Valeur et vertu braves gens,

Comment se passe l'approche estivale ? Je suis super contente car ce soir je prends l'avion pour aller en vacances en France. Ça fait presqu'un an que je n'y étais pas allée. Je vais pouvoir revoir ma famille et mes amis et ça fait un bien fou au moral. Oui, 3615 je raconte my life!

En vrai, vous voulez en foutez de ma vie, vous voulez juste lire ce nouveau chapitre, je sais. D'ailleurs, combien d'entre vous seront assez sauvages pour sauter ma note d'auteur ? (Vu que les concernés ne liront pas ma note, ils ne sauront pas que je les ai traités de sauvages, donc tranquille)

Merci à Polka60 pour sa relecture ! Merci à Jiwalumy, drou, Fleur d'Ange, Coliphixicus & pcam pour vos reviews. Je finis de vous répondre dans la soirée. Merci de me suivre dans ce voyage mouvementé qui ne va devenir que plus intense au fur et à mesure. J'ai de la peine pour vous, mes chers lecteurs, qui avez eu le malheur de cliquer sur cette histoire. RIP vos nerfs.

Bref, je vous épargne mes délires (oui j'ai besoin de vacances, si vous ne l'aviez pas encore remarqué) et bonne lecture ! On se retrouve en bas pour de nouvelles bêtises.

XVIII. En Roue Libre

« Le café est toujours aussi écœurant. » affirma Reggie Proudfoot d'un ton blasé, jetant un regard dégoûté à son gobelet encore fumant.

« Il est gratuit. » répondit John Dawlish, son partenaire, comme si cela expliquait tout. « Et ça ne fait pas 87 jours que tu as arrêté le café ? »

Reggie lui jeta un regard médusé avant de frotter ses yeux fatigués. La nuit avait été courte après les évènements de la veille.

« Franchement Dawlish, tu me fous les jetons avec ces détails. » fit remarquer Reggie, en l'observant en diagonale, avec un mélange d'ennui et de fascination.

John ne répondit pas. Ses collègues au Ministère le savaient tous - dès qu'il emmagasinait une information, il lui était impossible de l'oublier. John n'avait pas simplement une bonne mémoire. Il lui était physiquement et mentalement impossible d'oublier quelque chose qu'on lui avait dit ou qu'il avait vécu.

Les Médicomages lui avaient diagnostiqué un syndrome d'hyperthymésie - une condition extrêmement rare. Depuis ses douze ans, il pouvait se rappeler chaque jour de sa vie dans les moindres détails, sans effort conscient de sa part.

Quand on interrogeait John sur une date particulière, il était capable de répondre le jour exact de la semaine, ce qu'il faisait à ce moment-là, les vêtements qu'il portait ou même ce qu'il avait mangé.

Parfois, lui aussi aurait voulu bénéficier du droit à l'oubli. Les gens ordinaires ne savaient pas à quel point il les enviait. Il lui était impossible de se détacher de son passé. Les mauvais souvenirs ne le quittaient absolument jamais. Il se souvenait constamment du jour pendant lequel il avait surpris son ex-femme au lit avec un inconnu. Il se rappelait encore très clairement du moindre détail comme la couleur du ciel ce jour-là ou bien les paroles obscènes que son ex-femme proférait pendant que son amant la grimpait diligemment. Il n'avait pas oublié le grain de beauté que ce dernier portait sur la fesse droite.

John avait appris néanmoins à vivre avec sa condition, qui révélait à la fois du don et de la malédiction. Elle était même un atout certain dans sa vie professionnelle. Il était investigateur senior au Bureau des Aurors depuis plus de quinze ans et avait un taux de résolution d'affaires bien plus élevé que ses pairs. Pour le charrier, ses collègues le surnommaient l'encyclopédie humaine. Ils n'hésitaient néanmoins pas à lui demander des informations, ravis de pouvoir s'éviter de longues heures de recherche dans les dossiers de certaines affaires.

« Voilà enfin un café de qualité. » commenta joyeusement Reggie, après qu'ils aient fait un tour dans un petit café du Chemin de Traverse.

Il sembla de meilleure humeur tandis qu'il avalait une longue gorgée du liquide brûlant.

« Pourquoi sommes-nous ici ? » demanda-t-il. « On ne devait pas retourner sur les lieux ? »

Johns secoua la tête.

« Pas la peine. J'ai déjà tous les détails en tête. » répondit-il.

« Évidemment, quelle question stupide de ma part. » commenta Reggie en levant les yeux au ciel.

Il essuya son front dégarni, paraissant soudainement agité, une lueur inconfortable dans ses grands yeux bleus.

« En vingt ans de carrière, je n'avais jamais vu quelque chose de ce genre. » admit-il avec une grimace.

John hocha la tête gravement. Comme lui, Reggie avait fait partie du cortège d'Aurors envoyés sur place, après l'explosion au Palais de la Chimère.

14 morts et 43 blessés, avait indiqué le premier rapport. Certains des blessés étaient dans un état critique et il était évident que le compteur de décès augmenterait dans les jours à venir. Du jamais vu pour la plupart des officiers du Bureau.

John n'avait perdu aucun souvenir de la scène chaotique à laquelle il avait assisté. Certains des corps avaient été tellement meurtris qu'il n'en restait pas grand-chose – seulement des amas de chair humaine, exposés à la vue de tous. John pouvait imaginer le traumatisme de certaines familles, qui en plus d'avoir perdu un proche, n'auraient même pas l'opportunité d'enterrer un corps décent.

C'était la première fois qu'une attaque de cette ampleur avait lieu depuis son entrée chez les Aurors. C'était également l'attaque la plus grave perpétrée contre des Sang-Purs depuis plus d'un centenaire. La piste accidentelle avait rapidement été écartée par les spécialistes de médicomagie légale mandatés sur place. L'explosion était d'origine criminelle.

Les Aurors avaient déjà recueilli plusieurs témoignages clés pour identifier l'auteur de l'attaque. Une femme d'une vingtaine d'années, vêtue d'un uniforme d'employée de service. Un témoin l'avait entendu énoncer les mots Liberté et Dignité avant l'explosion. La devise des Dissidents.

Selon les mages démineurs, l'engin explosif était le fruit d'un travail artisanal dans les matériaux utilisés - mais professionnel dans la confection. Dans leur rapport, ils expliquaient que l'engin était probablement défectueux, résultant en une déflagration plus soudaine que prévue.

« Il est possible que son plan ait été de lâcher la bombe et s'enfuir avant qu'elle ne détonne. Mais ça n'a pas fonctionné comme prévu. » avait expliqué le responsable adjoint de la section des mages démineurs. « N'importe quelle personne qui s'y connait un tant soit peu en explosifs n'aurait pas pu faire une erreur de ce genre. »

« Le karma. » avait commenté Reggie, dans sa barbe.

John n'avait pas relevé, plongé dans ses pensées. La terroriste n'avait pas confectionné la bombe elle-même. Sinon, comment expliquer une erreur de ce genre pendant son utilisation ?

« Des têtes vont tomber, après cette histoire. Crois-moi. » assura Reggie en engloutissant un cupcake d'une seule bouchée tandis qu'ils continuaient leur avancée sur l'avenue marchande.

Le dispositif de sécurité n'avait pas été aussi poussé qu'il aurait dû l'être, ce qui rendait certaines personnes nerveuses au Bureau. Jugeant que le risque était faible, on avait envoyé des nouvelles recrues pour gérer la sécurité. Les employés de service arrivés en début de journée sur place n'avaient pas été correctement fouillés. D'autre part, toutes les entrées et les sorties du Palais de la Chimère n'avaient pas été surveillées, comme le réclamait le protocole. Un comble pour un évènement comme le Bal de l'Ellébore, fréquenté par des personnes aussi importantes. Certains membres des Treize sacrés avaient même été de la partie. Par miracle, aucun d'entre eux n'avait été touché. Le fait que les Dissidents aient pu approcher d'aussi près les Treize était toutefois d'une gravité sans précédent. John travaillait depuis assez longtemps au Bureau des Aurors pour savoir que ses membres feraient tout pour minimiser leur part de responsabilité dans ce drame.

« Rien dans la presse, ce matin. » commenta Reggie.

Cela n'avait rien d'étonnant, songea John. Il était commun que les autorités étouffent les actes de rébellion contre le régime. Mentionner les dissidents dans les journaux validerait la menace qu'ils représentaient et alarmerait la population. Les quelques attaques perpétrées sur les Mangemorts n'étaient donc jamais révélées au grand public. John savait néanmoins que la gravité de l'attaque était trop importante pour être passée sous silence. Trop de témoins y avaient assisté et il était impossible de tous les faire taire. Les informations circuleraient comme une fumée de poudre parmi la population.

La pression sur les autorités pour trouver des explications à cette attaque terroriste était plus forte que jamais. S'il y avait une chose que le Coven sacré ne pouvait pas tolérer, c'était la perte de contrôle. Il était primordial de garder l'image d'un gouvernement ferme et puissant devant la population afin d'éviter tout risque de révolte. Toutes les brigades du Bureau avaient donc été mandatées sur l'affaire, à la demande de Rodolphus Lestrange, le Chef des Aurors. C'en était presque devenu une compétition.

« Il faut qu'on retourne au Ministère. » annonça Reggie en observant sa montre, les sourcils froncés.

Tous les Aurors possédaient un objet identique. Le cadran était enchanté pour afficher des courts messages de masse à distance. John fixa sa propre montre dont l'inscription lui demandait de revenir au QG.

Ils furent de retour au Ministère seulement dix minutes plus tard. Dans les locaux des Aurors, John put déceler une effervescence évidente parmi les employés, qui se pressaient dans le gigantesque hall du service. L'attente fut brève.

« L'auteur de l'attentat-suicide a été identifié. » annonça Pieters Savage, le directeur de la Section des Enquêtes Criminelles. « Nous avons pu remonter jusqu'à cette personne grâce aux morceaux de baguette détruite retrouvés près de ses restes. Elle était enregistrée au nom d'une personne qui se trouvait également sur la liste des employés de service présents ce jour-là. Sa photo correspond aux descriptions des dépositions de plusieurs témoins. »

John remarqua qu'un sorcier court faisait passer une pile de parchemins à chaque employé. John saisit le document qu'on lui tendait - une photo d'une femme à l'apparence frêle et banale.

