Liberté et dignité le gang,

On approche de l'hiver, ce qui n'est pas une période très motivante pour moi, je vous l'avoue (le manque de soleil sans doute) Écrire me demande plus d'efforts à cette période donc je vais tenter d'écrire un maximum en novembre pour prendre un peu d'avance, histoire d'essayer de continuer à poster régulièrement quand le spleen saisonnier frappera. Je ne promets rien. Mais on va essayer. En tout cas, voici un nouveau chapitre tout beau, tout frais, tout sanglant.

Et comme d'habitude, merci à Jiwalumy, Fleur d'Ange, Guest, Lestrange-maria et DI5M pour vos reviews. Que ferais-je sans vous ? Pluie de coeurs sur vous, comme d'habitude ! Je finis de répondre à vos reviews demain.

Playlist et montage du chapitre disponibles dans les liens sur mon profil d'auteure !

XXVIII. Règlements de Comptes

« On ferme dans dix minutes. » annonça Tom, le propriétaire du Chaudron Baveur, à l'attention d'une poignée de clients ivres qui s'esclaffaient bruyamment.

Les clients, un groupe de quarantenaires qui jouaient aux fléchettes mangeuses, laissèrent échapper des exclamations déçues. Tom les ignora. Depuis l'instauration du couvre-feu, les descentes de Mangemorts se faisaient plus nombreuses qu'à l'accoutumée. Il ne voulait pas s'attirer des ennuis.

Tom avait ouvert son pub deux décennies plus tôt. Pour un Sang-Impur, posséder un commerce sur le Chemin de Traverse, était un accomplissement sans précédent. Gringotts n'accordait jamais de prêts aux sorciers de rang inférieur. A dix-sept ans, il avait commencé à travailler en tant que barman pour la Taverne du Lézard. Le propriétaire de l'établissement, un vieillard excentrique surnommé Quirinus, l'avait pris sous son aile malgré son statut inférieur. Tom avait toujours éprouvé une reconnaissance extrême envers cet homme qui l'avait traité comme un fils en dépit de ses origines. A la stupeur générale, à sa mort, Quirinus avait légué son local à Tom.

Lorsque Tom avait pris la tête de la Taverne du Lézard, la clientèle s'était faite de plus en plus rare, outrée et méfiante qu'un homme de basse stature possède l'endroit. Il avait alors décidé de changer l'image de l'établissement. Il avait changé le nom en Chaudron Baveur et avait commencé à cibler une clientèle différente – les Sang-Impurs. A l'époque, il n'existait pas d'établissement du genre sur le Chemin de Traverse où ils étaient les bienvenus. Immédiatement, la popularité de l'endroit avait explosé, à la grande surprise de Tom. En dix ans, il avait amassé assez d'argent pour pouvoir acheter l'étage supérieur ainsi que le local adjacent au pub. Il avait alors agrandi le Chaudron Baveur et développé l'activité en proposant de la restauration, des chambres d'hôte à prix abordables, puis en permettant à des artistes au creux de la vague de se produire sur la petite scène du pub. Rapidement, le Chaudron Baveur était devenu une adresse incontournable pour les Sang-Impurs, ravis de pouvoir se retrouver dans un endroit sans discrimination.

Le chemin n'avait pas été sans embûches. Les intimidations et les tentatives de sabotage s'étaient multipliées. Les Mangemorts et le Ministère cherchaient constamment des prétextes pour essayer de fermer l'endroit, ne voyant pas d'un bon œil que des Sang-Impurs aient un lieu de rassemblement aussi large au cœur de Londres. Régulièrement, des représentants du Service de régulation des lieux publics se présentaient pour des contrôles d'hygiène, à la suite de ''dénonciations anonymes''

Si Tom avait réussi à tenir toutes ces années, c'était parce qu'il s'était fixé deux règles importantes auxquelles il n'avait jamais failli. Payer ses taxes et ne jamais rien faire d'illégal. Tom le savait, il avait une responsabilité importante auprès de sa communauté. Il était l'un des rares à offrir un peu de distraction et de récréation à une population maltraitée par un régime hostile.

La porte grinçante du Chaudron Baveur s'ouvrit brusquement, retentissant dans l'intérieur désormais silencieux du pub. La main de Tom se crispa sur le verre qu'il nettoyait à l'aide d'un torchon vieilli et il observa avec circonspection les nouveaux arrivants - deux hommes et une femme. Tom se dirigea vers eux, s'efforçant de garder une distance prudente.

L'un des hommes n'avait plus qu'un œil. Sa seconde orbite abritait une bille en verre qui luisait sous l'éclairage tamisé de la salle. La femme, quant à elle, avait le crâne rasé et portait des ongles noirs si longs et si pointus qu'ils constituaient probablement une arme blanche. Le troisième homme, lui, présentait une allure bien différente de l'apparence marginale des deux autres. Avec ses lunettes carrées, sa chemise sans plis et son petit col, il semblait sortir tout droit du Ministère de la Magie.

« Qu'est-ce que je vous sers, aujourd'hui ? » demanda Tom d'une voix neutre.

« On ne sera pas longs ce soir, vieux père. » répondit la femme en souriant, faisant apparaitre une rangée de dents jaunies et mal entretenues. « On vient récupérer le tribut de la semaine. »

Elle s'installa avec aise sur un tabouret du bar, faisant claquer ses ongles interminables sur le vieux bois raturé. Tom hocha la tête et contourna le comptoir avant de s'y abaisser pour extirper une bourse remplie de pièces, cachée derrière un carton de dessous de verre. Il tendit la bourse à la femme qui la fit sauter dans sa main à trois reprises, l'air pensif.

« Le compte est bon, vieux père. Toujours un plaisir de faire affaire avec toi. » décréta-t-elle avant de sauter du tabouret, et de se diriger vers la sortie en sifflotant.

Tom ne se détendit qu'une fois les trois individus sortis de son pub. Ils étaient des hommes de main au compte d'un criminel d'envergure surnommé La Vipère. Chaque semaine, ils venaient collecter une ''contribution financière'' auprès des établissements du quartier en échange de leur ''protection.''

Lorsque les premiers représentants de la Vipère s'étaient présentés dans son pub, dix ans auparavant, Tom avait refusé leur proposition de protection qui sonnait davantage comme du racket. Pendant des semaines, ils avaient alors multiplié les tentatives d'intimidations. Tom retrouvait ses arrivages de boissons compromis, son local vandalisé et ses employés menacés, forçant certains à démissionner par peur de représailles.

Un jour, Tom s'était fait prendre à parti par un groupe d'hommes qui l'avaient tabassé jusqu'à ce qu'il promette de payer le tribut. Depuis, il payait toutes les semaines, sans exception. C'était un sacrifice pour la tranquillité de son établissement.

Tom ferma finalement le pub, et força Louie, le dernier client, à quitter l'endroit. Il devait presque toujours faire usage de la force pour congédier ce dernier. Louie était un habitué du Chaudron Baveur, et accessoirement un ivrogne, qui noyait ses problèmes maritaux dans du whiskey pur feu bas de gamme. Il semblait toujours angoissé à l'idée de devoir faire face à son épouse une fois de retour au domicile conjugal.

Comme chaque soir, Tom agita sa baguette pour commencer le nettoyage du pub. Les chaises s'élevèrent dans l'air, se rangeant soigneusement sur les tables. Les bouteilles vides lévitèrent pour se placer méticuleusement dans des caisses. Des serpillères se mirent à frotter énergiquement le sol, se cognant régulièrement contre les pieds de table. A chaque fois, elles s'arrêtaient quelques secondes, comme assommées, avant de se secouer brièvement et de reprendre leur récurage.

Tandis qu'il entrait dans l'arrière-cour pour jeter les ordures. Tom entendit distinctement des paroles. Il tendit l'oreille et réalisa que les voix venaient de la cour adjacente.

« Ça fait trois semaines que tu n'as pas payé le tribut. » gronda la voix d'une femme que Tom reconnut immédiatement.

