Valeur et vigueur le gang,

Un graaand merci à Jiwalumy, Colixiphicus, drou, Fleur d'Ange, pcam, DI5M, Chyriam ! Je viens de finir le boulot donc je vais me poser une heure ou deux avant de finir de répondre à vos reviews. Je voulais absolument poster d'abord !

Couper le chapitre en deux a été la réponse la plus plébiscitée donc me voilà de retour plus vite que prévu :) Gardez juste en tête que, par conséquent, il se passe moins de choses d'un point de vue intrigue car vous n'aurez que deux POVs au lieu de trois !

XV. Mise à Prix

Une agitation palpable régnait entre les murs de La Trappe. Ivo observa avec appréhension les enfants et les adolescents qui se pressaient pour rejoindre le réfectoire, spéculant à voix basse sur les évènements à venir.

Une atmosphère plus funeste qu'à l'accoutumée planait dans l'air. Évidemment, La Trappe n'avait jamais été un lieu qu'on pouvait qualifier d'accueillant. Cette fois pourtant, Ivo savait que c'était différent. Quelque chose se tramait et ce mauvais pressentiment fut suffisant pour nouer l'estomac du jeune garçon.

Il suivit le groupe dans le réfectoire d'un pas réticent, la main dans sa poche, touchant nerveusement le petit briquet qu'il avait volé à un passant distrait sur le Chemin de Traverse.

« Qu'est-ce que c'est ? » avait demandé Kitty avec intérêt, après leur course folle sur l'avenue marchande pour s'éloigner du lieu du crime.

Curieuse, elle avait observé l'objet sous tous les angles.

« A quoi ça sert, exactement ? » avait-elle interrogé.

Lorsqu'ils avaient actionné le poussoir sur la partie supérieure de l'objet, rien ne s'était passé. Kitty lui avait rendu le briquet en affichant une moue déçue.

« Cette bricole ne vaut pas un clou. » avait-elle décrété. « Et c'est juste du cuivre, ça n'intéressera probablement personne. »

Ivo avait donc décidé de le garder bien qu'il soit défectueux. Il n'était même pas certain qu'il s'agisse d'un briquet. Parfois, d'un geste distrait, il faisait tourner l'objet entre ses doigts, comme pour apaiser sa nervosité. Il était particulièrement intrigué par les inscriptions fines visibles sur l'embout. Pendant des jours, il avait tenté de les déchiffrer, sans succès.

Kitty s'était mise en tête de lui apprendre à lire. Même si Ivo avait fait des progrès considérables, il n'était pas parvenu à reconnaître les mots gravés. Lorsqu'il les avait montrés à Kitty, elle avait laissé échapper un rire condescendant.

« Tu traînes encore cette bricole inutile ? » avait-elle commenté avec sarcasme, levant les yeux au plafond.

Kitty n'avait pas non plus réussi à déchiffrer les inscriptions.

« Du latin.» avait-elle expliqué après avoir observé le briquet. « Du charabia pour moi. »

Lorsqu'Ivo pénétra dans le réfectoire, il constata que la salle était bondée. Il repéra rapidement une jeune fille blonde au visage familier, assise sur la table près de la fenêtre.

Kitty jouissait d'un respect évident au sein de la Trappe. Elle était l'une des anciennes, et depuis qu'elle avait pris Ivo sous son aile, personne ne lui cherchait des noises. Probablement parce qu'il mangeait désormais assez, le terme codé qu'ils employaient pour décrire le vol sous toutes ses formes. En arrivant à hauteur de la table, il réalisa que Kitty discutait avec une jeune fille qu'il ne reconnut pas.

« Tu es nouvelle dans le coin, pas vrai ? » demanda Kitty à la jeune fille. « Comment tu t'appelles ? »

Cette dernière hocha la tête, visiblement apeurée. Elle paraissait mal à l'aise et ses mains tremblaient nerveusement.

« Ruby. » répondit la jeune fille d'un ton anxieux. « Je suis arrivée il y a une semaine. »

Ivo observa la jeune fille avec curiosité. Il lui aurait sans doute donné le même âge que Kitty. Elle était très jolie, avec une peau pâle et laiteuse ainsi que de longs cheveux d'un blond vénitien qui lui arrivaient presque à la taille. Une certaine délicatesse se dégageait d'elle. Ivo ne put s'empêcher de remarquer la lueur avide avec laquelle Kitty observait la nouvelle arrivante. Cela lui rappelait ce jour, dans le réfectoire, où elle était venue à sa propre rescousse, après qu'il ait été injustement brutalisé par le propriétaire de la Trappe. Elle avait observé Ivo avec un intérêt appuyé, comme s'il possédait quelque chose qu'elle poursuivait activement.

« Moi c'est Kitty. Et le petit morveux que tu vois à côté de moi, c'est Ivo. » présenta Kitty en lançant un clin d'œil à la dénommée Ruby.

Ruby esquissa un demi-sourire avant de jeter des regards incertains à la salle qui ne cessait de se remplir. Tous les sièges étaient désormais occupés et les derniers arrivants étaient obligés de s'adosser contre les murs ou s'asseoir à même le sol.

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle d'une voix anxieuse. « Pour avons-nous été appelés ici ? »

Ivo fut ravi qu'elle pose la question qui lui brûlait également les lèvres depuis de nombreuses minutes.

« Oh - c'est vrai que vous n'êtes pas là depuis assez longtemps pour avoir vu une rafle. » s'enquit Kitty d'un ton pensif.

« Une rafle ? » répéta Ivo avec confusion.

