Valeur et vertu,

J'arrive avec un nouveau chapitre pour égayer votre weekend. Merci infiniment à Jiwalumy, drou, Fleur d'Ange, Chyriam, pcam, Lestrange-maria, DI5M et Colixiphicus. Des coeurs sur vous ! Je n'ai pas encore fini de répondre à toutes vos superbes reviews, je termine ça dans l'après-midi ! D'ailleurs, je pense que vous préférez le nouveau chapitre à ma réponse :)

J'ai aussi besoin de vos avis à la fin du chapitre, n'oubliez pas de lire la note ! Bonne lecture !

XIV. Cinquième Colonne

Hannah triturait nerveusement le pan de son gilet, observant avec appréhension la pièce inconnue dans laquelle on lui avait demandé de patienter. L'endroit dégageait une atmosphère sinistre, accentuée par l'éclairage quasi inexistant. Pour seul mobilier, la pièce contenait un bureau au bois vieilli et deux chaises abîmées. Une odeur de renfermé désagréable planait dans l'air.

La jeune femme sursauta au grincement de la porte et son attention se porta sur les nouveaux arrivants - Dean, Tonks et Fol Œil. Comme à l'accoutumée, ce dernier resta dans un coin de la pièce, observant Hannah d'un air peu aimable, les mains fermement appuyées sur sa canne. Dean lança un sourire avenant à Hannah tandis qu'il prenait place sur une chaise à ses côtés. Tonks, qui arborait désormais une crête iroquoise d'un rose pétant, adressa un clin d'œil appuyé à la jeune femme.

« C'est le grand jour. » déclara Tonks d'une voix enjouée, mâchant énergiquement un chewing-gum assorti à sa nouvelle couleur de cheveux, faisant éclater des bulles de temps à autre.

Même si elles avaient peu interagi depuis l'arrivée d'Hannah, Tonks s'était toujours montrée agréable à son encontre. Tout le contraire de Maugrey qui la jaugeait constamment d'un air suspicieux avec son œil magique intrusif. Hannah hocha maladroitement de la tête. Il était difficile de croire qu'elle quitterait la base des Goules Insoumises dans quelques heures pour rejoindre le régime.

« Comment te sens-tu ? » demanda Dean à ses côtés, d'une voix douce.

Il arborait un air préoccupé.

« Nous comprenons que c'est angoissant. Rappelle-toi que tu as le choix. Personne ne te force à y retourner si tu ne le souhaites pas. » continua-t-il.

Tonks hocha la tête, approuvant ses dires. Maugrey, lui, leva les yeux au plafond.

« Je… Je suis prête. » certifia Hannah d'une voix ferme.

Elle ne leur serait pas d'une grande utilité si elle restait dans cet endroit. Si ces dernières semaines lui avaient appris une chose, c'était qu'elle avait plus de courage qu'elle ne le croyait. Elle ne voulait plus être cette femme faible et fragile qui vivait sa vie de manière passive. Elle voulait avoir de l'impact. Faire la différence.

« Très bien. » répondit Dean.

Il se tourna vers Tonks, comme pour lui demander de continuer.

« Retourner dans le régime est extrêmement dangereux car tu deviens une ennemie du gouvernement. S'ils apprennent que tu es de près ou de loin connectée à la Résistance, tu seras envoyée à Azkaban ou...pire. » annonça gravement Tonks. « Il faut que tu réalises que les risques sont grands et que les choses peuvent rapidement tourner au vinaigre. »

Hannah resta silencieuse, retenant son souffle.

« Même si nous apprécions grandement ton dévouement et ton allégeance à la cause, notre collectif sera toujours priorisé. Cela signifie que si jamais tu es capturée, nous ne viendrons pas à ta rescousse. Nous ne pouvons pas non plus prendre le risque de te laisser communiquer des informations à l'ennemi. Leurs factions sont entraînées pour te faire flancher sous la pression. Leurs moyens de torture sont nombreux et il sera difficile voire impossible pour toi de ne pas céder. » poursuivit Tonks avec sérieux.

Un frisson glacé parcourut Hannah jusqu'à l'échine à l'entente de ces paroles. Soudainement, elle réalisa tout le sérieux de la situation. Elle ne pourrait pas faire marche arrière.

« Tu devras être sur le qui-vive constamment. Tu ne pourras pas dire la vérité à tes proches sur ce que tu sais au sujet de cette base, de ses membres ni de son fonctionnement. Rien. » poursuivit Tonks.

Tonks se redressa et fit le tour de la table pour s'approcher d'Hannah.

« Malheureusement, nous ne pouvons pas laisser les choses au hasard ni compter sur la force mentale de nos infiltrés. » admit-elle. « Pour nous assurer que tu ne parleras pas, nous allons te mettre sous l'effet d'un enchantement. »

« C… Comment ça ? » demanda Hannah, perplexe.

« Fol Œil va enfermer certaines informations dans ton esprit et les sceller. Tu peux imaginer ça comme une boîte magique, verrouillée avec un loquet. » expliqua Tonks. « Cette boîte sera entourée d'une substance nocive pour ton cerveau. Si tu commences à divulguer des informations à l'ennemi ou à une personne non autorisée, cela libérera cette substance nocive. Et je n'ai pas besoin de t'expliquer ce qui se passera ensuite. »

« Je mourrais. » devina Hannah d'une voix si basse qu'elle n'était pas certaine de s'être faite entendre.

Tonks acquiesça.

« C'est aussi un moyen de t'échapper, si tu te trouves dans une situation compromettante. Si jamais tu es sous la torture, et que tu veux en finir au plus vite, communique-leur une information sans intérêt sur nous. Comme notre devise - Liberté et Dignité. Ce sera suffisant pour activer l'enchantement et ils connaissent déjà cette information. » indiqua Tonks, l'air sombre.

Ses paroles firent frémir la jeune femme. Ce que Tonks décrivait était un suicide volontaire. Si jamais la situation devenait hors de contrôle - Hannah aurait un moyen de s'en libérer. Cette issue lui serait toutefois fatale.

« J'ai compris. » dit-elle finalement, en déglutissant.

« Bien. » continua Tonks. « Les premières semaines, il faudra que tu fasses profil bas. Pour ne pas qu'on se pose des questions sur ton retour. Après ça, quelqu'un te contactera pour te donner des instructions. »

Hannah hocha la tête, signifiant qu'elle avait saisi.

« Tu penses que la justification que nous avons préparée fonctionnera auprès de tes proches ? » interrogea Tonks.

« Je pense que oui. »

« Parfait. Dans ce cas, nous partons dans deux heures. Je te laisse dire au revoir. » acheva Tonks avec un sourire encourageant. « Merci, Hannah. »

Hannah la remercia brièvement avant de quitter la pièce, soulagée de déserter l'ambiance pesante et sinistre qui y régnait. Elle longea les couloirs afin de rejoindre le jardin artificiel, situé à l'étage le plus bas de la base. Elle y retrouva Higgs, adossé contre un arbre, qui se curait les dents avec ce qui ressemblait à une vieille branche découpée.

Terrence Higgs n'était pas un individu particulièrement sociable et il semblait peu apprécié au sein de la communauté des Goules Insoumises. Certains d'entre eux semblaient même le craindre - sentiment qui n'était qu'exacerbé par son apparence disgracieuse. Il ne semblait toutefois pas s'en soucier et paraissait même apprécier ces réactions.

« Alors, c'est le moment. » dit-il, à l'arrivée d'Hannah. « Que t'ont-ils dit ? »

Hannah lui rapporta le contenu de sa conversation avec Tonks et les autres.

« Ils veulent que je fasse profil bas pendant les premières semaines. » acheva-t-elle.

Higgs brassa l'air invisible devant lui d'un geste nonchalant de la main, comme s'il voulait signifier à Hannah que ces instructions n'étaient pas importantes. Il jeta des regards suspects autour d'eux, pour s'assurer que personne ne les écoutait, puis farfouilla dans sa poche. Il en extirpa un morceau de parchemin abîmé qu'il tendit à Hannah. Cette dernière le défroissa et le parcourut des yeux.