Elle appartenait à la femme qui venait de passer dans son propre pub.

« Les affaires ne sont pas faciles… Et depuis le couvre-feu, j'ai perdu plus de la moitié de mes clients. Je vous en prie, laissez-moi un mois pour collecter l'argent et je vous promets que… » plaidait le propriétaire.

Ses paroles furent interrompues par un craquement sonore, immédiatement suivi d'un hurlement. Tom entendit un second craquement, puis un troisième. Il tressaillit.

« On revient dimanche prochain, rejeton de gourgandine. La prochaine fois, je m'occuperai de ta deuxième jambe. » lança une autre voix – celle d'un homme cette fois.

Le propriétaire de l'établissement voisin gémissait toujours de douleur et Tom resta immobile pendant de longues secondes, la main tremblante sur son sac d'ordures. Une partie de lui voulait aller porter secours à cet homme mais il se retint. A quoi cela servirait-il ? Il ne ferait qu'aggraver la situation et s'attirer des problèmes. Tom s'empressa de jeter les ordures et de retrouver l'intérieur du pub.

Il allait continuer à faire ce qu'il faisait toujours. S'occuper de ses affaires.

/

Deux semaines étaient passées depuis l'enterrement.

Deux semaines pendant lesquelles Théodore avait eu l'impression d'être plongé dans un songe éveillé. Comme si son corps était présent et ancré au sol mais que son esprit était, lui, complètement disjoint.

Il avait l'impression d'être un spectateur dans son propre corps. La sensation était des plus étranges. Tous ses faits et gestes étaient machinaux, comme s'il n'était pas vraiment celui qui les exécutait. Il ne vivait pas. Il se laissait vivre.

Il s'interrogeait. Est-ce qu'il se remettrait un jour de la perte de sa mère ? Est-ce que ce vide immense le quitterait, un jour ?

Théodore n'en était pas certain.

Il était passé par plusieurs états émotionnels depuis. Le choc, lorsqu'il l'avait vue rendre son dernier souffle, entourée de ses proches.

Puis, lorsque la réalité avait commencé à s'imposer à lui, il s'était senti submergé par une douleur insupportable. Tel un trou noir béant, qui avait ravagé toutes pensées heureuses de son esprit, l'emplissant d'une détresse face à laquelle il se sentait impuissant.

Une partie de lui avait ensuite éprouvé du soulagement. Soulagé de ne plus la voir souffrir à cause de sa maladie, de ses traitements, de cette enveloppe corporelle détériorée qui ne l'assistait plus convenablement.

Soulagé qu'elle ait enfin trouvé la paix.

Théodore s'était laissé guider pendant les préparatifs de l'enterrement, comme s'il n'était pas vraiment présent, observant les gens autour de lui régler les détails des funérailles. Le cercueil de sa mère, la tenue et le maquillage qu'elle porterait pendant la mise en bière. L'orchestre qui jouerait pendant la cérémonie.

La logistique avait été d'une facilité déconcertante. Sans doute parce que Gislena, en hôtesse et planificatrice parfaite qu'elle était, s'était attelée à gérer tous ces détails durant les derniers mois de sa vie en faisant appel à Tamsin, la doula de fin de vie.

A l'époque, Théodore avait trouvé la chose morbide et complètement farfelue. Il réalisait désormais à quel point cela avait été nécessaire. Il ne pouvait pas s'imaginer de penser à ces choses tout en essayant de gérer l'impact émotionnel de sa disparition.

Il n'était pas le seul à souffrir. Son père était lui aussi dévasté. Même si Theodius n'était pas un homme particulièrement expressif, Théodore n'avait jamais douté de l'amour qu'il portait à son épouse. Gislena avait toujours été le rayon de soleil de leur famille. La seule personne capable d'illuminer une pièce lorsqu'elle y entrait.

Sans elle, le Manoir était lugubre. Triste. Vide.

Theodius avait décidé de s'éloigner du Manoir peu après l'enterrement, ne pouvant probablement pas supporter de rester dans ces murs habités par des décennies de vie commune avec Gislena. Se retrouver dans la chambre qu'ils avaient partagée et dans le même lit dans lequel elle avait rendu son ultime souffle était sans doute une expérience ardue, même pour le plus insensible des humains.

Theodius s'était retiré dans l'une des propriétés secondaires de la famille, au Nord de l'Angleterre. Ces dernières années, Théodore et son père avaient eu des rapports compliqués à cause de son refus de suivre le chemin tout tracé que son père prescrivait pour lui. Pourtant, la disparition de Gislena les avait laissés tous deux bouleversés et ils avaient laissé leurs frustrations personnelles de côté pour se soutenir.

Théodore sentit des mains se poser sur ses épaules, les serrant doucement. Des bras s'enroulèrent autour de sa nuque. Bientôt, une joue familière se colla contre la sienne, et une odeur agréable et familière lui emplit les narines. Il leva une main, caressant le bras autour de sa nuque.

« Hey. » chuchota Hermione en posant un baiser au coin de son oreille avant de contourner la banquette pour s'asseoir à ses côtés. « Tu joues ? »

Elle avait désigné le piano d'un geste de la tête. Théodore observa les touches bicolores face à lui, comme s'il se réveillait d'un long rêve. Cela faisait probablement deux heures qu'il était installé devant l'instrument. Il n'avait pourtant pas réussi à jouer la moindre note et s'était contenté de fixer le piano, les yeux vitreux. Le cœur n'y était pas.

Il ressentait un blocage. Il avait trop de choses à l'esprit et l'inspiration n'était pas présente. Il n'avait pas pu retourner au théâtre depuis la mort de Gislena. Il ne se sentait pas en état de voir les autres.

Même l'enterrement avait été compliqué. Voir passer tous ces visages connus et inconnus, les remercier de s'être déplacés, les écouter ressasser encore et encore leurs condoléances courtoises avait été presque asphyxiant. Ce n'était qu'à la fin des funérailles, le silence et la solitude retrouvées, qu'il avait réussi à respirer de nouveau.

« Pas vraiment. » répondit Théodore avec un soupir, refermant le clapet.

Hermione hocha lentement la tête et entremêla ses doigts aux siens.

« Comment s'est passée ta journée ? » demanda Théodore d'une voix plate.

Écouter des choses ordinaires l'aidait parfois à se distraire. C'était une façon d'accepter que la vie continuait même si le temps avait semblé se figer après la mort de sa mère.

Il écouta Hermione pendant qu'elle lui racontait patiemment sa journée. Il ignorait ce qu'il aurait fait si elle n'avait pas été dans sa vie. Elle avait été un soutien solide et sans faille pour lui, lui apportant une épaule consolatrice tandis qu'il passait par tous les états émotionnels qui semblaient exister.

Hermione avait été d'une patience extraordinaire. Elle passait quasiment tout son temps libre en sa compagnie et il lui en était infiniment reconnaissant. Elle avait officieusement emménagé dans le Manoir, ce qui avait rendu la demeure moins lugubre et solitaire pour Théodore.

Elle avait pris une place importante, gérant les elfes de maison, aidant à s'occuper des visiteurs et d'autres détails que Théodore n'aurait pas eu le cœur à faire. Avec l'absence de son père, cette aide était plus que bienvenue.

« J'ai croisé Tamsin. » annonça Hermione. « Elle a demandé de tes nouvelles. »

Théodore hocha la tête.

« Je lui ai dit qu'on la recontacterait. Je voulais d'abord voir avec toi si tu voulais de la visite. » poursuivit la jeune femme.

« A vrai dire, j'ai besoin de lui parler. » admit Théodore.

Il se tourna vers Hermione, l'air agité. Il n'avait pas été totalement honnête avec elle. Ce n'était pas uniquement la perte de sa mère qu'il le mettait dans cet état apathique.

Dans les heures précédant sa mort, avec les rares forces qui lui restaient, Gislena lui avait fait des révélations choquantes.