Hannah Boot, née Abbott. Statut : Sang-Mêlée

« Retrouvez toutes les personnes reliées de près ou de loin à cette terroriste et interrogez-les. » ordonna Savage. « Sa famille, ses amis, les professeurs qu'elle a eu à l'école. Même si son foutu chien est un dissident, je veux le savoir. »

/

Draco n'avait jamais connu sa mère particulièrement émotionnelle. Pourtant, depuis la nouvelle de l'explosion au Palais de la Chimère, Narcissa Malfoy semblait profondément agitée.

Elle était au bord de l'hystérie lorsque Draco avait franchi les portes du Manoir, en pleine nuit. A sa grande surprise, ses parents étaient déjà au courant. Narcissa l'avait longuement serré dans ses bras et il avait ressenti toute sa préoccupation et son soulagement dans une seule étreinte. Draco était resté silencieux, tandis qu'il rendait l'étreinte de sa mère, lui-même harassé.

Sa mère avait toujours été particulièrement protectrice à son égard. Les rares personnes qui la connaissaient intimement savaient qu'elle devenait une lionne dangereuse lorsqu'il s'agissait de sa famille – et particulièrement de son fils. Draco savait que Narcissa se sentait coupable de l'avoir envoyé représenter les Malfoy au bal. Il ne pouvait pas imaginer ce qu'elle aurait ressenti si quelque chose lui était arrivé.

Lucius n'avait pas affiché d'émotion particulière en écoutant le récit de Draco. Ses yeux gris avaient gardé cette lueur froide et austère qu'il arborait depuis toujours face à son fils. Leur relation avait toujours été tendue. Draco n'avait jamais ressenti d'attachement de son père à son égard et cette indifférence l'avait affecté toute sa jeunesse. Pendant des années, Draco avait tenté de s'attirer l'approbation de Lucius, sans succès. Il avait fallu un certain incident pour que Draco comprenne que son père ne ressentait qu'un mépris incompréhensible envers lui. Il avait fini par accepter cette réalité douloureuse et en grandissant, il s'était convaincu que le désamour de Lucius ne le touchait plus. Ce soir, pourtant, Draco avait ressenti l'infime espoir que son père afficherait une quelconque émotion en entendant qu'il avait frôlé la mort. Cela ne fut pas le cas et Draco s'efforça d'ignorer le sentiment meurtrissant dans sa poitrine. Une partie de lui se blâma d'avoir osé attendre quoi que ce soit de la part de son géniteur.

Draco resta éveillé pendant les heures suivantes – trop agité pour pouvoir fermer l'œil. Narcissa insista pour que le Médicomage de la famille vienne l'examiner. Elle sembla se détendre lorsque ce dernier confirma que Draco était indemne.

Très tôt dans la matinée, Lucius quitta le Manoir pour assister à une réunion d'urgence du Coven sacré, avec les autres Gouverneurs. Draco sentit une nervosité certaine l'envahir. Ses pensées se tournèrent brièvement vers Ginny Weasley et il se demanda comment les choses se déroulaient chez Pansy. Il s'efforça de chasser son visage bouleversé de son esprit. Il devait se concentrer sur sa prochaine mission – obtenir des informations sur l'attaque et les actions du Coven.

Son agitation le suivit pendant les deux journées suivantes, jusqu'à ce que sa mère lui rapporte le compte-rendu obtenu de la part de Lucius. Draco réprima un soupir de soulagement quand Narcissa l'informa que l'identité de la coupable avait été recouvrée.

« Le Bureau des Aurors est pointé du doigt. Il y a eu des failles dans leur protocole de sécurité. » relata-t-elle, une lueur de contrariété passant dans ses yeux. « Cette tragédie aurait pu être évitée si tout le monde avait fait son travail correctement. »

Il ne semblait pas que le cabinet de la Gouverneure Warrington - et par extension ses employés – soient mis en cause. Ginny Weasley n'aurait donc aucune raison d'être interrogée.

« Apparemment, c'était une dissidente forcenée avec des antécédents de problèmes mentaux. » commenta Narcissa d'un ton empli de répulsion.

Draco fut également surpris d'entendre que le Coven sacré planifiait de laisser la presse parler de l'attentat. L'objectif était de diaboliser davantage les Dissidents devant la population en les accusant de s'attaquer à des personnes innocentes.

Malgré son envie d'en apprendre davantage, Draco cessa d'interroger sa mère. Elle paraissait secouée depuis l'incident et il ne voulait pas rajouter à son trouble. Il observa sa mère avec gravité. De ses vingt-quatre ans d'existence, Draco n'avait jamais vu Narcissa afficher une apparence aussi négligée. Ses longs cheveux blonds étaient à peine coiffés, son visage était pâle, et des cernes profonds creusaient ses yeux. Elle n'avait pas quitté le Manoir, depuis.

« Il est évident que ce Phénix et ses sbires sont une menace plus sérieuse que ce que le Coven pensait. » dit-elle avec agacement, ses lèvres plissées en une ligne fine.

Il ignorait pourquoi, mais elle semblait particulièrement agacée. Plaçait-elle la faute sur le Coven sacré ? Draco savait que Narcissa avait ses opinions personnelles sur le Coven et les décisions qu'ils prenaient parfois. Elle restait toutefois silencieuse sur le sujet, notamment devant son mari.

« Tu penses réellement que les Dissidents pourraient tenter quelque chose de plus sérieux ? » interrogea Draco en fronçant les sourcils.

L'idée même que les Dissidents puissent être assez puissants pour une déclaration de guerre ne lui avait jamais frôlé l'esprit. Il les avait toujours imaginés comme une bande d'anarchistes désorganisés, dont les actions se résumaient à quelques attaques superficielles, sans grand impact. Il réalisa qu'ils n'étaient pas aussi faibles que le Gouvernement laissait croire.

« Je l'ignore, Draco. » répondit Narcissa avec gravité. « Tout ce que je sais, c'est que je n'ai jamais vu le Coven aussi paniqué. Et je crains ce qui va suivre. »

Même si les paroles de sa mère auraient dû l'alerter, et aussi fou que cela puisse paraître, Draco décida qu'il était heureux de la tournure des évènements. Il était hors de danger immédiat et ses plans ne seraient pas dévoilés au grand jour.

Qu'aurait pensé Narcissa en apprenant qu'il s'associait avec une Traîtresse à son sang pour espionner une Gouverneure ? Draco savait toutefois qu'il n'y avait pas de grande rétribution sans risque conséquent. Un jour, sa mère l'applaudirait pour ses agissements. Avant cela, il devait toutefois dénicher assez d'informations compromettantes sur Warrington et son clan.

Dobby, l'un des elfes, pénétra dans la pièce, suivie d'une femme. Draco reconnut immédiatement l'assistante personnelle de sa mère, Allegra McGrath. Les yeux de cette dernière s'écarquillèrent légèrement lorsqu'elle posa son attention sur Narcissa. Draco crut apercevoir un mélange de surprise et d'inquiétude dans son regard qui disparut bien vite.

« Pouvoir et pureté. » salua poliment Allegra.

Draco trouva sa présence au Manoir en plein weekend curieuse, particulièrement à la vue des circonstances. Sa mère était cependant une obsédée du travail et il n'était pas étonné qu'elle utilise ce prétexte comme moyen d'évasion dans cette situation.

« Allegra et moi-même devons avancer sur des dossiers importants cet après-midi pour préparer une nouvelle acquisition. » expliqua Narcissa en jetant un regard bref vers Allegra qui hocha la tête. « Nous serons dans mon bureau. »

« Entendu. Ménage-toi, Mère. » dit Draco.

Narcissa posa une bise affectueuse sur sa joue avant de quitter la pièce.

/

Ginny n'aurait jamais pensé que la compagnie de Pansy Parkinson serait réconfortante. En ces temps troublés et incertains, elle réalisa toutefois que c'était exactement ce dont elle avait besoin - de la distraction. Se retrouver dans cette bulle, à l'écart de tout, lui donnait l'impression de ne plus être dans cette réalité horrible.

« J'ai vraiment besoin de faire du shopping. » annonça Pansy d'un ton dramatique à l'attention de Ginny, tandis qu'elle s'installait à ses côtés sur le sofa, poussant un soupir à fendre l'âme.

« Encore ? » s'exclama Ginny, médusée. « Mais tu en as déjà fait avant-hier. »

La séance précédente avait duré près de cinq heures. Une torture pour Ginny, forcée de donner son avis à chaque essayage de Pansy.

« Justement, ça fait déjà trop longtemps. Habituellement, je ne passe pas une journée sans rien acheter. » affirma Pansy en faisant la moue, à l'image d'une petite fille insatisfaite. « Et je commence à avoir des sueurs froides. »

Ginny soupira, arborant un air impuissant. Plus rien ne l'étonnait de la part de Pansy Parkinson après presque trois jours entiers passés en sa compagnie. Cette femme était d'une autre espèce. Jamais de sa vie elle n'avait rencontré quelqu'un qui semblait aussi dissociée de la réalité. Elle semblait vivre dans un autre monde.

D'un œil impuissant, Ginny observa donc un nouveau déferlement de professionnels s'installer dans l'immense séjour de l'appartement-terrasse de la jeune femme.

Cette fois, Pansy la força à prendre part aux essayages. Ginny n'osait même plus utiliser le mot non en sa présence. Il était inutile d'essayer de lui refuser quoi que ce soit.

« Et puis, il faut qu'on t'achète des nouveaux vêtements. Je n'ai quasiment plus rien à ta taille dans mon dressing. » déclara Pansy en fronçant ses sourcils parfaitement épilés, comme s'il s'agissait du problème le plus sérieux au monde.

« Je n'ai vraiment pas les moyens. » dit Ginny, avec embarras.

« C'est ma tournée. » répliqua joyeusement Pansy.

Ginny grimaça, peu à l'aise à cette idée. Elle ne voulait pas avoir l'impression d'avoir une dette envers quelqu'un.

« Je ne peux vraiment pas accepter. » insista Ginny.

« Tu sais à quel point c'est malpoli de refuser un cadeau ? » fit remarquer Pansy d'un ton ennuyé.

« Très bien. » accepta finalement Ginny, ne voulant pas commencer un énième débat avec Pansy.

Du coin de l'œil, Ginny vit l'air satisfait sur le visage de Benedict, l'employé de la marque. Il devait probablement gagner des fortunes grâce à Pansy Parkinson.