Max, put-elle lire sur la première ligne.

Sous le nom, elle trouva une adresse inscrite à la va-vite.

« C'est mon contact, à Londres. » informa Higgs à voix basse. « Cette personne pourra te fournir ce dont nous avons parlé. »

Hannah hocha lentement la tête.

« Retiens l'information et détruis le papier avant de remonter. » ordonna-t-il.

Hannah agita sa baguette et le morceau de parchemin prit feu.

« Tout ce qu'il nous reste à trouver c'est une ouverture. » dit Higgs d'un ton calculateur. « Ensuite, à toi de jouer. »

« Est-ce que tu crois que c'est une bonne idée ? » murmura-t-elle, subitement parcourue par le doute.

Une soudaine contrariété apparut sur le visage d'Higgs. Il pointa sa propre joue, désignant les vestiges des brûlures profondes qui avaient défiguré son visage.

« Lorsque j'ai des doutes, je retourne mentalement à ce jour. Le jour où ils m'ont complètement déformé. Le jour où la douleur était tellement insupportable que j'ai perdu connaissance à plusieurs reprises. Pendant des heures, je les ai suppliés de m'achever. Imagine-toi ce qu'ils m'ont fait subir alors que j'étais l'un des leurs. » poursuivit Higgs avec fureur, ses yeux brûlant de haine. « Alors comment penses-tu qu'ils traiteront quelqu'un comme toi pour le restant de ton existence ? »

Il saisit la paume d'Hannah, la refermant fermement sur les cendres du parchemin.

« Quand tu as des doutes, repense à ce jour. Le jour où ils ont enlevé la chose la plus importante à tes yeux. » murmura-t-il.

Hannah sentit ses poings se serrer tandis que les souvenirs douloureux lui revenaient en mémoire. Ceux qu'elle tentait à tout prix de refouler sans succès.

« Laisse-toi guider par ce sentiment. » avisa Higgs, une lueur sombre traversant ses yeux. « Que te dit-il ? »

« Qu'ils doivent payer. » certifia Hanna d'une voix décidée, sentant cette douleur asphyxiante lui marteler la poitrine, comme à chaque fois qu'elle pensait à son fils.

La soif de vengeance ne s'endormait pas. Un rictus sans joie apparut sur les lèvres de Higgs. Il posa une main sur son épaule.

« Bonne chance. On compte sur toi. » dit-il d'un ton solennel.

Deux heures plus tard, après avoir fait un dernier tour de la base pour faire ses adieux aux membres, Hannah se dirigea vers l'infirmerie. A chacun de ses pas, elle tenta de s'imprégner de l'atmosphère des lieux.

Même si son séjour parmi les Insoumis avait été court, il avait été intense. Elle ressentait une émotion particulière à l'idée de les quitter. Reviendrait-elle un jour ? Le futur lui paraissait désormais si incertain. Dans l'infirmerie, elle trouva Dean.

« Hey. » dit-il avec un sourire aimable.

Hannah s'efforça de lui rendre son sourire même si la tentative fut peu naturelle. Son estomac était noué.

« Prête ? Tu as fait tes adieux ? » interrogea—t-il.

Elle acquiesça.

« Qui sait, on se reverra peut-être. » ajouta-t-il, une once d'espoir dans la voix.

« Peut-être. » répondit machinalement Hannah, à la manière d'un automate.

Un silence s'installa mais Hannah remarqua que Dean semblait vouloir dire quelque chose. Après un long moment d'hésitation, il finit par se lancer :

« Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que tu t'entendais bien avec Higgs. Ce n'est pas commun. »

Hannah lui lança un regard interloqué, surprise par cette observation.

« J'imagine que oui. » répondit-elle d'une voix plate, ne sachant pas comment interpréter son commentaire.

Elle pouvait presque déceler une once de critique dans le ton de Dean.

« Je sais que vous avez une expérience similaire du régime. Je veux dire… Vous avez tous les deux vécu des évènements traumatisants. » poursuivit-il d'un ton hésitant, comme s'il cherchait les bons mots.

« Où veux-tu en venir ? » interrogea Hannah.

« Je sais que certains de ses… discours peuvent te paraître attrayants. » dit Dean avec gravité. « Et je ne serais pas étonné qu'il ait essayé de te convaincre de faire certaines choses qui n'ont pas été validées par les chefs. »

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » répondit Hannah, sa voix plus cassante qu'elle ne l'aurait souhaitée.

Dean sembla pris de court par sa soudaine hostilité.

« Je ne veux pas t'accuser de quoi que ce soit. » s'empressa-t-il de rajouter, sentant qu'elle s'était braquée. « Je veux juste te faire comprendre que trop de violence gratuite ne nous conduira à rien. Tiens-toi aux instructions. Souviens-toi, nous essayons de saboter l'ennemi en rendant les choses plus difficiles pour eux. »

Dean l'observait toujours attentivement, comme s'il tentait d'analyser ses réactions, à la recherche d'une quelconque réponse. Hannah resta toutefois de marbre. Elle fut soulagée d'entendre la porte de l'infirmerie s'ouvrir. Tonks pénétra à l'intérieur, suivie par Maugrey.

« Nous allons t'endormir. » annonça Tonks à l'attention de Hannah. « Premièrement pour te lancer le sortilège dont je t'ai parlé et deuxièmement pour que tu sois inconsciente pendant le voyage. »

Hannah acquiesça, signifiant qu'elle avait compris. Manifestement, aucune précaution ne serait épargnée. Ils voulaient probablement éviter qu'elle ait en tête la localisation exacte de la base.

« Allonge-toi. » ordonna Maugrey, en désignant l'un des lits de l'infirmerie.

Hannah lança un regard incertain à Dean et Tonks mais s'exécuta. Maugrey posa sa baguette dans sa direction et elle retint son souffle.

« Bonne chance. » dit Dean avec sincérité. « Liberté et Dignité. »

« Que le Phénix t'accompagne. » ajouta Tonks.

Hannah s'apprêtait à répondre mais elle se sentit envahie par une somnolence subite. Traversée par un voile de fatigue irrépressible, elle sentit ses paupières s'affaisser. Puis, elle sombra dans l'inconscience totale.

Lorsque ses yeux s'ouvrirent de nouveau, Hannah eut l'impression d'avoir reçu un sort de Stupéfixion particulièrement puissant. Ses membres étaient engourdis et pire encore, un violent mal de crâne la tiraillait. Elle se redressa, désorientée, tentant de reprendre ses repères. Où était-elle ?

Autour d'elle, c'était le noir complet. Au fil des secondes, ses yeux commencèrent à s'habituer à l'obscurité et elle distingua des formes. Elle se redressa et réalisa qu'elle se trouvait dans un lit qui lui semblait étrangement familier. Comme par réflexe, elle tâta autour d'elle, tentant de retrouver sa baguette. Ses mains touchèrent finalement le recoin d'un meuble - vraisemblablement une table de nuit. Son geste fut néanmoins trop brusque et elle entendit un objet tomber au sol, provoquant un fracas retentissant, semblable à du verre brisé. Hannah sursauta, paniquée.

Quelques secondes plus tard, une porte s'ouvrit brusquement, projetant une lumière aveuglante et elle cligna des yeux à plusieurs reprises. La lumière soudaine intensifia son mal de crâne et elle gémit, se tenant la tempe. C'était comme si on avait fendu son crâne en deux. Était-ce un effet secondaire de l'enchantement de Maugrey ?

« Hannah ? » demanda une voix.

Il s'agissait d'une voix familière, qu'elle n'avait pas entendu depuis des semaines. Stupéfaite, Hannah releva la tête, les yeux rivés sur la silhouette dans l'encadrement de la porte.

« T...Terry ? » murmura-t-elle d'une voix chevrotante, comme si elle n'y croyait pas vraiment.

Elle vit Terry se ruer dans sa direction pour l'enfermer dans une étreinte vigoureuse.

« Hannah… » murmura-t-il, la voix tremblante, remplie d'émotions.

