Hello le gang,
Je suis de retour après une petite absence... Il fallait bien que je vous laisse vous remettre de vos émotions après le dernier chapitre ! Oui, je suis une auteure attentionnée et prévenante :p
Par contre, je me rattrape avec un long chapitre, donc il y a ça, aussi.

Un énorme merci à Jiwalumy, Guest, drou, Colixiphicus, DI5M, pcam et Fleur d'Ange ! Je vous adore !

XVII. Tour d'Ivoire

Les oreilles de Draco sifflaient intensément et une douleur vive lui heurtait les tympans. Il distinguait de manière lointaine des hurlements assourdissants, des pleurs étouffés, et des voix implorant qu'on leur vienne en aide. Son champ de vision était totalement bloqué par un épais brouillard de fumée planant dans l'air, l'empêchant de distinguer l'origine des cris autour de lui. Malgré l'agitation, il pouvait toujours entendre les feux d'artifices qui éclataient sans interruption.

Draco se redressa difficilement, ses membres rendus rigides par l'impact de sa chute. Tout était allé tellement vite. La dernière chose dont il se rappelait distinctement était un voile rouge devant lui. Il avait entendu quelqu'un hurler son nom avant de sentir un poids inattendu le bousculer brutalement. C'était à ce moment que cette déflagration fulgurante avait surgi.

Une explosion.

A travers ses yeux à demi ouverts, parmi les flammes et la fumée oppressante, il avait aperçu des débris jaillir à toute allure dans toutes les directions, détruisant les vitres de la salle de banquet dans un bruit fracassant. Par réflexe, il avait brandi un bras devant son visage pour se protéger des projectiles.

Draco était désorienté. Pourtant, son esprit était encombré de questions, tentant désespérément de trouver une explication logique à la situation. Les feux d'artifices étaient-ils en cause ? S'agissait-il d'un accident ? Non, songea-t-il immédiatement. L'explosion avait été trop puissante. Il ne pouvait pas s'agir de simples feux d'artifices. Pourquoi avait-il autant de mal à respirer ? Il sentait une brume oppressante au niveau de sa gorge. Il se mit à tousser violemment. La fumée, réalisa-t-il avec un élan d'effroi. A ce niveau, la fumée était potentiellement mortelle. Il devait s'éloigner au plus vite avant d'être asphyxié.

Draco sentit quelque chose à ses côtés le frôler et il détourna la tête, plaquant sa main sur son visage afin de couvrir son nez et sa bouche. Ses yeux endoloris distinguèrent un tissu d'un rouge profond. Il mit quelques secondes à réaliser qu'il s'agissait d'une robe et que la personne qui la portait remuait légèrement.

Ses yeux s'ouvrirent davantage et il reconnut Ginny Weasley, gisant sur le sol à ses côtés. Elle avait posé une main sur sa nuque et hoquetait difficilement.

Dans le chaos, Draco n'avait pas réalisé que cette vague rouge qu'il avait vue se jeter dans sa direction était en réalité la jeune femme. Elle s'était ruée vers lui, lui hurlant à plein poumons de s'éloigner. En les faisant basculer au sol, elle leur avait évité de se retrouver dans le champ direct des projectiles.

Draco se redressa fébrilement, sa confusion légèrement dissipée et il attrapa le bras libre de Ginny ainsi que sa taille pour la forcer à se relever.

« Il faut qu'on s'éloigne d'ici. » alerta Draco d'une voix rocailleuse. « Tu peux marcher ?

Ginny hocha la tête et s'appuya contre lui, sans cesser de tousser avec virulence. A l'aveuglette, ils s'élancèrent dans la direction opposée aux flammes, pour s'éloigner du bâtiment.

Au fil de leur avancée, la fumée se dissipait et Draco commença à distinguer ses alentours plus clairement. Il ne vit que le chaos et l'agitation.

Des silhouettes cavalaient dans tous les sens, à la recherche d'une échappatoire, d'autres étaient avachies sur le sol, rampant fébrilement pour trouver refuge. D'autres étaient totalement immobiles. Draco détourna le regard, comme pour empêcher son cerveau de comprendre ce que cela signifiait.

Saisi d'une impulsion singulière, il accéléra le pas, le poids de Ginny toujours posé sur lui, s'efforçant d'ignorer les cris agonisants qui lui retentissaient dans les oreilles. A deux reprises, il faillit trébucher en rencontrant des pieds de personnes allongées, rendues invisibles avec la fumée. Il garda le regard rivé devant lui, résigné à avancer. Peu à peu, la fumée se fit plus rare tandis qu'ils s'enfonçaient dans les jardins. Ce ne fut que lorsqu'il put respirer correctement que Draco consentit à ralentir le pas. Jugeant qu'ils étaient assez éloignés, il décida finalement de s'arrêter, aidant Ginny à s'asseoir sur l'herbe fournie. Elle se laissa tomber sur le sol, le corps tremblant.

Draco observa alors ses alentours désormais dégagés. Il resta foudroyé devant la scène chaotique qui se présentait à lui. Les bruits horribles qu'il avait entendus étaient désormais accompagnés d'images toutes aussi atroces. Des silhouettes avachies au sol, écrasées par ceux qui couraient dans tous les sens à la recherche d'un abri. D'autres remuaient sur place, hurlant à la mort ou sanglotant silencieusement. Draco entendit un hurlement guttural et se retourna, sur le qui-vive. Non loin d'eux, il aperçut un homme assis sur le sol.

« Ma jambe, ma jambe… » s'égosillait l'homme d'une voix étranglée.

Son pantalon était déchiré et Draco aperçut une lésion béante sur sa jambe nue, comme si une partie de son tibia avait été arrachée. Une femme était penchée dans sa direction, sanglotant inlassablement.

« Appelez les secours ! » implorait une autre voix.

Draco leva le regard vers le bâtiment et ses yeux s'agrandirent de stupeur.

Une partie de l'édifice avait été détruite, consumée par des flammes ardentes. Jamais de sa vie il n'avait vu un feu aussi impressionnant. Une fumée noire épaisse s'échappait dans l'air.

Comment était-ce possible ? songea-t-il, interdit. Comment une explosion de ce genre avait-elle pu intervenir ?

Soudainement, une horde de jets lumineux surgit dans le ciel, en direction de de la fumée. Draco réalisa que des sorciers tentaient activement de dompter l'incendie. Une vague de soulagement l'envahit. Les secours étaient arrivés. Il reconnut les couleurs distinctives des uniformes des Aurors, ainsi que les blouses violettes et vertes des Médicomages. Ces derniers se précipitaient autour des victimes pour leur administrer les premiers soins. Certains étaient placés sur des brancards tandis que d'autres, sans doute les cas les plus graves et urgents, étaient soignés à même le sol. Jamais Draco n'avait assisté à un tel spectacle de désolation.

« Monsieur Malfoy, vous ne pouvez pas rester ici. Nous devons vous escorter au plus vite. » s'exclama une voix soudaine, le sortant de sa léthargie. « La diligence attend pour vous faire évacuer. »

Un Mangemort masqué venait de se présenter devant lui. Draco ne répondit pas, son attention soudainement interpellée par des paroles derrière lui.

« Quelqu'un a vu une femme jeter quelque chose dans la foule. » disait une voix secouée. « C'est elle qui a causé l'explosion. »

Draco se tourna vivement vers la source de la voix. Il s'agissait d'une vieille dame qui portait une robe de sorcière aux épaules bouffantes, au milieu d'un petit groupe de rescapés. Ils observaient tous le bâtiment fumant, l'air grave et confus. Ils paraissaient toutefois indemnes.

Il ne s'agissait pas d'un accident, pensa-t-il, frappé de stupeur. Quelqu'un avait causé l'explosion de manière délibérée. Était-ce pour cette raison que Ginevra s'était ruée dans sa direction ? Pour le mettre hors de danger ? Avait-elle vu cette femme ? Comment avait-elle deviné ? pensa-t-il, tandis qu'une multitude de questions lui parcouraient l'esprit.

Draco se tourna dans la direction de Ginny, réalisant qu'il l'avait oubliée pendant l'espace d'un instant, trop occupé par l'agitation régnant autour d'eux.

Il fut désarçonné en voyant la jeune femme recroquevillée sur elle-même, observant le feu saisissant avec une lueur de terreur profonde. Ses yeux étaient brouillés de larmes et elle hoquetait de manière saccadée. Ses poings étaient tellement serrés que ses jointures étaient devenues blanches. Draco resta stupéfiait pendant de longues secondes, pris au dépourvu par l'angoisse brute qui se dégageait dans les gestes et les yeux de la jeune femme.