Un sourire radieux éclaira le visage de cette dernière, ravie d'avoir, encore une fois, obtenu gain de cause. Elle se dirigea vers l'un des portants, flânant parmi les pièces.

« Ça me rappelle mon projet social à Poudlard, en dernière année. Aider les moins fortunés. » fanfaronna-t-elle avec enthousiasme.

Elle saisit une robe accrochée sur le portant et la pressa contre Ginny, observant le résultat avec concentration.

« Ça va plaire à Draco. » commenta Pansy. « Il aime ce genre de tenue. »

Immédiatement, les joues de Ginny prirent une couleur cramoisie.

« Je me contrefiche de ce qu'il aime. » déclara-t-elle.

« Oui, bien sûr. Tu t'en fiches. » répondit Pansy d'un air ironique avant de reprendre sa recherche.

La bouche de Ginny s'ouvrit d'indignation face à ces assertions, mais aucun mot n'en sortit. Elle se contenta de se laisser faire pendant que Pansy la pressait pour essayer des articles. A son grand soulagement, la séance fut plus courte que la précédente. Pansy sembla se lasser du manque de coopération de Ginny. Elle insista cependant pour lui acheter des vêtements pour un prix que la jeune femme ne préférait pas connaître. Elle se contenta de la remercier.

Lorsque Pansy se retira dans son dressing en compagnie de Waterford, Ginny fut soulagée de pouvoir bénéficier de quelques moments de solitude. Elle rejoignit la chambre qu'elle occupait et se laissa choir sur le lit. Ses pensées se tournèrent vers ses proches. Elle espérait qu'Hermione ne s'inquiéterait pas davantage de son absence. Après la lettre qu'elle lui avait envoyée, elle n'avait pas reçu de réponse. Hermione ignorait où Ginny se trouvait vraiment et ne serait pas en mesure de communiquer avec elle.

Deux heures plus tard, un tapotement contre la porte la sortit de sa léthargie et Ginny se redressa, invitant la personne à entrer. Elle venait de se réveiller après une courte sieste, à nouveau agitée par les souvenirs du bal. Waterford, l'elfe de maison de Pansy, se tenait dans l'encadrement de la porte.

« Vous êtes attendue dans le séjour, Miss Weasley. » annonça-t-il poliment.

Ginny réprima une grimace. Que voulait Pansy, cette fois ? Il était difficile d'avoir du répit avec elle. A son entrée dans le living-room, la jeune femme se figea en constatant que Pansy n'était pas seule. Son cœur fit un léger bond dans sa poitrine en apercevant Draco Malfoy. Il se tourna vers Ginny, et ils échangèrent un long regard.

« Hm hm. » dit finalement Pansy en s'éclaircissant la voix, après de longues secondes de silence.

Ginny détourna les yeux après un bref signe de la tête en direction de Draco. Contre toute attente, elle était soulagée de le voir.

« Ce n'est pas trop tôt Draco. » fulmina Pansy en posant ses mains sur ses hanches. « On avait dit deux jours. Maximum. Je te rappelle que pendant que tu faisais on-ne-sait-quoi, j'ai dû mettre ma vie en pause pour m'occuper de ta souillon… »

Elle s'interrompit et se tourna vers Ginny.

« Sans vouloir te vexer, chaton. » lui dit-elle, sans l'ombre d'un remord.

Ginny haussa les épaules, peu affectée par l'appellation. Pansy n'avait absolument aucun tact, et Ginny avait rapidement appris à ne pas s'offenser de ses insultes et ses compliments passifs-agressifs.

« Je sais. Je suis désolé. » déclara Draco avec lassitude. « Ça a pris plus longtemps que prévu. »

Cette fois, Ginny écarquilla les yeux, choquée de le voir capituler aussi facilement face à Pansy. Il était surprenant d'apprendre qu'il était physiquement capable de présenter des excuses.

« Va-t-on rester en quarantaine encore longtemps ? » interrogea Pansy avec appréhension, tapant du pied impatiemment.

« Non, c'est terminé. Tout est en ordre. » annonça-t-il d'une voix traînante.

Une vague de soulagement envahit Ginny à ses paroles. Pansy laissa échapper une exclamation d'excitation.

« Gloire à Voldemort. Quelle bonne nouvelle ! On devrait aller célébrer ça... » se réjouit-elle. « …en allant faire la fête ce soir ! »

« Je ne crois pas que ce soit la meilleure id… » commença à protester Draco.

Pansy posa un doigt manucuré sur ses propres lèvres, comme pour lui intimer de se taire.

« Non, non et non. Je te rappelle que tu m'en dois une. Ce soir, c'est moi qui décide. » décréta-t-elle d'un ton qui n'admettait pas de refus.

« Très bien. » capitula Draco une nouvelle fois, visiblement ennuyé.

De nouveau, Ginny s'étonna de sa réaction. Pansy tapa dans ses mains, comme une petite fille qui avait obtenu un cadeau.

« Parfait. Je me charge de tout. » assura-t-elle joyeusement.

Elle esquissa un geste pour s'éloigner avant de se rétracter et de lancer un regard à Draco par-dessus son épaule.

« D'ailleurs, pour ton information, nous avons fait énormément de shopping ces derniers jours et j'ai mis tous les frais à ton compte. » ajouta—t-elle vicieusement, visiblement très satisfaite d'elle-même.

Elle se dirigea vers l'escalier qui menait à l'étage supérieur, lançant un clin d'œil conspirateur à Ginny à son passage. Draco se tourna vers cette dernière qui arborait un air désolé, comme pour lui signifier qu'elle n'était pas impliquée.

« Pas la peine, je la connais. » dit-il, comme pour l'empêcher de se justifier.

Après un court moment d'hésitation, Ginny traversa le living room pour le rejoindre. Elle fut surprise de voir la fatigue apparente sur ses traits. Probablement le stress des derniers jours.

« Alors ? » demanda Ginny, anxieuse. « Quelles sont les nouvelles ? »

« Ils ont identifié la coupable. Une certaine Hannah Boot - une Sang-Mêlée. » ajouta-t-il comme si cela offrait une explication conséquente.

Anabel n'était donc pas son vrai nom, devina Ginny.

« Je ne pense pas qu'il y aura des questions pour le cabinet de Warrington. Nous sommes hors de danger. » ajouta-t-il d'une voix ferme.

« Merci. » souffla Ginny, sentant son anxiété décroitre instantanément.

« Cette histoire est la preuve que nous devons prendre davantage de précautions. » dit Draco d'un ton sombre.

« Que veux-tu dire ? »

« Notre marché est une information que je ne veux pas ébruiter. » répondit-il sur le ton de l'évidence.

« Je n'en ai parlé à personne. » s'empressa de protester Ginny.

« Je sais. Mais je ne veux pas prendre le risque que n'importe qui obtienne l'information, même contre ton gré. » déclara Draco.

Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas où il voulait en venir.

« As-tu déjà entendu parler de la Légilimancie ? » demanda Draco.

Ginny secoua vivement la tête.

« C'est une technique qui consiste à s'introduire dans l'esprit d'une personne pour extraire des pensées, des souvenirs ou des émotions. » expliqua Draco.

Ginny ouvrit la bouche, effarée. Elle n'avait jamais entendu parler d'un tel procédé mais elle pouvait déjà entrevoir la dangerosité de l'idée. La perspective qu'on puisse s'introduire dans son esprit sans sa connaissance ou son consentement était angoissante.

« Il y a cependant un moyen de contrer cette technique. On appelle ça de l'occlumancie. C'est une discipline qui permet de bloquer son esprit contre ces tentatives d'entrée forcée. » poursuivit-il. « Et je veux que tu apprennes à le faire. »

« Très bien. » dit Ginny, soulagée d'entendre qu'il existait un moyen de s'en protéger. « C'est difficile ? »

« Oui. Mais si on t'entraîne suffisamment, tu devrais obtenir un niveau correct. » devina-t-il, même s'il ne semblait pas totalement convaincu.

« Es-tu capable de faire ça ? » interrogea Ginny. « Cette occlumancie ? »

Draco acquiesça.

« On me l'a appris très tôt. En revanche, je ne suis pas un excellent Legilimens. Mais j'ai les bases et ce sera suffisant pour ton entraînement. » indiqua-t-il.

Draco extirpa un objet de la poche de sa cape et le tendit à Ginny. Il s'agissait de sa baguette magique, qu'il avait confisquée quelques jours plus tôt.

« Ça t'appartient. Tu n'en auras pas besoin pour bloquer ton esprit. » prévint-il.

« Que dois-je faire, exactement ? » demanda avidement Ginny, une expression déterminée sur le visage.

Elle savait que l'apprentissage ne serait pas évident. Elle n'avait jamais été très bonne pour cacher ses émotions. Elle imaginait donc que cela ne lui viendrait pas naturellement.

« Vide ton esprit complètement. Essaie de ne penser à rien. » ordonna Draco.

Avant que Ginny n'ait le temps de l'interroger sur la méthode à appliquer pour ne penser à rien, Draco brandit sa baguette devant elle et lança :

« Legilimens ! »

Immédiatement, Ginny fut parcourue d'une sensation curieuse. Dans son esprit, elle put voir une succession de flashs. L'expérience était toutefois étrange. Elle avait presque l'impression d'y assister en tant que spectatrice. L'image du feu consumant une partie du Palais de la Chimère s'imposa dans son esprit. Elle vit d'autres scènes, plus insignifiantes, comme sa séance de shopping avec Pansy, ou bien le dernier match du Parcours de la Mort auquel elle avait assisté.

Avait-il accès à tous ses souvenirs et ses pensées ? Il fallait qu'elle s'efforce de ne pas penser à des choses trop intimes et personnelles, songea-t-elle, mal à l'aise. Immédiatement, son esprit divagua vers la conversation qu'ils avaient partagé pendant le bal, à l'abri des regards. Elle le revit devant elle, la fixant avec intensité, penché dans sa direction, comme s'il s'apprêtait à l'embrasser. Elle put à nouveau expérimenter l'appréhension et le trouble qu'elle avait ressenti à cet instant précis.

Paniquée, Ginny esquissa un mouvement de recul et secoua la tête, chassant le souvenir. Elle leva les yeux vers Draco, désarçonnée par cette intrusion, se sentant étrangement violentée.

A la vue du rictus suffisant qu'il arborait, Draco avait également vu le souvenir dans son esprit. Les joues de la jeune femme étaient désormais de la même teinte que ses cheveux.