Elle avait rarement vu son mari pleurer. A vrai dire, avant ce jour, elle ne l'avait vu pleurer qu'à deux reprises. A la mort subite de son père, quelques mois après leur mariage. La seconde fois avait été pendant cette nuit tragique, où on leur avait annoncé la mort de leur enfant.

Terry n'était pas le genre d'homme à montrer ses émotions. Pourtant, tandis qu'il la serrait dans ses bras, il pleura comme un petit garçon. Hannah sentit les larmes remplir ses yeux à son tour. Revoir son mari refit surgir toutes ces émotions refoulées pendant son absence. Pour la première fois depuis des semaines, elle les laissa s'exprimer librement.

« J'ai eu tellement peur. J'ai cru que je t'avais perdue. » sanglota Terry.

Il s'était agrippé à elle comme si sa vie en dépendait. La lumière était revenue dans la pièce et lorsque Terry s'écarta, elle put voir ses yeux remplis de larmes. Elle fut choquée par l'apparence de son mari. Il semblait avoir pris une dizaine d'années en l'espace d'un mois. Elle réalisa à quel point il avait dû s'inquiéter pendant son absence. Sa culpabilité refit surface à plein régime et lui noua l'estomac.

« Je…Je suis désolée. » chuchota Hannah, bouleversée. « Je suis tellement désolée, Terry. »

« Je remercie Voldemort que tu sois saine et sauve. Si je t'avais perdu, toi aussi… »

Elle se braqua à ces mots et ne put s'empêcher de grimacer à l'entente du nom de Voldemort. Il ne sembla toutefois pas remarquer sa réaction de dégoût.

« Je suis là, maintenant. » le rassura-t-elle, prenant sa main dans la sienne.

Elle resta silencieuse les minutes suivantes, tentant de le consoler du mieux qu'elle pouvait. Puis, lorsque ses pleurs s'apaisèrent, elle demanda :

« Depuis combien de temps je suis endormie ? » interrogea-t-elle d'un ton incertain.

« Quelques heures. Les infirmiers ont dit que l'effet des potions qu'ils t'ont données s'estomperaient bientôt. » expliqua-t-il.

Les infirmiers, songea Hannah. Pour expliquer son absence prolongée, Hannah et Tonks avaient dû réfléchir à un prétexte plausible. Hannah avait décidé de prétendre qu'elle avait été internée dans un centre spécialisé pour les individus en détresse mentale.

Lorsqu'on l'avait retrouvée dans les rues du régime, après une crise de nerfs violente, elle avait été trop mal en point pour communiquer sur son identité et ils n'avaient pas pu contacter ses proches. Ils avaient dû attendre que son état s'améliore pour retrouver sa famille.

Hannah savait que sa santé mentale ne causerait pas de doute chez son mari. Après tout, il avait été le premier spectateur de sa profonde dépression.

Il l'observa avec attention, cette lueur préoccupée ne quittant pas son regard. Hannah détourna les yeux, tentant d'ignorer sa culpabilité. Elle s'en voulait terriblement de lui mentir ainsi. Elle n'avait pourtant pas d'autre choix. En le laissant dans l'ignorance, elle le protégeait. Terry ne devait rien savoir. Elle ne pouvait, de toute façon, lui révéler quoi que ce soit. Maugrey et Tonks avaient été clairs sur les conséquences.

« J'aurais dû t'arrêter ce soir-là… Je m'en suis tellement voulu de ne pas avoir insisté pour que tu restes. » dit Terry, secoué. « Si seulement j'avais su…Jamais je n'aurais… »

Terry se lançait des pierres alors qu'il n'était pas fautif. Hannah eut mal au cœur de le voir dans ce piteux état. Elle saisit la main de son mari pour l'arrêter.

« Ce n'est pas de ta faute Terry. J'aurais dû t'écouter. » murmura-t-elle. « Mais c'est fini maintenant, je suis là. Je suis là »

Les jours suivants, Hannah dut faire face aux conséquences de sa disparition subite. Terry n'avait pas été le seul à être rongé par l'inquiétude. Les parents d'Hannah s'étaient également fait un sang d'encre. Tous avaient pensé au pire.

Apparemment, les Aurors n'avaient pas semblé intéressés par la disparition d'une Sang-Impur et n'avaient rien fait hormis l'ajouter sur une liste de personnes disparues. Après quarante-huit heures, les chances de la retrouver vivante seraient minimes, avaient-ils dit. C'était Terry et ses proches qui avaient déployé tous les moyens du bord pour la retrouver, avec l'aide de leur voisinage.

Les jours suivants son retour, Terry fut aux petits soins avec elle. Il ne semblait pas vouloir la laisser hors de son champ de vision, comme s'il craignait qu'elle disparaisse de nouveau.

Bien qu'elle fût heureuse de retrouver son mari et ses proches, Hannah ne put s'empêcher d'éprouver un certain détachement en leur présence. Quelque chose en elle avait profondément changé. Elle n'était plus la même femme. Ils ignoraient désormais qui se cachait derrière ce masque de quiétude qu'elle affichait. Ses proches, eux, étaient restés les mêmes. Hannah peina à se réconcilier avec ce décalage malgré ses sourires de façade, tandis qu'elle les rassurait sur son état. Elle allait beaucoup mieux, prétendait-elle, l'air désolé. Plus jamais elle ne ferait quelque chose du genre.

Rapidement, sa vie reprit son cours normal, en apparence du moins. Elle attendit patiemment que Terry retourne au travail pour réfléchir à ses plans. Tonks lui avait demandé de faire profil bas pendant les premières semaines suivant son retour mais elle ne comptait pas suivre ses ordres.

Sortir de nouveau dans les rues du régime fut particulièrement angoissant pour Hannah. Lorsqu'elle marchait en public, elle était persuadée d'être surveillée de toute part. Son anxiété s'amplifiait davantage lorsqu'elle passait non loin de Mangemorts, habitués à rôder dans les rues les plus fréquentées de la ville, à la recherche d'individus perturbateurs.

Lorsqu'elle retrouva une once de courage, Hannah se rendit finalement devant une boutique de l'Avenue des Embrumes, à l'aspect délabré. Sur un écriteau branlant, d'une encre à moitié effacée, elle put lire les mots Les Babioles de Barjow.

Elle était passée à plusieurs reprises devant cette boutique mais n'y avait jamais mis les pieds. Hannah entra dans la boutique, où des étagères poussiéreuses garnies d'instruments curieux se dressaient jusqu'au plafond. Son regard s'attarda sur une bouteille en verre où flottait, dans une eau verdâtre, ce qui ressemblait à une langue humaine. Elle entendit des pas et tourna vivement la tête. Un homme aux épaules voûtées et aux longs cheveux gris qui lui tombaient sur le front se présenta au comptoir. Il s'agissait sans doute du propriétaire - le dénommé Barjow lui-même.

« Valeur et vigueur. » héla-t-il d'une voix rocailleuse.

« Valeur et vertu. » dit Hannah.

Hannah lui tendit une liste, où elle avait apposé le nom de certains instruments. L'homme redressa son pince-nez et parcourut la liste. Ses sourcils se froncèrent au fur et à mesure de sa lecture. Finalement, il releva les yeux sur Hannah, une lueur suspicieuse dans son regard. Hannah s'efforça de plaquer un sourire sur son visage.

Barjow ne fit toutefois pas de commentaire et disparut dans les étagères pour lui fournir les instruments sollicités. Au grand soulagement d'Hannah, il accepta sans broncher les gallions qu'elle posa sur la table. Elle devait arrêter de laisser sa paranoïa avoir raison d'elle, songea-t-elle.

Son anxiété ne s'apaisa qu'une fois rentrée chez elle. Elle s'empressa de dissimuler ses achats récents dans le grenier de la maison. Elle savait que Terry n'y mettait jamais les pieds.

Les jours suivants, elle s'appliqua à espacer ses visites chez les commerçants afin de trouver les différents ingrédients dont elle aurait besoin. Elle piocha discrètement dans les économies que gardaient Terry dans une boîte dans le garde-manger.