Avant que Kitty ne puisse répondre, le lourd fracas d'une porte résonna dans le réfectoire et le brouhaha se dissipa immédiatement. Ivo tendit le cou et aperçut Jacobus Cloyd, le propriétaire de la Trappe, traverser la salle d'un pas chargé. Il s'arrêta au centre de la pièce, où on avait érigé une estrade de fortune, composée de palettes en vieux bois moisi.

« Silence ! » s'écria la voix rocailleuse de Cloyd, tandis que ses yeux noirs et méchants se baladaient sur l'assemblée.

Son ordre avait été inutile. La pièce était déjà silencieuse. Tous les enfants de la Trappe craignaient cet homme dont la méchanceté n'était plus à prouver. Cloyd était un homme intimidant, avec sa silhouette imposante et ses bras si épais qu'ils pouvaient vous écraser en un seul geste. Il était également connu pour sa cruauté et son tempérament irascible. Il causait des sueurs froides à Ivo qui s'efforçait de ne jamais se retrouver sur son chemin.

Les premières semaines à la Trappe avaient été un véritable calvaire pour Ivo qui s'était retrouvé dans le collimateur de Cloyd. Les choses s'étaient toutefois sensiblement améliorées pour lui grâce à Kitty. Cloyd ne lui avait quasiment pas porté attention, depuis.

« Je suis déçu. » commença Cloyd d'un ton chagriné qui sonnait terriblement faux. « Déçu de constater que certaines personnes ici abusent encore de ma gentillesse. »

Gentillesse, pensa Ivo avec ébahissement. Ce terme n'aurait jamais pu être associé à un homme comme lui.

« J'ai accueilli chacun d'entre vous dans ma maison, à bras ouverts. La règle est simple, je vous offre un toit, un couvert, une protection et une communauté en échange d'une seule chose. Une contribution de votre part. » poursuivit-il. « Et pourtant, bon nombre d'entre vous ne respectent pas mes règles. »

Cloyd s'interrompit, laissant un long silence pesant résonner dans la salle tandis qu'il jetait un regard circulaire à la pièce.

« Laissez-moi vous rappeler une chose, la Trappe ne fait pas la charité. Je refuse de porter secours à des personnes ingrates. » gronda-t-il avec mécontentement. « Il est donc venu le temps de rappeler à certains d'entre vous qui est le patron, ici. »

Cloyd se tourna vers l'une des superviseurs - une femme obèse qui portait toujours un chignon strict et qui se baladait dans les couloirs avec un bâton en métal. Elle ne se privait pas de l'utiliser comme méthode de discipline sur un jeune lorsqu'elle estimait qu'il 'dépassait les bornes.' La superviseure tendit un parchemin à Cloyd qu'il déroula très lentement, comme pour produire un effet dramatique. Comme lui, Ivo savait que de nombreux jeunes retenaient leur souffle, nerveux à l'idée de ce qui suivrait.

De sa voix braillarde, il commença à réciter une liste de noms. Tous les nommés furent contraints à rejoindre le centre de la pièce. Ivo observa avec angoisse les jeunes qui se levaient tour à tour, arborant des airs craintifs et désespérés.

« Ruby. » énonça soudainement Cloyd de sa voix graveleuse.

Ivo ouvrit de grands yeux et se tourna vers la jeune fille à ses côtés. Ruby semblait paralysée et il pouvait voir que tout son corps s'était mis à trembler violemment. Elle jeta un regard paniqué à Ivo et Kitty avant de se lever pour rejoindre le reste des convoqués, d'une démarche hésitante.

Une boule d'effroi se forma dans l'estomac d'Ivo. Et si, lui aussi, était appelé ? songea-t-il avec affolement.

Il ferma les yeux, épouvanté, priant intérieurement de toutes ses forces. Il implorait des forces extérieures de ne pas faire partie de cette mystérieuse liste. Finalement, à son grand soulagement, Cloyd s'arrêta.

« Malheureusement, vous n'avez pas respecté le règlement de la communauté et vous ne pourrez pas rester chez moi. » annonça-t-il à l'attention du groupe qui s'était attroupé autour de lui.

Les concernés s'échangèrent des regards confus et nerveux - se demandant probablement ce que cela signifiait.

« Comme je suis un homme bienveillant, je vais vous envoyer dans un lieu où vous pourrez continuer à gagner votre pain. » dit-il d'un ton faussement complaisant, comme s'il leur offrait une faveur.

« Suivez-moi. » ordonna-t-elle la superviseure avant de se diriger vers les grandes portes du réfectoire.

Avec une lueur de pitié, Ivo observa les jeunes la suivre. Son regard se porta sur Ruby qui semblait au bord des larmes. A leur sortie, les conversations reprirent dans le réfectoire à plein régime. Certains commentaient la scène avec excitation tandis que d'autres soupiraient de soulagement. D'autres s'étreignirent et se tapèrent dans les mains, comme pour se féliciter.

« Détends-toi, petit. C'est terminé. » commenta Kitty d'une voix enjouée, le sortant de ses pensées.

Ivo se tourna dans sa direction, les yeux encore brillants, lui aussi au bord des larmes. Comme à l'accoutumée, Kitty ne sembla absolument pas déphasée par les évènements. Parfois, il était médusé par son attitude. Elle ne semblait vraiment avoir peur de rien.

« Que va-t-il se passer pour eux ? » murmura—t-il d'une petite voix craintive.

