione fut surprise par sa taille. Il la dépassait de plus d'une tête. Il dégageait une grâce discrète qu'elle voyait rarement chez les hommes. Il posa son regard sur Hermione, comme s'il attendait son signal. Hermione tourna les yeux vers Aelius qui hocha imperceptiblement la tête, une lueur encourageante dans les yeux.
« Hm, suivez-moi. » indiqua-t-elle à l'attention de Théodore, d'une voix plus assurée.
Ils se dirigèrent vers les escaliers en colimaçon menant à la pièce principale des Archives. Hermione s'approcha de Patricia, penchée sur un pupitre. Cette dernière la gratifia d'un regard hautain.
« Pouvez-vous nous conduire aux Archives privées de M. Macmillan ? » demanda Hermione d'une voix qu'elle tenta de rendre la plus agréable possible, malgré l'air condescendant de sa collègue.
« Pardon ? Tu n'es pas autorisée à entrer dans les Archives privées. » répondit immédiatement Patricia avec désobligeance.
Hermione brandit la clé que lui avait donnée Aelius devant Patricia. Cette dernière parut avoir reçu de la morve de troll sur le visage et elle ouvrit de grands yeux sidérés.
« M. Macmillan m'a personnellement demandée d'escorter M. Nott dans ses Archives privées. » lui répondit Hermione d'un ton suffisant.
La mine indignée sur le visage de Patricia la fit jubiler. Cette dernière parut sur le point de répliquer mais elle coula un regard vers Théodore et sembla décider de garder le silence.
« Absolument. » dit-elle d'un ton agréable qui semblait trop forcé pour être naturel. « Suivez-moi. »
Ils prirent la direction d'un couloir qu'Hermione n'avait jamais emprunté depuis son arrivée aux Archives. Un tableau représentant une femme brune à l'air serein assise sur un fauteuil, les accueillit. Hermione la reconnut immédiatement. Elle ressemblait à une version plus jeune de la femme du portrait familial accrochée dans le bureau d'Aelius. Il s'agissait sans doute de Vivica, son épouse défunte.
« Scientia sapientes juvat. » lança Patricia d'une voix claire devant le tableau.
Vivica hocha la tête, et agita sa main, comme pour les autoriser à pénétrer à l'intérieur. Le tableau se déplaça, laissant apparaître une porte étroite dans le mur. Patricia s'effaça, visiblement irritée et lança un regard hargneux à Hermione. Cette dernière s'avança et introduisit la petite clef dans la serrure qui émit un léger 'clic'. Elle poussa la poignée et entra à l'intérieur d'une pièce au plafond bien plus bas que la salle principale. L'endroit était composé d'une vingtaine d'étagères, de sofas confortables et d'une longue table de travail au bois reluisant. Une odeur de parchemin frais lui parvint aux narines.
Soudainement, Hermione entendit Patricia s'éclaircir la gorge. Elle se retourna vivement et vit cette dernière ainsi que Théodore Nott l'observer avec perplexité. Hermione réalisa que son visage arborait probablement un sourire béat et elle sentit ses joues se rosir sous l'embarras.
« Je prends le relai. Merci pour votre aide. » dit-elle à l'attention de Patricia.
Patricia lui jeta un dernier regard noir avant de quitter la pièce, après s'être inclinée devant Théodore en signe de respect. Hermione vit la bouche de ce dernier tiquer légèrement d'agacement face au geste de Patricia.
« Est-ce que vous cherchez quelque chose de particulier ? » demanda Hermione.
« Pas vraiment, pour dire la vérité. Aelius m'a dit que certains des ouvrages pourraient être intéressants pour mon travail. » répondit Théodore en haussant les épaules.
Hermione réfléchit rapidement en observant les étagères. Le système de rangement semblait être le même que celui des Archives publiques, elle n'aurait donc aucun problème à se repérer. Après quelques minutes de recherche, elle trouva des ouvrages d'intérêt. Elle posa des exemplaires sur la table devant Théodore.