« Et il est temps que tu saches, aussi. » continua Théodore d'une voix faible.

Hermione lui jeta un regard confus, visiblement troublée par son air énigmatique.

« Ma mère m'a dit quelque chose. Avant qu'elle ne… »

Il s'interrompit, la gorge sèche, n'arrivant pas à poursuivre. Prononcer les mots était douloureux. Cela ne faisait que matérialiser cette réalité avec laquelle il apprenait difficilement à vivre.

« Avant qu'elle ne parte. » dit-il finalement.

Hermione resta silencieuse, l'observant avec appréhension.

« Georgina n'est pas morte. » confessa Théodore dans un souffle.

Hermione ouvrit la bouche, abasourdie.

« Ta… Ta sœur ? » demanda-t-elle, les yeux écarquillés.

Théodore avait eu une réaction similaire quand sa mère lui avait prononcé ces mots à l'oreille.

« Comment est-ce possible ? Où est-elle ? » demanda-t-elle, ahurie.

« Je l'ignore. » répondit Théodore, frottant sa tempe, harassé. « Elle n'a pas eu le temps de me donner les détails. Mais elle ne voulait pas partir sans que je sache la vérité. »

L'approche fatidique de sa mort avait rempli Gislena de regrets et dans une démarche désespérée, elle avait voulu se racheter auprès de Théodore pour ce qu'elle avait appelé son plus profond regret.

« Je suis désolé de ne pas t'en avoir parlé avant. Je crois que je n'arrivais pas à le réaliser moi-même. » confessa-t-il.

Pendant des années, il avait grandi avec la certitude que sa sœur jumelle était décédée. Des années de dépression profonde, de culpabilité, de solitude après avoir perdu une autre partie de lui.

Découvrir que sa sœur était vivante, et qu'elle était quelque part, éprouvant ce même vide immense face à son absence était déchirant. Et pourtant, d'autres émotions s'étaient réveillées en lui – une joie et une excitation submergeantes. Il avait désormais l'espoir qu'ils soient de nouveau réunis.

Cette confession avait toutefois apporté son lot de questions et de sentiments contradictoires. Pourquoi sa mère avait-elle pu lui cacher cette information ? Comment avait-elle pu abandonner la chair de sa chair ? Théodore avait toujours grandi en idéalisant sa mère, une femme proche de la perfection pour lui. Apprendre que ses parents cachaient un secret aussi lourd changeait sa perception d'eux.

« Je comprends, ne t'inquiètes pas. » le rassura Hermione, serrant sa main brièvement.

« Ça doit être tellement dur à croire. » murmura-t-elle. « Après tout ce temps… Et pourquoi ? »

Elle se posait les mêmes questions que lui.

« Tamsin en sait davantage. Elle pourra probablement me donner la vérité. » dit Théodore.

Dès le lendemain, Théodore ne perdit pas de temps pour contacter la doula de sa mère. Cette femme lui avait toujours provoqué une frustration et une colère dissimulées à cause de ce qu'elle représentait - le sort funeste et inévitable de Gislena. Pourtant, il était plus impatient que jamais de la voir après ces dernières révélations.

Tamsin se présenta au Manoir à la fin de l'après-midi, portant une large cape rouge. Le mois de novembre arrivait à son terme, et la température avait chuté de manière exponentielle, dévoilant les prémices de l'hiver.

« Valeur et vigueur. » dit-elle avec un sourire, tandis qu'elle donnait sa veste épaisse à un elfe de maison.

« Valeur et vertu. » répondit Hermione, aux côtés de Théodore, la main serrée dans la sienne.

« Je ne voulais pas te brusquer. Je savais que tu aurais besoin d'un peu de temps pour encaisser la nouvelle. » dit Tamsin à l'attention de Théodore, tandis qu'ils s'installaient dans le salon principal.

Théodore hocha la tête, anxieux.

« J'imagine que tu dois avoir énormément de questions. » poursuivit Tamsin. « Je vais tâcher de répondre du mieux que je peux. »

D'un geste machinal, elle toucha le talisman qui pendait à sa nuque.

« Dans mon métier, je suis parfois une sorte de confidente pour les gens que j'accompagne. Et bien souvent, en fin de vie, c'est le moment des regrets. Ça a été le cas de Gislena. Elle m'a expliqué ce qu'il s'est passé avec ta sœur jumelle. Avec Georgina. »

Pendant sa grossesse, Gislena avait contracté le Syndrome du Parasite, une complication rare pendant les grossesses multiples, où l'un des bébés absorbait davantage de magie que l'autre et se développait plus vite, laissant l'autre dans un état fragilisé. Le fœtus le plus faible mourrait généralement avant la naissance. Georgina avait toutefois survécu. Pourtant, cela avait eu des conséquences permanentes sur ses capacités motrices et mentales.

« A l'époque, même si la loi n'était pas encore en vigueur, les Cracmols étaient très mal vus. » expliqua Tamsin.

Les personnes qui venaient de familles sorcières mais qui naissaient sans magie étaient considérées comme des parias, à peine au-dessus des Nés-Moldus. Cette aversion était encore plus prononcée chez les Sang-Purs, et particulièrement chez les Treize sacrés, des dynasties qui se vantaient de la toute puissante et la supériorité de leurs gènes. Dix ans auparavant, après une avancée médicale, un décret était passé en vigueur pour examiner le statut magique d'un fœtus avant le quatrième mois de grossesse.

Les femmes enceintes étaient forcées à avorter ces grossesses, malgré les dix pour cent de chance pour que l'enfant naisse avec des habiletés magiques car le sort de détection n'était pas totalement infaillible.

« Tes parents se sont rendus compte très vite après la naissance que Georgina n'était pas un bébé comme les autres. Ça a même été un miracle qu'elle naisse. » continua Tamsin. « Quand ils ont pu faire confirmer qu'elle était cracmolle quelques jours après sa naissance, ils ont décidé de cacher son existence aux yeux des autres, mis à part aux membres de votre famille. »

Malgré ses souvenirs troubles, Théodore se souvenait clairement qu'ils avaient toujours caché Georgina aux yeux du monde. Elle est fragile, lui avait inlassablement répété sa mère, l'air préoccupé. Personne ne doit savoir qu'elle existe, car ils pourraient lui vouloir du mal.

« Le reste de ta famille a fait pression sur tes parents pendant des années à cause de son état. Ils ont prétendu qu'elle ne pourrait pas avoir de vie et qu'elle ternirait la descendance et l'image de la dynastie Nott. Ils ont prétendu qu'il était mieux de… l'euthanasier. »

A côté de lui, Hermione avait laissé échapper un hoquet d'horreur.

« Gislena ne voulait pas s'y résoudre. Alors, à la place, elle a décidé de la remettre à un orphelinat à ses cinq ans. » expliqua Tamsin. « C'est la seule solution qu'elle a trouvée. »

Théodore resta silencieux. Sa gorge était complètement sèche, ne pouvant pas croire ce qu'il entendait. Les regards de Tamsin et Hermione étaient rivés dans sa direction, appréhendant sa réaction.

L'horreur de ce régime n'avait jamais été une surprise pour lui. Et d'une certaine manière, grâce à son privilège, il n'avait jamais été directement impacté. Entendre que des membres de sa famille étaient allés jusqu'à vouloir tuer une enfant innocente lui semblait monstrueux.

« Tes parents savaient que ce serait trop compliqué et risqué à expliquer au reste de la famille alors ils ont préféré prétendre qu'elle était morte. » déclara Tamsin, une expression navrée sur son visage.

Sa sœur avait été abandonnée. Comme une indésirable, dans son état le plus vulnérable. Tandis que lui avait vécu dans l'opulence et le privilège, choyé et traité par ses proches comme la prunelle de leurs yeux. Théodore ne pouvait pas décrire le dégoût qu'il ressentait actuellement.