Kitty sauta de la table et s'installa sur le banc, à ses côtés. Elle jeta des regards dans les deux sens, comme pour vérifier que personne ne pouvait entendre leur conversation.

« Tu te souviens de ton premier jour ? Quand tu es arrivé ici ? » demanda Kitty à voix basse.

Ivo hocha lentement la tête. Il se souvenait encore de cette nuit froide où il était arrivé à la Trappe. Ce jour-là, il avait plu des cordes et Ivo s'était présenté devant Jacobus Cloyd trempé de la tête aux pieds. Ce dernier l'avait regardé de haut en bas, comme une marchandise dont il évaluait la valeur.

« Tu as signé un contrat ce jour-là, pas vrai ? » rappela Kitty.

On lui avait présenté un parchemin chargé de mots qu'il ne comprenait pas et on l'avait pressé pour qu'il appose sa signature. C'était la condition pour pouvoir entrer à la Trappe. Désespéré et terrifié à l'idée de passer une nuit supplémentaire dans les rues du régime, Ivo s'était empressé d'apposer les trois lettres de son prénom d'une écriture maladroite, le seul mot qu'il savait écrire à l'époque. Ivo ignorait le contenu du parchemin et il ne s'était jamais vraiment posé la question jusqu'à aujourd'hui.

« Ce contrat stipule que tu as une dette envers Cloyd. Et que tu dois travailler afin de la rembourser. » annonça Kitty.

Ivo ouvrit la bouche – désemparé.

« Le truc, c'est que cette dette est énorme. Le contrat dit aussi que tu deviens sa propriété et qu'il peut te vendre comme il le souhaite pour être indemnisé. » poursuivit gravement Kitty.

Elle laissa son dos aller contre le rebord de la table, lâchant un soupir à fendre l'âme.

« S'il estime que son investissement n'est plus intéressant, il revend le contrat à d'autres personnes. C'est ce qu'il va faire avec ces malheureux. » dit-elle en désignant la porte que les personnes désignées par Cloyd avaient empruntée quelques instants plus tôt.

« Il va…. Les vendre ? » répéta Ivo d'une voix choquée, interloqué par ce qu'il entendait.

« C'est ça. J'ai entendu des rumeurs sur ce qui leur arrive, même si ça n'a jamais été confirmé. Et je ne préfère pas le vérifier par moi-même. » dit-elle avec une grimace.

« Où vont-ils ? » demanda Ivo, qui n'était pourtant pas certain de vouloir connaître la réponse.

« Dans des mines souterraines tenues par des Gobelins. Ils sont forcés de travailler jour et nuit pour miner de l'or qui servira à la fondation de gallions. » expliqua Kitty avec une grimace. « Il parait que c'est l'enfer et que la plupart ne font pas long feu à cause des conditions horribles. On les enterre même là-bas directement. Ils ne revoient plus jamais la surface. »

Elle avait lancé cela avec un frémissement, comme si l'idée l'effrayait. Ceci fut suffisant pour paniquer Ivo. Kitty ne semblait jamais avoir peur de rien. Pourtant, la voir craindre le sort des malchanceux chassés de la Trappe lui montrait à quel c'était sérieux.

« Quand Cloyd décide de virer quelqu'un de la Trappe, il ne les renvoie jamais réellement à la rue, comme il le prétend. La plupart du temps, il les revend à la mine de Gobelins. » acheva Kitty.

Ivo enserra ses bras autour de lui, comme pour se rassurer. Kitty dut remarquer son air anxieux car elle ajouta :

« Tant que tu manges, tu ne seras pas envoyé là-bas. Mais cet enfoiré de Cloyd est malin. La dette est tellement élevée que c'est impossible de s'en débarrasser. »

« Combien ? » demanda Ivo en retenant son souffle.

« 10 000 gallions. » répondit Kitty. « Et des intérêts s'ajoutent chaque mois. »

Ivo écarquilla des yeux, médusé. Dix mille gallions, pensa-t-il avec horreur et découragement. Cette somme était colossale et impossible à obtenir pour des orphelins de rang inférieur, sans grandes perspectives d'avenir.

« Le seul moyen de vraiment quitter cet endroit c'est de payer la dette directement à Cloyd ou qu'il accepte de transférer ton contrat à quelqu'un d'autre. » indiqua Kitty.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Eh bien, imaginons qu'un autre acheteur soit intéressé par ton contrat. Il peut négocier avec Cloyd contre une certaine somme pour l'acheter. En général, c'est plus avantageux que de vendre un contrat aux Gobelins des mines. On raconte que Cloyd leur vend ces contrats à des prix ridicules. »

« Mais qui voudrait acheter des orphelins ? » interrogea Ivo en secouant la tête, confus.

« Oh, tu serais surpris. » répondit Kitty avec un rire sans joie.

Ivo réfléchit pendant de longues secondes aux paroles de la jeune fille.

« Et toi ? » dit-il.

Kitty leva un sourcil, sans comprendre.

« Moi, quoi ? » s'étonna-t-elle.

« Quand on s'est rencontrés, tu m'as dit que tu vivais ailleurs. Mais que tu revenais ici de temps en temps, par nostalgie. » rappela Ivo.

Un sourire désabusé apparut sur les lèvres de la jeune fille.

« Bien vu, petit. » commenta-t-elle. « Mon contrat n'appartient plus à Cloyd. Il a été racheté par quelqu'un d'autre. »

« Par qui ? » interrogea avidement Ivo.