« Je pense qu'il serait utile de commencer par ceux-là. » suggéra-t-elle. « Ensuite, nous pourrons regarder des choses plus spécifiques. »
Théodore hocha la tête avant de s'installer sur la table, tirant un rouleau de parchemin et une plume à encre intégrée du sac en bandoulière qu'il portait. Pendant qu'il lisait les ouvrages, Hermione parcourut les rayons des Archives privées avec excitation, ravie de découvrir une nouvelle collection aussi fournie. Elle s'était longuement demandée quel genre de grimoires s'y trouvaient. Elle avait imaginé qu'il s'agissait de livres coûteux et rares, qu'Aelius préférait garder en lieu sûr. En observant certains des ouvrages, elle réalisa que la vérité était toute autre.
Certains des ouvrages seraient sans doute considérés comme problématiques au vu de leur contenu et elle savait qu'ils étaient probablement interdits par la censure du régime.
Les Bienfaits de la Diversité du Sang
Que pouvons-nous apprendre des Moldus ?
Pourquoi la pureté du sang est-elle un concept archaïque ?
Hermione observa les grimoires, médusée par leurs titres. Elle comprenait désormais pourquoi Aelius refusait de garder ces livres dans la section publique des Archives. Pourquoi possédait-il ce genre de grimoires ? Par curiosité ? Par soucis de connaissance ?
Ces quelques mois à travailler pour Aelius avaient fait comprendre à Hermione que les Macmillan semblaient accorder de l'importance à la connaissance et à l'érudition avant tout. Aelius ne semblait pas être un puriste ni un extrémiste. Pourtant, jamais Hermione n'aurait pensé qu'il serait capable d'aller jusqu'à s'instruire sur des concepts en total désaccord avec le régime. Elle n'en éprouva qu'un respect plus fort envers lui. Une heure plus tard, Hermione sursauta vivement lorsqu'elle leva les yeux et vit Théodore devant elle, la regardant fixement. Surprise, elle faillit faire tomber l'énorme livre qu'elle consultait. Elle le rattrapa in-extremis.
« Je suis navré de vous avoir effrayée. » s'excusa Théodore.
Hermione secoua la tête.
« Ce n'est rien. » assura-t-elle en lui adressant un sourire.
Il sembla gêné et parut vouloir dire quelque chose mais il resta silencieux, comme s'il n'osait pas lui poser la question. La jeune femme fut surprise par la timidité qu'il dégageait. Hermione se demanda combien de temps il était resté devant elle, sans oser l'interrompre dans sa lecture.
« Je peux vous aider pour quoi que ce soit ? » demanda-t-elle d'une voix douce.
« L'un des livres mentionne un auteur - Thanh Loan Phan. Je crois que ça pourrait être intéressant pour ce que je recherche. » dit-il.
« Laissez-moi voir si nous avons quelque chose là-dessus. » dit Hermione en fermant son exemplaire pour le reposer à sa place.
Elle s'engagea vers le rayon où elle avait trouvé les premiers ouvrages de musicomagie et parcourut les noms des ouvrages avec attention. Hermione pouvait sentir le regard de Théodore sur elle et elle se sentit soudainement très consciente de son apparence.
« Les Techniques musicales Khmer par Thanh Loan Phan. » énonça-t-elle en extirpa un livre mince, d'une centaine de pages seulement. « Tenez. »
« Merci Miss. » répondit Théodore avant de se diriger vers la longue table et d'y reprendre sa place.
Hermione lui emboîta le pas, jetant un regard curieux et impressionné à son rouleau de parchemin qui arborait déjà plus de cinquante centimètres de notes.
« Sur quoi travaillez-vous, exactement ? » demanda Hermione, avant de pouvoir s'en empêcher.
Elle savait qu'elle était parfois trop curieuse, ce qui n'était pas une qualité qu'on appréciait dans le régime. A son grand soulagement, Théodore ne parut pas s'offusquer de sa question.
« Je suis compositeur-instrumentiste. » déclara-t-il d'une voix posée. « J'aime me former sur des techniques différentes en plus de celles qu'on m'a enseignées. Pour varier mes œuvres. »
Il désigna le livre qu'Hermione venait de lui fournir.
« Cette personne a fait un travail extensif sur certaines techniques musicales asiatiques et sur le chant diphonique. » expliqua-t-il.