C'était tellement humiliant, songea-t-elle avec horreur. Qu'allait-t-il penser ? Qu'elle avait constamment ce moment en tête ? Ginny se maudit intérieurement. Elle ne parviendrait probablement jamais à effacer le sourire supérieur sur les lèvres de Draco Malfoy. A son grand étonnement, il ne fit pas de commentaire sur le sujet.

« Il faut que tu te prépares mieux que ça. » critiqua-t-il d'une voix traînante.

« Tu ne m'as pas laissé le temps de le faire ! » s'indigna Ginny, frustrée.

« Tu crois qu'un Legilimens te préviendra avant d'essayer d'entrer dans ton esprit ? Qu'il comptera jusqu'à trois avant de le faire ? » répliqua Draco avec un rire moqueur. « Tu dois être constamment sur le qui-vive. »

« Tu peux vraiment tout voir dans mon esprit ? » demanda Ginny, ses joues toujours cramoisies.

« Pas vraiment. Ça ne fonctionne pas sur commande. Je vois des images saccadées, la plupart du temps. Généralement, ce qui te passe par la tête à l'instant. Mais je ne peux pas voir des choses auxquelles tu ne penses pas ou que tu as oubliées par exemple. » expliqua-t-il en haussant les épaules.

Ginny hocha la tête, vaguement soulagée.

« Comment était mon premier essai ? » demanda-t-elle avec curiosité.

« Comme je l'imaginais. Catastrophique. » répondit-il. « Nous avons beaucoup de travail avant que tu atteignes un niveau satisfaisant. »

Draco leva de nouveau sa baguette vers elle.

« On recommence. » ordonna-t-il.

Une heure plus tard, Ginny fut heureuse lorsque Draco lui annonça qu'ils en avaient terminé pour la journée. La leçon avait été particulièrement exténuante pour Ginny. Elle ne parvint à repousser aucune de ses tentatives. Voir quelqu'un s'insinuer dans sa tête était une expérience désagréable et anxiogène. Elle n'était pas certaine d'être à l'aise avec l'idée que Draco Malfoy puisse obtenir des informations sur elle avec cette méthode intrusive.

« Ça va prendre un peu de temps. » expliqua-t-il. « En partie car tes compétences magiques sont limitées. »

Il disait vrai. Même si Ginny était plus éduquée que la plupart des Sang-Impurs, elle était bien loin d'avoir l'éducation magique que les Sang-Purs obtenaient à Poudlard.

Draco devint soudainement pensif, comme s'il hésitait à dire quelque chose.

« Je sais que ce qui s'est passé est difficile. » dit-il finalement, une lueur sombre passant dans ses yeux gris. « Mais toi et moi savons que des gens meurent tous les jours dans des circonstances questionnables. Il n'y a rien qu'on puisse y faire. »

Ginny resta silencieuse devant ces paroles. Elle savait qu'il faisait référence aux exécutions publiques auxquelles elle était confrontée régulièrement.

« Nous avons eu de la chance de nous en sortir et de ne pas avoir été interrogés après cette histoire. » poursuivit-il. « Je compte bien laisser tout ça derrière-moi et je veux que tu fasses la même chose. »

Ginny l'observa avec ahurissement, choquée par ses paroles. Pensait-il vraiment qu'elle pouvait tout simplement décider d'oublier et passer à autre chose ?

« J'imagine que ce ne sera pas aussi évident pour toi. » indiqua Draco, avant qu'elle ne puisse répliquer. « Donc si tu le souhaites, je peux rendre les choses un peu plus supportables. »

« Comment ça ? » demanda Ginny avec confusion.

« Je peux utiliser un sort pour extraire le souvenir de ton esprit. Tu ne vas pas complètement l'oublier, mais il n'apparaîtra pas aussi facilement dans tes pensées. Sauf quand tu décideras de le réintégrer. » expliqua Draco.

Pendant leur séance d'occlumancie, il avait probablement vu à quel point les images de l'explosion hantaient ses pensées. Elle ne parvenait toutefois pas à croire que Draco Malfoy fasse preuve d'empathie à son égard.

« Je… D'accord. » accepta finalement Ginny, une fois sa surprise passée.

Draco se dirigea vers la cuisine, sous son œil perplexe. A son retour, il tenait une fiole vide dans sa main. Il se dirigea vers la jeune femme, lui jetant un regard interrogateur, comme s'il cherchait à obtenir son consentement. Elle acquiesça. Draco brandit sa baguette magique sur la tempe de Ginny.

« Repense au souvenir que tu veux oublier. » quémanda-t-il.

Ginny s'exécuta, ses pensées retournant vers les flammes puissantes qui consumaient le bâtiment ainsi que les silhouettes terrifiées et leurs cris tourmentés. Elle sentit les poils sur son bras se dresser et ses membres se crisper. C'était comme si son corps revivait physiquement les sensations ressenties ce jour-là. Elle se sentait nauséeuse. Elle vit un filet translucide sortir de sa tête. Au fur et à mesure qu'il grandissait, les images dans son esprit se dissipaient. Draco enferma la substance diaphane dans la fiole et la tendit à Ginny.

« Merci. » murmura-t-elle avec reconnaissance, sa voix légèrement tremblante.

« Tu m'as sauvé la vie. J'imagine que c'est la moindre chose que je puisse faire. » répondit-il avant de détourner le regard.

Ginny fut estomaquée par ses paroles. Elle pouvait voir à son attitude et le ton de sa voix à quel point admettre ses mots lui coûtait.

Pansy les retrouva dans le living-room, et leur annonça joyeusement qu'ils iraient passer la soirée dans l'un de ses endroits favoris.

« Tu penses que c'est une bonne idée ? » demanda Ginny à voix basse à l'attention de Draco.

Il haussa les épaules.

« Pas vraiment. Mais je pense que ça nous fera probablement plus de bien que de mal. Nous avons tous besoin de penser à autre chose après ce qu'il s'est passé. » admit-il.

Ginny l'observa en silence, surprise par son attitude. Depuis la nuit du bal, elle avait la sensation d'entrevoir une nouvelle facette de sa personnalité. Elle avait presque l'impression d'être une personne normale, désormais, face à lui. Elle devait admettre qu'elle appréciait ce changement. Être constamment sur la réserve ou sur la défensive avec Draco Malfoy l'épuisait. Même s'ils avaient encore des différends, interagir avec respect était déjà un énorme progrès.

Ils dînèrent tous les trois dans la salle à manger de Pansy qui monopolisa toute la conversation. Ginny fut déroutée de les voir discuter de manière si naturelle et presque…ordinaire ? Ginny se rendit compte que Draco Malfoy était finalement humain. Voir son expression amusée - et non moqueuse - devant certaines remarques de sa meilleure amie la laissa interdite.

A la fin du dîner - ou plutôt du festin - préparé par Waterford, Ginny remonta dans sa chambre afin de prendre une douche. A son retour dans la chambre, elle fut surprise d'y trouver l'elfe de maison, qui avait été envoyé par sa maîtresse pour aider Ginny à se préparer.

Elle revêtit l'une des tenues que Pansy lui avait achetées plus tôt dans la journée - une robe noire à col bénitier un peu trop courte à son goût bien qu'elle soit particulièrement jolie. Lorsqu'elle enfila la paire de talons hauts, Ginny grimaça. Ses douleurs aux pieds s'étaient enfin atténuées depuis la nuit du bal. Elles seraient de retour rapidement avec ces chaussures, sans aucun doute.

Lorsque Ginny fit irruption dans le living room, elle réalisa que Draco et Pansy l'attendaient. Pansy se dirigea vers elle, lâchant un sifflement appréciateur et croisa son bras avec le sien. Draco, lui, ne fit aucun commentaire mais marqua un bref temps d'arrêt, l'observant plus longtemps que nécessaire avant de détourner les yeux.

« On va s'amuser comme des petites folles, tu vas voir. » assura Pansy avant d'entraîner Ginny vers la porte de l'appartement, Draco et Galileo sur leurs talons.

Un Mangemort - probablement l'escorte personnelle de Draco - les attendait devant la porte. A leur sortie du bâtiment, ils montèrent dans une diligence d'un rose héliotrope. Elle appartenait sans aucun doute à Pansy. Le véhicule était bien plus imposant et plus spacieux que celui de Draco. En voyant Galileo monter à bord, Ginny comprit pourquoi. Il était toutefois trop grand et il devait garder la tête baissée pour ne pas se cogner la tête contre le toit. A ses côtés, sur la banquette, Pansy paraissait minuscule.

« J'ai invité Théodore. » annonça joyeusement cette dernière à l'attention de Draco. « Je n'arrive pas à croire qu'il a accepté, d'ailleurs. Ça a été un véritable parcours du combattant de le voir depuis son retour au bercail. »

Théodore, songea Ginny avec excitation. Se pouvait-il qu'il s'agisse du Théodore d'Hermione ? Après tout, à l'instar de Pansy et Draco, Théodore Nott était un héritier d'une dynastie sacrée du régime. Il était donc probable qu'ils se fréquentent.

Ginny se demanda vaguement comment elle s'était débrouillée pour se retrouver à passer une soirée en compagnie de trois héritiers des Treize sacrés. Sa vie prenait une tournure surréaliste.

Elle avait vécu ces derniers jours comme une sorte de songe éveillé, dans lequel elle avait l'impression d'être une spectatrice passive. La sensation était des plus étranges. Elle avait l'impression de vivre la vie de quelqu'un d'autre. Elle ne désirait que de se réveiller au plus vite et retrouver son quotidien. Il était parfois difficile mais au moins, il était familier.

« Où allons-nous ? » demanda la voix traînante de Draco.

Ginny lui jeta un regard en coin. Il était assis à côté d'elle sur la banquette matelassée et arborait un air blasé.

« Au nouveau club de Blaise. » annonça Pansy avec excitation. « C'est l'endroit où il faut être, en ce moment. »

« Ce fameux club où tu as insisté pour te rendre la veille de mon inauguration, au lieu de m'aider à la préparer ? » interrogea Draco avec ironie.

« Par Voldemort, tu es tellement rabat-joie. Je te rappelle que je suis allée à ton inauguration. » dit Pansy en levant les yeux au ciel.

Dans son petit sac brillant, elle attrapa un fume-cigarette en or rose qu'elle plaça au coin de ses lèvres maquillées. Quelques instants plus tard, Ginny sentit la diligence s'arrêter brusquement. Galileo fut le premier à sortir, retenant la porte pour eux.