« Pas tes affaires, morveux » répliqua Kitty d'un ton mystérieux, avec un petit sourire au coin des lèvres. « Peut-être que je t'en parlerai, un jour. »

La curiosité d'Ivo ne fit qu'accroître, exacerbée par son attitude énigmatique. Il mourrait d'envie de savoir la vérité. Kitty ne semblait pourtant pas disposée à lui partager plus d'informations sur sa situation personnelle. Elle se releva d'un bond, s'étirant longuement, à la manière d'un chat.

« J'ai un truc à faire. » dit-elle. « On se retrouve plus tard, petit. Ne m'attends pas pour ta sortie du jour. »

Ivo l'observa s'éloigner d'un air hagard et écarquilla les yeux en la voyant se diriger vers Jacobus Cloyd, installé sur le bureau qu'il occupait généralement au milieu du réfectoire. Il passait ses journées plongé dans un énorme registre posé face à lui - le livre des comptes. Kitty et Cloyd échangèrent des paroles sous le regard perplexe d'Ivo. Que pouvait-elle lui raconter ? Finalement, Cloyd hocha la tête, comme s'il accordait une autorisation à la jeune fille. Kitty se dirigea vers la sortie du réfectoire, d'un pas assuré.

Cette interaction étrange resta à l'esprit d'Ivo pendant le reste de la journée. Il fut distrait pendant sa tournée quotidienne sur le Chemin de Traverse, se demandant ce que Kitty pouvait bien tramer. La jeune fille était tellement mystérieuse. Parfois, elle disparaissait pendant des jours sans donner de nouvelles, avant de réapparaître comme si de rien n'était. Elle semblait vivre une double vie et Ivo était curieux de savoir de quoi il s'agissait.

Il n'osait pourtant pas lui poser de questions qu'elle jugerait indiscrètes. Il ne voulait pas la contrarier. Après tout, il était chanceux d'avoir son aide et bénéficier de ses formations.

Lorsqu'Ivo fut de retour à la Trappe après sa journée dans les rues du régime, il fut surpris de revoir Kitty non loin de l'entrée, près d'une diligence. Sa curiosité s'accrut davantage quand il se rendit compte qu'elle n'était pas seule.

Il reconnut Jacobus Cloyd ainsi qu'une femme, dont il ne voyait pas le visage. Elle était de dos et portait une large capuche noire qui dissimulait son visage. Ivo resta bouche bée en reconnaissant la quatrième personne. Il s'agissait de Ruby, la jeune fille qu'ils avaient rencontrée le matin même. N'était-elle pas supposée être envoyée à la mine des Gobelins ?

Kitty, Ruby et la femme encapuchonnée entrèrent dans la diligence qui disparut rapidement du champ de vision du garçon. Lorsqu'il vit Jacobus s'approcher à grands pas, Ivo s'empressa d'entrer à l'intérieur du bâtiment, affolé à l'idée d'être surpris en train d'épier cet échange secret.

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Scarlett était le genre de femme que tous les hommes rêvaient d'avoir dans leur lit. L'univers l'avait doté d'un physique particulièrement avantageux et d'une beauté spectaculaire – capable de faire tourner toutes les têtes à son passage.

Elle avait rapidement compris comment utiliser ce cadeau de la nature à son avantage. Elle en avait même fait son gagne-pain, offrant son temps et son attention à des hommes puissants et fortunés, qui désiraient s'offrir les services professionnels d'une femme dans son genre. La transaction était arrangeante pour les deux parties. Scarlett obtenait une rémunération conséquence et ces hommes obtenaient les faveurs d'une belle femme pendant l'espace de quelques heures ou d'une nuit entière pour les plus chanceux.

Scarlett détestait les noms offensants qu'on réservait habituellement aux femmes de sa profession. Elle ne se considérait pas comme une prostituée. Non, elle était une femme qui offrait une expérience. Lorsqu'un homme rencontrait Scarlett, il savait qu'il n'aurait pas d'autre occasion d'avoir une femme comme elle à son bras. D'ailleurs, c'était désormais elle qui choisissait ses clients, jamais le contraire. Un luxe auquel elle n'avait pas toujours pu prétendre.

Scarlett n'était pas son prénom de naissance mais son nom d'emprunt. Un nom de scène, comme on disait dans le milieu. Avec les années, elle avait décrété que c'était le nom qui lui convenait. Elle avait alors décidé d'abandonner l'ancien définitivement, comme pour mettre un terme à son ancienne vie.

D'une certaine façon, Scarlett avait commencé par être un personnage. Un alter-ego qu'elle s'était créée comme mécanisme de défense pour supporter les implications de son mode de vie douteux.

Elle n'avait jamais vraiment aimé la personne qu'elle avait été avant de devenir Scarlett. Elle avait eu une enfance difficile. Un père absent, disparu avant qu'elle puisse en garder ses premiers souvenirs. Sa génitrice, une mère célibataire en difficulté, avait épousé un autre homme quelques années plus tard.

Lorsqu'elle avait commencé à grandir, et tandis qu'elle entrait dans les premières fleurs de son adolescence, Scarlett avait remarqué les regards appuyés que son beau-père envoyait dans sa direction. Les regards s'étaient transformés en remarques indélicates, en sous-entendus dégoûtants puis en gestes déplacés.

Les choses étaient allées trop loin lorsqu'il avait attrapé Scarlett, alors âgée de seize ans, et l'avait brutalement plaquée sur son lit, avant de se coller contre elle, la touchant de manière inappropriée. Elle avait hurlé et s'était emparée d'une lampe pour l'écraser contre sa tête et le forcer à la relâcher.