« Gislena avait une dernière volonté. Savoir ce que Georgina était devenue. Alors, avec les informations qu'elle m'a données, j'ai fait des recherches ces derniers mois. » indiqua Tamsin. « Et je pense avoir retrouvé sa trace. »

Elle sembla réfléchir pendant quelques secondes, comme si elle hésitait à continuer.

« Maintenant que Gislena est décédée, je comptais arrêter mes recherches… » admit-elle.

« Reprenez-les. » dit immédiatement Théodore, parlant pour la première fois.

Tamsin parut surprise par la fermeté dans sa voix.

« Je veux la retrouver. » affirma Théodore d'une voix déterminée. « C'est la moindre chose que je puisse faire. »

Tamsin hocha la tête, esquissant un faible sourire.

« Très bien. J'ai quelques pistes très concluantes. Mais j'ai besoin de quelques ressources. » admit-elle.

« Je vous donnerai tout ce dont vous avez besoin. Retrouvez-là, quoi qu'il en coûte. » plaida-t-il.

Les jours suivants, l'humeur de Théodore changea drastiquement. Après cet enchaînement de journées sombres et interminables, il sembla retrouver une motivation nouvelle.

Il s'éveilla avec un sentiment étrange - l'empressement de voir ce que la journée lui préparait. Un sentiment qu'il n'avait pas pensé pouvoir ressentir de sitôt. La perspective de retrouver sa sœur jumelle le remplissait d'une joie indescriptible.

A ses côtés, il pouvait sentir Hermione plus réservée devant les évènements. Un soir, tandis qu'ils étaient dans le lit, s'apprêtant à dormir, Théodore insista pour qu'elle lui fasse part de son avis.

« C'est tellement… surprenant. » dit-elle avec hésitation. « La retrouver serait tellement merveilleux… Mais… »

Elle s'interrompit.

« Mais ? » demanda-t-il, un sourcil levé.

« Mais… Je ne veux pas que tu te fasses trop d'espoir, Théodore. Qui sait ce qui a pu lui arriver pendant toutes ces années ? Et si jamais Tamsin retrouve sa trace et qu'elle doit t'annoncer une mauvaise nouvelle ? » murmura-t-elle.

Théodore ne répondit pas immédiatement. Même s'il avait chassé cette probabilité, il ne pouvait pas prétendre qu'elle ne lui avait pas effleuré l'esprit. Vu son état faible et vulnérable, il ne pouvait pas imaginer que Georgina ait eu une existence simple. Malgré son statut privilégié, Théodore savait que les orphelins du régime, et surtout ceux qui n'avaient pas un sang jugé convenable, vivaient une vie difficile. La plupart d'entre eux n'atteignait pas la majorité.

Pourtant, il ne pouvait pas se résoudre à être négatif. Cette once d'espoir, qui grossissait chaque jour davantage, lui permettait d'affronter l'absence de sa mère et n'était pas prêt à délaisser ce sentiment.

Il comprenait l'inquiétude d'Hermione. Après tout, elle était la première à avoir assisté à l'impact du décès de Gislena sur lui. Elle ne voulait pas qu'il souffre d'une déception supplémentaire, alors qu'il était déjà dans un état fragile. Il ne pouvait que l'aimer davantage devant sa façon de se préoccuper de lui.

Encore une fois, il réalisa à quel point il était chanceux de l'avoir à ses côtés. Avec les évènements récents, il avait presque oublié la menace qui planait sur elle.

La perspective de la perdre lui était inconcevable. Ce fut cette angoisse qui le poussa à se rendre dans un endroit inattendu, dès le lendemain.

Théodore observa l'intérieur grandiose de l'hôtel l'Augurey Magistral, un chef d'œuvre d'architecture, à n'en pas douter.

« Veuillez-me suivre, monsieur Nott. » appela une femme qui portait un tailleur strict gris anthracite.

Théodore suivit la femme dans un long corridor sophistiqué à la moquette en velours riche et nuageux, observant distraitement les tableaux accrochés aux murs, où les personnages lui adressaient des regards tantôt intéressés, tantôt désœuvrés.

Il fut invité à pénétrer dans un bureau exécutif à l'aspect imposant avec ses meubles en bois massif et aux pieds galbés, ses surfaces capitonnées et rembourrées et son assemblage raffiné. Son regard tomba immédiatement sur le visage familier de l'homme avec qui il avait réclamé une entrevue.

« Si ce n'est pas le fils prodigue du Royaume-Uni. » annonça Draco Malfoy d'une voix sarcastique, à son entrée.

Théodore grimaça à l'appellation.

« Victorieuse soit sa venue, chaton. » salua une seconde voix, féminine cette fois.

Déstabilisé, Théodore tourna la tête vers un sofa installé face à une cheminée. Il aperçut Pansy Parkinson assise au centre, les jambes croisées, le fixant de ses yeux noirs perçants.

Tous les deux avaient assisté aux funérailles de sa mère. S'il n'avait pas été surpris par la présence de Pansy, celle de Draco l'avait étonné.

Pansy, comme à son habitude, n'avait pas pu s'empêcher de s'attirer tous les regards, pleurant à chaudes larmes telle une veuve éplorée, le visage dissimulé derrière une voilette dramatique.

« Je pensais que tu serais seul. » marmonna Théodore à l'adresse de Draco.

« Tu as oublié que j'étais attachée à sa cheville comme un lutin travailleur ? » ironisa Pansy avec un sourire en coin.

« J'aurais aimé avoir une discussion personnelle et privée avec Draco. » insista Théodore.

« Oh, pas la peine. On se dit tout alors je le saurais bien assez vite. Ça nous fera gagner du temps à tous. » répondit Pansy avec morgue tandis qu'elle se relevait avec aisance pour se diriger vers le bar du bureau.

Elle observa avec intérêt les bouteilles présentées.

« J'imagine que c'est au sujet de ta petite Sang-Impure ? » devina Pansy, le dos tourné.

Théodore ouvrit la bouche, choqué.

« De… De quoi veux-tu parler ? » bredouilla-t-il.

« Pas la peine de démentir. Ginny en a parlé à Draco qui me l'a répété. Je t'ai dit qu'on se disait tout. Tu entends ce que je te dis, oui ou non ? » demanda-t-elle en secouant la tête, comme si elle s'adressait à un enfant avec des difficultés de compréhension.

« Je… » commença Théodore, totalement pris de court.

Il soupira, traversé par la désagréable impression d'avoir été berné.

« Oui, c'est à son sujet. » confessa-t-il finalement.

Il se tourna vers Draco. Depuis qu'il l'avait surpris avec Ginny Weasley lors de l'anniversaire de Pansy, il avait réalisé qu'ils étaient d'une certaine manière dans la même situation. Il ne connaissait pas exactement la teneur de la relation qui liait Draco à Ginny, mais il savait que la jeune femme n'avait pas été totalement honnête à ce sujet. Théodore n'appréciait pas spécialement Draco Malfoy, mais il était dans une situation désespérée. Il devait découvrir l'identité de la personne qui avait envoyé ce message cryptique à Hermione au plus vite.

« Je viens te demander de l'aide. » avoua Théodore à Draco.

Celui-ci leva un sourcil, dardant son éternel regard froid sur Théodore.

« Mais encore ? »

« J'ai besoin de retrouver quelqu'un qui s'intéresse un peu trop à nous… à elle. » rectifia-il. « Et je sais que tu as des…contacts qui pourraient m'aider. »

Il ne pouvait pas donner trop de détails pour protéger Hermione. Draco le jaugea quelques secondes du regard.

« Explique-moi, par Voldemort, pour quelle raison je devrais t'aider ? » demanda-t-il d'une voix sceptique, presque moqueuse. « Qu'est-ce ça me rapporte ? »

Théodore grimaça intérieurement. Il avait oublié à qui il avait affaire. Draco Malfoy était calculateur et opportuniste. Il était accessoirement un homme stratège et intelligent, qui savait naviguer bien mieux que lui dans les affaires de leur milieu. C'était la raison pour laquelle Théodore était venu le trouver. Il savait que Draco ne lui accorderait pas de faveurs personnelles. Après tout, ils n'étaient pas amis. Pourtant, si Théodore mettait en lumière leurs intérêts communs, il pourrait peut-être obtenir son assistance.