Nombreux étaient les Sang-Impurs qui préféraient garder leurs maigres économies eux-mêmes, au lieu de les poser chez Gringotts, la banque était connue pour ses taxes exorbitantes et ses politiques désavantageuses envers les sorciers de rang inférieur.

Rassembler l'essentiel lui prit près de trois semaines. Elle n'avait toujours pas reçu d'instructions supplémentaires de la part de Tonks. Hannah se rendit finalement à l'adresse que lui avait communiquée Higgs sur ce morceau de parchemin froissé, le jour de son départ.

Elle fut surprise de se retrouver devant une maisonnette charmante, à l'aspect accueillant, dans un petit village à l'ouest d'Hampstead. La maison était accolée à une pâtisserie.

Hannah appuya sur la sonnette, qui imitait le chant agréable d'une sirène, et resserra sa prise sur son sac en bandoulière, jetant des regards paniqués autour d'elle, sur le qui-vive.

La porte s'ouvrit et une petite femme ronde aux longs cheveux blonds se présenta dans l'encadrement. Elle portait un tablier à carreaux rouges. A ses jambes, un bambin s'était glissé devant la porte et observait Hannah d'un air curieux.

« Pur soit le sang. » salua la femme d'un ton avenant, lui jetant un sourire éclatant.

« Victorieuse soit sa venue. » répondit Hannah d'une voix hésitante. « Je cherche Max. »

Elle vit une lueur de compréhension dans les yeux de la femme.

« Oh, je me rappelle de vous. » dit-elle d'un ton exagéré, haussant la voix. « Vous êtes venue tester nos spécialités pour une grande commande, n'est-ce pas ? »

Hannah fut décontenancée par sa réponse mais elle hocha la tête.

« Hm, oui, c'est bien ça. » dit-elle finalement d'un ton incertain.

« Allons-y, dans ce cas. La boutique est juste à côté. Accordez-moi une seconde. Chéri ? » lança la femme d'un ton enjoué, à l'attention d'une personne qu'Hannah ne voyait pas. « Je vais faire une dégustation rapide pour une cliente. Je serai de retour dans une heure. Peux-tu faire dîner les enfants ? »

Hannah entendit une voix d'homme répondre par quelques mots qu'elle ne parvint pas à distinguer.

« Suivez-moi. » dit la femme en direction d'Hannah, tandis qu'elle refermait soigneusement la porte de la maisonnette derrière elle.

Déconcertée, Hannah la suivit dans le bâtiment annexe, la boutique de pâtisseries. La femme ouvrit le magasin et l'invita à y pénétrer. Une fois à l'intérieur, elle ferma la porte et actionna les verrous avant de s'assurer que tous les stores de la boutique étaient baissés. L'intérieur de la pâtisserie était étroit mais parfaitement rangé et tellement propre que les vitres du comptoir semblaient étinceler. Il avait été décoré avec des meubles de teintes pastels, donnant à la pièce une atmosphère chaleureuse. Une délicieuse odeur de cannelle remplit le nez d'Hannah.

« Êtes-vous…Max ? » interrogea—t-elle d'un ton hésitant.

« Oui. » répondit la dénommée Max, s'attirant un froncement de sourcils de la part d'Hannah.

Max lui adressa un regard amusé et lâcha un petit rire moqueur.

« Je parie que tu t'attendais à quelqu'un d'autre. » devina-t-elle.

Hannah hocha les épaules avec gêne. Lorsque Higgs lui avait parlé de son ''contact'' et de son domaine d'expertise, Hannah s'était attendue à se retrouver face à un homme. Et sûrement pas une ménagère pétillante.

« Ça arrive tout le temps. » révéla Max avec amusement. « Mon nom complet est Maxine. Qui t'envoie ? »

« Higgs. » répondit Hannah.

« Heureuse d'entendre qu'il est encore vivant. » commenta la femme avec ironie avant de se diriger vers une porte, où le mot ''Cuisine'' avait été inscrit avec une écriture maladroite - probablement celle d'un enfant. Hannah suivit la femme, des centaines de questions se bousculant dans son esprit.

Max avait mené Hannah à une petite cuisine, où plusieurs fours se dressaient les uns à côté des autres. L'endroit rassemblait des ustensiles de pâtisserie, rangés parfaitement sur des étagères lilas - des moules, des emportes pièces, des rouleaux, des plats, et d'autres décorations en tout genre.

« Qu'as-tu pour moi ? » demanda Max avec avidité.

Hannah s'empressa d'extirper tous les outils et les ingrédients dont elle avait fait l'acquisition et les plaça sur l'îlot de cuisine central de la pièce. Max les observa d'un air concentré, comme si elle réfléchissait à toute allure.

« Je vois. » dit-elle finalement en écarquillant légèrement les yeux.

Elle agita sa baguette en direction d'étagères plaquées contre le mur. Hannah ouvrit la bouche de stupeur lorsque les étagères se divisèrent et qu'un double fond apparut dans le mur. Max agita de nouveau sa baguette, et la peinture se dématérialisa, laissant apparaître des étagères dissimulées. Avec ahurissement, Hannah observa les objets stockés sur ces dernières – des vis, des tuyaux, des poudres non identifiées, des flasques à potion, des masques de protection, des armes blanches en métal, des pipes en fer et d'autres objets qui n'avaient pas leur place dans la cuisine d'une pâtisserie. Max revêtit un tablier de travail et saisit une paire de lunettes de protection qu'elle s'empressa de mettre sur son nez. Elle tendit une seconde paire à Hannah.

« Créer la base va me prendre environ une heure. La dernière partie devra être ajoutée quand tu seras prête à l'utiliser. Je t'expliquerai comment faire. » indiqua Max avant de prendre place sur un siège autour de l'îlot de cuisine.

Hannah l'examina avec fascination tandis qu'elle commençait à travailler.

« Ce n'est pas tous les jours qu'on me demande un tel engin. » commenta Max, sans perdre son air concentré, tandis qu'elle utilisait un chalumeau pour scinder un bloc de métal.

Après une heure de travail acharné, Max observa son œuvre avec satisfaction. Elle entreprit ensuite de donner des instructions à Hannah.

« C'est vraiment important que tu fasses ces étapes exactement dans l'ordre que je t'ai donné. Si tu fais une seule erreur, ça pourrait mal se terminer pour toi. » lui révéla gravement Max, en essuyant son front qui perlait de transpiration à cause de la chaleur accumulée dans la pièce.

Hannah hocha la tête pour signifier qu'elle comprenait. Elle espérait pouvoir se souvenir des instructions. Elle ne voulait pas prendre le risque de les noter.

Pour la première fois depuis son retour, elle fut heureuse de pouvoir interagir avec une autre membre de la Résistance. Pendant l'espace d'un instant, elle put relâcher la garde et cela lui procura un bien fou. Porter un secret aussi lourd était difficile.

Apparemment, l'enchantement de Maugrey était sans risque lorsqu'elle parlait avec quelqu'un déjà au courant du secret. Elle apprit que Max avait également fait l'objet du sortilège.

« On s'habitue avec le temps - à avoir deux vies distinctes, je veux dire. » lui assura Max avec un sourire encourageant.

Elle lui révéla que son mari ignorait tout de sa double vie et Hannah fut impressionnée par l'alibi solide que Max avait réussi à créer pour dissimuler son appartenance à la Résistance.

« Je ne préfère pas te demander ce que tu comptes faire de ça. » déclara Max en lui tendant une boîte, où sa création avait été soigneusement rangée. « Moins j'en sais, plus ça me convient. »

Hannah la remercia vivement.

« A bientôt, j'attends votre commande finale. » lança Max en élevant la voix, lorsqu'elles se retrouvèrent dans la rue, face à la boutique.

Quand Hannah fut de retour chez elle, elle sursauta en apercevant Terry dans le hall d'entrée. Elle ne s'était pas attendue à le voir de retour aussi tôt.