Son beau-père avait menti à sa mère, prétendant que Scarlett le provoquait et que c'était elle qui lui avait fait des avances. La mère de Scarlett, une femme faible d'esprit et manipulable, l'avait cru. Le jour même, la jeune fille avait décidé de quitter le domicile familial, sachant qu'elle ne serait plus en sécurité dans cet environnement.

Elle avait dû user de tous les moyens en son pouvoir pour survivre. C'était ainsi qu'elle avait commencé à utiliser ses charmes pour obtenir des faveurs de la part des hommes. A chaque fois, elle avait senti sa dignité s'ébranler un peu plus pendant qu'elle leur donnait une partie de son intimité en échange de bourses remplies de gallions.

C'était ainsi que Scarlett était née. Avec les années, elle avait fait des rencontres qui avaient changé la trajectoire de sa vie – certaines avaient été positives, d'autres avaient été traumatisantes. Malgré tout, elles l'avaient conduite à devenir la femme qu'elle était aujourd'hui.

Scarlett resserra le manteau en fourrure de boursouflet duveteux qu'elle portait, tandis que ses talons aiguilles résonnaient sur le sol lustré de l'avenue.

Le Quartier Treize était l'arrière-cour animée et cosmopolite de la capitale, connu pour ses établissements nocturnes. L'endroit était peuplé de pubs, de lounges huppés ainsi que de clubs privés qui ne fermaient leurs portes qu'aux petites heures du matin.

Pour attirer les fêtards, les établissements mettaient en œuvre toute une stratégie. Des vitrines tape à l'œil, des promotions sur les boissons, et pour les établissements un peu plus spécialisés, on voyait des employées à l'apparence agréable postées à l'entrée afin d'attirer les passants à l'intérieur.

Scarlett s'arrêta devant l'un des établissements. Elle alluma la cigarette éteinte placée au coin de ses lèvres maquillées d'un rouge carmin qui, elle le savait, mettait en valeur sa bouche pulpeuse. Elle laissa échapper une dernière volute de fumée puis laissa tomber la cigarette sur le sol, l'écrasant avec son escarpin hors de prix avant de rejoindre à son tour la file d'attente d'un pas assuré.

Lorsqu'elle entra à l'intérieur du lounge à l'atmosphère feutrée, elle constata qu'il était peu fréquenté. Pas étonnant, songea-t-elle. On lui avait dit que le mercredi soir ne serait pas une soirée animée. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'ils avaient décidé de l'envoyer ce-jour-ci. Scarlett laissa sa veste dans un vestiaire avant de se diriger vers le bar.

Elle était consciente des regards avides qu'elle attirait à son passage. Elle portait une robe noire près du corps qui avantageait sa silhouette plantureuse. Ses jambes paraissaient encore plus longues qu'à l'accoutumée grâce aux longs escarpins qui marquaient sa posture. Scarlett savait qu'elle respirait la sensualité et la classe.

C'était la première fois qu'elle visitait cet endroit. On le lui avait décrit comme un lieu populaire. Elle n'avait pas mis les pieds dans le Quartier Treize depuis bien des années. C'était le territoire de la concurrence, après tout.

« Une eau citronnée, avec un fond de vodka pure glace. » demanda-t-elle à l'attention d'une jeune barmaid qui hocha la tête.

Scarlett profita des minutes suivantes pour observer les lieux avec attention. Son regard s'attarda sur une zone tenue à l'écart, devant lequel un homme imposant était posté, pour en barrer l'entrée. Scarlett remercia distraitement la barmaid lorsqu'elle posa le verre devant elle et jeta un regard à sa montre en or rose. Dans une heure, songea-t-elle.

Elle descendit son verre plus rapidement qu'à l'accoutumée. Pour une raison obscure, elle était particulièrement nerveuse. Elle avait pourtant fait ce genre de choses des centaines de fois. Pourquoi ressentait-elle cette anxiété soudaine ?

Parce que ce soir, elle devrait attraper un très gros poisson. Elle en était plus que capable. Elle savait exactement comment attirer l'attention de ces hommes exigeants, riches et puissants - le haut du pavé. Après tout, c'était sa clientèle de prédilection. Ces hommes avaient des exigences particulières. Ils voulaient une femme classe, élégante, qui connaissait les règles de l'étiquette et qui avait de la conversation. Une femme à l'apparence impeccable – qui portait des tenues de créateur et des parfums de luxe.

L'établissement commença lentement à se remplir, mais garda une fréquentation raisonnable, comme on l'attendait d'un jour de semaine.

Aux alentours de minuit, Scarlett aperçut la raison de sa venue pénétrer dans l'endroit. Un groupe d'hommes - de cinq ou six individus, traversa la salle principale, sans aucune hésitation. Ils connaissaient visiblement les lieux et contrairement aux nouveaux entrants, ne semblaient pas chercher leurs repères.

Le groupe d'hommes marchait dans une position spécifique, créant une formation serrée autour de l'un d'eux. C'était toutefois assez discret pour qu'on ne le remarque pas. Scarlett ne manqua toutefois pas ce détail – elle était une femme particulièrement observatrice. C'était l'une des raisons pour lesquelles elle excellait dans son activité.

Ils se dirigèrent vers la zone exclusive du club, où un videur s'effaça pour les laisser entrer. Scarlett les vit prendre place sur des canapés molletonnés tandis qu'une serveuse s'empressait de s'approcher d'eux, faisant léviter des bacs de bouteilles pour garnir leurs tables.