« Si on s'intéresse à Hermione, ça pourrait également toucher Ginny à cause de leur proximité. Ce qui signifie qu'on pourrait la lier à toi si on creuse un peu. Et j'imagine que ce n'est pas ce que tu veux. » rappela Théodore en haussant les épaules.

Immédiatement, le regard de Draco s'assombrit et une colère glaciale apparut sur son visage.

« Tu es en train de me menacer, Nott ? » demanda-t-il, excédé. « Pas la meilleure façon de me réclamer de l'aide, tu ne crois pas ? »

« Ce n'est pas une menace, juste une constatation. Ce que je veux dire, c'est que nous avons tous les deux intérêt à garder certains secrets… privés. »

« Ça n'a rien à voir avec moi et je ne suis pas assez stupide pour me mêler de tes histoires. Tes problèmes ne sont pas les miens. » répliqua sèchement Draco.

« Si ça été si simple pour moi de vous surprendre, tu ne penses pas que quelqu'un d'autre finira par le faire, également ? » suggéra Théodore.

« Un combat de coq… » commenta Pansy, qui les observait comme si elle assistait à un spectacle captivant, un air excité dans les yeux. « C'est tellement sexy. »

Elle reçut des regards blasés de la part des deux hommes.

« Oh, ne faites pas attention à moi, je vais me contenter de regarder. » dit-elle d'un air amusé.

« Écoute Draco, je ne veux pas d'histoires. On ne veut que la même chose. Et… Je ne connais personne d'autre qui pourrait m'aider avec ça. Je ne peux en parler à personne d'autre. » admit Théodore, sa voix désespérée.

Draco sembla décréter qu'il ne venait pas en ennemi car il perdit son air hostile. Une lueur calculatrice passa dans son regard, comme s'il réfléchissait à toute vitesse, semblant peser le pour et le contre.

« Je peux te donner le nom d'un détective privé. Il est spécialisé dans les prestations… spéciales. » indiqua Draco en croisant les bras.

« Spéciales… » répéta Théodore avec confusion. « Comment ça ? »

« Il peut trouver la personne que tu recherches. Mais il peut aussi proposer un service supplémentaire pour se charger d'elle. » continua Draco avec un calme olympien. « Selon le degré de… dérangement de la personne. »

Théodore déglutit, choqué par ce qui était sous-entendu. Il n'avait pas imaginé une solution si …extrême. Il voulait trouver l'identité du maître chanteur d'Hermione et lui offrir une compensation en échange de son silence. Draco lui tendit une carte de visite avec le nom d'une personne - un dénommé Oscar Sleezer.

Alors qu'il se trouvait à quelques centimètres de lui, Draco se pencha dans sa direction et murmura :

« Ne me mélange pas à tes histoires. Sinon tu auras des problèmes plus graves que cette personne à régler. » lui assura-t-il froidement. « Ne fais pas l'erreur de penser que je ne peux pas te détruire, Nott. C'est clair ? »

« Très clair. » répondit Théodore d'une voix qu'il tenta de garder égale même s'il ne put s'empêcher d'éprouver un sentiment d'appréhension devant les menaces de Draco.

Devoir lui demander de l'aide ne l'enchantait guère mais les circonstances étaient graves et plus que jamais, il devait s'assurer de protéger Hermione. Théodore fourra la carte de viste dans la poche de sa robe de sorcier.

« Je suis terriblement curieuse. Qu'est-ce que vous avez avec ces Sang-Impures, au juste ? C'est une nouvelle mode ? Je commence à croire qu'il y a quelque chose de spécial chez elles et que je suis en train de tout rater. » commenta Pansy en faisant la moue. « Je vais devoir m'y mettre, moi aussi. »

Draco leva les yeux au ciel face à la remarque de sa meilleure amie.

Lorsque Théodore quitta l'Augurey Magistral, quelques instants plus tard, il grimpa dans sa diligence, laissant retomber son stress après cet échange houleux. Il éprouvait toutefois un soulagement certain d'avoir pu obtenir de l'aide – même réticente - de la part de Draco.

La diligence reprit sa route, et quelques instants plus tard, elle s'arrêta devant les larges grilles des Archives privées des Macmillan. Il fut autorisé à pénétrer à l'intérieur du grand hall après quelques vérifications de sécurité par les gardes de l'endroit.

« Valeur et vigueur, monsieur Nott. » le salua l'une des employées avec un grand sourire, une jeune femme aux lunettes carrées.

A chaque fois qu'il se rendait aux Archives, cette jeune femme le saluait toujours de manière exagérée et tentait d'entamer la conversation avec lui.

« Valeur et vertu. » répondit-il d'une voix un peu empressée, pas d'humeur à faire la conversation.

Il poursuivit sa route dans le hall au plafond voûté. Dans la salle principale, Théodore repéra une chevelure volumineuse dans l'une des allées. Hermione lui tournait le dos, occupée à replacer des livres dans les rangées.

Lorsqu'il arriva à sa hauteur, Théodore glissa un bras autour de sa taille et elle sursauta, lâchant le livre qu'elle tenait en main.

« Théodore. » s'exclama Hermione. « Tu m'as fait une peur bleue. »

Elle ramassa le grimoire et le rangea soigneusement à sa place.

« Tu ne m'avais pas dit que tu viendrais. » indiqua-t-elle en levant un sourcil. « Je ne finis que dans une heure. »

« A vrai dire, je suis venu voir Aelius. » répondit-il. « J'ai quelques questions pour lui. »

« A quel sujet ? » demanda Hermione, curieuse.

« La collection de ma mère. »

Il s'agissait d'un mensonge de sa part mais il ne voulait pas lui révéler la vérité par crainte de l'inquiéter davantage.

« Oh, très bien. »

« Je t'attendrais dehors, quand j'aurais terminé. » la prévint-il. « A plus tard, mon amour. »

Il lui donna un baiser rapide avant de quitter l'allée pour se diriger vers les escaliers en colimaçon qui menaient au bureau d'Aelius Macmillan. Il tapa brièvement contre la porte et quelques secondes plus tard, une voix s'éleva, l'invitant à entrer dans la pièce.

« Théodore, mon garçon. Ravi de vous revoir. Comment allez-vous ? Comment se passent... les choses ? » demanda Aelius d'une voix bienveillante.

Théodore commençait à s'habituer à ce que tout le monde le questionne sur son état. Il ne savait pas toujours comment répondre, partagé entre l'envie d'être honnête mais également de montrer un visage vaillant, par pure politesse ou pudeur.

« Ne vous sentez pas obligé de répondre. Je sais à quel point c'est difficile. On vit au jour le jour. Et la douleur ne s'estompe jamais vraiment. On apprend simplement à vivre avec. » confessa Aelius avec sincérité, posant une main réconfortante sur son épaule.

Aelius avait perdu son épouse à la suite d'une maladie. Ses deux enfants avaient été dans la même situation que Théodore, et avaient vu leur mère partir trop tôt.

« Merci. » répondit Théodore, sentant la boule dans sa gorge apparaître de nouveau.

« N'hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit. » assura Aelius.

« A vrai dire, c'est justement pour ça que je suis ici. » dit Théodore d'une voix ferme. « J'ai besoin de votre aide. »

/

Scarlett laissa ses longs doigts manucurés parcourir le torse de Blaise Zabini, dessinant le galbe de sa musculature parfaite. Elle leva les yeux vers lui, croisant son regard profond, de cette teinte cuivrée si riche qu'elle en eut un bref moment de trouble. La lueur dans son regard était vive et ardente, et elle se sentit irrémédiablement attirée vers lui, tel un aimant. Tout chez lui était tellement attrayant que ça en devenait presque…criminel.