Une fois sa surprise passée, Draco s'abaissa dans sa direction et secoua légèrement son épaule, tentant de l'extirper de son état de panique.

« Ginevra ? » appela-t-il en fronçant les sourcils.

Il répéta son nom à deux reprises mais elle ne semblait pas l'entendre. Il n'était même pas certain qu'elle soit consciente de sa présence à ses côtés. Son regard était résolument fixé sur les flammes imposantes. Elle sanglotait violemment.

Pourquoi réagissait-elle ainsi ? songea Draco, perplexe devant sa soudaine tourmente. N'avait-elle pas réalisé qu'ils étaient désormais hors de danger ?

« GINEVRA ! » s'exclama-t-il alors en élevant la voix.

Il avait pris son visage entre ses mains pour la forcer à le regarder.

Les yeux de Ginny croisèrent les siens et il repéra un changement brusque dans son attitude. La lueur dans son regard se fit désorientée et elle cligna des yeux à plusieurs reprises, comme si elle sortait d'un état second.

« Monsieur Malfoy, je dois vous évacuer. » répéta le Mangemort d'un ton empressé, visiblement nerveux. « Cette zone n'est pas sécurisée et… »

« Taisez-vous. » interrompit Draco avec agacement. « Et aidez-moi à la relever. »

Le Mangemort s'empressa de se pencher vers Ginny pour l'aider à se redresser. Devinant qu'elle aurait des difficultés à marcher, il la souleva, plaçant un bras sous ses jambes. Ils se mirent en route rapidement, suivant les directives que donnaient Aurors sur place pour faciliter l'évacuation des rescapés. Ils se retrouvèrent devant la façade principale du Palais de la Chimère, intacte et toujours aussi impressionnante qu'à l'accoutumée. Il était difficile d'imaginer qu'un chaos extrême avait décimé l'arrière du bâtiment. Draco constata que des individus sortaient encore du bâtiment par l'entrée principale. Probablement des invités qui se trouvaient dans la salle de banquet au moment de l'explosion et qui n'avaient pas accédé à la terrasse pour assister aux feux d'artifices. Le Mangemort les conduisit vers la diligence.

« Ginny ? » entendit-il soudainement.

Une femme blonde d'une trentaine d'années se rua en direction de Ginny, toujours portée par le Mangemort. Elle paraissait hystérique.

« Oh par Voldemort, Ginny, es-tu es blessée ? » interrogea-t-elle d'une voix paniquée, l'observant avec appréhension. « Viens avec nous, nous sommes en train de… »

« Non. » intervint immédiatement Draco d'une voix ferme.

La femme blonde se tourna dans sa direction, prise de court. Ses yeux s'agrandirent en le voyant. Draco l'avait vue en compagnie de Ginny pendant la soirée. Probablement une autre employée du Ministère. La femme parut déroutée par son refus.

« Très…Très bien. » dit-elle finalement avec hésitation, lançant des regards successifs à Draco puis à Ginny, alertée.

« C'est bon, Katrina. Ne t'en fais pas pour moi. » dit soudainement Ginny d'une voix faible et enrouée, parlant pour la première fois depuis l'explosion. « Est-ce que tout le monde va bien ? »

La dénommée Katrina hocha la tête.

« Mrs Warrington vient d'être évacuée. » annonça Katrina d'une voix tremblante, visiblement secouée. « Les autres membres du cabinet vont bien. Je t'ai cherchée partout. J'avais peur que tu sois… »

Elle s'interrompit, comme si elle ne parvenait pas à formuler le reste de sa pensée.

« Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé. » poursuivit-t-elle. « C'est tellement horrible. »

« Allons-y. » coupa Draco d'une voix autoritaire, interrompant les lamentations de Katrina.

Le Mangemort aida Ginny à entrer dans la diligence et attendit que Draco y pénètre à son tour avant de fermer la porte et monter sur la banquette à l'avant du véhicule, derrière le sombral. Immédiatement, la créature décharnée trotta sur quelques mètres avant de prendre son envol. A travers la vitre, Draco observa la forme imposante du Palais de la Chimère. De larges volutes de fumée noire s'échappaient toujours des parties détruites de l'édifice. Puis, peu à peu, les silhouettes devinrent des points indistinguables.

Draco laissa son dos s'enfoncer contre la banquette, encore dérouté par la tournure des évènements. Des pensées angoissantes commencèrent à se former dans son esprit. Il avait un très mauvais pressentiment.

Il se tourna vers Ginny, dont la tête reposait contre la vitre de la diligence. Comme lui, elle était dans un piteux état. Sa peau était couverte de résidus et de suie. Sa robe était déchirée à certains endroits et tombait sur ses épaules, révélant sa peau nue. Malgré ces dommages mineurs, elle semblait aussi indemne. Draco retira sa veste et la tendit dans sa direction. Elle observa son geste avec surprise et confusion.

« Mets-ça. » lui indiqua-t-il d'une voix autoritaire.

Ginny revêtit la veste par-dessus ses épaules, la serrant contre elle. Ses tremblements semblèrent s'apaiser. Un long silence s'installa, uniquement interrompu par les claquements du vent contre les vitres de la diligence.

« Que s'est-il passé ? Est-ce que tu as vu quelque chose ? » demanda finalement Draco, interrompant le silence.

Ginny ne répondit pas immédiatement, les yeux rivés devant elle, comme si elle s'efforçait de recouvrer des souvenirs.

« J'ai… J'ai vu cette femme - cette employée - arriver sur la véranda. J'ai tout de suite senti qu'elle s'apprêtait à faire quelque chose. Quand je l'ai vu sortir cet objet, je me suis mise à courir. » murmura-t-elle d'une voix chevrotante, le regard impuissant.

Draco la contempla sans rien dire. Si elle n'avait pas eu ce réflexe, qui savait ce qui lui serait arrivé ? Il se serait retrouvé dans le champ direct des vitres qui avaient explosé. Elle lui avait probablement sauvé la vie, réalisa-t-il, dérouté.

« Qui était cette femme ? » demanda-t-il.

« Anabel. » répondit Ginny d'une voix blanche.

Draco ouvrit des yeux médusés, saisi d'une panique soudaine.

« Tu la connaissais ? » s'écria-t-il.

« Non, je l'ai rencontrée aujourd'hui. Elle faisait partie des employés recrutés pour s'occuper du service. Elle m'a donné son nom tout à l'heure. C'est aussi elle qui nous a surpris… Dans le jardin. » ajouta Ginny, une gêne apparaissant sur son visage.

Draco ne releva pas son commentaire. A la vue des circonstances actuelles, leur conversation à l'abri des regards dans le jardin était le dernier de ses soucis.

« Comment savais-tu ce qu'elle s'apprêtait à faire ? » insista Draco.

« Je n'en n'avais aucune idée. Juste un pressentiment. Il y avait quelque chose de bizarre dans son attitude…Elle m'a paru suspecte. Et… Je l'ai entendue murmurer des choses étranges tout à l'heure. »

Ginny ouvrit soudainement de grands yeux horrifiés, comme si elle était frappée d'un souvenir brusque.

« Combattre le feu par le feu… La flamme du Phénix nous libérera… » dit-elle d'un ton paniqué. « C'est ce que je l'ai entendu dire. Je n'ai pas compris ce que ça signifiait. Mais maintenant… »

Elle plaqua une main contre sa bouche, bouleversée, tandis que des larmes ruisselaient à nouveau sur son visage.

« J'aurais dû prévenir quelqu'un. » sanglota-t-elle. « Si seulement j'avais… »

Draco ne l'écoutait plus. Il s'était figé à l'entente de ses paroles. Le Phénix. Il avait déjà entendu ce terme au détour de conversation avec sa mère sur des récentes attaques de Mangemorts. La nouvelle avait été passée sous silence par le Coven sacré.

Une réalisation terrifiante le percuta. Cette explosion avait été l'œuvre des dissidents.

Un attentat.

Immédiatement, son cerveau se mit à cogiter à cent à l'heure, tandis que les implications éventuelles qui suivraient l'attaque se formaient dans son esprit.

Ginny Weasley avait été mandatée pour l'organisation de l'évènement de la Gouverneure. Cela signifiait que les Aurors l'interrogeraient probablement pour obtenir des informations sur la coupable - cette dénommée Anabel. Non, ce n'était pas seulement probable, songea-t-il avec gravité. C'était certain.

« Qui a embauché cette femme ? » demanda-t-il, pas certain de vouloir entendre la réponse.

« Ce n'était pas notre décision. C'est une entreprise de recrutement qui s'en est chargée. Ils font appel à eux chaque année pour trouver des employés saisonniers pour le Ministère. » l'informa Ginny, visiblement confuse par sa question. « Pourquoi ? »

Il ne répondit pas mais ressentit un léger soulagement le parcourir. Il avait craint que cette femme ait été embauchée par le cabinet de Warrington directement.