« T…Terry. Tu es rentré plus tôt que prévu. » dit-elle, s'efforçant de dissimuler sa nervosité.

Il hocha la tête et elle vit son regard se poser sur la boîte de pâtisseries qu'elle tenait dans les bras.

« Des cupcakes ? » demanda-t-il avec enthousiasme en s'approchant d'elle.

Une panique soudaine traversa Hannah. Avant qu'elle ne puisse l'en empêcher, il avait déjà saisi la boîte.

« NON ! » hurla Hannah. « N'y touche pas ! »

Il était pourtant trop tard. Terry avait déjà ouvert la boîte en carton et un regard décontenancé apparut sur ses traits devant la réaction excessive. Hannah se figea et l'observa avec impuissance, se préparant mentalement aux questions imminentes.

« Tu as déjà tout mangé ? » demanda-t-il avec déception.

Hannah lui jeta un regard interloqué, confuse par sa question.

« Il n'y a plus rien dedans. Juste des miettes. » indiqua Terry en lui montrant l'intérieur de la boite, d'un air entendu.

Hannah constata avec stupéfaction que la boîte était vide. Seules des miettes de pâtisseries subsistaient dans le carton. Elle eut presque envie d'éclater de rire.

« Je…Oui…c'est ça. » balbutia Hannah, envahie par le soulagement. « Je suis désolée. Je te préparerai une fournée demain. »

Terry lui adressa un sourire heureux et elle se força à l'imiter. Elle se dirigea vers la cuisine et lorsqu'elle fut certaine d'être seule dans la pièce, elle ouvrit à nouveau la boite.

« Revelio. » murmura-t-elle en pointant sa baguette sur le bord.

Les miettes disparurent, révélant le contenu originel de la boîte. Un sortilège d'illusion, constata-t-elle avec un rire nerveux. Max avait pensé à tout. De nouveau, Hannah s'empressa de cacher sa nouvelle acquisition dans le grenier pendant que Terry prenait sa douche.

« Tout va bien, Hannah ? » lui demanda—t-il quelques heures plus tard.

Ils venaient de terminer le dîner dans le silence et s'étaient installés dans le sofa du séjour, tandis qu'un poste de radio transmettait des classiques de Celestina Moldubec. Hannah était restée distraite pendant toute la soirée et avait découragé toutes les tentatives de communication de son mari. Elle était plus anxieuse qu'à l'accoutumée et Terry semblait l'avoir remarqué.

« Tout va bien. » mentit-elle en se tournant vers son époux, s'efforçant de se montrer rassurante. « Je suis un peu fatiguée, ce soir. J'ai eu une longue journée. J'ai fait le tour de quelques boutiques, pour trouver du travail. »

Terry sembla agréablement surpris.

« Je suis heureux de l'entendre. » dit-il. « Je pense que ça te ferait du bien de sortir davantage. Voir du monde. »

Il pensait probablement que son excès de casanisme entraînerait une rechute pour elle. Elle savait qu'il se préoccupait encore de son état.

« Je sais que je n'ai pas été aussi présent pour toi que j'aurais dû l'être lorsque nous avons perdu Alfie. J'étais là physiquement mais pas mentalement. » admit Terry avec affliction. « Je ne veux pas refaire la même erreur. »

Hannah fut déboussolée par son admission. C'était un sujet qu'ils n'abordaient jamais. Ce manque de communication avait d'ailleurs créé une distance évidente dans leur couple.

« Quand nous nous sommes mariés, j'ai fait des vœux et je compte bien les respecter. Je veux que tu saches que je suis toujours là pour toi, et… Je vais tâcher de communiquer davantage. » reprit-il d'un ton déterminé.

Elle savait que ces discussions n'étaient pas faciles pour Terry. Et le voir faire tant d'efforts pour améliorer les choses entre eux aurait dû la rendre heureuse. Mais pourquoi ressentait-elle ce détachement envers lui ? C'était comme si elle était devenue spectatrice de sa propre vie. Son quotidien de ménagère ne lui convenait plus. Il lui semblait si superficiel et ridicule comparé aux choses qui se passaient dehors.

« Promets-moi de me dire quand les choses ne vont pas bien ? » implora-t-il.

Hannah hocha la tête malgré la boule qui lui obstrua la gorge. C'était tout ce qu'elle avait désespérément voulu entendre pendant les mois difficiles qui avaient suivi la mort d'Alfie. Elle aurait voulu que son mari pleure en sa compagnie. Qu'il fasse son deuil avec elle. Qu'il lui montre sa peine.

L'ironie du sort faisait qu'elle était désormais celle qui n'était pas transparente. Elle dissimulait une information qui aurait des conséquences sérieuses sur leurs vies. Terry l'attira à lui pour l'étreindre et elle se laissa faire, enfouissant son visage dans le creux de sa nuque.

« Je t'aime, Hannah. » lui dit-il à l'oreille.

Elle ne répondit pas, tentant de retenir les larmes silencieuses qui coulaient le long de ses joues. C'était pour eux qu'elle faisait tout ça, tenta-t-elle de se convaincre. Pour qu'ils aient le droit à un véritable avenir.

Un avenir libre et digne.

/

Théodore frappa à deux reprises contre la porte ouverte qui donnait accès à l'un des salons secondaires du Manoir Nott. A l'intérieur de la pièce, il trouva Gislena, sa mère, en grande discussion avec Tamsin, la doula de fin de vie qui accompagnait sa famille. Cette dernière était devenue une visiteuse régulière, passant plusieurs heures en compagnie de Gislena, jusqu'à deux à trois fois par semaine. Parfois, ces sessions sollicitaient la présence de Théodore et celle de son père. Malgré ses efforts, Théodore éprouvait toujours une grande difficulté à parler avec une inconnue d'un sujet aussi personnel.

A son entrée, les deux femmes se tournèrent vers la porte, mettant un terme à la conversation.

« Il est temps que je vous laisse. A demain, Gislena. » salua Tamsin d'une voix douce avant de se diriger vers la porte.

A son passage, elle adressa un sourire avenant à Théodore mais ce dernier resta de marbre. Il n'avait rien de personnel contre cette femme mais sa présence constante lui rappelait la triste réalité sur l'état de sa mère et cela l'affectait encore trop.

Une fois que la femme disparut au détour d'un couloir, Théodore entra à son tour dans la pièce et prit place sur le siège de Tamsin, désormais vacant. Sa mère était allongée sur un canapé capitonné, une couverture posée sur ses jambes.

Théodore observa sa mère avec préoccupation. Son état semblait empirer au fil des jours. Son visage semblait plus émacié que jamais, et il pouvait voir la forme distincte de ses os apparaître au niveau de sa mâchoire et de sa nuque. Son teint était terne et terreux et des cernes profonds creusaient désormais son regard de manière perpétuelle. Un foulard était soigneusement attaché sur sa tête, dissimulant la chevelure sombre qui se faisait de jour en jour plus disparate. Son apparence physique avait tellement changé qu'il ne la reconnaissait plus. Seuls ses yeux avaient gardé cette lueur chaleureuse qui lui était si caractéristique. Ils semblèrent s'animer à l'arrivée de Théodore.

« Comment vas-tu, aujourd'hui, Mère ? » demanda Théodore en se penchant dans sa direction.

Il ramassa le bout de la couverture qui tombait sur le sol et le replaça délicatement sur ses jambes, s'assurant qu'elles soient totalement couvertes.

« Je ne ressens plus rien à partir de la nuque. » annonça Gislena avec humour. « Ses potions calmantes sont tellement puissantes… Elles me rappellent presque ma jeunesse, et la poudre de Billywig que je prenais avec mes amies dans les cachots de Poudlard. »

Sa remarque arracha un sourire à Théodore. Gislena trouvait un aspect drôle et positif à toutes situations, aussi déprimantes soient-elles.

« Je ne t'ai pas beaucoup vu ces derniers jours, Théo. Tu as beaucoup de travail au théâtre ? » demanda-t-elle avec intérêt.