Elle ignorait depuis quand elle ne s'était pas retrouvée dans le lit d'un homme par pure envie. Probablement des années, songea-t-elle. Tous ses rapports avec des hommes étaient tarifés. Et même si elle avait le luxe de choisir ses clients, ils restaient précisément cela. Des clients.

Les choses étaient toutefois différentes avec Blaise. Scarlett était tout simplement tombée sous son charme. Jusqu'à en oublier qu'elle était sa captive.

Il lui avait promis sa protection en échange de sa coopération pour retrouver son employeur et les personnes qui voulaient sa mort. Scarlett avait immédiatement accepté son marché. Toute sa vie, elle avait été une survivante et elle avait dû apprendre à troquer sa loyauté au plus offrant.

Elle sentit des bras fermes se resserrer autour de sa taille. Sous les draps, les mains de Blaise se déplacèrent sur sa peau nue, la faisant frissonner. Et lorsqu'il se pencha sur elle, capturant ses lèvres pour un baiser enflammé, elle en oublia presque son identité. Elle devait admettre que Blaise était un amant hors du commun. Elle ne se rappelait plus de la dernière fois qu'elle avait éprouvé tant de plaisir dans les bras d'homme.

Il opérait un magnétisme indescriptible sur elle. Si bien qu'elle peinait à se contrôler lorsqu'il était auprès d'elle. Un sentiment auquel elle n'était pas habituée. A l'accoutumée, elle détenait le contrôle sur les hommes. Elle était celle qu'on regardait avec désir et convoitise. C'était sur elle qu'on ne pouvait détacher le regard. Avec Blaise, toutefois, les cartes étaient tournées. Une nouvelle expérience pour Scarlett, qui trouvait la sensation grisante.

« Nous sortons, ce soir. » murmura-t-il à son oreille, lui provoquant un frémissement. « Mets ta plus belle tenue. »

Quelques heures plus tard, Scarlett se posta face au large miroir disposé de sa chambre, observant longuement son reflet. Elle avait revêtu une robe portefeuille d'un bordeaux satiné, une couleur qui, elle le savait, la mettait en valeur. La robe était dotée d'un décolleté plongeant dans le dos, laissant apparaître la naissance de sa chute de rein. Une légère fente, sur l'avant de la robe, laissait parfois entrevoir ses jambes fuselées lorsqu'elle marchait.

Elle était plus belle que jamais, ce soir. Après tout, elle sortait aux côtés de Blaise Zabini. Tous les regards devaient être rivés sur elle.

Être aux bras de Blaise lui apportait un sentiment de toute-puissance excitant. Elle avait rapidement remarqué le respect et la puissance qu'il inspirait lorsqu'il entrait dans une pièce. Il était rare qu'elle trouve un homme qui rayonnait autant qu'elle dans la foule et les regards qu'ils attiraient lorsqu'ils étaient ensemble étaient addictifs.

Scarlett apporta la dernière touche à sa tenue - une magnifique paire de boucles d'oreilles pavées de diamants, esquissant une ligne somptueuse le long de son oreille. L'un des nombreux cadeaux hors de prix que lui avait offerts Blaise. Elle avait l'habitude d'être gâtée par les hommes mais la générosité et le goût de Blaise étaient d'un autre niveau. Elle se délecta à imaginer ce que serait sa vie si elle devenait la campagne d'un homme aussi influent que lui.

A son arrivée dans le lobby, escortée par l'un des gardes, Scarlett aperçut Blaise près de l'entrée. Lorsqu'il posa les yeux sur elle, il la détailla avec une satisfaction approbatrice. Scarlett réprima un sourire devant sa réaction, ravie d'avoir obtenu l'effet escompté.

« Tu es spectaculaire. » commenta-t-il, en tendant son bras dans sa direction.

Elle esquissa un sourire devant le compliment. Ils montèrent dans une diligence, entourés par deux autres diligences identiques. Par sécurité - et probablement paranoïa - Blaise se déplaçait systématiquement avec ses hommes de main. Ces derniers le suivaient à distance, prêts à intervenir au moindre incident. Blaise lui avait indiqué que les ennemis de sa famille étaient prêts à tout pour le voir disparaître afin d'affaiblir leur clan.

« C'est une soirée spéciale, ce soir. » annonça Blaise, croisant sa cheville sur son genou, l'air décontracté, pendant que la diligence s'élançait dans les airs.

« Pour quelle raison ? » demanda Scarlett, curieuse.

« Ludo Verpey sera présent. » annonça Blaise avec satisfaction.

Immédiatement, la jeune femme se tendit, sentant sa nervosité refaire surface. A cause du sortilège Fidelitas auquel elle était soumise, Scarlett ne pouvait pas lui révéler exactement le nom de son ancien employeur. Elle avait néanmoins trouvé un moyen alternatif de lui partager des informations.

Ludovic Verpey était un homme qu'elle avait vu à plusieurs reprises avec son employeur. Elle espérait que l'homme serait en mesure de partager à Blaise des informations précieuses.

En journée, Ludo Verpey était officier au Département des jeux et sports magiques. C'était un homme charismatique, adroit pour se créer des relations et dont les contacts avaient aidé à rapidement grimper les échelons au Ministère. Il avait lui-même accédé au rang de Ministre de son département.

Ludo Verpey possédait cependant une face cachée. C'était un parieur invétéré dont les travers l'avaient conduit à des situations problématiques. Il misait sur tous les fronts, légaux comme illégaux – jeux de cartes, placements financiers douteux, paris sportifs ou encore combats illicites de créatures magiques. Tous les moyens étaient bons pour sustenter sa dépendance au jeu. Son addiction l'avait toutefois conduit à perdre des sommes d'argent astronomiques. Il avait plusieurs dettes auprès d'usuriers. Enrôlé dans une tourmente de désespoir, il avait même détourné des fonds de son département pour pouvoir payer des dettes. Il avait alors été écarté de son poste de Ministre.

Pour une raison inconnue, Verpey avait réussi à éviter la sanction judiciaire. Il avait même été gardé au Ministère, bien que relayé à un poste moins prestigieux. De temps à autre, Verpey animait des événements mondains, comme des matchs de Quidditch importants. Qui le connaissait savait qu'il n'avait pourtant pas abandonné son amour des paris extravagants.

Ce fut d'ailleurs dans ce contexte qu'ils le repérèrent – dans un établissement nocturne de Londres. Le bar n'était pas trop fréquenté, remarqua immédiatement Scarlett. L'entrée lui avait semblé particulièrement discrète et difficile à trouver, la poussant à se demander si l'endroit n'était pas clandestin. Une banshee fredonnait un air de jazz sur une scène étroite, se déhanchant au rythme lascif d'un groupe de musiciens blasés. A leur passage, tous les regards se tournèrent immédiatement vers Blaise et Scarlett et elle esquissa un sourire, appréciant les regards qu'ils attiraient. Ludo Verpey était installé à une table avec d'autres individus, s'apprêtant visiblement à entamer une partie de cartes.

« La partie a commencé ? » demanda Blaise d'une voix agréable.

Les regards se tournèrent vers lui et certains sourcils se froncèrent, tandis qu'ils le reconnaissaient.

« Pas encore. Le prix d'entrée est placé à cinq mille gallions. » annonça le donneur.

Blaise hocha la tête. Il fit un signe à l'un de ses hommes qui arriva avec une bourse, probablement remplie de gallions. Le donneur s'empara des sacs et murmura un sort pour vérifier le montant et l'authenticité des pièces dorées.

« Excellent. Commençons. » annonça le donneur.

Blaise se tourna vers Scarlett, posant une main sur sa taille.

« Je n'en ai pas pour longtemps. » dit-il au creux de son oreille. « Détends-toi en attendant. »

Scarlett hocha la tête, frémissant au contact de son souffle chaud sur sa nuque. Blaise prit place à la table, avec les quatre autres joueurs, un air serein sur le visage. Scarlett sirota distraitement son cocktail, et rejoignit les sièges non loin de la table, où d'autres spectateurs s'étaient installés pour pouvoir suivre la partie - qui serait sans doute l'évènement d'intérêt de la soirée.