Ginny Weasley étant une Traîtresse à son sang, les soupçons se seraient immédiatement tournés vers elle. Il savait comment ce genre d'interrogatoire se déroulait. Ginny ne tiendrait pas plus de cinq minutes devant les intimidations des Aurors ou des Mangemorts.

Sous la pression, elle révélerait son arrangement avec Draco pour espionner la Gouverneure. Évidemment, cela paraîtrait extrêmement suspicieux aux yeux des autorités. Il ne pouvait pas prendre le risque qu'on remonte jusqu'à lui. Si on apprenait l'existence de ses plans avec une Sang-Impur – on l'accuserait de comploter avec des Sang-Impurs et par extension avec des Dissidents.

Un acte de trahison impardonnable.

Draco jura intérieurement, frottant sa tempe avec deux doigts, comme à chaque fois qu'il était nerveux. Il ferma les yeux, tentant de réfléchir clairement. Ses prochaines décisions seraient importantes. Il ne pouvait pas se permettre de faire une seule erreur, songea-t-il avec gravité.

Il se retourna vivement et tira brutalement la fenêtre rectangulaire qui donnait accès à l'avant de la diligence. Il donna des instructions au Mangemort avant de refermer le loquet d'un coup sec. La diligence prit soudainement un virage brusque, changeant de cap.

Quelques instants plus tard, il sentit le véhicule atterrir dans un soubresaut. La porte de la diligence s'ouvrit et Draco s'empressa de sortir, Ginny lui emboitant le pas. Ils se trouvaient devant un building gigantesque, de près de trente étages - un type de construction peu commune dans l'architecture du pays. A ses côtés, Ginny leva les yeux sur la bâtisse imposante, hésitante.

« Où sommes-nous ? » demanda-t-elle à voix basse, peu à l'aise.

« Suis-moi. » se contenta de répondre Draco avant de reprendre sa marche vers l'entrée imposante de l'immeuble.

Deux gardes étaient postés à l'entrée et semblèrent surpris par leur apparence échevelée.

« Bienvenue, Monsieur Malfoy. » salua toutefois l'un d'eux, s'empressant d'ouvrir les portes pour les laisser entrer, sans commentaire supplémentaire.

Ils pénétrèrent dans un hall somptueux, où un lustre gigantesque de près de trois mètres ornait le plafond. Face à eux, une demi-douzaine d'ascenseurs se dressaient dans le vestibule opulent. Draco pressa le pas et se dirigea vers celui du centre, Ginny et le Mangemort toujours sur ses talons.

Il tendit sa baguette à un second duo de gardes qui les laissèrent emprunter l'ascenseur, après une rapide vérification de son identité.

Une fois à l'intérieur, Draco appuya fébrilement sur la touche menant au trentième étage. Il s'agissait d'un ascenseur privatif, utilisable pour accéder à un seul étage de l'immeuble. Les autres résidents utilisaient les autres ascenseurs. Après une attente qui lui parut interminable, les doubles portes de l'ascenseur s'ouvrirent enfin, laissant apparaître de nouveaux gardes dans un couloir lumineux.

Après une énième vérification, ils furent autorisés à entrer dans le seul appartement que contenait l'étage. Le Mangemort qui escortait Draco resta toutefois à l'extérieur, avec les gardes.

Il s'agissait d'un appartement-terrasse particulièrement luxuriant. Draco mena Ginny dans le long couloir menant au living-room principal de l'appartement. Il vit un homme gigantesque à la carrure imposante dans la pièce, observant leurs faits et gestes avec attention. Draco s'avança vers un imposant fauteuil en cuir italien véritable, d'un blanc immaculé.

« Assieds-toi. » demanda-t-il à Ginny qui s'exécuta sans broncher, jetant des regards incertains autour d'elle.

« Draco ? » demanda une voix chantante.

Il tourna la tête vers l'escalier et croisa le regard de Pansy Parkinson, sa meilleure amie. Elle l'observait avec curiosité.

« Que me vaut le plaisir de cette visite aussi tardive ? » demanda-t-elle avec sarcasme.

Elle portait une robe de chambre en soie rose et tenait une flûte d'hydromel à la main. Ses yeux se froncèrent devant l'apparence échevelée de Draco.

« Pour l'amour de Salazar, que t'est-il arrivé Draco ? » interrogea-t-elle, stupéfaite.

« Il y a eu une explosion, au Bal de l'Ellébore. » annonça Draco de but en blanc, d'une voix grave.

Pansy porta une main à sa bouche, estomaquée, les yeux écarquillés.

« Tu…Tu plaisantes ? » dit-elle.

« Est-ce que tu crois vraiment que je n'ai rien d'autre à faire que de venir te voir en pleine nuit pour te faire une farce ? » demanda Draco avec irritation.

Pansy eut le bon goût de paraître gênée. Ses yeux sombres coulèrent ensuite vers Ginny, semblant enfin remarquer sa présence. Elle fronça les sourcils.

« Aurais-tu l'obligeance de m'expliquer pourquoi il y a une parfaite inconnue dans mon living-room ? » demanda-t-elle avec dérision.

« Puis-je te parler dans la cuisine ? » suggéra Draco d'un ton appuyé.

Sans même attendre la réponse de la jeune femme, il se dirigea vers l'une des pièces attenantes - une large cuisine. Lorsqu'elle avait remodelé l'appartement, Pansy avait insisté pour y incorporer tous les équipements dernier cri. Il s'était interrogé sur cette décision puisque la jeune femme ne cuisinait jamais. A leur arrivée dans la cuisine, un elfe de maison âgé se présenta face à eux.

« Puis-je vous offrir une tasse de thé, Monsieur Malfoy ? » demanda-t-il d'une voix solennelle.

« Non, je n'en ai pas pour longtemps. » répondit Draco rapidement avant de désigner la porte d'un geste de la tête.

L'elfe suivit son ordre silencieux et s'empressa de quitter la pièce, refermant soigneusement la porte de la cuisine derrière lui.

« Vas-tu enfin m'expliquer ce qu'il se passe, Draco ? Tu commences à me faire peur. » lança Pansy en croisant les bras, les lèvres plissées, soudainement contrariée.

« Il y a eu une énorme explosion. » répéta Draco, harassé.

« Un accident ? » demanda-t-elle.

« Non, je pense que c'était volontaire. J'ai vu beaucoup de blessés, probablement des morts, aussi. » admit-il après une courte hésitation.

Les yeux de Pansy s'agrandirent de stupeur et une expression horrifiée prit place sur ses traits.

« Par Voldemort… Et dire que je devais y être. » dit-elle à voix basse, visiblement choquée.

Pansy était supposée l'accompagner à l'évènement. Elle s'était finalement rétractée par pur caprice après avoir eu vent d'un commentaire désobligeant de Cressida Warrington sur sa chronique pour Sorcière-Hebdo. Elle le dévisagea avec préoccupation.

« Est-ce que tu vas bien ? » demanda-t-elle.

Draco hocha la tête brièvement. Physiquement parlant, il était indemne. Il savait néanmoins que la situation aurait pu se terminer de manière totalement différente si Ginny n'était pas intervenue.

« Je suis dans une position délicate, Pansy. » admit finalement Draco en soupirant, massant nerveusement sa nuque.

Pansy dut sentir son angoisse car la lueur d'inquiétude dans ses yeux noirs s'intensifia.

« Explique-moi tout. » quémanda-t-elle en s'installant sur un tabouret du comptoir, l'observant avec attention.

D'une traite, Draco lui relata alors la vérité sur son marché avec Ginny pour obtenir des informations sur la Gouverneure. Au fur et à mesure où il lui révélait les détails, le visage de son amie s'assombrissait.

« J'ignore qui est responsable de cette attaque mais on risque de regarder de plus près les personnes responsables de l'organisation et de la sécurité. » acheva-t-il, en passant une main dans ses cheveux, d'un geste dépité.

« Tu penses qu'ils pourraient questionner cette fille… Et compte tenu de son statut de sang, ça fait d'elle une complice potentielle. Ou du moins un témoin d'intérêt dans l'affaire. » devina lentement Pansy, vocalisant les pensées de Draco sans qu'il n'ait besoin de les exprimer.

« Il y a de grandes chances, oui. C'est pour ça que j'ai besoin de ton aide, Pansy. Il faut que je prenne le temps de réfléchir correctement à la situation et que je cherche à comprendre ce qu'il s'est passé. Pendant ce temps-là, j'ai vraiment besoin qu'elle reste avec toi. Ici. » dit Draco.