De sa place au bar, Scarlett avait un champ de vision parfait sur le groupe et notamment l'un des membres, installé au centre. Il la verrait sans difficulté s'il regardait la salle principale du club. C'était pour cette raison qu'on avait demandé à Scarlett de se positionner à cette place. Elle reconnut le visage qu'elle avait vu sur plusieurs photos - celui de Blaise Zabini.

La famille Zabini appartenait aux Treize sacrés. Ils étaient entrés dans le clan sept ans plus tôt, provoquant la stupéfaction générale. Les Zabini ne ressemblaient guère aux familles qui formaient ordinairement le Coven - toutes des anciennes dynasties anglaises, et des vieilles fortunes.

Les Zabini n'étaient pas originaires du Royaume-Uni mais de deux autres nations purifiées. Richard Zabini, un ancien diplomate brésilien, avait épousé Amara, une femme d'affaires nigériane. Ils s'étaient installés au Royaume-Uni plus de vingt-ans auparavant et avaient bâti un véritable empire commercial. Ils possédaient de nombreux établissements dans l'industrie du divertissement à Londres, qui leur rapportaient des revenus importants.

Le grand public ignorait toutefois que la plupart de ces business étaient en réalité une couverture pour dissimuler d'autres activités plus sombres mais toutes aussi lucratives. Les Zabini – des barons du crime - possédaient un monopole évident sur les activités liées à la pègre du régime – mêlant trafics en tout genre, travail du sexe, la vente de substances interdites, le blanchiment d'argent et le mercenariat illicite.

Scarlett était bien placée pour savoir que les humains avaient une part d'ombre en eux. Ils ne la montraient simplement pas en public. Et dans une société peuplée d'humains, il y avait toujours une place pour ces activités douteuses. C'était une partie dissimulée du régime que les Zabini contrôlaient d'une main de fer. Sous leur domination, il y avait peu de dérapage, et ce monde secret ne se mêlait pas au reste de la société.

On se demandait parfois si c'était pour cette raison qu'ils avaient réussi l'exploit de rejoindre les Treize sacrés. Après tout, la pègre était une partie obligatoire de toute société et il était avantageux qu'elle reste sous contrôle du gouvernement, même de manière indirecte.

Grâce aux informations que Scarlett avait obtenues sur les Zabini, elle avait appris que le clan était régenté par la marâtre - Amara Zabini. Dans le milieu de l'ombre, on la surnommait la Vipère. Elle occupait également le poste de Gouverneure au sein du Coven sacré. Son mari, Richard, était un homme discret et invisible. C'était leur fils, Blaise, qui gérait les opérations sur le terrain. Il dirigeait plusieurs hommes de main qui contrôlaient des zones distinctes du territoire et apposaient la volonté du clan sur les activités douteuses dans le régime. Il n'aurait pas été intelligent d'avoir une Gouverneure directement impliquée dans des activités du genre.

Les Zabini étaient particulièrement craints dans les milieux souterrains. Leur réputation, audacieuse et entreprenante, les précédait. Peu de gens osaient marcher sur leur plates-bandes.

Scarlett porta à nouveau son verre à ses lèvres tandis qu'elle observait la salle d'un air en apparence désintéressé. Puis, quelques minutes plus tard, lorsque ses yeux glissèrent lentement vers le carré VIP, ses yeux croisèrent ceux de Blaise Zabini. Elle garda le contact visuel pendant quelques secondes, esquissa un sourire en coin puis détourna le regard volontairement. Dix minutes plus tard, elle sentit une présence à ses côtés.

« Miss ? » demanda une voix féminine.

Scarlett se tourna vers une femme - probablement une employée du club. Elle portait une tenue noire sur laquelle elle pouvait voir le logo de l'établissement.

« Le propriétaire aimerait vous inviter dans la loge exclusive. » dit-elle d'une voix polie en désignant l'endroit où le groupe de Zabini était installé.

Scarlett tourna la tête à son tour et croisa à nouveau le regard de l'homme. Il leva un verre dans sa direction, comme pour la saluer à distance. Scarlett se tourna à nouveau vers l'employée et lui adressa un sourire plus franc avant de se lever.

Elle suivit la femme qui la mena près du videur. Celui-ci s'effaça pour les laisser pénétrer dans la zone - en retrait du reste des clients. Scarlett vit immédiatement que les yeux de Zabini étaient rivés sur elle. D'autres regards se braquèrent sur Scarlett à son passage et elle s'avança d'un pas confiant vers Zabini. Elle ignora l'attention adjacente que son arrivée avait causée auprès des hommes présents qui semblaient même oublier les femmes à leurs côtés. Elle était là pour un objectif particulier et rien ne la ferait dévier de son but. Scarlett prit place aux côtés de Blaise Zabini.

« J'espère que mon invitation ne vous a pas semblé opportune. » dit-il d'une voix suave et caressante. « Je suis Blaise. »

Sur les photos qu'on lui avait montrées, Scarlett avait déjà constaté que Zabini était un bel homme. Pourtant, désormais assise face à lui, elle réalisa que les photos ne lui faisaient pas assez justice. Il était diablement séduisant. Avec son visage aux pommettes saillantes et ses traits à la symétrie parfaite, il semblait avoir été modelé dans l'argile. Il portait une chemise blanche parfaitement ajustée qui contrastait d'une manière agréable sur sa peau noire. Ses yeux étaient d'une couleur cuivrée - presque dorée qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Sur sa main, elle vit l'esquisse d'un tatouage ressemblant à une vipère.