Elle jeta un regard circulaire à ses alentours et réalisa que d'autres jeux se tenaient aux quatre coins de la pièce. Elle reporta son attention sur la table de Blaise et Verpey. Elle ne connaissait pas très bien les règles du jeu mais parvint à suivre en écoutant les commentaires des spectateurs à ses côtés. Une grande partie du jeu consistait à persuader ses compétiteurs de la qualité ou de l'infériorité de ses cartes pour les faire parier davantage ou abandonner le tour.

Sans surprise, Blaise domina la partie. Scarlett savait qu'il excellait à ce genre de choses. Il avait été capable de lui soutirer des informations et des vérités simplement en observant son langage corporel. Son esprit d'analyse était hors du commun. Rapidement, trois joueurs abandonnèrent, perdant tous leurs gallions. Il ne resta plus que Blaise et Ludo Verpey. Le donneur distribua une autre tournée de cartes et les deux joueurs observèrent leur jeu respectif. Blaise leva les yeux vers Verpey, l'examinant en silence, s'efforçant probablement d'analyser son comportement.

« Je mise tous mes jetons. » annonça finalement Blaise, après une minute de silence.

Ludo écarquilla les yeux, dévisageant Blaise d'un air abasourdi. Il observa ensuite ses propres cartes puis celles disposées au centre de la table, semblant réfléchir.

« Je vous suis. Je mise aussi tous mes jetons. » répondit Ludo Verpey.

Scarlett crut déceler une once d'excitation dans sa voix tandis qu'il prononçait ces mots. Tous les observateurs semblèrent retenir leur souffle tandis que le donneur tournait les cartes.

« La victoire est à vous. » indiqua-il à l'attention de Verpey.

Scarlett écarquilla les yeux, hébétée. Blaise avait perdu. Comment était-ce possible ? Il avait deviné les coups de ses adversaires sans aucune erreur pendant toute la partie – y compris ceux de Verpey. Elle ne comprenait pas comment il avait pu perdre ainsi. En voyant son air confiant lorsqu'il avait indiqué vouloir miser tous ses jetons, elle avait été persuadée que la victoire serait sienne.

Scarlett jeta un regard déconcerté vers Blaise. Elle fronça les sourcils en voyant son expression tranquille. Il ne semblait absolument pas déphasé ni frustré par sa défaite. Au contraire, il affichait un sourire en coin tandis qu'il regardait Verpey se réjouir de sa victoire. Ce dernier avait fait un bond et lancé son poing en l'air, lâchant une exclamation de joie extrême, ravi d'avoir remporté les 25 000 gallions mis en jeu – une somme colossale pour une heure de jeu. Blaise quitta la table et retrouva Scarlett, tendant une main dans sa direction.

« Allons danser. » lui proposa-t-il.

Elle hocha la tête et posa sa main dans la sienne. Blaise la conduisit vers la piste de danse, entourant sa taille d'un bras tandis que sa main tenait fermement la sienne. Sans surprise, il se révéla être un excellent danseur. Dans tous ses gestes, il dégageait une prestance et une confiance évidentes et elle se laissa guider par sa poigne confiante.

« Que s'est-il passé à la table ? » murmura-t-elle.

« Rien que je n'aie pas prévu. » répondit-il d'une voix tranquille, un rictus énigmatique se glissant au coin de ses lèvres pleines.

La compréhension frappa Scarlett. La défaite de Blaise n'avait pas été accidentelle. Il l'avait savamment calculée. Pour quelle raison ? s'interrogea-t-elle.

Elle jeta un regard en direction de Ludo Verpey, toujours enivré par sa victoire. Pendant le reste de la soirée, il fit étalage de ses gains, commandant des bouteilles hors de prix, entouré de jeunes femmes qui riaient exagérément à ses plaisanteries. Aux alentours de deux heures du matin, Scarlett sentit la main de Blaise se poser sur sa cuisse.

« Allons-y. » dit-il.

Elle lui adressa un regard confus. N'allait-il rien faire au sujet de Verpey ? Ce dernier était pourtant la raison de leur venue dans cet endroit. Elle suivit toutefois Blaise en dehors du bar, et remonta dans la diligence, saisie d'un léger tournis à cause de l'alcool. Au bout de quelques instants, elle réalisa que le véhicule n'avait pas bougé. Avant qu'elle n'ait le temps d'interroger Blaise, elle entendit des bruits de lutte à l'extérieur. Bientôt, la porte de la diligence s'ouvrit brusquement et Ludo Verpey fut propulsé à l'intérieur. On le força à prendre place sur la banquette face à Blaise, entre deux hommes qui l'empêchaient de se débattre.

« Qu'est-ce que vous... hic…voulez…pour l'amour de…hic…Voldemort ? » s'écria Verpey.

Il semblait complètement ivre.

« Il n'est pas prudent de rentrer chez vous dans cet état, Verpey. Laissez-moi vous raccompagner. » suggéra Blaise avec un sourire sardonique.

Immédiatement, la diligence se mit en route.

« C'est Freddy qui vous envoie, pas vrai ? Je lui ai dit qu'il aurait son argent la semaine prochaine. J'ai encore besoin de temps pour récupérer le reste. » commença à se justifier Verpey, des gouttes de transpiration perlant sur son front.

Il jeta des regards paniqués aux deux hommes à ses côtés.

« Ou alors vous voulez reprendre l'argent de la partie ? Z'avez pas le droit ! J'ai gagné à la loyale ! » protesta l'homme.

Blaise esquissa un rictus.

« Je veux simplement discuter, Verpey. Je ne veux pas de l'argent. » dit-il d'une voix posée.

Verpey fronça les sourcils, visiblement confus. Son attention se posa alors sur Scarlett et pendant plusieurs secondes, il sembla réfléchir.

« Je te connais, toi. » dit-il en pointant un doigt sur elle, un air de compréhension illuminant son visage. « Qu'est-ce tu fiches avec lui ? »

Scarlett se crispa immédiatement.

« Ce n'est pas ainsi qu'on parle à une femme, Verpey. Où sont vos manières ? » demanda Blaise avec condescendance, comme s'il parlait à un enfant mal élevé. « Et c'est moi qui souhaite m'entretenir avec vous. C'est à moi que vous vous adresserez. »

Sa voix grave avait une once d'autorité et Verpey se tut immédiatement, intimidé. Le reste du trajet se fit dans le silence. Une demi-heure plus tard, la diligence entama une descente harmonieuse avant de se poser sur le sol gracieusement. Blaise fut le premier à sortir, tendant sa main à Scarlett pour l'aider à descendre les marches.

Une fois dehors, elle observa les alentours avec décontenancement. Ils se trouvaient dans une gigantesque étendue de terre déserte, sans le moindre bâtiment ou la moindre végétation. Les hommes de main de Blaise avaient sorti Verpey de force. Il commença à se débattre férocement, réalisant qu'il n'était pas en bonne position.

Il ne pouvait pourtant rien faire face aux deux hommes imposants qui le traînaient sur le sol vers une destination inconnue. Blaise et Scarlett leur emboitèrent le pas. La jeune femme peinait à marcher à cause de ses talons aiguilles qui s'enfonçaient dans la terre moite. L'obscurité autour d'eux la rendait anxieuse.

Ils s'arrêtèrent finalement et lorsque des faisceaux de lumières furent projetés dans le ciel pour éclairer les environs, elle réalisa qu'ils se trouvaient à quelques mètres d'une gigantesque falaise. Scarlett aperçut la forme du bord opposé. Le trou était béant – sans doute à plus d'une centaine de mètres du sol. Elle s'efforça de détourner le regard, peu à l'aise. Elle détestait les hauteurs. Elle reposa son attention sur Verpey qu'on avait violemment poussé sur le sol.