Pansy ouvrit la bouche, choquée par sa requête.

« Pardon ? » s'écria-t-elle, comme si elle n'en croyait pas ses oreilles. « Oh non, non, non, il est hors de question que tu m'impliques dans tes combines douteuses. Comment sais-tu qu'elle n'a rien à voir là-dedans, d'ailleurs ? Est-ce que tu réalises ce qui se passerait si on apprenait que je cache une dissidente chez moi ? »

Elle avait prononcé le mot à voix basse mais avec une hystérie certaine.

« Ce n'est pas une dissidente, Pansy. Et si elle l'avait été, elle ne m'aurait jamais sauvé la vie. Je ne peux pas la laisser dans la nature tant que je n'ai pas un plan clair. Je ne veux pas prendre le risque qu'elle parle à qui que ce soit pour le moment. J'ai vraiment besoin de ton aide. Deux ou trois jours maximums. » assura-t-il.

Draco n'était pas du genre à implorer qui que ce soit – Pansy le savait pertinemment. C'était une atteinte directe à son égo. Elle sembla s'adoucir devant son désespoir.

« Deux jours. » dit-elle finalement d'un air dépité, lui adressant un regard noir.

Draco soupira de soulagement.

« Merci Pansy. » remercia-t-il.

« Je ne veux pas de ton merci. » répliqua-t-elle d'une voix hautaine. Tu me devras une faveur gigantesque. Prépare-toi à m'acheter une maison sur la côte. »

Il aurait sans doute plaisanté devant sa remarque dans d'autres circonstances. Aujourd'hui, toutefois, seul un rire étranglé sortit de sa gorge.

Après avoir partagé des instructions supplémentaires à Pansy concernant Ginny et cet isolement forcé, Draco retrouva la jeune femme dans le séjour. Elle était toujours assise sur le rebord du canapé, l'air perdu, jetant des regards incertains vers Galileo, le garde du corps personnel de Pansy.

Lorsque Draco s'agenouilla devant la jeune femme, elle sembla à peine le remarquer, visiblement perdue dans des pensées profondes. Il posa une main sur son genou pour attirer son attention et elle sursauta légèrement, croisant son regard. Elle semblait toujours aussi bouleversée.

« Ginevra. » interpella-t-il en s'efforçant de prendre une voix tranquille pour ne pas l'alarmer. « Tu m'as assuré que vous n'aviez pas géré le recrutement de cette femme, c'est bien ça ? »

Ginny hocha lentement la tête pour confirmer.

« Oui. C'est un partenaire agréé du Ministère qui a recruté le personnel. » expliqua-t-elle d'une voix faible.

« Donc la responsabilité ne devrait pas directement être mise sur l'équipe de Warrington. » devina Draco, pensif.

« Tu penses qu'ils vont croire que j'ai quelque chose à avoir là-dedans ? » demanda soudainement Ginny avec affolement, comme si elle commençait à comprendre son cheminement de pensée.

« Je l'ignore. » répondit-il d'une voix neutre. « J'ai besoin de comprendre ce qu'il s'est passé. En attendant, je veux que tu restes ici avec Pansy. Je viendrais te chercher dans quelques jours. »

Ginny ouvrit la bouche, estomaquée.

« Quoi ? Non, je ne peux rester ici. Mes proches vont s'inquiéter si je ne reviens pas. » commença-t-elle à protester.

« Envoie-leur un hibou pour les prévenir de ton absence. Invente une excuse, ça m'est complètement égal. Mais je ne peux pas prendre le risque de te laisser en public dans ces circonstances. » ordonna-t-il.

A son grand étonnement, Ginny capitula. Il s'était attendu à devoir marchander davantage pour la convaincre. Habituellement, elle était toujours dans l'opposition. Il pouvait cependant voir à son expression qu'elle était trop éreintée pour parlementer. La nuit avait été mouvementée et traumatisante et ni l'un ni l'autre n'avait l'énergie de se disputer. Elle jeta un regard intimidé en direction de Pansy, restée dans l'encadrement de la porte, observant leur échange d'un air impassible.

« Qui est-ce ? » demanda Ginny d'une voix peu assurée.

« Pansy Parkinson. Ma meilleure amie. » informa Draco d'un ton machinal.

« Elle n'a pas l'air particulièrement heureuse de ma présence. » fit remarquer Ginny en abaissant la voix, pour ne pas être entendue. « Et si je retournais chez moi ? Je pourrais faire profil bas pendant quelques jours. »

« Non. » réfuta immédiatement Draco d'un ton catégorique. « Tu restes avec Pansy jusqu'à ce que je revienne te trouver. Fais tout ce qu'elle te demande et les choses devraient bien se passer. Donne-moi ta baguette. »

Après un moment d'hésitation, Ginny lui tendit sa baguette avec résignation. Draco jeta un regard vers Pansy qui hocha la tête silencieusement. Elle ne connaissait pas Ginny et il savait qu'il ne pouvait pas lui imposer la présence d'une inconnue de rang inférieur sans s'assurer qu'elle ne serait pas une menace.

Il pressa brièvement le genou de Ginny avant de se relever. Elle esquissa un geste pour retirer sa veste mais il l'interrompit.

« Garde-la. A plus tard, Ginevra. » dit-il d'un ton ferme avant de se diriger vers la sortie, sous le regard hagard de la jeune femme.

/

Après le départ de Draco, Ginny enfouit son visage dans ses mains, soupirant profondément, encore bouleversée par les événements récents. Jamais elle n'aurait imaginé que sa première soirée mondaine prendrait une tournure aussi dramatique.

Ces hurlements tourmentés, ces silhouettes avachies et agonisantes, ces visages terrifiés…

Ginny sentit son estomac se retourner.

Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait des gens mourir. La dure réalité du régime l'avait confrontée à des scènes de mort particulièrement brutales. Les exécutions étaient nombreuses et violentes. On paradait régulièrement des personnes condamnées à mort à la vue de tous, humiliées et frappées avant de rendre leur dernier souffle par des moyens effroyables. Une partie d'elle s'était presque habituée à ces horreurs. Après tout, c'était son quotidien.

Pourtant, la vue de ce bâtiment en feu et de cette fumée noire implacable, prête à tout avaler sur son passage, avait réveillé des souvenirs profondément enfouis dans son esprit. Pendant l'espace d'un instant, elle avait revécu le jour le plus traumatisant de sa vie, celui où ses yeux de petite fille avaient assisté à l'incendie de sa maison d'enfance et à la disparition de sa famille. Devant le Palais de la Chimère, Ginny était restée tétanisée, incapable de bouger ni de respirer.

Impuissante. Faible. Coupable.

Il avait fallu que Draco la sorte brutalement de sa crise d'angoisse, et qu'il bloque son champ de vision pour qu'elle reprenne ses esprits. Immédiatement, les souvenirs précédant l'explosion avaient refait surface.

Tout était allé tellement vite. Elle avait vu cette expression singulière sur le visage de cette femme. Anabel. Celle d'une personne en colère, brisée. Une personne qui n'avait rien à perdre.

Ginny ignorait pourquoi elle s'était mise à courir en voyant Anabel extirper cet objet étrange et le porter à sa bouche, comme pour détacher quelque chose.

Elle se souvenait simplement d'avoir vu Draco dans son champ de vision et s'était ruée dans sa direction, se jetant pratiquement sur lui. Elle avait entendu ce bruit qu'elle n'oublierait probablement jamais. Une déflagration si forte qu'elle avait fait trembler le sol.

« Hm hm. » intervint une voix, l'extirpant de ses pensées déplaisantes.

Ginny leva la tête et croisa le regard hostile d'une jeune femme brune qui la toisait de haut en bas d'un air critique. Elle n'avait pas besoin d'être douée en Divination pour constater que la dénommée Pansy était contrariée par sa présence. Ginny se maudit de ne pas avoir insisté davantage auprès de Draco pour rentrer chez elle. Elle avait cédé à ses demandes sans faire d'histoires – une première pour elle.

Après l'explosion, Draco avait pris les commandes et ne lui avait guère laissé de choix. Si Ginny aurait été hautement agacée par cette attitude en temps normal, elle devait admettre qu'une partie d'elle en était soulagée. Elle n'aurait pas su quoi faire.

Par réflexe, Ginny coula un regard vers le couloir menant à la sortie. Elle détourna rapidement les yeux en croisant ceux du surhomme posté devant. Jamais elle n'avait vu quelqu'un d'aussi imposant. Il ressemblait à ces monstres qu'on voyait souvent dans la littérature enfantine - les géants.

Elle abandonna rapidement ses plans d'évasion. Les lieux disposaient d'une sécurité renforcée. D'autre part, elle ignorait tout de l'endroit dans lequel elle se trouvait, et n'avait plus sa baguette.