Les rumeurs disaient qu'Amara Zabini avait du sang de Vélane dans ses gènes. En voyant son fils, Scarlett n'eut aucun doute concernant la véracité de ces rumeurs. Il dégageait une aura puissante et attirante et pendant l'espace d'un instant, elle resta béate devant le charme qu'il opérait sur elle. Même son odeur était agréable et intoxicante. Un parfum aux notes suaves et boisées qu'elle devinait particulièrement onéreux. Elle s'efforça de sortir de sa léthargie. Lorsqu'il prit sa main pour poser un baisemain, elle ne put s'empêcher de ressentir un émoi soudain. Dans son travail, il était rare qu'elle soit attirée par les hommes qu'elle fréquentait.

« Scarlett. » se présenta-t-elle d'une voix douce et agréable.

Elle fit mine d'observer avec intérêt les lieux. En réalité, elle tentait de ne pas rester béate devant le regard intense de l'homme sur elle.

« J'ai entendu dire que vous étiez le propriétaire de cet endroit ? » dit-elle avant de reporter son attention sur lui.

Blaise acquiesça, un léger sourire au coin des lèvres.

« C'est donc l'occasion parfaite de vous faire un retour sur votre établissement. » avança Scarlett d'une voix toujours agréable mais piquante.

Cette fois, Blaise esquissa un vrai sourire, faisant apparaître une rangée de dents parfaites.

« Nous sommes toujours à l'écoute des commentaires de nos clients pour améliorer nos services. » répondit Blaise d'une voix modulée, visiblement intrigué par son jeu.

« Très bien. Dans ce cas, votre carte gagnerait à étendre ses boissons. » commenta-t-elle.

« Dites-moi simplement ce que vous voulez, et vous l'aurez. » suggéra Blaise, sans la quitter une seconde des yeux.

Scarlett n'avait pas manqué la manière dont il l'avait détaillée du regard. Elle faisait toujours cet effet aux hommes. Il était néanmoins rare que cela soit réciproque, comme ce soir.

« Est-ce seulement valable pour les boissons ou autre chose ? » demanda Scarlett en croisant lentement les jambes, consciente de son regard sur elle.

« Mettez-moi ou défi, et vous le saurez. » répondit-il du tac au tac.

Il fit signe à la serveuse de s'approcher et Scarlett lui demanda spécifiquement une marque de vodka pure glace qu'elle n'avait pas vu sur la carte du bar. La serveuse hocha la tête et s'éloigna.

« Comment trouvez-vous mon club ? C'est votre première visite si je ne m'abuse. » devina Blaise.

« Qu'est-ce qui vous fait croire cela ? » interrogea Scarlett, repoussant ses longs cheveux noirs par-dessus son épaule.

« Croyez-moi, si je vous avais déjà vue ici, je m'en serais souvenu. » assura-t-il.

Scarlett esquissa un sourire discret, pour manifester son appréciation devant le compliment déguisé. Au détour de leur conversation, elle dût admettre que Blaise Zabini était un beau parleur. Il n'était pourtant pas déplacé dans sa manière de lui témoigner son intérêt. Pourtant, comme les hommes de son rang, elle remarqua qu'il avait un égo surdimensionné. Il aimait parler de lui, de ses réalisations, de ses richesses - probablement pour l'impressionner. Il esquissa un rictus satisfait lorsque la serveuse revint avec la boisson exacte que Scarlett avait réclamée.

Scarlett s'efforça de porter attention à la quantité d'alcool qu'elle ingérait. Elle n'aimait pas la perte de contrôle que l'alcool entraînait. Elle devait garder sa lucidité pour ce qu'elle s'apprêtait à faire. Malgré les circonstances, elle restait toujours professionnelle. Cela restait un travail pour elle. L'alcool ne faisait pas bon ménage avec son activité.

Avec l'expérience, elle avait appris à se montrer plus pompette que la réalité. Sous le faux couvert de l'ivresse, elle se montra plus tactile avec Blaise, gloussant de temps à autres à ses remarques, et se montrant plus entreprenante dans ses gestes.

Deux heures plus tard, lorsqu'il posa la main sur son genou, la jeune femme ne put s'empêcher de frissonner au geste. Elle remarqua la chevalière en or jaune qu'il portait à l'auriculaire. Blaise se pencha vers son oreille pour lui proposer de terminer la soirée ailleurs – et Scarlett accepta.

Une employée vint lui apporter son manteau en fourrure laissé dans le vestiaire et Scarlett accepta la main que Blaise tendait dans sa direction. Lorsqu'il se releva, deux personnes de sa garde rapprochée firent de même et s'élancèrent derrière eux, comme par réflexe. Ils empruntèrent une porte privée, réservée au personnel, qui donnait vers un bureau imposant. Une large cheminée était dressée au milieu de la pièce et Blaise entraîna Scarlett à l'intérieur.

Ils apparurent dans un appartement décoré de manière élégante et fastueuse, aux nuances de blanc et de beige, agrémenté de mobilier en bois massif. Un imposant chandelier en laiton dominait le salon et des œuvres d'arts couvraient les murs.

Scarlett laissa son regard parcourir le reste de la pièce. Du coin de l'œil, elle vit Blaise s'approcher des deux membres de son cortège, semblant leur donner des instructions que Scarlett n'entendit pas.

Elle fit mine de s'intéresser à un tableau accroché sur le mur, jetant un regard bref dans leur direction. Sous le cadre, Scarlett put apercevoir une phrase écrite en lettres calligraphiées.