Ginny observa ses alentours avec circonspection. Ils se trouvaient dans une large avenue animée, où des établissements clinquants se dressaient les uns à côté des autres. Des passants se pressaient pour rejoindre les files d'attente des établissements les plus populaires. D'autres lieux, moins plébiscités, accostaient les marcheurs pour les faire entrer. Ginny reconnut le Quartier Treize, l'arrière-cour chaleureuse et cosmopolite de la capitale, connue pour ses établissements nocturnes.

Elle n'avait pas eu beaucoup l'occasion de s'y rendre par le passé. Les prix d'entrée et des consommations étaient trop élevés pour quelqu'un comme elle. D'autre part, les Sang-Impurs se voyaient souvent refuser l'entrée.

Olivier Dubois, son ex, l'avait emmenée dans l'une de ces boîtes de nuit avec ses amis du Parcours de la Mort pour fêter une victoire. L'endroit devant lequel la diligence s'était arrêtée semblait toutefois bien différent de la discothèque où elle s'était rendue, à un pâté de maisons, quelques années auparavant. L'entrée imitait la gueule ouverte d'un dragon. Une file interminable se dressait sur le trottoir. Ginny frissonna lorsqu'elle descendit à la suite de Pansy, sentant la brise froide gifler ses bras et ses jambes nus.

Pansy menait la marche et se dirigea vers l'entrée d'une démarche assurée. Elle ne porta pas attention à la longue file de personnes qui attendaient de pouvoir entrer et qui jetaient des regards envieux et impressionnés dans leur direction.

« Bienvenue à L'Inferno. Passez une bonne soirée. » dit l'un des videurs à l'entrée avant de décrocher un cordon rouge pour les laisser entrer.

Ils pénétrèrent dans un hall sombre, dont les murs représentaient des flammes mouvantes, plus vraies que natures. Immédiatement, Ginny sentit la température augmenter. Tandis qu'ils marchaient près des murs, elle réalisa que les fausses flammes produisaient de la chaleur. Elle suivit Pansy vers une seconde entrée, gardée par un autre videur. Du coin de l'œil, elle vit Draco se diriger vers la billetterie.

Le videur acquiesça poliment à la vue de Pansy et s'effaça pour la laisser passer. Alors que Ginny s'apprêtait à lui emboîter le pas, le videur se plaça devant elle, lui barrant le passage.

« Identification. » réclama-t-il.

Ginny lui adressa un regard surpris qui se transforma rapidement en panique. Elle voulut appeler Pansy mais cette dernière avait déjà disparu, sans porter attention à ce qu'il se passait derrière elle. Ginny se tourna vers le videur.

« Pourquoi ? » demanda-t-elle d'un ton qui se voulait assuré.

Un pressentiment lui disait que si cet homme découvrait son vrai statut de sang, il lui causerait des problèmes. Elle jeta un regard anxieux vers Draco qui conversait toujours avec la femme de la billetterie et qui lui tournait le dos.

« Ce sont les règles de la maison. Je dois demander aux clients de s'identifier. » répondit l'homme sèchement.

Ginny réfléchit pendant de longues secondes, hésitant à parlementer. Elle savait que cela ne ferait que la rendre plus suspecte. Elle jura intérieurement.

« Alors ? » insista l'homme d'une voix grondante, commençant à s'irriter devant son indécision.

Impuissante, Ginny plongea la main dans le petit sac qu'elle portait pour en tirer sa baguette magique. Elle sentit soudainement une main dans le bas de son dos. Elle se retourna vivement et aperçut Draco Malfoy derrière elle, la main fermement posée sur sa taille. Son regard gris était rivé sur l'homme et l'observait avec une tranquillité froide.

« Elle est avec moi. » déclara Draco.

Il avait parlé d'une voix calme et son visage était resté impassible. Pourtant, son ton transmettait un ordre évident. A cet instant précis, il paraissait particulièrement intimidant. Le videur écarquilla légèrement les yeux et Ginny crut distinguer une once de nervosité dans son attitude.

« B-bien sûr, M. Malfoy. Je suis navré. Passez une bonne soirée. » dit l'homme d'une voix vacillante avant de les laisser entrer.

Draco entraîna Ginny dans la pièce attenante.

« Range-ça. » ordonna-t-il à son attention, désignant sa baguette magique d'un geste bref de la tête.

Ginny s'empressa de s'exécuter. Ils pénétrèrent dans une salle gigantesque où résonnait une musique assourdissante. Le club était tellement grand qu'il aurait probablement pu accueillir un millier de personnes. Des créatures ailées miniatures virevoltaient dans tous les sens, créant des faisceaux de lumières colorées avec leurs ailerons, clignotant au son de la musique rythmée. L'endroit semblait plein à craquer.

« Vous voilà enfin ! Où étiez-vous passés ? » s'exclama Pansy, apparaissant devant eux.

Son attention se porta sur le bras de Draco, toujours autour de la taille de Ginny. Malgré l'obscurité du club, cette dernière put clairement distinguer le sourire plein de sous-entendus que Pansy affichait. Ginny se sentit rougir et elle s'écarta de Draco.

« Tenez. » lança ce dernier.

Il leur tendit des bracelets d'une teinte platine qui brillaient dans l'obscurité. Pansy s'empressa de revêtir le sien. Ginny fit de même, observant l'ornement avec confusion, s'interrogeant sur son utilité.

« Allons-y ! » s'exclama Pansy d'une voix surexcitée avant de se diriger vers un escalier à l'écart du reste des convives.

De nouveau, un videur patronnait l'entrée. Il les laissa toutefois passer sans poser de questions. L'escalier menait à une mezzanine où se dressaient des box ouverts, composés de tables et de fauteuils confortables. Au-dessus de la rambarde métallique de la mezzanine, ils disposaient d'une vue imprenable sur l'étage inférieur, directement sur la piste de danse. L'endroit était suffisamment à l'écart pour garder une certaine intimité et seuls deux autres groupes occupaient l'étage. L'accès était visiblement restreint. Ginny remarqua une seconde mezzanine, opposée à la leur, contenant uniquement la cabine d'un DJ qui s'agitait devant la foule en transe. Ils s'arrêtèrent finalement dans le box le plus éloigné.

A peine furent-ils installés que deux serveuses se présentèrent à leur table. L'une d'elles fit léviter un bac rempli de bouteilles sur la table. Immédiatement, des flammes bleues impressionnantes traversèrent la surface de la table basse avant de disparaître. Pansy frappa dans ses mains avec enthousiasme.

« J'adore cet endroit !» s'extasia-t-elle.

Ginny, elle, s'était tendue par réflexe à la vue des flammes soudaines et avait reculé dans son siège. Pendant une fraction de secondes, le souvenir des flammes au Palais de la Chimère lui revint en mémoire. Étrangement, le souvenir n'était plus aussi vif dans son esprit et elle parvint à le chasser avec une facilité déconcertante. Le sort de Draco était efficace.

Ginny accepta avec reconnaissance le verre qu'on lui tendit et le porta à sa bouche, avalant une longue gorgée. Elle ignorait ce qu'il contenait mais la boisson était si forte qu'elle ressentit une chaleur soudaine lui remplir les poumons.

« On dirait que quelqu'un est prêt à s'amuser. » déclara avec morgue Pansy, lui lançant un regard mi-surpris, mi-amusé.

Ginny se sentit rougir. Elle accepta toutefois le second verre que lui tendit Pansy.

« A la tienne, rouquine. » annonça Pansy avant d'avaler le contenu du shot d'une traite.

Elle laissa échapper un gloussement incontrôlable. Ginny fit de même après avoir avalé à son tour le shot d'eau glousseuse. Elle ne fut pas certaine du nombre de shots qu'elle ingéra en compagnie de Pansy. Elle réalisa soudainement que la température de son corps s'était réchauffée, et une impression d'exaltation la parcourut. Toute son anxiété s'évapora, remplacée par une soudaine euphorie, causée par l'ivresse.

« Oh, Théodore est arrivé ! » s'exclama subitement Pansy en bondissant.

Elle sautillait presque sur place, faisant de grands signes en direction de l'entrée de la mezzanine où un homme aux cheveux noirs venait d'apparaître. La robe de Pansy était si courte que chacun de ses mouvements menaçait de révéler ses dessous. Elle ne semblait pourtant pas s'en soucier. Ginny s'esclaffa et abaissa le bas de sa tenue pour l'empêcher d'être trop révélatrice. Du coin de l'œil, elle vit Draco lever les yeux au plafond devant l'attitude de son amie.

Les signes grandiloquents de Pansy semblèrent attirer l'attention de Théodore qui se dirigea vers leur section isolée d'une démarche lente. Ginny l'observa avec attention, traversée d'une soudaine excitation. Elle avait tellement entendu parler de Théodore à travers Hermione. Les paroles de son amie avaient attisé sa curiosité et elle avait hâte de faire sa connaissance.

A l'air qu'il affichait, Ginny put deviner que Théodore n'avait pas envie d'être là. Il s'arrêta à hauteur de la table, et resta immobile, comme s'il hésitait à prendre place parmi eux. Pansy se releva et se jeta dans ses bras pour l'étreindre de manière exagérée. Théodore parut interloqué par le geste et lui rendit à peine son étreinte, visiblement gêné par sa familiarité. Pansy attrapa la main de Ginny pour l'inviter à les rejoindre.

« Théo, je te présente Ginny. C'est mon amie. Pas celle de Draco. » déclara fièrement Pansy avec une élocution douteuse.

Elle était visiblement ivre.

« Valeur et vigueur. » salua Théodore à l'attention de Ginny d'une voix polie.

« Oh, ne sois pas aussi formel. » déclara Pansy d'un ton blasé. « Allez, viens prendre un shot avec nous. »

Il était difficile de dire non à Pansy. Elle possédait un pouvoir de persuasion particulièrement puissant. Tant que ses désirs n'étaient pas satisfaits, elle ne lâchait jamais l'affaire. Théodore accepta sans broncher le verre qu'elle lui tendit, avant de prendre place sur un siège à son tour, saluant brièvement Draco.

Ce dernier n'avait pas pris part à la conversation depuis leur arrivée au club. Il était adossé contre le dos du fauteuil molletonné, arborant son éternel air supérieur, et observant ses alentours avec un air profondément ennuyé.

« Victorieuse soit sa venue. » lança soudainement une voix modulée.