Ginny n'aurait pas d'autre choix que de suivre les instructions de Draco pour le moment. Après tout, elles étaient aussi dans son intérêt. La perspective d'être reliée à l'attaque la terrifiait. Avec son rang et ses antécédents familiaux, Ginny aurait du mal à défendre son innocence. Les conséquences pour les coupables seraient accablantes. Ils avaient touché le haut du régime. Elle se tourna finalement vers Pansy.

« Merci. » balbutia-t-elle un peu stupidement, ne trouvant rien de mieux à dire.

Pansy ne répondit pas et continua de l'observer de haut en bas.

« Quel gâchis. » dit-elle finalement en secouant la tête, le nez froncé.

Ginny la fixa sans comprendre.

« Cette robe. » répondit Pansy avec un geste dramatique. « C'est une création de Madame Patty, n'est-ce pas ? Je reconnais son style. Elle est complètement détruite - ça me fait mal au cœur. »

Ginny ouvrit la bouche, interloquée par sa remarque inattendue.

« Va te changer, au moins. » lui ordonna Pansy, comme si elle était stupide. « Waterford va t'accompagner à la salle de bain. »

« Je… Je n'ai pas de vêtements de rechange. Je n'ai rien sur moi à vrai dire. » admit Ginny avec gêne.

Pansy leva les yeux au ciel, et poussa un soupir blasé, comme si les paroles de Ginny l'agaçaient profondément. Sans un mot, elle se dirigea vers l'escalier blanc par lequel elle avait fait irruption à leur arrivée. Alors qu'elle s'apprêtait à monter la première marche, Pansy se retourna vers Ginny.

« Qu'est-ce que tu attends ? » dit-elle avec impatience. « Tu crois que j'ai toute la nuit ? »

Ginny se releva et s'empressa de la suivre dans l'escalier, manquant de trébucher. Elles traversèrent un long couloir dont les murs étaient d'un blanc immaculé. Des portraits à l'image de Pansy décoraient l'endroit. Elle la mena dans une pièce gigantesque - vraisemblablement un dressing de vêtements. Le côté original de la pièce résidait dans le fait que le dressing ressemblait à l'intérieur d'une boutique. Des mannequins mettaient en valeur des tenues, changeant de poses de temps à autre. Plusieurs centaines de vêtements étaient parfaitement alignés sur des cintres, derrière des vitres en verre. Ginny ignorait comment on pouvait allouer autant d'espace à des vêtements.

« Ne touche à rien. » prévint Pansy avant de se diriger vers le fond de la pièce, ouvrant un tiroir sur lequel la mention ''Cadeaux'' avait été inscrite. « Je dois bien avoir quelque chose là-dedans. »

Elle se tourna vers Ginny et l'observa à nouveau avec concentration. Cette dernière se sentit soudainement gênée devant le regard sondeur de Pansy.

« Enfin, pas certaine que j'ai quelque chose à ta taille. » dit-elle avec une grimace avant de prendre sa recherche dans les tiroirs.

Elle sortit finalement une pile de vêtements qu'elle tendit à Ginny. Ils possédaient encore l'étiquette.

« Ah, et surement des sous-vêtements. » déclara Pansy.

Elle sortit un emballage transparent qui contenait un ensemble de lingerie rose affriolant et l'ajouta à la nouvelle pile de Ginny.

« Waterford ! » s'écria soudainement Pansy.

Une seconde plus tard, un elfe de maison d'un âge avancé aux oreilles décollées transplana dans la pièce. Il s'inclina profondément devant Pansy.

« Qu'est-ce que Waterford peut faire pour aider Maîtresse Parkinson ? » demanda-t-il d'une voix solennelle.

« Conduis-là dans une chambre d'amie. Fais en sorte qu'elle prenne un bain, on dirait qu'elle a fait la guerre. » dit-elle en observant la tenue de Ginny, dans un piètre état.

Waterford hocha la tête avec véhémence. Pansy se tourna ensuite vers Ginny, croisant les bras.

« Pas que je m'intéresse aux gourgandines de Draco, mais quel est ton nom, déjà ? » lança Pansy d'une voix dédaigneuse.

L'insulte fit froncer les sourcils de Ginny.

« Je ne suis pas sa gourgandine ! » protesta Ginny, le feu aux joues. « Et mon nom est Ginny. Ginny Weasley. »

« Non, et je suis le prochain Ministre de la Magie. » répliqua Pansy avec un rictus moqueur.

Ginny serra des dents mais ne répondit pas. Qu'avait raconté Draco à son sujet avant de quitter les lieux ?

« Dans ce cas, Ginny, il y a quelques règles que tu dois connaître si nous allons devoir cohabiter - ou plutôt si tu vas envahir mon espace personnel. » rectifia Pansy. « Premièrement, je ne compte pas faire la babysitter alors reste hors de ma vue les deux prochains jours. Je tiens à ma tranquillité donc fais-toi petite. »

Ginny hocha la tête. Comme si elle avait envie d'être en compagnie d'une peste dans son genre. Cela ne faisait que dix minutes que Pansy la connaissait et elle l'avait déjà insulté à deux reprises.

« De deux, je n'aime pas qu'on touche à mes affaires donc ne touche à rien sans mon autorisation. » poursuivit Pansy.

« Très bien. »

« Troisièmement, je me contrefiche que tu sois l'une des gourgandines de Draco - que tu l'admettes ou non. » ajouta-t-elle lorsqu'elle vit Ginny s'apprêter à protester. « Je ne te connais pas, ce qui fait que je n'ai absolument pas confiance en toi. Je te conseille de ne rien tenter de stupide sinon Galileo se fera un plaisir de s'occuper de ton cas. »

Avec un petit sourire vicieux, elle désigna la porte. Ginny suivit son regard et constata que l'homme géant les avait suivies et se tenait désormais dans le couloir, semblant plus menaçant que jamais. Elle déglutit.

« Quatrièmement, on ne mange pas de sucre dans cette maison. » ajouta Pansy d'un ton soudainement enjoué. « Bonne nuit ! »

D'un pas assuré, elle se dirigea vers la porte et disparut dans le couloir. Ginny fut soulagée de la voir s'éloigner. Cette femme était désagréable et intimidante. Pas étonnant qu'elle soit la meilleure amie de Draco Malfoy.

« Veuillez-me suivre, Miss. » demanda poliment l'elfe de maison, sortant Ginny de ses pensées.

Il la conduisit dans une chambre superbe, dont la taille faisait probablement le tiers de l'appartement qu'elle partageait avec Hermione. Elle contenait même une salle de bain privée. Lorsque l'elfe quitta la pièce, Ginny entra dans la salle de bain, observant pour la première fois son reflet dans le miroir depuis la veille.

Son apparence était affreuse. Ses cheveux avaient perdu leurs boucles sophistiquées et ses mèches partaient dans tous les sens. Son maquillage avait coulé à cause de ses larmes, et son visage était assombri par la suie et la poussière. Sur ses bras, elle put voir quelques égratignures, probablement causées par sa chute. La robe qu'elle portait était complétement abîmée. Mis à part ces quelques écorchures, elle se portait bien. Du moins physiquement.

La salle de bain était composée d'une douche ainsi que d'une baignoire en marbre lustrée. Tout était si parfaitement rangé et immaculé que la pièce donnait l'impression de ne jamais avoir été utilisée.

Ginny se glissa dans la douche et la pression vigoureuse du jet la surprit. C'était bien loin de la petite douche à la plomberie douteuse et capricieuse de son appartement. L'eau chaude lui dénoua les muscles et elle resta pendant de longues minutes immobile. Puis, lorsqu'elle commença à frotter sa peau avec virulence, Ginny aperçut des traces de débris – de la poussière et des cendres - chuter à ses pieds, se mêlant à l'eau. Elle eut un moment de panique en voyant un liquide écarlate disparaitre en même temps. Du sang.

Ce n'était pas le sien, réalisa-elle avec horreur en fermant les yeux pour tenter de chasser le souvenir qui menaçait de lui revenir.

Lorsqu'elle entra à nouveau dans la chambre, Ginny farfouilla dans la pile de vêtements que Pansy lui avait donnée. Elle revêtît un pyjama en mousseline incroyablement doux et confortable. Elle se dirigea vers la large fenêtre, qui possédait même un balcon. Ginny ouvrit la porte, et sortit, ses pieds rencontrant le sol glacé. Elle ignora ses frissons et observa ses alentours. L'immeuble était si haut qu'elle pouvait avoir une vue impressionnante sur la ville. La zone ne lui était toutefois pas familière.