Théodore se sentit assailli par une vague de culpabilité. Depuis qu'il s'était rapproché d'Hermione, ses heures passées au théâtre s'étaient rallongées. En sa compagnie, il perdait souvent la notion du temps.

Et même s'il se sentait terriblement mal de l'admettre, être avec la jeune femme lui procurait une joie de vivre qu'il ne trouvait pas ailleurs. La détérioration de l'état de sa mère était difficile à observer et enfonçait Théodore davantage dans cette dépression contre laquelle il tentait de lutter. Hermione ignorait à quel point elle illuminait sa vie. Pour lui, cette sensation était presque addictive.

Il réalisa toutefois qu'en recherchant constamment la présence de la jeune femme, il ne vaquait pas à ses devoirs de fils.

« Je suis désolé. J'ai été un peu…occupé ces derniers temps. » dit-il finalement.

Il hésita pendant un court instant.

« Pour te dire la vérité Mère, j'ai… J'ai rencontré quelqu'un. » admit Théodore.

Les lèvres de Gislena formèrent un faible sourire.

« Je me demandais quand tu comptais m'en parler. » dit-elle d'un ton enjoué.

Théodore écarquilla les yeux, estomaqué par son commentaire.

« Quel…Comment tu… Qu'est-ce que… » balbutia-t-il de manière incompréhensible.

« Je suis ta mère, Théodore. Il y a des choses que tu ne peux pas me cacher. Je l'ai simplement remarqué à ton visage et à ton attitude. Tu as l'air plus heureux, plus… détendu. » expliqua Gislena, arborant un air pensif. « Ça me fait tellement plaisir de te voir ainsi, Théo. »

Ses paroles apaisèrent Théodore et une partie de sa culpabilité se dissipa.

« Parle-moi d'elle. » insista Gislena, une lueur excitée dans son regard.

« Elle est merveilleuse, Mère. Intelligente, gentille, belle, intègre. Elle est tellement…différente. » énuméra Théodore avec enthousiasme.

Il existait tellement de mots qu'il aurait pu utiliser pour décrire Hermione mais aucun d'entre eux ne lui semblait satisfaisant pour lui faire justice. Gislena laissa échapper un léger rire qui se transforma en toussotement.

« Par Voldemort, qu'a-t-elle fait à mon fils ? » déclara Gislena, plaisamment étonnée par son soudain engouement.

Très peu de choses – à part sa musique et sa famille - rendaient Théodore aussi passionné. Hermione faisait désormais partie de ces choses. Pour le reste, il avait toujours affiché un flegme et un désintérêt profond.

Sa mère connaissait tout des troubles de l'humeur dont il souffrait depuis son plus jeune âge. Aussi loin qu'il s'en souvienne, il avait toujours été profondément mélancolique et son accablement chronique avait affecté sa vie à bien des égards, notamment dans sa manière d'interagir avec le monde extérieur.

Dans ce nuage gris et terne qui planait dans sa tête, Hermione était apparu comme un rayon de soleil, assez puissant pour l'extirper de son apathie.

« Quand vais-je rencontrer cette mystérieuse jeune femme ? » demanda avidement Gislena.

« Bientôt. » assura Théodore. « Je ne voudrais pas la brusquer. Mais j'ai vraiment hâte que tu la rencontres, Mère. »

Lorsqu'il arriva au Théâtre de Damasus le Décadent, une heure plus tard, Théodore se dirigea immédiatement vers la bibliothèque. A son arrivée, il ne passait même plus par la salle principale du théâtre pour saluer les membres de l'orchestre et les artistes. Comme chaque matin désormais, il était impatient de retrouver Hermione.

Tandis qu'il s'approchait de la bibliothèque, il entendit une voix s'élever, résonnant jusqu'au couloir.

« Votre travail ici était supposé être terminé en deux semaines. » disait une femme d'un ton sévère.

Il reconnut la voix de la directrice du théâtre, Agatha. Il pouvait discerner une contrariété évidente dans ses intonations.

« Je suis navrée, cela me prend plus de temps que prévu. » répondit la voix d'Hermione d'un ton désolé.

« Peut-être que si vous ne passiez pas tout votre temps à poursuivre des distractions, votre mission serait déjà terminée. Dois-je écrire à monsieur Macmillan pour lui faire part de votre comportement peu professionnel ? »

« N…Non… S'il-vous-plaît… » dit Hermione d'une voix soudainement implorante.

Il pouvait entendre la crainte dans sa voix. Théodore fronça les sourcils, offusqué par cette conversation. Il fit irruption dans la pièce. Immédiatement, les deux femmes se tournèrent dans sa direction. La directrice du théâtre parut déstabilisée par son entrée soudaine. Elle afficha un air embarrassé, comme si elle venait d'être prise en flagrant délit d'un acte interdit. Hermione, elle, affichait un air apeuré. Il pouvait ressentir son malaise. Il se sentit alors traversé par une contrariété qui ne lui était pas familière.

« Il y a un problème, Agatha ? » interrogea Théodore d'un ton froid.

Cette dernière secoua la tête, semblant totalement changer d'attitude devant Théodore.

« Absolument pas, M. Nott. J'étais simplement en train de vérifier l'avancement du travail de Miss Granger. » se justifia-t-elle.

« Qui vous a demandé de faire ça ? » continua-t-il sur un ton sec.

« Je pensais que j'étais responsable du suivi de… » commença-t-elle à balbutier, visiblement médusée devant la réaction de Théodore.

Lui-même était surpris par sa propre attitude. Il n'était pas du genre à intervenir dans des situations de conflit. Il était rare qu'il élève la voix. Il était plutôt du genre à rester en retrait, et à observer les choses à distance. Pourtant, voir Hermione dans cet état de vulnérabilité tandis qu'Agatha tentait manifestement de l'intimider le révolta. Comment pouvait-elle se permettre de la menacer ainsi ?

« Ça m'est égal. C'est moi qui décide de la longueur de sa mission. Si vous avez la moindre demande à faire à Miss Granger, c'est à moi que vous vous adresserez. » dit-il d'un ton ferme.

Agatha s'empressa d'hocher la tête, effarée. Il était rare que Théodore fasse preuve d'autorité avec les employés du théâtre bien qu'il soit hiérarchiquement supérieur à eux. Il n'aimait pas utiliser son statut pour se faire respecter. Pourtant, cette femme était allée trop loin et il ne la laisserait pas s'en tirer sans rien dire.

« Entendu M. Nott. » dit Agatha d'un ton intimidé.

Elle se tourna vers Hermione qui n'avait pas bougé.

« Veuillez m'excuser. » dit-elle d'un ton rapide avant de quitter la pièce, les yeux rivés sur le sol.

Théodore se tourna vers Hermione qui paraissait presque sur le point de fondre en larmes.

« Je suis désolé. Je ne comprends pas pourquoi elle a agi de la sorte, elle ne s'est jamais comportée ainsi, avant ça. » s'excusa-t-il d'un ton désolé tandis qu'il s'approchait de la jeune femme.

Il esquissa un geste pour prendre sa main mais Hermione la repoussa.

« Elle ne se comporte pas de la sorte avec toi, sans doute. » dit-elle d'une voix tremblante, visiblement contrariée. « Mais on sait très bien pourquoi elle agit ainsi avec moi. »

Il fut surpris par le ton accusateur qu'avait pris la jeune femme.

« Hermione, je ne comprends pas… » commença-t-il.

« C'est exactement le problème, Théodore. Tu ne comprends pas. » s'emporta-t-elle soudainement, la voix pleine d'émotions. « Tu n'as aucune idée de la manière dont les gens me traitent et me rabaissent constamment pour mon statut. Et tu ne le sauras jamais car ils se comportent différemment avec toi. »

D'un geste rageur, Hermione effaça les larmes qui étaient apparues au coin de ses yeux.

« Et même s'ils font semblant quand tu es présent, ça ne change en rien ce qu'ils pensent réellement de moi. Que je n'ai pas ma place dans cet endroit. » murmura-t-elle, une lueur blessée dans les yeux.

Théodore l'observa, mortifié, ne sachant pas quoi répondre.