Ginny leva la tête et ses yeux se posèrent sur un homme noir séduisant qui portait une chemise rose pâle. Ses yeux ambrés les observaient avec circonspection. Son regard s'attarda plus longtemps sur Ginny que les autres.

« Blaise ! » s'exclama Pansy.

« J'espère que vous passez une bonne soirée et que mes employés s'occupent de vous comme il se doit. » dit le dénommé Blaise d'une voix polie et agréable.

Il s'installa sur la place aux côtés de Draco.

« Je m'excuse pour ce couac à l'entrée. » dit-il à son attention, arborant un sourire de façade. « Nous avons renforcé les mesures de sécurité. Nous ne sommes jamais assez prudents, surtout avec les événements récents. »

Immédiatement, Ginny tendit l'oreille. Il faisait sans doute référence à l'attaque pendant le Bal de l'Ellébore. Enfermée chez Pansy pendant trois jours, Ginny avait perdu tout contact avec le monde extérieur. L'explosion avait-elle fait les gros titres des journaux ? Elle ressentait le besoin pressant d'en parler. Cela s'était pourtant révélé difficile avec Pansy qui appliquait la politique de l'autruche et Draco qui semblait réticent à lui partager d'autres informations hormis le strict minimum.

« J'ai cru comprendre que tu étais au Palais de la Chimère ce jour-là, Draco ? » lança Blaise avec intérêt.

Draco ne répondit pas et tourna le regard vers Ginny puis vers Pansy, comme s'il voulait lui faire passer un message. Ginny fut déconcertée par cet échange silencieux. Pansy attrapa brusquement son bras et la força à se lever.

« Laissons les hommes mener leurs discussions ennuyeuses. » décréta Pansy. « Allons danser, rouquine ! »

Ginny, qui voulait écouter le reste de la conversation, tenta de protester mais la poigne de Pansy était étonnamment forte et elle fut forcée de se relever et la suivre. Elles descendirent les escaliers de la mezzanine avant de rejoindre la salle principale du club, qui semblait encore plus bondée qu'une heure auparavant. Elles se glissèrent parmi la foule sur la piste. Pansy commença à danser, se mouvant énergiquement au rythme de la musique assourdissante. Malgré sa frustration d'avoir manqué la conversation entre Draco et Blaise, Ginny se laissa entraîner.

Son sentiment d'euphorie s'accrut davantage au fil des minutes, sans doute causé par les effets de l'alcool qui se faisaient de plus en plus intenses. Contre toute attente, cette sortie lui faisait plus de bien qu'elle ne l'aurait cru. Danser ainsi, en toute liberté, lui faisait presque oublier tout le reste. Elle n'avait pas réalisé à quel point elle avait besoin de se défouler. L'angoisse accumulée pendant ces dernières semaines était arrivée à son paroxysme lors de la soirée du Bal et son cerveau était resté sur le mode tendu depuis.

Sur cette piste pleine à craquer, face à ces lumières aveuglantes, Ginny se laissa aller, traversée par une allégresse éphémère. Elle eut l'impression de danser pendant des heures en compagnie de Pansy. Elles s'arrêtaient seulement de temps à autre pour prendre des verres au bar.

Ginny voyait désormais trouble et elle manqua de trébucher quand Pansy saisit sa main pour lui faire traverser la foule, en direction des toilettes. Ginny grimaça en constatant qu'une longue file s'était formée devant les toilettes des femmes. Pansy ne sembla toutefois pas s'en formaliser et elle dépassa les femmes dans la queue, levant son bras en évidence. Ginny fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi elle agissait ainsi. Plus étrange encore, aucune des femmes de la file ne sembla s'offusquer d'être dépassée. Au Chaudron Baveur, accéder aux toilettes des femmes était toujours un parcours du combattant et Ginny avait même assisté à deux ou trois bagarres.

Elles se retrouvèrent au début de la file d'attente et Pansy entra dans la première cabine qui se libéra. Ginny jeta un regard en coin aux femmes derrière elle, gênée. Sa confusion s'intensifia en réalisant qu'elles observaient toutes quelque chose sur son bras, lui jetant des regards presque envieux.

Ginny leva son bras et vit le bracelet que Draco lui avait donné, à l'entrée. Elle examina les bras des autres clients et constata qu'elles en portaient toutes un. Ils étaient toutefois d'une couleur différente - verte ou rouge.

A leur retour sur la piste de danse, Ginny porta attention aux bracelets que les fêtards portaient. La plupart d'entre eux étaient d'un vert émeraude. Elle vit quelques personnes arborer les bracelets rouges – et remarqua qu'il s'agissait seulement de femmes, toutes particulièrement attirantes et vêtues de manière provocante. Elle ne vit aucun autre bracelet platine.

« Est-ce qu'on peut remonter ? » suggéra Ginny à l'attention de Pansy.

Ses pieds la tiraillaient à cause des talons hauts et la fatigue commençait à la gagner après avoir dansé autant.

« Très bien, mais je dois aller chercher quelque chose avant. » décréta Pansy d'un ton enjoué dans l'oreille de Ginny.

Ginny la suivit dans un coin isolé du club, où un homme asiatique était installé seul à une table. Ses cheveux étaient coupés courts et arboraient une teinte blond platine, qui clachait avec ses épais sourcils noirs.

« Je t'attendais. » dit-il à l'attention de Pansy. « Je commençais à me demander si tu étais allée voir la concurrence. »

« Jamais, chaton. Tu sais bien qu'il n'y a pas client plus loyal que moi. Qu'est-ce que tu as pour moi ce soir, Kai ? » interrogea Pansy avec avidité.

Le dénommé Kai extirpa de sa poche un petit sachet transparent qui contenait des pilules.

« LSD. » annonça-t-il.

« Qu'est-ce que c'est ? » ne put s'empêcher de demander Ginny à l'attention de Pansy.

« On appelle ça La Sacrée Défonce, entre nous. » répondit Pansy avec un sourire en coin.

Elle se tourna vers Kai, affichant une moue ennuyée.

« Tu n'as rien de plus…exotique ? » demanda-t-elle. « Ce soir, j'ai envie de faire un voyage mystique. »

Elle leva les bras et imitant des vagues invisibles, faisant mine de planer, ce qui fit rire l'homme.

« J'ai une petite nouveauté. C'est le nouveau truc à la mode, tout droit venu du Népal. » dit-il.

« Oh ? » demanda Pansy, en se penchant vers lui, arborant un œil curieux.

« Composant Organique du K.O Explosif. Coke pour les connaisseurs. C'est super fort. Avec ça, tu auras l'impression de faire la fête avec les étoiles. Effet assuré. »

Il montra le plafond d'un geste dramatique.

« Donne-moi deux doses. » réclama Pansy avec excitation.

Elle farfouilla dans son petit sac et lui tendit une poignée de gallions, sous le regard effaré de Ginny. L'homme lui tendit le produit enroulé dans une feuille de parchemin froissée que Pansy s'empressa de ranger dans son petit sac brillant. Ginny ouvrit la bouche, interloquée face à la scène. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle venait d'assister à une transaction de drogues illégales en plein lieu public.

« Et si quelqu'un t'a vu ? » demanda Ginny, mal à l'aise.

« Oh détends-toi, rouquine. A ton avis, qui l'a fait entrer ici si ce n'est pas les gérants eux-mêmes ? » demanda Pansy sur le ton de l'évidence. « Tant qu'on ne consomme pas à la vue de tous, il n'y a pas de problèmes. »

Elles remontèrent à la mezzanine et rejoignirent leur box, où Draco et Théodore se trouvaient toujours. Blaise, quant à lui, avait disparu.

« Je vois qu'on s'amuse comme des petits fous, ici. » ironisa Pansy, attirant les regards blasés des deux hommes.

Théodore avait pris place sur l'ancien siège de Ginny. Pansy regagna le sien. Ginny réalisa qu'elle n'aurait pas d'autre choix que de s'installer aux côtés de Draco. Ils s'étaient à peine adressés la parole pendant la soirée.

Elle se laissa choir à ses côtés d'une manière peu élégante, ses gestes rendus maladroits à cause de l'alcool. Sa jambe frôla celle de Draco.

Pansy n'avait pas perdu de temps et avait sorti de son sac la drogue qu'elle venait d'acheter. Elle prit l'une des pastilles et la plaqua sous sa langue. Elle tendit la seconde à Ginny, d'un air conspirateur. Cette dernière observa sa main avec hésitation.

« N'y touche pas. » intervint soudainement la voix de Draco, à ses côtés.

Pansy lui lança un regard blasé avant de proposer la même chose à Théodore qui déclina poliment.

« Elle est habituée à prendre ce genre de choses. » expliqua Draco à voix basse à l'attention de Ginny. « Ça peut être dangereux si tu n'y as jamais touché. »

Ginny hocha la tête. La seule drogue qu'elle avait consommée était de la poudre de Billywig, une substance tranquillisante aux effets peu dangereux. Jamais elle n'avait touché à des drogues dures.

« Elle ne s'arrête vraiment jamais. » commenta Ginny quelques instants plus tard, d'un ton mi-impressionné, mi-choqué.

Pansy était debout sur la table, les yeux fermés, dansant de manière lascive. Ginny était impressionnée de l'énergie intarissable de cette femme. Elle était probablement hyperactive.

« Tu aurais pu me prévenir avant de me laisser seule avec elle. » ajouta-t-elle.

Sa remarque sembla amuser Draco car il esquissa un sourire. Un vrai sourire, pas l'un de ces rictus narquois qu'il arborait généralement. Elle l'observa, l'air pensif. Depuis l'attaque du Bal de l'Ellébore, elle voyait une nouvelle facette de Draco Malfoy. Elle avait remarqué un côté presque protecteur dans la manière dont il se comportait avec elle-même ou Pansy. Il donnait même l'impression de se sentir responsable d'elles. Cela lui rappelait la manière dont Bill se comportait avec sa famille, elle y compris. Cette pensée la laissa interloquée. Venait-elle vraiment de comparer son frère à Draco Malfoy ?

Ginny reporta son attention sur la table, où Pansy dansait toujours. Ses pupilles étaient dilatées et elle semblait complètement absente.

« Ça n'aurait pas été aussi drôle si je t'avais prévenu. » commenta Draco avec un rictus.

Ginny lui lança un regard indigné et croisa les bras, touchant distraitement le bracelet qu'elle portait.

« A quoi servent ces bracelets, exactement ? » interrogea Ginny.