Le reste de la nuit fut épouvantable. Étrangement, elle parvint à s'endormir rapidement - probablement du fait de son épuisement. Les jours précédant le bal avaient été particulièrement chargés et elle s'était peu reposée.

Son sommeil fut peuplé de cauchemars affreux, remplis de hurlements désespérés, d'un feu impitoyable, et de silhouettes sans visages implorant à l'aide. A plusieurs reprises, elle rêva de cette femme.

Non, ce n'était pas une femme, songea-t-elle avec gravité. C'était un monstre. Seul un monstre aurait pu commettre un acte aussi inhumain. Un monstre qui n'affichait qu'un mépris manifeste pour la vie d'autrui.

Ginny se réveilla désorientée. Il lui fallut de longues secondes pour se souvenir d'où elle se trouvait. Elle ne reconnaissait pas la pièce. Même les draps avaient une texture et une odeur différentes. Puis, peu à peu, les souvenirs de la veille refirent surface.

Elle hésita longuement avant de quitter la chambre. La perspective de tomber sur Pansy Parkinson ne l'enchantait guère mais elle n'avait pas d'autre choix.

Après une douche rapide, Ginny quitta finalement la chambre et se dirigea vers les escaliers silencieux. Le séjour lui sembla encore plus grand que la veille. La pièce principale était désormais éclairée par la lumière du soleil qui entrait par les fenêtres colossales du penthouse. La veille, elle n'avait pas porté grande attention à ses alentours et n'avait pas remarqué le luxe décadent de l'endroit.

« Miss Weasley souhaite-t-elle prendre un petit déjeuner ? » demanda Waterford, apparaissant devant elle.

Le ventre de Ginny gargouilla, comme pour répondre à la question. Elle esquissa un sourire gêné à l'elfe et ce dernier la conduisit dans une cuisine gigantesque. Elle écarquilla les yeux en voyant un large comptoir central garni de nourriture - des fruits fraîchement découpés, des pâtisseries - probablement sans sucre - en tout genre, des carafes de jus de fruit frais, des œufs, du bacon, des toasts, et des garnitures en tout genre.

« Bon appétit, Miss. » annonça Waterford.

Ginny ne se fit pas prier, et attaqua directement la nourriture, remplissant son assiette à ras bord. Elle en était à son troisième toast lorsqu'elle entendit un bruit de claquements se rapprocher. Pansy Parkinson fit irruption dans la pièce, vêtue d'une robe texturée avec des manches volumineuses et des talons hauts.

Waterford se dirigea immédiatement vers sa maîtresse, lui tendant un verre de jus de citrouille à moitié rempli. Il sortit ensuite une bouteille d'hydromel et remplit le reste du verre, sous le regard médusé de Ginny.

Pansy attrapa un raisin qu'elle porta à sa bouche, observant le buffet d'un air critique, comme si rien ne la tentait. Elle se tourna vers Ginny, comme si elle réalisait à peine sa présence dans la pièce. Immédiatement Ginny se tendit, arrêtant de mâcher son toast, s'attendant à une nouvelle attaque verbale de sa part. Contre toute attente, Pansy lui adressa un sourire éclatant.

« Bien dormi ? » demanda-t-elle d'une voix enjouée.

Ginny ouvrit la bouche, stupéfaite. Elle hocha lentement la tête bien que sa nuit ait été horrible. Pansy prit une gorgée de sa flûte, soupirant avec délectation.

« C'est un temps à faire du shopping. » commenta-t-elle en observant l'extérieur à travers les larges fenêtres. « Qu'en dis-tu, Waterford ? »

« Comme tous les jours, Miss Parkinson. » répondit poliment l'elfe.

Pansy se tourna vers Ginny.

« Partante ? »

« Je…Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. » balbutia—t-elle, surprise devant le changement d'attitude drastique de Pansy à son égard. « Draco m'a dit de rester ici. »

« Oh, oui. J'avais oublié. » déclara Pansy avec une moue déçue. « Draco trouve toujours le moyen de gâcher mon plaisir. Même mes parents ne me refusaient pas autant de choses. »

Elle eut un instant de réflexion.

« C'est vrai qu'ils ne me refusaient absolument rien, maintenant que j'y pense. » rectifia-t-elle en haussant les épaules. « Pas de problèmes, j'ai une autre idée. »

L'idée de Pansy Parkinson consista à apporter sa séance de shopping directement à domicile, dans le confort de son appartement. Ginny observa avec ébahissement lorsqu'une demi-douzaine de personnes entrèrent dans le living room, une heure plus tard, transportant des portants et des boites en tout genre pour les disposer soigneusement dans la pièce.

Apparemment, en tant que cliente exclusive, Pansy organisait régulièrement des sessions privées pendant lesquelles des représentants de sa marque préférée - Nosf & Ratus - venaient à domicile pour elle.

« Tu sais parler à mon cœur, Benny. » s'émerveilla Pansy à l'adresse d'un homme avec de longues dreadlocks.

Ginny resta en retrait, observant la scène en silence et se demandant dans quelle réalité alternative elle avait atterri. Comment pouvaient-ils agir de manière si détachée après la catastrophe de la veille ? Pourquoi ne parlaient-ils pas des évènements récents ? N'étaient-ils pas choqués ? Comment pouvaient-ils continuer à vivre leurs vies, comme si tout était normal ? songea-t-elle avec choc. Ces gens étaient-ils si déconnectés de la réalité ? Les attaques avaient pourtant fait des victimes de rang supérieur.

« Prends donc un verre et arrête de faire la tête, tu veux ? » lança soudainement Pansy à son attention. « Tu m'angoisses. »

Elle ordonna à Waterford de remplir le verre de Ginny. Cette dernière le porta à sa bouche et le vida d'une traite - plus par rage qu'autre chose. Être dans un autre état serait sûrement plus supportable que de devoir affronter la réalité dans laquelle elle se trouvait. La méthode était loin d'être saine, elle le savait pertinemment, mais tous les moyens étaient bons pour y faire face. Après deux verres avalés, un peu trop rapidement, son angoisse commença à se dissiper. Pansy insista même pour lui faire essayer des vêtements et Ginny se laissa faire à contrecœur. Elle faillit s'étrangler lorsqu'elle vit le prix affiché sur l'étiquette d'une robe qu'elle venait d'essayer.

« Tu as vu ça ? » demanda—t-elle à voix basse à Pansy.

Pansy jeta un regard distrait dans sa direction, levant un sourcil interrogateur.

« Le prix sur cette étiquette. » insista Ginny.

Pansy l'observa comme si elle était folle.

« Non. Et puis qui regarde les étiquettes, de toute façon ? » dit Pansy avant de saisir la robe pour l'ajouter à sa sélection.

Ginny ouvrit de grands yeux en voyant Pansy se déshabiller complètement, sans aucune pudeur, se retrouvant totalement nue devant des parfaits inconnus - dont des hommes. Pansy, elle, ne semblait pourtant pas gênée, tandis qu'ils s'affairaient autour d'elle, pour l'aider à enfiler des pièces.

En fréquentant Draco Malfoy, Ginny s'était toujours étonnée de la manière dont le reste du monde le traitait. Elle constata que ce traitement n'était rien comparé à celui réservé à Pansy Parkinson. Tous les gens autour d'elle la traitaient comme une divinité, acceptant chacune de ses requêtes et caprices, visiblement prêts à tout pour satisfaire le moindre de ses désirs. Elle semblait apprécier être le centre de l'attention.

Après une session particulièrement longue, les employés de la marque quittèrent finalement l'appartement et Ginny retint un soupir de soulagement.

« Une après-midi productive. » commenta Pansy avec satisfaction. « On va prendre un cocktail sur la terrasse ? »

A contrecœur, Ginny suivit la jeune femme, se demandant vaguement comment elle pourrait continuer à la supporter une journée supplémentaire.

Ses pensées se tournèrent de nouveau vers les questions pressantes qui assaillaient son esprit depuis qu'ils avaient quitté le Palais de la Chimère. Que se passait-il, dehors ? Avait-on appréhendé la coupable ? Le Gouvernement avait-il déjà réagi ? La nouvelle avait-elle déjà fait le tour du pays ? Elle sentit une boule d'angoisse se former dans son estomac en pensant à ses proches.

Quelques heures plus tôt, elle avait été autorisée à utiliser l'un des hiboux de Pansy pour envoyer une missive à Hermione. Dans une lettre rapide, Ginny avait expliqué qu'elle se trouvait chez sa collègue Katrina. Elle n'avait pas osé donner trop de détails par peur de révéler trop d'informations et d'inquiéter Hermione. Ginny n'était pas certaine qu'elle soit déjà au courant de l'attaque de la veille. Son amie savait toutefois qu'elle s'était rendue au bal. Ginny espérait que cette courte missive serait suffisante pour rassurer son amie et lui assurer qu'elle allait bien.