- Pas de victoire sans risques –

Les hommes quittèrent finalement l'appartement, laissant Blaise et Scarlett seuls dans la pièce. Elle se garda d'afficher un sourire victorieux. Maintenant qu'ils étaient seuls, elle pourrait réaliser son plan avec bien plus de facilité. Cela avait été bien plus facile que prévu, songea-t-elle avec excitation.

« Nous sommes chez vous ? » interrogea-t-elle tandis qu'elle marchait lentement dans la pièce, posant sa main parfaitement manucurée sur l'un des fauteuils en tissu bouclé.

« C'est l'une de mes résidences secondaires. » expliqua-t-il avant de se diriger vers le bar, lui tournant le dos. « Un verre ? »

Scarlett vit qu'il avait posé sa baguette magique sur une table transparente en verre en forme de tronc d'olivier sculpté et poli. Les gardes avaient confisqué la sienne, avant même qu'ils n'entrent dans la cheminée du club pour des ''raisons de sécurité''

Scarlett rejoignit Blaise auprès du bar et accepta le verre qu'il lui tendit, le portant à ses lèvres, faisant mine de boire une gorgée. Elle reposa ensuite le verre, consciente de son regard avide sur elle.

Désormais qu'elle avait toute son attention, elle décida de passer à la vitesse supérieure. Scarlett s'approcha de lui d'un pas feutré, et posa ses mains sur son torse qu'elle devinait bien dessiné à travers sa chemise. Il parut satisfait par son attitude entreprenante et Scarlett le fit reculer contre le mur, avant de presser ses lèvres contre les siennes. Elle sentit les mains de Blaise se déplacer fébrilement sur ses courbes. Elle le laissa toucher son corps de manière lascive et ouvrit un œil, jetant un regard sur la baguette magique, posée sur le coin de la table, à seulement quelques centimètres. Elle n'aurait pas trop de difficulté à l'attraper à cette distance.

Elle ferma de nouveau les yeux, les lèvres toujours rivées contre celles de Blaise. Elle tendit discrètement sa main en arrière pour attraper l'extrémité de la baguette du bout des doigts. Elle sentit sa main toucher le bois. Presque, pensa-t-elle avec excitation.

Avant qu'elle ne puisse saisir la baguette à pleine main, elle sentit une main ferme emprisonner son poignet. Interloquée, Scarlett ouvrit immédiatement les yeux et croisa le regard cuivré de Blaise Zabini. Elle fut prise de court par la lueur qu'elle y voyait. Une colère glaciale qui lui fit froid dans le dos.

Elle tenta de dégager son poignet, mais il resserra son emprise et appliqua davantage de force, la faisant gémir de douleur. Un sourire malveillant anima alors les lèvres de Zabini.

Avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, Scarlett se retrouva propulsée contre le mur derrière elle, immobilisée brutalement. Elle lâcha un cri de surprise mêlé à de la douleur. Elle ouvrit de grands yeux paniqués en réalisant qu'elle ne pouvait plus bouger aucun de ses membres. Comment avait-il fait cela ? pensa-t-elle avec ébahissement. Il n'avait pourtant pas touché sa baguette, qui se trouvait encore sur le rebord de la table.

Blaise remit de l'ordre à sa chemise, un sourire sardonique au coin des lèvres. Il ne semblait même pas déphasé - comme s'il avait compris son manège depuis longtemps.

« De là où je viens, nous n'utilisons pas de baguette magique pour faire de la magie. C'est une invention européenne. Un instrument inutile que je garde par pur amusement. » se moqua-t-il de sa voix suave en esquissant deux pas en direction de Scarlett, toujours immobilisée contre le mur.

Il la jaugea de haut en bas.

« Crois-tu sincèrement que je ne peux pas reconnaître une putain lorsque j'en vois une ? » interrogea-t-il avec sarcasme. « Je possède tous les bas-fonds de Londres et quasiment tous les travailleurs du sexe de ce territoire travaillent pour moi, directement ou indirectement. »

Depuis combien de temps avait-il réalisé son manège ? pensa-t-elle avec angoisse. Blaise attrapa son visage dans sa main, la forçant à la regarder. Scarlett avait des larmes dans les yeux en réalisant qu'elle venait probablement de se mettre dans une situation délicate. Elle connaissait la réputation effrayante de cet homme et de sa famille. Que lui ferait-il ?

« Mais tu n'es pas juste n'importe quelle putain, n'est-ce pas ? » susurra-t-il à son oreille. « Je connais personnellement toutes les escorts haut de gamme de mon territoire. Cela signifie donc que tu travailles pour quelqu'un d'autre. »

La terreur s'empara de Scarlett en réalisant que la seule raison pour laquelle elle avait été autorisée à l'approcher était qu'il voulait obtenir des informations sur le patron de Scarlett.

« Alors, dis-moi Scarlett… » commença—t-il d'une voix grave menaçante, une lueur sombre et austère passant dans ses yeux en amande. « Qui t'envoie ? »


Je suis forte pour rajouter des nouvelles interrogations, pas vrai ? Ca faisait longtemps qu'on avait pas eu de nouvelles d'Ivo et Kitty ! Que manigance Kitty ? Et qui est cette Scarlett, et dans quel pétrin elle s'est mise ?

En tout cas j'espère que découvrir une nouvelle famille des 13 vous a plu !

La deuxième partie sera entièrement réservée à Ginny et Draco au bal de l'Ellébore. Au programme paillettes et passion :p J'ai trooooop hâte de vous le faire lire (franchement je suis plus pressée que vous, je pense)

J'attends vos avis !

Votre dévouée Fearless