Devant l'air confus d'Hermione, il ajouta :
« C'est une technique de chant qui consiste à produire un timbre vocal caractérisé par deux notes de fréquences différente au même moment. »
« Oh. » dit Hermione, ravie d'apprendre quelque chose de nouveau.
Elle ne s'était jamais vraiment penchée sur la musicomagie. Il s'agissait d'un art peu démocratisé et peu accessibles pour les couches les plus basses de la population du régime. On disait que c'était trop sophistiqué pour les sorciers de rang inférieur qui n'étaient généralement pas admis dans les théâtres et autres établissements culturels. Les prix étaient également un moyen de dissuasion efficace. Ces passe-temps étaient onéreux pour la plupart des gens comme Hermione.
« Il n'était pas compliqué de trouver ce genre d'ouvrages dans les pays où je vivais précédemment. » expliqua-t-il avec frustration. « Avant de venir ici, je suis d'abord allé aux Archives Nationales et dans plusieurs librairies. »
Il émit un rire nerveux.
« Et puis je me suis souvenu dans quel pays je me trouvais. » ajouta-t-il à voix basse.
Il s'était parlé à lui-même mais Hermione décela l'amertume dans ses paroles.
« Où viviez-vous, avant ? » interrogea avidement la jeune femme.
« Aux États-Unis, ces deux dernières années. Mais j'étais en France, avant cela. » révéla-t-il. « J'ai beaucoup voyagé, à cause de mon métier. »
Hermione ne manqua pas la lueur nostalgique dans ses yeux.
« J'imagine que cette fameuse Phan avait des idées qui ne plaisaient pas à mes ancêtres. » ajouta-t-il.
Hermione savait que la France et une partie des États-Unis étaient également des empires purifiés. D'après ce qu'elle avait entendu à travers des rumeurs, confirmées par les paroles de Théodore, ces régimes n'étaient pas aussi extrémistes que le Royaume-Uni. Surtout si on pouvait facilement trouver des ouvrages d'auteurs qui n'adhéraient pas à l'idéologie de la Supériorité du Sang dans la société magique.
« Que faisiez-vous aux États-Unis ? » interrogea Hermione avec intérêt.
« Je présentais mes œuvres dans plusieurs théâtres, en général. » expliqua-t-il.
« Pourquoi êtes-vous revenu au Royaume-Uni ? » s'étonna Hermione.
A sa question, le visage de Théodore arbora une mine triste et il sembla se renfrogner. Mortifiée, Hermione réalisa que sa question était probablement trop personnelle. Encore une fois, sa curiosité et son enthousiasme avaient pris le pas de façon inappropriée.
« Veuillez m'excuser. Ce ne sont pas mes affaires. » s'excusa-t-elle d'une voix désolée, ses joues virant à l'écarlate.
Théodore secoua la tête.
« Ce n'est rien. » dit-il, avec un léger sourire.
Malgré ses paroles, ses yeux ne perdirent pas la lueur triste et Hermione s'interrogea sur la cause de son affliction. Immédiatement, elle ressentit une sympathie démesurée envers cet homme qu'elle ne connaissait pas.
Jamais elle n'aurait imaginé pouvoir converser de la sorte avec un membre d'une famille royale et même y éprouver un certain plaisir. Pourtant, au vu des rares informations qu'elle avait apprises sur lui depuis son arrivée, Théodore semblait différent. A l'entendre, il avait passé une grande partie de sa vie à l'étranger, ce qui expliquait probablement son ouverture d'esprit et ce décalage par rapport à ses pairs. Ses remarques avec Aelius ainsi que la manière dont il avait réagi lorsque Patricia s'était inclinée devant lui prouvaient qu'il ne partageait pas entièrement les convictions du régime.
Lorsque Théodore tourna une page du livre de Phan, un son tonitruant s'éleva de l'ouvrage. Il s'agissait d'une voix féminine qui émettait un chant harmonique.
« Fermez-les yeux. » lança Théodore à l'attention d'Hermione. « Et écoutez. »
Celle-ci s'exécuta avec appréhension. Elle se concentra sur le son qu'elle entendait.
« Vous entendez un son grave, j'imagine ? C'est la voix de base. » expliqua Théodore à voix basse, comme pour ne pas parler au-dessus de la voix chantante.