Une heure plus tard, Ginny perdit finalement patience et se tourna vers Pansy.

« Est-ce que tu as des nouvelles informations sur ce qu'il s'est passé ? Est-ce qu'ils en ont parlé dans les journaux ? » interrogea-t-elle avec avidité.

« Non. » répondit simplement Pansy, sans extrapoler.

Ginny ne manqua pas la lueur alarmée qui passa dans le regard de Pansy. Comme une soudaine panique qui brisa le masque de superficialité derrière lequel elle se dissimulait.

« Pas pour le moment, en tout cas. » ajouta-t-elle.

Elle vida son verre d'une traite et le posa sur la table bordant son siège.

« Il y a des gens pour se préoccuper de ces choses. » répondit finalement Pansy après une brève hésitation, comme pour couper court à la conversation.

Ginny fut parcourue d'un malaise tandis que son esprit commençait à comprendre. L'attitude enjouée et nonchalante de Pansy au sujet des évènements de la veille était délibérée. Elle faisait absolument tout son possible pour ne pas aborder le sujet, utilisant des prétextes frivoles, dans le but de distraire Ginny. Cette séance de shopping totalement inappropriée avait sans doute été un subterfuge. Probablement une demande de Draco Malfoy.

« C'est Draco qui t'a demandé de faire tout ça ? » demanda-t-elle, même si elle n'avait pas besoin de sa confirmation.

Pansy souffla, visiblement agacée, perdant son attitude allègre. Une expression grave et sérieuse habilla ses traits. Après un long silence, Pansy demanda d'une voix éteinte :

« Comment c'était ? Après l'explosion ? »

« Horrible. » murmura Ginny, d'une voix soudainement tremblante. « C'était juste… atroce. »

Ginny lui décrivit alors la soirée de la veille. Elle ne connaissait pas cette femme mais elle ressentait le besoin vital d'échanger avec quelqu'un sur ces évènements traumatisants. Y penser la rongeait de l'intérieur. Elle ressentait une culpabilité étrange à être indemne et en sécurité dans cet endroit. Beaucoup d'autres n'avaient pas eu cette chance. Ginny omit toutefois certains détails dans son récit, comme la conversation privée qu'elle avait eue avec Anabel.

« Et dire que je devais y aller… » commenta Pansy, l'air sombre, posant ses bras autour d'elle, comme pour s'étreindre. « J'étais supposée accompagner Draco. »

Elle frissonna, et se redressa sur son siège, le regard perdu dans la vue qui s'offrait à elles sur la terrasse.

« Draco sait ce qu'il fait. Faisons lui confiance. » dit-elle finalement avec une détermination qui étonna Ginny.

Ginny hocha la tête, acceptant son sort. Elle n'était pas certaine d'apprécier l'idée de mettre tous ses espoirs dans les mains d'un homme comme Draco Malfoy. Elle réalisa toutefois avec gravité que c'était probablement sa meilleure stratégie. Elle n'avait pas d'autre choix que de lui faire confiance.

/

« Putain de merde. » s'exclama une voix rauque.

Dean leva la tête et son regard tomba sur Tonks, dont le visage affichait une mine soucieuse. Ses cheveux mi-longs étaient ramenés en un chignon noir désordonné – une coiffure étrangement traditionnelle pour quelqu'un comme elle. Habituellement, elle paradait les coiffures et les couleurs les plus excentriques possibles, au gré de ses humeurs. Aujourd'hui, toutefois, Tonks paraissait frustrée et harassée.

« On est vraiment dans la merde. » poursuivit-elle en massant les côtés de sa tête, comme si elle était éprise d'un mal de crâne intense.

Dean savait qu'elle avait assisté à une réunion de crise en compagnie des autres chefs de la base des Goules Insoumises. Elle se laissa choir sur l'un des vieux fauteuils du réfectoire, aux côtés de Dean et se pencha en avant, l'air dépité.

« Que s'est-il passé ? » demanda Dean avec appréhension.

Depuis le matin même, une rumeur circulait dans les couloirs de la base. Une explosion massive avait eu lieu lors d'un événement mondain à Londres.

« C'est confirmé. L'explosion a bel et bien eu lieu. Il y a eu des morts. Et un paquet de blessés. » révéla gravement Tonks. « Apparemment, ça a été un vrai carnage. »

Dean écarquilla les yeux.

« C'était une sorte de bal ou un truc du genre. Un paquet de gens importants du régime y assistaient »

Tonks sortit une cigarette de fortune et la coinça contre ses lèvres, l'allumant à l'aide de sa baguette. Elle avait arrêté de fumer depuis des mois. Il savait donc que la situation était des plus stressantes pour elle.

« C'est l'œuvre de quelqu'un de la Résistance. » admit-elle, comme si elle n'y croyait pas totalement. « Un infiltré du Bureau des Aurors l'a confirmé. »

Elle tira une bouffée de sa cigarette. Dean vit que ses doigts tremblaient légèrement.

« Hannah. » murmura-t-elle dans un souffle, lui jetant un regard en biais, comme si elle craignait sa réaction.

Dean sentit son cœur s'arrêter dans sa poitrine.

« Q.…Quoi ? » balbutia-t-il, médusé, les yeux agrandis sous la stupéfaction et l'horreur. « N…Non… »

« Je sais Dean, je suis autant choquée que toi. » murmura Tonks.

« Que s'est-il passé ? » articula Dean avec difficulté.

« Ils parlent d'un attentat-suicide. » répondit Tonks en lui lançant un regard navré.

Dean garda le silence, ne trouvant pas les mots pour exprimer les sentiments qu'il ressentait. Un attentat-suicide. Cela signifiait qu'Hannah était morte.

Dean était dans un état de choc complet et il observait désormais Tonks sans vraiment la voir, les yeux embrumés et la gorge sèche.

« Des mois et probablement des années de travail et de progrès vont passer à la trappe à cause de ça. » ajouta-t-elle avec dépit. « On voulait rester discrets le temps de former l'alliance entre tous les groupuscules. »

Ils avaient passé ces derniers mois à s'organiser de manière plus structurée que jamais. Pour la première fois depuis la naissance du régime, les différents groupes de résistants travaillaient ensemble pour créer une vraie menace et organiser les réseaux souterrains en préparation d'une nouvelle guerre, sans que le régime ne se doute de quoi que ce soit.

La Résistance n'avait jamais été une menace sérieuse pour le Coven des Treize sacrés jusqu'ici. Cet incident allait pourtant tout changer. Tous leurs efforts tombaient désormais en ruine. Cela signifiait qu'ils seraient de nouveau sur le radar constant du régime. Le gouvernement allait sans aucun doute déployer les grands moyens pour les pourchasser après une attaque de cette envergure. Les personnes qui courraient un danger immédiat étaient les infiltrés, placés dans des rôles diverses et variés parmi la société. Les contrôles et les mises sous surveillance seraient décuplés. L'oppression allait s'intensifier davantage pour les sorciers de rang inférieur.

« Apparemment, le Phénix est furieux. Tu m'étonnes. » ajouta Tonks en se frottant la tempe, agitée. « Il va envoyer des gens ici pour investiguer ce qu'il s'est passé. C'est vraiment la merde. »

Elle laissa échapper une nouvelle volute de fumée.

« Il faudra les convaincre que c'était un acte isolé - que ça n'avait rien à voir avec nous autres. » dit-elle nerveusement.

Elle jura bruyamment.

« On n'aurait pas dû la renvoyer si tôt. » murmura Tonks. « Si j'avais eu le moindre doute, jamais je ne l'aurais laissée retourner là-bas. »

Dean ne répondit pas. Il sentit ses poings se serrer. Tonks ignorait tout de la vérité. Lui savait exactement ce qui avait poussé Hannah à agir. Il se releva d'un bond, sous le regard apeuré de Tonks. Il traversa la pièce à grands pas, le corps tremblant, la respiration bancale, ses yeux assombris par la rage. Il voyait rouge. Dean repéra la personne qu'il cherchait au centre du réfectoire, attablé avec deux autres individus qui riaient bruyamment à l'une de ses remarques.

D'un geste enragé, Dean attrapa Higgs par le col avant de le pousser brutalement à terre.

« DEAN ! » hurla la voix de Tonks, qui l'avait visiblement suivi.

Dean ne l'écoutait pas et il se jeta sur Higgs, lançant son poing fermé en direction de son nez, avec toute sa force. La violence du coup fut telle qu'il entendit un craquement et le nez d'Higgs commença à saigner abondamment. Dean sentit quelqu'un l'attraper par les épaules et le tirer brutalement pour l'empêcher de continuer à frapper Higgs.