« Tu ne comprends pas Théodore. Toute cette situation entre toi et moi peut avoir des conséquences graves pour moi. Elle a menacé de contacter mon chef. Je ne peux pas perdre mon travail. » dit-elle d'une voix un peu hystérique.

Elle enfouit son visage dans ses mains, et lâcha une exclamation frustrée.

« Hermione… » commença Théodore.

« J'ai du travail à terminer. Et j'imagine qu'ils t'attendent également. Tu devrais y retourner, Théodore. » dit-elle en détournant les yeux, d'une voix sèche.

Théodore sentit son visage se décomposer devant sa réaction. La voir le repousser ainsi était blessant. Il comprenait toutefois sa frustration et il ne voulait pas insister davantage par peur d'empirer les choses. Il reviendrait lorsqu'elle serait calmée.

« Très bien. Je suis désolé. » dit-il à nouveau, tentant désespérément d'attirer une réaction de sa part.

Il vit toutefois le visage d'Hermione se durcir, comme si ses excuses ne faisaient que l'agacer davantage. Elle fit volte-face et se dirigea vers les étagères, sans un mot supplémentaire à son égard. Théodore resta figé pendant de longues secondes, les bras ballants, sentant son cœur s'affaisser dans sa poitrine. Il quitta la pièce, comme une âme en peine.

/

Les personnes qui avaient fréquenté Miriam Strout, de près ou de loin, savaient qu'elle n'était pas le genre de femme à faire preuve d'empathie.

Elle abhorrait les gens qui s'apitoyaient sur leur sort, les assistés du système, et les gens qui ne prenaient pas leur destin entre leurs mains.

Son entourage avait donc été médusé d'entendre sa volonté de commencer des études de Médicomagie, une profession où l'empathie, le don de soi et l'altruisme étaient généralement des qualités attendues.

C'était surtout pour suivre les pas de son père, un Chirurmage de renom, que Miriam avait emprunté cette voie. Elle glorifiait le statut social et financier qu'apportait la profession de Médicomage. C'était loin d'être une passion pour elle.

Après deux échecs aux sélections nationales pour obtenir une place d'interne dans un service de pathologie des sortilèges, le département le plus prestigieux de la discipline, Miriam avait finalement décidé de se tourner vers une autre spécialité - la gynécomagie-obstrétique.

S'il y avait un aspect de son travail qu'elle haïssait au plus haut point, il s'agissait probablement de son obligation de devoir traiter des patients de rang inférieur.

Miriam rêvait de travailler dans l'une de ces cliniques privées et haut de gamme. Premièrement, les salaires y étaient bien plus élevés que dans le secteur sanitaire public et surtout, ces établissements étaient autorisés à apposer des restrictions sur le type de patients qu'ils recevaient.

Sainte Mangouste était toutefois un établissement hospitalier du domaine public et Miriam n'avait pas son mot à dire. Elle avait donc pris son mal en patience.

Miriam croyait fermement en la supériorité du sang. Les Sang-Mêlés étaient des individus inférieurs, dont le sang avait été souillé. Ils salissaient l'héritage magique, qui ne devait être réservé qu'à une élite. Si on lui avait demandé son avis, Miriam leur aurait d'ailleurs réservé le même traitement que celui administré aux Sang-de-Bourbe - l'exécution.

Voldemort seul savait le genre de gènes contaminés que ces hybrides transportaient probablement de génération en génération. Ils constituaient une menace sur le patrimoine génétique supérieur des sorciers comme elle.

Après quelques années de frustrations profondes dans sa profession, Miriam avait fait une rencontre qui avait changé sa vie. Un jour d'automne particulièrement venteux, elle s'était rendue au Strangulot Éméché, un pub situé non loin de l'hôpital, après une journée de travail éreintante. Son emploi lui laissait peu de temps pour une vie de famille. Elle avait d'ailleurs fait le choix de rester célibataire et de ne pas faire d'enfants – une nuisance pour elle. Et secrètement, une partie d'elle avait toujours espéré que son existence serait amenée à servir une cause bien plus noble.

C'était ce jour-là, au Strangulot Éméché qu'elle avait finalement découvert cette aspiration. Elle s'était laissée aller à deux verres de whiskey pur feu - son péché mignon après une dure journée, accompagnés d'un steak saignant et d'une pomme de terre en robe des champs dégoulinante de beurre à l'ail.

Lorsque Miriam forçait un peu trop sur la bouteille, sa langue se déliait rapidement. Comme à l'accoutumée, elle avait entamé un long monologue à Derrick, le propriétaire du bar. Il l'écoutait toujours attentivement, ou du moins faisait mine de le faire, tout en s'assurant de garder son verre rempli.

Ses tirades consistaient généralement à quelques propos haineux sur les sorciers de rang inférieur, suivis de propositions de mesures plus strictes visant à stopper la propagation de cette population à l'échelle nationale.

Tandis qu'elle soufflait d'ennui en constatant que son verre était de nouveau vide, Miriam aperçut un homme prendre place à ses côtés sur l'un des tabourets du bar. Il héla le barman pour remplir son verre.

Miriam lui adressa un regard blasé. De tous les tabourets du bar qui étaient encore libres, pourquoi avait-il choisi celui à côté d'elle ? Miriam n'était pas une personne particulièrement sociable et elle n'appréciait guère qu'on envahisse son espace personnel.

Elle voulut faire une remarque déplaisante mais quelque chose dans l'apparence de l'homme la persuada de rester silencieuse. Les côtés de son crâne étaient rasés de près mais il avait gardé une longue natte collée au centre qui lui arrivait jusqu'au milieu de l'épaule. Ses yeux étaient bridés et une fine cicatrice partait de son sourcil gauche jusqu'au milieu de sa joue, traversant son œil. Il portait un costard particulièrement élégant, et un parfum fort mais sophistiqué parvint aux narines de Miriam.

Même si elle ignorait tout de cet homme, elle comprit rapidement qu'il n'était pas le genre de personne qu'on voulait contrarier. Lorsque le barman remplit son verre, il le remua lentement avant de le porter à ses lèvres. Miriam remarqua un tatouage ressemblant à un reptile sur le dos de sa main. Comme s'il avait senti le regard de Miriam sur lui, l'homme se tourna dans sa direction, dardant sur elle des yeux sombres et mystérieux.

« Je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter votre conversation. » admit-il.

Elle fut surprise par l'intonation nasillarde de sa voix, qui clachait avec son apparence dangereuse. D'un homme à l'aspect si intimidant, on ne s'attendait pas à entendre une voix aussi ridicule.

« Quelle partie ? » répondit Miriam en lui adressant un regard soupçonneux. « J'ai dit beaucoup de choses. »

« Vos idées sur les mesures à prendre contre les Sang-Impurs. » dit-il d'un ton posé.

Miriam hocha la tête, satisfaite d'être enfin reconnue pour ses idées pertinentes.

« Vous travaillez à l'hôpital ? » demanda l'homme avec intérêt, observant sa veste à l'effigie de Sainte Mangouste, où étaient inscrits son nom, son grade ainsi que son service.

Miriam hocha la tête.

« Et si je vous disais qu'il y avait un moyen de rendre vos idées… réalisables. » déclara l'homme en baissant la voix.

Miriam ignorait pourquoi, mais quelque chose la poussa à écouter la proposition extravagante de cet homme énigmatique. Ce fut après cette conversation qu'elle se retrouva enrôlée dans un nouveau domaine d'activité.

L'homme, prénommé Gadiell, avait des clients un peu partout dans le pays, prêts à débourser des sommes astronomiques pour obtenir des biens illégaux, impossibles à obtenir sur le marché.

Cela commença par des potions médicamenteuses et des substances réglementées et interdites au public, qu'on trouvait uniquement dans le milieu hospitalier. Pendant des mois, et contre une rémunération conséquente, Miriam détourna des stocks entiers de produits de l'hôpital pour les fournir à Gadiell. Il les revendait ensuite à des personnes tierces à un prix exorbitant.