Elle venait de réaliser que Théodore portait également un bracelet platine.

« A classifier les clients. » répondit Draco sur le ton de l'évidence.

Devant l'air déconcerté de Ginny, il saisit soudainement son bras et sa main effleura le bracelet qu'elle portait. Elle frissonna au contact de ses doigts sur sa peau nue.

« Ces bracelets sont réservés pour les invités exclusifs. Ceux qui se trouvent ici. » dit-il.

Il désigna les personnes installées dans la mezzanine.

« Et que faut-il faire pour être dans cette zone exclusive ? »

« Faire partie d'une famille sacrée ou débourser une somme importante. » révéla-t-il.

Il lâcha le bras de Ginny qui retomba mollement sur sa cuisse.

« Ou les deux. » ajouta Draco avec un rictus suffisant.

Évidemment, pensa-t-elle. Il ne perdait jamais une occasion de se vanter et montrer sa supériorité.

« Et les bracelets verts ? » demanda Ginny.

« Pour les Sang-purs. » dit-il.

« Et les rouges ? »

« Sang-Impurs. »

« Ils laissent entrer des Sang-Impurs, ici ? » s'étonna Ginny, décontenancée. « De manière volontaire, je veux dire. »

Ils l'avaient laissée entrer sans connaître son véritable statut. Elle ne pouvait toutefois pas imaginer qu'ils laissent entrer des individus de rang inférieur dans un lieu aussi exclusif et prisé. Selon Pansy, c'était le club le plus populaire du moment dans leur milieu.

« Disons que… Certaines valeurs passent à la trappe pour certaines personnes quand l'alcool est impliqué. » répondit-il évasivement. « Et Zabini aime l'argent. »

Ginny se souvint que seules des femmes portaient des bracelets rouges, toutes particulièrement attirantes et désirables. Était-ce un moyen de stimuler la clientèle masculine du club ?

« Et j'imagine que certaines d'entre elles sont des accompagnatrices. » poursuivit Draco d'un ton distrait.

« Des quoi ? » répéta Ginny, sans comprendre.

« Des professionnelles. Là pour le…divertissement. » ajouta-t-il avec sarcasme.

« Oh. » répondit Ginny, se sentant rougir devant sa propre naïveté.

La conversation s'arrêta là, et l'attention se reporta sur les nouvelles frasques de Pansy.

Du coin de l'œil, Ginny remarqua une femme blonde installée près de la rambarde de la mezzanine. Elle lançait des regards appuyés dans leur direction. Ginny réalisa que c'était Draco qu'elle visait du regard, tentant visiblement d'attirer son attention.

Ginny se sentit traversée par une irritation inexplicable. Son exaspération s'accrut davantage lorsque la femme blonde s'approcha de leur box et se pencha vers Draco, révélant un décolleté indécent au passage, pour murmurer des paroles à son oreille. Son attitude entreprenante ne laissait aucun doute sur ses intentions.

Avec la musique assourdissante, Ginny n'entendait pas le contenu de la conversation qu'ils échangèrent. Elle fit mine de ne pas porter attention à la scène mais du coin de l'œil, elle constata que Draco restait de marbre face à la jeune femme. Cette dernière finit par s'éloigner, arborant un air humilié sur son visage. Elle semblait froissée du manque d'intérêt de Draco à son égard. Elle n'était probablement pas le genre de femme à qui les hommes disaient non. Une satisfaction soudaine envahit Ginny.

« Pas intéressé ? » demanda-t-elle d'une voix qu'elle tenta de rendre détachée, avant de boire une nouvelle gorgée de sa boisson.

« Je l'ai informée que j'étais accompagné, ce soir. » déclara Draco.

Son regard se planta dans celui de Ginny pendant qu'il prononçait ces mots. Cette dernière s'efforça de dissimuler son soudain trouble, plongeant sa main dans sa longue chevelure avec désinvolture.

« Elle n'a pas eu l'air d'avoir apprécié. On dirait que tu l'as vexé. » fit remarquer Ginny avec moquerie.

« Je ne lui en veux pas d'avoir tenté sa chance. Elles savent toutes qui je suis. » dit-il d'un ton nonchalant.

Pour une fois, ses paroles ne sonnaient pas comme de la vanterie mais comme une simple constatation. Ginny n'avait pas manqué les regards qu'ils avaient reçus à leur entrée à l'Inferno. Draco Malfoy était un homme convoité au vu de son statut et de celui de sa famille.

« D'ailleurs, tu dois bien être la seule femme qui ne me connaissait pas lorsque je l'ai rencontrée. » fit-il remarquer après un court moment de réflexion. « Ou peut-être que tu prétendais ne pas savoir qui j'étais. »

Il avait ajouté cela avec sa condescendance habituelle et cela fut suffisant pour faire resurgir l'irritation de la jeune femme.

« Ne prends pas tes rêves pour des réalités. » répliqua Ginny.

Sa remarque sembla l'amuser car il laissa échapper un rire bref.

« Pourtant tu n'avais pas l'air si rebutée, le jour du bal. » fit-il remarquer vicieusement.

Immédiatement, les oreilles de Ginny prirent une teinte écarlate et elle fut heureuse que ses cheveux les dissimulent. Il faisait référence à leur échange dans les jardins du Palais de la Chimère. Draco avait semblé sur le point de l'embrasser et Ginny n'avait pas affiché le moindre signe de résistance.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » réfuta-t-elle toutefois, avec mauvaise foi.

« Tes pensées disaient pourtant le contraire, tout à l'heure. » ajouta—t-il d'un ton sardonique.

Ginny jura intérieurement. Elle avait oublié leur séance d'occlumancie, plus tôt dans la journée. En entrant dans son esprit, il avait eu un aperçu de ses pensées pendant le bal, ainsi que les émotions qu'elle avait ressenties tandis qu'il se rapprochait d'elle, l'observant avec intensité. Cette fois, Ginny ne put dissimuler son embarras. Elle aurait voulu creuser un trou dans le sol et s'y cacher. Elle n'aimait pas la tournure que prenait cette conversation. Il était clairement en train de prendre le dessus et elle ne ferait que s'embarrasser davantage si elle poursuivait cet échange.

« Je vais prendre l'air. » marmonna-t-elle.

A sa grande surprise, Draco se pencha dans sa direction, près de son oreille. Sa proximité et son souffle chaud près de sa peau la fit tressaillir.

« Tu es certaine que tu ne veux pas que je te rejoigne dehors, comme la dernière fois ? » susurra-t-il avec sarcasme.

Ginny lui jeta un regard courroucé et se releva, sans prendre la peine de répondre. Ignorant le rictus suffisant de Draco, elle s'éloigna du box. Elle aperçut Théodore Nott, appuyé contre la rambarde, observant d'un air distrait la piste de danse à l'étage inférieur, où les fêtards dansaient toujours au rythme de la musique du DJ. Ginny s'approcha de Théodore et posa à son tour ses mains sur la rambarde.

« J'imagine que ce n'est pas le genre de musique que tu affectionnes. » devina—t-elle.

Théodore se tourna dans sa direction, visiblement surpris par son apparition. Il haussa les épaules.

« J'ai l'esprit ouvert lorsqu'il s'agit de musique. » dit-il d'une voix neutre.

Un silence s'installa. Son regard s'attarda sur la cabine du DJ. Elle fronça les sourcils en apercevant l'ombre de petites créatures bleues qui s'agitaient aux côtés de l'homme avant de disparaître brusquement. Ginny cligna plusieurs fois des yeux.

« Je crois que j'ai trop bu. » commenta-t-elle avec gêne. « J'ai cru voir des trolls miniatures à côté de ce type. »

« Ce n'est pas ton imagination. » répondit Théodore d'une voix posée. « Ce sont des lutins travailleurs. Ils assistent les artistes. Ils ne sont visibles que dans l'obscurité. »

« Oh. »

« Lorsqu'un lutin travailleur s'attache à un artiste, il lui reste loyal pour l'éternité. » poursuivit Théodore d'une voix rêveuse. « Sauf ceux de France qui se mettent souvent en grève. »

Ginny laissa échapper un rire à la remarque, se demandant s'il s'agissait d'une plaisanterie ou s'il était sérieux. Elle lui jeta un regard un coin. Il semblait soucieux. Incapable de s'en s'empêcher, Ginny lança :

« Je sais que ça va te paraître étrange car tu ne me connais pas mais… Je suis au courant pour toi et Hermione. » dit-elle à voix basse.

Théodore se tourna dans sa direction, perdant son flegme. Il semblait ébahi et une lueur de panique apparut dans ses yeux bleus verts.

« Je suis son amie. Nous vivons aussi ensemble. Elle t'a sûrement déjà parlé de moi. » s'empressa d'ajouter Ginny pour le rassurer.

« Alors tu es cette Ginny. » dit-il finalement avec soulagement, comme s'il faisait le rapprochement.

Elle ne manqua pas le regard attristé qui passa soudainement dans les yeux de l'homme. Elle savait qu'Hermione et Théodore avaient eu une récente dispute. Son amie s'était brièvement confiée à elle. Même si Ginny ne voulait pas se mêler des affaires d'Hermione sans y avoir été invitée, elle savait que le froid entre eux l'affectait également. Même si elle regrettait de s'être emportée de cette façon avec Théodore, Hermione était trop fière et têtue pour le reconnaître et faire un pas dans sa direction.

« Est-ce que je peux me permettre un conseil ? » demanda Ginny.

Théodore acquiesça, écoutant désormais ses paroles avec un intérêt nouveau.

« Hermione n'est pas le genre de personne à laisser place au hasard dans sa vie. Elle a besoin d'assurance, de certitude. » expliqua Ginny. « Tout ça est nouveau pour elle. Et même si elle veut se laisser aller avec toi, elle craint les retombées. »

« Je comprends. » dit Théodore.

« Tu ne peux pas vraiment comprendre. Ce que c'est pour nous. Le genre de vie que nous menons. Les conséquences pourraient être très graves pour elle, Théodore. Ce n'est pas un jeu. » insista Ginny.

« Ce n'est pas un jeu pour moi non plus. Je tiens énormément à Hermione. Je ne veux que le meilleur pour elle. J'aimerais qu'elle ne soit pas toujours sur la réserve. » avoua-t-il.

« Dans ce cas, prouve-le-lui. Essaye d'apaiser ses insécurités sans la brusquer. » suggéra Ginny.

Théodore hocha la tête et pendant de longues secondes, il sembla pensif.