Ce dernier poussa un cri d'indignation et ignorant sa douleur, se rua également vers Dean, les yeux remplis de colère. Un homme l'attrapa avant qu'il n'atteigne Dean, bloquant ses bras.

« On peut savoir ce que tu fous ? » s'écria Tonks avec fureur à l'attention de Dean, l'observant avec incrédulité. « Tu as complètement perdu la tête ? »

« C'est à cause de cet enfoiré ! C'est de sa faute si elle a fait ça ! » hurla Dean d'une voix furibonde, pointant Higgs du doigt.

« De quoi tu parles ? » s'exclama Tonks, choquée.

« C'est lui qui a manipulé Hannah pour qu'elle cause cette explosion ! » s'époumona Dean avec frustration, sentant des larmes de rage apparaître dans le coin de ses yeux.

L'accusation provoqua des exclamations choquées de toute part dans la salle. Tous les occupants de la pièce avaient interrompu leurs activités pour suivre l'altercation.

« Ce sont des graves accusations que tu fais là, Dean. » lança la voix rocailleuse de Maugrey, qui venait d'apparaître au milieu de groupe.

« Je le sais ! » s'égosilla Dean. « Dis-leur, fils de pute ! Dis-leur ce que tu as fait ! »

Tout le monde se tourna dans la direction de Higgs qui avait toujours le nez en sang. Il semblait s'être calmé et observait désormais Dean avec un calme étrange pour les circonstances, une lueur sombre dans le regard.

« Je ne sais pas de quoi tu parles, connard. » répondit finalement Higgs d'une voix modulée.

« Est-ce qu'Hannah t'a dit quoi que ce soit sur ses plans, Dean ? Est-ce que tu avais des informations ? » gronda Tonks, paniquée. « Est-ce qu'elle a impliqué Higgs ? »

La voix de Tonks était suppliante, comme si elle implorait Dean de lui apporter des réponses pour justifier son comportement. Dean arrêta de se débattre. Puis d'un air dépité, il lâcha :

« Non. Mais je sais que c'est de sa faute. » insista-t-il en désignant Higgs. « Il l'a manipulé pendant des semaines. J'en suis persuadé. »

« As-tu des preuves ? » demanda Maugrey d'une voix glaciale.

De nouveau, Dean secoua la tête, mécontent.

« Dans ce cas, la ferme. est-ce que tu te crois, à attaquer les gens comme ça ? » lâcha Maugrey.

Dean se dégagea de la prise qui le retenait et se dirigea vers la sortie du réfectoire, furibond. Il ne pouvait pas croire ce qui s'était passé. Il ne pouvait pas croire qu'aucun d'entre eux ne l'avait cru.

Il se dirigea vers l'infirmerie vide, et se laissa choir sur une chaise, enfouissant son visage dans ses mains, le corps tremblant sous la frustration et la peine. Des larmes tombèrent sur le sol, et son corps fut traversé de sanglots étranglés.

Hannah était morte. Elle s'était donnée la mort en emportant la vie d'innocents au passage.

Dean ignorait pourquoi il s'était autant attaché à elle en aussi peu de temps. Sans doute parce qu'il se sentait responsable d'elle d'une certaine manière. Il s'était porté garant pour elle à son arrivée, après tout. Il rencontrait peu de nouvelles personnes et la vie difficile qu'ils menaient dans les souterrains n'était pas propice à former de nouvelles amitiés. Dean avait toutefois remarqué le désespoir d'Hannah. Sa motivation. Son désir de faire la différence. Il savait aussi à quel point elle était fragile psychologiquement. Un sociopathe comme Higgs n'aurait eu aucun mal à s'insinuer dans sa tête et à la manipuler pour lui faire commettre un acte aussi odieux. Hannah avait-elle su qu'il la conduirait à sa perte lorsqu'il lui avait proposé cet acte ? Connaissant Higgs, il aurait pu lui mentir.

Dean resta dans la pièce pendant des heures et la fatigue eut finalement raison de lui. Il sombra dans un sommeil profond. Une sensation désagréable le réveilla brutalement. De l'eau glacée lancée sur son visage. Dean sursauta sur la chaise et ouvrit les yeux, alarmé.

Il aperçut trois individus devant lui - Terrence Higgs, Ritchie Coote et un troisième homme dont il ne se souvenait plus du nom mais qui traînait toujours avec eux. Coote et ce dernier saisirent brusquement Dean par les épaules, l'immobilisant complètement. Higgs se tenait devant lui, le fixant avec un air malveillant. Un bandage couvrait la partie supérieure de son nez et sa joue était légèrement tuméfiée. Malgré tout, il semblait plus effrayant que jamais. Dean ne se démonta toutefois pas. Il était tellement en colère que les intimidations d'Higgs et ses sbires n'avaient aucun effet sur lui.

« Je n'apprécie pas la manière avec laquelle tu m'as attaqué en traître, tout à l'heure. » admit Higgs avec un soupir tandis qu'il extirpait un objet de sa poche.

Dean tressaillit en voyant qu'il s'agissait d'une arme blanche - un coup-de-poing américain avec des pointes luisantes. Higgs éclata de rire devant la mine paniquée de Dean.

« Dis-moi, enflure. Ça ne te fait pas mal qu'aucun de ces blaireaux n'ait cru à ta petite histoire sur mon implication ? » demanda Higgs en ricanant. « C'est bien dommage. Surtout que tu avais raison. »

Il arborait un rictus supérieur, visiblement très satisfait de lui-même.

« Ils ne veulent pas l'admettre, et tu sais pourquoi ? Parce que ça apporterait des problèmes à la base. Parce que ça deviendrait un acte prémédité et organisé et surtout, ça monterait que les chefs de cette foutue base ne sont pas foutus de faire leur travail correctement. Après tout, ils ont laissé cette idiote retourner dans le régime. Leur grand Phénix serait tellement contrarié d'apprendre ça. » dit-il avec sarcasme.

Il cracha sur le sol.

« Ces blaireaux préfèrent continuer à faire de la putain de politique alors qu'on devrait se mettre en guerre. » déclara-t-il avec un profond dégoût. « Leur faiblesse n'est plus à prouver. »

Dean serra des dents, tentant de se libérer de l'emprise des deux associés d'Higgs. Ils le retenaient toutefois fermement et resserrèrent leur prise, l'empêchant d'esquisser le moindre geste.

« Tout doux, l'enflure. Pourquoi tu t'agites autant ? » demanda vicieusement Higgs avec un rire moqueur. « Ah, j'oubliais que tu étais le clébard de cette nana. A la suivre partout avec tes petits yeux de chiot excité. Ne me dis pas que tu étais amoureux d'elle ? Tu pensais peut-être qu'en jouant le guide et le mec sympa, elle te donnerait de l'attention, pas vrai ? Merlin que c'est pathétique. »

Il introduisit ses doigts dans les cavités du coup-de-poing américain avec satisfaction.

« Laisse-moi t'apprendre quelque chose sur les femmes. Elles adorent les mauvais garçons. Ça déclenche quelque chose de fascinant chez elles - c'est de l'ordre de l'invisible. » continua-t-il en ricanant.

Higgs dressa l'arme blanche qui sembla luire sous l'éclairage faible de la pièce.

« Pour te dire la vérité, je n'imaginais pas qu'elle irait jusqu'à se faire sauter elle-même parmi tous ces rats. Mais je dois applaudir son style dramatique. Ça sera dur de faire mieux que ça. » ajouta-t-il d'un ton pensif.

Il se tourna vers Dean, arborant un sourire cruel.

« Dis-moi, l'enflure, qu'est-ce que ça te fait, hein ? Qu'une gamine dans son genre ait plus de courage qu'un loser comme toi ? En fin de compte, son sacrifice sera plus utile à la cause que tu ne le seras jamais. » acheva Higgs avec cruauté.

Il s'approcha de Dean, relevant son visage pour lui faire face, un rictus sur les lèvres.

« En tout cas, maintenant qu'elle n'est plus là, c'est toi qui deviens ma pute. » annonça Higgs avant de lancer brutalement son poing armé sur le visage de Dean.

Fin de Chapitre

Hâte de connaître vos impressions sur ce chapitre ! Le chapitre suivant est 'techniquement' déjà terminé mais je vous avoue que la motivation s'est faite assez rare ces dernières semaines, donc l'édition (enfin la chirurgie esthétique) prend du temps (pourquoi je n'arrive pas à écrire des chapitres courts?) Bref, j'ai besoin qu'on me donne un bon coup de pied au derrière pour me relancer (à distance ça marche également !)

A la prochaine,

Fearless