Rapidement, les requêtes de Gadiell se tournèrent vers des marchandises plus rares encore. Les organes humains. Miriam s'arrangea avec un Guérisseur de l'hôpital pour obtenir les informations sur des patients de rang inférieur dont la mort était imminente. Ils s'arrangeaient ensuite pour retirer certains organes en toute discrétion, sans accord préalable, destinés au marché noir. Parfois, Miriam opérait sur des patients vivants pauvres, qui acceptaient de vendre un organe non vital en échange de rémunération. Ces opérations se faisaient dans un entrepôt discret, dont la logistique était gérée par Gadiell. Elle avait appris qu'il était un homme de main travaillant pour le compte d'un patron surnommé La Vipère, un baron de l'illégal qui régissait les souterrains de Londres.

Un jour, Gadiell contacta Miriam avec une demande des plus inattendues.

« Un couple de clients a des problèmes pour concevoir. Ils sont prêts à payer le prix fort pour un nouveau-né. » dit-il à voix basse.

Ce fut de cette manière que leur commerce s'étendit vers le trafic d'humains. L'opération était toutefois compliquée et risquée, et nécessitait une préparation importante.

Sur le marché, la valeur d'un enfant variait par rapport à son patrimoine génétique. Miriam refusait de toucher aux enfants issus de couples de Sang-Pur. Elle cherchait activement les dossiers des enfants qui remplissaient les attentes des clients de Gadiell. Les enfants les plus plébiscités étaient les bébés dits de ''septième génération''. Pour le régime, un individu était considéré comme un Sang-Pur si les six générations le précédant avaient tous été des sorciers. C'était le nombre de générations jugé suffisant pour diluer le sang Moldu. Cela signifiait que deux parents de Sang-Mêlé pouvaient concevoir un enfant de Sang-Pur de second rang.

Ce fut le cas des Boot, un couple auquel elle fut assignée. Durant leur première visite à l'hôpital, ils firent part à Miriam de leur difficulté à concevoir.

« Nous n'avons rien pu identifier. » annonça froidement Miriam au couple, après les analyses. « Parfois, l'infertilité n'a pas de cause particulière. »

Elle vit leur visage se décomposer mais demeura insensible devant leur infortune.

« Mais il doit bien avoir une solution, non ? » insista le mari à l'attention de Miriam. « Des traitements pour nous aider à concevoir. »

« Il existe certaines solutions, effectivement, mais les critères sont très stricts. J'ai bien peur que vous ne remplissiez pas les conditions. » répondit Miriam d'un ton sec, fatiguée de perdre son temps avec ces gens.

Elle fut surprise de les voir se présenter de nouveau à l'hôpital, deux mois plus tard, l'air surexcité et heureux pour leur premier rendez-vous prénatal. Cette grossesse soudaine semblait être un miracle. Immédiatement, Miriam flaira l'opportunité et commença sa préparation de longue haleine.

Elle utilisait toujours le même mode opératoire. Elle s'assurait d'abord d'être assignée à ces dossiers et de régulièrement suivre ces femmes pour s'assurer du bon déroulé de la grossesse. Ensuite, tout se jouait le jour de l'accouchement, pendant lequel elle devait trouver un moment opportun. Il était vital que personne ne remarque son stratagème, même parmi ses collègues. Elle avait toutefois réussi à trouver un complice au sein du service qui l'aidait parfois les jours d'accouchement, contre une partie de la rémunération finale.

L'accouchement d'Hannah Abbott-Boot se révéla plus complexes que prévu. Après plusieurs complications, Miriam réalisa avec panique que l'enfant était en détresse fœtale. Elle ne pouvait pas se permettre de le perdre. A l'issue d'une césarienne difficile, Miriam s'empressa de prendre la figure minuscule du bébé dans ses bras, qui ne semblait pas réceptif.

« Où est mon bébé ? » plaida Hannah avec panique. « Pourquoi je ne l'entends pas ? Pourquoi je ne le vois pas ? Terry ! Où est notre bébé ? »

« Il s'étouffe avec le liquide amniotique et ne respire plus. Nous devons l'emmener. » annonça Miriam d'une voix empressée avant de quitter la pièce.

Le visage du bébé affichait une coloration bleutée en raison du manque d'oxygène dans son sang. Après une demi-heure de ventilation et de pression, Miriam entendit ses premiers cris résonner dans la pièce, tandis que ses alvéoles ulmaires s'ouvraient, se remplissant d'air. Miriam laissa échapper un rire nerveux, envahie par le soulagement, observant le bébé miraculé.

Elle retira une fiole dans la poche de sa blouse d'hôpital. Celle-ci contenait un liquide pâle, à la consistance épaisse. Elle ouvrit la bouche du nourrisson et y apposa une goutte de l'élixir. Immédiatement, le bébé s'immobilisa et peu à peu, sa peau prit une couleur grisâtre et s'endurcit au toucher. Il était mort.

Du moins de manière temporaire. Elle lui avait administré la Goutte du Mort Vivant, un philtre somnifère aux effets puissants, qui plongeait le buveur dans un sommeil profond semblable à la mort. Il était impossible de distinguer ce sommeil d'une vraie mort. Les effets physiques étaient identiques. Il existait toutefois un antidote, la potion régénérante Wiggenweld, qui en contrait les effets.

C'était ce manège qui permettait à Miriam de subtiliser certains enfants à la naissance, expliquant à leurs parents que l'enfant était mort à la suite de complications de l'accouchement.

Elle plaça le nourrisson dans une couverture et retourna dans la pièce où se trouvaient ses parents, arborant un air grave sur son visage.

« Nous n'avons pas pu le sauver. » annonça Miriam d'une voix faussement désolée tandis qu'elle leur présentait la figure immobile et en apparence sans vie du bébé.

Un individu normal aurait sans doute éprouvé une émotion particulière en voyant la détresse brute de deux parents dévastés par la perte de leur enfant. Pourtant, Miriam ne ressentit rien.

Pour elle, il s'agissait d'une journée comme une autre. Et si elle devait être totalement honnête, elle se félicitait de son acte. Grâce à elle, cet enfant grandirait dans une famille aimante et privilégiée. Leur éducation parviendrait sans aucun doute à éradiquer toute la souillure de son arbre générationnel. Même si un enfant n'était plus souillé par le sang hybride de ses ancêtres, Miriam croyait fermement en l'existence d'une sorte de tare mentale héréditaire qui subsistait chez l'individu. Il n'était toutefois pas impossible de l'éradiquer, à l'aide d'une éducation et d'une attention particulière.

Oui, à bien y regarder, c'était un service que Miriam Stout rendait à la communauté. Et un jour, elle l'espérait, on reconnaîtrait ses efforts pour la noble cause de Voldemort.


- Grosse révélation sur le bébé d'Hannah et Terry qui a survécu. Mais la vérité est toute aussi terrible... Vous vous attendiez à quelque chose du genre ?
- Qu'avez-vous pensé du retour d'Hannah dans le régime ainsi que ses retrouvailles avec Terry ? Que trame-t-elle à votre avis ?
- Quant à Théodore et Hermione, ils commencent à être tirés de leur petite bulle de perfection et à revenir à la dure réalité (mais je suis encore gentille avec eux... pour l'instant)

Maintenant ma question : le prochain chapitre est super long - il fait à peu près 13 000 mots pour l'instant. Par contre, il faut encore que j'édite mon brouillon (j'écris très vite mes chapitres, mais je prends énormément à les éditer - j'appelle ça de la chirurgie esthétique d'ailleurs - car je déteste faire ça et je procrastine très souvent). Ensuite, il devra passer par ma bêta avant d'être posté. Vu la longueur, ça risque de prendre un peu de temps car nous avons toutes les deux des obligations IRL.

Donc, est-ce que vous voulez attendre que le prochain soit prêt en entier ou est-ce que ça vous convient que je le sépare en deux chapitres (de 6000 et 7000 mots) ce qui me permettra de poster plus tôt ? J'attends vos avis !

(Im)pur soit le sang,
Fearless