Hermione hocha la tête, gardant ses yeux clos.
« Maintenant, concentrez-vous, écoutez l'autre son, derrière cette voix grave. C'est quelque chose de plus aigu, qui résonne. » poursuivit Théodore d'une voix à peine audible.
Au bout de quelques instants, Hermione réalisa qu'elle entendait effectivement un second son, sur une tonalité différente.
« J'entends quelque chose. » dit-elle en retenant son souffle.
Elle rouvrit les yeux avec excitation, croisant le regard amusé de Théodore. Il sourit devant sa réaction.
« C'est la voix d'une seule et même personne. Elle utilise deux notes et deux fréquences différentes en même temps avec son organe vocal. » expliqua-t-il. « Ça demande un entraînement considérable et une grande maîtrise de sa magie pour pouvoir produire un double son de ce genre. »
« C'est…impressionnant. » s'extasia Hermione.
Théodore hocha la tête avec un sourire, semblant approuver ses paroles.
« Très. » affirma-t-il.
Il tourna la page et le chant de la voix cessa aussitôt. Pendant les heures suivantes, Théodore continua ses recherches, prenant le temps d'expliquer à Hermione certains termes et concepts musicaux sous son regard avide. De son côté, elle se chargeait de trouver les informations dont il avait besoin dans les Archives privées. C'était la première fois de sa vie qu'Hermione appréciait de travailler en binôme avec quelqu'un. Bientôt, elle réalisa qu'ils étaient dans la pièce depuis près de quatre heures et qu'elle n'avait même pas vu le temps passer.
Elle écarquilla le temps en voyant l'heure sur l'horloge accrochée au-dessus de la porte. Théodore avait suivi son regard. Il sembla lui aussi surpris par le temps qui s'était écoulé.
« On dirait que je me suis encore trop enthousiasmé. Ça m'arrive sur ces sujets. » admit-il, avec un sourire embarrassé.
« Ça m'arrive constamment. » assura Hermione avec un rire nerveux.
« Merci beaucoup pour votre aide, Miss Granger. » dit-il.
Elle écarquilla les yeux, réalisant avec plaisir qu'il semblait avoir retenu son nom. La reconnaissance sincère audible dans sa voix la prit au dépourvu. Elle n'avait pas l'habitude d'être traitée ainsi sur son lieu de travail.
« Je vais probablement revenir régulièrement. » expliqua-t-il en rangeant soigneusement ses notes dans son sac. « Aelius ne veut absolument pas sortir ces ouvrages de cette pièce - ce que je comprends. »
Hermione hocha la tête. L'idée que Théodore revienne aux Archives ne la dérangeait absolument pas - bien au contraire. Elle avait été impressionnée par la sensibilité avec laquelle il avait traité les ouvrages et elle restait admirative devant la passion pour la musique qui semblait l'animer. Hermione se retrouvait presque en lui lorsqu'elle lisait des ouvrages sur ses sujets préférés.
Interagir avec Théodore avait été agréable contrairement à Pénélope et Patricia qui la traitaient avec ce mépris glacial ou même avec Aelius qui l'intimidait parfois et qu'elle avait encore du mal à cerner.
Ils quittèrent la salle et Hermione referma soigneusement la porte derrière elle. Le tableau de Vivica Macmillan leur adressa un sourire avenant tandis qu'ils s'éloignaient et retrouvaient la salle principale des Archives.
« A bientôt, Miss Granger. » souffla Théodore avant de se diriger vers la sortie, lançant un dernier sourire en direction de la jeune femme.
« A bientôt. » souffla Hermione tandis qu'elle l'observait sa silhouette disparaître au loin.
J'espère que vous avez apprécié ce chapitre - qui continue de nous donner d'autres points de vue sur le régime, dans la lignée du précédent. Et enfin l'introduction de Théodore Nott ainsi que la première rencontre avec Hermione :)
Je sais qu'il y a beauuuucoup d'informations à chaque fois mais je vous avoue que je n'ai pas trop le choix - c'est important pour comprendre l'intrigue et les personnages. J'espère que la longueur de mes chapitres ne vous dérange pas trop également !
Hâte de savoir ce que vous en avez pensé !
A très vite,
Fearless