D'un air tranquille, Blaise retroussa légèrement les manches de sa chemise, comme s'il ne voulait pas les salir. Il retira l'imposante montre qu'il portait au poignet et la tendit à Scarlett qui s'en empara en l'observant avec confusion.

« J'imagine que vous n'avez aucune idée de qui je suis. » fit remarquer Blaise avec amusement.

Verpey secoua la tête.

« Que…Que voulez-vous ? Je… Je ferais ce que vous voulez, s'il-vous-plait. » plaida Verpey.

« Vous êtes en possession d'une information qui m'intéresse, Verpey. Vous dites connaitre cette femme, n'est-ce pas ? » demanda Blaise en désignant Scarlett.

Verpey ouvrit la bouche puis la referma immédiatement, semblant hésiter à confirmer l'information.

« Alors vous savez sans doute pour qui elle travaillait ? » poursuivit Blaise.

Immédiatement, Verpey s'agita. Scarlett put voir des gouttes de transpiration ruisseler sur son visage.

« Je… J'ignore qui elle est et pour qui elle travaille. Vous avez la mauvaise personne. » mentit-il.

« Tsk tsk. » interrompit Blaise en secouant la tête. « On commençait pourtant si bien, Verpey. »

Sans prévenir, il fit un geste en direction du visage de Verpey, sans pourtant le toucher. On entendit un craquement lourd résonner dans la nuit noire. Immédiatement, Verpey trébucha sur ses genoux, laissant échapper un hurlement de douleur, les mains rivées sur son nez, qui ruisselait de sang. Scarlett réalisa que Blaise venait de faire de la magie sans baguette.

« Putain de merde ! » hurla Verpey. « Qu'est ce qui ne va pas chez vous ? »

« Son ancien employeur essaye de me neutraliser et j'ai entendu dire que vous savez exactement de qui il s'agit. » continua Blaise. « Vous allez parler ou je dois continuer ? »

« Je… Je ne connais rien de tout ça, je vous l'ai dit ! » continua de prétendre Verpey.

D'un geste du doigt, Blaise lui assena un second coup, cette fois dans le ventre, ce qui coupa sa respiration. Verpey hurla de nouveau, se tenant l'estomac, épris de douleur.

« J'ai toute la nuit devant moi. Vous aussi, Verpey ? Pourquoi ne pas dire la vérité et en finir au plus vite ? » demanda Blaise avec un soupir lassé.

Verpey gémissait bruyamment.

« Si je vous dis quoi que ce soit, on va me tuer. » sanglota—t-il.

« Personne ne saura que c'est vous. Je m'y engage personnellement. » assura Blaise.

Verpey sembla hésiter.

« Vous… Vous me laisserez partir ? » demanda-t-il.

« Je vous laisserai partir. » répéta Blaise.

« Très bien… Je… Je vais parler. » articula l'homme avec difficulté.

Blaise s'approcha de lui. Verpey murmura alors des paroles et Scarlett réprima un soupir de soulagement en entendant les mots qu'il prononça. Elle avait craint que Verpey ne révèle pas l'information et qu'elle perde son effet de levier avec Blaise. Finalement, ce dernier se releva, un air satisfait brillant dans ses yeux.

« Ce n'était pas si compliqué, n'est-ce pas ? » interrogea-t-il l'attention de Verpey. « Bon garçon. »

« Vous allez me laisser partir ? » demanda l'homme en hoquetant.

« Je tiens toujours mes promesses. Vous allez partir, Verpey. Mais partir ? Ça, c'est une autre question » répondit Blaise après un instant de réflexion.

Et d'un geste sec, il traa une ligne dans l'air. Scarlett entendit un bruit semblable à un déchirement. Puis, lorsqu'elle entendit Verpey émettre des gargouillements étranges, elle réalisa avec horreur ce qui venait de se passer. Une large entaille barrait sa nuque et une quantité impressionnante de sang jaillit de la coupure, éclaboussant les alentours, y compris Blaise. Sa chemise se retrouva maculée de sang. Il observa ses bras avec dégoût.

« Je déteste le sang. » grogna-t-il.

« Tenez, patron. » dit l'un de ses hommes avant de s'empresser de lui tendre un mouchoir.

Blaise grimaça tandis qu'il s'emparait du mouchoir et essuyait le sang qui avait giclé sur sa joue. Il essaya méticuleusement ses mains et la bague qu'il portait à l'auriculaire.

Scarlett observa avec horreur Verpey qui tentait de mettre ses mains sur sa nuque pour empêcher l'écoulement du sang. Il était toutefois trop abondant et Verpey tomba au sol, son corps parcouru de spasmes, du sang sortant de sa nuque et sa bouche, formant une large flaque épaisse près de son visage. Finalement, il arrêta de bouger.

« Nettoyez-ça. » ordonna Blaise à ses hommes en montrant la dépouille de Verpey.

Il se tourna ensuite vers Scarlett, qui était restée figée, les jambes flageolantes. Le visage de Blaise perdit son expression irritée au profit d'une expression plus sereine.

« Désolé de cette scène…salissante. » dit-il avec un soupir lassé.

Scarlett ne répondit pas, les battements de son cœur martelant à toute vitesse dans sa poitrine, choquée devant la violence de la scène à laquelle elle venait d'assister. Blaise prit son bras, l'incitant à le suivre, comme pour lui épargner la vision du corps de Verpey. Elle garda le silence pendant qu'ils marchaient, les yeux vitreux et la gorge nouée. Ses talons aiguilles s'enfonçaient dans la terre qui se transformait en boue au fil des secondes à cause de l'averse soudaine. Elle n'y porta pas attention, l'esprit totalement dissocié. Lorsque Blaise récupéra sa montre de sa paume serrée pour la revêtir de nouveau sur son poignet, elle le remarqua à peine. Elle voulait quitter cet endroit au plus vite, songea-t-elle, sentant une nausée atroce lui tordre l'estomac. Ils s'arrêtèrent finalement, et Scarlett remarqua qu'ils étaient désormais au bord de la falaise. Elle remarqua avec effroi que le trou était encore plus profond qu'elle ne l'avait imaginé.

« Tu m'as été d'une aide précieuse, Scarlett. » déclara Blaise avec satisfaction. « Ton ancien employeur a été stupide de te laisser partir. Je savais que je pourrais utiliser ton potentiel à de meilleures fins. »

Scarlett fut traversée par un élan de soulagement en réalisant qu'elle lui avait finalement donné ce qu'il voulait. Il était satisfait. Elle avait rempli sa part du marché et elle obtiendrait désormais sa protection totale.

Blaise caressa sa joue, ses yeux cuivrés rivés dans les siens. Elle ne put s'empêcher de frissonner au contact sur sa peau. Pourquoi ressentait-elle ça maintenant, alors qu'elle venait de le voir froidement abattre un homme ?

« Cependant, j'ai une règle d'or. Une femme qui trahit si facilement son patron fera probablement la même chose avec moi. La loyauté est primordiale pour moi. » indiqua—t-il.

Scarlett écarquilla des yeux tandis que son esprit saisissait la teneur de ses paroles. Elle voulut protester mais aucun mot ne quitta sa bouche.

« Tu comprends… Ce n'est pas un risque que je peux prendre, trésor. » poursuivit Blaise, une lueur malveillante dans les yeux.

Blaise retira sa main de sa joue et d'un coup sec, il pressa l'épaule de Scarlett avec force, la poussant dans le vide.


Allez, reprise des hostilités. Comme diraient les québécois, fini de niaiser !

Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Vous comprenez pourquoi Draco a mis en garde Ginny contre Blaise ? Le mec est tellement dangereux ! Scarlett en a fait les preuves… RIP Scarlett.
Il connait désormais son ennemi même si vous êtes encore dans le flou par rapport à ça (quelle auteure sadique, vraiment)

A votre avis, qu'est-ce que prépare Théodore et qu'a-t-il demandé à Aelius ? Etait-ce une bonne idée d'aller demander de l'aide à Draco ?

On se dit à bientôt, je l'espère. N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre !

Peace,

Fearless