« Merci beaucoup, Ginny. » dit-il avec reconnaissance.

« De rien. J'essaierai de lui parler de mon côté. » promit Ginny avec un sourire. « Je ne voudrais pas qu'elle s'empêche de vivre quelque chose parce qu'elle réfléchit trop. »

Ginny décréta qu'elle appréciait Théodore. Ils n'avaient pas beaucoup discuté pendant la soirée, mais en voyant son aura tranquille et humble, elle pouvait comprendre pourquoi Hermione était tombée sous son charme. Leurs personnalités semblaient s'accorder.

« D'ailleurs, en échange, puis-je te demander une faveur ? » interrogea Ginny.

« Bien sûr. »

« J'aimerais que tu ne dises pas à Hermione que tu m'as rencontrée ici. Et surtout avec qui j'étais. » dit-elle, d'un ton gêné.

Théodore hocha la tête. Il jeta un rapide coup d'œil par-dessus son épaule, en direction de leur box.

« Il n'a pas l'air content. » fit-il remarquer.

Ginny suivit son regard. Immédiatement, elle croisa le regard perçant de Draco, rivé sur elle, une lueur froide à l'intérieur. Elle s'empressa de détourner les yeux.

« Oh, il est toujours ainsi. » dit Ginny d'un ton dégagé. « Un vrai modèle d'amabilité. »

« Je veux dire qu'il n'a pas l'air content de te voir discuter avec moi. » rectifia Théodore d'un ton entendu.

Ginny ne répondit pas, même si elle sentit ses joues s'empourprer de nouveau. Elle décréta que ce n'était peut-être pas une mauvaise chose. Après leur conversation et sa suffisance à son égard, Draco méritait lui aussi d'être contrarié.

A leur retour dans le box, Ginny prit de nouveau place à ses côtés. Elle prit un malin plaisir à sourire de manière exagérée en écoutant les paroles de Théodore. Elle pouvait sentir le regard brûlant de Draco sur elle et cela lui procura une satisfaction extrême.

Ça t'apprendra Malfoy, pensa-t-elle avec réjouissance.

Ils décidèrent d'écourter la soirée lorsque le comportement de Pansy devint un peu trop intense et difficile à gérer. Elle s'était mise à imiter un oiseau, faisant mine de pouvoir voler.

« Il est temps de rentrer. » déclara Draco en attrapant fermement Pansy, qui ne tenait presque plus debout.

« Dis-lui que j'ai des ailes, chaton. Dis-lui que je peux voler. » marmonna la jeune femme d'une voix plaintive.

« Assez de bêtises pour une soirée. » répondit Draco avec irritation. « Allons te mettre au lit. »

« Je veux juste être libre. Comme un oiseau. » se lamenta Pansy d'une voix accablée.

Sa voix était désormais tremblante, comme si elle allait fondre en larmes.

« Pourquoi nous n'avons pas le droit d'être libres ? » poursuivit-elle, à voix basse.

Ginny lui adressa un regard mal à l'aise.

« Est-ce qu'elle va bien ? » demanda-t-elle à l'attention de Draco.

« Elle est juste en train de délirer. » répliqua Draco. « N'écoute pas ce qu'elle raconte. »

Il avait répondu d'un ton sec, comme s'il voulait couper court à la conversation. Ginny n'insista pas davantage.

Le matin suivant, elle se réveilla avec un mal de crâne atroce, après une nuit particulièrement courte. Une douche tiède l'aida à se sentir un peu mieux. A son entrée dans la cuisine, elle fut surprise d'y voir Draco et Pansy. Ginny jeta un regard effaré à la jeune femme qui semblait en pleine forme.

« Tu pourras rentrer chez toi, aujourd'hui. » lui annonça Draco, se tournant vers elle.

Le soulagement envahit Ginny.

« On dirait qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter davantage pour le moment. » dit-il d'une voix neutre, presque transactionnelle.

Elle ne manqua pas la froideur dans son ton mais ne s'en formalisa pas. Elle était trop impatiente à l'idée de rentrer et retrouver ses proches avec qui elle n'avait pas eu le moindre contact pendant presque quatre jours.

« Merci beaucoup, Pansy. » dit Ginny avec sincérité, devant la porte d'entrée.

Pansy lui sauta au cou pour l'étreindre, la faisant presque trébucher. Elle se tourna ensuite vers Draco.

« Je l'adore. Je peux la garder ? » demanda-t-elle d'une voix pleine d'espoir.

Draco leva les yeux au plafond et Pansy se tourna vers Ginny.

« Je t'en prie, chaton. On devrait se refaire ça, bientôt. » lança Pansy avec un sourire mutin, en lui faisant un clin d'œil.

Le voyage de retour dans la diligence se fit dans un silence pesant et Draco lui adressa à peine la parole. Heureusement, le trajet fut rapide et la diligence s'immobilisa finalement. Ginny se tourna vers lui, ne sachant pas quoi dire. Compte tenu de l'incident au bal, elle n'était pas certaine de son futur au cabinet de la gouverneure Warrington.

« Hm… A bientôt. » dit-elle finalement avec hésitation.

Il se contenta d'un geste bref de la tête, sans même répondre. Ginny s'empressa de quitter la diligence et claqua la porte derrière elle, partagée entre la frustration et le soulagement. Retrouver le Quartier des Embrumes et ses rues modestes fut étrange après ces jours passés dans un autre univers, si opposé à celui qu'elle connaissait.

Elle s'empressa de rejoindre son immeuble et courut dans les escaliers pour atteindre le dernier étage. Elle avait perdu ses clefs, avec les quelques affaires laissées dans une pièce du Palais de la Chimère. Elles gardaient toutefois un troisième double de clefs dans un pot de plantes, près de la minuscule fenêtre du couloir. Ginny s'apprêtait à les saisir lorsqu'elle entendit des voix à l'intérieur de l'appartement. Elle fronça les sourcils. Elle s'attendait à ce qu'il soit vide. Hermione était supposée être au travail à cette heure-ci. Ginny frappa à la porte, intriguée. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit à la volée et ses yeux tombèrent sur le visage nerveux d'Hermione.

« Ginny ! » s'exclama cette dernière d'un ton hystérique avant de se jeter dans ses bras, visiblement soulagée. « Nous avons eu tellement peur… »

Stupéfaite, Ginny ne répondit pas immédiatement à son étreinte. Nous ? songea-t-elle, sans comprendre.

Par-dessus l'épaule d'Hermione, elle aperçut son frère Bill et son épouse Fleur dans le séjour. Son cœur tomba immédiatement dans sa poitrine et une boule de nervosité obstrua sa gorge. Elle jura intérieurement. Elle allait passer un sale quart d'heure.

A sa grande surprise, la première chose que Bill fit fut de s'approcher d'elle pour l'étreindre fermement. Lorsqu'il la relâcha, ses yeux affichaient toutefois une colère évidente.

« Tu te rends compte à quel point nous étions terrifiés, Ginevra ? » gronda-t-il, sa voix tremblant de fureur.

Ginny grimaça. Lorsque son frère utilisait son prénom complet, cela présageait des problèmes. Elle se tourna vers Hermione qui lui adressa un regard navré.

« Comment as-tu pu nous mentir pendant tout ce temps, Ginevra ? Travailler au fichu Ministère de la magie ? As-tu la moindre idée du danger que ça représente ? » fulmina Bill, ses traits tirés sous la colère.

« C'est exactement pour cette raison que je ne voulais pas t'en parler, d'accord ? » répliqua-t-elle avec frustration. « Je savais que tu allais réagir de cette manière. »

Sa réponse ne parut pas plaire à son frère.

« Et comment devrais-je réagir ? » s'emporta Bill.

« Je ne suis pas une enfant, Bill. » lança Ginny avec lassitude, tandis qu'elle croisait les bras. « J'ai le droit de prendre mes propres décisions. »

Elle était épuisée, une migraine violente lui tiraillait le crâne et entendre les cris de Bill devenait presque douloureux.

« Pourtant tu te comportes comme une enfant ! Imagine-toi dans quel état nous étions en apprenant que tu te trouvais au bal où cette explosion a eu lieu et dont tous les journaux parlent ? » hurla-t-il, son visage arborant désormais une lueur blessée.

Il se massa la tempe, comme s'il tentait de regagner son calme.

« Quatre jours sans aucune nouvelle. Si Hermione n'était pas venue nous trouver car elle s'inquiétait, jamais nous n'aurions pu savoir. » poursuivit-il.

Ginny grimaça. Son plan n'avait pas été des plus intelligents. Sans nouvelles d'elle, il était évident qu'Hermione finirait par paniquer. Même avec la lettre cryptique qu'elle lui avait envoyée le lendemain du bal. Elle ne pouvait pas en vouloir à son amie d'avoir contacté sa famille.

« Bill… » intervint soudainement Fleur d'une petite voix.

« Pas maintenant, Fleur ! » s'écria-t-il avec fureur en direction de sa femme.

« BILL ! » s'exclama-t-elle d'un ton hystérique.

Tous les regards de la pièce se dirigèrent vers Fleur, dont le visage avait pâli et qui tenait son ventre, un air de douleur extrême sur le visage.

« Je crois que le bébé arrive… » dit-elle d'une voix paniquée, entre deux respirations saccadées.


Ce chapitre était super long, je sais. J'espère qu'il vous a plu ! D'ailleurs, c'est le plus long de cette histoire jusqu'à présent mais le diviser en deux n'avait pas trop de sens vu le contenu.

Débriefons donc :

- Hannah qui est identifié par les Aurors. Qu'est-ce que ça va engendrer pour ses proches, à votre avis ?
- Les liens entre les Malfoy ? On est bien loin de la petite famille parfaite, n'est-ce pas ? Comme quoi l'argent et le pouvoir ne sont pas synonymes de bonheur. Vous en saurez plus à travers l'histoire sur leurs vilains petits secrets.
- Pleiiiin d'interactions entre Draco et Ginny ? Qu'en avez-vous pensé ?
- Quid de Théodore qu'on n'avait pas vu depuis des lustres ?
- Bill qui a découvert les agissements de Ginny ?
- Et bien évidemment notre diva nationale Pansy ?

N'hésitez pas à me donner vos avis ! En plus j'approche des 100 reviews, franchement je serais super contente de les atteindre !

Le prochain chapitre s'intitulera ''L'école de la Pureté''

A bientôt et prenez soin de vous,

Fearless